Chapitre 7

JUVIA

- Gajeel ?

Je risque ma tête par l'entrée de sa chambre. Comme à son habitude, il laisse sa porte grande ouverte. Je crois que c'est le seul être humain au monde qui se fiche royalement de partager son espace privé avec le couloir. Alors que moi, au contraire, cette idée m'est insupportable.

Il n'a pas l'air de m'avoir remarqué et, nonchalamment allongé sur son lit en train de jouer à sa console, il a ses écouteurs enfoncés dans ses oreilles. La sans-gêne que je suis cogne alors un grand coup dans le bois de sa porte. Mon raffut le signale de ma présence et il fronce ses sourcils dans ma direction. Je lui offre mon plus beau sourire en retour mais il est loin d'être séduit. Il retire juste un écouteur et retourne à sa partie.

- Tu veux quoi ?

Il doit être de bonne humeur pour m'accorder autant d'attention. Je saisis l'occasion et prends place sur la chaise roulante de son bureau.

- Tu as déjà été amoureux ?

Son doigt dérape et ce sursaut influence sa partie en cours. Il me semble même entendre un léger « game over ». Mon frère se redresse brusquement et, ne sachant pas comment prendre l'expression mi- interloquée mi- en colère qu'il m'offre, je lui lance :

- C'était un Pokémon ? Je m'arracherais une dent pour que la petite souris te le rende.

Il soupire, exaspéré ou épuisé je ne sais pas trop, et repose sa console un peu plus loin.

- Tu viens me faire chier pour des conneries pareilles ? T'as cru que j'étais ton horoscope ?

Je gonfle mes joues, n'ayant aucune autre répartie pour exprimer mon mécontentement avec classe. Face à des parents trop curieux, des jumeaux trop jeunes et deux autres grands frères soit trop absent ou trop présent, Gajeel m'était apparu comme la meilleure option. Je réalise maintenant que c'est tout juste la moins pire… Mais je refuse de m'avouer vaincue !

- C'est pas des « conneries », juste de la curiosité. Tu en as eu plein des petites amies, je viens juste demander conseil aux plus expérimentés.

- Et pourquoi cette curiosité ?

- Euh, je voudrais juste tomber amoureuse avant d'avoir mon bac.

Même si mon frère n'est pas aussi envahissant que nos parents, je sais qu'il est capable d'enquêter sur moi si jamais je laisse sous-entendre quoi que ce soit. Il arque un sourcil.

- C'est tout ?

- C'est tout.

- Les chansons niaises de ton gars t'ont niqué le cerveau.

- Eh ! je m'offusque. Tu devrais être flatté que je sois venu me recueillir auprès de toi ! Et insulter Icemaker n'est pas la meilleure façon de me prouver ta gratitude.

Je ne peux m'empêcher de penser à Grey et ce qu'il s'est passé ce matin, en cours de philosophie. Pourquoi est-ce que cette idée me rend si heureuse ?

- T'es bizarre… Enfin, plus que d'habitude.

Gajeel s'appuie contre le sommier de son lit avant d'ajouter :

- Mais bon. Vu que tu partira pas avant d'avoir fini de me faire chier avec…

Je me tais subitement et tend l'oreille le plus possible. Un bref silence prend place, avant qu'il ne se décide enfin à parler de nouveau :

- Alors déjà j'ai pas eu un tas de copines. La majorité étaient des plan-culs. Faut que tu saches que c'est vachement différent. Je crois qu'il y en a que deux que j'ai vraiment kiffé.

- Tu crois ?

- On n'a pas été ensemble assez longtemps pour que je puisse en être sûr, répond-il en haussant les épaules, mais c'était différent avec elles. Je tolérai davantage leur présence, je l'appréciais même. Quand t'aimes quelqu'un, l'entendre rire te suffit. Puis t'as tous ces délires de papillons ou de cœur tout à coup asthmatique mais tu dois t'y connaître avec tous les bouquins lourds de ta pote.

Il fait allusion à Meldy, à qui j'emprunte souvent ses nombreux livres à l'eau de rose. Elle aime bien lire ce genre de choses, et moi aussi d'ailleurs.

Mais pour une fois, je ne réponds pas à sa raillerie. Je suis beaucoup trop admirative face à ce qu'il dit pour oser le couper dans son élan. Gajeel n'est pas vraiment pudique niveau sentiments, il arrive même assez facilement à faire comprendre ce qu'il ressent. Mais c'est toujours bref et concis. Alors que là, il prend son temps et, cerise sur le gâteau, il a l'air totalement sincère. Je n'en reviens pas que ce soit moi qui aie réussi à le mettre dans cet état.

- L'amour c'est pas évident, souvent parce que tu ne veux pas l'admettre toi-même. Mais tu te rends peu à peu compte que cette personne est spéciale et importante pour toi.

Je médite sur ses paroles, les yeux baissés vers mes pantoufles.

- C'est qui ?

Je relève soudain le regard, interloquée.

- C'est qui ? il réitère.

- Qui « qui » ? je fais sottement.

- Le gars que tu crois kiffer.

Je me crispe sur mon siège. Je redoute alors qu'il m'ait grillé. Je me redresse brusquement, un énorme sourire aux lèvres.

- Personne !

Et déterminée à écourter cette conversation, je fuis sans demander mon reste en refermant la porte derrière moi, par réflexe. Avec un peu de chance, je ne me suis pas faîtes griller. Je m'en vais me réfugier dans ma chambre, trois portes plus loin.

Une fois à l'intérieur, la première chose que je croise c'est un regard profond aux reflets violets. Je souris en admirant une énième fois le poster accroché sur le mur qui fait face à l'entrée. Cette affiche m'a été offerte par Erza, l'an dernier, pour me consoler de n'avoir pas pu assister aux concerts de Icemaker qui avait eu lieu durant les épreuves anticipées. On y voit le chanteur en train de poser, un micro à la main, et la veste sombre ouverte, sans aucun t-shirt en dessous. Oui, je le conçois c'est un peu osé comme image mais mes colocataires ont vite fait de s'habituer. Surtout qu'en fait, ma chambre entière est déjà imprégnée de sa présence.

Dans chaque recoin, on trouve des images, CD, livres et même peluches à son effigie. Je baigne dans cet environnement divin depuis trois longues années, depuis qu'il est entré dans ma vie après avoir été séduite par une de ses chansons qui été passée à la radio. Il est mon idole depuis, une figure que j'admire et que j'admets souvent idolâtrer plus que nécessaire.

Du coup il ne te plaît pas, pas même un minimum ?

Je lève les yeux vers la photo en grand format que je scrute durant de longues secondes. Je me souviens que la première fois que j'avais vu une image de lui, je croyais que le violet était sa couleur de yeux naturelle. Je sais maintenant que ce n'est que le reflet qu'il souhaite renvoyer au média, en dissimulant sa véritable apparence derrière tout ce maquillage qui noircis la moitié de son visage. Avec Grey, c'est la première fois que je peux admirer la véritable couleur de ses yeux qui est infiniment plus belle. Après il reste beau que ce soit en Icemaker ou en lycéen. Quoiqu'en dise et de manière totalement objective, il est très attirant.

Mais est-ce que ça me suffit pour me faire éprouver des sentiments à son égard ?

Sur terre, il est ce qui se rapproche le plus de la perfection à mes yeux. Au-delà de son physique à tomber, il a plusieurs fois fait des dons auprès des institutions qui en avait le plus besoin. Il est généreux et ne s'en est jamais vanté. Il n'aime pas beaucoup parler de sa vie privée. Et même si le peu d'informations personnelles qui circulent sur lui pourraient lui faire défaut, je dois avouer que ce bout de mystère m'a toujours fasciné.

Mais même avec toutes ces certitudes que j'ai le concernant, je dois me rendre à l'évidence : je ne connais rien de qui il est vraiment. Je n'idolâtre que cette aura à la fois divine et charismatique qu'il dégage sur scène ou sous les projecteurs. L'humain qui se cache derrière toutes ces lumières, je viens à peine de le rencontrer.

Je souris en réalisant que ça rien de tout ça ne m'empêche pas d'être heureuse quand je pense à lui. Et ça me suffit.

- Pas besoin d'être amoureuse, pas vrai ?

/

- Je propose Prison Break.

- Non, faut faire plus original que les autres ! Mieux vaut prendre le cirque.

- On aura l'air de quoi avec une perruque ?

- Je peux jouer Zendaya ?

Assise en tailleur sur les tapis du gymnase, j'observe en silence mes coéquipiers se disputer le thème à choisir pour l'acrosport. Meldy et Mirajane ont vraiment du mal à se mettre d'accord alors qu'Erza et notre cinquième recrue, Freed, font des commentaires plus ou moins utiles. Pour ma part, je ne me sens pas d'attaque à supporter un tel débat et me tourne donc vers les autres groupes.

Certains semblent en parfaite symbiose tandis que d'autres bavardent gaiement. Comme ce n'est que le premier jour, personne ne ressent vraiment la pression de la première épreuve du bac de sport. Je me tourne alors vers le groupe de Grey composé de Loki, Lucy, Natsu, Gajeel et Levy. Pour peu, je serais presque jalouse, tant l'envie d'être avec mon chanteur me démange. J'avais voulu lui demander, au moment de faire les groupes, mais au milieu de tout ce monde je m'étais sentie affreusement gênée. Et avant même de trouver le courage nécessaire pour m'avancer vers lui, Natsu l'avait déjà choisi. Il m'est encore impossible de décrire l'étendue de ma frustration mais au moins, je suis avec mes amies.

Cependant, même si on est en sport, Grey n'a pas enlevé ses lunettes. Je me demande même s'il osera le faire un jour. A-t-il assez confiance aux membres de son groupe ? Peut-être que Loki n'est pas le seul à connaître son secret finalement. Mon frère aurait-il été mis dans la confidence ? Je me pose très sérieusement la question. Mais plus j'y pense, plus ça me semble ridicule. La présence de Grey ici est classé secret défense, il n'irait sûrement pas le crier sous tous les toits.

Et comme s'il avait senti mon regard posé sur lui, le fantôme de mes pensées lève son magnifique visage dans ma direction. Prise de court, je manque de détourner le regard mais je ne peux me résoudre à manquer un moment pour l'admirer. Je lui souris et lui fait un signe de la main. Il ne me rend aucunement mon amitié et repose les yeux sur Natsu se disputant avec Gajeel, comme s'il ne m'avait pas vu. Son ignorance me blesse, mais je me ressaisi vite. Peut-être est-il simplement fatigué.

- Juvia !

Je lève les yeux vers Erza.

- Oui ?

- Tu tranches ?

- Hein ?

- Mirajane et moi sommes pour que nous jouions les détenus, m'explique Freed. Erza et Meldy sont pour le cirque. Tu choisi quel camp ?

- Réfléchis bien ! m'encourage Meldy.

Je ne sais plus où me mettre, tiraillée entre deux choix qui séparent mon groupe. A vrai dire, je ne voulais pas vraiment participer à cette décision, prête à me soumettre à n'importe laquelle de leur décision. Le sport n'est pas ma matière de prédilection alors je ne me sens pas vraiment légitime de choisir. Néanmoins, je fais fi de mes états d'âmes et réponds, presque mal à l'aise :

- Euh, pourquoi pas American Nightmares ?

- Hein ? fait la rose qui s'attendait sûrement à ce que je penche en sa faveur.

- Le film ? C'est intéressant, avoue Mirajane. Je n'y ai pas pensé.

- Ça peut être drôle ! sourit Erza. J'ai déjà plein d'idées !

- Va pour ce thème, acquiesce Freed.

- Meldy ? je l'appelle.

Cette dernière, assise en tailleur, croise les bras contre sa poitrine.

- Je n'y aurais pas forcément pensé, commence-t-elle, mais c'est plutôt une bonne idée. Même si on a encore deux semaines pour totalement valider ce choix, je suis preneuse.

Je souris de toute mes dents, heureuse d'avoir finalement pu servir à quelque chose. Nous nous penchons alors vers nos feuilles et passons le reste de la séance à essayer d'imaginer les différentes poses et enchaînements que composera notre représentation.

Quant à moi, je ne me tourne plus vers Grey jusqu'à la fin de la journée.


Bonsoirr le peuple ! Heureuse de revenir par ici perso hehe

J'aime bien ce chapitre parce qu'il précise une chose essentielle : il n'est pas encore question d'amour. Et ce, même si le comportement de Juvia est très assez ambigu mdr

Mais ce n'est pas pour autant que son attention n'est pas importante pour notre belle bleue, et elle fera tout son possible pour l'avoir. Espérons juste que Grey arrive à se décoincer un peu XD