C'est l'approche d'un corps tout refroidi qui le réveilla. Lui qui s'imaginait s'éveiller dans la chaleur de ses bras, c'était raté. Gardant les yeux fermés, il l'attira à lui, glissant comme la veille ses bras le long de son dos. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque ses doigts entrèrent au contact de sa peau nue. Point besoin d'une motivation supplémentaire, dans le même moment, ses yeux s'ouvrirent en grand et elle sursauta, complètement prise de court.
« Pardon, » lui dit-il immédiatement.
« Je viens juste de te rejoindre je n'ai pas eu le temps de me réajuster, » expliqua-t-elle, rougissante, bon sang allait-il continuellement la faire rougir ?
« Que faisais-tu debout ? » lui demanda-t-il, curieux. Il nota au passage qu'à aucun moment elle ne réajusta sa longue chemise de nuit qui s'était retroussée au moment où elle était remontée dans le lit à ses côtés.
« Je suis descendue démarrer le feu de la cuisine pour qu'on ait chaud tout à l'heure, » expliqua-t-elle.
« Oscar voyons j'aurais très bien pu le faire, tu dois être gelée ! » la gronda-t-il gentiment.
« Tu as besoin de te reposer, » répondit-elle d'un ton qui n'admettait pas qu'on la contredise. Elle marqua une pause et le regarda, les yeux devenus mutins. Elle s'approcha de lui et lui glissa à l'oreille, « réchauffe-moi, ».
Morbleu il n'allait pas se faire prier ! La main en contact avec sa peau glissa alors franchement sous le tissu et caressa la peau tant désirée. Il en avait rêvé des nuits entières et il ne fut pas déçu, sa peau était de velours, exactement comme il l'avait imaginée. Il fut surpris de sentir ses lèvres sur son cou et ses mains chercher à se glisser sous sa propre chemise, il allait très rapidement perdre le contrôle des opérations si elle continuait, et dire qu'elle dit avoir peur de ne pas être à la hauteur !
« Oscar, loin de moi l'idée de me plaindre, mais il me semblait avoir compris que tu souhaitais faire les choses dans l'ordre » lui rappela-t-il doucement.
« Je sais, mais que veux-tu, tu es irrésistible. » lui répondit-elle de sa voix la plus innocente. Amusé, il la bascula sous lui d'un coup de bassin, ses yeux couleur de chocolat rencontrant ses comparses azuréens qui pétillaient de malice. Ses mains étaient toujours glissées sous sa chemise, coincées de fait entre son dos et le matelas remontant effrontément sa chemise de nuit, ce qui eut pour effet de resserrer le tissu, mettant en avant sa poitrine.
Ses mains à elle avaient libre accès à son torse. Il aurait donné cher pour en faire autant, tiens ! L'attirant vers elle, elle l'embrassa doucement. « Je t'aime, » lui dit-elle avant de s'extirper de son étreinte et de se lever, la longue chemise de nuit retombant bien vite, recouvrant de fait les fesses et les jambes qu'il avait eu le temps d'apercevoir et de dévorer du regard. Bonaparte avait sérieusement intérêt à presser les choses pour son mariage car encore une ou deux nuits à ses côtés et il ne répondrait plus de rien !
Elle s'était installée derrière le paravent de la chambre et il entendait l'eau couler, fermant les yeux il réalisa alors qu'elle était probablement nue à portée de main de lui. Fallait-il qu'elle ait une confiance absolue en lui pour se le permettre. « J'ai remonté de l'eau chaude, je me dépêche et je te laisse le reste, » lui promit-elle.
Quelques instants plus tard, elle émergea, habillée et en train d'énergiquement se brosser les cheveux, elle lui sourit et il se leva, ôtant sa chemise devant elle et continuant son chemin ne portant que sa culotte longue, la laissant bouche bée.
« On peut être deux à jouer à ce jeu, » se moqua-t-il, déposant un rapide baiser sur ses lèvres en passant à ses côtés.
« Tu ne perds rien pour attendre ! » lui répondit-elle tandis qu'il était déjà derrière le paravent. « Mais j'y compte bien ! » fusa sa réponse.
Elle refit le lit et s'y installa pour finir de brosser ses cheveux, le sourire aux lèvres. Elle entreprit ensuite de discipliner sa chevelure en la tressant comme elle le faisait désormais chaque matin. Aujourd'hui elle portait l'une de ces jupes que Rosalie lui avait très astucieusement cousues : il s'agissait en fait d'un très large pantalon, si large qu'il pouvait totalement passer pour une jupe. Mais au moins avec celle-ci, elle n'aurait pas de souci pour monter un cheval.
Une fois prêts tous les deux, ils descendirent à la cuisine afin de prendre une rapide collation. Oscar rangea ensuite pendant qu'Alain nettoyait la vaisselle qu'ils avaient utilisée. Ils prirent ensuite le chemin de la caserne où ils devraient rencontrer le Général Bonaparte. Oscar se demandait bien ce qu'il lui voulait et étudiait Alain du coin de l'œil : elle était pratiquement certaine qu'il savait parfaitement ce dont il en retournait.
Une fois les portes cochères passées, Oscar et Alain mirent pied à terre, laissant leurs chevaux aux bons soins des palefreniers de la caserne. Ils purent à peine faire quelques pas qu'ils remarquèrent qu'une compagnie était à l'entrainement dans la cour d'honneur. Contrairement à ce qu'elle imaginait, Oscar se sentait à son aise, et elle s'approcha pour s'intéresser un peu à l'entrainement. Depuis le temps qu'elle n'avait pas eu un entrainement digne de ce nom ! Mais bien vite elle s'agaça, remarquant le manque flagrant de maîtrise de l'officier en charge des exercices.
Alain ne la quittait pas du regard, depuis leur entrée dans la caserne, elle semblait revivre sans même en avoir conscience, la flamme de son regard était revenue. Réprimant un sourire, il la regardait observer et sans nul doute noter les erreurs manifestes de l'officier formateur, erreurs qui étaient de fait transmises à ses élèves qui seraient bientôt envoyés sur la prochaine campagne de Bonaparte.
« Foutre mais où avez-vous appris à tenir une sixte ! » s'exclama-t-elle finalement, au comble de l'agacement. Ah, il le savait, elle était incapable de résister. De colère, elle s'avança et toisa l'officier qui restait médusé devant tant d'audace de la part d'une femme. Corrigeant sa position, elle lui lança un « continuez maintenant ! » auquel il n'osa même pas ne pas obéir et l'entrainement reprit.
Sans qu'ils ne s'en rendent compte, le général Bonaparte les observait au loin. Les informations qu'ils avaient obtenues se vérifiaient, Soisson était un foutu chanceux. Encore que … son mariage n'avait pas encore eu lieu, peut-être pourrait-il tenter de dévergonder cette femme avant qu'elle ne se fasse passer la bague au doigt ? Bras croisés, dans une attitude qui n'avait rien de féminine, elle assistait au reste de l'entrainement. Au moment où l'un des soldats se fit blesser et que le sang jaillit, il se demandant comment elle allait réagir.
« Mais qu'est ce qu'on vous apprend dans cette caserne ? » gronda-t-elle au grand amusement de Soisson. Interloqué, Bonaparte la vit s'avancer, pousser l'officier sans ménagement et examiner la blessure. Elle ordonna alors au soldat de se rendre à l'infirmerie. Il observa les combats des autres soldats qui reprirent avec encore moins d'entrain et se résolu à admettre que les rumeurs étaient vraies : ses futures recrues ne vaudraient rien car leur entrainement de base était catastrophique.
« Mais foutre, sixte vous dis-je ! » insista-t-elle en s'approchant d'un autre groupe « tenez votre garde ! »
N'y tenant plus et piqué par la curiosité, il s'approcha, déclenchant un garde à vous impeccable de son colonel. Remarquant un mouvement, la femme qui avait capturé le cœur de l'un de ses plus brillants officiers s'éloigna enfin des soldats et s'approcha d'eux. Comment devait-il la saluer d'ailleurs ? Son histoire pour ce qu'il en savait était assez rocambolesque.
« Madame ? Enfin pas encore, Mademoiselle peut-être ? » s'avança-t-il.
Oscar se redressa de toute sa taille, il était vraiment petit, diantre elle était plus grande que lui ! « Colonel ira parfaitement mon général, » salua-t-elle, provoquant un sourire éclatant chez son futur mari. Il le savait, elle était faite pour la vie militaire quoiqu'elle en dise et la replonger dans cette vie avait immédiatement eu l'effet escompté.
« Colonel de Jarjayes, je suis honoré de vous rencontrer enfin, » lui dit. En entendant ces paroles, les soldats les plus proches stoppèrent immédiatement leurs exercices, la dévisageant bouches bées. Comment ? C'était elle la fameuse femme colonel qui avait pris la Bastille ? La nouvelle remonta la colonne des soldats qui s'arrêtèrent les uns après les autres. Le silence se fit dans la caserne mettant Oscar particulièrement mal à l'aise. Elle n'aimait pas se retrouver ainsi au centre de l'attention de tous. Observant Alain, elle le vit foutrement fier de lui. Oui, il avait décidemment prévu son coup et ne perdait rien pour attendre.
« Donnez-lui une épée mon général, et elle va leur faire la démonstration de leur vie, » osa-t-il même ajouter. Oscar pinça les lèvres et le fusilla du regard.
« Je pense que la démonstration a été faite sans même qu'une épée ne sorte de son fourreau, » estima Bonaparte, « Colonel je vous remercie d'avoir confirmé les doutes que mon état-major avait émis concernant la qualité de l'enseignement basique de nos recrues. » Il les salua, et s'éloigna, rejoignant son bureau, comme si de rien n'était.
Le bruit d'une épée touchant terre dans un vacarme sans nom vint sortir tout le monde de sa torpeur. « Reprenez l'entrainement ! » brailla l'officier en charge, sentant que le vent risquait fortement de tourner en sa défaveur. Les lèvres toujours pincées, Oscar observait Alain sans un mot, puis finalement, elle n'eut qu'une question : « Tu préparais ça depuis combien de temps ? »
« Je n'ai pas vraiment préparé les choses, il nous a fait part de ses soupçons, je lui ai proposé l'avis d'une experte, tu as fait le reste. » répondit-il calmement. Il n'avait jamais répondu à la moindre de ses tentatives d'intimidation avant, ce n'était pas maintenant qu'il allait commencer. Il finissait par bien la connaître désormais. Certes elle n'avait sûrement pas apprécié ce qu'elle considérait certainement comme une manipulation, mais elle avait réagi exactement comme il l'avait supposé, ouvrant sans qu'elle ne s'en doute une porte vers un futur : Bonaparte n'était pas homme à se passer de personnes qualifiées. Et Oscar l'était, hautement.
« Colonel ? » les interpela-t-on de loin. A sa grande satisfaction, il constata qu'Oscar avait répondu à l'appel aussi, et s'était retournée : l'instinct reprenait le dessus. Il s'avança et récupéra le précieux document que Bonaparte venait de signer : une dispense exceptionnelle de publication des bancs pour le mariage de l'un de ses officiers les plus prometteurs.
Souriant, il revient vers Oscar et lui indiqua un passage vers une arrière-cour depuis laquelle l'on entendait des coups de feu. « Souhaites-tu également lui faire un rapport sur l'entrainement au tir ? » se moqua-t-il gentiment. Il fallait veiller à ne pas la pousser à bout, elle lui botterait l'arrière-train devant tout le monde. Mais résister à l'envie de la taquiner ? C'était au-dessus de ses forces. Ils s'avancèrent et les regardèrent de loin. Oscar observait le vide, et Alain observait Oscar observant le vide. Belle brochette d'observateurs s'il en est.
« Le général a été impressionné tu sais, il n'a presque rien dit, mais je le connais maintenant. Je suis prêt à te parier ce que tu veux qu'il est en train de réorganiser la formation des conscrits et qu'il est à la recherche de la personne qui va pouvoir mener ce petit monde à la baguette avec efficacité. Une main de fer dans un gant de velours. » dit-il innocemment.
« Eh bien laisse-moi te dire que ton petit général tout aussi impressionné qu'il soit n'obtiendra rien de moi ! » pesta-t-elle à sa grande surprise. Il était pratiquement certain qu'elle serait partante, oh peut-être pas franchement enthousiaste au début, après tout, il admettait volontiers un minimum de manipulation dans sa manœuvre, mais c'était pour son bien non ? Une fois la routine militaire de retour, il était persuadé que la flamme qui avait animé de nouveau son regard reviendrait et réclamerait sa juste place. Et le meilleur dans tout cela, c'est qu'à aucun moment elle ne courrait le moindre risque.
« Pourquoi dis-tu cela ? » demanda-t-il finalement.
« Sa réputation avec les femmes le précède je te signale, et je ne compte absolument pas figurer à son tableau de chasse. »
« Il ne manquerait plus que ça tiens ! » grogna-t-il. « Nous verrons ce qu'il décidera, après tout je ne fais que supposer. » Il la regarda quelques instants, son attention s'était enfin fixée sur les soldats qui rechargeaient leurs fusils. Il savait qu'elle était finalement en train d'étudier ses options, l'idée faisait son chemin. Il résista à l'envie de la prendre sans ses bras, si elle devait prendre la tête de cette caserne c'était tout à fait inapproprié.
D'un autre côté … affirmer clairement que son cœur était déjà pris était foutrement tentant car il était certain qu'elle briserait des cœurs … Mais c'était risquer de se faire émasculer devant témoins. Se mordant les joues pour ne pas rire, il s'approcha d'elle avec tout le respect qu'elle lui inspirait et lui tendit le document qu'on venait de lui remettre. Le lisant rapidement, elle releva la tête vivement vers lui, semblant impatiente mais sans prononcer un mot.
« Je pense que nous devrions aller à Jarjayes maintenant, non ? » lui proposa-t-il.
Son visage se ferma, il n'avait même pas besoin de sa réponse, c'était clairement un non très ferme. Il y avait là un souci qu'il devrait soulever sans tarder. Son petit doigt lui disait que cela allait au-delà de ce conflit d'honneur qu'elle entretenait avec son père. Mais il n'arrivait pas à comprendre exactement ce qu'il en était.
« Ou alors on peut simplement le faire dans la petite église à côté de chez Rosalie et Bernard. Ton père et Grand-Mère peuvent être prévenus dans la journée et nous pouvons organiser notre mariage dès demain. » Autant battre le fer tant qu'il était chaud.
Elle hocha la tête pour lui signifier son accord. Ils profitèrent alors du service de messagerie de la caserne pour faire partir immédiatement un message à Jarjayes et ils récupérèrent leurs chevaux pour rentrer dans la maison qui les hébergeait présentement. Ils avaient un mariage à préparer !
