J'ai fini ce chapitre exactement hier et même si je ne le poste qu'aujourd'hui, j'ai réussi à ne mettre qu'un mois de délai de publication (miracle !). Je l'ai gardé une journée de plus pour avoir le temps de faire une correction (rapide hein, il y a sûrement encore des fautes). Ce chapitre est bien plus long que les précédents (le plus long de toute cette histoire pour l'instant) alors il m'a pris un temps fou...

Et puis j'ai découvert que c'est vrai, en terminale, il faut travailler, même si je ne voulais pas y croire (et il parait que c'est pire après). Enfin, j'ai quand même réussi à avoir le temps d'écrire. Je vous promets que ce chapitre était attendu, vous comprendrez pourquoi en le lisant ;)

Elena : déjà merci pour ta review et ta constance sur cette histoire, ça me fait vraiment plaisir ;) ensuite oui, j'adore en faire voir de toute les couleurs aux personnages, surtout ces deux là qui ne se rendent jamais les choses faciles ! Je pense que ce chapitre là va te plaire (ou pas) niveau réconciliation, enfin je te laisse lire et me dire ce que tu en penses. J'ai encore prévu de les embêter un peu même si j'espère que ce n'est pas trop long comme histoire mais entre Drago et Hermione, j'imagine vraiment quelque chose de compliqué :)


Douze Square Grimmaurd, Londres, avril 1998

Midi quarante trois

Elle l'avait trahi. Il avait beau retourner la situation dans tous les sens, le résultat était le même. Depuis le Lancashire, elle savait que sa potion était ratée, elle l'avait tout de même laissé risquer sa peau et il ne pouvait penser qu'à ça. De quoi avait-elle eu peur ? Qu'il ne lui donne pas les informations sur la position de Potter et Weasley ?

La haine avait à nouveau jaillit en lui avec une puissance et une précision déroutantes. Comme si elle avait toujours été là, attendant le bon moment pour réapparaître. En même temps, depuis leur échange d'hier soir, il ne faisait que ruminer. Peut-être avait-il lui même soufflé sur les braises.

Alors c'était comme ça, c'était impossible qu'il n'y ai que la vérité entre eux. Il y en avait toujours eu un pour planter un couteau dans le dos de l'autre. Pire que ça, il y avait toujours de la haine au fond de lui, même après un mois entier à vivre avec elle, même en l'ayant vue se faire torturer, même en étant là pour elle et surtout, même en l'aimant.

C'est à ce moment-là que Drago réalisa que ça ne partirait jamais. Il en avait pour toute sa vie, de la rancoeur contre elle.

La conversation des deux frères lui était à présent très lointaine. Il mâchait lentement son dernier pancake quand une main rude se posa sur son épaule.

- Retour à la cave, annonça Bill Weasley sans sourire.

- Je croyais que vous commenciez enfin à me faire confiance, répondit-il, condescendant.

Il était tellement en colère contre Hermione que les yeux froids de Bill ne l'agaçaient même plus.

- Tu te doutes bien qu'on ne va pas parler de la crédibilité que l'on va t'accorder sous tes yeux. La cave est encore l'endroit le plus sûr pour te garder, c'est une ancienne maison des Black, je te laisse imaginer les sorts jetés en bas pour que personne ne s'échappe.

Drago leva un sourcil méprisant, pas intimidé le moins du monde.

- Effectivement, j'imagine et je suis terrorisé par les sorts jetés par les Black. Etant donné que je suis venu de mon plein gré ici, c'est tout à fait logique que je réfléchisse à comment m'enfuir.

Bill ne trouva rien à répondre et ignora simplement le ton sarcastique. D'un geste de sa baguette, il fit réapparaître les liens autour des poignets de Drago. Ce dernier lui lança un regard interrogateur.

- Le temps que tu retournes en bas, se justifia Bill en l'attrapant par le bras pour le relever. Promis, je te les enlève après.

- Vous ne me croyez pas mais vous me faîtes des promesses à tout bout de champ. C'est d'un illogisme...

- On se passera de tes commentaires, Malefoy, répliqua l'aîné des enfants Weasley qui le tirait déjà vers l'escalier étroit au fond de la salle, près de la cuisine.

La poigne de Bill autour de son bras, la chaleur de la pièce et même le goût des aliments encore sur ses papilles agaçaient Drago. Il était à fleur de peau, prêt à s'enflammer pour n'importe quelle raison.

C'est alors qu'elle apparut en face de lui, à quelques mètres. Elle revenait de la cuisine avec Ginny, souriante. Elle avait l'air fatiguée, comme un voile sur ses yeux bruns, mais en même temps incroyablement détendue. Est-ce que c'était ce à quoi elle ressemblait loin de lui ? La question disparut sous la rage qui venait de refaire surface. Elle pouvait avoir le visage d'un ange, pour lui, c'était celui de la mort ; elle l'y avait envoyé. Hermione l'aperçut finalement et se rembrunit. Puis, elle croisa enfin ses yeux d'orage et faillit se figer.

Ça faisait longtemps, très longtemps que cette lueur n'avait pas brillée au fond de ces pupilles grises. Le dégoût, la rancœur, la colère et surtout la haine s'y fracassaient. Il lui servait un de ces regards glacials dont il avait le secret. Ça ne dura qu'un infime instant, celui qu'ils se croisent, mais elle savait déjà que c'était pour elle.

Tandis qu'elle avançait, n'écoutant plus vraiment Ginny, elle entendit dans son dos Bill ouvrir la porte de la cave, puis la refermer derrière eux.

Peut-être que c'était pour sa phrase d'hier. Mais elle lui avait déjà dit pire. Oui, mais avant, ça ne comptait pas vraiment. Leurs mots n'atteignaient l'autre qu'en surface, aujourd'hui, ils savaient transpercer le cœur. Lui en en voulait-il pour avoir dit que la rage le consumait tout entier ?

Instinctivement, elle savait que ça n'avait pas de sens. Il aurait été méprisant ou l'aurait ignorée. Là, il n'était pas blessé mais furieux. D'une colère massacrante.

-... parce que c'est bien connu qu'Harry a toujours voulu faire parti des Bizarr' Sisters depuis que Ron est à Serpentard, conclut Ginny.

- Pardon, je n'écoutais pas, la coupa Hermione en rassemblant ses pensées.

- Je sais bien. Tu es stressée ? Ne t'inquiète pas, tu vas les retrouver. Mais il faut que tu manges avant de partir. Remus t'attend. Allez, viens.

Ginny ne parut pas s'apercevoir du pauvre sourire qu'elle lui offrit en réponse et l'attrapa par le bras pour l'entraîner vers le petit groupe qui finissait son repas dans la salle à manger. Hermione regarda encore une fois sa montre. Midi quarante-sept. Encore treize minutes et elle s'en allait. Son estomac se tordit brutalement et sa détermination se renforça. Elle sentait le courage battre dans ses veines. Pourvu que tout se passe bien.

Plus bas, enfermé dans le froid des murs du sous-sol alors que Bill détachait ses liens, Drago eu encore un brûlure au cœur. Violente et soudaine, aussi douloureuse que les autres.

Au milieu du froid de la cave qui recommençait à grignoter ses doigts, son coeur reprenait feu.


Treize heures cinquante neuf

Ginny était assise sur une marche, au milieu des escaliers, depuis quelques minutes. Sa tête reposait sur les barreaux froids de la barrière et elle regrettait de ne pas avoir allumé la lumière de l'étage ; il faisait très sombre. Mais c'était le seul endroit de tout le Square où elle pouvait être assise et avoir une vue imprenable sur la porte d'entrée.

Elle venait de laisser Ron au milieu de sa chambre en râlant pour elle-ne-savait-plus-tellement-quoi. L'idée de retourner au salon ne l'avait pas assez tentée, alors elle s'était arrêtée en cours de route et s'était posée là. Avec les yeux vissés sur la porte, elle serait au moins sûre d'être la première à les voir revenir.

Cette sensation lui rappelait deux jours plus tôt quand elle avait ouvert à son frère, Harry et Hermione. Un instant, elle n'en avait pas cru ses yeux, persuadée que c'était une hallucination. Puis elle avait eu envie de hurler, de pleurer, de rire. De vivre. Le souvenir lui tira un petit sourire.

La peau d'Harry l'avait électrifiée. Elle se rappelait avoir mangé en face de lui, avoir parlé longuement avec lui, le touchant simplement de ses regards verts. Curieusement, sa mémoire était floue alors qu'habituellement le bonheur est net. Il lui restait un sentiment de plénitude qui la faisait planer.

Le lendemain, elle avait à nouveau passé beaucoup de temps avec Harry. Cette fois-ci, elle avait effleuré sa main, chaque fois qu'elle s'était assise à côté de lui, elle s'était arrangé pour que sa peau effleure la sienne. Elle avait cette peur inavouée de le voir à nouveau disparaître. Que lui et ses idéaux, ses sacrifices, s'envolent encore loin d'elle. Elle n'était pas sûre de le retrouver vivant la prochaine fois.

Bien-sûr, elle avait sauté de joie en revoyant Ron et Hermione. Mais il n'y avait que la présence de Harry qui lui coupait l'appétit, qui retournait son estomac, faisait décoller un milliers de papillons en elle. Il n'y avait que lui pour qu'elle se sente vivre jusqu'au bout des orteils.

En fermant les yeux, le froid des barreaux sur son front, Ginny pouvait entendre les voix indistinctes des adultes dans le salon. Elle ne savait pas exactement qu'il y avait en bas, chacun partait et revenait dans un éternel courant de vent. Elle enrageait de ne pas pouvoir aider.

- Mais qu'est-ce que tu fais ici ?

La voix la fit se redresser immédiatement et elle se retourna pour distinguer la personne qui venait de parler. Harry se tenait quelques marches plus haut, ses lunettes de travers, sa baguette allumée d'un Lumos dans la main.

- Je réfléchissais.

- Dans le noir ? demanda-t-il en descendant, s'asseyant à côté d'elle.

Elle remarqua qu'il laissa une petite distance entre leurs deux cuisses. Ça lui fit un effet bizarre qu'elle ignora. Elle ne voulait pas qu'ils en parlent, ils n'étaient pas censé se revoir avant la fin de la guerre. Peut-être d'ailleurs qu'ils n'étaient même plus ensemble.

- Oui, j'ai oublié d'allumer la lumière. Je trouve ça très convivial, pas toi ?

- Oh, si. Mais c'est surtout la possibilité que le tableau de Walburga hurle à tout moment qui me séduit surtout dans ce lieu, répondit-il en haussant les épaules.

Ginny lui fit un petit sourire espiègle auquel Harry répondit. Ses yeux verts brillaient dans la lumière.

- Tu réfléchissais à quoi ?

- Au départ à Ron qui essaye de ranger sa chambre parce que maman lui répète depuis deux jours. Après, j'ai un peu oublié.

L'un comme l'autre savaient que c'était un mensonge mais Harry l'accepta dans un hochement de tête. Puis, il désigna la porte faiblement éclairée.

- Hermione devrait bientôt rentrer.

- J'espère, souligne Ginny. Ça fait déjà un moment qu'elle est partie. Ce midi, elle n'a rien avalé, tu l'aurais vue...

- Tu la connais, elle a toujours besoin de sauver le monde entier.

- Comme si ce n'était pas déjà ce que vous faisiez quand vous disparaissez, grogna-t-elle en retour.

Elle savait qu'elle n'avait pas le droit de lui en vouloir sur ce point et elle espérait simplement que ça ne s'entendait pas dans sa voix. Elle avait accepté tout ça, elle savait qu'ils devaient parcourir le monde sorcier pour les sauver, même si elle ne savait pas très bien pourquoi.

C'était le pire moment pour être égoïste.

- Vous allez repartir, n'est-ce pas ?

Elle n'avait pas pu s'en empêcher. C'était une question toute simple qui mit comme un froid sur leurs épaules. L'un comme l'autre entendait « Tu vas repartir n'est-ce pas ? ». Harry mit un petit moment à répondre, réfléchissant tout en la regardant. Mais Ginny gardait résolument ses yeux accrochés à la porte, lui laissant le temps de choisir ses mots.

- Oui, finit par souffler Harry avec une sincérité désarmante.

Il n'y avait rien d'autre que ça à dire. Il fallait simplement espérer qu'ils allaient se revoir vivant. Elle ne savait pas ce qu'ils faisaient tous les trois, mais elle savait que c'était Dumbledore qui le leur avait demandé. Elle ne savait plus vraiment si ça la rassurait ou pas, dans tous les cas, elle ne voulait pas savoir de quoi il retournait.

Finalement, elle tourna ses yeux dans ceux d'Harry. Elle aurait voulu qu'ils restent indéfiniment dans le noir, à côté, se frôlant à peine. C'était comme si tout était en place. Même s'ils savaient que rien ne l'était. Ce n'était qu'un etit moment de répit dans le capharnaüm qu'était devenu le monde.

- Tu me dira ? reprit Ginny. Quand ce sera.

- Je ne sais pas moi-même, répondit Harry en haussant les épaules. Mais j'essayerai.

Elle hocha la tête avec un petit sourire.

- En attendant, j'aimerais bien savoir ce que Malefoy fait ici, lança-t-il.

Ginny avait fini par apprendre que l'an dernier, Harry avait été le seul à deviner qu'il était devenu un Mangemort. Elle-même n'appréciait pas vraiment Malefoy mais elle n'avait pas autant de différends avec lui qu'Harry.

- Je n'arrive pas à savoir s'il ment, poursuivit Harry en la regardant. Bill m'a dit qu'ils l'avaient interrogés sous Veritasérum. Je veux bien que ce soit un bon Occlumens mais au point de résister à ça ?

- Je ne pense pas non plus. Il n'y a que trois sorciers jusqu'à aujourd'hui qui ont été capables de résister au Véritasérum, je doute que Malefoy soit aussi doué qu'eux .

- Qui est-ce ? demanda Harry en remontant ses lunettes.

- Pollux Black, Rowena Serdaigle et Grindelwald. Enfin, des sorciers comme Merlin ou Dumbledore en étaient sûrement capables mais ces trois là sont spécialement réputés dans leur domaine. Rowena Serdaigle avait inventé cette potion et l'avait testée sur elle avant, elle était carrément capable de mentir en l'avalant. Grindelwald, lui, il s'était entrainé à y résister pendant plusieurs années. Quant à Pollux Black, il a réussi à rester la bouche fermée pendant tout un interrogatoire, malgré trois fioles de Véritasérum avalées.

Harry l'écoutait maintenant lui raconter comment Pollux Black était simplement né avec un don pour l'Occlumancie qui n'avait jamais été jusque là retrouvé chez ses descendants, évitant de penser que Narcissa Black était sa petite-fille et que Malefoy était donc manifestement bien lié à ce talentueux sorcier.

-... plus personne n'a jamais renouvelé son exploit. Lui-même a toujours refusé de s'exprimer dessus, il paraît que c'était quelqu'un de très solitaire. Il réalisait d'ailleurs le Véritasérum aussi bien que Rowena Serdaigle elle-même, d'après les livres de ses contemporains.

- En parlant d'elle, c'est curieux, fit-il finalement remarquer, mais j'aurais pensé que Salazar Serpentard était celui qui maîtrisait le mieux l'Occlumancie. Parmi les fondateurs je veux dire.

- Non, lui était un Legilimens reconnu et assez dangereux.

Harry hocha lentement la tête pour lui signifier qu'il l'écoutait toujours. C'était grisant comme avec Ginny il pouvait parler de n'importe quoi et se sentir si léger. Il hésita un instant, un infime instant à passer sa main dans sesc heveux, à effleurer sa joue, si proche. Mais il n'en eut pas le temps.

La porte de l'entrée claqua soudainement ; tous deux sursautèrent. Ils furent les premiers sur pieds, s'y précipitant tandis que Ron dévalait déjà les escaliers. Hermione et Remus se trouvaient dans l'entrée tous les deux, sains et saufs.

La jeune femme avait cependant l'air perdue, en même temps en colère. Remus traînait son habituelle fatigue avec un semblant de tristesse et beaucoup de résignation.

- Je n'ai rien pu faire, tous les enfants avaient disparu, avoua-t-elle au bord des larmes. La plupart ont dû se faire attraper et certains sont retournés dans leur famille, j'espère. Il n'y avait plus aucune trace de Winona et sa mère, ou de Ian dans leur appartement, et la boutique était vide. J'ai juste retrouvé Will.

A ce moment, elle esquissa un geste en avant et sa cape s'ouvrit, découvrant dans ses bras un enfant aux cheveux noirs qui dormait paisiblement contre elle. Molly eut un cri de surprise et porta sa main à sa poitrine.

- Où l'a-tu trouvé ? demanda-t-elle, affolée.

- Caché dans un placard de la boutique. Il était mort de peur, il m'a raconté qu'ils avaient été attaqués, que tout le monde était parti mais que son frère avait eu le temps de le cacher et qu'il lui avait ordonné de ne pas bouger. J'ai mis un temps fou à le calmer et malgré tous mes efforts, je n'ai retrouvé aucun des autres.

Sa voix tremblait un peu, et elle réussit tant bien que mal à se débarrasser de sa cape tout en gardant le petit corps contre elle. A l'étonnement général, Tonks s'approchait déjà et débarrassa Hermione de l'enfant.

- Voici un nouveau membre de l'Ordre du Phénix, sourit-il tristement.

Hermione hocha la tête avec un petit sourire. Elle savait bien en retournant à sa petite boutique qu'elle ne retrouverait pas tous les enfants. La plupart s'étaient d'ailleurs sûrement enfuis avec leurs parents. Ils étaient des fils et filles de nés moldus, des sang-mêlé dont la famille était trop mêlée aux moldus au goût de la nouvelle dictature.

Ceux qu'elle avait vraiment espéré retrouver, c'est Ian, Jill et Heather. Le petit Will aussi. Et Winona bien entendu. La petite fille avait sa mère, mais au fond, à part le petit garçon dormant dans les bras de Tonks, c'était peut-être celle à qui elle s'était le plus attaché.

Mais l'appartement de Winona et sa mère était complètement désert, curieusement rien n'avait bougé. Des cinq enfants qu'hébergeait ce toit, elle n'avait retrouvé que Will. Coincé dans le placard de sa boutique dans laquelle elle avait fait un tour. Il n'y avait aucune trace de bataille, rien, mais tout était sinistrement vide.

Le petit garçon avait été impossible à calmer au départ, puis elle avait fini par comprendre ses mots confus. Quand il s'était endormi dans ses bras, elle savait déjà qu'elle ne retrouverait jamais les autres enfants.

Remus et elles étaient rentrés silencieusement au Square Grimmaurd.

Hermione regarda encore une fois tous ces visages autour d'elle. Molly parlait vivement avec Tonks qui berçait Will avec un petit sourire. Harry et Ginny parlaient aussi à voix basse tandis que Ron la regardait fixement, l'air de ne pas savoir quoi dire.

Elle avait de la chance de les avoir. C'était une chance incroyable qu'ils soient tous vivants, une chance que ces enfants n'avaient sûrement pas eue.

- Tu me donnes ta cape ? demanda soudain Remus.

Elle sortit de sa torpeur et la fit glisser des ses épaules avant de la lui tendre. Elle n'aura pas su dire quoi, mais il y avait comme quelques chose d'abîmé sur le visage de son ancien professeur. Peut-être qu'il n'aurait pas dû être celui qui l'avait accompagnée, lui qui venait d'avoir un fils.

Mais elle n'eut pas le temps d'approfondir sa réflexion, d'un commun accord, ses trois amis fondaient déjà sur elle.

- Je suis désolée, glissa Ginny la première. Je sais à quel point tu tenais à les ramener.

Hermione se mordit la lèvre.

- J'aurais tellement aimé pouvoir les retrouver. C'est insupportable de ne pas savoir.

- Tu ne peux pas sauver tout le monde, poursuivit Ron.

Dans un geste, il attrapa sa main qu'il serra dans la sienne. Il avait fait ça un millier de fois mais aujourd'hui, elle le remarquait. Comme si quelque chose avait changé, à présent cette pression sur sa main la mettait mal à l'aise. Malgré tout, elle ne bougea pas.

Il lui arrivait de se demander comment Ron la voyait. Puis, elle chassait la question de sa tête. Elle revenait d'ailleurs de moins en moins souvent et chaque fois, la réponse potentielle la dérangeait un peu plus.

Il fut un temps, la sixième année, seulement l'an dernier et ce qui semblait à la fois à des millions d'années lumières, où elle avait été amoureuse de lui. Lavande lui avait donné des envies de vengeance pour la première fois de sa vie, elle avait en permanence était agacée de voir Ron collé à elle. Elle avait été jalouse, elle avait été amoureuse de Ron. Mais la question qui la taraudait était : l'avait-elle aimé ? Il y avait une telle différence.

- Peut-être que tu pourra y retourner quand tout sera fini ? reprit Ginny.

- Je chercherai, répondit Hermione en hochant la tête avec conviction. Quand la guerre sera finie, j'irai les chercher. J'espère simplement qu'ils n'ont pas connu le sort des enfants de nés-moldus que trouvent les Mangemorts ou les nombreux adeptes des ténèbres.

Ginny lui promit de l'aider et ils échangèrent encore quelque mot alors que tout le monde commençait à quitter l'entrée. Ils suivirent le mouvement et allèrent à leur tour au salon.

Molly avait reprit la vaisselle à coup de baguette, ne tarissant pas de louange sur la bouille du petit Will que Tonks tenait tendrement. Remus avait disparu mais les jumeaux se tenaient sur un fauteuil, lisant attentivement un journal et réclamant régulièrement le silence. Ce qui était, fit remarquer Ron, assez paradoxal.

Hermione ne put rien avaler de plus qu'avant de partir. Le sentiment pesant de l'échec avait un goût acide sur sa langue. Elle n'avait pas l'habitude de perdre, elle détestait ça.

- Regardez qui nous pouvons présenter à ce charmant petit Will, lança soudain Remus, revenant dans le salon avec Teddy dans ses bras et un immense sourire.

- Remus ! souffla Tonks. Tu ne sais pas combien de temps j'ai mis à l'endormir. Par Merlin, ne le réveille pas !

Mais Teddy avait déjà commencé à pleurer en agitant ses petits bras. Remus le berça doucement en tentant de l'adoucir alors que sa femme levait déjà les yeux au ciel. Molly se précipita pour prodiguer ses conseils alors que les jumeaux réclamait une fois de plus le silence.

Ron avait décidé de dénicher le jeu d'échec sorcier, histoire de battre encore une fois Harry à plat de couture. Ou peut-être que c'était une excuse pour qu'ils cherchent à nouveau un plan. Aucun des trois n'en avait reparlé, sentant que ce qu'ils avaient pour l'instant était trop fragile pour tenir. Aucun ne voulait repartir. Mais ils allaient bien finir par en parler. Et Harry voudrait sûrement aller à Poudlard, ce que les deux autres lui déconseilleraient.

Ginny s'occupa de rajouter une bûche aux braises du feu sur le point de s'éteindre. Remus faisait à présent les cent pas pour calmer son fils.

Hermione s'assit tranquillement sur un banc, partagée entre sourire et fatigue. Une déception immense et de l'inquiétude pour ses neufs petits élèves. Ce sentiment de vide en s'apercevant de leur absence et le maigre espoir qu'avait fait renaître la découverte du petit frère de Ian. Elle regarda l'enfant aux boucles noirs. Que lui restait-il, lui à qui la guerre avait tout volé ?

Entre les bras de Tonks, insensible au vacarme environnant, Will dormait toujours.


Quatorze heures vingt-huit

Les pourparler de l'ordre du Phénix avaient repris. Mrs Weasley avait habilement écarté Ginny des réunions en l'emmenant dégnommer une partie du terrain derrière la maison. Sa cadette était venue en râlant, arguant qu'elle était la seule à y aller. Heureusement qu'elle ne savait pas en plus qu'elle échappait à une réunion d'une telle importance, elle n'y serait jamais allée.

Les quelques membres présents étaient maintenant réunis dans le salon ainsi que Ron, Harry et Hermione. Il leur fallait d'abord parler d'une chose très importante, et douloureuse. Puis, du cas du garçon des cachots qui reposait dans la cave. Hermione cherchait encore un moyen d'échapper à la deuxième partie des négociations alors que Charlie et Dedalus déroulaient les parchemins des dernières réunions.

- Bien, commença Bill. Déjà nous allons résumer les derniers évènements et ensuite nous verrons les solutions qui s'offrent à nous.

Hermione s'assit en inspirant. Voilà, on y était, plus moyen de reculer, elle n'avait qu'à se tenir tête haute et se battre encore. Ron pris place à côté d'elle et Bill se racla la gorge avant de reprendre :

- Avec les recherches de Hestia, nous avons pu établir que le Mangemort que nous recherchons est Antonin Dolohov.

Elle se souvient vaguement d'un grand homme au visage pâle, trop long pour son corps. Ce nom sonne familier ; il était l'un des deux Mangemorts à les avoir retrouvés dans le bar londonnien de Tottenham Court Road où ils s'étaient réfugiés après le mariage de Bill et Fleur.

- La fameuse potion qu'il a réalisée est très particulière et très ancienne. Il s'agit de la potion de Trace, elle permet d'annihiler la magie d'un sorcier qu'on considère universellement comme son ennemi, selon le type de magie qu'il maîtrise. Nous tenons ces informations d'Hermione, elle-même les tenant d'un autre elfe s'étant révolté au Manoir Malefoy, César, précisa Bill.

Quelques regards se tournèrent vers elles et Hermione rosit en hochant la tête.

Malgré le fait qu'elle était persuadée d'avoir agit pour la bonne cause, elle se sentait coupable de mêler le nom du petit elfe à ses mensonges. Elle se promit mentalement qu'elle irait le libérer, la guerre finie, des excentricités de Kiera et de la monotonie de Sue.

À présent, même le visage des jumelles lui laissait une sorte de nostalgie. Si seulement elle avait su à cette époque ce qu'elle allait endurer.

- Après une attaque... une tentative... enfin, cela nous a coûté une amie chère, une alliée dans notre bataille. Après un premier essai pour récupérer cette potion, il se trouve que Dolohov en est toujours en possession.

C'était peut-être le plus dur à accepter dans la perte de Luna. Dolohov s'en était sorti vivant, à peine égratigné et la fiole de sa potion intacte.

- Cette potion étant apparement un enjeu primordial dans le plan adverse, il faudra la récupérer, plutôt la détruire, au plus tôt. Il est ressorti des précédentes réunions que deux solutions s'offraient à nous : la voler ou bien faire une attaque de front très importante.

- Attaquer de front n'est plus une option. La plupart des membres se voient assigner des mission très importantes, on ne peut pas se permettre de mener une attaque de cette envergure en ce moment.

- Mais Arthur, le vol est encore plus bancal comme idée, récria Hestia qui remettait négligemment son chapeau en place. Si ça rate une nouvelle fois, vous pouvez être sûrs que non seulement le voleur sera mort mais que nous n'aurons plus aucune chance.

- Une attaque est plus judicieuse, renchérit Tonks qui avait son visage des jours sérieux. Nous sommes sûrs de le neutraliser. On ne peut pas rater une deuxième fois.

- On ne pas laisser non plus d'autres personnes mourir comme Luna.

La phrase de Harry tint l'univers en suspense quelque seconde avant que les conciliabules ne repartent de plus belle.

Ron fixait tout un chacun, semblant tenter de déchiffrer les mots sur les lèvres. Bill et Charlie parlaient à tout vitesse, têtes baissées l'une vers l'autre. Hestia s'était levée et Remus avait posé une main sur l'épaule de Nymphadora dont les cheveux viraient au rouge pivoine.

- On ne peut même pas être sûrs qu'il ai la potion sur lui, soutint Hermione en haussant soudain la voix. S'il ne l'a pas, nous ne gagnons rien, nous perdons même parce qu'ils saurons qu'on visait la potion puisque Dolohov l'avait la dernière fois. Ils ne feront pas longtemps à faire le lien. Un voleur, c'est plus judicieux, plus discret.

Charlie la regarda en approuvant, caressant distraitement son menton où une petite barbe commençait à apparaître. Arthur et Molly se soufflèrent quelques mots, puis, un vote à main levée eu lieu.

Le vol fut adopté presque unanimement. Hermione se sentir vaguement soulagée devant les résultats. Il ne devait pas, il ne pouvait pas, y avoir de nouvelle Luna.

- Dedalus a repéré qu'au moins une fois dans la semaine, Dolohov se rend sur le chemin de Traverse jusqu'a Gringotts pour retirer un peu d'or. Ce serait le moment idéal.

- Ce sera surtout incroyablement dangereux, souligna Hestia.

- Il nous faudrait un voleur extrêmement doué pour ça, remarqua Remus, mais je ne crois pas que Mondingus soit encore une option.

Charlie hocha la tête sévèrement.

- Aucun de nous ici n'a le talent nécessaire.

- Nous, peut-être, lança Fred alors que George secouait sauvagement sa tête pour l'appuyer.

- On vous reconnaîtrait en moins d'une fraction de seconde, reprit Molly avec autorité.

- Et le Polynectar alors ?

- On n'en a plus, soupira Dedalus.

Impossible de trouver un voleur assez doué du jour au lendemain, et de confiance. N'importe quel membre de l'Ordre aurait pu se proposer - c'est d'ailleurs ce qui allait finir par se faire - mais les chances étaient infimes. C'était un talent qui demandait de la persuasion et de l'entraînement.

Soudain, Hermione réalisa qu'elle connaissait exactement quelqu'un de discret qui ferait tout à fait l'affaire.

- Je crois que j'ai une idée.

Toutes les têtes se tournèrent vers elle, sourcils froncés, tandis qu'elle se demandait si le chemin qu'elle empruntait était le bon.

- Un voleur de confiance ? demanda Arthur devant son air soucieux.

- Je ne sais pas vraiment, répondit-elle, évasive. Mais il m'a vue et ne m'a pas dénoncée. Ça ne servira à rien de lui offrir de l'or, il en a déjà assez. Non, ce qui lui faut c'est lui assurer quelque chose en retour ou...

L'évidence de la fin de sa phrase devait être tue. Toutes menaces ou services incluants Drago ne devaient parvenir aux oreilles de personne. Parce qu'à son plus grand désarroi, c'était le seul capable de l'aider à cet instant.

- Et tu sais où le trouver ? Comment le convaincre ? insista Arthur.

- Je crois, souffla-t-elle en relevant la tête. Je ne garantis rien, mais je pense. Laissez-moi juste un peu de temps.

Elle ne pouvait pas décemment les abandonner et courir aux sous-sols où était sa solution, c'était avouer tout haut.

- Il faut que j'écrive une lettre, conclut-elle avec aplomb.

Depuis quand savait-elle mentir aussi bien devant tant de visages qu'elle aimait ? Ellle avait une petite idée sur la question mais elle n'était pas sûre que la réponse lui plaise.

- Le plus tôt sera le mieux, affirma Charlie en cherchant du regard l'accord des autres.

- Je vais écrire ma lettre maintenant et lui envoyer, il est assez susceptible, je dois travailler le moindre de mes mots.

Molly lui serra la main avec un regard emplit de compassion. Hermione se leva alors presque automatiquement et passa la porte rapidement, re trouvant ce poids étrange sur ses épaules comme s'il ne l'avait jamais quittée.

Alors qu'elle montait les escaliers, elle n'avait qu'une seule pensée qui tournait en boucle : j'ai menti, j'ai encore menti.


Quatorze heures cinquante-sept

Si elle calculait bien, cela faisait dix minutes qu'elle était allongée dans son lit, fixant le plafond. A la question de savoir si c'était une bonne ou une mauvaise idée, elle n'avait toujours pas de réponse. Mais cela n'avait plus vraiment d'importance puisqu'elle n'avait pas tellement le choix.

Hermione vérifia une dernière fois, se penchant vers la fenêtre. Les silhouettes de Molly et Ginny s'agitaient bien au fond de jardin. Il ne fallait surtout pas qu'elles reviennent maintenant, elle aurait du mal à expliquer son absence.

Elle inspira et se décida enfin à quitter sa chambre. Souffle retenu, elle évita les marches d'escalier qui grinçaient et remercia Merlin de ne pas croiser Pattenrond. Arrivée devant la salle à manger d'où le bruit sourd des discussions filtrait, elle s'autorisa à respirer et se concentrer.

Elle posa sa baguette sur sa tête et lança son sortilège de désillusion. Aussitôt, elle eu l'impression qu'un seau d'eau froide lui était renversé sur la tête. Soucieuse, elle tendit sa main devant elle. Rien. Ou presque, le décor était très légèrement déformé.

Doucement, très doucement, elle tira la porte et se glissa dans la salle de réunions. Tout était comme lorsqu'elle s'était échappée, une dizaine de minutes plus tôt. Fleur avait fini par faire du thé, tout semblait s'éterniser, tant mieux pour elle.

- Mais il a la marque, s'écria Ron, virulent. Comment voulez-vous croire quelqu'un comme ça ?

- Je sais que tu as des ressentiments, répondit Remus qui s'était assis. Mais enfin, ce n'est...

- Des ressentiments ? C'est un meurtrier ! Harry !

Hermione longeait les murs, n'osant pas vraiment avancer. S'ils la découvraient, jamais elle ne pourrait expliquer ça. D'une autre part, elle était soulagée d'avoir échapper à cette réunion. Les voir se déchirer rappelait trop de souvenirs. A propos de Malefoy, elle n'était pas sûre de le supporter bien gentillement.

- Oui, mais il a baissé sa baguette, répondit Harry, gêné. Je ne sais pas si on peut le croire.

-Bien-sûr que non ! C'est bien toi qui était persuadé qu'il était un Mangemort en sixième année, non ?

- Oui, mais c'était il y a un an. On a tous changé, regarde-nous Ron. Alors pourquoi pas lui ?

Hermione pensa amèrement que surtout lui. Elle venait de passer la moitié de la pièce quand Bill se leva soudainement pour venir ouvrir la fenêtre. C'était maintenant ou jamais. Elle devait juste rejoindre la port de la cave mais il lui restait à parcourir quelques mètres où les autres passaient souvent. Si quelque chose bougeait, on croirait au courant d'air.

Bill arriva finalement vers la fenêtre qu'il tira. Hermione bondit puis courut en direction de la porte sans regarder autour et ne se figea qu'en l'ayant atteinte.

Pétrifiée, elle croisa les yeux de Tonks le coeur battant. Non, le regard de Tonks passa au travers d'elle. Puis l'Auror sembla se reprendre, comme si elle avait rêvé. Hermione n'attendit pas plus longtemps pour passer silencieusement la porte menant à la cave. Elle se demanda un instant s'ils ne pouvaient pas entendre la puissance avec laquelle son coeur frappait.

Sans attendre d'avantage, elle effaça son sort de désillusion et dévala les marches de l'escalier en colimaçon. Penser aux yeux gris de Drago lui tordait le ventre. La façon dont il l'avait regardée ce matin décrivait toute la haine du départ.

Elle avait besoin de son aide pour trouver Owen. Elle avait aussi peut-être besoin de le voir, de savoir qu'il allait bien. De l'avoir simplement dans sa vie. C'était presque terrifiant de constater quelle importance il avait prise ces dernières mois. Si simplement, si rapidement.

Alors qu'elle allait poser sa main sur la poignée, Hermione se rappela brutalement de quelque chose. Quand Drago avait aidé Théodore dans le Lancashire, il lui avait avoué que c'était parce qu'il lui devait un service en premier lieu. Même si le fait qu'il se sente coupable pour Daphné avait dû aider aussi.

Si elle voulait qu'Owen l'aide, devait-elle lui rendre un service aussi élevé que celui que Théodore avait rendu à Drago ? Et qu'est-ce que c'était au juste ?

C'était l'heure des négociations. L'heure de certaines vérités, de la confrontation. C'était l'instant précis où elle poussait cette porte pour la deuxième fois.

Drago n'était plus ligoté à la chaise mais il était toujours assis dessus, le regard tourné vers la petite lucarne qui laissait passer un peu de lumière dans la pièce. S'il n'avait toujours pas voulu la regarder, c'était qu'il savait déjà que c'était elle.

- J'ai besoin de toi.

C'est alors qu'il se décida à tourner sa tête, avec condescendance. Il avait toujours des iris furieux. Un peu dangereux.

- Pour une fois que ce n'est pas l'inverse... je t'en prie.

Le ton était vacillant. Il était toujours furieux. Mais il en fallait bien plus pour l'impressionner. Après tout, ce Drago là, c'était celui qu'elle connaissait le mieux et depuis le plus longtemps. Même si c'était aussi celui qu'elle haïssait le plus.

- Je voudrais trouver Owen. L'Ordre a un service à lui demander.

- Oh, donc ce n'est pas toi qui a besoin de moi mais l'Ordre.

Drago laissa encore planer un petit silence après sa phrase. Depuis tout à l'heure, il ne s'était toujours pas calmé, c'était peut-être même pire. Il détestait ça, il ne voulait pas la détester, mais vouloir ne suffisait pas, ne suffisait plus. Il aurait voulu être heureux de la voir, il aurait aimé profiter de cet infime répit parce que tout le temps avait toujours été compté. Mais il ne pouvait simplement pas. Et la raison était toute simple.

Il la haïssait.

- C'est donc un mensonge, cracha-t-il.

Il montrait enfin sa colère, laissant tomber le calme apparent, la fureur silencieuse.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle finalement. Qu'est-ce que j'ai fais, explique-moi.

- Remarque, reprit Drago en rebondissant sur sa dernière phrase comme si elle n'avait jamais parlé, ce n'est pas la première fois.

- Que je mens ?

- Mais oui, Granger.

Un affreux doute la saisie à la gorge mais elle resta sans ciller à fixer ces yeux qui la détestaient. Ce que la haine était épuisante. Elle en avait marre de se battre sans cesse contre lui, marre qu'ils ne puissent pas avoir une relation simple.

Et puis quel genre de relation c'était ? Quelque chose en lambeau, déchiré, rapiécé, abîmé, quelque chose en lequel personne, peut-être même pas eux, ne croyait.

Drago, ne contenant plus sa colère, la laissa éclater. Tant pis si elle ravageait tout sur son passage, certaines choses avaient besoin de l'être.

- J'ai pris le temps de vérifier, ils ne savent pas que tu étais avec moi dans le Lancashire.

- Comment ? demanda-t-elle la voix tremblante.

Il n'avait pas pu leur poser la question comme ça, c'était avouer qu'il avait eu une autre mission de Voldemort et compromettre le semblant de crédibilité dont il essayait de faire preuve. Mais ses yeux pétillaient de défi et elle lui faisait confiance pour avoir obtenu les informations sans même paraître le faire : c'était un Malefoy et il mentait comme il manipulait ; diablement bien.

En vérité, elle appréhendait que les autres l'apprennent, parce qu'ils chercheraient pourquoi elle ne s'était pas enfuie alors qu'elle en avait l'occasion, et ne comprendraient pas ce qui échappait à elle-même.

- Premièrement, parce que Bill Weasley n'avait pas l'air de vouloir m'étrangler, ce qui veut dire qu'il ne connaît pas mon rôle dans la mort de Lovegood.

Cette fois, elle en était sûre, ses yeux la transperçaient. Et elle était fautive.

- Enfin tout du moins n'avait-il pas l'air de vouloir m'étrangler pour ça, rectifia-t-il dans un rictus mauvais.

Hermione sentit son cœur la lancer et serra ses poings, respirant. Mais déjà, Drago reprenait :

- Ce qui me laisse penser que tu n'as jamais mentionné que j'étais à l'origine de l'information qu'il l'a conduite là-bas. Ah, et deuxièmement, j'ai entendu, toujours Bill Weasley, parler avec son frère, tu sais, Charlie. C'était plutôt intéressant, ils parlaient d'une potion que j'aurais ratée et qui voulait dire que je n'étais pas fondamentalement mauvais. Apparemment, c'est toi qui lui aurais révélé ça, sans pouvoir en dire plus. Ce qui conforte ma théorie selon laquelle tu ne leur a jamais parlé de moi et que tu ne le veux pas.

Elle se sentit littéralement estomaquée. Alors comme ça, il savait maintenant. Il lui en voulait, ça se lisait dans ses yeux. Et elle n'arrivait pas à se sentir quitte de lui rendre la douleur qu'il lui avait causé. Elle se sentait simplement encore plus mal à l'aise.

- C'est marrant, n'est-ce pas ? siffla Drago, cynique. Toi et moi, on connaît une potion pareille, n'est-ce pas ? Étrange coïncidence. Surtout que je ne te l'ai jamais raconté. J'en déduis que tu le savais déjà au moment où je partais confiant lui remettre ma potion.

Il laissa ses mots flotter, sans se sentir mieux. Il bouillait de l'intérieur. Hermione le regardait en se mordant la joue, sachant qu'il n'y avait rien à répondre à toutes ces accusations parfaitement fondées.

- Je t'ai donc permis de retrouver tes deux guignols alors que tu m'envoyait me faire tuer. Et hier, tu venais me parler d'amitié. Je ne suis peut-être pas quelqu'un de bien, Granger, mais je ne suis pas un hypocrite.

Elle encaissa le coup en serrant les dents. C'était atroce qu'il ai raison, atroce qu'elle ai ce pouvoir de révéler la fissure dans ces yeux, celui de le blesser.

- Je suis sincèrement désolée, tu...

- Et moi j'aimerais sincèrement te croire, coupa-t-il avec acidité.

Hermione laissa sa phrase en suspens. Maintenant, c'était en elle que la colère montait, toujours mêlée à cet horrible sentiment de culpabilité. La colère que lui-même soit furieux d'une de ses erreurs. Combien en avait-il commises ?

- Quand j'ai réalisé, reprit-elle, c'était trop tard. Et puis qu'est-ce que je t'aurais dit exactement ? Tu m'aurais crue ? Sûrement pas parce...

- T'as même pas essayé, arrête de te trouver des justifications qui n'ont aucun sens. C'est quand trop tard ? Dans tous les cas, on était encore tous les deux dans le Lancashire.

Hermione ignora superbement sa phrase pour poursuivre :

- ... parce qu'on se détestait

Drago grimaça en l'entendant parler au passé mais elle ne laisse pas démonter, poursuivant du même ton :

- On se détestait, on ne pouvait pas se voir en peinture. Et j'ai réalisé ça alors que je te haïssais encore...

- Parce que plus maintenant ? insista Drago d'un ton aigre, les yeux au ciel.

- Mais laisse-moi finir, j'essaye de t'expliquer !

- De te justifier, Granger. Comme si j'allais soudain réaliser que ce n'est pas de ta faute et te pardonner, cingla-t-il en se redressant, appuyant ses avant-bras sur ses cuisses, le regard meurtrier.

En réponse, Hermione croisa les bras et avança d'un pas, plongeant son regard dans le sien qui ressemblait à un volcan ouvert au ciel.

- Donc maintenant c'est moi qui me justifie pour qu'on me pardonne ? Et toi, tes grands discours sur l'égalité, sur le fait que tu as changé, ça devait bien me suffire à te pardonner, non ? Je devais bien t'écouter te justifier des actes pire que les miens ? Pourquoi ce qui marche dans ton sens ne marche pas dans le mien ?

Il ne répondit pas. A vrai dire, il ne bougea même pas. Il la laissa respirer, essoufflée, à bout de fureur, à bout d'énergie. Puis, lentement, avec sa condescendance habituelle, il se redressa pour s'appuyer au dossier de la chaise. Pas un instant il ne la lâcha du regard.

- Alors on en est là maintenant, on fait les comptes ? lâcha-t-il finalement.

Hermione était partagée entre lui arracher du visage ce calme apparent qu'il reprenait et qui, au final, était pire que la colère et entre lui dire qu'il avait raison, que c'était idiot. Mais peut-être qu'il y avait eu trop de choses entre eux, surtout de non-dits, pour qu'ils s'excusent juste et que tout reprenne son cours. Peut-être même que ce n'était pas idiot et qu'ils avaient chacun le droit d'être hors d'eux.

Mais cette version là, Hermione n'était pas sûre de l'accepter.

- J'ai besoin de toi et si tu ne veux pas le faire pour moi, alors fais-le pour l'Ordre.

C'était la meilleure solution qu'elle ait trouvé. Personne ne s'excusait et ils mettaient encore une fois le passé et les erreurs de côté.

Drago soupira avant de répondre du bout des lèvres :

- Qu'est-ce que tu veux ?

C'était terrifiant de réaliser que malgré tous ces mots, il ne pouvait pas se résoudre à la laisser partir. Comme il ne pouvait pas se résoudre à la laisser rester.

- Comme tu le sais, nous n'avons pas réussi à trouver l'autre potion de Trace, Dolohov l'a toujours. Nous avons décidé de faire appel à un voleur pour la récupérer, je pense qu'Owen est le mieux placé et j'ai besoin que tu m'aides à le trouver.

Drago reprit un air sérieux et hocha la tête au fil de son récit.

- Je pense qu'il est dans un des bars de Londres, donne-moi une carte, je vais te montrer.

Elle eut presque un hoquet de surprise. Elle qui s'attendait à devoir batailler, il la surprenait encore en acceptant de suite. Quand cernerait-elle Drago Malefoy ?

Sans chercher à discuter, elle fit apparaître une carte de Londres d'un coup de baguette. Drago s'en saisit, appliquant un soin tout particulier à ne pas croiser ses yeux noisettes.

- C'est là, indiqua-t-il en lui désignant un point.

Elle s'approcha et se pencha par dessus son épaule. Si proche qu'il sentait l'une de ses mèches de cheveux conter sa joue et l'odeur légère de son parfum. Du bout de sa baguette, Hermione marqua une petite croix en se disant qu'il allait falloir qu'elle envoie vite une lettre là-bas.

- Tu es sûr ? souffla-t-elle, pas certaine qu'il soit vraiment lavé de tout ressentiment.

Drago eut besoin de quelques secondes et de se racler la gorge pour répondre :

- J'ai l'air de mentir ?

Doucement, Hermione tourna la tête vers lui. Il était proche, très proche. Et elle, elle avait dans les yeux ce reflet des brisures. Il s'en voulut réellement de lui avoir lancé tout ça à la figure. Il eut envie de la prendre dans ses bras, de lui murmurer qu'il était désolé. Simplement désolé d'être lui, d'être si plein de failles et de ratures.

- Non.

- Non ? répéta bêtement Drago.

- Non, répéta Hermione en se redressant, s'éloignant de quelque pas. Tu n'as pas l'air de mentir.

Ça la tuait de s'avouer qu'il la perturbait. Mais ce qui l'agaçait encore plus c'est qu'elle n'arrivait pas à mettre un nom sur ça. Il brusquait tout ce qu'elle connaissait, détruisait ses fondements, mais elle ne savait pas d'où ça venait.

Cette chose-là lui était inconnue.

- Qu'est-ce qu'Owen me demandera en échange ?

- Que veux-tu qu'il demande ? répondit-il en haussant un sourcil, s'étant repris.

Il ne voulait pas qu'elle dévore ses pensées comme ça, être esclave de ce sentiment en lui. Pourtant, il aurait donné le monde pour elle, et c'était peut-être ce qu'à son insu il était entrain de faire.

- Quelque chose comme ce que Théodore t'as donné pour que tu l'aides.

L'éternel sourire en coin de Drago naquit à nouveau sur ses lèvres.

- Tu veux savoir ce que Théodore m'a donné ?

Ce n'était pas sa question, mais il savait à quel point elle était curieuse. Se maudissant, et lui aussi par la même occasion, Hermione hocha la tête, se mordant les lèvres.

- C'est lui qui m'a indiqué ta boutique sur le chemin de Traverse. Il m'a dit que tu étais une résistante et sûrement douée parce qu'il n'arrivait pas à savoir la nature de tes actions. Ce jour-là, en mettant les pieds là-bas, je savais déjà que tu étais du camp adverse. Mais jamais je n'aurai imaginé que c'était toi.

Curieusement, cette révélation ôta un point sur l'estomac d'Hermione plutôt que la rembrunir. Elle pouvait donner des informations à Owen, l'Ordre en avait tant. Elle avait craint quelque chose de matériel

L'autre chose curieuse, c'était la fin de la phrase de Drago, comment son ton avait baissé. Comme du regret.

- Enfin, reprit-il en relevant fièrement la tête, Owen, lui, ne te demandera rien. Il n'est pas comme moi et Théodore et en plus, il t'aime bien. Sache juste le convaincre.

- Merci, murmura-t-elle simplement.

C'était si facile pour elle de dire ce qu'il y avait dans son cœur. Pourtant, ces mots atteignirent vraiment Drago. Il eut un petit sourire et haussa distraitement les épaules.

Hermione considéra qu'il n'y avait plus rien à ajouter et tourna les talons. Il sentit chacun de ses pas comme un coup. Il n'était plus attaché à la chaise, alors pourquoi ne pouvait-il pas la rattraper ?

Elle s'arrêta, main sur la poignée, ayant oublié quelque chose :

- Le reste de l'Ordre ne sait pas que je suis ici, j'ai utilisé un sortilège de désillusion pour descendre. Mais ils discutaient de ton cas, pour que tu le saches.

Il répondit par hochement de tête sévère.

- Ce n'est plus qu'une question de choix, conclut-elle avant d'ouvrir la porte.

Elle passait la porte, la refermait presque quand une toute dernière phrase lui parvint , étouffée, à peine murmurée.

- Si seulement tu savais tous ces choix que je faisais pour toi, Granger.

Mais c'était si infime qu'elle n'y cru pas.


Seize heures quatre

Alors qu'Hermione, Harry et Ron parlaient enfin à coeur ouvert d'un nouveau plan de départ et que Ginny s'astreignait toujours à dégnommer un vieux jardin, Drago se retrouvait une nouvelle fois assis dans la salle à manger, entourés d'anciens - ou nouveaux -ennemis, il ne savait plus bien. Enfin, ce qui était sûr c'est qu'il n'était pas entouré de regards bienveillants. La moitié des gens présents auraient voulu le voir n'importe où tant que ce n'était pas ici.

- En admettant que ce que tu dises est vrai...

- C'est vrai, coupa Drago, levant délibérément les yeux au ciel.

Au diable les courbettes et tout le reste, qu'il se montre conciliant ou non, ça ne lui accordait pas plus de crédibilité.

- En admettant que ce que tu dises en vrai, reprit Arthur Weasley, le visage plus sévère que jamais, nous allons nous préparer à cette éventualité et prévoir un plan d'évasion. Est-ce que tu connais l'heure précise à laquelle ils vont briser le Cercle du Secret et attaquer ?

- Regardez l'heure à laquelle se lève le soleil demain.

Sa réponse jeta la confusion dans leurs regards de haine. Les deux aînés Weasley échangèrent des mots rapides à voix si basse qu'il ne les entendit pas. Dedalus Diggle tourna rapidement la tête de droite à gauche avant de revenir à lui. Les yeux de Mr Weasley en revanche ne le lâchèrent pas, ils s'accrochaient férocement au moindre centimètre carré de son visage.

Il voyait son père, encore, toujours. Juste dans son esprit de contradiction et parce qu'au fond il détestait être là, Drago releva le menton et perdit son éternel sourire, toisant avec toute l'arrogance dont il était capable le visage abîmé par le temps qui se trouvait en face de lui. Il avait tellement observé son père qu'il savait qu'à ce moment-là, il avait exactement l'expression souhaitée.

A défaut de faire baisser les yeux à Arthur Weasley, celui-ci eu un petit tic nerveux qui contenta assez Drago.

- Pourquoi le lever du soleil ? demanda finalement Remus qui se tenait en retrait.

C'était maintenant qu'il avouait ce qu'ici personne ne savait. Ce n'était pas le secret le plus lourd qu'il ai jamais porté mais c'était l'information la plus précieuse qu'il ai jamais cédée jusqu'ici. Une vérité enfouie très loin en chacun des Mangemorts.

- Il existe une très vieille prophétie d'Edna Gaunt qui dit que la nuit sera fatale à tous ceux qui viennent des ténèbres. De grands mages noirs ont été défaits de nuit, comme Salazar Serpentard. Sa dispute avec Gryffondor aurait duré une nuit entière. Je ne sais pas pourquoi il y attache une telle importance, mais quand il peut éviter d'attaquer la nuit, il le fait. Je crois surtout que la plupart des Mangemorts ont peur de cette prophétie et sont plus rassurés le jour.

- C'est tout ? demanda Hestia, visiblement sceptique. Tu vas nous faire croire que tous ces Mangemorts ont peur d'une prophétie vieille de plusieurs siècles ?

Drago serra la mâchoire. Lui-même n'avait jamais compris pourquoi ce que cette femme avait dit avait pris une telle importance. Mais il savait ausi autre chose :

- La marque réagit à la nuit, dévore plus. Je dirais que la nuit... elle brûle.

Comme il s'y attendait, il reçut de nombreux regards mauvais. Grand bien leur fasse, il ne pouvait pas effacer la marque sur son avant-bras et tous savaient qu'il la portait. Celui qui ne l'avait jamais portée ne pouvait savoir qu'elle était presque vivante, un organisme greffé au sien.

- La nuit, il est plus difficile de canaliser les excès de magie noire, c'est comme ça, je ne sais pas pourquoi. Mais c'est la marque qui créé cette instabilité. Je suis persuadée qu'ils n'attaqueront pas la nuit mais demain, aux premières heures. Pour une raison toute simple, il sait que Potter est ici et il ne prendrait pas le risque qu'un de ses Mangemorts, dévoré par la marque, le tue.

Les yeux écarquillés devant les siens lui rappelèrent que, fut un temps, le monde obscur de la magie noire lui était aussi lointain. L'Ordre réalisait seulement qu'il ne soupçonnait même pas certains aspects de cette magie instable. Personne ne pouvait savoir avant de l'avoir vécu.

- Pourquoi ne pas attaquer plus tôt que demain à l'aube ? lança Hestia Jones, bras croisés, une moue amère.

- Il est comme vous, il a besoin de temps pour mettre ses plans à exécution, et de rapatrier tous ses Mangemorts éparpillés au quatre coin du globe.

Ils parurent convaincus de cette explication.

Mais il n'était pas comme eux. Il avait de l'ambition, le carnage inscrit sur la peau et le goût de la démesure, de la puissance. Ce qui, malgré tout, était toujours plus attractive aux yeux de Drago que ce tas d'Aurors ratés qui se battaient contre l'inévitable.

- Par où vont-ils rentrer ? demanda Hestia, se rapprochant d'un pas.

- Le toit, répondit-il sans hésiter. Les maisons remplies de sorciers s'encrent peu à peu à la magie du sol qui, le temps passant, fusionne avec les murs et puis, toute la charpente. Comme la magie est puisée dans le sol, le toit est l'endroit le moins résistant. Ils penseront vous prendre par surprise.

- Il suffit de transplaner, lança un des jumeaux en haussant les épaules.

- On ne peut pas transplaner de l'intérieur vers l'extérieur de la maison et inversement, Fred, répondit Charlie.

Drago se laissa tomber sur le dossier de la chaise. Ils cherchaient petit à petit comment s'en sortir et, du moment que ça marchait, il n'allait pas leur mâcher le travail. D'autant plus qu'il n'avait-lui même aucune idée de comment s'en sortir.

Et puis, même si eux tous sortaient vivants de ce piège, qui disait que lui aussi ? Surtout lui ? La perspective lui provoqua une avalanche de frissons désagréables.

- Pourquoi on ne part pas dès maintenant alors ? demanda George, échangeant un regard avec son frère.

- Et abandonner tout ce que le quartier général contient de précis ? s'insurgea Bill.

- Il faudra bien l'abandonner, reprit Drago. Quand je suis arrivé, il me suivait de peu. La marque, vous savez, on se sent entre gens de la même espèce.

Il aimait presque cette lueur d'incompréhension dans leurs regards quand il se décrivait lui-même comme un monstre.

- La maison est déjà sous surveillance, reprit-il calmement. Au moindre mouvement de panique, c'est lui qu'ils appellent. Si vous ne remarquez rien et évacuez seulement demain matin, aucun n'osera l'appeler. Parce que ce serait avouer que l'attaque surprise est ratée et personne ne veut en prendre les conséquences. Si ça se passe au moment exact auquel l'attaque devait se dérouler, ils se battront pour en tuer le plus d'entre vous en espérant que leur manque de discrétion sera oublié, si c'est avant l'attaque, ce n'est plus du ressort des Mangemorts mais du sien. Ils devront l'appeler pour lui dire que le plan a échoué s'ils s'en rendent compte avant car, croyez-moi, personne ne veux lui mentir.

Pour la deuxième fois, ses paroles laissèrent place à un petit silence. La tension était presque palpable. C'était le pied de Remus qui tapait en rythme le sol dans un bruit étouffé, la main de Charlie qu'il passait sans cesse dans ses cheveux et Dedalus qui tournait encore son chapeau.

- Dans tous les cas, il faut partir, lança Hestia qui reprenait ses esprits en remuant la tête.

- Un portoloin ? suggéra Tonks.

- Impossible, trancha Bill, tous les moyens sont tracés. Il va falloir sortir et transplaner au-dehors.

Il eut un mouvement de protestation générale, mais comme personne n'avait de meilleure idée, aucune voix ne s'éleva vraiment. Les deux frères Weasley repartirent dans un conciliabule discret alors que le reste de l'Ordre avait plutôt l'air dépassé par la situation.

- Et le réseau de cheminette ?

Pour la première fois, Drago fut légèrement mal à l'aise lorsque toutes ces têtes hostiles se tournèrent vers lui.

- Il est détourné, fit remarquer Hestia Jones comme si ce détail fondamental lui avait échappé.

- Je sais bien, s'agaça Drago, mais je sais de quelle manière il a été détourné.

Quelques regards curieux se croisèrent.

- On ne peut pas relier de nouvelles cheminées au réseau.

- Remus a raison, s'exclama Bill, sinon elle est immédiatement repérée.

- Je sais, je sais, s'impatienta Drago qui avait désespérément l'impression qu'ils préféraient tous mourir que d'écouter sa solution. Mais ils ne s'aperçoivent que la cheminée est reliée au réseau que lorsqu'on l'utilise. Il suffit donc de la relier et vous l'utiliserez quand ils attaqueront, comme ça, plus besoin de sortir.

- Et ensuite ? demanda Charlie avec une vague impression de ce qui allait se dire.

- Vous condamnez la cheminée.

Les exclamations offusquées reprirent et Drago du faire preuve d'un véritable contrôle de lui-même pour ne pas lever les yeux au ciel.

- On ne peut pas condamner cette cheminée, il n'y a aucun moyen d'inverser un tel sortilège.

- C'est peut-être nécessaire cette fois-ci...

- Mais Charlie, c'est insensé. Cet endroit à toujours été le quartier de l'Ordre. Nous n'aurions plus aucun moyen de revenir.

- Et la porte alors ?

- Merci Fred mais la porte est justement à éviter. La cheminée est plus pratique, plus accessible.

- Je ne suis même pas sûr que la maison se laisse détruire comme ça.

- Et vous imaginez les risques ? Vu le temps qu'il nous faut entre la connection de la cheminée et le temps que le premier d'entre nous parte, un Mangemort a le temps de venir.

- Il faudra être extrêmement rapide entre le début et la fin de la connection, qu'ils n'aient pas le temps de régir. Et réellement chanceux.

- On ne peut pas se baser sur la chance pour une telle opération ! C'est impossible.

Les conciliabules reprirent de plus belle et Drago attendit patiemment la fin des délibérations. Ils étaient incroyablement bruyants et remuaient beaucoup d'air pour rien. Malgré tout, ce spectacle débordait de quelque chose qu'il ne connaissait pas, qu'il n'avait jamais connu et sur lequel il n'arrivait pas à mettre du mot. Il ne savait même pas s'il le jalousait ou s'il le détestait. Pas encore.

La décision finale sortit de la bouche de Tonks :

- La cheminée ne sera pas condamnée.

Dans un mouvement plus ou moins unanime, les autres acquiescèrent.

- On sortira par la porte alors, c'est le seul moyen. Ils ne s'attendront pas à ce qu'on réagisse aussi vite, avec un peu de chance, tout le monde aura le temps de passer la délimitation du Cercle et de transplaner. Chacun doit choisir où aller et il faut s'occuper des mineurs.

Le courage gryffondorien était inaccessible pour lui. C'était une bêtise monstre de renoncer à relier la cheminée pour sortir par la porte. Tout ça parce qu'ils avaient l'espoir de reprendre un jour cette maison et qu'ils refusaient de perdre cet avantage. Foutus gryffondors.

Mais il ne dit rien, se contentant de contracter silencieusement la mâchoire. Il en avait trop dit et sa crédibilité était plus que limitée ici.

- Tu sera libre de circuler dans le quartier avant l'heure de l'attaque.

Drago eut un mouvement de recul en entendant ces mots sortir de la bouche d'Arthur Weasley. Cet homme était incapable de mentir pourtant, la sincérité brillait trop clairement au fond de ses pupilles.

- Pas la nuit parce qu'il n'y a personne, mais demain, si.

Personne pour le surveiller. Conscient qu'ils faisaient - enfin - à leur tour un pas en avant, Drago hocha sobrement la tête, ses yeux de glace harponnés à ceux en face de lui. Les regards ne brûlaient plus autant cependant.

Puis, ils se désintéressèrent de lui alors que Tonks lui indiquait de la suivre à la cave. Il soupira mais se leva tout de même. Elle au moins évitait soigneusement de le toucher et ne lui saisissait pas familièrement le bras.

Ils descendirent côte à côte les marches alors que l'humidité commençait à se faire ressentir. Tonks poussa la porte de bois et le laissa rentrer en premier.

- Quand même, souffla-t-elle soudain en agitant sa baguette.

La chaise au milieu de la pièce se rapetissait, puis s'étira doucement jusqu'à devenir un matelas. Drago lança un regard étrange à la métamorphomage avant de se laisser tomber dessus. Il n'avait jamais connu un confort aussi bas de toute sa vie, le drap était rugueux, le matelas trop dur pour son dos. Cependant, il hocha encore la tête pour la remercier, plus discrètement, avec un peu plus de retenu.

Elle avait quand même quelque chose dans son visage et sa désinvolture qui le déstabilisait.

Tonks transforma encore le miroir cassé au fond de la cave, éparpillé sur le sol, en couverture qu'elle lui tandis. Quelques minutes plus tard, elle remontait les marches froides du sous-sol alors que Drago s'emmitouflait sur ce matelas indocile, espérant rattraper le sommeil qui lui avait fait défaut la nuit dernière.


Douze Square Grimmaurd, Londres, mai 1998

Cinq heures quarante

Drago pouvait mettre son coeur dehors, on ne le verrait pas. La nuit était d'un noir d'encre et depuis la petite lucarne des caves du Square Grimmaurd, elle semblait presque poisseuse. Comme une nuit d'été très lointaine qui lui échappait. Il ne s'en remémorait qu'un frisson et la peur.

C'était d'ailleurs la seule chose que ne l'ai jamais quitté.

Malgré le noir au-dehors, autour, il ne pouvait plus dormir. Sans montre, il était incapable de dire depuis combien de temps il était là, mais il était bel et bien réveillé.

Tonks lui avait dit qu'il serait libre à l'aube, avant l'attaque. Il en avait déduit que la porte de la cave était donc ouverte. Qu'allait-il faire dehors ? Partager sa peur avec qui ? Parce que maintenant, seul sur son matelas trop dur, il pouvait se l'avouer, qu'il était sûr de mourir ce matin.

Il était sûr que si son camp le trouvait ici, il n'hésiterait pas à l'exécuter, comme tous les traîtres avant lui. Cette fois, rien ne le protégerait, ni les larmes de sa mère, ni les suppliques de son père, ni les mots doucereux de Rogue. Cette fois-ci, il payerait le prix de ses actions.

C'était dérisoire qu'il n'ai jamais payé tout le mal qu'il avait fait mais qu'il doive mourir pour le seul bien qu'il ai jamais fait.

La seule personne avec qui il aurait voulu parler de ça n'était même pas là. Peut-être qu'à demi-mot, Blaise aurait compris. Blaise comprenait sans les mots, ne le faisait pas se sentir faible. Même si bien entendu, Drago n'aurait jamais avoué qu'il avait peur, terriblement peur.

Non, s'il y avait une dernière chose à faire avant que les dés ne soient définitivement jetés, c'était d'aller voir Hermione. Il était toujours en colère mais plus furieux. Il était en colère de cette haine qu'il avait toujours traînée pour elle.

Parce qu'au fond, elle avait raison, comment pouvait-il refuser de lui pardonner des actes qui n'étaient rien par rapport aux siens ? Même s'il ne lui avait jamais demandé pardon, il l'avait tellement voulu, qu'elle lui pardonne.

Drago se releva et foula le sol froid jusqu'à la porte. Nymphadora n'avait pas menti, elle s'ouvrit sans mal. Il s'élança dans les escaliers.

Peut-être qu'elle dormait, peut-être qu'il faisait une bêtise. Mais peut-être aussi allait-il mourir bientôt.

Il avait pris sa décision. Plutôt mourir que de lui avouer qu'il l'aimait. Si elle ne venait jamais vers lui, alors il n'irait jamais non plus. L'aimer, l'aimer à ce point-là, c'était son démon personnel.

Cette résolution le rassurait. Elle ne l'aimait pas, alors elle ne viendrait jamais. Il préférait avoir le cœur piétiné plutôt qu'elle l'aime en retour. Drago Malefoy n'était pas fait pour aimer.

La chaleur de la salle à manger lui picora les doigts, jusqu'à la paume. Il ne savait pas très bien où il fallait aller mais prendre la porte opposée lui sembla évident. Il retomba sur des escaliers qu'il monta jusqu'au troisième étage. Quelque chose au fond de lui lui disait qu'elle ne dormait pas. Pas avant quelque chose d'aussi important, il la connaissait trop bien pour ça.

Drago se demandait s'il ne ferait pas mieux de redescendre quand il aperçut une lueur infime au bout d'un couloir étroit. Sans réfléchir d'avantage, il s'engagea et poussa la porte qui renfermait la lumière. Il n'avait eu aucne hésitation quant au fait que c'était elle qui était là, même s'il n'aurait jamais su expliquer pourquoi.

Hermione était debout, dos à lui, devant une armoire pleine à craquer de livres. Si la situation s'y était prêtée, le tableau l'aurait fait sourire.

Le pièce était assez petite. Il y avait deux fauteuils, plusieurs armoires de livres et un grand bureau noyé sous de lourds dossiers. Il referma précautionneusement la porte derrière lui. Le léger bruit la fit sursauter.

- Malefoy ! Qu'est-ce que tu fais ici ? s'écria-t-elle en se retournant.

- Il ont dit que j'étais libre jusqu'à l'heure de l'attaque, répondit-il nonchalamment.

Drago avança un peu dans la pièce. Une pile de livres vacillante oscillait sur le bureau. C'était sûrement elle qui les avait mis là. Il la revit un instant dans le Lancashire, les pieds repliés sous elle, dévorant un des livres qu'il lui avait ramené et il sourit inconsciemment.

Hermione hocha la tête et se laissa tomber dans un des fauteuils, un nouvel ouvrage entre les mains.

- Et tu cherchais quelque chose ?

- Oui, toi.

- Oh, vraiment, dit-elle sans lui jeter un seul regard, ouvrant simplement son livre.

- Oui, vraiment. A moins que tu ne veuille pas m'écouter, poursuivit Drago en se laissant tomber dans le fauteuil en face d'elle.

Il s'imposait encore et c'était une des nombreuses choses qu'elle détestait aussi chez lui. Sa manière d'être si sûr de lui.

- Je n'attends que ça.

- On ne dirait pas vraiment, fit-il remarquer. Tu as plutôt l'air de lire que de m'écouter si tu veux mon avis.

Hermione se mordit les lèvres et releva la tête tout en réfléchissant. Il y avait toujours cet espèce de tension entre eux, cette colère sourde pour tous leurs actes précédents et ces six années de haine. Mais il n'avait plus l'air furieux et peut-être avait-elle empiré la situation en la retournant dans sa tête.

Elle finit par abdiquer et ferma son livre en se redressant.

- C'est bon, je t'écoute.

- Je ne suis plus en colère.

Fallait-il rire ou pleurer ?

- Tu m'en vois ravie, Malefoy, vraiment.

- Je n'en ai pas l'impression, lança Drago en s'enfonçant un peu plus dans le dossier moelleux de son siège.

Il ne l'aurait jamais avoué mais ce confort lui manquait. Son matelas lui avait ravagé le dos et il était persuadé d'y trouver des bleus en se regardant dans la glace.

Si jamais il avait la possibilité de nouveau se regarder dans une glace.

- Les autres membres de l'Ordre m'ont dit que c'était Yaxley qui t'avait conduit ici, coupa soudain Hermione, l'arrachant de ses pensées.

Il essaya de savoir ce qu'elle pensait en disant ça, mais pour une fois, son visage était lisse. Peut-être qu'elle était toujours en colère. Cependant, il la connaissait assez pour avoir une petit idée de ce qu'elle pensait.

- Tu n'es pas coupable.

- Un petit peu quand même. Mais ne t'inquiète pas, depuis...

Luna. Mais c'était encore trop difficile à prononcer.

-... enfin, j'ai appris qu'on ne peut pas s'en vouloir pour tout ou on est fautifs de tout, finit-elle rapidement. Est-ce que c'est vrai ? Yaxley t'a conduit ici ?

- Oui, j'ai vraiment revu Yaxley. C'était dans un nouveau bar du Chemin de Traverse, tout est noir, jusqu'aux murs, aux verres. Il n'y a que la marque des ténèbres qui brille au centre de la salle d'un vert parfait. Je m'y suis rendu juste après lui avoir rendu ma potion. C'était il y a à peine quelques jours. Comme Dolohov avait déjà une potion parfaite, il n'avait jamais demandé à voir la mienne. Avant, tu sais, le jour de l'attaque...

Oui, elle savait. Hermione se contenta de hocher la tête pour indiquer qu'elle suivait, commençant les cents pas sous les yeux de Drago.

- Au départ, nous croyions que la potion avait tête détruit dans l'attaque. Alors il a vérifié la mienne et s'est déchainé quand il s'est rendu compte qu'elle était ratée.

Il se rappelait du goût de la bile dans sa gorge, de chaque respiration qui lui transperçait les os. L'odeur du sang qui lui avait empli les narines, ses propres cris qui avaient déchirés ses tympans. Et son torse déjà rempli de cicatrices en avait accueilli une nouvelle, s'enroulant le long de son bras gauche, de son épaule à son coude.

Il avait créé un serpent de braise qui s'était enroulé ici. Drago ne se souvenait pratiquement plus de la douleur. Il n'était même plus très sûr d'avoir vraiment senti quelque chose. Quand sa peau avait commencé à fumer et que la trace du serpent s'était incrusté à vie sur sa chair, de l'eau glacée avait fini sur la brûlure. Ses entrailles déchirées en deux ne l'auraient pas plus fait hurler et supplier.

Peut-être que sa torture avait à peine durée quelques minutes, elle lui avait semblé des années. Il avait hurlé, demandé pardon, supplié. Il en avait honte mais la douleur se faisait sentir encore simplement quand il pensait. Il se retenait de ne pas hurler à chaque caresse de ses vêtements sur son bras gauche.

Son esprit aussi avait été forcé et il avait dû batailler pour dissimuler toute présence d'Hermione dans son cerveau. Ça lui avait demandé plus de sacrifices que rien d'autre dans sa vie. On pouvait hurler quand le corps était assailli, l'esprit on ne pouvait que faire face en regardant ses barrières tomber une à une. On se sentait perdre pied à l'intérieur de soi-même.

Les yeux bruns qui le fixaient en attendant la suite le ramenèrent sur terre. Drago se racla la gorge avant de reprendre :

- Yaxley était aussi dans ce bar ce jour-là, déjà plutôt alcoolisé. Petit à petit, il a commencé à parler de tout et n'importe quoi, puis il en est venu à son œil. Il t'a traité de tous les noms possibles avant que je lui demande comment tu lui avait fait ça, ça lui faisait plaisir de le raconter à priori.

Hermione fit l'impasse sur le fait qu'il se montrait plein de compassion dans les moments les moins adaptés pour se concentrer sur le suite, arpentant toujours la petite salle :

- Il a commencé à me raconter comment il t'avais revue, sa voix est devenue plus saccadée, comme s'il essayait de se souvenir exactement comment tu lui avais fait ça. Je me suis penché vers lui, pour essayer de l'écouter. Il fermait les yeux, les rouvrait, se prenait la tête. Il cherchait de toutes ses forces. Puis, il a finir par souffler qu'il t'avait vue au Square Grimmaurd. Tu m'avais déjà raconté l'histoire, j'ai immédiatement su ce que ça voulait dire.

Elle les imaginait sans mal, accoudés à un bar, cherchant à éviter de se noyer dans ce monde. C'était étrange de l'écouter lui-même raconter ça. Même si elle se doutait que tout sentait bien passé comme ça, il restait une question inaccessible pour elle : pourquoi avait-il réagi comme ça ?

Hermione le regarda brièvement pour lui signifier qu'elle écoutait toujours alors que Drago reprenait :

- Je lui ai demandé comment il savait ça, il n'a même pas paru savoir. Il avait simplement la sensation que c'était très important et il n'arrêtait pas de le répéter. Les barrières psychologiques que tu avais placées étaient très puissantes et elles n'étaient jamais tombées parce qu'il n'avait jamais essayé de se souvenir précisément de ce moment-là. Je l'ai poussé à comprendre que quelque chose n'allait pas, qu'il lui manquait une partie. Alors tu vois, moi aussi j'ai ma part de responsabilités dans cette histoire.

Il lui offrit un sourire contrit qu'elle accepta. Si elle avait su un jour que Drago Malefoy assumerait ses torts devant elle.

- J'ai replacé des barrières fragiles dans son esprit, mais je suis un piètre Legilimens. Je me suis enfui en sachant déjà qu'elles ne tiendraient pas longtemps. Trois heures plus tard, au moment où la marque me brûlait, j'ai décidé de transplaner ici. Mes barrières avaient lâchées et Yaxley avait tout rapporté. La suite, j'imagine que tu la connais.

Ça n'avait aucun sens. Pourquoi s'était-il précipité ici ?

Elle lui laissa le temps de se reprendre et de se redresser, s'apprêtait à l'attaquer, quand il lui coupa l'herbe sous le pied :

- Je t'en ai voulu parce que les missions pour lui sont risquées et tu le savais. Mais ce que tu ne sais pas, c'est combien j'ai payé chère cette potion ratée.

Elle se rappelait de l'état de torse qu'elle avait vu un matin par erreur dans leur petit cabane du Lancashire.

De son côté, Drago effleura inconsciemment son bras. Sa manche était légèrement retroussée et elle vit avec horreur un extrait des marques rougeâtres qui déformait sa peau à tout jamais. Instantanément, cela la ramena à cette douleur fulgurante qui l'avait terrassée ce matin-là dans la salle de bain du Square Grimmaurd.

Le souvenir de la douleur résonnait bien avec le visage grave de Drago. Les mêmes pensées semblaient se dessiner sur ses traits.

- J'arrive assez bien à imaginer, souffla-t-elle sans comprendre comment on pouvait faire subir pareille torture à quelqu'un.

Il se reprit au son de sa voix et hocha distraitement la tête, comme s'il doutait sérieusement de ses paroles.

- Tu me crois maintenant ? A propos de l'attaque.

- Je n'ai jamais dis que je ne te croyais pas.

- Arrête, c'est presque écrit sur ton visage.

C'était terrifiant cette facilité avec laquelle il lui arrachait ce que personne ne voyait. Hermione lâcha alors, épuisée, presque résignée, d'un ton calme et léger :

- Non et c'est bien le problème. Je ne te crois pas.

En une seconde, toute la tension, qui était redescendue alors qu'il racontait sa rencontre avec Yaxley, remonta. Elle soufflait délibérément sur les braises de leur colère.

Sa question n'avait été que réthorique, il ne s'attendait certainement pas à cette réponse et son visage défait en attestait.

- Comment ça tu ne me crois ? reprit-il en se levant à son tour.

- Je crois que tu as compris, Malefoy. Je ne suis pas sûre qu'ils attaquent vraiment bientôt. Ça me semble trop simple.

Il sentit la colère de rallumer au fond de lui et éclata de rire. C'était ce rire féroce, cruel presque, qu'elle lui avait déjà entendu dans le Lancashire.

- Trop simple ? Se faire attaquer par une armée de Mangemort est devenu trop banal à vos yeux, trop facile, Miss Granger ?

Une seconde, son ton lui rappela celui méprisant de Rogue. Elle durcit son regard et attrapa une partie de la pile de livre sur le bureau dans l'espoir de se calmer.

- Tu sais très bien que je n'ai pas dis ça, reprocha-t-elle en rangeant les premiers ouvrages.

- Tu sous-entends quoi, alors ? Éclaire-moi.

Elle sentait toute la fureur contenue dans sa voix. Les trois livres qu'elle tenait furent rangés plus brusquement et elle poursuivit, délibérément dos à lui :

- Je te dis que je ne te crois pas. Ne m'en veux pas pour ça, tu sais très bien pourquoi.

Elle n'avait pas besoin de le voir pour le deviner contracter sa mâchoire et transformer ses yeux en icebergs tranchants. Au lieu de la contenter, sa colère ne fit qu'irriter la sienne. Il n'y avait que lui pour la mettre dans de tels états.

- Tu m'en veux encore ? demanda-t-il, hautain, blessé.

- Je t'en voudrais toujours je crois.

Et tous les deux savaient qu'elle ne parlait plus seulement de Luna mais d'eux tout simplement. Elle en venait au même conclusion que lui le matin même.

Ils se haïssaient trop. Ils se haïssaient toujours.

- Mais moi je n'ai pas le droit de t'en vouloir c'est ça ? Moi je dois pardonner et m'aplatir ? siffla-t-il, brûlant de l'intérieur. Tu es toujours meilleure, hein Granger ?

- Je n'ai jamais dit ça, se défendit-elle, se retournant enfin. Mais comprend que cette fois ci, je n'arrive pas à te faire confiance.

- Non, je ne comprends pas pourquoi. Toutes les preuves sont sous ton nez, tous les tiens me croient et toi, tu t'entêtes !

Elle en eut brusquement assez de son numéro, de sa colère à laquelle elle ne trouvait pas de justification. Mais peut-être qu'à ce stade, ils n'avaient plus besoin de raison.

- Mais regarde à quoi ça a mené la dernière fois ! explosa-t-elle. J'ai perdu Luna ! À cause de moi, à cause de toi ! Je ne peux pas te faire confiance, tu le sais bien !

Leurs bouches à tous les deux étaient débordantes de mensonge. Drago l'avait aidée, Hermione l'avait aidé. Ils avaient sacrifié des choses pour l'autre. Simplement, pas assez pour éteindre la haine.

Drago la regardait, les yeux perçants. Elle était appuyé contre l'une des étagères de la bibliothèque, aussi ravagé de colère que lui. Pourquoi ça n'était jamais simple ?

- Je ne suis pas sûr de vouloir rester pour t'écouter déblatérer des inepties, finit-il par souffler alors que son cœur battait encore sous le coup de l'énervement.

- Alors tu ferais bien de partir, je crois.

- Très bien, céda-t-il d'un voix glaciale.

Jamais elle ne se serait attendue à une abdication si complète et rapide. Ses yeux lançaient encore des éclairs au garçon blond.

Mais il ne bougeait toujours pas, le visage indéchiffrable, il la fixait. Et plus que jamais elle détesta ces yeux gris qui semblaient la voir au travers d'elle-même tout.

- T'es toujours là, Malefoy, ajouta-t-elle de son air pincé.

Cela sembla le réveiller et il hocha gravement la tête.

Puis, il commença à avancer avant de s'arrêter à sa hauteur. Il tourna ses yeux d'orages sur elle. Au fond, il y avait de la rancoeur, de la déception, de l'envie et des regrets. Tant de choses informulées.

Hermione se contenta de le fixer à son tour, sans décocher un seul mot. Il ne pouvait pas juste partir et la laisser tranquille ? Il avait ce besoin constant de compliquer les choses. Et à ce moment-là, ses yeux avaient un reflet qui la mettait mal à l'aise.

Soudain, il avala la distance entre eux et attrapa le visage d'Hermione entre ses mains. La seconde qui suivait, il écrasait rageusement ses lèvres sur les siennes.

Ce n'était pas un baiser. C'est un coup doux-amère, un autre moyen de dire de qu'il n'arrivait pas à formuler. C'était de la terreur, du désir, beaucoup de rancune, un peu d'inquiétude.

Tout ce trop pleins d'émotions ne dura qu'une infime seconde.

Hermione n'eut même pas le temps de comprendre ce qu'il se passait, de réaliser la tornade qui se réveillait dans son cerveau, que déjà, Drago se détachait brusquement. Il se redressa en évitant soigneusement ses yeux et elle n'avait pas fait un geste qu'elle entendit la porte qui se refermait sur son passage.

Tout était allé beaucoup trop vite. Beaucoup, beaucoup trop vite. Abasourdie, elle resta un moment sans bouger, incapable de penser, avant de porter sa main à ses lèvres, pas sûre de réaliser.

Elle avait des fourmis sur la bouche maintenant. Comme si un papillon s'y était posé, c'était un effleurement. Non vraiment, ça n'avait rien à voir avec un baiser. C'était un bout de chaos déposé sur ses lèvres.

La colère montait en elle. Il était là, plus coupable que jamais, et il se permettait de lui voler un baiser. Comme ça, sans rien dire, sans aucune explication. Puis, il fuyait.

- Espèce de lâche, cracha-t-elle pour elle-même.

Elle se mordit les lèvres, mais elle avait toujours l'impression de sentir les siennes dessus.

Qu'est-ce que c'était exactement ? Pourquoi ? Que voulait-il dire ? Que fallait-il comprendre ?

Elle ne comprendrait décidément jamais rien à lui. Il était trop lunatique, trop impulsif. Chaque fois qu'elle croyait le comprendre, il se dérobait.

Et elle, quand se comprendrait-elle ? Pourquoi la mettait-il si simplement en colère, sans raison valable ?

Le coeur battant à toute vitesse, elle finit par s'astreindre à réciter les propriétés du Philtre d'Assoupissement, faisant les cents pas dans la minuscule bibliothèque.


Six heures vingt et une

Le soleil émergeait à peine quand le premier bruit sourd sur le plafond se fit entendre.

À ce moment précis, Drago était assis près des escaliers, pas très loin de l'endroit où Ginny s'était tenue moins de vingt-quatre heures plus tôt. Depuis qu'il s'était réveillé, il n'avait croisé que quelques personnes de l'Ordre qui l'avaient évité avec soin. Seule Tonks s'était contentée d'un petit signe de tête.

Lui, il était resté là, dans le noir. Après tout, il préférait ça qu'une lumière éblouissante.

Ce premier coup étouffé prouvait qu'il avait raison. L'Ordre entier s'éveillait vraiment, quoi qu'il ne fut pas sûr qu'il dormait encore. Les portes commençaient à claquer à tous les étage, les voix se faisaient entendre, les pas précipités...

Chacun allait suivre les règles établies.

Mais Drago n'était pas arrivé jusque-là pour ne pas aller chercher la seule vie qu'il voulait vraiment sauver. Si elle savait qu'il avait risqué sa peau seulement pour elle, peut-être qu'elle cesserait définitivement de le regarder avec ces yeux assassins. Ou peut-être pas en fait. Elle le trouverait sûrement plus méprisable encore. Mais honnêtement, il en était à un point où ça lui était égal.

Les membres un peu rouillés, il s'extirpa de sa position et se jeta dans les escaliers. Elle se trouvait deux étages plus haut. Cette fois, l'Ordre s'ébranlait vraiment.

Il y eu un cri, les coups se faisaient plus lourds, plus durs. Dans quelques minutes, les Mangemorts allaient réussir à briser le toit et tout ne serait plus que chaos.

Quand il arriva sur le palier du troisième étage, les escaliers tremblaient déjà sous le poids des pas qui s'y heurtaient. Certaines voix hurlaient maintenant et un bébé se mit à pleurer.

Hermione était là, accoudée à la barrière de l'étage, regardant le monde sous ses pieds s'alarmer. Elle avait l'air plus sceptique que jamais, tentant de prendre du recul sur la situation. Enfin, elle parut enfin s'aperçoit qu'il la fixait, essoufflé, et elle se tourna complètement vers lui.

Au milieu du brouhaha, des cris et des gens qui fuyaient, Drago ne bougeait plus, face à elle. Et pourtant, elle pouvait sentir la peur lui déchirer le ventre, parce que si aucun des deux ne bougeaient, ils allaient mourir sur place. Mais il restait, parce qu'elle ne voulait pas partir et qu'il ne partirait pas sans elle.

- Je ne te crois toujours pas, répéta Hermione d'une voix accusatrice. Et si c'était un piège ?

- Granger, le toit est littéralement entrain d'être détruit, tu les entends aussi bien que moi. C'est une attaque, tu ne peux plus en douter.

- Peut-être qu'ils nous attendent juste dehors et que tu étais une part de leur plan.

Drago se contenta de la fixer, comme souvent. Il y avait quelque chose de désespéré dans la façon dont il la regardait.

- Ce n'en est pas un, s'il te plaît, viens.

Il lui tendit la main, calmement, mais elle ne bougea pas. Ils étaient au troisième étage, les pas effrayés qui dévalaient les marches s'éloignaient de plus en plus d'eux, les cris leurs parvenaient étouffés.

- En trois mots, tu as réussi à faire fuire l'intégralité de l'Ordre du Phénix, mais je ne te crois pas, pourquoi tu les protégerais ?

- Tu sais que j'ai raison, viens, viens ils vont arriver, je te promets que je n'ai pas menti.

Elle croisa ses yeux gris, impénétrables qui la transpercèrent. Comment savoir ce qu'il pensait derrière ces pupilles glacées qui la brûlait ?

- Mais pourquoi tu es venu nous prévenir ? demanda-t-elle en reculant de quelques pas, méfiante.

- Pour toi. Je veux te sauver, Granger.

Ça la frappa au cœur. Mais elle n'arrivait plus à savoir si c'était parce qu'elle se rendait compte qu'il ne changeait pas, qu'il faisait passer ses intérêts avant tout - même si ici ses intérêts, c'était elle - ils ne les avaient pas prévenu pour le geste et la cause, ou si c'était parce qu'il avouait là, sans ciller, tout près de la fin du monde, qu'elle comptait à ce point.

Soudain, le toit s'ébranla de nouveau et ils se rendirent compte qu'ils n'entendaient plus rien. Si, les coups et sorts lointains des Mangemorts, mais plus de cris effrayés ni de directives autoritaires. Tout l'Ordre du Phénix avait disparu.

- On y va, trancha simplement Drago.

Qu'elle accepte ou non, il arrêtait d'essayer de la convaincre. De gré ou de force, ils s'en iraient tous les deux.

La seconde suivante, il lui attrapait le bras et la traînait dans les escaliers. Hermione n'eu pas le temps de réagir que, déjà, ses pieds tapaient contre les marches. Elle se reprit assez vite et se mit à courir à son tour.

- Lâche-moi, Malefoy, je sais courir.

- Je m'en doute, répondit-il essoufflé alors qu'ils dégringolaient les marches, mais pas assez vite !

- Tu m'as demandé de te faire confiance, cria-t-elle en luttant pour garder le rythme, à ton tour ! Lâche-moi, tu me gênes.

Drago serra la mâchoire, puis, serra son bras, comme une dernière recommandation, avant de la lâcher. Au-dessus d'eux, le plafond s'ébranlait violemment et commençait à tomber par morceau. Quelques secondes encore à discuter, ils auraient été morts. Il félicita son instinct de survie et continua à courir, essayant de ralentir pour elle.

Contre toute attente, une petite main se glissa dans la sienne. Il la serra immédiatement dans la sienne, de peur qu'elle change d'avis. Une force qu'il ne connaissait pas sembla pousser en lui, guider ses pas et il allait de plus en plus vite, l'entraînant. Elle avait attrapé sa main.

Ça suffisait, il avait des ailes, le monde à ses pieds, le monde dans sa main.

Ils dévalèrent les escaliers, manquant à plusieurs reprises de tomber. Enfin, ils arrivèrent devant la porte sains et saufs, au moment même où le toit craquait dans un bruit dos sous les assauts des Mangemorts.

L'adrénaline mordit Drago de toute ses forces et il enfonça la porte d'entrée sans réfléchir, tirant Hermione dehors. Elle s'accrochait à sa main comme si sa vie en dépendait et peut-être que quelque part, c'était le cas.

Dehors, c'était un massacre. Une moitié des Mangemorts avait renoncé au toit pour s'attaquer aux membres de l'Ordre qui s'échappaient par la porte. Les sorts fusaient de toutes parts, des éclats de vert et de rouge qui s'emmêlaient, se heurtaient. Plusieurs membres avaient déjà transplané, le reste de débattait férocement. Les rues semblaient plus grises que jamais et le froid du matin gelait les joues d'Hermione.

Il lui semblait maintenant que Drago serrait plus fort ses doigts. Ils n'avaient plus besoin de mots pour se réconcilier. Mais dans quelques secondes, ils allaient devoir bouger à nouveau, se mêler au champ de bataille ou l'éviter à tout prix. Et chacun de nouveau aurait un avis opposé.

Drago repensa au moment où il l'avait embrassée - où plutôt où il avait effleuré ses lèvres - quelques heures plus tôt. Il avait fait ça parce qu'il était persuadé de mourir. Ou peut-être que sa peur de savoir qu'il devrait à nouveau faire face à son propre camp l'avait fait imaginer le pire. Dans tous les cas, il se rappela précisement de ce qu'il avait ressenti en passant la porte de cette petite bibliothèque.

Il avait tellement peur qu'il sentait même son cœur trembler.

Le visage de Yaxley se retournant vers lui n'arrangea rien. Pire que son œil, c'était la rage qui déformait ses traits. Déjà, le Mangemort fondait sur eux. Drago aurait mis sa main à couper que c'était eux deux qu'il cherchait depuis le départ.

- Je vais le retenir.

- N'importe quoi, s'écria-t-elle, alarmée. Tu sors du quartier général à côté de moi, ils ne croiront jamais en ta bonne foi !

- J'aurais plus de simplicité à les convaincre que je suis l'un des leurs que toi, se moqua-t-il avant de reprendre sérieusement. Va t'en.

Elle s'accrocha encore plus à sa main et pour la première fois, il voulut tellement qu'elle le lâche. Elle secoua ses lourdes boucles dans tous les sens, déversant un flot de paroles qu'il n'écoutait même plus.

- Hermione.

Ça eut le mérite de lui faire relever ses yeux perdus sur lui et de la faire taire.

- Si tu restes, j'ai fait ça pour rien, laisse-moi essayer de faire un truc bien dans ma vie et va t'en.

Elle aurait voulu dire un tas de choses. Mais elle ne savait plus ce qu'il convenait de dire ou non, ce qu'il fallait qu'elle dise et pourquoi. Les mots, ça avait toujours été sa force. Elle savait trouver les mots justes, elle savait encourager et aider par ses mots.

Mais Hermione savait aussi quand il fallait se taire.

Lèvres pincées, elle abdiqua. Puis, elle se rapprocha un peu de lui et n'eut qu'une seconde d'hésitation avant de poser ses lèvres sur sa joue. C'était rapide, fragile, et il serra sa main encore plus fort avant de la lâcher.

Elle partit en courant, sans se retourner. Drago sentait déjà son courage faiblir au moment où il en aurait le plus besoin. Yaxley approchait et il serrait les dents, jointures blanches autour de sa baguette, tentant de faire abstraction de sa peur, ne pensant qu'à Hermione.

Mais quand le sortilège de torture l'atteint en plein ventre, l'abstraction ne suffit pas et il s'écorcha la gorge. Ça allait être plus difficile que prévu.


Hermione n'avait même pas pensé à pleurer, même pas eu le temps, bien que son cœur la lacère. Il savait qu'elle devait avoir mal mais elle-même ne savait plus très bien pourquoi.

C'était trop tard pour Drago, la seule chose qui comptait à présent c'était de s'en sortir.

Elle courait à présent, s'éloignant le plus possible de la bataille tout en cherchant Ron et Harry du regard. Ils étaient là, quelque part, c'était certain. Ils avaient dû quitter leur chambre ensemble et devait l'attendre quelque part. Ils avaient décidé d'aviser quoi faire à la fin de l'attaque, selon les résultats de l'évasion. Ou du massacre.

- Hermione !

La voix retentissante de Ron brisa le matin. Il courait vers elle, le visage écrasé par une rage qu'elle ne comprit pas tout de suite.

- Baisse- toi !

Sans réfléchir, elle croisa ses bras au-dessus de sa tête et s'accroupit. Elle sentit l'ombre du sort qu'il lança passer au dessus d'elle et elle tourna légèrement la tête, jusque à temps pour le voir heurter un Mangemort de plein fouet. La seconde suivante, Ron était à ses côtés et tirait sur son bras pour qu'elle se relève.

- Tu étais où ? lança-t-il lorsqu'elle se fut redresser. T'es sortit après tout le monde et Malefoy n'était pas loin en plus.

- J'ai eu du mal à descendre trop vite les escaliers, le vertige. Et je n'avais même pas vu Malefoy.

Merlin qu'elle mentait mal, s'appliquant à détourner le regard. Ils se trouvaient un peu à l'écart de la bataille qui rapetissait petit à petit. Mais toujours au milieu de la grande rue.

Ron la fixa bizarrement avant d'accepter son mensonge et de lui lancer :

- Viens, Harry nous attend.

Elle hocha la tête et le suivit, jetant de temps en temps des petits coups d'œil à ce qu'il se passait derrière eux. Mais à ce stade, il était impossible de distinguer quiconque. Surtout au milieu de l'amalgame de couleur qui s'écrasait sur les murs.

- Où est Will ? cria-t-elle à Ron.

- Il va bien, Tonks l'a emporté avec lui chez sa mère. C'est là que Remus et elle vont se réfugier, elle me l'a dit hier.

La réponse rassura Hermione alors qu'ils tournaient à l'angle d'une minuscule rue. Harry était là, le dos appuyé contre un des murs. Il leur jeta un regard furtif avant de se redresser. Ron avait de nouveau le visage sérieux, le ton aussi :

- On va où maintenant ?

- J'ai laissé les plans dans la chambre, bêtement. Il faut qu'on se dépêche avant que quelqu'un ne tombe dessus. On y réfléchira autre part, s'écria Harry.

Il tourna aussi les talons mais ne fit pas trois pas qu'il s'écroula par terre.

- Harry ! cria Hermione alors qu'ils se précipitaient vers lui. Harry, ça va ?

Le visage tordu dans une grimace de douleur, le garçon aux yeux verts porta sa main à son front, ne remarquant même pas qu'il tremblait. Ron lui serra l'épaule pour lui donner un peu de courage, peut-être pour s'en donner aussi.

- Il sait, articula difficilement Harry qui se relevait en titubant. Il sait et c'est trop tard pour les plans. Il faut aller à Poudlard.

Hermione sentit sa gorge se nouer et son visage prit un air grave. Ron renforça sa poigne sur l'épaule de Harry, soudain très pâle.

Ils se regardèrent et ils surent. Il surent que c'était maintenant, l'avenir du monde sorcier sur leurs épaules.


Au dernier moment, j'ai rajouté les heures comme un compte à rebours vers l'heure de l'attaque. Et puis aussi parce que comme je me perdais moi-même dans la chronologie, je me suis dis que ça vous aiderait.

On voit plus le point de vue de Drago alors qu'au départ j'étais plus centrée sur Hermione. J'ai aussi ajouté ce petit passage avec Ginny que je n'avais pas prévu au départ, j'espère que ces petits changements vont ont plu...

Le prochain chapitre va être trèèèès long je pense. À bientôt !

N'hésitez pas à laisser une review ;)