Chapitre 8 - Hermione

Samedi 12 novembre 2005 - Poudlard

« 'on-ne nuit, Her-mi-one. » articula difficilement Neville. Celui-ci avait légèrement abusé de la boisson soi-disant immonde d'Hermione. Hannah, un peu éméchée elle aussi, essayait de soutenir son futur époux comme elle le pouvait.

« Merci pour le verre. Enfin, les quinze verres, rigola l'infirmière.

— Vous allez réussir à retrouver le chemin de Pré-au-Lard ? » se moqua la brune.

Le couple s'éloigna, hilare et titubant. Leurs rires s'estompèrent et Hermione se retrouva seule, au milieu de son petit salon silencieux. Son petit salon silencieux mais anormalement désordonné. D'un Evanesco, elle fit disparaitre les bouteilles vides d'élixir qui jonchaient sa table basse. D'un autre coup de baguette, elle replaça soigneusement les coussins de son canapé et rangea la pile de livres que Neville avait fait tomber lorsqu'il s'était mis à danser. Le brun voulait prouver qu'il n'avait pas besoin de s'entrainer pour le mariage. Au troisième tour sur lui-même, il s'était emmêlé les pieds et avait cherché à se rattraper aux livres, sans succès.

Satisfaite de l'état de son salon, la jeune femme se dirigea vers sa chambre. Elle se débarrassa de son jean et de son tee-shirt et se laissa tomber sur son lit. Allongée sur le dos, les paupières closes, elle repensa à la visite impromptue de Drago.

Voilà, il était entré dans son appartement, l'un des derniers lieux de Poudlard où aucun souvenir n'était rattaché à lui. Elle savait qu'elle ne pourrait dorénavant plus regarder son fauteuil préféré sans y voir s'y dessiner la silhouette du blond, penché vers elle. Hermione soupira. Il s'était approché d'elle volontairement, elle le savait. Drago ne laissait jamais rien au hasard. Fuyant son regard, elle s'était alors concentrée sur les flammes de la cheminée, prête à s'en brûler les rétines s'il le fallait. Cela serait toujours moins douloureux que de le regarder lui.

Drago ne laissait rien au hasard et c'était pour cela qu'elle savait également que le léger effleurement à son arrivée n'était pas fortuit. En y repensant, Hermione passa ses propres doigts sur son ventre, à l'endroit exact où la main de Drago l'avait caressée. Ses doigts n'eurent cependant pas le même effet que ceux du jeune homme. Lorsqu'il l'avait effleurée, son corps avait été parcouru d'une pluie de frissons qu'il lui avait déjà fait ressentir, autrefois. Mais ce soir, ces frissons, elle les avait immédiatement chassés en contractant ardemment chacun de ses membres. Elle refusait de lui laisser entrevoir à quel point tout son corps le désirait encore.

Il y a deux mois, lorsqu'elle l'avait vu près du lac, ses jambes avaient failli se dérober sous elle. Elle s'était arrêtée car elle était tout bonnement incapable de continuer sa course. Craignant de ne pouvoir contenir et cacher ses sentiments, elle s'était bêtement réfugiée dans une émotion qui lui paraissait, sur le moment, plus simple à gérer : la colère. Celle-ci avait explosé au visage de Drago. De la colère, Hermione en avait. Elle la gardait pour elle depuis six ans. Alors certes, celle-ci s'était un peu engourdie au fil des années mais elle était de nouveau là, plus vive que jamais.

Toutefois, dans la colère, certaines choses pouvaient nous échapper, un simple mot ou une phrase que l'on aurait souhaité taire. Alors depuis cet épisode, Hermione préférait feindre le désintérêt. Il aurait été tellement plus simple que Drago en fasse autant.

Les doigts d'Hermione continuaient leurs allers et retours sur son ventre, cherchant désespérément à ressentir les frissons qu'elle avait pourtant fait fuir quelques heures plus tôt.

Que cherchait-il en se comportant ainsi ? Comme si ce silence de six n'avait pas existé. Comme s'il ne l'avait pas fait souffrir en disparaissant sans un mot.

Comme si Hermione n'avait pas de raison valable de lui en vouloir.

Que voulait-il en la suivant, en lui parlant, en la touchant comme il le faisait ? Vérifier que s'il le voulait, il pouvait l'avoir une deuxième fois ? Elle ne lui donnerait pas ce plaisir. Elle ne lui montrerait rien des sentiments ou du désir qui continuaient de l'animer après tout ce temps.

Enivrée par l'élixir, les doigts d'Hermione s'aventurèrent plus bas, légèrement plus bas.

Le plus fou, c'était qu'il lui avait reproché d'avoir considéré leur relation comme insignifiante. Elle n'avait jamais dit ça, ni même pensé ça. Et quand bien même, en quoi le fait qu'elle puisse le penser le dérangeait ? Il avait eu l'air perturbé, presque blessé par cette idée. Ça n'avait absolument aucun sens. S'il lui avait porté le moindre intérêt, s'il avait eu ne serait-ce qu'une once de sentiments pour elle, il ne l'aurait pas laissée sans nouvelles pendant toutes ces années. Pas après ce qu'il s'était passé cette nuit-là.

Celui qui avait visiblement trouvé leur histoire insignifiante, c'était Drago.

Drago.

Les yeux toujours fermés et plongée dans ses pensées, Hermione prit conscience qu'il était tout ce qu'elle voyait.

Son esprit était envahi par son visage, ses yeux, son sourire, son cou, ses épaules, ses bras, ses mains.

Sa main, effleurant son ventre.

Sentant les frissons renaître en elle, les doigts d'Hermione s'aventurèrent plus bas, beaucoup plus bas.

Samedi 26 novembre 2005 - Poudlard

Hermione savait qu'il lui en restait quelque part. Après avoir fouillé l'armoire de sa chambre, elle s'attaqua à la commode du salon. Elle ouvrit plusieurs tiroirs et dans le dernier, trouva enfin la petite boite qu'elle cherchait. Elle s'en saisit et se dirigea vers la cheminée. Elle ouvrit le contenant et y attrapa une poignée de poudre de cheminette qu'elle lança dans l'âtre.

« Harry et Ginny Potter. » articula la jeune femme avant de glisser son visage dans les flammes devenues vert émeraude.

Elle distingua immédiatement le salon du couple. Dans un coin, elle aperçut James et Albus en train de jouer avec deux faux-balais volants. « Les garçons, c'est Hermione ! » lança-t-elle. Elle les vit sursauter. James courut vers la cheminée, suivi d'Albus qui, du haut de ses deux ans, se déplaçait moins rapidement. « Tata ! Attends, je vais chercher Maman ! »

Le garçon disparut de la pièce. Elle l'entendit hurler "maman" plusieurs fois et quelques secondes plus tard, Ginny apparut dans le salon.

« James, ne crie pas comme ça, ta sœur dort. Oh, Hermione, je suis contente de te voir ! Enfin une conversation d'adulte !

— Harry n'est pas là ? s'amusa la brune.

— Il est en mission pour la semaine, il rentre demain. C'est la dernière. Il a réussi à convaincre le ministère de le laisser prendre quelques mois pour s'occuper des enfants. Je vais enfin pouvoir remonter sur mon balai.

— "Harry Potter, auror au foyer", ça sonne bien. Alors les Harpies vont retrouver leur meilleur élément ?

— Exactement ! se réjouit l'attrapeuse.

— Tu te sens prête ? L'accouchement s'est bien passé ?

— Dans l'ensemble ça a été. Par contre, j'étais complètement épuisée que j'ai refusé toutes les visites à l'hôpital. Ma mère n'a pas vraiment apprécié, mais elle s'en remettra, j'espère.

— Et tu as eu complètement raison. Comment va ma petite nièce ?

— Lily va très bien. James et Albus sont aux petits soins avec elle.

— Je n'en doute pas, James l'était déjà avec Albus.

— Tiens j'y pense, j'ai reçu un hibou d'Eden pour la naissance de Lily. Elle m'a dit qu'elle pourrait faire un saut par l'Angleterre pendant les vacances de Noël…

— Vraiment ? s'exclama la brune. C'est génial !

— Je vais demander à Luna si elle peut se libérer. Ah, et Marius aussi m'a envoyé un petit mot, il me souhaite un "bon rétablissement". Tu le crois ça ? Comme si j'avais été malade… Il espère aussi que je n'ai pas oublié comment on monte sur un balai car il ne veut pas avoir la victoire trop facile lorsque je reviendrai jouer chez les Harpies. Quelle raclure, siffla-t-elle. J'espère qu'il pourra venir au baptême avec Eden.


- Mardi 24 Novembre 1998 -

« Eden, ton frère est encore en retard ? » fit Ginny en direction de la brune. Assise à côté d'Hermione, l'attrapeuse venait de remarquer que la chaise près d'Eden était toujours vide. Bien que le cours de Métamorphose s'apprêtait à commencer, Marius n'était toujours pas arrivé.

« Comme d'habitude. A la loterie génétique, il a eu l'assurance et le charisme, j'ai eu la ponctualité.

— Il a eu la connerie plutôt, gloussa la rousse.

— Qui a eu la connerie ? lança un Marius essoufflé, tout en se jetant sur sa chaise.

— Toi, répondit Ginny en lui adressant son plus grand sourire.

— Fais attention, Ginny, ça vire à l'obsessionnel. Arrête un peu de parler de moi, rit le Poufsouffle. Salut sœurette, salut Hermione, ajouta-t-il, en se tournant tour à tour vers les jeunes filles.

— 7:59. Belle performance. Réveillé à..? l'interrogea sa sœur jumelle.

— 7:52. Est-ce que tu as…

— Oui, fit Eden en lui tendant une viennoiserie qu'elle avait prise à la table du petit-déjeuner.

— J'ai vraiment la meilleure sœur qui soit. Merci Eden, merci de penser à mon sommeil et à mon alimentation. L'entrainement d'hier après-midi m'a tué, on y est resté plus de six heures, impossible de me lever ce matin.

— Vous y êtes restés six heures parce que c'est le temps qu'il t'a fallu pour enfin réussir à viser un anneau ? » railla l'attrapeuse des Gryffondors.

Hermione éclata de rire, bientôt rejointe par Eden. Dès qu'ils avaient fait connaissance, Ginny et Marius s'étaient très bien entendus. Ils se taquinaient constamment, surtout au sujet de la victoire écrasante des Gryffondors face aux Poufsouffles, lors du premier match de la saison. Feignant d'être outré par le commentaire de Ginny, Marius lui lança un bout de sa viennoiserie.

« Toi, je te jure que je prendrai ma revanche. Profite, car ça ne durera pas. Un jour je t'affronterai de nouveau et cette fois, je ne serai pas dans une équipe uniquement composée de… bras-cassés. » Ces deux derniers mots furent seulement articulés, une partie de l'équipe de Marius se trouvant dans la salle de classe. Ginny lui adressa un clin d'œil complice. Marius était un très bon poursuiveur, malheureusement, ses talents ne suffisaient pas à compenser les manques de ses coéquipiers. Leur gardien laissait tout passer et leur attrapeuse ne pouvait rivaliser avec la rapidité de Ginny.

« Bonjour à tous. » les salua la Professeure Magnolis.

En entendant sa voix, Marius enfonça la totalité de la viennoiserie dans sa bouche, ce qui eut le mérite, une nouvelle fois, de faire rire les trois jeunes filles.


« Vous pensez déjà au baptême ? s'étonna Hermione, toujours accroupie devant sa cheminée.

— Oui. On prévoit de le faire au printemps. On peut compter sur toi ?

— Evidemment.

— Mon frère sera là, hésita la rousse.

— On sera bien obligé de se recroiser un jour. Je pense qu'après toutes ces années, on devrait pouvoir supporter d'être dans la même pièce. »

Ginny resta silencieuse, visiblement en pleine réflexion.

« Ginny..? l'interrogea Hermione.

— Je… voulais te demander s'il y avait du nouveau avec Drago ? osa finalement la rousse.

— Ah, Drago… Alors visiblement, il est devenu ami avec Neville.

— Neville et Malefoy ? Ami ? s'étonna l'attrapeuse.

— Oui. Comme quoi tout peut arriver. » Hermione marqua une pause. « Je ne sais plus comment me comporter avec lui. On ne peut rien cacher à quelqu'un comme Drago et puisqu'on est obligé de se voir régulièrement au sujet d'un élève, j'ai de plus en plus de mal à l'éviter.

— Le château a beau être immense, tu ne pouvais pas continuer comme ça très longtemps…

— Je le sais bien. Et comme si ça ne suffisait pas, on va devoir gérer l'organisation de la soirée du Nouvel-An ensemble. McGonagall m'a prévenue hier. »

Ginny s'apprêtait à réagir lorsque des pleurs de nourrisson l'en empêchèrent.

« Mince, le devoir m'appelle. On continue plus tard ? »

Hermione acquiesça avant de retirer sa tête des flammes.

Lorsque la directrice de Poudlard lui avait annoncé la nouvelle, elle en avait été enchantée. Hermione avait de nombreuses idées pour cette soirée qu'elle affectionnait tout particulièrement. Mais elle n'avait pas prévu de devoir partager les préparatifs avec les trois autres directeurs de maisons et surtout un en particulier.


- Mardi 24 Novembre 1998 -

A la fin du cours de Métamorphose, les quatre amis se séparèrent. Comme à chaque fois qu'elle avait une période libre, Ginny partit s'entraîner. Marius rejoignit Luna pour leur cours commun de Défenses et Eden se rendit en Histoire de la Magie. Hermione, n'ayant pas cours, se dirigea vers la bibliothèque. Elle traversa les nombreux rayons de livres menant jusqu'au fameux renfoncement. Elle savait déjà que la table allait être occupée par une tête blonde, comme elle l'était tous les mardis matins.

La première fois qu'elle s'était assise aux côtés du Serpentard, il y a de ça un mois, elle n'en avait clairement pas eu conscience. Les fois suivantes, c'était différent. Elle s'était assise avec un objectif précis en tête : récupérer sa table coûte que coûte.

Bien que Malefoy ne lui fasse plus subir ses insultes et ses remarques blessantes, la Gryffondor savait qu'il ne supporterait pas sa présence pour autant. Il ne l'avait jamais supportée. Le plan était donc simple : si Hermione venait systématiquement s'assoir à cette table alors qu'il s'y trouvait, il finirait par craquer, et peut-être, irait-il enfin travailler ailleurs. Cela ne devait pas prendre beaucoup de temps puisque, pour une raison qu'elle ignorait à ce moment-là, il semblait déjà à deux doigts de craquer.

Pendant plusieurs jours, elle avait donc pris place à la table du renfoncement, sans lui adresser le moindre mot. Elle avait remarqué que le Serpentard s'en était étonné mais celui-ci n'avait pas abandonné la table pour autant. Pire, ce fut lui qui, un jour, vint s'assoir auprès d'elle. Sidérée, mais refusant toujours de lui céder son bien, elle s'était résignée à travailler aux côtés de Malefoy. De toutes manières, qu'il soit là ou non n'y changeait rien. Le blond se murait dans un parfait silence. Pendant un mois, à part quelques mots ou conseils en lien avec les matières qu'ils étudiaient, les deux élèves ne s'étaient pas réellement parlé.

Depuis une semaine, cela avait changé.

Il avait suffi d'une simple remarque d'Hermione pour que Drago se mette à débiter ce qu'il semblait retenir depuis un moment. Avant ça, la Gryffondor pensait que l'état actuel de Malefoy s'expliquait par l'inquiétude du procès imminent de ses parents. Elle n'avait jamais envisagé qu'il ait pu être affecté, voire traumatisé, par les événements de l'année passée.

Hermione avait trouvé ça assez ironique qu'il culpabilise et s'excuse des actions de sa tante, mais pas de ce qu'il lui avait lui-même fait subir lorsqu'il la traitait de Sang-de-bourbe et d'autres joyeusetés. Mais chaque chose en son temps, pensait Hermione. Il était déjà assez déroutant de constater que l'héritier Malefoy pouvait faire preuve de culpabilité et de remords.

Arrivée devant la table, Hermione vit le Serpentard penché sur un ouvrage de runes, le regard vide. Le bruit de la chaise que la brune tira vers elle lui fit lever la tête. Il avait une mine terrible mais il semblait avoir repris un peu de poids par rapport à la rentrée.

« Je termine le livre sur les runes liées que tu m'as donné la semaine dernière, marmonna-t-il.

— Intéressant, non ?

— Disons que ça m'a tenu compagnie une bonne partie de la nuit.

— Je vois, glissa-t-elle simplement. On commence ? »

Les deux élèves travaillaient maintenant les mêmes matières, au même moment. Bien qu'aucun des deux ne considérait travailler avec l'autre. Ils gagnaient du temps, divisant leurs différentes recherches et lectures par deux.

« C'est parti. Runes ? proposa le blond.

— Evidemment. Tu prends cette pile, je prends celle-ci. » Sur ces mots, Hermione fit glisser vers le garçon un petit tas d'ouvrages. Petit, seulement par le nombre de livres, car les nombreuses pages de ceux-ci faisaient du tas une vraie montagne. Le Serpentard ne protesta pas, la pile d'Hermione étant aussi haute que la sienne. Il prit un livre et se plongea dedans, la tête soutenue par son bras. La jeune fille se lança également et ouvrit la couverture du premier livre.

Une fois sa lecture en diagonale achevée, la Gryffondor referma l'ouvrage. Elle remarqua alors que la tête de son voisin vacillait légèrement. Celui-ci avait les yeux fermés et manifestement, il somnolait. Il avait beau avoir repris du poids, ses yeux étaient toujours aussi cerclés de noir. Ne craignant pas d'être surprise, Hermione parcourut plus en détails le visage du Serpentard. Il avait changé mais pas seulement à cause des traumatismes qui l'affectaient. Son visage juvénile avait disparu, celui-ci était maintenant plus mûr et plus anguleux. La coiffure gominée et ridicule qu'il avait arborée pendant plusieurs années avait également laissé place à quelque chose de moins réfléchi, de moins contrôlé.

Tombant plus profondément dans les limbes du sommeil, le bras du jeune homme se déroba sous sa tête et celle-ci vint brutalement heurter la table, le réveillant immédiatement.

« Alors, Malefoy, laisse-moi t'expliquer une chose. Si on partage les lectures, ce n'est pas pour que tu dormes pendant que moi je lis, lui assena Hermione.

— Je te l'ai déjà dit, Granger, je ne dors pas très bien la nuit.

— J'ai bien compris. Qu'est-ce qui t'empêche de dormir au juste ? »

Pour une raison qu'elle ignorait, sa question fit sourire le blond. Attendant tout de même une réponse de sa part, Hermione continua de le fixer.

« … Curieux que ça t'intéresse, mais si tu veux tout savoir, je fais des cauchemars. Ridicule, non ?

— Pas vraiment. De quoi tu rêves ?

— Des trucs habituels… Des choses qui sont arrivées et que j'aurais souhaité éviter. Des cadavres, de la douleur, des cris… Parfois, c'est toi que j'entends crier. »

Hermione se figea. Parfois, c'est toi que j'entends crier. Autrefois, c'était typiquement ce genre de phrase que Malefoy aurait pris plaisir à lui dire s'il cherchait à la provoquer. Le Malefoy qu'elle avait haï dès le premier jour. Celui qui s'était montré insensible, blessant et violent. Celui qui avait pris plaisir à la faire souffrir, elle et ses amis.

Seulement, le Malefoy qu'elle avait devant elle n'était plus celui-là. Il n'avait plus ce regard suffisant ou ce sourire narquois accroché au visage. Il ne l'insultait plus, il ne s'en prenait plus aux autres, ne se montrait plus cruel et vicieux. Merlin, il ne réagissait même pas aux rumeurs blessantes qui s'élevaient parfois autour de lui lorsqu'il traversait un couloir. A la place, elle avait devant les yeux l'essence même de la vulnérabilité.

Gêné par le regard insistant de la brune, le Serpentard détourna le sien.

« Enfin en tout cas, ce livre-là, je l'emprunte. Il est tellement chiant qu'il a réussi à m'endormir. Nouveau livre de chevet. » fit-il tout en le glissant dans son sac.

— Tu m'entends crier ? » demanda enfin Hermione.

Après quelques secondes, Drago acquiesça silencieusement. « Mais tu n'es pas la seule à avoir le privilège de hanter mes nuits, j'entends aussi le rire abominable de ma tante, ajouta-t-il.

— Je l'entends aussi parfois. »

Les deux voisins de table se fixèrent sans un mot. Dans les yeux gris du jeune homme s'entremêlaient culpabilité et désolation.

« Malefoy, je te l'ai déjà dit mais tu n'y es pour rien. C'est elle qui m'a torturée. Alors ne soit pas désolé. Pas pour ça en tout cas.

— Pas pour ça ?

— Tu peux te sentir désolé pour un tas d'autres choses, par contre.

— Ah. Oui, j'imagine.

— Tu imagines ? Hermione haussa les sourcils. Tu imagines ? insista-t-elle.

— Non, je sais bien que j'ai été une enflure, plus jeune.

— Une enflure, le mot est faible.

— … Je suis désolé, articula le Serpentard après un instant. Désolé de tout ce que j'ai pu te dire ou te faire, pendant toutes ces années. Vraiment.

— Bien. Maintenant, lis. » lui ordonna la Gryffondor tout en se replongeant dans sa montagne de livres.


Mercredi 7 décembre 2005 - Poudlard

Hermione avait pris place à la table de la Salle Professorale il y a déjà quelques minutes. Attendant ses collègues, elle en profitait pour lire et annoter des devoirs qu'on lui avait rendus le matin même. La réunion pour les préparatifs de la soirée du Nouvel An ne commençait qu'à 20h, la jeune femme avait encore un peu de temps devant elle avant que les autres n'arrivent. Happée par le très bon travail d'une de ses élèves de 6ème année, elle n'entendit pas la porte s'ouvrir.

« Déjà là ? Je vois que c'est toujours impossible d'arriver quelque part avant toi. »

Les doigts d'Hermione se resserrèrent un peu plus autour de sa plume. Elle tenta de se concentrer sur sa respiration.

« Alors déjà, bonsoir Drago. Toutes mes félicitations, il semblerait que tu sois à l'heure pour la première fois de ta vie. » fit Hermione, impassible.

Drago se contenta d'un léger sourire pour toute réponse.

« Ils ne sont pas encore là ? demanda-t-il.

— Si, Flitwick est caché sous la table et Johanna est derrière cette armoire. Je te laisse chercher McGonagall.

— Mais dites-moi, Professeure Granger, vous êtes en forme ce soir. » souffla Drago, tout en tirant la chaise faisant face à la brune.

Il s'y glissa dans une position décontractée. Il allongea ses jambes sous la table et reposa de manière indolente son bras gauche sur le dossier de la chaise voisine.

Une position qui contrastait fortement avec celle d'Hermione. Dès l'instant où elle avait entendu sa voix, celle-ci avait ramené ses jambes sous sa chaise et croisé ses bras devant elle. Elle ne pouvait pas se retrouver seule avec lui. C'était trop risqué.

Sentant le regard du blond lui brûler la peau, elle tenta de reprendre la lecture de la rédaction qu'elle était en train d'annoter lorsqu'il était entré dans la Salle. Mais maintenant, les mots se mélangeaient, les phrases n'avaient plus aucun sens. Hermione lisait et relisait plusieurs fois les mêmes lignes. Incapable de se concentrer, elle sentait toujours sur elle le regard du jeune homme.

« Ça m'avait manqué, tout ça. » l'entendit-elle murmurer.

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Je suis très très méchante, j'arrête le chapitre ici. La suite de leur rencontre, ce sera dans le prochain, et du point de vue de Drago.

Encore une fois, merci à tous les reviewers, les assidus comme les nouveaux :)

A dimanche !