La ville avait disparu depuis peut-être une bonne quinzaine de minutes derrière eux, et Prompto aurait juré avec certitude qu'il ne s'était jamais senti aussi vivant de toute sa vie.

La Regalia étant une voiture décapotable, Noctis avait pris le soin de retirer le capot du véhicule et ainsi, le vent provoqué par la vitesse à laquelle il roulait leur revenait en bourrasque devant la figure tout en décoiffant leurs cheveux déjà fortement hirsute, à l'un comme à l'autre, mais le blondinet n'en avait que faire. Là, à cet instant, il se sentait bien. Il était libre. Il était avec une personne, sans doute la seule, qui comptait pour lui et pour qui il devait compter en retour. C'était juste eux deux, la route, la voiture, les paysages. La liberté.

Jetant un regard à son ami qui conduisait avec assurance, Prompto ne put retenir un rire franc en le voyant bouger au rythme de la musique rock qui ambiançait leur trajet. Plus il traînait en compagnie de Noctis, plus le blondinet prenait conscience que le Prince était vraiment un type comme les autres : il avait la joie de vivre, aimait les choses simples, et allait à l'école comme tout le monde. Ils étaient en tout points identiques, et le brun ne passait pas son ton à arborer un air snob ou il ne savait quoi d'autre pour se prouver supérieur aux autres. Non, on aurait presque dit qu'il voulait se mettre à leur niveau, et il y arrivait à la perfection.

— Pourquoi tu ris ? questionna Noctis en agrippant plus fermement le volant, comme vexé.

— Oh, pour rien. Je suis juste content d'être là, annonça Prompto en croisant ses bras sur le haut de sa portière, avant d'y déposer soigneusement sa tête.

Le vent lui fouettait le visage avec violence, mais il s'en fichait. Ce n'était pas agréable, mais il s'en fichait également.

— Moi aussi, annonça soudain Noctis à sa gauche, et Prompto cru avoir rêvé, car sa voix était à moitié étouffée par la musique un peu trop forte, qu'il s'empressa de baisser pour mieux écouter son ami. Je suis heureux d'être ici. Sur la route, je me sens libre. J'ai l'impression d'être…

Le brun s'arrêta dans sa tirade, et le blondinet aurait pu jurer que ce n'était pas cause de la manœuvre à effectuer pour prendre correctement le prochain virage, mais plus par honte. Il l'avait deviné en constatant le regard fuyard du Prince à ce moment-là, qui était étrangement concentré sur la route alors qu'il s'amusait à regarder le paysage autour de lui depuis leur départ d'Insomnia au détriment du sentier de goudron. De plus, et c'est ce que trouva Prompto fort mignon, sur ses joues étaient apparues des toutes petites rougeurs, qui étaient à peine visibles.

— … libre et quelqu'un d'autre, dirent-ils dans une parfaite synchronisation.

Les deux amis se lancèrent un regard surpris, véritablement étonnés d'être parvenu à une même conclusion, avant de sourire bêtement et de rire aux éclats. Alors ça, c'était assez imprévu ! Est-ce que quelqu'un, en dehors de la famille royale, pouvait se vanter d'être parvenu à terminer une phrase du Prince ? Prompto aimait à croire qu'il avait été le seul capable de réussir à un tel exploit.

— Alors ça ! commenta Noctis tandis qu'il s'engagea sur une route montagneuse un peu trop vite au goût du blondinet, qui dut s'agripper à son siège par peur d'un accident. C'est la première fois que quelqu'un parvient à terminer aussi facilement l'une de mes phrases !

— Ah… Ah oui ? balbutia Prompto à la fois surpris mais aussi apeuré.

Le brun conduisait vraiment d'une manière sportive. Cela ne l'avait pas dérangé lors des lignes droites à la sortie d'Insomnia et dans le désert, mais depuis qu'ils avaient franchi la région de Duscae, la route était devenue de plus en plus étroite, en plus de comporter de nombreux virages, et le Prince n'avait pas pris la peine de ralentir l'allure de la Regalia, et cette dernière grondait désormais fièrement sur le sentier montagneux qu'elle venait d'emprunter.

— C'est…, s'engagea subitement Noctis après un léger temps à blanc où le photographe avait pris le soin de planter ses ongles dans son siège de cuir. Tu ressens ça, toi aussi ?

Prompto fut tellement surpris par cette question qu'il en oublia l'espace d'un instant la peur qui lui nouait l'estomac, et son regard quitta la route pour se poser sur le brun dont l'expression faciale était des plus sérieuses. Le jeune homme ignorait si c'était parce qu'il se concentrait sur la route, ou bien parce qu'il était désireux d'en apprendre plus sur son ami. Encore une fois, jamais personne dans ce monde ne lui avait posé de question aussi intime, parce que pour lui, ça l'était.

— Je… suppose que c'est ce que je ressens sur le moment, oui, finit par répondre Prompto en lançant son regard sur ses pieds qu'il s'amusait à passer l'un au-dessus de l'autre, comme mal à l'aise.

— C'est drôle, lâcha tout à coup le brun sur un ton presque serein qui lui valut toute l'attention de son ami. Toi et moi, on a bien plus en commun que ce que j'avais pu imaginer jusqu'ici.

Noctis vira tout à coup à gauche et, ne s'attendant pas à un mouvement aussi brusque, Prompto se sentit littéralement décoller de son siège, et ses mains vinrent atterrir par inadvertance sur… le torse du Prince. Réalisant leur étrange proximité, le blondinet s'empressa de se redresser et bafouilla des excuses, sentant ses joues le brûler subitement et détourna donc la tête pour se cacher à la vue de Noctis, qui lui prenait tout cela à la rigolade. Le plus étonnant dans tout cela c'était que… Prompto avait clairement sentit le cœur du brun battre la chamade dans sa poitrine, mais également qu'il avait apprécié, si ce n'était aimé, ce contact soudain. Jetant un regard en biais à son ami qui avait ralenti l'allure (peut-être étaient-ils bientôt arrivés ?), le jeune photographe se demandait ce qui pouvait bien être le facteur de son cœur si affolé. Était-ce le lieu dans lequel ils se rendaient tous deux qui provoquait de tels battement de cœur, ou bien était-ce… sa présence ? Prompto secoua la tête de gauche à droite pour se remettre les idées en place, tout en se répétant qu'il devrait arrêter d'avoir de telles pensées, car une fois que la vérité lui sautera de nouveau en plein visage pour l'asphyxier, ce n'était que de la déception qui l'accueillerait.

La Regalia ralentit progressivement l'allure, jusqu'à s'arrêter complètement de rouler, mais son moteur continuait pourtant à gronder furieusement, comme en colère à l'idée de se stopper pour quelques instants.

— On y est, déclara le Prince en retirant ses clefs du contact pour les fourrer dans sa poche.

C'était très certainement le plus bel endroit que Prompto avait vu de toute sa vie. Mais en n'étant jamais sorti d'Insomnia, son raisonnement ne pouvait être que falsifié, il devait exister des endroits bien plus magnifiques de part le Lucis et de par le monde.

Les deux garçons venaient de se garer non loin d'une grande cabane habillée de bois doux et à la couleur crème chaleureuse, et Prompto pensa qu'il devait plus s'agir d'un chalet que d'une véritable cabane.

Au-dessus de leur tête, les arbres formaient une sorte de cocon vert, comme s'ils tâchaient de garder le lieu jalousement pour eux, le cachant à la vue extérieure et empêchant ainsi quiconque de pénétrer cet endroit sacré. Même les rayons du soleil parvenaient avec mal à passer à travers le feuillage dense et protecteur des hauts arbres dont le blondinet n'était pas parvenu à identifier l'espèce, mais les rares qui parvenaient à cet exploit arrivaient à rendre le lieu encore plus beau et mystique. Ainsi, des tâches de lumières, telles des lucioles ou encore des étoiles dans le ciel nocturne, illuminaient le sol caillouteux et Prompto se surprit à trouver cet endroit fantaisiste.

Enfin, au loin, se trouvait une sorte de petit étang surmonté d'un ponton de bois, qui devait très certainement être utile pour plonger dans les eaux étrangement turquoise, dont la surface miroitait joliment grâce, encore, aux rayons du soleil qui s'étaient frayés un chemin dans ce havre de paix.

— Tu vas rester la bouche ouverte encore longtemps ? plaisanta Noctis quelque part derrière lui en rigolant faiblement.

Prompto, qui réalisait qu'il devait être planté debout face à ce décor fantastique depuis un certain temps, ferma immédiatement la bouche en reprenant soudain contact avec la réalité. Ses joues se teintèrent alors de rouge tandis qu'il n'aurait rien donné au monde pour voir la tête qu'il tirait. Il se tourna alors en direction du brun, qui avait la tête littéralement enfoncée dans le coffre de la Regalia.

— Euh…, tenta le jeune photographe en s'approchant doucement de son ami qui se noyait de plus en plus progressivement dans le coffre – qu'il ne pensait pas aussi grand d'ailleurs ! T'as besoin d'aide ?

Alors qu'il allait se pencher à son tour dans le coffre pour comprendre pourquoi Noctis était resté aussi longtemps plongé à l'intérieur, ce dernier s'empressa de refermer vivement le capot, avant de tendre un sac de course à Prompto, qui dû le rattraper au vol.

— Plus maintenant, dit le brun avec un sourire en coin joueur, mais tu peux toujours porter ce sac jusque dans la cuisine.

Le Prince du Lucis lui désigna le chalet d'un mouvement du menton.

— T'as qu'à poser ça sur le bar, reprit Noctis en s'appuyant contre le coffre de la Regalia. Je te rejoins dès que j'ai fini, promis.

— Euh… Bah d'accord.

— Ah, attend ! le retint pour une ultime fois le brun. T'auras besoin de ça si tu veux entrer.

Noctis lui jeta littéralement les clefs du chalet en pleine figure, et Prompto dut user de ses compétences en jonglage – qu'il ne pensait par ailleurs pas posséder ! – pour les rattraper avant qu'elles ne tombent au sol. Avec un petit rire amusé, le Prince rouvrit le coffre de la Regalia mystérieusement, s'assurant cependant discrètement du coin de l'œil que le photographe en herbe allait abandonner l'affaire et déposer les bagages dans la cuisine comme il le lui avait demandé. Constatant en effet que le jeune homme s'avançait en direction de la petite maison de bois, le brun jugea qu'il n'y avait plus aucun danger et pouvait ainsi aisément repartir dans sa recherche minutieuse. Elle était là, quelque part, il le savait, puisqu'il avait pris le soin de l'emporter ce matin avant de décoller de l'appartement. Alors pourquoi ne la trouvait-il pas… ?

De son côté, Prompto gravit avec émerveillement les marches du petit porche de bois lui aussi, appréciant la vue sublime qui s'offrait continuellement à lui. Cet endroit était véritablement un petit coin de paradis sur Éos, un coin tranquille et calme, loin du bourdonnement assourdissant des voitures et de la pression des grands immeubles d'Insomnia ainsi que les gens pressés à tout coin de rue. Ici, c'était comme si le temps s'était arrêté autour d'eux, et le blondinet était plus qu'heureux de partager cet instant immuable en compagnie de Noctis, le seul être humain sur cette planète qui semblait réellement l'apprécier pour ce qu'il était.

Se tenant désormais devant la porte d'entrée, Prompto joua d'habileté pour tenir d'un bras le sac de course qui était à la limite du débordement, tandis qu'il chercha la bonne clef sur le trousseau pour pouvoir accéder définitivement à l'intérieur du chalet. Bon sang, mais pourquoi Noctis avait-il autant de clefs ?! Bon, d'accord, il y en avait une pour sa voiture, encore une autre pour son appartement, et enfin une dernière pour ce chalet. Mais à quoi pouvait bien servir les dix autres ?!

Après bien deux ou trois minutes de recherches intensives, le jeune photographe parvint tant bien que mal à dégoter la bonne clef, et il poussa presque un cri de soulagement lorsque cette dernière tourna sans résistance dans la serrure, avant que la porte ne s'ouvre dans un claquement métallique habituel. Là, le reste de la maison se découvrit enfin à sa vue, et Prompto ne put retenir un sifflement d'admiration.

La première pièce qui l'accueilli lui parut bien grande, tout simplement parce que le salon et la cuisine se juxtaposaient, tout juste séparé par un bar immense. Du côté salon, l'on pouvait aisément remarquer les deux canapés de cuir vert péridot qui formaient un angle parfait devant une cheminée éteinte, mais dont l'odeur de bois brûlé flottait encore doucement dans l'air, agréablement. Au-dessus de celle-ci se tenait un écran plat noir. Juste derrière les canapés était posée une longue table de bois, peut-être de l'ébène, encadré de deux bancs de même matière. Les deux uniques fenêtres de la bâtisse étaient fermées, mais Prompto, juste après avoir déposé le sac de course – qui contenait par ailleurs de la nourriture, le jeune homme n'avait pas put s'empêcher d'y jeter un regard curieux – s'empressa de tirer les rideaux pour permettre à la lumière du jour de s'infiltrer dans la pièce.

Le jeune homme eut tout juste le temps de s'apercevoir que se trouvaient deux autres portes derrière la table à manger qu'il entendit des pas venir dans sa direction.

— C'est chouette, hein ? lança alors la voix de Noctis, tandis que le jeune homme s'était adossé contre l'embrasure de la porte d'entrée, les bras croisés sur le torse. Propriété de la famille royale. Je peux y venir quand je veux.

Prompto marqua un temps d'arrêt lorsqu'il vit que le brun portait sur sa chevelure en désordre une casquette noire qui se mariait étrangement bien avec son t-shirt blanc et son jean aux teintes plus foncées. A le voir accoutré ainsi, jamais personne n'aurait put penser qu'il s'agissait du futur Roi du Lucis !

— Bon, c'est pas tout ça, mais j'imagine que t'as faim, reprit Noctis en quittant sa position initiale et posant ses mains sur ses hanches.

— Et comment ! Tu nous as pris quoi de beau à manger… ? questionna Prompto en se jetant presque sur le sac de nourriture encore sur le bar, ses actes totalement régit par la loi de la faim.

— Haha, parce que tu crois qu'on aura assez avec ça ? rigola le Prince derrière lui.

Le blondinet ouvrit la bouche dans le but d'argumenter sur le fait qu'il devait bien y avoir de quoi faire pour au moins le week-end entier à deux, mais le Prince du Lucis le devança bien rapidement, en s'expliquant sur la suite de ses plans :

— En fait, j'espère surtout que t'as pas tellement faim que ça… Parce que notre repas risque d'être assez long à préparer…

Sous le regard intrigué du jeune photographe, Noctis dévoila enfin à sa vue la chose qu'il avait pris tant de peine à cacher depuis leur arrivée en ces lieux. Lorsqu'il lui tendit, fier de lui, un long et fin bâton d'au moins deux mètres de hauteur, surmonté d'un long et presque invisible filet ceinturé autour d'une petite manivelle, Prompto se sentit pris d'un étrange vertige.

— Non mais mec, t'es pas sérieux ? demanda le blondinet en retenant un fou-rire, ce qui devait très certainement se voir à des kilomètres puisqu'il sentit sa propre bouche se tordre en un drôle de sourire. Tu comptes quand même pas pêcher ?!

— Bah… si, répondit-il le plus naturellement du monde en regardant tour à tour sa canne à pêche puis Prompto. Je peux même t'apprendre, si tu veux.

— Non merci, sans façon, lança son ami sans même réfléchir une seule seconde à sa réponse, déjà toute fabriquée dans sa tête. Je te regarderai. Et puis…

Un sourire en coin, Prompto désigna son appareil photo qu'il tenait fermement autour de son cou. Il reprit :

— … j'ai de quoi faire pour m'occuper le temps que tu t'amuses avec les petits poissons.