Rosanna était revenue alors que l'été touchait doucement à sa fin, et ils s'étaient tous réinstallés dans leur routine, dans leur propre petit monde. Peu importait que le monde se confine et se déconfine, cela ne changeait guère leur quotidien. L'isolement était leur armure. Le secret, leur meilleure protection. Les enfants n'allaient plus du tout à l'école, mais ce n'était guère un problème. Ils faisaient déjà le gros de l'école à la maison, avec le strict minimum de ce qui était exigé de connaissance du programme officiel, et beaucoup d'autres choses qui leur seraient utiles dans une autre galaxie. D'autres langues, d'autres alphabets, une autre histoire, et beaucoup de connaissances techniques. Du sport, des arts martiaux, et de longues heures dans la réserve avec Markus à apprendre à reconnaître et à pister les bêtes qui y vivaient.
Avant qu'ils ne le réalisent vraiment, l'Utopia était de retour, sans qu'ils aient eu besoin de mettre à exécution leur plan pour envoyer un message codé afin de le faire venir plus tôt.
A son bord, une poignée de scientifiques helvètes choqués de découvrir leur monde natal en proie à une pandémie, et un équipage inquiet pour leur sort à eux.
Léonard, une fois que Rosanna lui eut expliqué les symptômes, exigea d'obtenir le séquençage du virus pour pouvoir envoyer les données à Silmalyn, afin d'avoir l'avis du biologiste sur le sujet.
Il insista tant et tant que, agacée, l'artiste lui demanda pourquoi ça l'inquiétait autant.
Cachant mal son tourment, le wraith finit par répondre.
« Madame, malgré l'incidence des symptômes graves qui n'est pas la même, les manifestations que vous décrivez sont extrêmement similaires à celles du virus hoffan. Qui, comme vous le savez, en plus d'être potentiellement mortel pour les humains, est d'une létalité absolue pour les wraiths. Or ce virus a été crée par les Atlantes. Il est donc tout à fait probable que des échantillons du virus aient été acheminés jusqu'ici, et s'il s'agit d'une mutation du virus Hoffan, il serait plus prudent de vous évacuer. Imaginons qu'il soit transmissible par voie aérienne pour les wraiths... »
Rosanna n'avait pas objecté et était allée demander, ou plutôt exiger, du brigadier Schmid un séquençage, qu'elle n'avait pas tardé à obtenir et qui avait été envoyé par message hyperspatial à Silmalyn.
Par prudence, l'Utopia était remontée en orbite, et n'avait embarqué aucun nouveau personnel helvète, tandis qu'ils attendaient une réponse - qui arriva quelques jours plus tard.
Bien que similaire dans ses symptômes, il ne s'agissait en aucun cas d'une variante du virus hoffan et, le médecin s'en était assuré, le virus n'était pas dangereux pour des wraiths adultes. Ne pouvant garantir son innocuité sur les larves, il recommanda toutefois la plus grande prudence et aucun contact avec des malades.
Il fut donc décidé que cette fois, par prudence, l'Utopia n'emporterait personne, et que l'équipage se soumettrait à une quarantaine et à une batterie d'examens à leur retour dans Pégase, afin d'éviter de ramener le virus avec eux.
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Rosanna n'emmenait plus Ilinka avec elle faire les courses depuis longtemps, mais elle avait bien été obligée de faire une exception cette fois. La petite avait eu une poussée de croissance, et n'avait plus rien à se mettre. Ni de chaussures fermées dans lesquels elle rentrait.
Donc, elle l'avait emmenée dans le grand centre commercial le plus proche, en bordure de la grande agglomération lausannoise, afin de refaire sa garde-robe.
Après deux bonnes heures d'essayage dans une enseigne à petit prix, voyant la petite wraith grincheuse, elle jugea qu'une pause s'imposait avant qu'elles ne se mettent en quête des quelques affaires qui manquaient encore, dont un pull chaud et deux ou trois paires de chaussures pour l'hiver à venir.
Elle acheta donc un feuilleté aux épinards et un autre au jambon puis, faisant un crochet à la voiture pour déposer les achats déjà effectués, partit partager la collation avec sa fille sur un des bancs bordant la place de jeux installée devant le centre commercial avant de la laisser se défouler un peu sur les balançoires.
Alors qu'elle observait distraitement des moineaux se battant pour les miettes de leur repas sous le banc, son regard fut attiré par deux silhouettes immobiles qui la fixaient, figées devant les portes à tambour du centre.
Son cœur s'arrêta mais elle n'en laissa rien paraître, les fixant en retour, dissimulant la tornade d'émotions conflictuelles qui l'avait assaillie derrière un masque de parfaite indifférence.
Sa sœur osa soutenir son regard, mais pas sa mère qui, des larmes pleins les yeux, enfouit son visage dans un mouchoir précipitamment sorti de sa poche.
Après de longues secondes à observer l'expression de Camille passer d'étonnée à triste, puis en colère, elle se détourna.
« Ilinka, viens. On va aller chercher le reste ailleurs. »
Obéissante, la petite la rejoignit en sautillant, joyeuse, prenant avec enthousiasme la main qu'elle lui tendait.
Un dernier regard aux femmes qui avaient été sa famille et qui, par lâcheté et étroitesse d'esprit, l'avaient rejetée, puis elle s'éloigna.
Il y avait bien assez d'autres centres commerciaux dans la région pour ne pas avoir à faire les courses au même endroit qu'elles.
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Les écoles avaient rouvert, puis refermés, puis rouvert et ils avaient d'un commun accord décidé d'attendre encore avant d'y renvoyer les enfants.
En attendant, ils se relayaient, chacun avec ses domaines de prédilections, pour leurs faire cours.
Après presque deux heures à les faire trimer sur des problèmes de mathématiques d'une difficulté bien supérieure à celle de leurs livres scolaires, Selk'ym les avaient autorisés à sortir jouer, pour le plus grand bonheur de Zen'kan qui trépignait sur sa chaise depuis de longues minutes déjà.
Appuyé contre la barrière de bois, grattouillant distraitement les oreilles d'un des nombreux chats harets qui fréquentaient la grange et profitaient de la manne de viande de chasse que Markus et Rosanna disposaient dans des gamelles autour de leur ferme pour leurs animaux et les autres opportunistes, il vit une femme approcher sur le chemin, emmitouflée dans un épais manteau, son souffle formant de petits nuages de vapeur dans l'air frais de cette matinée de fin d'automne.
Avant qu'elle ne s'arrête à la limite de la propriété, observant les enfants qui jouaient dans les feuilles mortes, il ne broncha pas. Après tout, il arrivait que des promeneurs longent leurs fermes pour aller se balader dans la réserve.
Mais alors que la femme continuait à les détailler avec attention, avec un grondement bas, Selk'ym se redressa, s'attirant un petit miaulement réprobateur du matou qui s'éloigna, déçu de ne plus recevoir de caresses.
« Bonjour, madame. Je peux vous aider ? » demanda-t-il, de son français accentué.
La femme le fixa avec crainte, reculant d'un pas, le détaillant avec attention. Il portait sa robe monastique bordeaux qui lui laissait les bras exposés, et de simples sandales de cuir, mais lorsque le regard de la femme s'arrêta un peu trop longtemps sur le pendentif alambiqué qu'il portait au cou, il sut que ce n'était pas de sa tenue trop légère pour la saison dont elle se méfiait.
« Vous êtes... l'un d'entre eux ? » demanda la femme.
Un instant il regretta de ne pas avoir son sabre au côté. Il se serait senti plus rassuré.
« Je ne vois pas de quoi vous parlez, madame. Quoi que vous cherchiez, je crains que vous ne vous soyez trompée de route. Vous devriez faire demi-tour. » gronda-t-il, doucement, mais avec une pointe de menace dans la voix.
La femme sembla hésiter, serrant ses mains l'une contre l'autre d'un air craintif, jetant toujours des coups d'œil aux enfants qui jouaient toujours dans son dos, inconscients de la menace.
« Ils... ils ont l'air humain. Ils le sont ? »
Cette fois, Selk'ym ne retint pas le grondement bas qui roulait dans sa poitrine.
Il aboya un ordre impérieux en wraith, et au silence qui s'abattit soudain, il sut qu'il avait été obéi et que les enfants rentraient dans la relative sécurité de la maison.
Il se détendit insensiblement. Ce n'était qu'une question de secondes avant que Milena ne soit prévenue, et ne vienne en renfort.
« Que voulez-vous ? » répéta-t-il à la femme, qui suivit du regard les enfants qui montaient à l'étage.
« Je... je cherche ma fille. Rosanna Gady. Vous devez sûrement la connaître ? »
Il détailla la femme un peu plus avant. Comment avait-il pu ne pas remarquer la ressemblance ? La même forme de visage, bien qu'avec plus de rides, et les mêmes iris sombres, perçants malgré les tremblements de la voix de la femme.
« C'est pas la bonne ferme. » grinça-t-il, tendant la main dans la bonne direction.
« Ah. Merci beaucoup. Désolée du dérangement. » s'excusa la femme, reculant maladroitement.
Il la regarda s'éloigner un peu.
« Mais elle n'est pas là. »
La femme se figea.
« Oh. Vous êtes sûr ?»
« Certain. Elle reviendra dans quelques heures. »
« Ah... euh... Alors je reviendrai cet après-midi. »
Selk'ym hésita un instant alors que, l'air d'avoir trouvé un peu de courage, la femme s'apprêtait à repartir.
« Je ne suis pas sûr qu'elle acceptera de vous voir. » nota-t-il.
La femme s'arrêta, se mordant les lèvres.
« Je sais... mais j'espérais... (Elle soupira puis releva la tête, une lueur triste dans le regard.) Vous pourriez lui donner un message de ma part ? »
Il n'avait pas envie de se mêler des affaires de famille de son amie.
« Vous n'avez pas son numéro de téléphone ? » demanda-t-il.
« Si, mais elle refuse de décrocher. »
Il ne put retenir un grondement cynique. Ça ne l'étonnait guère.
« Restez là, je vais vous chercher de quoi écrire. »
Lorsqu'il se retourna, il croisa le regard de Milena, embusquée dans l'ombre de son entrée, l'éclat sombre de son P90 dans les mains. D'un geste de la tête, il lui signala que tout allait bien, puis partit rapidement récupérer une feuille et un stylo pour que la femme puisse écrire son message.
Elle avait pris un peu de temps et quelques ratures pour écrire son message, puis avait soigneusement plié la feuille en quatre et la lui avait tendue.
« Vous le lui remettrez ? »
Il hocha la tête, gravement.
« Merci. »
La femme s'éloigna un peu puis, à quelques mètres déjà, se retourna, hésitante, jetant un regard aux petits visages curieux derrière la fenêtre de Milena.
« Est-ce que... est-ce que c'est sa fille ? »
Il poussa un grondement neutre en guise de réponse, et avec un dernier regard, la femme partit.
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Selk'ym lui avait donné le papier plié lorsqu'elle était venue récupérer Ilinka. Il lui avait conseillé de le lire au calme et de prendre le temps de réfléchir. Alors, elle l'avait rangé dans son carnet de croquis, et n'y avait pas touché avant qu'Ilinka soit couchée et que le calme soit tombé sur la maison.
Puis, une tasse de thé à la main, elle s'était enfermée dans son atelier et l'avait déplié.
Une demi-heure plus tard, sentant qu'elle n'arrivait pas à se sortir seule de ses ruminations, Markus l'avait rejointe et, sans un mot, elle lui avait tendu le papier.
« Tu devrais y aller. »
Elle hocha négativement la tête.
« Rosanna, ma douce humaine, c'est important. »
Avec un sourire triste, elle haussa les épaules.
« C'est pas moi qui leur ai claqué la porte au nez. »
« Mais là, c'est toi qui refuse de passer la porte qui t'est ouverte. »
Elle haussa encore les épaules, triturant hargneusement le bord de son pull.
« Et alors ? Je n'ai pas besoin d'eux. »
Il relut vaguement le message.
« C'est vrai. Mais, ils ont besoin de toi. Ton père a besoin de toi. »
« Ce n'est pas mon père. » grogna-t-elle, détournant le regard.
Lui attrapant la mâchoire, il la força à le regarder, un grondement roulant dans sa poitrine.
« Ne joue pas à ça avec moi. Ce n'est peut-être pas son sang qui coule dans tes veines, mais c'est lui qui t'a élevée. C'est lui qui a pris soin de toi depuis le jour de ta naissance. Il est ton père. »
Elle détourna le regard, tentant d'échapper à sa poigne.
« C'est lui qui m'a rejetée. Et tu sais pourquoi ! Je ne veux rien avoir à faire avec lui. »
« Rosanna... »
Son nom roula comme un avertissement.
« Quoi ? »
Cessant de se débattre, elle le fixa, une lueur de défi dans le regard.
« Je ne te demande pas de le sauver. Je ne te le demanderai jamais. Mais c'est ta famille. Tu ne peux pas lui tourner le dos. »
« Et c'est toi qui me dis ça ? »
« C'est moi. Et je sais justement de quoi je parle. »
Elle soupira, presque un grognement.
« Mais j'en ai pas envie ! J'en ai juste pas envie ! »
« Rosanna, fais-le. »
Jetant les mains au ciel, elle capitula.
« Soit, je le ferai ! »
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Ils y avaient été le lendemain. Ils avaient emmené Ilinka. Il aurait préféré s'abstenir, mais sa fille n'avait pas dormi de la nuit, trop terrifiée qu'une fois encore, ils ne reviennent pas. Alors, ils l'avaient prise avec, pour la rassurer.
A l'accueil de l'hôpital, on leur avaient dit que les visites étaient interdites. Trop dangereux.
Son humaine avait essayé de s'en servir comme d'un prétexte pour ne pas y aller. Il ne l'avait pas laissée faire. Elle était traqueuse. Ce n'était pas une excuse valable. Avec un sifflement exaspéré, elle s'était éloignée, et il était ressorti avec Ilinka pour l'attendre dehors.
La petite jouait tranquillement, escaladant une sculpture composée de plusieurs gros rochers incrustés dans le béton sur le parvis de l'hôpital, lorsqu'il avisa une odeur familière portée par le vent. Se retournant, il ne tarda pas à en trouver l'origine.
En silence, il se mit en route, rattrapant les deux humaines en quelques enjambées.
« Véronique Gady. Camille Gady. » les salua-t-il sobrement.
Avec un petit cri et un sursaut, les deux firent volte-face.
« M. Lanthian ? » bafouilla la mère.
« Lui-même. »
« Vous foutez quoi là ? » lâcha la sœur cadette de sa compagne.
« Rosanna est là ? » demanda la mère avant qu'il n'ait pu répondre.
Il eut geste vague en direction du bâtiment hospitalier.
« Ils l'ont laissée entrer ? » s'étonna Camille en se retournant.
Il ne répondit rien. Elle eut un sourire cynique.
« Je suppose que ce genre de détail ne compte pas pour elle. » cracha-t-elle.
Doucement, il sentit le poids léger d'Ilinka qui se blottissait contre sa jambe, jetant un regard craintif aux deux femmes.
D'un bras protecteur passé dans son dos, il la rassura d'une pensée et d'une caresse. Tout allait bien.
Avec un regard presque dégoûté qui lui donna envie de lui arracher le visage à coup de griffes, Camille se recula, s'éloignant comme s'ils étaient des pestiférés.
Au contraire, la mère s'agenouilla.
« Salut, toi. Je m'appelle Véronique. Ravie de te rencontrer. » se présenta-t-elle, agitant la main en un petit salut tout en lui jetant un regard interrogatif.
Il montra les dents en un rictus mauvais. Gare à elle si elle faisait du mal à sa fille !
« Comment tu t'appelles ? » poursuivit l'humaine après avoir dégluti pour se donner du courage, observant à nouveau la petite.
« Ilinka. »
« Ilinka ? C'est très joli ! D'où ça vient ? »
« C'est wraith. » grinça-t-il.
« Hum... oui, bien sûr. C'est très joli en tout cas. C'est votre fille ? »
« Et celle de Rosanna. » répliqua-t-il.
La femme eut un étrange sourire. Triste et joyeux en même temps. Elle se redressa, retira ses gants, et essuya ses mains sur son jeans, puis avec un air décidé qui lui était terriblement familier, elle tendit la main à sa fille qui, après une hésitation, lui jeta un regard coulis. D'un geste de la tête, il l'encouragea, et elle vint prendre la main de la femme, qui la lui serra avec fermeté.
« Bonjour, Ilinka. Je suis Véronique Gady, ta grand-mère. »
La petite lui jeta un regard perdu.
« J'ai une grand-mère ? »
La question télépathique l'effleura presque timidement.
« Je suppose. » répondit-il, avec l'équivalent mental d'un haussement d'épaules.
L'enfant se recentra sur la femme, et lui serra la main d'un geste ferme.
« Bonjour. »
L'humaine frotta à nouveau ses mains sur son jeans d'un air hésitant, puis du pouce désigna l'entrée de l'hôpital vers lequel traînait son autre fille.
« Je vous offre un café ? La cafétéria de l'hôpital est fermée, mais ils ont des distributeurs. »
« Pas de café pour Ilinka.» grommela-t-il.
« Bien sûr. Un chocolat chaud, ça te tente ? » répondit-elle s'adressant directement à sa petite-fille.
Ilinka opina, et d'un geste, il la poussa de la main, puis accordant sa foulée sur celle de la femme, il suivit.
Voyant que Camille poussait un soupir exagéré, l'air furibond, Véronique s'excusa et, attrapant sa progéniture avec une fermeté qu'il ne lui avait jamais vue, l'emmena à peu à l'écart.
S'ensuivit une brève dispute à mi-voix, qu'il eut la pudeur de ne pas observer, suivant plutôt Ilinka - qui avait déjà repéré les panneaux indiquant la direction des distributeurs.
Bientôt, Véronique les rejoignit au petit trot.
« Désolée. »
D'un hochement de tête, il lui indiqua que tout allait bien.
« Votre fille n'est pas avec vous ? »
Véronique eut une drôle de grimace.
« Camille a toujours eu un caractère bien à elle... Un peu comme sa sœur. »
Il acquiesça. Il comprenait ce qu'elle voulait dire.
« Bon... je vous offre quoi ? »
« Rien pour moi. »
« Heu... d'accord, et toi, Ilinka ? »
« Un chocolat chaud au caramel, s'il vous plaît, madame. »
« D'accord. Mais je suis ta grand-maman. Appelle-moi Véronique, s'il te plaît. »
« OK. Merci, Véronique. »
L'humaine commanda la boisson de sa fille et un cappuccino pour elle, puis ils ressortirent pour les consommer.
Une vingtaine de minutes plus tard, il sentit par le Lien que Rosanna revenait et, confiant quelques instant sa fille à la mère de sa compagne, il vint à sa rencontre afin de l'intercepter avant qu'elle ne cause un éventuel scandale.
Il la rejoignit juste à temps dans le grand hall vitré de l'hôpital.
« Alors ? Tu as pu le voir ? »
« Oui ! Mais tu le sais déjà ça ! » siffla-t-elle, se tortillant pour voir derrière lui. « Qu'est ce qu'elle fout là, elle ? »
« Je suppose qu'elle est venue prendre des nouvelles de son compagnon. » répondit-il, l'empêchant toujours de la dépasser.
« Non, je veux dire, qu'est-ce qu'elle fout avec Ilinka ?! »
Il jeta un coup d'œil en arrière. Sa fille était toujours assise sur le banc, écoutant avec attention la femme.
«Probablement lui raconte-t-elle toujours des anecdotes sur ton enfance. »
« Et toi, tu laisses faire ? »
« Oui, pourquoi ? »
« Merde, Markus, tu sais ce qui s'est passé pourtant ! »
« Oui, je le sais. Et elle n'a rien fait qui m'ait donné à penser qu'elle veuille le moindre mal à notre fille. Bien au contraire. Je n'ai donc vu aucune raison d'empêcher ça. »
« Eh bien moi, oui ! »
Cette fois-ci, elle le feinta, et lui échappa.
Il resta un instant immobile, surpris, puis avec un sifflement exaspéré, se lança à sa poursuite, la rattrapant alors qu'elle arrivait devant les portes automatiques qui s'ouvrirent, alors qu'il profitait de sa force inhumaine pour la tirer de côté, la faisant glapir plus de surprise que de douleur, et leur attirant quelques regards curieux du personnel médical et des rares patients présents.
« Markus, lâche-moi ! »
« Non. Tu ne veux rien avoir affaire avec ta famille. Soit. Tu as déjà accepté d'aller voir ton père et je t'en remercie, mais je ne te laisserai pas effrayer Ilinka avec tes névroses. »
« Des névroses ?! » s'étouffa-t-elle, outrée.
« Oui ! Des névroses. Regarde toi ! Tes réactions sont tout sauf logiques. Tu n'es pas capable d'agir lucidement ! Et je refuse que tu fasses peur à Ilinka avec tes problèmes œdipiens. »
« Qu'est-ce que t'y connais en problème œdipiens, toi ? »
« Je suis un wraith... C'est un peu la base de notre structure familiale.» gronda-t-il presque aussi énervé qu'elle.
« Alors t'as rien à me dire !»
« Au contraire. Cette fois, c'est toi qui n'es pas rationnelle. Et donc, il n'est pas question que je te laisse foncer dans le tas, et faire un scandale. Ta sœur a déjà failli en provoquer un ! »
Elle le fixa d'un air outré.
« Tu oses me comparer à ma sœur ? Tu crois que ça va m'empêcher d'aller dire à cette... (Elle s'étouffa un peu sur des insultes qu'elle ne trouvait pas) ...ce que j'en pense ? »
« Je l'espère. Et même si ce n'est pas le cas, ce n'est pas une requête que je te fais. Soit tu attends ici que je sois parti avec Ilinka, et ensuite libre à toi de faire tous les scandales que tu veux, soit tu sors par derrière et on se retrouve à la voiture. Mais en aucun cas, je ne te laisserai terroriser notre fille. Elle n'a pas besoin de ça. Compris ? »
Rosanna le fixa d'un air mauvais qu'il lui rendit, puis arrachant son bras à son étreinte, elle recula.
« Soit ! On se retrouve à la voiture. »
Il la regarda partir, expira lentement et profondément, s'efforçant d'apaiser son esprit, puis repartit vers les deux femelles qui discutaient toujours sur le parvis, inconscientes de la confrontation.
Apparemment, parfois, très occasionnellement, Markus est capable de tenir tête à Rosanna...
