Bonjour/bonsoir
Premièrement, je tiens à remercier encore les reviews. Merci à Zelia-Voyageuse-du-Reve déjà pour, encore une fois, ton message plein d'entrain. Et merci aussi à une autre review qui m'a été parvenue par mail, mais que je ne retrouve étonnamment pas à la suite de ma publication (la technologie : un vrai mystère pour moi), il s'agit de Ange (un.e anonyme, il me semble).
Ça motive énormément de voir que des lecteurs suivent mon histoire et en attendent la suite avec toujours plus d'impatience.
Et j'ai réussi à trouver comment envoyé un message perso direct via une review (je suis longue à la détente), donc n'hésitez pas à présent à checker vos boites de réceptions pour de plus amples réponses de ma part (ça m'évitera de trop spamer l'intro ahah). Par contre un autre problème : ma boite de messagerie sur le site internet et celle de l'appli ne semblent pas liées, j'ai des conversations sur l'une qui ne sont pas sur l'autre, et vice versa. Quelqu'un sait comment ça se fait ?
Bref, sinon :
Le même commentaire m'a été fait à la suite du chapitre 16 : le personnage de Dudley perd de sa crédibilité de par son nom qui fait beaucoup penser à Harry Potter. Je dois avouer que moi-même, au début, j'ai été dérangée, ahah… cependant, s'agissant d'un personnage qui a véritablement existé dans une autre version de Voltron, et aux vues de mon envie de faire constamment des clins d'œil à l'œuvre, je ne l'ai pas changé. Cependant, j'hésite à modifier à présent son nom, car je n'ai pas non plus envie que les lecteurs l'assimilent au cousin de Harry.
J'ai déjà partiellement changé des noms au cours de ma fiction (je pense à Lance, dont le vrai nom est Lancelot dans cette histoire, et de même pour Rolo/Ronald). J'imaginais donc l'appeler « Dley » / « Dlay ». Bizarre comme nom, mais ainsi il ne s'éloigne pas tant de l'original, tout en coupant toute identification à Dudley Dursley. Et puis, beaucoup de personnages ont déjà des prénoms étranges (Allura, Florona, Coran… même s'il s'agit des vrais). J'attends donc vos avis, tout en y réfléchissant moi-même de mon côté.
Voilà, c'est tout pour cette longue introduction, je vous laisse à présent profiter.
Bonne lecture !
CHAPITRE 17
Je regrettais plus que jamais de ne pas pouvoir m'expliquer tout en sachant que ce serait à jamais impossible. Je filai aussi vite que me le permettait ma Jeep. Ces larmes que j'avais tant contenu me brouillaient la vue. Je les essuyai rageusement, tout en gardant le volant d'une main. Keith effleura mes doigts.
- Arrête-toi, me dit-il une fois que la maison eut disparu derrière nous.
- Je suis capable de conduire, rétorquai-je violement.
Soudain, ses longues mains s'enroulèrent habilement autour de ma taille tandis que son pied poussait le mien loin de l'accélérateur. Il me tira sur ses genoux, m'arracha du volant, et je me retrouvai assis côté passager et lui à la place du chauffeur. La voiture n'avait même pas tangué.
- Tu ne retrouverais pas le chemin, expliqua-t-il.
Tout à coup, des phares inondèrent la lunette arrière. Je me retournai, horrifié.
- Rien qu'Allura, m'assura-t-il.
L'image de ma sœur pétrifiée sur le seuil hantait mon esprit. Je pris ma tête entre mes mains, et poussai un juron bien senti. Les larmes s'étaient mises à couler.
- Le traqueur ? demandai-je entre deux sanglots.
- Il a entendu la fin de ton numéro, reconnut Keith, sinistre.
- Et pour Veronica ? m'inquiétai-je aussitôt.
- Dudley nous a suivi. Il est en train de courir derrière nous, en ce moment.
Je me statufiai.
- On peut le semer ?
- Non.
- Mierda… gémis-je, toujours la tête entre mes mains.
Pourtant, il accéléra, et la voiture poussa un gémissement de protestation. Mon plan ne me semblait plus aussi génial, brusquement. J'essuyai mes larmes rapidement et tentai de reprendre une respiration mesurée. Il fallait que je me calme. Cependant, lorsque la voiture vacilla alors qu'une silhouette noire s'accrochait d'un bond à la fenêtre, ma terreur revint au triple galop. Je m'agrippai à l'épaule de Keith, qui plaça une main rassurante sur mon genou.
- C'est Bandor.
Néanmoins, je restai accroché à lui. Il remonta légèrement sa main sur ma cuisse, la serrant dans une prise affective et rassurante.
- Tour ira bien, enchaîna-t-il. Nous allons veiller sur toi.
Nous foncions vers la nationale.
- Je ne m'étais pas rendu compte que la vie de province t'ennuyait tant, poursuivit-il sur le ton de la conversation, pour me distraire évidemment. J'avais plutôt l'impression que tu t'adaptais très bien, surtout ces derniers temps. Je me suis peut-être flatté de t'avoir rendu l'existence plus passionnante. Enfin, pour ce que tu as dit sur notre relation décevante exclusivement portée sur…
- Soy un cabrón, avouai-je en lui coupant la parole. Je me suis comporté comme le pire des enfoirés, pris-je la peine de traduire sans me dérider, la tête basse. Insulté sa vie ici était un véritable coup bas.
- Ne t'en fais pas, elle te pardonnera, souffla-t-il avec un faible sourire.
- Si je suis toujours en vie d'ici là…
- Tout ira bien, Lance, répéta-t-il.
- Pas quand je serais loin de toi.
- Nous serons réunis d'ici quelques jours. C'était ton idée, ne l'oublie pas.
- Tu parles d'une idée. Et bien sûr, c'est moi qui l'ai eue. Tu as raison, je suis un idiot.
Son vague sourire se fana.
- Je ne peux m'empêcher de penser : pourquoi moi ? continuai-je. C'est égoïste je sais, mais pourquoi il fallait que ça m'arrive, à moi ?
- C'est de ma faute, s'accusa-t-il en fixant sombrement la route. J'ai été idiot de t'exposer ainsi.
La rage qui le secouait lui était entièrement destinée.
- Ce n'est pas ça, persistai-je. J'étais là, d'accord. Mais ça n'a pas eu l'air de gêner les deux autres. Pourquoi Dudley a-t-il décidé de me tuer, moi ? Il y a des gens partout, pourquoi moi ? À croire qu'il existe réellement une divinité qui s'acharne à me tuer depuis mon arrivé à Volthrone.
Il réfléchit un instant avant de répondre.
- J'ai attentivement scruté son esprit, ce soir. Je ne crois pas que j'aurais pu l'éviter, à partir du moment où il t'avait vu. Tu es en partie responsable. Si ton odeur n'était pas aussi succulente, il aurait laissé tomber. Quand je me suis interposé… ça a aggravé les choses. Il n'a pas l'habitude d'être contrarié ; pour quoi que ce soit, d'ailleurs. Il ne s'envisage que comme un prédateur, rien d'autre. Sa vie est entièrement dévouée à la traque, il n'en attend que des défis. Nous lui en avons brusquement lancé un très beau – un vaste clan de combattants aguerris, tous voués à protéger un élément vulnérable (je fronçai les sourcils). Tu n'imagines pas à quel point il est euphorique, en ce moment. C'est son jeu préféré, et nous venons de le rendre encore plus affriolant (il se tut, dégoûté). D'un autre côté, reprit-il d'un ton morne, si je n'avais pas réagi, il t'aurait attaqué tout de suite.
- Je croyais qu'il n'y avait qu'à toi que mon odeur faisait un tel effet ?
- C'est juste. Ça ne signifie pas pour autant que tu ne les tentes pas. Si tu avais vraiment tourné les sens du traqueur, de n'importe lequel d'entre eux d'ailleurs, comme tu m'as enivré, la bagarre aurait éclaté là-bas. Il ne me reste pas d'autres solutions que de le tuer, ajouta-t-il. Adam ne va pas beaucoup aimer ça.
Au bruit des pneus, je devinai que nous traversions un pont. Nous allions bientôt arriver. Je devais lui poser la question.
- Comment tue-t-on un vampire ?
Il me dévisagea de ses yeux insondables avant de me répondre d'une voix dure.
- Le seul moyen efficace est de le réduire en pièce et de le brûler.
- Ses compagnons se rallieront-ils à lui ?
- La rousse, oui. Les deux autres, je ne sais pas. Les deux couples ne sont pas très liés. Daniel et Kala ne voyagent avec eux que pour des raisons pratiques. Le comportement de Dudley les a embarrassés, dans le champ.
- Dudley et la rousse… ils vont essayer de te liquider, croassai-je.
- Lance, je t'interdis de perdre ton temps à t'inquiéter pour moi. Ton unique préoccupation doit être de rester en vie et, je t'en supplie, de rester prudent.
- Ils nous suit toujours ?
- Oui. Mais il n'attaquera pas la maison. Pas ce soir.
Il tourna dans le chemin invisible, Allura derrière nous. Nous roulâmes jusqu'à la maison. Bien que la vaste demeure fût illuminée, les ténèbres de la forêt environnante restaient denses. Bandor ouvrit ma portière avant même que nous ne nous soyons garés. Il me souleva du siège et, me calant contre lui, fonça à l'intérieur. Il était certes menu, mais n'en restait pas moins puissant. Nous déboulâmes dans la grande pièce blanche, Keith et Allura à nos côtés. Une fois déposé au sol, Bandor s'éloigna le plus possible de moi, tout en semblant reprendre sa respiration. Il avait dû la retenir pour ne pas être… tenté par mon odeur.
Ils étaient tous là, déjà debout après avoir perçus nos pas. Au milieu d'eux, Daniel et Kala. Un grondement sourd roula dans la gorge de Romelle, alors qu'elle arrivait juste après nous.
- Il nous traque, annonça Keith en gratifiant les étrangers d'un regard sinistre.
- C'est ce que je craignais, avoua Daniel, malheureux.
En quelque entrechats, Allura rejoignit Romelle. Elle chuchota quelque chose à son oreille, et cette dernière grimpa l'escalier. Lotor les observa avant de s'approcher vivement de celle à la longue chevelure argentée. Ses yeux magnifiques étaient incandescents et, quand il se posèrent sur moi, je tressaillis.
- Que va-t-il faire ? demanda Shiro à Daniel d'un ton glacial.
- Je suis désolé. J'ai tout de suite compris en voyant votre fils défendre l'humain qu'il ne s'arrêterait pas.
- Pouvez-vous l'en empêcher ?
- Non. Une fois qu'il a commencé, il va jusqu'au bout. Rien n'a jamais pu l'arrêter.
- Alors nous serons les premiers, jura Bandor avec une haine soudaine.
- Vous n'y arriverez pas. En trois cents ans d'existence, je n'ai jamais rien vu de tel. C'est un tueur né. C'est pourquoi nous avons intégré sa bande.
Sa bande ? Évidemment. La hiérarchie affichée dans la prairie n'avait été qu'un manège. Secouant la tête, Daniel me détailla, perplexe.
- Vous êtes certain que le jeu en vaut la chandelle ? s'enquit-il.
Le rugissement outragé de Keith secoua la pièce, et Daniel se tassa sur lui-même.
- Vous allez devoir choisir, lui lança Shiro avec gravité.
L'autre comprit aussitôt. Mais ce fut Kala qui répondit.
- La vie que vous menez nous intrigue.
Elle avait une voix douce, avec un accent espagnol.
- Mais nous refusons de nous retrouver au milieu de toute cette affaire, continua-t-elle. Si nous n'éprouvons nulle animosité à votre encontre, nous ne nous opposerons pas non plus à Dudley. Nous allons gagner le Nord, rencontrer ce clan de Denali.
- Ne le sous-estimez pas, ajouta Daniel. C'est un esprit brillant et ses sens sont aiguisés. Il est tout aussi à l'aise que vous parmi les humains, et il n'attaquera pas de front.
- Et méfiez-vous de la femelle, précisa Kala.
- Nous sommes navrés de ce qui vient de se produire, s'excusa encore une fois Daniel. Vraiment, désolé.
Il baissa la tête, ce qui ne m'empêcha pas d'intercepter un nouveau coup d'œil décontenancé à mon adresse.
- Allez en paix, répondit Adam avec solennité.
Après un ultime tour d'horizon, Daniel et Kala s'empressèrent de sortir. Le silence dura moins d'une seconde.
- Où est-il ? demanda Shiro à Keith.
Adam bougeait déjà. Il effleura un clavier fixé au mur et, dans un gémissement, d'énormes volets métalliques se mirent à monter le long de la paroi vitrée.
- À environ cinq kilomètres de la rivière. Il opère un contournement afin de retrouver la femelle.
- Qu'avez-vous décidé ?
- Nous l'attirons ailleurs pendant que Romelle et Allura emmènent Lance vers le sud.
- Et ensuite ?
- Nous le chassons.
La voix de Keith résonnait d'accents meurtriers. Lotor ne parut pas heureux du plan élaboré, alors qu'il se pencha vers Allura en lui chuchotant quelque chose d'inaudible à l'oreille. Cette dernière lui posa une main sur la joue, comme pour le rassurer.
- J'imagine que nous n'avons pas d'autres choix, admit Adam avec morosité.
- Monte avec lui et échangez vos vêtements, ordonna Keith à Lotor.
Ce dernier le toisa, livide et ahuri.
- Pourquoi ferais-je ça ? riposta-t-il.
- Je ne peux pas le faire moi-même, argumenta Keith, nos odeurs se sont déjà trop mélangées. Dudley pourra faire la différence.
- Et qu'est-ce qu'il est pour moi ? renchaina son frère. Mis à part une menace… un danger que tu as décidé de faire peser sur nous tous.
Un tel venin suintait de ces paroles que j'en tremblai.
- Lotor… chuchota Keith en posant une main sur son épaule.
Il se dégagea. Je surveillai Keith de près. Connaissant son tempérament colérique, je craignais le pire. Il m'étonna cependant en se détournant de son frère sans insister.
- Adam ? lança-t-il calmement.
- Bien sûr, murmura ce dernier.
Il fût à côté de moi en un éclair. Me prenant sans effort dans ses bras, il se rua dans l'escalier avant que je n'aie eu le temps de réagir. Il nous déposa dans une pièce obscure du second étage.
- Vous voulez que l'on mélange nos odeurs pour l'embrouiller ? devinai-je.
- Exactement. Un pis-aller qui ne durera pas longtemps, mais t'aidera peut-être à filer.
J'entendis ses vêtements tomber par terre.
- Je ne crois pas que nous ayons la même taille.
Sans m'écouter, il s'activa à passer mon sweat et mon t-shirt par-dessus ma tête. Renonçant à discuter, je me débarrassai de mon jean. Il me tendit quelque chose, une chemise (si mes doigts ne me trompait pas) que je tâchai d'enfiler rapidement. Mes doigts tremblèrent sur l'attache des boutons, et il le fit à ma place. Il me passa ensuite son pantalon, il était trop long. Je dû y faire de nombreux ourlets. De son côté, il arborait déjà mes habits. Il me ramena en haut des marches, où Romelle m'attendait, un petit sac de cuir à la main. Tous deux m'attrapèrent par le coude et me portèrent jusqu'en bas.
En notre absence, tout avait apparemment été organisé. Keith et Bandor étaient prêts à partir, le second chargé d'un sac à dos qui semblait lourd. Shiro remit un objet à Adam, puis se tournant vers Allura, fit de même avec celle-ci. C'était un téléphone portable jetable. Il se dirigea vers moi.
- Lance, j'aimerais que tu me donnes ton téléphone. Mieux vaut ne prendre aucun risque.
Je le sortis d'une des poches du pantalon que m'avait donné Adam. Je l'y avais rangé machinalement sans même avoir pensé à y jeter un coup d'œil auparavant. Veronica m'avait harcelé d'appels. Il me le prit le plus délicatement possible des mains.
- Adam, Lotor et Coran prendront ta voiture, me dit-il en passant.
Je hochai la tête. Je jetais instinctivement un coup d'œil à Lotor, sentant son regard sur moi. Ses yeux n'étaient que reproches.
- Allura et Romelle, utilisez la Mercedes. Les vitres teintées vous seront utiles dans le Sud.
Elles acquiescèrent.
- Nous trois seront dans la Jeep.
Je fus surpris d'apprendre que Shiro avait l'intention d'accompagner Keith. Dans un élan de frayeur, je me rendis compte qu'ils avaient soigneusement planifié leur action.
- Mordra-t-il à l'hameçon ? demanda Shiro à Allura.
Tout le monde se tourna vers elle tandis qu'elle fermait les yeux et se figeai de façon stupéfiante.
- Il vous suivra, finit-elle par annoncer en rouvrant les paupières. La femme se chargera de la voiture de Lance. Nous devrions pouvoir partir après.
Elle paraissait sûre d'elle.
- Alors, allons-y, déclara Shiro en se dirigeant vers la cuisine.
Au lieu de le suivre, Keith se précipita sur moi. Il me serra contre lui à m'en écrasé comme inconscient de la présence de sa famille autour de nous. Il hissa mon visage près du sien, et pendant la seconde la plus courte qui fût, ses lèvres glacées se posèrent durement sur les miennes. Jamais on ne m'avait embrassé avec un tel désespoir. Puis ce fut fini. Gardant mon visage entre ses paumes, il plongea ses prunelles splendides et brûlantes dans les miennes, et finit par s'éloigner.
Lorsqu'il pivota pour s'en aller, ses pupilles étaient devenus étrangement mortes et vides.
La première équipe partie, nous patientâmes. Les autres m'évitaient, respectant certainement mon chagrin. Je retenais toujours plus mes larmes, mes yeux fixés sur le plancher. Le silence s'éternisa, soudain interrompu par les vibrations du mobile d'Adam, qui s'en empara aussitôt et écouta le bref message que Shiro devait lui donner.
- À nous, annonça-t-il en raccrochant.
Coran sortit à grands pas par la porte d'entrée, juste après m'avoir gratifié d'un sourire compatissant, tandis que Lotor ne m'adressa pas même un regard. Adam, lui, déposa sa main sur le haut de mon crâne, dans un geste affectif.
- Prend garde à toi, souffla-t-il.
J'entendis mon 4x4 rugir puis s'éloigner. Romelle et Allura attendirent. Le portable de cette dernière parut être collé à son oreille avant même d'avoir bourdonné.
- D'après Keith, la femme est sur les traces d'Adam. Je vais chercher la voiture.
Elle s'évanouit dans la pénombre par le même chemin que celui qu'avait emprunté Keith. Romelle et moi nous dévisageâmes. Elle n'était pas très loin de moi, mais n'osait me toucher, alors même qu'elle avait fait preuve d'esprit tactile juste avant ma dispute avec Veronica.
- Tu te trompes, tu sais, dit-elle avec un calme qui ne lui ressemblait pas.
- Pardon.
- Je crois deviner ce que tu penses. Tu en vaux la peine.
- Non. S'il leur arrive quoi que ce soit, tout cela aura été inutile.
- Tu te trompes, répéta-t-elle en me souriant gentiment.
Il n'y eu aucun bruit, mais tout à coup, Allura poussa la porte principale et s'approcha de moi, bras ouverts.
- Si je puis me permettre ?
- Tu es la première à demander l'autorisation, répondis-je avec un sourire forcé.
Elle me souleva aussi aisément que tous les autres, tendre et protectrice, puis nous nous ruâmes dehors sans éteindre derrière nous.
Je me réveillai en pleine confusion, l'esprit embrumé et encore perdu entre rêves et cauchemars. Il me fallut plus longtemps que d'ordinaire pour me souvenir de l'endroit où je me trouvais.
La chambre était trop insipide pour appartenir à une maison particulière – un hôtel. Les lampes de chevets vissées sur les tables de nuits n'auraient trompé personne, non plus que les tentures coupées dans le même tissu que le couvre-lit ou les banales aquarelles accrochées aux murs.
Je tentai de me rappeler comment j'étais parvenu ici, en vain d'abord.
Il y a eu la longue voiture noire aux vitres plus sombres que celles d'une limousine, son moteur presque silencieux tandis que nous foncions sur la nationale à plus de deux fois la vitesse autorisée. Il y avait Allura aussi, assise à côté de moi sur la banquette arrière de cuir noir. Par hasard, au cours de la nuit, ma tête avait fini appuyée contre son cou de granit. À une autre époque, et dans d'autres circonstances, j'aurais certainement été ravi de cette proximité avec une aussi belle fille. Mais aujourd'hui, plus rien n'était pareil. Une nostalgie atroce me coupa le souffle. Dans tous les cas, cette dite proximité n'avait pas semblé la perturber le moins du monde, et sa peau dure et fraiche m'avait étrangement réconforté. Je n'étais pas certain que Lotor aurait apprécié. M'imaginer son regard froid et emplit de reproches suffit à me faire frémir.
Le sommeil m'avait fui. Mes yeux avaient refusé de se fermer, y compris quand la nuit s'était achevée pour laisser place à l'aurore. La lumière grise qui s'étalait dans un ciel sans nuage m'avait blessé, et pourtant je n'avais pas réussi à clore les paupières, car alors des images réalistes et intolérables défilaient : le chagrin de Veronica, le grondement brutal de Keith et ses dents acérées, le regard furieux de Lotor, les pupilles inquisitrices du traqueur, la mort dans les iris de Keith après qu'il m'ait embrassé… Incapable de les supporter, j'avais lutté contre l'épuisement tandis que l'astre du jour grimpait peu à peu à son zénith.
Je n'avais plus versé une larme depuis que j'avais quitté ma Jeep, la veille. Je me le refusais. D'un, parce que je gardais une certaine fierté, et que l'idée même de faire preuve de faiblesse devant Allura et Romelle me rebutait. De deux, parce que je me devais d'être fort. En plus de causer du tort aux Altéa, je n'allais pas leur ajouter le fardeau de devoir me réconforter.
Je ne dormais toujours pas lorsque je vis par la vitre que nous arrivions à l'État de l'Illinois. J'étais trop vidé de mes émotions pour m'étonner que nous eussions accompli un périple de trois jours en un seul. Quelques heures avant le coucher du soleil, on pouvait contempler le paysage typique de la côte du Golfe. Les plages qui s'étendaient sur des kilomètres, les palmiers, les pins, les cafés donnant sur la mer. Plus l'on s'approchait de Miami, plus l'on passait par des routes entourées de hauts immeubles et bâtiment urbains. La plupart des gens était habillé de vêtements légers, débardeurs et bermudas. Je me fis la réflexion anodine que, par habitude, je n'avais certainement pris que des vêtements chauds dans mon bagage. Une émotion étrange m'avait assailli. Je rentrai à la maison, et pourtant je ne m'y sentais pas chez moi. Comme si tout cela faisait partie d'un passé que j'avais définitivement laissé derrière moi.
- Dans quelle direction se trouve l'aéroport, Lance ? m'avait demandé Romelle.
J'avais tressailli, bien que sa voix douce ne fût en rien menaçante. C'était le premier son, le ronronnement du moteur excepté, qui venait troubler cette interminable nuit de silence. Je lui répondis automatiquement, lui indiquant le chemin pour arriver à l'aéroport international de Miami.
- On prend l'avion ? m'étais-je enquis auprès d'Allura.
- Non, mais mieux vaut ne pas être trop loin, au cas où.
Je crois que ce fut juste après cette conversation que j'avais sombré.
Quoique… maintenant que j'avais évacué mes souvenirs, il me semblait garder la vague impression d'être sorti de voiture – le soleil se couchait à l'horizon -, mon bras passé par-dessus l'épaule d'Allura, le sien ceignant ma taille et me traînant, titubant dans la pénombre chaude.
De la chambre, j'avais tout oublié.
Je jetai un coup d'œil sur le réveil de la table de nuit. Trois heures, indiquaient les chiffres digitaux rouges. Du matin ou de l'après-midi ? Aucun rai de lumière ne filtrait à travers les rideaux épais, mais la pièce était éclairée par les lampes de chevet.
Je me levai avec raideur et chancelai jusqu'à la fenêtre, dont je tirai les tentures.
Dehors, c'était la nuit. Trois heures du matin donc. Ma chambre donnait sur le parking longue durée de l'aéroport. Savoir où et quand nous étions était vaguement réconfortant.
Je découvris que je portais encore les vêtements d'Adam, qui ne m'allaient pas franchement. Examinant la pièce, j'eus le plaisir de découvrir mon sac de sport posé sur une commode basse. J'étais sur le point de sortir des vêtements propres quand un coup léger à la porte me fit sursauter.
- Je peux entrer ? lança Allura.
- Vas-y, répondis-je après avoir repris mon souffle.
Elle entra et m'observa longuement.
- J'ai l'impression que tu mériterais de dormir quelques heures de plus, décréta-t-elle.
- Dis tout de suite que j'ai une sale tête, plaisantai-je.
Elle parut surprise. Je m'étais résolu à ne pas trop inquiéter Allura et Romelle quant à mon état mental. Mieux valait, donc, faire preuve d'humour – même si, au fond de moi, je n'avais aucune envie de rire.
Se dirigeant sans bruit vers mes rideaux, elle les referma avant de se tourner vers moi.
- Nous allons devoir rester enfermés, dit-elle.
- Confiné avec deux charmantes jeunes filles, qui se plaindrait ?
Je m'autorisai un rire forcé. Elle s'approcha doucement de moi.
- Tu n'es pas obligé, tu sais… De faire semblant d'aller bien.
- Je sais, répondis-je.
Ma voix était rauque, cassée.
- Tu as soif ?
- Ça va. Et vous ?
- Rien d'intenable, me rassura-t-elle en souriant. Je t'ai commandé de la nourriture. Elle t'attend dans le salon. Keith a pris la peine de me rappeler que tu avais besoin de manger plus souvent que nous.
- Il a appelé ? m'écriai-je, soudain bien plus alerte.
- Non. C'était avant notre départ.
Je sentis que mes traits s'affaissaient. Je me forçai à sourire, au moins un minimum.
- En même temps, lui et les téléphones, ça fait deux.
Elle me rendit mon sourire, avant de prendre ma main dans un geste précautionneux pour m'emmener dans la deuxième pièce de la suite. La télévision fonctionnait, le son au minimum. Romelle était assise, immobile sur le bureau situé dans un coin du salon. Elle regardait les informations sans montrer une once d'intérêts.
- Tu sais, je suis sûre qu'il y a plus drôle comme émission à cette heure-ci, l'informai-je sur le ton de la moquerie.
Je vis ses lèvres frémir et ses yeux se déposés brièvement sur moi, avant de retourner sur l'écran.
- Tu souhaites changer de programme ? me demanda-t-elle poliment, tout en s'emparant de la télécommande.
- Surtout pas ! J'adore tout ce qui concerne (je jetai un œil à la barre d'annonce des infos) « les arnaques de boxes téléphoniques touchant les personnes du troisième âge ». Très… distrayant.
Je m'installai par terre, au pied du divan, près de la table basse sur laquelle était posé un plateau et entrepris de grappiller, indifférent à ce que j'avalais. Allura se percha sur le bras du canapé et, comme Romelle, contempla l'écran avec un visage vide.
Je mangeai sans me presser, jetant parfois un coup d'œil à mes camarades. Il m'apparut peu à peu qu'elles étaient trop figées. Elles ne se détournaient jamais du poste, y compris pendant les publicités. L'appétit soudain coupé, je repoussai le plateau. Allura baissa la tête vers moi.
- Qu'y a-t-il ? lui demandai-je.
- Rien du tout.
Elle affichait une mine si sincère que je ne la crus pas.
- Que faisons-nous, maintenant ?
- Nous attendons le coup de fil de Shiro.
- N'aurait-il pas dû déjà appeler ?
Je me rendis compte que j'avais marqué un point. Les yeux d'Allura papillonnèrent vers le mobile posé sur son sac avant de revenir à moi.
- Qu'est-ce que ça signifie ? m'inquiétai-je aussitôt. Pourquoi n'a-t-il pas encore téléphoné ?
- Parce qu'il n'a rien de nouveau à nous apprendre.
Ses intonations étaient trop lisses. L'air fut soudain plus difficile à respirer. La perspective qu'il ait pu arriver malheur à l'un des membres de la famille de Keith, ou à Keith lui-même, me retira toute volonté de ne montrer aucune faiblesse. Allura se trouva immédiatement à ma hauteur. Romelle aussi s'était approchée.
- Lance, me dit-elle avec une douceur suspecte, tu n'as rien à craindre. Tu es en parfaite sécurité, ici.
- Je sais. Ce n'est pas ce qui m'inquiète ! m'énervai-je.
Si je fus trop brusque, elle n'en laissa rien paraître.
- Alors, de quoi as-tu peur ?
Je pris une grande inspiration, tout en enfermant mon crâne entre mes paumes, mes coudes posés sur mes genoux.
- Tu as entendu Daniel, chuchotai-je. Dudley est un tueur. Si jamais il se produisait quelque chose, s'ils étaient séparés ? S'il leur arrivait quoi que ce soit, Shiro, Bandor… Keith (Je déglutis). Si cette sauvage blesse Adam ou Coran…
Je me levai d'un coup, avec cet irrépressible besoin de m'isoler, de me défouler. J'étouffai avec Allura et Romelle penchées sur moi, même si je savais qu'elles n'avaient que de bonnes intentions.
- Comment pourrais-je vivre, alors que je suis responsable ? m'écriai-je dans la pièce. Aucun de vous ne devrait risquer sa vie pour moi !
Romelle me rejoignit bien vite, ses mains encadrant mes épaules pour m'empêcher de gesticuler à travers la pièce.
- Lance ! Lance ! Stop ! m'interrompit-elle. Tu t'angoisses inutilement. Aucun de nous n'est en danger, crois-moi sur ce point-là. Tu es déjà assez tendu, n'en rajoute pas avec de vains soucis.
Je détournai la tête.
- Écoute ! m'apostropha-t-elle. Notre famille est forte. Nous n'avons qu'une crainte, celle de te perdre.
- Bandor et Lotor ? insistai-je. Ne me dites pas que vous ne vous inquiétées pas un minimum pour eux, je ne vous croirais pas.
- Ils sont très forts, intervint Allura. Nous avons une totale confiance en eux. Et s'il arrivait malheur à Bandor, Romelle le saurait immédiatement. Toi aussi, fais-leur confiance, et à nous également lorsque nous te disons que ta vie est notre seule priorité.
- Pourquoi faudrait-il que vous…
Allura me coupa, alors qu'elle se retrouva à côté de nous en un battement de paupières. Elle effleura ma joue de ses doigts glacés.
- Keith est resté seul pendant bien plus d'un siècle. Maintenant, il t'a. Tu n'es pas conscient des changements que tu as provoqués en lui, nous si. Avant, sa vie était si… terne. Penses-tu que l'un d'entre nous tiendrait à croiser ses yeux pendant les cent prochaines années s'il venait à te perdre ?
Certes, leurs propos me réconfortèrent. Pourtant, l'angoisse et la culpabilité restèrent tapis au fond de moi. Je n'en laissai cependant rien paraître.
Ce fut une journée très, très longue.
Nous la passâmes dans le salon. Allura avertit la réception pour leur demander d'annuler le service en chambre. Les fenêtres restèrent closes, la télé allumée, bien qu'aucun de nous ne la regardât. De la nourriture m'était livrée à intervalles réguliers. Le téléphone jetable posé sur le sac d'Allura paraissait grossir d'heure en heure.
Mes anges gardiens avaient l'air de supporter le suspens mieux que moi. Tandis que je m'agitais et tournais en rond, cédant à l'impatience, elles se figeaient de plus en plus, telles deux statues dont les yeux auraient imperceptiblement suivi chacun de mes mouvements. Je décidai de m'occuper en m'enfermant dans ma chambre, bien déterminé à évacuer l'anxiété et l'énervement par le défoulement physique. J'avais enchaîné mon habituel entrainement sportif, sans pour autant y mettre réellement du mien. Mon esprit était beaucoup trop absorbé par des pensées négatives pour que j'effectuas correctement mes exercices.
L'après-midi s'étirant sans fin, je décidai de rester dans ma chambre, coucher dans mon lit. Je m'étais rapidement assoupi, exténué. Malheureusement, mon court somme ne fut d'aucun réel repos, mon cerveau déjà envahit par les images de mon dernier jour à Volthrone. Je me réveillai paniqué, à la lisière de la terreur. Allura était là, assise en tailleur au bout de mon lit, à m'observer avec une mine inquiète. Je tentai de reprendre un minimum de contenance, mais elle entendait certainement les battements affolés de mon cœur. Je voulu l'ignorer, mais me rendis bien vite compte que parler me ferait, peut-être, plus de bien que je ne pourrais en espérer.
- Allura ?
- Oui ?
- Que penses-tu qu'ils fassent en ce moment ?
- Shiro voulait entraîner le traqueur le plus au Nord possible, attendre qu'il se rapproche, puis faire demi-tour et lui tendre une embuscade. Adam, Lotor et Coran étaient censés rouler vers l'Ouest, tandis que la femelle les suivait. Si elle abandonnait, ils devaient retourner à Volthrone et garder un œil sur ta sœur. S'ils ne téléphonent pas, c'est que ça se passe bien, j'imagine. C'est que Dudley est tout près et qu'ils préfèrent éviter d'être espionnés.
- Tu crois vraiment qu'ils ne risquent rien ?
- Lance, combien de fois vais-je devoir te répéter que nous ne courons aucun danger ?
- Tu ne me mentirais pas ?
- Non. Je te dirais toujours la vérité.
- ¿Lo prometes? (Tu le promets ?)
- Je te le promets, me répondit-elle avec le sourire.
Elle paraissait sincère. Après quelques minutes de réflexion, je me décidai alors à la tester.
- Alors explique-moi… comment devient-on vampire ?
Ma question la décontenança. Elle ne répondit pas. Je me redressai pour mieux la dévisager. Elle me parut partagée.
- Keith m'a interdit de te le révéler.
Visiblement, elle n'était pas d'accord.
- Celui-là, alors, grognai-je. Il me semble que j'ai le droit de savoir.
- En effet.
Je continuai de la fixer, têtu.
- Il va être vraiment furieux, soupira-t-elle.
- Tant pis pour lui, ça ne le regarde pas. C'est entre toi et moi. Allura, je te le demande comme à une amie.
Car, en effet, désormais, nous étions amis. Une complicité, qu'elle avait dû très certainement ressentir dès le premier jour où nous nous sommes adressé la parole, était née entre nous. Pour moi, c'était la première fille avec laquelle j'étais aussi proche, sans ambiguïté aucune. Elle me contempla de ses magnifiques yeux sages, tout en délibérant. Finalement, Romelle apparue à l'embrasure de la porte.
- Keith ne m'a rien interdit, personnellement, intervint-elle. Allura, je peux le raconter, si tu veux. J'ai l'habitude de subir les crises de colère de notre cher frangin.
Celle aux cheveux argentés sembla hésiter.
- D'accord, finit-elle par céder.
Romelle s'installa à mes côtés sur le lit, tandis qu'Allura se figea, le regard perdu dans le vide.
- Je te préviens, commença Romelle, je n'ai aucun souvenir de mon propre cas, et je ne l'ai jamais fait ni vu faire. Donc, n'oublie pas que c'est de la pure théorie.
Mon regard se porta vers Allura. Elle non plus ne se rappelait plus sa transformation ? Elle semblait perdue dans ses pensées, et l'expression qu'elle afficha me laissa deviner que, si, elle se souvenait très bien de son passage à l'état de vampire. Et quelque chose me disait que ça n'avait pas été la plus chouette expérience de sa vie. Romelle me tira de ma contemplation.
- En tant que prédateurs, reprit-elle, nous possédons quantité d'armes dans notre arsenal physique… beaucoup, beaucoup plus que nécessaire. La force, la vitesse, les sens aiguisés, sans parler de ceux qui, comme Keith, Allura, Bandor ou moi sont dotés de talents supplémentaires. Comme des plantes carnivores, nous sommes également très attirants pour nos victimes.
Je me rappelais en effet la façon dont Keith me l'avait prouvé dans la clairière.
- Nous avons aussi une arme totalement superflue, poursuivit-elle avec un sourire menaçant qui dévoila ses dents luisantes. Nous sommes venimeux. Le venin ne tue pas, il sert juste à paralyser en se répandant lentement à travers le système sanguin. Une fois mordue, notre proie souffre tellement qu'elle est incapable de s'enfuir, ce dont nous n'avons pas besoin puisque, lorsque nous sommes aussi près d'elle, elle ne peut nous échapper. Certes, il y a des exceptions, Adam, par exemple, qui a réussi à se traîner dans sa cachette.
- Alors le venin agit et…
- Il faut quelques jours pour que la transformation s'accomplisse, selon la dose injectée et la proximité du cœur. Tant que celui-ci bat, le poison se diffuse, soignant et changeant le corps qu'il contamine. Finalement, il s'arrête, et la conversion est achevée. Mais, durant tout ce temps, à chaque minute passée, la victime aura subi de telles tortures que…
- Elle aura souhaité mourir, l'interrompit Allura d'une voix blanche. Plus que toute autre chose, elle aura souhaité que le calvaire s'arrête, même par la mort, s'il le faut.
Un silence s'abattit entre nous trois. Personne n'osant ajouter quoique ce soit. Finalement, je fus le premier à l'interrompre.
- Keith m'a dit que c'était très difficile à accomplir… Pourquoi ? demandai-je, incertain.
- Nous sommes des requins, dans notre genre, répondit Romelle. Une fois que nous avons goûté au sang, ou que nous l'avons juste senti, il nous est extrêmement ardu de résister à l'envie de le boire. Au point que c'est parfois impossible. Mordre quelqu'un, s'abreuver à son sang, déclenche une véritable frénésie en nous. Une transformation est dure des deux côtés – la soif de l'un, la douleur de l'autre.
- Pourquoi ne te rappelles-tu pas la tienne, à ton avis ?
- Je l'ignore. Pour les autres, ce passage éprouvant est le souvenir le plus fort de leur vie d'avant. Je n'ai que quelques bribes de mémoire de ma vie humaine. Bandor, lui, se rappelle parfaitement ce moment. Alors, Coran en a déduit que, si lui était capable de décrire dans le moindre détail la torture qu'a été sa transformation, et moi non, c'est parce qu'il a absorbé toute la douleur pour moi. Tu sais, grâce à ce lien qui subsiste entre nous. Selon lui, ce don dépasse le stade de simple connexion, et il est possible que l'un de nous puisse influencer les émotions et ressentis de l'autre. En revanche, Bandor affirme ne plus se rappeler qui est responsable de notre conversion.
Le silence s'installa une nouvelle fois. Tous, nous étions plongés dans nos propres réflexions. Les secondes s'écoulèrent, et j'avais presque oublié leur présence quand, tout à coup, Allura sauta du lit et atterrit gracieusement sur ses pieds. Étonné, je la regardais.
- Quelque chose a changé ! lança-t-elle avec une urgence dans la voix.
Romelle réagit au quart de tour, se trouvant en une seconde en face d'elle. Posant ses mains sur les épaules de sa sœur, elle l'obligea à se rasseoir
- Que vois-tu ? lui demanda-t-elle gravement en scrutant son visage.
Les yeux d'Allura étaient focalisés sur quelque chose de très lointain. Je me penchai pour entendre son murmure saccadé.
- Une salle. Longue. Avec un très haut plafond et un miroir recouvrant entièrement l'un des murs. Il y fait très sombre. Il n'y a pas de fenêtre. Un tapis bicolore est étendu sur le sol. Des objets sont éparpillés dans les coins. J'ai du mal à voir de quoi il s'agit. Il est là, il attend.
- Où se trouve cette pièce ?
- Je ne sais pas. Il manque quelque chose… une décision reste à prendre.
- Dans combien de temps ?
- Bientôt. Il sera là aujourd'hui, encore demain, peut-être. Tout dépend. Il a besoin de quelque chose. Il est dans le noir, maintenant.
- Que fait-il ?
Romelle était calme, méthodique, apparemment rompu à ces interrogations.
- Il regarde quelque chose dont émane de la lumière… Une télévision ?
- Où ?
- Dans la même pièce, ou une autre, je ne suis pas sûre. Il fait trop sombre.
- Tu n'as toujours pas détecté ce qu'étaient les objets éparpillés ?
- Pas tous. Il y a un long banc. De grands sacs qui semblent lourds. Les autres sont trop petits, et il fait trop sombre. Il patiente au niveau de la télé. Près de la porte de sortie.
Reprenant vie, les yeux d'Allura se tournèrent vers Romelle.
- Rien d'autre ? insista cette dernière.
Elle secoua la tête, et elles se dévisagèrent sans bouger.
- Qu'est-ce que ça signifie ? m'enquis-je.
- Que ses plans ont changé, annonça Romelle. Il a pris une décision qui l'a amené dans cette pièce.
- Et nous ignorons où elles se trouvent ?
- Oui.
- En revanche, il est certain qu'il a quitté les montagnes du Nord de Washington, précisa Allura, lugubre. Il leur a échappé.
- Faut-il les prévenir ?
Elles se consultèrent du regard, indécises. À cet instant, le téléphone sonna. Allura fila dans le salon avant que j'aie eu le temps de réagir. Nous nous précipitâmes derrière elle. Le mobile à l'oreille, elle écoutait.
- Shiro, souffla-t-elle, sans montrer ni étonnement ni joie, contrairement à moi.
- Oui, marmonna-t-elle avec un coup d'œil dans ma direction.
Elle garda le silence un long moment.
- Je viens de le voir, poursuivit-elle ensuite en décrivant sa vision. Quelle que soit la raison pour laquelle il a pris cet avion, elle l'a conduit à cet endroit, conclut-elle avant de se taire de nouveau. D'accord.
Sur ce, elle me tendit l'appareil. Je me ruai dessus.
- Allô ?
- Lance, dit la voix de Keith.
Jamais aucune sonorité ne m'avait paru aussi belle et rassurante.
- Keith… J'ai cru que j'allais péter une durite. Ne pas avoir de nouvelle, ne pas savoir si vous alliez bien, j'étais angoissé à l'idée que quelque chose ait pu vous…
- Lance, interrompit-il mon bavardage paniqué en soupirant, je t'ai interdit de te soucier d'autre chose que de toi-même.
- Et moi je t'interdis de me dire quoi faire, protestai-je.
Il rit légèrement. Qu'il fût bon d'entendre sa voix claironner ainsi. La nuée de désespoir qui planait au-dessus de moi s'éloigna.
- Où es-tu ? demandai-je.
- Près de Vancouver, répondit-il en ayant recouvrer son sérieux. Désolé, nous l'avons perdu. Il se méfiait de nous, il est resté juste assez loin pour que je ne lise pas dans ses pensées. Il a filé. En avion. D'après nous, il a regagné Volthrone pour y reprendre ta traque.
Derrière moi, Allura mettait Romelle au courant.
- Je sais. Allura l'a vu ailleurs.
- Tu n'as aucune raison de t'en faire. Rien ne le mènera à toi. Contente-toi de rester là-bas et d'attendre que nous lui ayons mis la main dessus.
- Tout ira bien. Qu'en est-il d'Adam et des autres ?
- Ils sont retournés à Volthrone pour veiller sur ta sœur. La femelle était en ville. Elle est allée chez vous pendant que Veronica travaillait. Mais elle ne l'a pas approchée, donc inutile d'avoir peur. Adam et Coran montent la garde, elle ne risque rien.
- Qu'est-ce qu'elle fout, cette Marie-Anne ?
- Elle espère sans doute flairer une trace. Elle a écumé Volthrone toute la nuit. Lotor l'a suivi dans toutes les rue, au lycée… Elle te traque, Lance, mais il n'y a rien à trouver.
- Tu es sûr que Ver est en sécurité ?
- Oui. Adam ne la perdra pas de vue. Et nous serons bientôt là-bas nous aussi. Si le chasseur s'approche de Volthrone, nous l'attraperons.
- Tu me manques, chuchotai-je.
- Je sais, Lance. Toi aussi. C'est comme si tu avais emporté la moitié de moi-même avec toi.
- Alors, viens la récupérer.
- Dès que ce sera possible. D'abord, je vais m'assurer que tu ne cours aucun danger.
- Te quiero. (Je t'aime)
- Ça paraît absurde mais, en dépit de tout ce que tu traverses à cause de moi, je t'aime aussi.
- Je te crois.
- Je serais là très vite.
- Je t'attendrai.
Dès que la ligne fut coupée, les nuages revinrent, insidieux. Je me tournai pour rendre son portable à Allura et découvris qu'elle et Romelle étaient courbées sur la table basse. Allura dessinait sur un morceau de papier à en-tête de l'hôtel. Me penchant je regardai au-dessus de son épaule. Une longue salle rectangulaire dont le centre du sol était recouvert d'épais tapis durs, séparés en plusieurs carrés de couleurs différentes, alternant un ton plus sombre et un autre plus clair. Seul un couloir le long des murs n'était pas recouvert par le revêtement, sur lequel était éparpillé du matériel. Celui de que je reconnus le mieux fus les longs sacs de frappe, habituellement remplit de sable. Un miroir longeait l'un des murs, à gauche de celui où se situait la porte de sortie, marqué par de longues lignes, indiquant qu'il s'agissait de différentes glaces collées les unes aux autres. Mon cœur s'affola alors que je crus reconnaitre le paysage.
- C'est une salle de sport, déclarai-je.
Elles levèrent la tête, surprises.
- Tu connais cette pièce ? demanda Romelle avec une sérénité qui n'était qu'apparente.
Allura se remit au travail, traçant rapidement, à côté de la sortie de secours, une table basse sur laquelle était posée une grande télé écran plat.
- Ça ressemble beaucoup à un endroit où j'ai pris des cours de sport de combat. Ce sont des tatamis, poursuivis-je en posant le doigt sur les tapis. Là, des sacs de frappe, et le reste, ce sont sûrement du matériel pour s'échauffer ou raffermir les muscles après l'entraînement. La télé était de l'autre côté, dans mon souvenir. Il n'y avait pas de banc. Derrière la porte, il y a un long couloir. La pièce se trouve en sous-sol, c'est pour ça qu'il n'y a pas de fenêtre.
Mes compagnonnes étaient bouche bée.
- Es-tu certain qu'il s'agit du même lieu ? insista Romelle.
- Non, je ne sais pas. Toutes les salles de sport dans le genre se ressemblent sûrement… Disons que c'est très familier.
Plus j'observais le dessin, plus l'idée qu'il s'agissait bien de mon ancienne salle de cours s'insinuait en moi.
- Aurais-tu une raison de retourner là-bas ? voulut savoir Allura.
- Pourquoi j'y retournerai ? Pour apprendre quelques prises histoire de me défendre contre un vampire meurtrier ? répondis-je sarcastique. Non, aucune. Tout ça, c'est derrière moi.
- Aucun lien actuel entre toi et cet endroit, alors ? continua-t-elle, anxieuse.
- Il est situé par très loin de chez moi. J'y allais à pied après le lycée…
Leur coup d'œil ne m'échappa pas.
- Ici, à Miami ? s'enquit Romelle sans se départir de son calme.
- Oui, chuchotai-je, mal à l'aise.
Je leur indiquais le lieu approximatif où il se trouvait, tandis qu'Allura en prit note. Puis, le silence s'installa. Chacun, nous observions le croquis.
- Allura, la ligne de téléphone est-elle sûre ? finis-je pas demander.
- Oui. On ne peut la remonter que jusqu'à l'État de Washington. Pourquoi ?
- J'aimerais appeler mon frère, Luis, qui vit aussi à Miami avec sa femme et ses enfants.
Je ne m'inquiétais pas pour ma mère, qui était partie à New York avec Bob à peine quelques jours auparavant.
- Tu as son numéro ?
- Le fixe de sa maison. Lui ou Lisa sont censés consulter les messages régulièrement.
- Romelle ?
- Ça devrait aller, répondit-elle après avoir réfléchis. Fais juste attention de ne pas préciser où tu es.
Je m'emparai prestement de l'appareil et composai le numéro. Au bout de quatre tonalités, la voix aérienne de Lisa me pria de laisser un message.
- Luis, c'est Lance. Écoute, c'est important. Dès que tu auras eu mon message, appelle-moi à ce numéro, mon portable est mort.
Allura était déjà à côté de moi, l'écrivant au bas de son dessin. Je le lus lentement, deux fois.
- S'il te plait, ne bougez pas, toi, Lisa et les enfants, avant de m'avoir contacté. Ne t'inquiète pas, je vais bien, mais je dois te parler très vite. N'importe quelle heure conviendra. D'accord ? Rappelle-moi, hermanito. Salut. (Frangin)
Je fermai les paupières, priant pour que jamais Dudley ne puisse les atteindre. Puis, je m'installai sur le canapé et mordillai des fruits, m'apprêtant à endurer une soirée interminable. Je faillis téléphoner à Veronica, mais j'écartai cette perspective trop pénible. Je me concentrai sur les informations, l'oreille aux aguets, des fois que l'on ne mentionne pas un quelconque évènement à New York poussant ma mère à rentrer sur Miami. Si elle aussi se retrouvait en danger, je ne donnais pas cher de mes nerfs déjà beaucoup trop à vif.
L'immortalité doit s'accompagner d'une patience infinie, car ni Romelle ni Allura ne semblaient éprouver le besoin de s'occuper. Un moment, Allura dessina les contours de la pièce sombre, croquis vague, la faible lueur de l'écran allumé ne lui ayant pas permis de distinguer grand-chose. Cela accompli, elle se contenta de rester assise, le regard rivé sur les murs blancs, aussi dénuée d'expression que Romelle. Pas comme moi, qui marchais de long en large, soulevais les rideaux, fonçais dans l'autre pièce pour hurler mon angoisse. J'avais dû me contenir de frapper les murs de mes poings. Je ne voulais pas rendre plus difficile la tâches aux filles en faisant saigner mes jointures.
Puis je finis par m'endormir dans mon lit, alors que je m'étais écroulé dessus, sombrant dans un profond sommeil dès que ma tête eût touché l'oreiller.
Au réveil, j'eus l'intuition, une fois de plus, qu'il était trop tôt et que j'avais tendance à inverser les jours et les nuits. Allongé, j'écoutais Allura et Romelle converser dans la pièce attenante. Il me parut étrange de les entendre, elles si discrètes d'habitude. Roulant sur le côté, je me mis debout et allai les retrouver.
L'horloge de la télévision indiquait deux heures du matin. Allura et Romelle étaient assises sur le canapé, observant ce que la première était en train de dessiner. Elles ne levèrent pas les yeux quand j'entrai, absorbées par le travail d'Allura. Je m'approchai pour regarder.
- Elle a vu quelque chose de neuf ? demandai-je à Romelle en chuchotant.
- Oui. Une nouvelle pièce qui lui avait échappé lors de la dernière vision. Il fait jour cette fois-ci, il est donc plus facile maintenant pour elle de la distinguer nettement.
J'étudiai le croquis. Une pièce carrée avec un plafond bas aux poutres apparentes. Les murs étaient lambrissés, dans un bois trop sombre à mon gout, démodés. Le sol était parquet. Un des murs était percé d'une fenêtre donnant sur l'allée de la maison, laquelle était vide de voiture. On pouvait distinguer une pièce adjacente : une salle à manger avec une longe table en bois, entourée de six chaises. Au-dessus d'une cheminée était accrochée une télévision et un magnétoscope posé en équilibre sur l'âtre. Un canapé d'angle usé leur faisait face, séparés d'eux par une table basse.
- Il ne manque plus que les jouets qui traînent habituellement en bordel sur le sol, murmurai-je d'une voix blanche.
Quatre yeux immortels me dévisagèrent.
- C'est la maison de mon frère.
Aussitôt, Allura bondit sur ses pieds ; son portable en main, elle composait déjà un numéro. Je contemplais la composition précise du salon de Luis. Romelle se rapprocha de moi. Ses doigts effleurèrent mon épaule. J'étais trop déboussolé pour vraiment y prêter attention. Malgré tout, je gardai miraculeusement le contrôle sur la panique qui gonflait de plus en plus en moi.
Les lèvres d'Allura bourdonnaient à toute vitesse. Je ne compris pas un traitre mot de ce qu'elle disait, j'étais incapable de me concentrer.
- Lance ? me lança-t-elle, et je la regardais avec hébétude. Keith va venir. Lui, Adam et Shiro t'emmèneront dans un endroit sûr. Tu t'y cacheras pendant quelques temps.
Ces paroles me réconfortèrent immédiatement.
- Keith ?
Je m'en voulu tout de suite de me sentir rassuré à la simple mention de son nom. Mon frère et sa famille était en danger. Par ma faute.
- Oui. Par le premier avion. Nous le retrouverons à l'aéroport, et tu partiras avec lui.
- Mais mon frère, les enfants… Ce type est venu les chercher !
L'hystérie commençait à pointer le bout de son nez.
- Nous deux resterons ici jusqu'à ce qu'ils ne craignent plus rien.
- La partie est perdue, Allura. On ne peut pas protéger quelqu'un indéfiniment. Vous ne comprenez donc pas ce qu'il trafique ? Il n'a pas besoin de me traquer ! Il lui suffit de s'attaquer aux personnes que j'aime…
- Nous l'aurons, Lance.
- Et s'il vous arrive quoi que ce soit ? Tu crois que je m'en remettrai ? Que je ne tiens qu'à ma famille biologique ?
Je commençai à m'agiter. Romelle voulu me retenir mais je réussis à m'éloigner à temps pour atteindre la table et envoyer valdinguer à travers la pièce une bouteille en verre, qui alla s'éclater contre l'un des murs de la suite. À son tour, Allura m'agrippa l'épaule. Sa force d'airain m'empêchant de bouger à ma guise, je lui lançai un regard noir.
- Laisse-moi tranquille, lui ordonnai-je.
- Non, tu es sous le joug des émotions. Tu dois te calmer, Lance.
- Laisse-moi, Allura.
Cette fois-ci, ma voix se brisa. Épuisé par mes sentiments, j'allai éclater en sanglot, et elle le savait. Elle me lâcha, et je courus me réfugier dans ma chambre. Ni Allura ni Romelle ne me suivirent, pour mon plus grand soulagement. Une fois enfermé, et seul, je me laissai tomber au sol, contre la porte. Recroquevillé sur moi-même, je me balançai, laissant les larmes couler à flot le long de mes joues. Je n'en pouvais plus. Il fallait que tout cela s'arrête, ou j'allais perdre l'esprit. Mon cerveau tournait en rond, cherchant en vain une solution. Il n'y en avait pas. Je n'envisageais qu'un dénouement possible, fatal. La seule question était le nombre de personnes qui risquaient de souffrir avant que je ne l'atteigne.
Mon unique consolation, mon unique espoir était Keith. Si j'avais le temps de revoir son visage, je parviendrais peut-être à la solution qui m'échappait pour l'instant.
J'étais resté enfermé dans la chambre jusqu'à l'aube. Lorsque le téléphone sonna, je retournai dans le salon, un peu honteux. J'espérais n'avoir offensé aucune de mes deux amies ; j'espéraient qu'elles savaient surtout à quel point je leur étais reconnaissant des sacrifices qu'elles faisaient pour moi.
Allura avait pris la communication, aussi volubile que d'habitude. Romelle avait disparue. L'horloge m'apprit qu'il était exactement cinq heures quarante du matin.
- Ils embarquent à l'instant, m'annonça Allura. Ils atterriront à dix heures moins le quart.
Ouf ! Plus beaucoup de temps à tenir avant qu'ils ne soient là.
- Où est Romelle ?
- Elle est descendue payer la note.
- Vous ne restez pas ici ?
- Non. Nous préférons nous rapprochez de chez ton frère et chez ta mère.
Ces mots me tordirent le ventre, mais je fus distrait par un nouvel appel. Je m'étais déjà approché, main tendue, priant pour que ce fût mon frère.
- Allô ? Il est juste là. Je vous le passe.
- Allô, Luis ?
- Lance ? me lança la voix parfois autoritaire de mon frère. Lance, où es-tu ?
Ses accents d'angoisse familiers me rappelèrent ceux que j'avais entendus un millier de fois dans mon enfance, dès que j'avais la bonne idée d'effectuer une énième bêtise, comme la fois où j'avais failli tomber de l'arbre de notre jardin en voulant attraper un chat. Heureusement, Luis m'avait rattrapé à temps. C'était de là dont venait ma peur du vide.
- Du calme, Luis, soupirai-je en m'éloignant d'Allura parce que je n'étais pas certain de réussir à mentir correctement sous le feu de son regard. Tout va bien. Laisse-moi juste une minute pour que je t'explique.
Je me tus, soudain étonné qu'il ne m'eût pas encore interrompu.
- Luis ?
- N'ajoute rien tant que je ne t'en aurais pas donné la permission.
Cette voix-là était aussi étrangère qu'inattendue. Un ténor qui aurait pût être fort plaisant, semblable à ceux qui résonnent à l'arrière-plan d'une publicité pour voitures de luxe, si je n'avais pas deviné aussi vite à qui il appartenait.
Dudley.
Et voilà pour le chapitre 17 !
Suspens, suspens… ou pas, ahah.
Bref, j'espère que ça vous a plu, et que l'angoisse était un peu palpable. Je me rappelle que, lorsque j'ai écrit ce chapitre, j'avais cette sensation étrange dans le creux de mon estomac, une espèce de boule qui apparait par exemple quelques minutes avant un examen, et qui semble grossir au rythme de notre attente. Oui, j'ai tendance à trop m'impliquer émotionnellement dans mes récits, ahah.
Les chapitres sont de plus en plus courts, j'ai remarqué. Peut-être parce qu'il y a plus d'actions ? Mais j'essaie de les publier au plus vite, pour mettre définitivement fin à votre attente qui doit être insupportable (surtout avec une auteure comme moi qui n'est pas du tout régulière !)
En tout cas, c'est bientôt la fin… Il faut savourer.
Les reviews sont toujours les bienvenues les amis. J'aime avoir vos avis, et sentir votre fidélité à l'histoire, ça motive !
Sur ce, à bientôt pour la suite !
