Réponse review:
Scamille: un suspens qui ne délivre jamais d'information ça fini par lasser le lecteur quoi qu'on cache, je trouve, alors j'essaye de ne pas être trop mystérieux non plus XD Merci de continuer à suivre, et merci de ce commentaire!
Chapitre 8: Le cinquième étage
Rémus avait disparu si vite qu'Harry avait eu l'impression de n'avoir eu droit qu'à une vingtaine de secondes, et Ted Lupin s'était effondré sur le sol, haletant, livide, mais Merlin soit loué, bien vivant. Harry lui avait assuré que son père avait demandé à lui dire qu'il l'aimait. C'était faux, mais il savait que s'il en avait eu le temps, Rémus l'aurait fait.
Il y avait eu beaucoup de conseils, de mesures désespérées. Et finalement, quelques jours après l'invocation Harry avait découvert qu'il avait plus d'allié qu'il ne le croyait en reçevant la lettre de Drago. Quelqu'un qui pouvait peut-être encore atteindre Albus. Mais à présent, alors qu'il était assis sur le canapé avec entre les mains la toute première lettre qu'Albus leur envoyait depuis qu'ils l'avaient placé chez les Malefoy, c'était simplement la toute première phrase de Rémus qui tournait en boucle dans l'esprit du Survivant.
"Il n'est plus à ta portée."
Harry fixait la feuille blance intensément. Il la fixait comme pour comprendre, alors qu'il n'y avait vraiment rien à décrypter, en saisissant pour la première fois ce que Rémus avait voulu dire.
Cher Maman et Papa,
Je vais bien.
Albus
Harry aurait dû ouvrir la lettre tout seul avant de la montrer à Ginny. Elle en avait espéré encore plus que lui, et maintenant elle avait le regard dans le vague, comme perdue. Et encore, ils avaient été à deux doigts de faire descendre les enfants pour lire la lettre en famille, faire exister encore Albus malgré son absence, rendre ça important parce que ça aurait dû l'être. Depuis son départ il était présent plus que jamais, comme si son fantôme rôdait dans les couloirs. Ce n'est qu'en l'ouvrant qu'Harry avait comprit tout ce qu'il espérait de cette lettre. Albus devait aller mieux ou l'éloigner n'aura été qu'un acte stupide. Que croyaient-ils, exactement? Que leur cadet leur raconterait qu'il allait beaucoup mieux, que se changer en monstre était devenu le plus amusant des jeux et qu'il se sentait chez lui dans l'immense et froid manoir Malefoy? Harry avait besoin de savoir qu'il avait fait le bon choix, il en avait besoin parce qu'il était trop tard à présent.
Je vais bien.
Il fixait cette phrase comme s'il pouvait en percer tous les secrets et les sous-entendus en regardant derrière les mots. Les mots étaient hésitants, tremblotants, comme ceux de quelqu'un qui aurait cherché à imiter l'écriture de leur fils. Ce qu'Harry regardait, c'était Albus s'efforçant d'être encore Albus.
-Ce n'est pas son écriture, finit par murmurer Ginny en fixant les flammes dans la cheminée.
-C'est toujours lui. Il a juste... du mal à écrire de longues phrases. Il doit réapprendre.
Dans ce cas, il fallait écrire « je vous aime », songea malgré lui le Survivant.
-Drago est un chasseur, lâcha soudain Ginny.
Elle avait dit cette phrase comme si elle la retenait depuis des semaines et la libérait enfin, avec une émotion qu'elle n'avait jamais eu depuis l'enlèvement de leur fils. Une émotion derrière laquelle Harry retrouvait enfin ce qu'il craignait depuis le début, la haine de sa femme pour toute la famille Malefoy. Lucius Malefoy avait fait d'elle la marionnette du journal de Jedusor il y a de cela des dizaines d'années, pour chacun c'était devenu un détail d'une plus grande mésaventure. Jamais pour elle. Ginny en parlait peu, même à l'époque, mais c'était une chose qu'elle n'avait jamais oublié et dont elle seule connaissait toute l'horreur.
-Drago ne fera aucun mal à Al, Ginny...
-Et s'il ne peut pas parvenir à le maîtriser? C'était une possibilité, pas vrai? On ne peut jamais être sûr d'y arriver.
-Le fils de Drago est un loup, sa femme aussi. Il est l'alpha de leur meute, par Merlin, il ne tue plus.
Ce n'est que quand Ginny ouvrit de grands yeux qu'Harry réalisa à quel point ils en avaient peu parlés. De Drago. Il ne lui en avait toujours dis que ce qu'il avait à dire, le nécessaire, son vieil ennemi avait longtemps côtoyé les loup-garous et les connaissaient bien. Ginny ne savaient pas à quel point Harry avait connu Drago après leur sortie de Poudlard. Tout ce qu'il avait pu essayer pour empêcher l'héritier des Malefoy d'emprunter la pire des voies. Il n'y était pas parvenu. Mais Astoria Greengrass, elle, avait pu le faire.
-Drago est l'alpha de cette meute de loups-garous? Tu veux dire... leur chef de meute?
-Au début il a simplement accueilli la meute dans son manoir. C'est après son mariage qu'il est devenu leur leader. Je veux dire, il ne l'est pas devenu en se mariant, disons qu'il a... prit le titre à quelqu'un.
On ne devenait l'alpha qu'en tuant l'alpha précédent. C'était un titre avec lequel on ne faisait pas de vieux os.
Ginny revint s'asseoir sur le canapé, proche de lui d'une façon dont elle ne l'avait pas été depuis longtemps, et Harry comprit qu'il n'avait pas le choix, ni le droit de garder cela pour lui. Avant, cela avait été entre Drago et lui. Mais maintenant, aussi étrange que cela soit, c'était aussi l'histoire d'Albus. Après tout, il n'était pas obligé de parler du reste, seulement de la partie loup-garou.
-Après la bataille de Poudlard, après tout le reste... tu sais que le père de Drago a été envoyé à Azkaban, pas vrai? Et Drago a été pardonné à cause de son extrême jeunesse, et du fait qu'il avait été manipulé par ses parents.
-Et parce que tu as témoigné en sa faveur, lui rappela doucement sa femme.
Harry haussa les épaules, mal à l'aise.
-Drago était libre, mais la famille Malfoy était déshonorée. Détruite. Drago ne le supportait pas, il était incapable de juste... continuer à avancer, tu vois? Tout ce qu'il avait été avait disparu. Il n'avait plus personne, plus rien, même plus sa propre identité. Il ne savait pas être autre chose qu'un Malefoy, un sang pur.
-Et un mangemort, rappela plus froidement Ginny.
Harry ne releva pas. Mais l'espace d'un instant, il ne pu s'empêcher de songer à quel point il était étrange d'avoir envoyé Albus dans ce même manoir où il avait été prisonnier, et où Hermione avait été torturée.
-Après... ce passé difficile, il avait décidé de vouer sa vie à redorer son blason, à refaire des Malefoy une famille honorable.
-Je trouve que ça a l'air bien.
-Ca aurait pu l'être. Ca partait d'une belle idée, d'une volonté de réparer, de reconstruire. Mais il ne savait pas comment faire. Tout ce que les Malefoy avait incarné était dorénavant réprouvé, il savait que faire valoir leur sang pur serait désormais pire qu'arborer la Marque des Ténèbres. Les gens voulaient être égaux, ils voulaient oublier tout ça. Alors il est allé dans ce sens. Il a décidé de prôner l'humanité. Et que le combat qu'il recherchait pour se mettre en valeur et s'amender serait celui contre ceux qui n'étaient pas humains.
-Les loups-garous...
-C'était le meilleur moyen de s'accrocher à la noblesse sorcière qui ne voulait plus de lui. L'aristocratie du monde magique avait toujours été jugée parfaite, à un détail près. Une sale rumeur qui tachait leurs blasons depuis des générations. On racontait que depuis toujours, des familles qui s'étaient revendiqués de sang-pur faisaient partie de meutes de loups-garous. C'est bien pire que d'avoir du sang de moldu. Infiniment pire. Drago a décidé que pour retrouver son honneur il allait gagner un combat que personne n'avait pu gagner depuis des siècles. Il est devenu chasseur de loups-garous, un type de chasseur bien spécial, entraîné à chasser ceux qui se dissimulent parmi les plus influents des humains. Il n'a pensé qu'à ça après la guerre, parce qu'il n'avait plus rien d'autre à quoi penser. Sa mère s'était suicidée. Il était tout seul. Seul avec sa haine et ses regrets.
C'est là que ce n'était plus tout à fait vrai. Mais qu'importe. A la fin, Drago s'était bien retrouvé aussi seul qu'au début, et Harry n'avait rien pu y changer.
-Il s'est vite fait un nom, étonnamment. Il a intégré le Ministère au département de régulation des créatures magiques, à un poste haut placé où sa croisade s'est changée en enquête officielle.
-Tu ne l'as pas côtoyé? Le Département de régulation des créatures magiques travaille beaucoup avec les Aurors, lorsque ça devient dangereux, non ?
-Il y a... il y a beaucoup d'Aurors. Il en travaille dans beaucoup de services. Ca lui a prit longtemps, très longtemps, mais Drago a fini par identifier les familles concernées. Il a manoeuvré pour les coincer en sachant qu'il fallait d'abord les couper de tous leurs soutiens politiques. Et il a fini avec la meute d'Astoria. Il leur a tendu un piège au beau milieu d'un bal, où presque toute la meute avait été conviée, tous ceux qui étaient soupçonnés d'en faire partie. La moitié des invités ont dégainés leur baguette au beau milieu d'une danse et...
Ginny était devenue livide.
-Le Ministère ne peut pas juste... tuer tant de gens sous prétexte qu'ils sont des loups-garous. Sans aucunes preuves qu'ils aient fait le moindre mal. N'est-ce pas?
-Pas officiellement. Mais le Ministère fait bien des choses sans que personne ne le sache. Le département des mystères est un mystère pour de bonnes raisons.
-Drago l'a fait? Il... il a tué tous ces loups? Harry, ça a dû être une boucherie.
-Pas tous. Il en a traqué beaucoup, il allait abattre les derniers et se lancer à la poursuite des ultimes endroits où se cachaient les autres membres de la meute quand il a fini par ouvrir les yeux. J'ignore comment, ou ce qu'il s'est passé pour qu'il change d'avis. Il a comprit qu'encore une fois il s'en prenait à des innocents, et pour satisfaire l'orgueil et la soif de pouvoir de sang-purs qui ne voulaient même plus de lui. Il avait vu la « vraie noblesse » comme il disait, celle des loups, et il a comprit qu'en tentant de tout réparer il n'avait fait que salir le nom des Malefoy un peu plus. Alors pour la première fois il a simplement fait ce que lui croyait juste. Il a aidé Astoria et les autres à s'enfuir, et il a usé de son pouvoir et son influence pour les protéger. Ils ont finis par se marier. Après ça... je ne connais pas les détails. Durant ses années de traque il avait déjà tué l'alpha de cette meute. Après son mariage, il semble qu'il ait aussi tué son successeur.
-Ca n'a pas de sens. Il est le chasseur qui les as traqués, massacrés, celui qui leur a tout prit, et il a tué deux de leurs chefs! Pourquoi ils ne l'ont pas mit en pièces? Comment a-elle pu l'épouser ?
Effectivement, dit comme ça Voldemort aurait aussi bien pu devenir directeur de Poudlard et se marier dans la Grande Salle avec McGonagall. Mais les loups ne réfléchissaient pas comme les humains.
-Je l'ignore. Mais il a fini par s'imposer comme alpha de leur meute, l'une des Sept meutes souveraines qui plus est.
-Les meutes souveraines?
-Ce sont les sept meutes les plus puissantes d'Europe, celles qui comptent le plus de loups et dont la magie est la plus dangereuse. Je n'en sais pas beaucoup plus, au départ ce n'était qu'une rumeur chez les Auror. On dit que chacune d'entre elle dirige une sorte de conseil de tous les loups pendant un an, à tour de rôle, mais ce n'est peut-être qu'une fable. Tout ce que je sais avec certitude c'est que la meute de Drago compte des centaines de loups qui ont des affaires très lucratives un peu partout sur le continent.
-Ce n'est même pas un loup !
-Je sais. D'une façon ou d'une autre il parvient à se faire respecter. Les loups... ils sont en partie humain, mais ils ne pensent pas comme nous, leur logique est radicalement différente. Et il semble que ça fonctionne, puisqu'encore aujourd'hui, il vie parmi eux.
Harry s'était si souvent posé la question. S'était si souvent demandé ce qu'il était advenu de Drago après sa disparition, après qu'il soit parti avec Astoria. Que s'était-il vraiment passé, le soir de cette ultime piège où il était censé la tuer? Pourquoi avait-il changé de camp, comment survivait-il parmi les loups? Il aurait voulu pouvoir lui demander tout cela pendant qu'il lui parlait d'Albus.
A sa grande honte, au milieu du drame de son fils, alors même que lui-même était profondément accablé, Harry devait bien reconnaître qu'il avait aussi retrouvé dans ces ténèbres une lumière qui avait disparue de sa vie bien avant – et dont il n'avait, donc, jamais eu autant besoin. Il avait envoyé d'innombrables lettres à Drago, pas seulement pour répondre à son invitation. Pour la première fois depuis six ans. Ils avaient parlés de ce qu'étaient devenus leurs vies, de leurs enfants. C'était comme si leurs chemins ne s'étaient jamais séparés.
Et puis tout s'était brusquement arrêté le jour où il avait laissé son fils au manoir. Evidemment. Oui, pourquoi cela en aurait-il été autrement, pas vrai? C'était à propos d'Albus. Rien d'autre. Est-ce que ça n'avait été que cela, les discussions formelles de deux pères qui partageaient les mêmes préoccupations pour leurs fils? Albus, c'était tout ce que voulait Drago? Harry ne savait pas ce qu'il avait espéré exactement. Pour la première fois, après des années d'une vie paisible et prévisible, il ne savait pas, comme à l'époque de cette jeunesse faite de tant d'incertitudes. Mais contre toute logique, peut-être avec une ridicule immaturité, il avait ressenti comme un étrange sentiment de trahison à devoir laisser son fils aux bons soins des Malefoy sans même pouvoir revoir Drago un instant. De trahison, alors même que Drago faisait pour les Potter le plus généreux des actes, quelque-chose d'au moins assez bon pour pardonner tout ce qu'il avait jamais pu se passer entre eux par le passé. Peut-être qu'il ne s'agissait que de ça. Faire amende honorable. Drago s'occupait d'Albus pour clore définitivement leur histoire, payer sa dette une fois par toute et qu'on n'en parle plus.
Et d'une certaine façon, si le père qu'était Harry était profondément reconnaissant, l'homme haïssait Drago d'avoir trouvé un aussi bon moyen de se faire pardonner.
XXX
Albus se cramponnait à l'échine du gigantesque loup gris de toutes ses forces mais il manqua être désarçonné quand Scorpius vira brutalement à droite. Son dérapage fit fleurir sous ses pattes une nuée de lucioles vertes émeraudes qu'Astoria ne manquerait pas de retrouver si elle cherchait bien. L'exercice du jour était la traque. La louve leur avait laissé une bonne demie-heure d'avance, et ils étaient censés dissimuler suffisamment bien leurs traces pour lui échapper jusqu'au coucher du soleil. Albus qui réprimait toujours tout était plutôt doué pour dissimuler sa belle aura dorée et même son odeur, mais il était lent. Comme il ne se transformait toujours pas Scorpius l'avait prit sur son dos pour aller plus vite.
Il ne l'avait jamais fait avant et Albus adorait la façon dont l'odeur de son ami l'enveloppait tout entier, mais c'est aussi pour ça qu'il perçut le changement dans l'air trop tard: tout à coup les arbres s'écartèrent en un éclair sur leur chemin pour révéler le vide. Ils venaient de sauter du haut du ravin. Prit par surprise, Scorpius glapit. Albus poussa un hurlement qui dû retentir à travers toute la forêt quand ils s'écrasèrent dans le lac et sentit la fourrure lui échapper des mains malgré ses efforts pour s'y raccrocher. Le jeune Potter remonta à la surface et aspira un grand souffle d'air, haletant, le cœur battant la chamade mais plus soulagé qu'autre chose. Il se réjouit qu'ils aient de l'eau jusqu'à la taille quand Scorpius émergea sous sa forme humaine, hilare, son halo argenté frémissant encore de frayeur. Etrangement il sentait quand même le chien mouillé.
-C'était stratégique, d'accord? Je l'ai fais exprès.
-Ca va effacer nos traces, renchérit Albus en s'esclaffant.
Une des premières fois où Scorpius voyait son ami rire un peu. Il s'était passé en quelques semaines plus de choses qu'il ne l'aurait espéré possible. Il parvenait enfin à ses fins. Depuis quelques temps, Albus souriait parfois. Il avait réclamé de réapprendre à lire, à écrire, et il commençait même à jeter des regards tentés au piano qui se trouvait dans le grand salon. L'astronomie le fascinait à nouveau, surtout la faculté qu'avait les loups de lire l'avenir dans les étoiles. Ils avaient tentés l'expérience une nuit, mais ils n'étaient pas très doués. Le futur de Scorpius était étrangement flou, comme s'il n'en avait pas du tout. Et dans le futur d'Albus la constellation du Chien masquait tous les autres présages.
Celle qu'on appelait Sirius.
Ce n'était qu'un début, un tout petit début, et de temps en temps son regard s'assombrissait brutalement et il se figeait comme si quelque-chose retombait au fond de lui. Mais la lumière était bien là, elle existait. Chaque jour Scorpius appréçiait un peu plus le garçon qui s'épanouissait à ses côtés, comme s'il y en avait de plus en plus à aimer.
-Ma mère ne croira jamais qu'on ait pu être assez bêtes pour faire ça, c'est du génie.
-Mes vêtements sont tout trempés, Charon va me tuer.
-Ca dépends. Il ne s'énervera pas s'ils sont complètement fichus.
-Qu'est-ce que tu racontes?
-Ici tout dépends de la façon dont tu détruis les choses. Même s'ils sont en lambeaux, personne n'aurait d'excuse pour te tomber dessus si c'est parce que tu t'es transformé.
Albus détourna brusquement le regard. Il espérait que Scorpius passe simplement à autre chose, mais il arborait ce sourire capricieux qu'il avait quand il avait décidé ce qu'il voulait et savait pertinemment comment l'obtenir. Son aura se para de reflets blancs pour essayer se mêler à la sienne et Albus comprit instinctivement que c'était sans doute strictement interdit de faire une telle chose avec un loup qui n'était pas de sa meute. Intime. Et qu'il risquait de se transformer. Il avait l'impression de s'apprêter à se jeter dans le vide. Scorpius ne lui ferait jamais de mal mais il ne comprenait pas vraiment qu'on puisse avoir un avis différent du sien, sur quoi que ce soit.
-Qu'est-ce... qu'est-ce que tu fais?
-Tu n'as pas envie de sentir ce que ça fait?
-Scorpius... Tu n'as qu'à partir sans moi, d'accord? Transformes-toi, pars devant et...
-Je ne partirai jamais sans toi.
Ce n'était pas juste une réponse. Ca ressemblait à une promesse, comme si le blond venait de sceller quelque-chose quitte à en payer le prix autant de fois qu'il le faudrait. Albus jeta un oeil à ses adbos ruisselants qui brillaient au soleil, cette fois-ci juste comme un garçon un peu jaloux d'un copain. Il avait parfois du mal à croire qu'il avait vraiment la même stature que le jeune Malefoy, ou en tout cas pas loin, alors qu'il se sentait toujours si chétif à l'intérieur. Ou même à l'extérieur, avec sa chemise toute trempée plaquée contre sa poitrine tremblotante et ses cheveux qui lui tombaient sur les yeux. Il avait envie d'être fort, évidemment. Mais pas d'une force qui venait de Lui.
-Allez... , murmura tout bas le blond avec une douceur qui n'était réservée qu'à son camarade. Ca, ma mère ne s'y attendra jamais, c'est le moins qu'on puisse dire. On n'a plus que deux jours, Al.
Albus savait bien ce que son camarade voulait dire. Il était en train d'échouer. Il était censé s'habituer à sa forme de loup avant la pleine lune, la faire sienne pour parvenir à en garder le contrôle le jour J. Mais il ne s'était pas transformé une seule fois. Personne ne le disait vraiment, mais les chances qu'Albus reste avec la famille Malefoy étaient infimes. Ils ne le garderait pas s'il échappait à leur territoire et mettait leur secret en danger, ou pire, tuait des gens. En fait, Albus n'avait pas la moindre idée de ce qu'il deviendrait si ça devait se produire. Il ne pouvait pas rentrer chez les Potter non plus.
-Qu'est-ce qu'il y a, au cinquième étage ?
La question était si impromptu que Scorpius en fut complètement déstabilisé, même son odeur changea. En fait, peut-être qu'Albus l'avait posée autant parce qu'il voulait savoir que pour parler de quoi que ce soit d'autre que la situation présente. Scorpius sembla hésiter un instant, décontenancé, puis renonca à regret et joua le jeu.
-Il n'y a que mon père qui y va, en général. Assez souvent je crois. Une fois, je lui ai demandé si j'aurais le droit d'y monter quand je serai plus âgé, et il m'a dit qu'il ne pouvait qu'espérer que je n'en ai jamais besoin.
-Charon ne t'as jamais dis ce qu'il y avait là-haut ?
-Je lui ai demandé. Il a eu l'air très fier, je ne sais pas trop pourquoi. Il a dit que le manoir avait grandement contribué à faire de la famille Malefoy ce qu'elle était, qu'il avait aidé à en bâtir la gloire et la fortune, et qu'il devait reconnaître que c'était en bonne partie grâce à ce qu'il y avait là-haut que nous étions venus à bout de tant de nos ennemis. Mais quand je lui ai demandé s'il me laisserait y aller, il s'est mit très en colère.
Scorpius ne put s'empêcher de sourire lorsqu'Albus ouvrit de grands yeux. Ses yeux de loup étaient magnifiques, mais ils étaient si beau comme ça aussi, deux grands lacs d'une chaude teinte émeraude qui resplendissait à la lumière sous un épais rideau de cils sombres.
-Et tu n'y es pas allé? Je croyais que le simple fait qu'on te l'interdise suffirait à te persuader de le faire.
Le blond s'assombrit.
-Une nuit, j'ai vu ma mère en redescendre. Elle était couverte de blessures, et elle saignait. Je lui ai demandé ce qu'il était arrivé, et elle a simplement dit qu'elle avait encore besoin d'y réfléchir. Je n'ai pas l'impression que ce soit vraiment une pièce qui se trouve là-haut, plutôt... je ne sais pas, j'ai l'impression que c'est quelque-chose qu'on ne fait qu'à ses ennemis. Mais dans ce cas je ne comprends pas pourquoi mes parents y vont.
Maintenant Albus semblait fasciné, comme quand il se plongeait dans ses grimoires d'astronomie.
-Comme s'il y avait un monstre là-haut?
-Je ne crois pas. Enfin, s'il y avait une chose pareille là-haut et qu'on ne pouvait pas l'en déloger, on la laisserait simplement tranquille, non? On dirait juste que mes parents ont besoin d'y aller. Pour, je ne sais pas, un truc d'adulte.
-Le jour où je suis arrivé, Charon en parlait comme s'il y avait simplement d'autres habitants au cinquième étage. Des gens qui habitaient ici aussi, juste... des gens différents. Peut-être des gens un peu comme lui.
-Quelque-chose comme Charon n'aurait jamais fait de mal à ma mère. Tu sais, fanfaronna-il, si on y allait, au cinquième étage, Charon n'en saurait rien. J'ai entendu mon père dire quelque-chose à ma mère une fois... le cinquième étage est le seul endroit où Charon ne voit rien. Il ne peut pas savoir quand on y va.
Albus ouvrit de grands yeux.
-Comment c'est possible? Il est le manoir. Ca voudrait dire que ce qu'il y a là-haut... ça ne fait pas partie du manoir?
-C'est de la magie. Je suppose que tout est possible.
-...et si on allait voir ?
Le blond hésita, surpris.
Scorpius n'avait parlé de tout ça que pour impressionner son ami, il avait sous-estimé à quel point Albus s'était enhardi. Il était parfois complètement désarçonné par la façon dont la timidité et la frayeur étaient balayés du regard du jeune Potter quand il voulait savoir. Mais après tout, il était bien là parce qu'il s'était offert une escapade à vélo en pleine nuit à plus d'une heure de chez lui. Monter un étage, qu'était-ce en comparaison? Albus n'était pas toujours aussi courageux que son père, mais la curiosité était ce qui le mettait dans le même genre d'ennuis que la bravoure valait à Harry Potter.
Scorpius était coincé. C'était lui qui avait voulu jouer au dur.
-Ma mère était vraiment dans un sale état, tu sais. Je ne voudrais pas que ça nous arrive à nous – enfin, à toi.
-On ne jetterait qu'un coup d'oeil rapide. Juste en haut des escaliers.
Bien-sûr Albus Potter avait toujours été incapable de se contenter d'un coup d'oeil.
Scorpius en était encore à essayer de trouver une réponse lorsque tomba sur eux l'ombre d'une énorme louve dressé en haut du ravin. De très mauvaise humeur, Astoria ne se retransforma même pas et pourtant ses simples grognements sur tout le chemin du retour exprimèrent avec suffisamment de clarté la stupidité de s'arrêter pour une baignade comme s'ils passaient d'agréables vacances d'été alors qu'ils étaient pourchassés par un prédateur. Mais Scorpius n'écoutait pas vraiment - de toutes façons il n'écoutait jamais grand monde - parce qu'Albus semblait ailleurs lui aussi. Le jeune Malefoy avait bien peur d'avoir éveillé chez son ami quelque-chose de dangereux.
XXX
Albus attendit longtemps cette nuit-là que tout le monde soit couché. Il savait que le père de Scorpius travaillait jusque tard dans la nuit, et le garçon ne voulait surtout pas être surprit. Pour la première fois, se fut lui qui se rendit dans la chambre de Scorpius sur la pointe des pieds, et non l'inverse. Son ami sembla surpris de le voir, voire un peu horrifié, et Albus se sentit presque coupable, comme s'il était allé trop loin.
-Albus... je ne voudrais pas que mon père ait une excuse pour vraiment te faire du mal.
Le père du blond ne les avaient surpris ensemble qu'une fois, mais depuis il était devenu peut-être plus autoritaire encore. Il ne s'en prenait jamais à Scorpius, et le blond était à peu près sûr que c'était pour le faire culpabiliser, autant que pour tenir Albus lui-même trop occupé pour passer du temps avec lui. Le jeune Potter était sermonné avec une certaine douceur, mais constamment: il ne se tenait jamais assez droit, n'était jamais assez poli, ne travaillait jamais assez bien ses lettres, il était envoyé dans sa chambre sans dîner pour un oui ou pour un non et même forcé à recopier des lignes. A une ou deux occasions quand il avait osé répondre il avait même prit un coup de baguette au passage, juste pour la forme mais Scorpius n'y avait jamais eu droit. A chaque fois que Drago prenait le menton du garçon entre ses doigts pour le sermonner et commençait à l'appeler Albus Severus, Scorpius se figeait, le coeur battant, terrifié qu'Albus ne puisse pas retenir un coup de croc. C'était des moments étranges où malgré sa douceur et sa timidité pas une fois le brun n'avait manqué de défier Drago d'un regard fier et furieux, un regard de Potter, et la pleine lune approchant il était de plus en plus insolent.
-Depuis quand c'est moi qui doit te persuader de t'amuser? Je n'arrive pas à dormir, si peu de temps avant la pleine lune. C'est comme si je la sentais grandir dans ma tête, tu comprends? Si ça se trouve, tout va se finir demain, ce sera notre dernière journée ensemble. Comment fera ta mère, si elle doit se battre contre nous deux en même temps, dans deux jours? Tu sais que c'est toi qu'elle empêchera de faire du mal...
-Mais non, protesta son ami en se redressant brusquement dans son lit. Pas du tout. Je te combattrai moi même, d'accord? Sans te tuer. Je t'empêcherai de faire du mal, je...
Il perdit ses mots. Lui-même ne parviendrait pas à conserver sa raison et il le savait bien. Albus s'engouffra dans la brèche :
-Je me disais juste... qu'on pourrait s'amuser un peu, tu vois? Faire un dernier truc dingue, enfreindre une dernière règle... juste au cas où. Enfin, seulement si tu n'as pas peur.
Albus ne voulait pas être aussi manipulateur, et surtout pas user de son drame personnel pour attendrir Scorpius. Il avait juste vraiment envie de percer les secrets du manoir Malefoy, et ça ne l'intéressait pas si son ami ne le faisait pas avec lui. Quand Scorpius finit par sourire, il sut qu'il avait gagné. S'il avait pu lire l'avenir un peu mieux et savoir ce qu'il venait de gagner, personne ne s'en serait réjouit.
Après cette nuit là tout allait changer pour de bon.
Heureusement, il était beaucoup plus facile de marcher discrètement sur le sol de marbre que sur le vieux bois grinçant de la maison d'Albus. Sa seconde vue ne révélait aucun passage récent dans les couloirs, tout le monde devait dormir. Son cœur battait la chamade, et il entendait celui de Scorpius en faire autant, exactement au même rythme. Il avait envie de lui prendre la main, mais ce serait sans doute bizarre.
Ils ne s'étaient jamais vraiment aventurés dans l'aile ouest lors de l'une de leurs escapades. Scorpius avait dit à Albus que la plupart des choses que faisait Charon, il les faisait presque inconsciemment, son attention n'était pas vraiment en permanence focalisée partout et sur tout le monde. Il fallait espérer qu'il ne les surveille pas de trop près, là tout de suite, alors qu'ils se trouvaient devant l'escalier du cinquième étage. Devant l'interdit, à la lisière des lieux où seuls les adultes avaient le droit de se rendre. Les deux adolescents échangèrent un sourire nerveux, plein d'une crainte respectueuse et d'excitation en même temps. Et là, en revanche, Albus osa prendre la main de Scorpius. Il mit le pied sur la première marche comme si elle allait exploser mais rien ne se produisit.
-On devrait se dépêcher, chuchota Scorpius.
Mais ils grimpèrent l'escalier lentement, tiraillés entre l'hésitation et l'exaltation du moment.
Arrivé en haut Albus sentit aussitôt quelque-chose d'absolument inexplicable dans l'air, dans l'atmosphère. Il n'y avait aucune odeur. Après l'importance qu'elles avaient prit dans les perceptions d'Albus, pour lui c'était comme si cet endroit n'existait même pas. Il se sentait différent, ici. Exposé.
Soudain il entendit une voix étouffée, comme un rire. Et ce n'était pas Scorpius.
Cet couloir n'était pas dans le manoir Malefoy, il le sentait quelque-part en lui. Et en même temps, il se sentait comme si les lieux ne lui étaient pas étrangers pour autant. Mais où étaient-ils, alors? Il sursauta quand Scorpius posa une main sur son épaule. Il crut que son ami voulait le persuader de redescendre – il lui avait promis qu'ils ne resteraient pas – mais le blond avait les yeux fixés sur l'une des innombrables portes du couloir. Elle arborait un petit écriteau en fer, comme dans les hotels, sur lequel était inscrit dans une élégante caligraphie :
Mr Drago Malfoy
Peur
La peur du père de Scorpius habitait au cinquième étage? Est-ce que c'était là qu'elle se reposait quand Drago n'avait pas besoin d'elle? Si c'était le cas, elle ne devait pas souvent se lever. Contrairement à :
Mr Drago Malfoy
Colère
C'était la porte qui se trouvait juste à côté, à quelques mètres. Au fur et à mesure qu'ils avançaient l'obscurité se refermait lentement sur eux. Ca n'aurait pas dû être possible, Albus voyait dans le noir comme en plein jour. Mais pas dans ce noir-là. Aucune lumière, aucune odeur... Soudain, il eu l'étrange sentiment que s'ils continuaient à avancer, ils ne pourraient plus faire marche arrière, que les ténèbres les avaleraient pour de bon.
-Qu'est-ce que ça veut dire ?, murmura Scorpius.
-Charon dit qu'on n'a pas le droit d'ouvrir les portes des autres. Je suppose... je suppose que ça veut dire qu'il y en a d'autres.
Ils passèrent devant d'autres portes de Drago, aux noms plus étranges les uns que les autres. Remord. Espoir. Gourmandise. Cupidité.
Mais Albus avait vu juste, ce n'était pas que Drago.
Mr Albus Severus Potter
Désir
Scorpius tendit aussitôt la main vers la poignée.
