Alexina s'effaça pour que Swan entre dans son appartement. Elle le regardait avec étonnement et inquiétude.
Il n'était pas dans les habitudes d'Alexina de ménager son fils, bien aimé soit-il. Ils s'aimaient, mais de façon maladroite, à contretemps. Mais Laurence n'avait personne vers qui épancher tous les tourments qui pesaient sur lui à part sa mère.
- Swan, qu'est ce qu'il y a ? Que t'arrive t-il tu es tout pâle ? Mon dieu tu me fais peur !
Laurence s'assit lourdement dans un des fauteuils du salon, se prenant la tête entre les mains incapable de parler, terrassé par l'impossible chantage dont il était victime.
- Oh maman si tu savais !
Alexina l'impression de revoir son petit garçon de huit ans revenir de l'école après s'être bagarré et collé par le maître d'école et devoir lui avouer ce pêché infâme (la colle pas la bagarre !).
Les yeux rougis de Laurence, son teint blême ne lui donnait pas envie de se moquer de son grand fils, une fois n'était pas coutume.
- Swan tu m'inquiètes! Parle je t'en prie! il faut que tu m'expliques ! Ne reste pas comme ça !
Le voyant prostré, elle se décida à lui verser un whisky malgré l'heure très matinale.
Laurence accepta le verre et le vida d'une gorgée sous les yeux effarés d'Alexina.
- Swan , ça ne peut pas être si grave !
- Si tu savais que tu allais foutre la vie de gens en l'air tu me comprendrais!
- Mais parle alors, bon sang, explique toi !
Laurence posa le verre, remit de l'ordre sur lui et se reprit pour confesser à sa mère le récit de son enfer.
Au fur et à mesure de l'histoire que lui racontait Laurence, Alexina se rendait compte de l'équation impossible dans laquelle Swan s'était fourré.
Comme un petit garçon, Laurence finit en regardant sa mère droit dans les yeux.
- J'ai vraiment merdé, hein ? demanda t-il avec le secret espoir qu'Alexina soigne son mal comme quand il était enfant.
- Ah ben faut reconnaître que la façon dont tu t'y es pris te ressemble assez! Ce besoin de foncer et jouer les redresseurs de tort sans penser aux autres et aux conséquences.
- Tu sais, niveau remords j'ai ma dose donc n'en rajoute pas !
- Tu me demandes mon avis, je te le donne. D'un autre côté ce type est vraiment une sale ordure et il a tout ficelé pour que tu ne t'en sortes pas. Quel salaud !
- Maman !
- Oui pardon mon grand, ça ne sert à rien.
Alexina n'ignorait pas le coup de cœur de son fils pour Avril. Mettre Thierry dans la boucle faisait de Colbert un être profondément malsain. Elle aimait beaucoup ce grand petit-fils qu'elle avait découvert avec stupéfaction mais accueilli avec joie quand Laurence les avait présentés.
Le courant était passé entre les deux et Thierry pouvait compter sur elle dans sa nouvelle vie mais ne voulait pas de son aide, ni celle de son père d'ailleurs, voulant monter qu'il était assez grand pour s'en sortir. Têtu comme son père. Son arrivée avait changé Laurence qui n'était plus le même quand il regardait ce fils arrivé sur le tard. Alexina aurait adoré que son fils soit un vrai papa. Il aurait été mené par le bout du nez.
- Je suis venue vers toi car je ne sais pas à qui parler, cette histoire me rend fou et il fallait vider mon sac. Je ne peux rien dire à Alice, Marlène était déjà complice de beaucoup, pas la peine d'en rajouter et qu'elle me méprise par la même occasion.
- Et une mère aura toujours un amour inconditionnel quelque soit les sottises de son grand dadais de fils dit Alexina en se rapprochant de son fils pour le soutenir.
Elle fut surprise quand Swan tomba dans ses bras, recherchant le réconfort de son enfance.
- Allez Swan, ca va aller, ressaisis toi ! Il faut que tu trouves une solution, tu trouves toujours une solution, allez secoue toi !
Sa mère ne le ménageait plus.
- Swan désormais il faut agir !
- Je suis coincé je te l'ai dit ! Alice veut connaître son père. Quoi que je lui dise, elle est déterminée.
- Ce n'est pas fait pour te déplaire, n'est ce pas ?
- Quoi la mener en bateau vers un pervers, certainement pas !
- Arrête Swan, je te parle d'Alice et qu'elle cherche à ce que tu l'aides.
- J'ai voulu faire le bien et je me suis planté , je sais!
- Tu l'aimes un petit peu n'est ce pas ? histoire de la mettre dans ton lit, non ? Alexina se faisait provoquante pour sortir son fils de sa torpeur.
Laurence se sentit meurtri par cette affirmation. Il se sentit tellement blessé ce qui le mit dans une colère qui décupla au fur et à mesure de ses propos.
- La mettre dans mon lit ! Non maman c'est pas comme je me souciais d'elle, comme si tous les jours je ne m'inquiétais pas de ce qui lui arrive, comme si je ne pensais pas à cette saleté de vie qui ne lui a rien épargné. Quand je la vois, quand je pense à elle j'ai envie de la protéger, à la soutenir!
Il devenait inarrêtable porté par les émotions du jour.
- Je ne suis pas capable d'aimer Alice, juste m'amuser avec elle et la jeter ? Il faut que je fasse quoi? L'aider dans sa carrière ? Hein dis moi, il faut quoi ? Il faut que je me foute des imbéciles qu'elle met dans son lit sous prétexte qu'ils ont une belle gueule mais un QI de zéro ? Il faudrait que je me mette à leur niveau pour qu'elle me regarde autrement? Il ne faut pas que je fasse tout pour la pousser à regarder loin dans sa carrière parce qu'elle a le potentiel pour partir de Lille et devenir une journaliste de grand talent. Tu crois vraiment que j'ai envie de la mette seulement dans mon lit ?
Il se détourna d'elle pour reprendre son souffle et reprendre une contenance. Malgré plusieurs essais, son briquet refusait d'allumer la cigarette qu'il avait aux lèvres. Il se trouvait pathétique de s'être livré comme cela.
Alexina le regarda ébahie après cette déclaration un peu en vrac mais qui correspondait bien à son fils, incapable de parler, d'aller vers l'autre, et contrairement aux apparences, un manque certain de confiance en lui . Sa mère comprenait que sa façon de secouer Alice, de lui rentrer dedans était un mélange de respect, d'admiration, de confiance en elle et une volonté de la pousser à son meilleur. Elle n'aura pas imaginer qu'il en soit amoureux comme il venait d'en faire la déclaration.
Elle essaya de calmer son fils et de le raisonner.
- Et c'était pas plus compliqué de lui dire simplement que de lui mettre des bâtons dans les roues à longueur de temps? C'était pas plus compliqué de lui parler simplement?
- Mais elle ne m'aurait pas entendu parce que son entêtement prend le pas sur tout, elle se sent agressée et elle part au quart de tour.
- Sauf que désormais vous ne pouvez plus vous cacher parce qu'on ne se cache pas aujourd'hui, parce que vous êtes à un moment de vos vies qui va tout bouleverser pour l'avenir. Swan, je ne veux que le meilleur pour toi et Alice. Et tu sais qu'elle a aussi des sentiments pour toi. Sinon elle ne serait pas venue vers toi pour te demander de l'aider et donc de l'épouser.
- Elle n'est pas dans cet état d'esprit, elle est focalisée à retrouver son tordu de père! Grâce à moi.
- Il faut sauver Alice et Thierry pour l'instant, c'est le plus important. Colbert t'a donné la solution. Tout faire pour éviter la rencontre, il faudra noyer le poisson le plus longtemps possible.
- Et faire durer le mensonge ?
- Mais fais toi aider par tes collègues de Paris à le serrer. Il a avoué des connaissances peu recommandables. Tu as encore des amis à Paris , pour protéger Thierry aussi.
Le bon sens d'Alexina avait remis de l'ordre dans les pensées de Laurence et l'avait surtout réveillé et remis dans l'action.
- Oui je vais m'en occuper tu as raison.
Swan regarda sa mère intensément. Tout cela avait le mérite de les rapprocher ce qui n'était pas une évidence.
- Merci de ton aide, je n'arrivais plus à réfléchir.
- Par contre je tiens absolument à assister à votre mariage !
- Oh maman n'en fais pas des caisses je t'en prie!
- Des alliés pour l'avenir tu en auras besoin et moi je sais pourquoi tu fais tout cela Swan et je tiens à être à tes côtés dans cette histoire.
Swan était reconnaissant à sa mère de ne pas l'avoir enfoncé plus que nécessaire et pouvoir compter sur elle.
- Bien je vais rentrer, je vais dire à Alice que finalement je t'ai parlé de notre mariage et de ses raisons. Et finalement, je crois que ça me fait du bien de te savoir avec nous.
- Ton mariage ça fait drôle !
Swan acceptait de se faire chambrer par sa mère.
- Alice t'apprécie beaucoup.
- Et c'est réciproque, et toi tu n'as pas à vivre tout cela tout seul!
- Bon je vais te laisser, je t'appelle et on se voit sous peu !
Swan prit sa mère dans ses bras et l'embrassa longuement pour lui faire partager toute sa reconnaissance de façon plus expressive que des mots.
Alexina embrassa tendrement son fils.
- Je t'aime mon fils, fais attention à toi.
- Moi aussi maman. A bientôt.
Laurence quitta l'appartement de sa mère ragaillardi par leur conversation.
Il allait retourner au commissariat travailler un peu et puis parler avec Alice de l'avenir en espérant la convaincre de renoncer à son père et à ce mariage, sans grande chance de succès.
