Le roi traîna le bandit par le bras à travers les couloirs de la villa, et franchit le rideau de sa chambre sans s'arrêter. Venec fut emporté par sa chute sur le matelas et atterrit à côté de lui.
« Euh… Arthu- sire ? » L'agitation dans sa voix amusa le souverain.
« Arthur. J'ai besoin de dormir.
- Ça tombe bien, moi aussi, mais…
- Ça fait une semaine que je me ronge les sangs à votre propos alors maintenant que vous êtes là j'vous lâche pas. »
Il passa son bras autour de la taille du romain pour l'inciter à s'allonger plus confortablement.
« Bon… » dit Venec d'une voix douce. Il s'étala face au souverain et leurs regards s'attachèrent l'un à l'autre. « Où est Kalupso ?
- Partie chercher de la bouffe. Elle va pas tarder.
- On devrait pas attendre qu'elle rentre pour s'endormir ? »
Arthur haussa les épaules. « On peut. » Il se rapprocha de l'autre et posa sa tête sur son épaule, comme cette fois au bord d'une rive du Tibre. « Vous comptez repartir souvent comme ça ?
- J'me disais qu'une fois par mois c'était bien.
- C'est trop. Ça fait une semaine entière toutes les trois semaines.
- Toutes les quatre semaines non ?
- On s'en fout. C'est trop. »
Le silence se fit alors que Venec observait le plafond. Il se demandait bien ce qui avait pu se passer pendant cette semaine pour que le roi soit aussi… démonstratif dans son affection. Ce dernier releva la tête et fronça les sourcils en regardant le bandit.
« Mais qu'est-ce que vous me chantez ? C'est bien une fois toutes les trois semaines ? »
Le romain rit discrètement. « J'en sais rien. J'suis fatigué.
- Ouais. C'est pas important. Mais une semaine tous les deux mois je préfèrerais.
- D'accord. »
Le breton reposa sa tête. Ils expirèrent en coeur, tous les deux finalement détendus. Un tissu chatouilla le menton de Venec. Il se rendit compte que c'était son foulard, toujours noué au poignet d'Arthur. Son coeur se serra. Il était inquiet et en même temps flatté que son compagnon ne l'ait jamais retiré.
Kalupso revint peu de temps après, et ils finirent par s'endormir dans cette position.
•
Ils émergèrent alors que le soleil était déjà haut dans le ciel. Venec se surprit à caresser le cou du roi comme si c'était totalement naturel, mais tant que l'autre n'avait pas l'air dérangé par ce geste il continuerait. C'était sa revanche contre les traversées qu'il avait vécu, coincé entre deux barriques, s'enrhumant à cause de l'humidité. Le roi s'étira paresseusement. « Bon sang, j'ai l'impression que ça fait des lustres que j'avais pas aussi bien dormi.
- C'est vrai que j'ai bien dormi aussi. » Ils se sourirent. « Vous voulez que je vous raconte ce que j'ai appris ?
- En mangeant. »
Arthur se détacha de Venec et se leva. Le bandit remarqua que les cheveux du roi avaient bien repoussé depuis qu'ils étaient arrivés ici. Ils retombaient à présent mollement sur ses épaules détendues. Il rappelait à Venec certains guerriers des arènes de Rome, qu'il avait eu l'occasion de voir se battre deux, trois fois. Le souverain breton porterait sûrement très bien le chignon.
Leur arrivée commune dans le salon principal n'échappa pas à Kalupso. Le bandit lui sourit.
« Salut Kalupso !
- Bonjour Venec, contente de vous voir ! Servez-vous tous les deux, Gaia m'a donné une caisse de fruits frais ! Il faudra aller en ville pour acheter de quoi manger ce soir par contre. Si vous… avez bien ramené quelques économies.
- Oui ! J'ai pas tout pris pour pas attirer l'attention mais c'est dans le baluchon dans la chambre d'Art… »
Il s'interrompit en voyant le sourire de la jeune femme. Le roi lui, buvait son lait de chèvre comme à son habitude et n'avait absolument pas l'air dérangé par les regards de la romaine. Venec parierait même sa dague que ça l'amusait.
« Bref… bon euh, du coup, j'ai vu mon informateur. C'est bien ce que je pensais, Lancelot sème la tyrannie en Bretagne. » Les deux autres perdirent leur sourire. « Il a annoncé que tous les chevaliers et proches d'Arthur étaient traqués et enfermés, voire tués… Mais selon Kado il est furieux et s'en prend au peuple parce qu'il n'arrive pas à mettre la main sur la plupart de vos anciens collaborateurs. Ni sur vous d'ailleurs, et ça c'est ce qui l'emmerde le plus.
- Comment ça, il s'en prend au peuple ?
- Il invente des impôts tous plus débiles les uns que les autres. Soit disant qu'il en a besoin pour la quête du graal. Mais ils sont pas cons là-bas… enfin, certains d'entre eux. Ils se doutent bien que Lancelot fait ça pour vous pousser à sortir de vot' trou.
- Je comprends pas pourquoi il veut autant m'attraper. La dernière fois qu'il m'a vu j'avais un pied dans la tombe.
- Ouais bah… que ce soit Lancelot ou les villageois, tout le monde pense que vous préparez votre retour. »
Arthur croqua dans une pomme, pensif. « Vous savez qui il a arrêté jusqu'à maintenant ?
- Nan, Kado a pas su me dire. J'espère que la prochaine fois il aura un peu plus d'infos. Par contre y'a une rumeur qui dit que des chevaliers et même des villageois s'organisent pour faire une sorte de résistance.
- Il me faudrait plus qu'une rumeur. Mais si c'est vrai on va devoir réussir à entrer en contact avec ces personnes. Venec, est-ce que vous pensez que… Kado ? peut se renseigner aussi sur les clans et royaumes alliés à Lancelot ?
- Oui, j'lui ai demandé parce que c'est pas très clair ça non plus. Vous pensez à qui pour vous appuyer ?
- Le Duc d'Aquitaine, c'est le premier qui me vient. Il a une puissance militaire phénoménale, ça serait un énorme plus de l'avoir avec nous. »
Le bandit hocha la tête. Ils terminèrent leur repas en discutant de sujets plus légers, et décidèrent d'aller acheter ce qu'il leur faudrait pour le soir juste après, alors que le soleil cognait encore terriblement, au plus grand plaisir de Venec. Kalupso s'était positionnée entre les deux hommes et avait attrapé un bras à chacun. Les gens les regardaient curieusement mais tous les trois s'en fichaient. La jeune femme semblait plus heureuse que jamais. Ils marchèrent lentement, profitèrent de toutes les odeurs qui emplissaient leurs narines, des rayons du soleil, des cris des enfants qui jouaient. Arthur se mit à supposer que le seigneur Bohort se plairait ici, et ses pensées dérivèrent de nouveau vers la Bretagne. Il espérait du fond du coeur que ceux qu'il côtoyait là-bas étaient en sécurité.
Le roi arrêta tout à coup le trio devant un étalage de sucreries et saisit une coupelle en bois remplie de pâte d'amande. Il regarda le bandit. « Je peux ?
- Je savais pas que vous étiez aussi gourmand, sourit Venec.
- C'est pas pour moi. »
•
Arthur attendit le soir pour parler à Kalupso. Venec s'était pratiquement décroché la mâchoire pendant le dîner à force de bailler et avait vite été se coucher. Ils lisaient tous les deux dans un des salons lorsque le roi osa sortir de son silence.
« Est-ce que je peux vous poser une question ? Je m'interroge depuis hier soir.
- A propos de ce que j'ai fait avant de partir chez Gaia ?
- Voilà. »
La jeune femme se leva de la couchette et vint s'asseoir à côté d'Arthur qui lui avait fait une place.
« Je ne sais pas ce que c'est. Ma mère m'a expliqué que je pouvais faire… certaines choses, depuis ma naissance. » Elle chercha ses mots. « C'est difficile à décrire, je… je ressens les énergies autour de moi. La vitalité de chaque corps, comme un courant qui passe en chaque être vivant, autre que le sang. Selon les êtres, je peux presque voir les auras et les sentiments, mais dans un sens très large. Seulement comme une ombre qui nous entoure. Je me suis un peu entraînée et j'arrive, dans une moindre mesure, à contrôler certaines énergies. Par exemple, hier soir, j'ai juste atténué votre stress en faisant fluctuer vos énergies de manière plus douce, parce que c'était une sacrée tempête là dedans. » Sa phrase se termina dans un petit rire et Arthur sourit. « Mais je ne sais pas du tout comment ça fonctionne ni ce que c'est. Ça… m'effraie un peu, alors que je ne l'utilise presque jamais. Et surtout j'évite que qui que ce soit soit au courant. J'aide seulement les plantes de la villa à rester en bonne santé.
- Ça me fait penser aux druides de Bretagne. Ils auraient sûrement une explication, d'ailleurs. En tous cas, je pense que c'est un don très précieux. Merci de m'avoir aidé.
- Avec plaisir. »
Après quelques secondes, Kalupso se tourna vers le roi avec un sourire triste. « J'ai beaucoup aimé la promenade de cet après-midi. Pourrions-nous en faire plus régulièrement ? Tous les trois ? »
Arthur haussa les sourcils. « Bien sûr, si ça vous fait plaisir. »
La romaine le remercia mais le chagrin dans son regard ne disparut pas. Le breton sentit qu'elle voulait lui dire quelque chose, alors il chercha son regard parmi les mèches brunes de ses cheveux.
« Kalupso, qui a-t-il ?
- Je… ce n'est rien, je suis simplement un peu nostalgique. Ça faisait longtemps que je n'avais pas fait de balade en famille. »
Arthur tiqua sur le terme employé pour les désigner Venec et lui mais ne releva pas. Il n'en aurait de toutes façons pas eu le temps parce que la jeune fille éclata en sanglots sans prévenir. Elle planta son regard larmoyant dans celui du souverain.
« Je… je ne vous ai pas dit la vérité sur mes parents. Ils sont morts. »
(Je rappelle qu'il est interdit de maltraiter l'auteure...)
(mais une review je dis pas non (¬‿¬) )
