Saluuuut ! ça date mdr mais pour ma défense j'ai l'impression d'être tombée dans une faille spatio-temporelle, je pensais pas que le dernier chapitre avait été posté il y a... un an et demi (oups). Après, si on prend en compte le fait que 2020 compte pour du beurre vue que l'année était super naze... bah ça fait plus si longtemps !

Trêve de blabla : je voulais pas poster tout de suite, tout de suite et attendre d'avoir fini mes partiels pour poster le chapitre en entier mais il s'avère que poster un nouveau chapitre m'avait manqué, et que étant donné que seulement la moitié du chapitre est corrigée, j'ai décidé de poster la première partie quand même. La suite arrivera probablement vers noël/le jour de l'an (cadeau hihi), c'est-à-dire une fois que j'aurais fini mes partiels (encore deux épreuves alléluia !) et que j'aurais rattrapé les quatre mois de retard que j'ai dans mon sommeil (rip sleep schedule et merci l'angoisse).

DU COUP ! Chapitre 7 part 1 : here we are !

Vlad : désolée pour le retard :( j'espère que tu me pardonneras après avoir lu le chapitre!

Bonne lecture!


Chapitre 7 - partie 1 : Zugzwang

Octobre 1976

Le froid arriva brusquement ; la nature dépérissait, à l'image de la bonne humeur de Mina. Si elle s'était efforcée de garder un sourire de façade jusqu'à la toute fin du week-end, c'est avec un air maussade qu'elle me fit face dans la Grande Salle, en ce lundi matin pluvieux. Prostrée, elle tenait dans sa main droite une cuillère qui trempait dans son bol de porridge depuis dix bonnes minutes, sans pour autant en avaler le contenu. D'énormes cernes noires cerclaient ses yeux de la même couleur, donnant à son visage un air lugubre que je ne lui avais jamais connu. Ce qu'il s'était passé la veille au matin l'avait complètement chamboulé. La Mina désinvolte et qui me confiait toujours ce qui lui passer dans la tête s'était brusquement fermée comme une huitre, pour ne plus se rouvrir. Que signifiait réellement l'article ? Qui l'avait rédigé ? Pourquoi Mina, qui avait pourtant essuyé des remarques bien pires par le passé, avait réagi ainsi ? Et par-dessus tout, qu'avait bien pu lui dire Graham ? L'altercation passée, Mina s'était d'abord comportée comme si rien ne s'était produit. « Passe-moi le beurre », avait-elle quémandé, avant de l'étaler généreusement sur une tartine grillée qui s'était brisée en deux sous ses coups de couteau féroces. Je l'avais interrogé ; le silence m'avait répondu. Je m'étais répétée ; elle avait balayé mon inquiétude de la main. Le reste de la journée s'était déroulé à l'identique : à chaque fois que je remettais le sujet sur le tapis, elle l'écartait comme si rien ne s'était passé.

J'étais blessée, dans un sens, et je lui en voulais malgré moi. J'étais froissée que ma meilleure amie, qui n'avait jamais eu de secrets pour moi, et qui connaissait tous les miens, me tienne brusquement à l'écart. Pourtant, une petite voix au fond de moi me criait que ce n'était pas tout à fait vrai : je n'avais pas raconté à Mina l'altercation que j'avais eu avec Yaxley, quelques jours plus tôt. Tentant de faire taire la culpabilité naissante qui se faisait lentement une place dans ma poitrine, je me servie un nouveau gobelet de jus de citrouille, avant de remplir celui que me tendait silencieusement Mina.

-Tenez.

Un mouvement à ma droite me sortit de mes pensées. Rhéa, assise à cheval sur le banc, me tendit un morceau de parchemin avant d'en poser un autre devant le bol de Mina.

-Ce sont les nouveaux emplois du temps, ajouta-t-elle devant mon regard vide. Ils ont condensé les cours en début de journée pour mettre un couvre-feu à dix-neuf heure.

-Pourquoi faire ?, questionna Mina d'un ton brusque.

Elle sembla hésiter un instant, son regard papillonnant de Mina à moi avant de se poser à nouveau sur Mina qui haussa les sourcils sans rien dire, l'air de se demander ce que pouvait bien vouloir Rhéa. Étonnamment, elle ne semblait pas vouloir l'attaquer et se contenta d'avaler une cuillère de son porridge probablement froid, à présent.

La plus âgée des sœurs Adcock, qui avait attaché sa longue chevelure en une queue de cheval haute impeccable, fini par soupirer et sorti un rouleau de sous sa cape et qu'elle déplia devant nous, attirant l'attention de Mina par la même occasion et ce, même si elle faisait semblant de se concentrer plus sur son bol que sur Rhéa. Il s'agissait d'un quotidien sorcier américain, au vu du petit drapeau en couleur dans un coin de la première de couverture et qui bougeait solennellement. Rhéa expliqua vaguement que son père, new-yorkais et habitant Londres depuis de nombreuses années, recevait toujours la presse américaine et qui contribuait à son mal du pays, tout en jetant un sort de défroissage au journal. Mais je ne l'écoutais que d'une oreille, tout comme Mina. La vue de l'image, mouvante et en couleurs, qui s'étalait sur la première page me serra la poitrine, sans vraiment que je ne sache pourquoi. Une maisonnette en ruine occupait le premier plan de la photo et, malgré l'obscurité du cliché, il n'était guère difficile d'apercevoir les meubles brisés qui émergeaient des décombres. Mais la petite maison complètement détruite n'était pas le plus dérangeant : dans le ciel sombre, un immense nuage vert surplombait la demeure. Un nuage menaçant et qui prenait vaguement la forme d'un immense serpent jaillissant de la bouche béante d'un crâne. Au-dessus de l'inquiétante photographie, de grosses lettres capitales affichaient « APRÈS GRINDELWALD, L'EUROPE DE NOUVEAU EN PROIE À UN PUISSANT MAGE NOIR ? » avant de s'effacer pour laisser apparaitre un second titre, tout aussi angoissant : « LA SÉRIE DE MEURTRES ET DE DISPARITIONS QUI INQUIÈTE LES AUTORITÉS BRITANNIQUES ».

Mina, qui avait probablement examiné la une du journal plus rapidement que moi, releva brusquement la tête, m'arrachant à la contemplation de la photo morbide par la même occasion.

-Les autorités britanniques ?!, s'exclama-t-elle avec force. M-

-Chuuut !, coupa Rhéa, chuchotant à moitié. Moins fort !

-Ils n'en ont jamais parlé dans la Gazette !, siffla Mina à voix basse, fusillant Rhéa du regard.

-Parce que tu crois sincèrement que Minchum va laisser un tabloïd étaler les preuves de son incompétence dans tout le pays ?, rétorqua l'autre sur le même ton, alors que je tentais vainement d'assembler mes pensées. Jenkins a été forcée à démissionner pour les mêmes raisons, alors que ça n'avait pas tant d'ampleur l'année dernière, alors imagine aujourd'hui !

Mon cœur battait la chamade, sans que je ne puisse me l'expliquer. Était-ce cette photo qui me faisait cet effet-là ? Ou ce qu'elle annonçait ? La noirceur du cliché pourtant coloré me faisait froid dans le dos. Mina avait eu raison, finalement, tout était beaucoup plus sombre cette année…

-Il y a eu une réunion pour les préfets, hier soir, continua Rhéa en chuchotant. Tous les professeurs étaient présents, y compris Dumbledore. Ca n'arrive jamais ! Ils nous ont parlé de la modification des emplois du temps et du changement de couvre-feu pour éviter que les élèves ne se dispersent trop. Pour l-…

-Je croyais que Poudlard était l'endroit le plus sûr au monde ?, renifla Mina avec dédain en se redressant, fixant Rhéa d'un œil noir.

Je levai les yeux au ciel, exaspérée par l'attitude de ma meilleure amie qui, si elle s'était montrée un tant soit peu pacifique à l'arrivée de Rhéa, semblait à présent se faire un devoir de couper cette dernière à la moindre occasion.

-Mina, s'il-te-plait…, la suppléai-je presque, afin d'entendre le fin de l'histoire de notre camarade de maison.

Elle me toisa sombrement avant de se redresser, croisant les bras sur sa poitrine, et d'attendre la suite.

-Les entrainements de Quidditch seront beaucoup plus encadrés, continua Rhéa en faisant comme si Mina ne l'avait pas interrompu. Ils ne veulent pas annuler le Quidditch, pour ne pas faire monter la panique, mais… c'est une solution envisagée.

-Et les sorties à Pré-Au-Lard ?, m'enquis-je. Je veux dire, on sort carrément de Poudlard, là !

Rhéa hocha la tête, les yeux fixés sur son journal comme si celui-ci était la cause même de tout ce qu'il se passait à l'extérieur du château.

-Les sorties à Pré-Au-Lard sont annulées jusqu'à nouvel ordre, confirma Rhéa en hochant la tête. A priori, les directeurs de maisons doivent passer dans les salles communes dès ce soir pour faire part de toutes les annonces qui ont été décidées hier soir.

-Mais enfin !, s'exclama violement Mina, aspergeant la table de porridge. Oui, oui, je baisse d'un ton, marmonna-t-elle en voyant le regard furibond de Rhéa qui semblait prête à l'étouffer. Mais ça n'a pas de sens ! C'est qui, ce type, pour qu'il fasse carrément flipper Dumbledore ?

Je vis Rhéa se craquer les phalanges avec forces, comme si le bruit des bulles de gaz éclatant entre ses os allait la réveiller d'un cauchemar interminable.

-Je ne pense pas qu'il en ait réellement peur…, hésita-t-elle lentement. Mais…

Elle poussa un profond soupire, rassembla son courage et se lança dans une explication qui lui pendait aux lèvres depuis qu'elle s'était assise avec nous.

-C'est par rapport à Vous-Savez-Qui… apparemment, il aurait été élève à Poudlard. A Serpentard, pour être précise. De ce que j'ai compris, quand il a quitté l'école, il a réclamé plusieurs fois à Dumbledore le poste de professeur de Défenses contre les forces du mal mais ce dernier l'a toujours débouté de ses demandes.

Elle haussa les épaules alors que j'ouvrai la bouche, essuyant ma question et y répondant par la même occasion. Manifestement, Dumbledore devait avoir une bonne raison pour refuser un poste de professeur à quelqu'un alors que les personnes qualifiées ne courraient dernièrement pas les rues.

-J'ai entendu certains préfets de Serdaigle raconter qu'il souhaiterait continuer l'œuvre de Salazar Serpentard en interdisant aux Nés-moldus de venir étudier à Poudlard. Je ne sais pas ce qu'il en est des Sang-Mêlé, mais le sujet est aussi tendu…

-Tu veux dire que…, commençai-je d'une petite voix, hésitante, en pointant un index sur la photo du journal.

Elle acquiesça, sombre.

-C'était une famille de Moldu, en réalité. Ils venaient à peine de découvrir que leur petite-fille était une sorcière. Elle fêtait tout juste ses sept ans.

Inconsciemment, ma respiration se bloqua, comprenant au ton que Rhéa employait que la petite famille de la maison en ruine avait cessé d'exister. Les mots me manquaient. A quel point fallait-il être dérangé pour en venir à assassiner une petite fille de sept ans ?

Face à moi, Mina releva lentement la tête. Son visage était blême, ses yeux emplis d'une terreur qu'elle contenait à grande peine. Elle avait posé ses deux mains pâles sur la photographie de la petite maison en ruine, comme si elle tentait de s'en protéger, de la faire disparaitre à tout jamais de sa vue, d'effacer l'histoire terrible dont elle était le message et qui serait bientôt remplacé par d'autres tragédies portant le même nom. Ne sachant pas que dire pour la rassurer – était-ce seulement possible ? –, je posai à mon tour mes mains sur la photo, enveloppant les siennes et les serrant avec toute la force et l'amour dont j'étais capable.

A côté de moi, Rhéa fixait nos mains liées, le regard triste.

-Ils n'étaient que très peu à le suivre au départ, continua-t-elle d'une voix douce qui n'était pas appropriée à ce qu'elle nous racontait. Mais, aujourd'hui, les autorités les soupçonnent d'être de plus en plus nombreux à rejoindre ses rangs…

-Et qu'est-ce que Minchum fait ?, ragea Mina d'une voix tremblante. Il est Ministre, il est censé protéger son pays, pas laisser des innocents mourir…

-Si même la communauté internationale réagit avant lui, c'est quand même inquiétant, appuyai-je.

-Il essai, répliqua Rhéa. Le Premier Ministre Moldu a été prévenu, d'après Dumbledore, et il a augmenté les effectifs de Détraqueurs autour d'Azkaban. Je ne suis pas sûre que ça serve à grand-chose mais…

Visible entre nos doigts entrelacés, le serpent de fumé vert qui s'enroulait sur lui-même paraissait presque se moquer de nous.


Rhéa s'éclipsa rapidement, décrétant ne pas vouloir nous déranger plus, et après un dernier regard emplit de compassion à l'égard de Mina qui l'ignora – ou tout simplement ne l'avait-elle pas vue – elle tourna les talons sans même chercher à récupérer son journal que je jetais dans l'une des immenses cheminée de la Grande Salle lorsque Mina et moi en sortîmes.

Mina semblait complètement amorphe, aucun son ne sortait de sa bouche et elle gardait ses yeux résolument fixés sur ses mains. Soucieuse de la voir aussi pâle et le regard vide, ce qui n'arrivait jamais, je traînai ma meilleure amie jusqu'à l'infirmerie où Mrs Pomfresh, tout à son habitude, accouru avec le même air catastrophé qui ne la quittait pas lorsqu'un élève venait la trouver. Cherchant mes mots avec difficulté pour abréger à l'essentiel, je tâchai de lui expliquer ce qu'avait Mina. Il ne lui fallut que quelques secondes pour décréter qu'elle faisait une crise d'angoisse et, l'absorption d'un calmant ne faisant pas le moindre effet, elle décida de garder Mina au moins jusqu'au lendemain.

Tout se déroula en l'espace d'un battement de cil.

Je ressortie vidée de l'infirmerie. Tant par les sombres nouvelles apportées par Rhéa que par le regard vide de Mina. Réfléchissant à la meilleure manière d'expliquer aux garçons ce qu'il s'était passé pour ne pas les inquiéter outre mesure, mes pas me portèrent mécaniquement jusqu'à la salle de sortilège où la quasi-totalité des élèves attendaient déjà. Graham était aux abonnés absents. Rejoignant Allister qui, à l'extrémité du petit troupeau, venait de me faire un signe de la main, je posai aussitôt et sans délicatesse ma tête sur son épaule avec l'impression que mon crâne pesait plusieurs tonnes. Il ne protesta même pas.

-Mina est à l'infirmerie, murmurai-je à sa question silencieuse. Crise d'angoisse.

-Graham aussi, répondit-il sur le même ton, en me frottant affectionnément le dos. Bagarre.

-Quoi ? , m'étonnai-je en me libérant de ses bras réconfortants. Pourquoi ?

Il haussa les épaules, le regard plus fuyant que d'habitude, tandis que Flitwick invitait la classe à rentrer de sa petite voix fluette.

-Aucune idée, marmonna-t-il. Mais c'est lui qui a démarré la dispute. Il s'est mis sur la tronche avec plusieurs Serpentard. C'était pas beau à voir.

Je fronçai les sourcils, le suivant dans la salle de classe. S'il y avait bien une chose dont j'étais sûre à propos de Graham, c'était sa non-violence. Il avait beau avoir le physique caricaturale du batteur de Quidditch grand et baraqué, il ne s'était jamais servi de cet avantage pour nuire à qui que ce soit, et encore moins pour blesser quelqu'un. Bien qu'il soit impitoyable sur un balai, je me rappelais très nettement la fois où, en quatrième année, il avait envoyé un cognard sur un poursuiveur adverse qui s'était retrouvé avec une double fracture du poignet. Graham avait passé des heures entières à culpabiliser, allant jusqu'à faire des allers-retours à l'infirmerie afin d'obtenir des nouvelles du blessé en question. Alors qu'il se batte volontairement, pire, qu'il démarre une rixe lui-même, me paraissait impensable.

Flitwick entreprit de nous faire un monologue sans fin sur les différents sortilèges touchant à la mémoire et, bien que pleine de bonne volonté, mon attention décrocha au bout de quelques minutes seulement. Voyant qu'All ne suivait pas plus que moi, je déchirai un petit morceau de parchemin, rédigeai un petit mot rapide afin d'avoir le fin mot de la bagarre de Graham et lui glissait sous le nez. Me jetant un regard en coin, il haussa les épaules, l'air de ne vraiment pas savoir ce qu'il s'était passé, ce dont je me permettais tout de même de douter. Il articula silencieusement et distinctement « et Mina ? », zieutant sur Flitwick pour éviter d'être réprimander. Développant tout un stratagème pour être discrète à mon tour, je posai mes coudes sur la table avant de joindre mes deux paumes et d'entrelacer mes doigts à hauteur de ma bouche. Là, je tournai vaguement la tête vers la fenêtre, observant faussement le triste ciel pluvieux, pour qu'Allister puisse lire en même temps sur mes lèvres et entrepris de lui raconter ce qu'il s'était passé un peu plus tôt durant le petit-déjeuner. A mesure que je parlai, je vis du coin de l'œil un pli soucieux apparaitre sur son front. Lorsque j'eu mit un point final à mon monologue, son visage indiquait ouvertement son inquiétude, ce que je ne pouvais que trop comprendre, l'étant également.

-Je sèche la métamorphose, murmura-t-il. Tu pourras me trouver une excuse pour McGo ?

-On devrait la laisser se reposer, répliquai-je sur le même ton. Elle a besoin de nous mais si on l'oppresse en permanence, elle ne va jamais pouvoir le faire. On pourra toujours aller la voir ce soir, et voir comment va Graham par la même occasion.

-Très bien, souffla All en levant les yeux au ciel. Je passerai juste l'embrasser en chemin. Tu pourras quand même excuser mon retard auprès de McGo ?

J'hochai la tête, n'ayant guère le choix. Je ne pouvais pas l'empêcher de vouloir voir Mina, et ne chercher pas le moins du monde à le faire, mais je connaissais Mina mieux qu'elle ne se connaissait elle-même et savais pertinemment qu'elle haïssait du plus profond de son être avoir l'air faible aux yeux d'autrui, et en particulier aux nôtres.

Flitwick passa une heure à nous expliquer les différences entre chaque sortilège affectant la mémoire et encore une à insister sur les dangers propres à chacun d'entre eux. Perdue dans mes pensées, je ne vis pas le temps s'écouler. Ma jambe gauche collée à la jambe droite d'Allister, c'était comme si ce simple contact physique m'enlevait un poids de la poitrine, me soulageant de quelques soucis le temps d'à peine quelques heures. Une vague de chaleur me réchauffait agréablement la cuisse et, l'espace d'un instant, je me surpris à penser à Graham et Adhara. Étaient-ils réellement heureux ensemble ? Allait-ce durer ? Je m'imaginais, vieillie de quelques années, frapper à la porte de chez eux, Graham m'ouvrant avec son habituel sourire confiant et chaleureux, un enfant dans les bras, et Adhara, légèrement en retrait et tentant de retenir un petit chien de prendre la fuite… Peut-être ne seraient-ils plus ensemble lorsque nous quitterions Poudlard, peut-être se sépareraient-ils dans dix ans, ou même jamais. Cela semblait si lointain et pourtant, j'avais parfois l'impression qu'il me suffisait de m'endormir pour me réveiller dans une vie d'adulte qui me donnait autant envie qu'elle ne m'effrayait.

Lorsque sonna dix heure, All s'éclipsa rapidement, déposant un rapide baiser sur ma joue avant de courir à l'infirmerie. A nouveau seule, je soupirai, sentant le poids de mes tracas m'écraser une nouvelle fois, comme si la simple présence d'Allister suffisait à les alléger et que chacun de ses départs était synonyme d'un retour brutal à la réalité.

Je n'avais aucune envie d'aller en métamorphose. Je voulais que Mina aille mieux, que Yaxley disparaisse de ma vie, que ma mère cesse de me mentir au sujet de mon paternel, cesse de me mentir tout court. Je voulais terminer cette journée épuisante, terminer mon année, terminer Poudlard. Mais aller en cours était la dernière chose dont j'avais envie. Suivant malgré moi le petit troupeau de Poufsouffle qui se dirigeait vers la salle de métamorphose, je surpris le regard inquiet de Rhéa – en vive discussion avec un Serdaigle inconnu – posé sur moi. Tachant d'arborer mon sourire le plus rassurant, je lui fis un petit signe de la main auquel elle répondit par un froncement de sourcils encore plus troublé. Articulant silencieusement que je lui parlerais plus tard, elle acquiesça, pas satisfaite pour une Mornille, avant de reprendre sa conversation.

Yaxley m'attendait à côté de la salle de métamorphose. Nonchalamment appuyé contre le mur, il ignorait royalement les regards curieux qui glissaient sur lui, ses yeux gris vissés sur moi, tel un spectre épiant chacun de mes mouvements. Cette manie qu'il avait à toujours me trouver lorsque j'étais seule m'effrayait presque. Laissant les derniers élèves rentrer dans la salle, je pris mon courage à deux mains et m'arrêtai devant lui.

-C'est pas le moment, dis-je d'une voix sourde, mon corps complètement tourné en direction de la porte de la salle de classe de McGonagall pour lui signifier que j'étais occupée.

-Il faut qu'on parle.

Sa voix sans intonation me surprit. Tournant la tête vers lui, je le vis me regarder fixement, le visage aussi insondable que ses yeux orageux.

-C'est pas le moment, répétai-je un peu plus fort.

-Je l'avais déjà compris la première fois…

-Et moi j'avais compris que tu souhaites que nous parlions, mais ce n'est pas le moment, articulai-je avec lenteur.

Sa mâchoire se crispa, signe qu'il perdait totalement patience. Imperceptiblement, je vis son corps se tendre comme la corde d'un arc. Derrière moi, la porte magiquement refermée par le professeur de métamorphose claqua brutalement, me faisant sursauter.

-Tu n'as plus l'air d'être si occupé, remarqua-t-il en haussant un sourcil, les muscles de son visage si contractés qu'il semblait se faire violence pour ne pas exploser.

-C'est pas la journée, soufflai-je alors, désireuse qu'il comprenne que je n'avais pas envie de lui parler, ni aujourd'hui, ni le lendemain, ni même jamais.

Il m'effrayait. Tendu tel qu'il l'était, la mâchoire serré, ses yeux orageux lançant des éclairs, il m'effrayait. L'adrénaline du moment me poussait à lui faire face et à lui répondre mais, intérieurement, mon instinct de survie me hurlait de déguerpir le plus vite possible et de mettre autant de distance que je le pouvais entre nous. J'ignorai si, sous la colère, il était capable de me frapper – ou de frapper qui que se soit – mais ma curiosité avait clairement ses limites.

-Demain ?, ajoutai-je finalement d'une petite voix dans une vaine tentative de calmer les esprits.

L'espace d'un instant, il me regarda, surpris, alors que la tension que contenait son corps semblait disparaitre graduellement. Sans que je ne m'en sois rendue compte, il avait cessé de s'appuyer au mur et me surplombait de toute sa hauteur. Un bref instant, il plongea ses yeux gris dans les miens, comme s'il était à la recherche de quelque chose.

-Demain, répéta-t-il lentement.

Je ne savais pas s'il réfléchissait à un possible temps libre dans sa journée du mardi ou s'il se demandait si je ne me payais pas sa tête, mais je prie sa réponse pour une approbation et tournai les talons sans demander mon reste, claquant la porte de la salle de métamorphose derrière moi.

M'excusant auprès de McGonagall qui n'avait toujours pas commencé son cours, je justifiai vaguement la cause du retard d'Allister et la raison de l'absence de Mina et Graham. McGonagall éluda rapidement l'explication d'un geste sec de la tête, me demandant tout de même de transmettre ses vœux de rétablissement à mes deux amis et, toujours seule, je partie m'asseoir au fond de la classe. En passant devant Rhéa qui, assise à côté du même Serdaigle avec lequel elle parlait un peu plus tôt, me fit les gros yeux auxquels je répondis par un petit sourire d'excuse avant de me faufiler sur la dernière table libre. Personne d'autre ne fit attention à moi. Si la population de Poudlard s'était un tant soit peu intéressée à la une du Poudlardien qui avait paru quelques semaines plus tôt, ce n'était plus le cas. Personne ne m'avait prêté attention avant l'annonce de mes fiançailles à la société sorcière, et personne ne m'en portait non plus après.

Allister me rejoignit à la moitié du cours. McGonagall l'accueillit avec un petit signe discret de la tête et il prit place à mes côtés, m'apportant un peu de réconfort. Le reste de la journée passa comme dans un rêve, tristement et sombrement. L'absence de Mina et Graham nous pesait à tous les deux, jamais nous n'anions été séparés de la sorte, par la violence et l'angoisse. C'était étrange. Je me sentais – nous nous sentions – comme un livre auquel il manquerait de nombreuses pages essentielles.

Lorsque la journée prit fin, nous courûmes, main dans la main, jusqu'à l'infirmerie. Mme Pomfresh, fidèle à son poste et surtout à elle-même, nous attendait devant les grandes portes de son petit hôpital, les bras croisés sur sa poitrine, l'air de savoir pertinemment ce que nous venions faire.

-Les visites sont terminées, revenez demain matin.

-Mais…, m'offusquai-je, abasourdie par un tel renvoi sans plus de cérémonie.

-Demain, Miss Greengrass, répéta l'infirmière avec plus de douceur que la première fois mais sans se départir de son air sévère. Je suppose que vous n'avez pas encore mangé et le couvre-feu est à dix-neuf heure, vous ne devriez pas trainer.

-Est-ce que vous pourriez… ?, commença All.

-Je leur dirais que vous êtes passés. En attendant, oust !

-Juste…, hésitai-je cependant, ne sachant pas comment formuler la question qui me brulait la langue. Comment… comment va-t-elle ?

-Mieux, Miss Greengrass, elle va mieux. Et elle ira encore mieux lorsque vous reviendrez demain matin. Maintenant, déguerpissez, jeunes gens !

Je me laissai finalement tirer par la main tandis qu'All tournait les talons et je suivis le mouvement, non sans saluer l'infirmière qui me répondit par un bref sourire.

A dix-neuf heure tapante le professeur Chourave fit intrusion dans la salle commune, déroulant en chemin un immense parchemin qu'elle nous lue d'une voix ferme lorsqu'elle se fut assurée que tous ses élèves étaient bien présents. Modification des emplois du temps. Couvre-feu à dix-neuf heure pour les plus jeunes, les dernières années pouvant cependant tirer occasionnellement une heure supplémentaire, le diner se ferait désormais dans les salles communes. Entrainements de Quidditch surveillés par des professeurs à des horaires précis. Maintien des matchs pour l'instant. Sorties à Pré-Au-Lard annulées… Elle ne nous appris rien de plus que je ne savais déjà par Rhéa. Son explication des raisons qui poussaient le directeur à prendre des mesures si drastiques fut cependant plus brève. Elle évita les questions trop agaçantes de quelques petits curieux et, après nous avoir souhaité du courage et une bonne soirée, elle s'éclipsa sous une quantité de regard confus.

-Ca va ? Mina va mieux ?

-Depuis quand tu te soucis d'elle ?, s'étonna All, un sourcil levé, en se tournant vers Rhéa qui venait de nous rejoindre.

Alors que le matin même sa queue de cheval était impeccablement coiffée, elle était à présent complètement ébouriffé, à l'image de se chemise d'uniforme qui sortait à moitié de sa jupe.

Elle pinça les lèvres en entendant la remarque d'Allister et croisa ses bras pour se donner contenance.

-Je n'ai pas le droit de m'inquiéter pour ma camarade de dortoir ?

-Pas quand vous vous disputez depuis plus de cinq ans, répliqua All en fronçant les sourcils.

J'étais dans un sens on ne peut plus d'accord avec lui, mais savoir que Mina et Rhéa étaient à présent capable d'avoir une discussion sans se sauter à la gorge – ou du moins essayaient de communiquer – me mettait du baume au cœur. Je savais que Mina en voulait plus à Rhéa que l'inverse, et même si j'ignorai la raison qui poussait cette dernière à s'inquiéter aujourd'hui pour ma meilleure amie, les faits étaient là et ça me réchauffait le cœur.

Rhéa lança un regard dédaigneux à All, qui lui répondit par un regard noir, avant de se tourner vers moi.

-Amy, ma mère m'a envoyé du maquillage mais le fond de teint était trop clair pour moi. Je t'ai posée la bouteille sur ta table de nuit !

Elle me sourit et, sans plus un regard pour Allister, partie rejoindre Abbie Logan, la petite rousse de notre dortoir et probablement la fille la plus discrète que Poudlard ai connu.

Le lendemain matin, je rejoignis All à l'entrée de la salle commune à l'aube. Il m'avait réveillé de force à l'aide d'un coussin qui, ensorcelé, était venu me frapper le visage jusqu'à ce que je sorte de mon dortoir.

Tachant de remettre de l'ordre dans mes vêtements enfilés à la hâte, j'hésitai à prendre un muffin sur la montagne de gâteaux sous laquelle croulait la table basse avant de me raviser et de sortir de la salle commune.

Droit comme un i, All m'attendait à côté des tonneaux de vin, ses deux yeux chocolat vissés sur sa montre.

-Mon réveil était sur le point de sonner, ralai-je en arrivant à sa hauteur.

Tentant de me coiffer comme je le pouvais, je passai mes doigts entre mes cheveux emmêlés pour y sentir presque aussitôt une multitude de nœuds dont ma seule bonne volonté ne viendrait pas à bout. Je soupirai, ramenant avec énervement ma touffe en un chignon approximativement présentables. Je détestai avoir les cheveux emmêlés.

Il était tout juste sept heure. Mina et Graham étaient-ils seulement réveillés ?

Mrs Pomfresh nous accueilli avec un sourire vaincu et nous désigna les lits où se trouvaient nos amis, chacun à un bout de l'infirmerie.

-Ils ont passé la journée d'hier à s'hurler dessus, expliqua l'infirmière d'une voix atterrée alors que je lui demandais pourquoi une telle précision. Croyez-moi, pour le bien de mes autres patients, il était plus que nécessaire de les séparer.

All ricana.

Son lit étant le plus près de bureau de Mrs Pomfresh, je partie voir Mina en premier tandis qu'All continuait sa route, allant probablement jusqu'à celui de Graham. Couchée sur le dos, les deux bras le long du corps, Mina fixait le plafond de ses grands yeux noirs grands ouverts. Elle tourna la tête en entendant le claquement de mes chaussures sur le sol froid et son visage impassible se fendit d'un immense sourire. Après avoir déposé un léger baiser sur son front, je tirai une chaise un peu plus loin et m'assit à côté d'elle, serrant sa main dans la mienne.

-Comment tu vas ?, m'enquis-je, soucieuse face à son air à moitié béat.

Elle fut secoué par un rire silencieux et incontrôlable, sous mon regard inquiet.

-Mieux, finit-elle par dire lorsqu'elle se fut calmée, hochant la tête autant que l'immense coussin de plume sur lequel elle reposait le lui permettait. Biiien mieux… En fait, je crois que Pomfresh me drogue…

Elle repartie dans une hilarité qui n'avait pas le moindre sens pour moi.

-Tes parents…, commençai-je alors, ne sachant pas vraiment comme mettre à terme à son étrange allégresse.

Cela eu pour effet de la calmer immédiatement. Toute trace de liesse disparue de son visage et elle posa fixement son regard noir sur moi. Elle haussa les épaules.

-Ils vont bien. J'ai envoyé un hibou hier. Je crois qu'ils n'ont pas trop compris comment fonctionne le service postal sorcier, pour tout te dire… Je crois qu'ils n'ont pas compris non plus pourquoi je m'inquiétais pour eux.

Je fronçai les sourcils lorsqu'une lumière s'éclaira dans mon esprit et que je réalisai. Mina n'avait jamais tenu ses parents Moldu à l'écart du monde sorcier pour se moquer d'eux ou par volonté de les tenir dans l'ignorance de ce qu'elle faisait et vivait. Elle les avait toujours tenus en dehors de notre monde pour les protéger. Peut-être croyait-elle – à tort ? – que moins ils en savaient et moins ils risquaient de se retrouver dans une position fâcheuse, ou pire, d'être attaqués ? Si l'ignorance était le meilleur des mépris, comme disait Mina, je doutais qu'elle fasse une bien piètre défense...

-J'ai peur qu'il leur arrive quelque chose à cause de moi, murmura Mina d'une voix rauque. Si je n'étais pas une sorcière, ils ne risqueraient rien…

-Ah non !, m'exclamai-je, la voix aussi ferme que je le pouvais. Ce n'est certainement pas de ta faute ! S'ils s'en prennent aux Né-Moldus, ils sont très bien capable de s'en prendre à des Moldus qui n'ont rien à voir avec la… sorcellerie !

Elle renifla, le regard vide.

-Mina…

Je serrai sa main avec force et elle y répondit, mollement. Son drap blanc, impeccablement repassé, remontait jusque sous ses aisselles et était étonnamment bien bordé, comme si elle n'avait pas bougée depuis la veille.

-Je crois que j'ai besoin de me reposer encore un petit peu…, murmura-t-elle alors, la voix blanche.

Surprise, je levai le regard vers son visage. Elle fixait toujours le plafond avec une insistance presque grotesque et si je ne savais pas parfaitement qu'elle tentait vainement de se retenir de pleurer, j'aurai pratiquement pu croire qu'elle évitait de me regarder.

Je me relevai lentement, lâchant sa main par la même occasion et qui retomba mollement sur son matelas immaculé. Déposant un baiser affectueux sur chacune de ses joues, je lui murmurai quelques mots réconfortants avant de me détourner complètement. All attendait un peu plus loin. Voyant mon visage, il comprit aussitôt le message et me fit signe silencieusement qu'il m'attendrait devant l'infirmerie tandis que j'allais voir Graham.

Contrairement à Mina, celui-ci était assis en tailleur dans son lit, une pile surdimensionnée de coussins dans le dos. Ses draps, défaits, étaient froissés au possible, la moitié tombant presque sur le sol. Il dégustait ce qui semblait être un bol de porridge et, lorsqu'il m'entendit arriver, il releva brusquement la tête, un large sourire éclairant son visage tuméfié. Je réprimai un haut-le-cœur. Un énorme œil au beurre noir violacé l'empêchait complètement d'ouvrir son œil gauche et sa lèvre inférieure était encore colorée par le sang coagulé. Une multitude d'entaille, plus ou moins refermées, recouvraient son visage, le rendant presque méconnaissable.

Probablement trahie par mon air dégouté, Graham cessa presque aussitôt de sourire lorsqu'il vit mon expression et haussa les épaules.

-Je me suis pris quelques sorts qui empêchent les entailles de se refermer correctement, expliqua-t-il avec une désinvolture que je savais forcée. Mais, entre nous, je pense aussi que Pomfresh veut me faire la leçon pour m'être battu à la Moldu.

Hésitante, je finis par me rapprocher et poser une fesse sur son lit, puis la deuxième lorsqu'il se décala légèrement.

-Pourquoi…

-Des Serpentard, répondit-il, éludant le vrai sens de mon début de question. Tu sais comment ils sont, ajouta-t-il.

Sa bouche se tordit en une affreuse grimace qui me fit frissonner. Essayait-il de sourire ?

-Tu ne t'es jamais battu, fis-je remarquer. Même avec des Serpentard.

Il haussa les épaules avant d'enfourner une cuillère de porridge. Il laissa passer quelques secondes avant de répondre.

-Il faut une première fois à tout.

-Graham…

-Quoi ?

-Sérieusement ? Pourquoi est-ce que tu t'es battu avec… avec qui, exactement, d'ailleurs ? Et ne me dis pas que c'est pour tester la puissance de ton crochet droit !

Il ouvrit des yeux ronds, l'air coupable, confirmant ce que je craignais. Par Merlin, ne pouvait-il donc jamais prendre quelque chose au sérieux ?!

Graham termina son porridge et reposa son bol sur la petite table de nuit aussi blanche que le reste du mobilier de l'infirmerie. Me forçant à me lever quelques instants, il remonta sa couverture sur ses genoux et, toujours assis en tailleur, il croisa les bras sur son torse et me regarda avec un sérieux soudain.

-Tu promets de ne pas t'énerver ?

Je fronçai les sourcils, croisant les bras à mon tour pour me donner contenance.

-Pourquoi m'énerverai-je ?

-Parce que…

Il soupira et son visage, crispé par les entailles, se détendit légèrement.

-Parce que j'ai entendu ces petits merdeux de serpents parier sur le temps qu'il faudrait à Yaxley pour te… te mettre dans son lit, siffla-t-il en serrant des dents.

La colère qui tirait ses traits semblait partagée par l'inquiétude que de ce qu'une telle annonce me ferait. Mais elle ne me fit rien. J'hochai la tête silencieusement. Étrangement, et probablement pour la première fois de ma vie, ce qu'autrui pouvait penser – et dire – de moi ne m'atteignait pas. J'avais accepté inéluctablement les liens qui m'unissaient désormais avec Yaxley et, à présent, ce que quiconque pouvait bien en juger ne me faisait ni chaud ni froid. Les Serpentard pouvaient bien lancer les paris qu'ils souhaitaient et se faire l'argent qu'ils voulaient sur mon dos.

-Ce genre de colportage de bas étage ne m'atteint pas, fins-je par dire, voyant qu'il attendait une réponse de ma part.

Son haussement de sourcils incontrôlé m'indiquait clairement qu'il ne me croyait pas le moins du monde. Il semblait hésiter, comme si quelque chose d'autre le taraudait.

-Quoi ?, soupirai-je, puisqu'il ne se décidait pas à parler.

-Yaxley était là, commença-t-il d'une voix lente, épiant ma réaction. Il a, euh,... il a rigolé et puiiiis…

Il pencha la tête sur le côté, cherchant ses mots avec soin.

-Il a dit que ce n'était qu'une affaire de temps et queeee, euh… en attendant… il avait toujours Anna… Annabeth ? Je sais plus… Parkinson ! il avait toujours Parkinson sous, euh, sous la main… si tu vois… ce que je veux dire…

-Anastasia, corrigeai-je d'une voix absente.

-Hein ?

Son visage hésitant était hébété.

-Parkinson, elle s'appelle Anastasia, pas Annabeth.

-Non mais t'as écouté ce que je viens de te dire ?

Mon cœur se serra. J'ignorai si l'humiliation publique infligée par Yaxley, dans mon dos qui plus est, ou si la réaction de Graham envers les Serpentard me tourmentait le plus. Intérieurement, je savais que Yaxley ne me devais rien, tout comme je ne lui devais rien, mais savoir qu'il se moquait lui-même de moi devant une foule de Serpentard me faisait plus de mal que je ne l'aurais d'abord pensé. Quant à Graham… sa réaction démesurée me réchauffait le cœur et me faisait peur à la fois. Elle me faisait peur parce qu'il n'avait jamais été violent, parce que son visage tuméfié et tailladé était la preuve d'une brutalité inouïe, parce que – indirectement – j'étais la cause de cette rixe.

-Amy ?

-Je dois aller en cours, marmonnai-je en me relevant.

-Mais il est à peine sept heure et demi…

Récupérant mon sac que j'avais laissé choir sur le sol au pied de son lit, je fis semblant de ne pas l'avoir entendu.

-D'ailleurs…, me rappelais-je soudain. Qu'avais-tu dit à Mina, l'autre jour ?

-L'autre jour… ?

Il me regarda avec incompréhension avant qu'un éclair n'illumine son visage en mauvais état.

-Secret défense !, sourit-il avec malice, mais son visage horriblement abimé n'offrit qu'une grimace. Tu le sauras quand j'aurai tenu ma promesse.

-Ta promesse ?

Ce fut à mon tour de l'observer avec une incompréhension qui n'avait d'égale que la peine que j'avais d'être, pour ainsi dire, mise à l'écart.

-Je croyais que tu devais aller en cours ?, releva-t-il alors, éludant ma question avec aisance.

Je tournai les talons sans rien dire, agacée d'être tenue à l'écart. Que Mina me tienne à l'écart, soit, mais pourquoi Graham se mettait-il à faire la même chose ? Qu'avais-je fait pour que mes propres amis ne me mettent plus dans la confidence ?

Comme promis, Allister m'attendait devant l'infirmerie, plongé dans ses pensées. Était-il au courant de ce que Mina et Graham cachaient ? Préférant ne pas y penser, je passais un bras sous le sien et d'un même pas nous nous enfonçâmes dans les corridors encore sombre du château. L'heure encore matinale nous permettait de ne pas nous presser et si les lueurs automnales du soleil levant baignaient faiblement les couloirs d'une clarté douceâtre et étrange, une ombre semblait planer.

Dans un recoin, je vis la silhouette haute et menaçante de Yaxley se fondre dans l'obscurité d'un recoin discret. Mon cœur battant la chamade, je tâchai de l'ignorer. Mais je savais qu'il savait que je l'avais vu. Pour me rassurer, je serrai un peu plus fort le bras d'All qui parlait avec entrain de la nouvelle cape que sa mère lui avait commandée.

Mina sortie de l'infirmerie le mercredi matin, tout comme Graham dont le visage revenait lentement à la normale. Si ma meilleure amie semblait revigorée et d'une bonne humeur trop soudaine pour ne pas paraitre étrange – ce que je mettais sur le compte des médicaments que Mrs Pomfresh lui avait prescrit – j'étais on ne peut plus heureuse de la retrouver et ce, malgré les cachoteries que Graham et elle pouvaient bien faire. A nouveau réunis tous les quatre, l'ambiance pesante qui régnait sur le château semblait soudain beaucoup moins lourde que durant les quelques jours durant lesquels nous avions été séparés.

Pourtant, l'ombre de Yaxley me poursuivit toute la semaine, tel un mauvais augure.


Le vendredi en fin d'après-midi, entre deux heures de potions, je m'excusai auprès du professeur Slughorn pour sortir du cours quelques instants. « Problèmes de filles ». Rouge comme une tomate, il acquiesça d'un geste de la main, me signifiant de faire au plus vite, ce qui n'était pas nécessaire le moins du monde, les toilettes des cachots étant probablement les plus inhospitaliers du château. Habituellement, Mina et moi les évitions autant que possible, préférant faire des détours monstrueux que d'utiliser des toilettes qui semblaient presque taillés dans la roche. C'était également sans compter l'immense vitrine qui donnait une vue directe sur les profondeurs du lac, mettant mal à l'aise quiconque souhaitait faire ses besoins. Priant pour qu'une sirène ou une quelconque autre créature marine ne viole pas mon intimité, il ne me fallut que peu de temps pour me rendre compte que la situation n'urgeait finalement pas le moins du monde. Soupirant de soulagement, je sortie des toilettes de meilleure humeur que je n'y étais entrée.

Et percutai Yaxley.

Les bras croisés sur sa poitrine, sa cravate négligemment sortie de son pull, il semblait plus las qu'énervé, comme je l'aurai cru.

-Il faut qu'on parle.

-Je…

-Et il faudra qu'on parle tant qu'on ne l'aura pas fait.

Il baissa son regard d'oiseau de proie sur moi et m'observa quelques secondes. La colère dont il avait fait preuve à mon égard quelques jours plus tôt semblait avoir totalement disparue. A la place, une fatigue dont j'ignorais l'origine paraissait avoir pris possession de son être. Lui qui mettait toujours un point d'honneur à paraitre impeccable et nonchalant était ce soir-là étrangement négligé. Ses cheveux étaient ébouriffés comme s'il ne les avait pas peigné depuis plusieurs jours, ses vêtements semblaient ne pas avoir été repassés depuis belle durette et sa posture – bien que droite malgré tout – était avachie comme s'il avait pris place là où s'était tenu Atlas, et était à présent condamné à soutenir la voûte céleste sur ses larges épaules pour l'éternité.

Et malgré cela, même épuisé comme il l'était, il m'effrayait toujours autant.

-J'ai cours, tentai-je sans grande conviction.

Qu'aurai-je pu faire ? Seule au fin fond des cachots, rien ni personne n'aurait pu me venir en aide, hormis quelques rats répugnants qui trainaient toujours dans les alvéoles les plus obscures et les moins fréquentées.

Yaxley me regarda silencieusement un instant. Mon manque de vigueur était sa première victoire. Il le savait. Moi aussi.

-Je dirais au professeur Slughorn que je t'ai trouvé inconsciente et que je t'ai portée jusqu'à l'infirmerie, lâcha-t-il platement, comme si une excuse aussi bidon tombait sous le sens. Ou je lui dirais que tes problèmes de filles t'ont indisposée, ajouta-t-il en montrant d'un geste vague la protection hygiénique non utilisée que je tenais encore à la main.

A l'instar de Slughorn quelques instants plus tôt, je piquai un fard monstrueux et rangeai maladroitement la protection dans une poche interne de ma cape, avant de me redresser avec le peu d'assurance qu'il me restait.

Il hésita un instant, guettant une éventuelle réponse, avant de prendre mon silence abasourdie pour un assentiment et de s'emparer de mon poignet avec une délicatesse telle que j'eu d'abord l'impression qu'il souhaitait le briser. Il traversa le couloir sombre des cachots avant de remonter les escaliers qui menaient à la lumière, me trainant sans ménagement à sa suite. Les quelques élèves que nous croisâmes s'arrêtèrent en chemin, s'échangeant des messes basses et, songeant à ce que m'avait révélé Graham plus tôt dans la semaine, je ne pu m'empêcher de rougir. Tentant de disparaitre derrière ma chevelure brune, je tâchai de suivre Yaxley comme je le pouvais avec l'espoir de disparaitre dans l'ombre de sa carrure. Surpris de ne plus avoir à me trainer derrière lui comme un vulgaire bagage, il me lança un regard étonné sans ralentir et auquel je ne répondis pas.

J'aurai dû être énervée par son comportement. Énervée par ce que m'avait rapporté Graham et qu'il avait balancé devant des étudiants que je ne connaissais même pas. Énervée qu'après cela, il me poursuive une semaine entière à travers Poudlard avant de me trainer derrière lui de la sorte... A la place, j'étais énervée contre moi-même de ne pas réussir à lui cracher au visage toutes les choses que je retenais et qui me bouffaient, et de me laisser faire comme je le faisais si bien.

Ses pas nous amenèrent au deuxième étage, devant la statue de la Sorcière Borgne.

Il tenait toujours mon poignet.

-Ton visage est rouge, remarqua-t-il alors que je maudissais mes joues pour ne pas avoir repris leur couleur habituelle.

-On est là pour un cours de pétrographie ou d'art ?, répliquai-je, ignorant ostensiblement sa remarque qui ne demandait d'ailleurs pas la moindre réponse.

Fidèle à lui-même, il ignora ma remarque et fit de nouveau face à la statue.

-Dissendium, murmura-t-il, donnant un coup de baguette sur le crâne de la statue qui glissa lentement jusqu'à s'effacer totalement, dégageant ainsi un espace suffisamment grand pour passer.

-Euh…

Ne prenant toujours pas la peine de prêter attention à la multitude de questions qui me brûlaient les lèvres, il jeta un coup d'œil aux alentours, vérifiant probablement que personne ne nous observait, avant de me tirer en direction du passage obscure. Il ne baissa le regard que lorsque j'émis une résistance, les deux pieds ancrés dans le sol comme je le pouvais et tirant sur mon bras pour l'empêcher de m'embarquer je ne savais où.

-Je ne vais pas te faire de mal, crut-il bon de préciser, voyant mon air probablement crispé.

Voilà qui me rassurait.

Il soupira, exaspéré.

-Tu me penses réellement capable de te faire du mal ?, insista-t-il, en fronçant les sourcils.

Il cligna des yeux face à mon mutisme, et une surprise non feinte se peignit sur son visage taillé à la serpe. Lui qui se jouait continuellement des apparences en semblait bien incapable ce soir. Ou était-ce voulu ?

Il soupira à nouveau, de fatigue cette fois-ci, et se pinça l'arête du nez.

-Greengrass, je veux seulement que nous parlions dans un lieu calme. Pour une fois dans ta vie, je te demande de me faire confiance.

Relâchant vaguement la tension de mon bras, je désignai le passage obscur du menton.

-Où est-ce que ça mène ?

Un vague sourire traversa son visage tiré, n'y apportant néanmoins pas la moindre lumière.

-Surprise.


Chapitre rapide qui, je l'espère, vous a plu !

Les chiens ne font pas des chats au même titre qu'on ne change pas les vieilles habitudes : mon perfectionnisme a beau me pousser à revoir 37 fois tout ce que je fais (et peu importe ce que je fais, d'ailleurs), je suis toujours une bille en orthographe (pas sûre que ça change un jour) mais j'espère que ça ne vous arrache pas trop la vue pour autant.

En tout cas, je vous une bonne journée/nuit, prenez soin de vous et gardez la pèèèche !