Voici mon chapitre préféré et certainement le plus long pour cette histoire. Je n'en dis pas plus, je vous laisse découvrir.
Chapitre 7 : Vous parlez russe ?
15 Février 1998
« Professeur Xavier ? Nicholas Fury à l'appareil. Comment allez-vous ? Mon agent de liaison vous apporte-t-il toute satisfaction ? Je vois. J'en parlerai avec lui. Vous vous doutez bien que ce n'est pas un appel de courtoisie. J'ai un service à vous demander. Rien qui ne concerne les X-Men, pas directement du moins. Je voudrais vous envoyer une nouvelle recrue très spéciale. Je vous envoie en ce moment son dossier par fax. Prévoyez-vous de vous raccorder à Internet dans les prochains mois ? Pardonnez-moi, je digresse. Avez-vous reçu le dossier ? Bien. Elle sera méfiante, comme vous pouvez l'imaginer, mais je sais que l'école est le meilleur endroit pour sa première mission. Évidemment, elle ne sera pas une seconde agente de liaison, elle sera une élève. Je vous laisse compulser son dossier plus attentivement, appelez-moi si vous avez des questions, ou si vous voulez organiser les choses différemment. Une dernière question néanmoins : vous parlez russe ? »
18 Février 1998
Le SHIELD mettait ses nerfs à rude épreuve. Que disait-elle ? Le SHIELD la mettait à l'épreuve tout court. Elle savait qu'elle avait quelques gages à donner pour montrer sa bonne foi, mais elle ne pensait pas qu'ils iraient aussi loin dans l'humiliation.
Pourtant, lorsqu'elle avait accepté de suivre l'agent chargé de la tuer, elle avait fait preuve d'une confiance hors norme, un acte de foi totale. C'était au SHIELD de s'en montrer digne, or jusque là, elle n'en avait pas l'impression.
Elle avait montré patte blanche de nombreuses fois. D'abord, comme elle s'y était attendue, elle avait été mise en quarantaine. Des médecins avaient pratiqué sur elle une batterie d'examens parfois très invasifs, pour déterminer si elle n'était pas un mouchard géant, un ver rouge qui tenterait d'entrer dans la pomme occidentale. Elle s'était laissée faire, malgré l'humiliation ressentie. Puis elle avait été débriefée, encore et encore. Tout d'abord, elle était repassée devant l'agent qui l'avait ramené aux Etats-Unis, Barton. Ses questions étaient restées professionnelles, mais il savait aussi y mettre une touche d'humour, ce qui l'avait un peu déstabilisée au départ. Puis, un autre agent avait pris le relai, en costume, dont le crâne semblait se dégarnir à vue d'œil, il était le prototype parfait de l'agent américain. Il cachait un tempérament autoritaire derrière un flegme à toute épreuve, et elle devait admettre qu'il l'avait un peu impressionnée. Enfin, elle avait été débriefée par le Directeur Fury lui-même. Légende parmi les légendes, son palmarès d'espion était si spectaculaire que la Chambre Rouge dispensait une formation spéciale à propos de lui, pour mettre ses recrues en garde.
Elle n'avait pas eu peur. Elle n'avait eu peur d'aucun d'eux. Elle n'avait plus peur des hommes depuis longtemps, depuis qu'elle savait qu'ils ne vivaient que parce qu'elle en avait décidé ainsi.
Après les examens physiologiques et médicaux, après les différents débriefings, ce furent au tour de ses capacités d'être testées. Étonnamment, elle avait retrouvé Barton pour cette partie, ainsi que l'agent au crâne chauve, Coulson, tous deux missionnés pour la garder à l'œil et la mettre en confiance, comme un animal sauvage qu'on tente d'apprivoiser. Elle ne leur en tenait pas rigueur, cela faisait partie du jeu.
Évidemment, elle avait passé tous les tests haut-la-main. Combat au corps à corps, tir de précision, gymnastique (elle avait eu une préférence pour ce test-là), maniement des armes blanches, et même tir à l'arc, après insistance de Barton.
Tout le processus avait duré deux semaines. Elle avait rencontré des psychiatres, des médecins, des agents, des secrétaires, des infirmiers, des armuriers, des psychologues, et tellement d'autres professions. Elle avait prouvé encore et encore qu'elle voulait se racheter, qu'elle était capable de se battre pour ce qui était bien, même si cette notion était encore floue dans sa tête. Elle voulait démontrer qu'ils n'avaient pas à se méfier d'elle – ou en tout cas pas de manière active, elle avait bien conscience que personne ne faisait confiance à personne dans ce milieu – qu'elle pouvait être leur as dans la manche, le poison dans leur bague creuse, la dague dans leur chaussette.
Alors qu'elle pensait avoir réussi, le SHIELD lui imposait une dernière épreuve.
« Bonjour, les salua une grande femme blonde aux cheveux ondulés coupés aux épaules. Je suis Eve Doe, la gestionnaire de l'école Xavier pour enfants surdoués. Vous devez être l'agent Barton et Natalia. »
Elle se rembrunit aussitôt, vexée. Elle était une agente aussi ! Elle avait passé tous les tests avec succès ! Pourquoi tout le monde continuait à l'infantiliser ?
« Natasha, corrigea-t-elle le plus aimablement possible, en ravalant les paroles insultantes qui lui venaient en tête.
- Je pensais que ton nom était Natalia, je te prie de m'excuser, répondit la femme affablement.
- Je préfère Natasha, insista-t-elle fermement.
- Natasha est la version informelle de Natalia, indiqua poliment Barton. Une coutume russe.
- Très bien Natasha, capitula Eve Doe. Si vous voulez bien me suivre, le Professeur Xavier vous attend dans son bureau. »
L'endroit était impressionnant. Le Manoir alliait avec plus ou moins de finesse et d'élégance le moderne et l'ancien, donnant un air anachronique à l'endroit, un lieu où s'illustraient les conflits générationnels. Les essences précieuses et les moulures dorées à l'or fin côtoyaient le plastique et l'aluminium dans un joyeux capharnaüm rappelant que l'endroit avait perdu sa fonction première de signe distinctif d'un statut social élevé, et était désormais une école pour réprouvés.
Barton et elle suivirent la gestionnaire à travers les couloirs et escaliers, dans un petit dédale construit au fur et à mesure des années et des générations de Xavier qui s'étaient succédées. Évidemment, rien qui ne puisse la perturber, son sens de l'orientation était à toute épreuve. Si Natasha avait bien compté, et elle était plutôt sûre d'elle, il y avait un rez-de-chaussée, trois étages, un grenier et très probablement un sous-sol. Si les informations dont elle disposait étaient exactes à propos de l'école, le sous-sol était gigantesque, pouvant accueillir un petit avion qui servait aux missions des X-Men. Elle ne connaissait pas grand chose de cette équipe de mutants, n'ayant jamais eu à travailler sur le sujet, ses informations étaient parcellaires au mieux.
Après de longues minutes de marche dans les couloirs centenaires, ils arrivèrent devant la porte d'un bureau siglé « direction », et Eve Doe les fit entrer.
« Bienvenue à l'école Xavier pour enfants surdoués, dit un homme chauve proche de l'âge de la retraite. Je suis le Professeur Charles Xavier. Entrez, asseyez-vous, je vous en prie. »
Il désigna deux chaises à l'air confortable d'un geste invitant.
Natasha avança dans la pièce, d'un pas assuré, la tête haute. Elle allait vivre cette humiliation comme si c'était elle qui en avait eu l'idée. Le bureau était rempli de bibelots qui pourraient faire de parfaites armes contondantes si la situation le demandait. Elle avait déjà repéré que la façade du bâtiment lui permettrait une escalade aisée, plus sécurisée que de passer par les couloirs et se frotter à des mutants aux pouvoirs inconnus.
Rassurée par son analyse rapide de la situation, elle prit place sur la chaise recouverte de chintz qu'on lui désignait, et s'obligea à sourire complaisamment au Directeur de l'école.
« As-tu compris pourquoi tu étais ici, Natasha ? demanda-t-il sans perdre son air bénévolent tout à fait irritant. »
Ce ton trop doux, trop gentil, hérissa la jeune fille, mais elle se força à garder le sourire. C'était un autre test, qu'elle devait passer, réussir, pour intégrer le SHIELD.
« Le Directeur Fury pense que je suis encore trop jeune pour intégrer l'Académie du SHIELD. Il veut que j'aille à l'école. »
Son ton à elle pouvait largement être meilleur, une pointe de sarcasme avait percé dans sa voix. Elle devait encore faire des progrès pour cacher totalement ses pensées personnelles, se dit-elle.
« Oh, tu peux essayer de camoufler tes pensées. Je les entendrai quand même. »
La voix dans sa tête la terrifia. Pendant un instant, elle s'oublia. Ses yeux s'arrondirent, sa bouche s'entrouvrit et elle perdit le peu de couleurs qu'elle avait sur le visage, faisant ressortir ses cheveux roux de manière incroyablement tranchée. Heureusement, elle parvint à se contenir rapidement, d'une part parce qu'elle avait reconnu la voix du Professeur, et d'autre part parce qu'elle le devait. Test à passer.
« S'il vous plaît Professeur, demanda-t-elle de sa voix la plus charmante, celle qui faisait fondre toutes ses cibles. Pouvez-vous ne pas entrer dans ma tête ? »
Barton se tourna vers elle, surpris, les sourcils froncés, tandis que Xavier laisser échapper un petit rire amusé.
« Pour cela, il faudra penser moins fort. Mais soit, je vais laisser tes pensées tranquilles, à une condition. »
Une condition, c'était un terrain connu. Que devait-elle faire ? Elle doutait que sa demande soit un contrat d'exécution, il ne semblait pas être le genre de personne à vouloir la mort de son prochain, et elle était de plus en plus douée pour lire la personnalité des gens. De la même manière, il devait lui être facile de récupérer une information, le don de télépathie devait être beaucoup plus efficace que tous les mouchards du monde. Peut-être voler un objet ?
« Je voudrais, et je sais que l'agent Barton et le directeur Fury sont d'accord avec moi, que tu restes ici, que tu vives une vie d'adolescente la plus normale possible, et surtout, que tu ne mentes pas sur toi-même, sur ce que tu ressens, sur ce que tu es. Si quelque chose te dérange, dis-le. Si tu te sens mal, ou triste, dis-le. Il y aura toujours une oreille attentive quelque part dans le Manoir, et personne n'ira répéter tes paroles, ni aux autres, ni au SHIELD. C'est ma condition : pas de mensonge.
- Oui Professeur, dit Natasha avec le plus de conviction possible. »
Évidemment, personne dans la pièce ne fut dupe une seule seconde, même Barton ricana. Elle aimait bien Barton. Il la prenait au sérieux, peut-être parce qu'ils avaient été à deux doigts de s'entretuer, et qu'il était douteux qu'il ait jamais eu le dessus durant leur affrontement.
« Merci Natasha, la remercia le Professeur avec le même sourire bienveillant. Je voudrais vérifier avec toi quelques détails pour ton inscription, c'est une procédure normale, puisque de normalité il s'agit à partir de maintenant. Eve, puis-je avoir le dossier de Mademoiselle Romanoff, s'il te plaît ?
- Tout de suite Professeur, répondit la Gestionnaire. »
Natasha était mitigée à propos de cette femme. Elle semblait tout droit sortie des années 1980 avec sa jupe crayon et ses cheveux blonds ondulés à la coiffure un peu désuète, mais elle irradiait de quelque chose que Natasha n'arrivait pas à définir. Etant donné l'endroit où elle travaillait, la jeune fille se doutait qu'elle devait avoir des pouvoirs, ne pas savoir lesquels l'insécurisait un peu.
Eve Doe tendit un dossier administratif en carton brun au Professeur qui la remercia gentiment.
« Alors, commença-t-il en ouvrant le document et en saisissant un stylo. Tu t'appelles bien Natalia, dite Natasha, Alianovna Romanoff ?
- Oui Professeur. »
Bon, cela avait en effet l'air d'être de la routine.
« Tu es née à Stalingrad.
- Oui Professeur. En tout cas, c'est ce qu'il y avait sur mon dossier du KGB.
- Tu ne sais pas si c'est vrai ? questionna Xavier en levant un sourcil aux poils poivre et sel.
- Je n'ai jamais vécu à Volgograd, expliqua-t-elle en haussant les épaules. »
Ce détail était complètement mineur. Qui cela intéressait qu'elle soit née à Volgograd ou à Saint-Pétersbourg ?
« Volgograd ? s'étonna Xavier.
- C'est le nom de Stalingrad depuis 1961, intervint Barton. La ville a retrouvé son nom d'avant la révolution à la déstalinisation.
- Je vois, marmonna Xavier en notant quelque chose. Et où as-tu vécu alors ?
- Moscou principalement, répondit Natasha. Puis dans la Chambre Rouge, du côté de Omsk. »
Xavier prit à nouveau quelques notes, et reprit la vérification.
« Nous disions donc, née à Volgograd probablement, le 3 avril 1981, tu as donc presque 17 ans.
- Oui, Professeur. »
Xavier posa le dossier sur le bureau et fixa la jeune fille, sans perdre son sourire bénévolent. Elle le lui aurait arraché.
« Nous savons tous les deux que ce n'est pas la vérité. »
A côté d'elle, Barton s'étouffa avec sa salive.
« T'as menti sur ton âge ? toussa-t-il avec incrédulité.
- Quel âge as-tu ? demanda encore Xavier. »
Natasha le fusilla du regard, abandonnant toute tentative de paraître avenante. Elle savait qu'il y aurait un piège, la routine n'existait pas. La routine était dangereuse.
« Presque seize ans, répondit-elle avec aplomb. »
Xavier ne bougea pas, et continua d'attendre. Les tripes de Natasha se serrèrent. Elle échouait au dernier test du SHIELD ! Elle était mise en échec par ce vieil homme trop gentil !
« Presque quinze, dit-elle du bout des lèvres. »
L'ambiance s'était considérablement tendue. Elle fixait le Professeur droit dans les yeux, avec tout le sérieux qu'elle ressentait, sans bouger le moindre muscle. Elle était prête à se défendre s'il le fallait, y compris physiquement. Elle était plus que consciente de la présence de la Gestionnaire dans son dos. Tout ceci avait de plus en plus l'aspect d'un piège rondement organisé par Fury et Xavier.
« Souviens-toi de ma condition, dit le Professeur. Pas d'espionnage télépathique si tu es honnête. »
Natasha serra les dents et les poings sur ses genoux. Cela prenait une tournure d'interrogatoire, et elle n'aimait pas cela. Elle avait été formée à ne rien lâcher sous la pire des tortures, elle savait mentir mieux que personne, et ce type entrait dans sa tête pour débusquer la vérité ! Elle n'avait pas suivi tout ce parcours pour rien !
« Je ne mens pas. »
Son ton était parfait. Sérieux, ferme et légèrement indigné, elle était la plus crédible des menteuses. Même son rythme cardiaque n'avait presque pas bougé, un détecteur de mensonge n'y aurait vu que du feu.
« Oh, si tu veux jouer sur les mots, nous pouvons jouer, sourit Xavier. Que veut dire 'presque' dans ce cas ? Dans un an ? deux ans ? »
Encore une fois, l'envie d'arracher ce sourire bienveillant la chatouilla, mais elle devait se contenir. C'était un test, et elle échouait ! Elle qui n'avait pas échoué depuis son entrée dans la Chambre Rouge, elle échouait misérablement face à un vieillard en fauteuil roulant ! C'était humiliant !
« Je t'écoute, insista Xavier.
- J'ai presque quatorze ans, lâcha-t-elle finalement, ulcérée. »
Barton s'étrangla à nouveau, de rire cette fois.
« Quand je vais dire à Coulson et Fury qu'ils sont passés à côté de ça ! ricana-t-il. Ca va me faire un petit moyen de pression sympa à utiliser !
- Agent Barton, le chantage n'est pas un exemple à donner à une enfant.
- Je ne suis pas une enfant, répliqua immédiatement Natasha, insultée. »
Ce rendez-vous était usant. L'ultime test, la dernière exigence du SHIELD se montrait bien plus ardue qu'elle ne l'avait imaginée.
« J'en suis très conscient très chère, répondit le Professeur. Néanmoins, nous souhaitons qu'à défaut de ton enfance, tu puisses profiter de ton adolescence, tout juste naissante. Ce n'est pas une punition, même si tu le vis comme tel. C'est une chance de pouvoir construire ta personnalité loin des exigences des adultes qui voudraient t'utiliser comme une arme. »
Le Professeur retourna à la vérification de routine, sans qu'aucun autre piège ne vienne troubler les réponses laconiques de Natasha. Furieuse de n'être pas prise au sérieux, elle décida de ne plus faire aucun effort, et de ne fournir que les réponses les plus courtes possibles.
Enfin, le Professeur décréta que tout était en ordre, et qu'elle pouvait s'installer dans la chambre qu'Eve Doe allait lui montrer. Il s'agissait d'une chambre double qu'elle devait partager avec une certaine Rogue (un surnom très probablement), qui était plus âgée qu'elle de deux ans et demi, et qui était arrivée à l'école Xavier au début de l'hiver, peu après Noël.
Sur le chemin de la chambre, Eve Doe lui expliqua le fonctionnement de l'école, quels cours étaient obligatoires, lesquels étaient facultatifs, les horaires généraux. Elle lui donna son emploi du temps, une clef pour son placard personnel, puis la laissa avec Barton pour la laisser s'installer à son aise.
« Tu penses t'en sortir ? demanda-t-il un rire dans la voix.
- J'ai connu pire situation, répondit-elle.
- Je n'en doute pas, ricana-t-il sans méchanceté. Je sais aussi que la normalité peut être pesante pour des gens comme nous. »
Elle appréciait vraiment Barton. S'il avait été surpris par son jeune âge, il n'avait fait aucune réflexion, n'avait rien insinué, rien dit qui aurait pu la mettre mal à l'aise ou en colère. Il la traitait d'égale à égal, comme une personne et non comme une gamine ou un objet.
« Je m'en sortirai, dit-elle.
- J'essaierai de passer te voir régulièrement, dit-il avec un sourire. Oui, c'est totalement une mission de surveillance, mais ça me fera plaisir d'avoir de tes nouvelles, Nat'. »
La vérité était qu'elle aussi serait contente de revoir l'agent de temps à autre. Elle sentait que si elle parvenait à devenir un jour ami avec quelqu'un, à faire confiance à quelqu'un, ce serait une personne comme Barton.
« Merci… Clint.
- Hey ! Madame Iceberg fond un petit peu ! »
Barton repartit une petite heure plus tard, laissant Natasha seule dans ce grand lieu inconnu et beaucoup trop peuplé. Pendant sa visite avec Eve Doe, elle ne croisa pas beaucoup d'élèves, mais elle entendit en passant devant certaines salles les professeurs disserter et les élèves poser des questions. La Gestionnaire lui fit visiter le Manoir qui allait l'accueillir pour le reste de l'année, insistant sur les heures de repas et le couvre-feu, puis Natasha remonta dans sa chambre, espérant pouvoir se distraire un peu avant l'heure du déjeuner.
Une distraction pour Natasha n'avait rien à voir avec le moindre jeu vidéo, activité manuelle ou lecture, sauf si cela avait un rapport avec l'entrainement de ses réflexes, l'entretien de ses armes ou la collecte d'informations pour solidifier une couverture. Évidemment, elle n'avait pas eu le droit d'emporter la moindre arme (elle avait néanmoins réussi à glisser une dague qu'elle appréciait beaucoup dans ses affaires), car selon les adultes, elle ne pouvait faire tourner toute sa vie autour de l'espionnage. C'était si ironique venant de personnes comme le Directeur Fury ou l'Agent Coulson.
Apparemment, sa camarade de chambrée avait un faible pour les romans d'amour, la littérature fantastique et les comics de super-héros. Une étagère était pleine de livres et albums aux couvertures racoleuses. Natasha n'avait pas d'intérêt pour tout ça. Elle soupira, essayant de trouver quelque chose à faire, tournant sur elle-même dans la chambre. Son regard se posa sur ses propres affaires, constituées de l'essentiel, des vêtements, des chaussures, ses papiers tout neufs, quelques livres sur la psychologie qu'elle avait déjà lus et retenus.
Elle s'assit sur son lit, le regard tourné vers l'extérieur. Le parc du Manoir était éclatant de neige, qui brillait d'un blanc presque bleu sous le soleil. Elle ne regrettait pas d'avoir fait confiance à Barton, Clint, quand il lui avait proposé de rejoindre le SHIELD. Leur confrontation avait été explosive, littéralement et figurativement. Vingt-quatre heures de jeu du chat et de la souris avaient eu raison de leur désir mutuel de mort, et il avait été clair qu'ils allaient tous deux y laisser leur peau. Barton avait été le premier à lever le drapeau blanc, et Natasha, épuisée et sans renfort possible, avait accepté de l'écouter. Il lui avait fait une proposition délirante qu'elle avait saisie sans vraiment y réfléchir. Cela aurait pu être la pire erreur de sa vie, et pourtant, elle ne regrettait pas son choix.
Le SHIELD avait l'habitude de recruter des agents dans des milieux hétéroclites. D'anciens ennemis, des hackers, des criminels, mais aussi des petits délinquants, des orphelins, le SHIELD était l'agence de la seconde chance et s'attachait la loyauté de ses membres en les sortants des emmerdes.
Le choix de Natasha avait été rapide. Un échec aussi cuisant n'était pas du goût de ses supérieurs, qui n'auraient aucun scrupule à l'éliminer au moindre écart. Certes, elle se faisait peu d'illusion, le SHIELD était tout à fait capable de lui mettre une balle dans la tête s'ils n'avaient pas confiance en elle, mais elle voulait tout de même tenter sa chance.
Elle ne regrettait pas son choix, mais dans cette chambre, elle se sentait plus perdue que jamais. Plus rien n'était comme avant, plus rien ne ressemblait à ce qu'elle connaissait. Pire, on lui demandait de jouer à la parfaite adolescente normale, ce qu'elle n'avait jamais été. Elle pouvait prétendre, bien sûr, elle savait jouer la comédie à la perfection, ses couvertures étaient toujours béton, mais elle savait que ce n'était pas ce qui était attendu d'elle. Le problème était qu'elle ne pouvait pas être normale, elle ne pouvait pas être insouciante, elle ne pouvait pas baisser sa garde. Elle n'avait plus dormi profondément depuis son entrée dans la Chambre Rouge, elle gardait toujours un œil sur la sortie et un autre sur ses potentiels ennemis, elle se sentait nue sans au moins un couteau caché dans ses vêtements et prenait plaisir à entretenir ses pistolets et ses revolvers.
L'ouverture de la porte de la chambre la tira de ses pensées. Son premier réflexe fut de se mettre en position de combat, mais elle se fit violence et laissa ses bras tomber. Elle devait paraître normale, à défaut de se sentir normale.
« Salut ! fit une adolescente à la peau aussi blanche que la sienne et aux cheveux très noirs, éclairés par une mèche blanche encadrant son visage. Madame Doe m'a prévenue que tu étais là. Je m'appelle Marie, mais tout le monde m'appelle Rogue. »
L'adolescente, Rogue, portait des gants en satin, ce qui était bizarre à l'intérieur.
« Natasha, se présenta-t-elle en se forçant à paraître avenante. Je viens d'arriver.
- Bienvenue à l'école ! Le repas va être servi, tu veux venir avec moi ? »
Natasha accepta l'offre et suivit Rogue dans les couloirs. Elles furent rejointes au détour d'un couloir par un jeune homme au regard clair.
« Eh, Rogue ! »
L'adolescente eut un fabuleux sourire et prit la main du garçon.
« Voici Bobby, mon petit-ami, dit-elle. Bobby, c'est Natasha, elle vient d'arriver, on partage la même chambre.
- Super ! Bienvenue ! la salua ledit Bobby avec enthousiasme.
- Merci, répondit sobrement Natasha.
- Bobby n'est plus élève, expliqua Rogue. Il étudie l'informatique à la Hunter Business School.
- Yep, fit-il d'un ton fier. Il paraît qu'être un X-Man ne paie pas les factures. Grâce au Professeur Xavier, je peux loger ici pendant mes études, je n'ai pas tant de factures à payer pour le moment, mais il me faudra bien à un moment un vrai boulot. On va manger ? »
Natasha rencontra tout un tas de gens, dont elle enregistra consciencieusement les noms et surnoms. Rogue lui raconta quelques anecdotes, lui pointa les professeurs les plus 'cools' ou les plus sévères. Après le repas, l'adolescente dit au revoir à son petit-ami qui devait retourner à New-York en cours, et proposa à Natasha de se promener dans le parc. Ne l'ayant pas encore visité, la nouvelle élève accepta.
« Tu n'embrasses pas ton copain ? demanda-t-elle ingénument. Excuse-moi, c'est très indiscret comme question. »
Rogue se rembrunit soudainement.
« Si tu ne veux pas en parler, c'est pas grave, ajouta Natasha. Je comprends que ce soit peut-être un sujet sensible.
- Non, non. Enfin, oui, mais je peux te le dire, après tout, tout le monde le sait. C'est à cause de ma mutation. Quand je touche quelqu'un, j'absorbe son énergie vitale, et s'il s'agit d'un mutant, ses pouvoirs également. »
Immédiatement, Natasha se mit sur ses gardes sans le laisser paraître. Une femme qui pouvait absorber l'énergie vitale de quelqu'un était bien plus que dangereuse.
« Ne t'inquiète pas, il faut un contact direct avec la peau pour que ça fonctionne, continua Rogue en lui lançant un regard désolé. C'est pour ça qu'embrasser quelqu'un peut devenir dangereux. J'ai mis mon premier petit copain dans le coma comme ça. »
Son ton se voulait léger, mais Natasha entendait toute la culpabilité et le mal-être contenu dans ses paroles. Elle posa une main compatissante sur l'épaule, couverte, de sa camarade de chambrée.
« Et toi ? C'est quoi ta mutation ? demanda Rogue d'un ton faussement plus enjoué.
- Je n'en ai pas, répondit platement Natasha.
- Impossible, sinon tu ne serais pas ici, répliqua l'adolescente en fronçant les sourcils. »
Natasha hésita à mentir, mais elle repensa au matin-même, dans le bureau directorial, et choisit de dévoiler une partie de la vérité.
« Je ne suis pas une mutante à proprement parler, mais mes capacités ont été, disons, optimisées. »
Rogue la regarda avec des yeux ronds, la bouche entrouverte. Ce n'était pas un mensonge, elle avait effectivement reçu un entraînement pour optimiser au mieux son potentiel, quitte à l'améliorer à coup de seringue ou de bistouri.
« Comme une expérience de laboratoire ? questionna Rogue dans un souffle interloqué.
- En quelque sorte, dit Natasha qui s'empêcha de grimacer. Ce n'est pas facile d'en parler.
- Tu m'étonnes, compatit Rogue. Et qu'est-ce que tu sais faire alors ?
- Beaucoup de choses, tenta-t-elle d'éluder, mais sentant que sa camarade n'allait pas en rester là, elle continua. Je parle douze langues, je suis plus rapide, plus souple, plus forte, plus résistante, plus intelligente que la normale. Je ne suis pas la plus rapide ou la plus forte, mais toutes mes capacités sont un peu plus élevées que la normale.
- Mais pourquoi quelqu'un a voulu-, commença Rogue avant de s'arrêter brusquement. Oh. Une arme. »
Natasha n'ajouta rien. Rogue avait parfaitement compris. Xavier pouvait être fier d'elle, elle n'avait pas menti.
OOoooOO
Un mois plus tard, elle était toujours à l'école Xavier pour enfants et adolescents surdoués. La vie normale, quoi que veuille dire 'normal' quand on est entourée de mutants, lui pesait. Pour compenser l'absence d'entraînement, elle participait aux activités sportives de l'après-midi et courait le matin avant le début des cours. Elle n'était pas la seule à jogger, d'autres élèves, souvent plus âgés, avaient cette habitude, et lui avaient montré les chemins les moins glissants après le givre de la nuit ou la rosée du matin. La plupart des professeurs entretenaient leurs formes physiques également, et bien souvent couraient avec eux. La Professeure Darkhölme, malgré la soixantaine bien passée, semblait plus rapide que la plupart d'entre eux.
Clint avait tenu sa promesse, et passait voir Natasha aussi régulièrement que possible, une à deux fois par semaine, en fonction de ses missions. Ils discutaient beaucoup. Avec lui, Natasha avait réappris à rire réellement, à blaguer. Elle lui racontait comment elle parvenait avec difficulté à se faire à sa nouvelle (assignation) vie. Il lui rapportait des anecdotes de mission, et lui racontait sa vie à la ferme avec sa toute jeune épouse, deux vies antagonistes qui fascinaient Natasha.
Un matin, Eve Doe informa une partie des élèves qu'un cours surprise allait avoir lieu le lendemain après-midi, sur le terrain de basket. Natasha et Rogue en faisaient partie, et si cette dernière semblait savoir ce que le cours leur réservait, elle ne voulut rien dévoiler à sa camarade de chambrée 'pour ne pas lui gâcher la surprise'.
Sur le cours de basket, cet après-midi là, une petite dizaine d'élèves attendaient. Le plus jeune d'entre eux était Piotr, un garçon d'une douzaine d'année d'origine ukrainienne, qui faisait déjà un mètre soixante-dix, et dont la peau pouvait se transformer en métal très dur. Il y avait évidemment Rogue, l'une des élèves les plus âgées, mais aussi Philippa qui pouvait produire des ondes de choc en tapant dans ses mains, ou Doug, alias Cypher, qui pouvait parler toutes les langues du monde.
Avec eux, Eve Doe attendait également que tout le monde arrive, dans une tenue inhabituelle pour la gestionnaire, une combinaison grise et noire moulante, munie de petites sacoches à la ceinture, que Natasha devinait idéale pour le combat au corps à corps. A ses côtés, se tenait un homme aux cheveux broussailleux, à l'air revêche, en jeans et marcel blanc. L'homme toisait le petit groupe d'élèves, et fusillait les retardataires du regard. Natasha connaissait ce visage, son esprit se mit aussitôt en marche.
Nom : Logan, alias Wolverine.
Race : Mutant.
Pouvoirs : régénération, griffes rétractables, sans doute d'autres choses.
Statut : ennemi potentiel.
Correction : ennemi potentiel de la Chambre Rouge.
La jeune fille contrôla les battements de son cœur pour les apaiser, garda son visage d'adolescente curieuse et insouciante, et se positionna dans le groupe pour écouter ce que les adultes avaient à leur dire. Apparemment, c'était une sorte de rite de passage, car le reste de l'école les regardait soit derrière les fenêtres du manoir, soit à découvert sur la terrasse. Les Professeurs Maximoff, Munroe et Wagner étaient même assis dans l'herbe à quelques pas du terrain de basket. Wolverine leur adressa un regard noir, ce qui eut pour seul effet de les faire ricaner.
Oh, faites que ce ne soit pas un bizutage, elle allait tuer des gens si c'était le cas.
« Bonjour à toutes et à tous, commença Eve Doe amenant le silence dans les rangs désordonnés des adolescents. Vous êtes ici pour prendre un tout nouveau cours qui vous est proposé de façon facultative. A la suite de cet après-midi, vous devrez choisir si vous continuez ou non, rien ne vous sera imposé. Logan, je te laisse la parole. »
Natasha commençait à comprendre en quoi consistait ce fameux cours facultatif.
« Je suis le Professeur Logan, je serai votre Professeur d'art, commença Wolverine. J'enseigne l'art délicat de botter des culs. Dans ce cours, vous allez apprendre à vous battre. Qui parmi vous a déjà participé à une bagarre, une vraie ? »
Elle n'avait pas exactement participé à une bagarre, ou dans son cas, des bagarres, le terme était assez impropre, mais Natasha leva tout de même la main. Autour d'elle Philippa se fit connaître aussi, ainsi que Jonas, un adolescent qui voyait ses capacités augmenter en fonction de l'obscurité.
« J'avais espéré plus mais c'est déjà pas trop mal, grogna Wolverine. La petite rouquine, là, tu vas faire les démonstrations avec moi. »
Le corps de Natasha se tendit imperceptiblement, et son attention se concentra sur son adversaire. Elle enregistrait tout, montait des plans d'attaque dans sa tête en fonction de ce qu'elle percevait. Il semblait lourd, trop lourd pour un être humain de cette corpulence, mais pas balourd, même un peu rapide. Natasha se savait plus rapide, plus souple. Ce serait définitivement un challenge, mais elle pouvait le battre. Elle allait le battre.
Puis elle se souvint que ce n'était pas ce qui était demandé, il lui avait demandé de faire des démonstrations. Elle se força à paraître naturelle, un peu intimidée.
« Tu t'appelles comment ? demanda Wolverine de son ton bourru.
- Natasha, répondit-elle d'une petite voix en levant ses grands yeux innocents vers lui avant de les baisser.
- Très bien Natasha, continua-t-il sans essayer d'être moins abrupt. Tu vas essayer de me frapper. »
La jeune fille capta les sourires en coin des professeurs assis dans l'herbe et comprit. C'était définitivement un bizutage, mais ce n'était pas elle la victime. Personne n'avait dit à Wolverine qui elle était, peut-être même avaient-ils inventé quelque chose pour le pousser à la choisir elle lors des démonstrations. Elle réprima un sourire et bondit. En trois mouvements et deux esquives, elle avait enroulé ses jambes autour du cou du nouveau professeur. Elle enregistrait toujours plus d'informations. Squelette en métal. Elle n'allait pas pouvoir l'assommer, mais sa gorge était un point faible, rien ne protégeait sa trachée.
Toutefois, Wolverine était lui aussi un bon combattant. De surprise, attaqué violemment par la petite russe, il avait sorti des griffes à chaque main, en métal, plus tranchantes que des couteaux. Pour ne pas perdre une jambe ou même la vie, Natasha fut obligée de descendre de son perchoir et sauta souplement au sol. Elle s'écarta de l'homme aux griffes et garda une position de défense parfaite.
« Stop ! fit Eve Doe. »
Natasha s'immobilisa sans perdre sa posture, au cas où Wolverine veuille se venger, mais le professeur abandonna la partie et rétracta ses griffes.
« Bordel ! C'était quoi ça ? »
Sur la pelouse, les professeurs se tordaient de rire, et les élèves sur le terrain et un peu partout la regardaient avec des yeux ronds. Rogue, qui était la seule à connaître un peu ses capacités parmi leurs camarades, pouffait derrière sa main.
« Vous les entraînez au berceau maintenant ? grogna à nouveau Wolverine en se massant la gorge.
- Natasha n'est ici que depuis un mois, expliqua Eve Doe avec un sourire amusé.
- Je retiens Eve, bougonna-t-il. Bordel, t'as plus de force que t'en as l'air, crevette. T'es douée, ça c'est sûr. »
Natasha ressentit une petite pointe de fierté, comme à chaque fois que quelqu'un reconnaissait ses talents de combattante. Elle abandonna enfin sa posture défensive, constatant que Wolverine n'allait pas réattaquer.
« T'as un nom, la crevette ? Je veux dire, un nom d'artiste. »
Natasha hésita. Son nom de code lui avait été donné par la Chambre Rouge, mais elle l'aimait bien. Elle n'avait pas encore négocié avec Fury pour le garder, tant pis, c'était son nom depuis longtemps après tout.
« Black Widow.
- Eh ben. Tout un programme. »
Comme je l'ai dit plus haut, c'est le chapitre que j'ai le plus aimé écrire pour Je t'ai cherchée, et cela me ferait très plaisir de savoir ce que vous en avez pensé !
Laissez-moi une review, ça ne mange pas de pain et cela nourrit mon enthousiasme !
