DEUXIEME PARTIE : IL VEUT SA TENDRESSE
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Chapitre 17 : Mr Charlus Potter
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30 décembre 1943,
Ci-gît Cygnus Sirius Nigellus Black
1882-1943
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Un an plus tôt,
31 décembre 1942,
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« Tu m'emmerdes, Esméralda. Et tu m'emmerdes profondément, fit Charlus sans même essayer de maîtriser son exaspération.
-Tu n'es pas obligé d'être vulgaire, Charlus, répliqua Esméralda en croisant les bras devant elle. »
Elle ne baissa pas la tête. Pire, elle releva le nez avec son air hautain insupportable. Il avait vraiment envie de la gifler, là, juste pour la remettre à sa place et la faire redescendre sur terre.
« Tu m'as fait une scène des plus mélodramatiques il y a trois jours, et aujourd'hui, tu me supplies de te demander de m'accompagner au Grand Bal du Ministère pour la nouvelle année ? C'est quoi ton problème ? continua-t-il sans tenir compte de sa remarque.
-Je t'ai trouvé dans le lit de ma voisine ! explosa-t-elle.
-Je t'en prie, soupira-t-il avec ennui, tu ne connais pas la définition du mot fidélité. Ce n'est pas toi qui me reprocheras d'être volage.
-Ma voisine, Charlus ! Je la croise tous les jours ! insista-t-elle de manière tout à fait risible et agaçante.
-Tu m'as clairement fait comprendre qu'un seul homme ne te suffirait jamais, Esmeralda. Et bien sache que je ne me contenterai jamais de toi. Voilà, tu es contente ? fit-il tout à fait hors de lui. Faut-il que je te l'écrive ? Que je te fasse un Serment Inviolable ?
-Arrête d'être cynique comme ça ! Je t'ai dit ça il y a quatre ans !
-Et pendant quatre ans tu as agi tout à fait en conformité à cela, répliqua-t-il.
-Mais j'ai changé !
-En deux semaines, tu veux dire ? Car qui était chez toi il y a deux semaines lorsque je suis arrivé parce que tu m'avais demandé expressément de venir, hein ? Je crois que nous en avons fini, conclut Charlus en se dirigeant vers la sortie. Lorsque tu arrêteras de me réclamer une fidélité que tu ne sais pas toi-même adopter, nous en reparlerons, vu ? En attendant…
-Pourquoi tu ne veux pas officialiser notre relation ? »
Charlus se figea, main sur la poignée de la porte. Oh il savait très bien que l'officialisation selon Esméralda n'était pas seulement publique. Elle ne voulait pas qu'il parle d'elle comme sa compagne ou sa petite-amie ou quelque chose comme ça. Ce qu'Esméralda voulait, c'était une bague au doigt, et obtenir un nom réputé, connu et de Sang-Pur. Sauf que pour porter le nom de Potter, il fallait être courageux, loyal et fidèle. Trois mots qui faisaient défaut à Esméralda. Trois mots qui lui étaient inconnu. Trois mots qu'il bafouait de plus en plus au fur et à mesure des années alors qu'il s'obstinait dans cette relation qu'il avait cru être celle de sa vie.
« Parce que tu saurais être fidèle ? demanda-t-il sans se retourner, tout à fait désabusé.
-Qu'est-ce que ça change ? Je ne peux pas avoir d'enfant de toute façon. »
Et voilà qu'elle remettait cela sur la table. Vraiment, il comprenait son mal être et sa tristesse à l'idée de ne jamais pouvoir donner la vie. Mais depuis qu'elle l'avait appris deux ans plus tôt, jamais, à aucun moment il ne lui en avait tenu rigueur. Il avait été aux petits soins avec elle, il l'avait même plus ou moins présentée à ses parents pour lui montrer que cela ne changeait rien entre eux et à ce qu'il éprouvait pour elle. Même elle, avant de le savoir, disait souvent qu'elle ne voulait pas d'enfant. Elle s'était crue enceinte, avait voulu avorter. Ils s'étaient disputés mais il l'avait quand même accompagnée à Ste-Mangouste pour vérifier si oui ou non elle était bien enceinte. Le verdict était tombé : aucun bébé car aucun moyen d'en avoir. Elle avait soupiré de soulagement. Elle avait soupiré de soulagement. Egoïstement, comme il avait préféré cette réaction, plus facile à gérer qu'une tristesse sans fond et inconsolable, il avait fait en sorte de ne pas montrer sa stupéfaction. Et deux mois plus tard, au moindre mot ou geste qui ne lui convenait pas, elle avait avancé cette excuse une première fois. Vraiment, il n'en pouvait plus.
« Tu ne comprends rien, soupira-t-il. Ce n'est pas une question de paternité, c'est une question d'amour. Mais comme ceci t'es étranger, je vais m'en aller avant de vraiment m'énerver.
-Arrête de fuir ! s'époumona-t-elle. Tu as simplement peur de l'engagement !
-Je n'ai pas peur de l'engagement ! rétorqua-t-il en s'avançant vers elle à grands pas pour venir la saisir à la mâchoire. »
Ses yeux noirs sans fond le happèrent un instant, mais l'amour qu'il avait pu ressentir un jour pour elle se transformait de plus en plus en rage.
« Je répugne à m'engager avec quelqu'un d'aussi inconstant que toi, c'est tout, cracha-t-il.
-Ne dis pas ça, ne…
-Toi, arrête de me dire ce que je ne dois pas faire ! Il suffit ! Je suis en retard à cause de tes histoires, je vais encore me faire remarquer ! explosa-t-il. Envoie-moi un hibou quand tu seras calmée, vu ? J'en ai ma claque ! »
Il la lâcha brusquement, tourna les talons, ignora les geignements d'Esméralda, et fit décoller son balai. Deux secondes plus tard, il volait en direction du ministère de la Magie.
Il n'en pouvait plus. Vraiment. Lorsqu'il avait rencontré Esméralda, quatre ans plus tôt, il était encore plein d'illusions sur les femmes. Il les pensait douces, gentilles et dociles même s'il les aimait avec du caractère et de l'ambition. Mais une ambition comme celle de sa propre mère, la Guérisseuse Annabella Potter. Il aimait voir une femme qui voulait réussir par elle-même, malgré le regard condescendant des autres hommes. C'était même sûrement ce qui lui avait plu chez Esméralda. Ah ça, elle voulait réussir. Elle avait été embauchée comme secrétaire du Club de Flaquemare en août 1938. Et bon sang, qu'elle était belle. Peau dorée, parfum de miel, taille élancée et mains fines. Ses yeux noirs ressemblaient à deux puits sans fond dans lesquels on aurait aimé se noyer pour l'éternité. Et rapidement, elle s'était fait sa place. Les joueurs de l'équipe, pourtant réputés pour leurs mauvaises manières, avaient marché au pas en une semaine. Elle avait été promue au ministère un an et demi plus tard au Département des Jeux et Sports magiques tout en continuant ses activités de Voyante pour se faire connaître et enfin pouvoir ouvrir son propre cabinet sur le Chemin de Traverse l'année dernière. Mais elle n'en avait jamais assez. Elle en voulait toujours plus. Son ambition avait pris des proportions démesurées cette dernière année. S'il avait eu des difficultés à accepter cette relation très libre qu'ils entretenaient, il y avait finalement trouvé des avantages. Il n'avait pas à écrire à Esméralda, il pouvait regarder une autre femme sans culpabiliser, il pouvait partir à l'autre bout du monde pour un match sans avoir besoin de la prévenir, il n'avait personne qui envahissait sa maison… et pourtant, il aurait aimé qu'elle le fasse. Il aurait aimé qu'elle lui écrive et qu'il puisse lui répondre des lettres enflammées et niaises à souhait. Il aurait aimé qu'elle l'attende le soir pour un dîner en tête à tête dans un chez-eux. Il aurait aimé devoir faire des pieds et des mains pour se faire pardonner ses déplacements à répétition. Il aurait aimé… Il aurait aimé qu'elle lui montre qu'elle l'aimait autrement qu'en le laissant faire tout ce qu'il voulait, et en ne se refusant rien. Il aurait aimé une relation un peu plus… traditionnelle… un peu plus… sentimentale. Il aurait aimé partager plus que son lit et ses soirées.
Il secoua la tête et obliqua la trajectoire de son balai en se rendant compte qu'il s'était éloigné de la direction du Ministère de la Magie. Il devrait pouvoir y être dans cinq minutes à présent. Avec un peu de chance, sa mère ne le rabrouerait pas devant tout le monde.
Il n'empêche que sa mère avait raison. Esméralda ne le rendait plus heureux depuis bien longtemps. Si tant est qu'elle l'ait un jour vraiment rendu heureux. Les deux premières semaines avaient été idylliques. Puis cette fameuse mise au point sur l'absence de fidélité l'avait vite fait déchanter. Il avait cru pouvoir la faire changer d'avis. Puis quand au bout de deux mois il s'était rendu compte qu'une fois sur deux, avant qu'ils ne se retrouvent, elle avait vu quelqu'un d'autre, il avait tenté de faire pareil – dans l'idée puérile et inutile de la rendre jalouse ce qui n'avait bien sûr pas fonctionné. Puis il s'était accommodé. De toute façon, il n'était pas assez souvent en Angleterre de mars à juillet pour la faire changer d'avis ou la surveiller. A quoi bon s'obstiner, hein ?
Il posa le pied à terre et s'ébroua comme un chien mouillé. Malgré tout le gratin du Ministère pédant, cupide et hypocrite, il allait passer une bonne soirée. Anderson et Carley devaient être déjà là, en tant qu'employés au Service des Transports magiques. Anderson aimait s'empiffrer des petits-fours et échapper à la surveillance de son épouse, Emily, la sœur de Carley. Carley le suivait. Et Charlus les rejoignait, bien content de pouvoir finir la soirée au bar avec eux et Ignatius, qui aurait alors fini de tourner en rond chez ses parents.
Il allait passer une bonne soirée, loin d'Esméralda et des problèmes qui gravitaient autour d'elle. Il penserait à autre chose, il rirait avec ses amis, et il ne penserait plus à la fadeur de sa vie sentimentale. Bon Dieu, il était vraiment pathétique.
Il ébouriffa ses cheveux, redressa son balai, et entra dans la cabine téléphonique. En passant par l'entrée des visiteurs, il serait plus discret et pourrait peut-être se glisser parmi les convives comme si de rien n'était.
Souhait utopique, bien sûr. A peine avait-il fait un pas dans le hall bondé transformé en salle de réception pour l'occasion, qu'une jeune femme, la vingtaine, lui sauta presque dessus.
« Vous êtes Charlus Potter ? L'Attrapeur de Flaquemare et d'Angleterre ? s'extasia-t-elle en le débarrassant de sa cape et son balai.
-C'est moi, dit-il en souriant largement malgré la déception qu'il sentait naître. »
C'était toujours comme ça, depuis six ans à présent, depuis qu'il avait intégré l'équipe de Flaquemare et pire, qu'il occupait le poste d'Attrapeur d'Angleterre : lorsqu'on s'adressait à lui, et lorsqu'une femme lui tombait dans les bras, c'était grâce à son nom et sa célébrité. Oh c'était plaisant, surtout quand la fille était mignonne, mais c'était aussi assez agaçant de ne voir dans leurs yeux que son reflet physique. Il avait une tête, nom de nom, et même des émotions. Il n'était pas là pour…
« Par Merlin, je vois du beau monde ce soir ! s'exclama-t-elle en lui tendant un ticket pour récupérer ses affaires à la sortie. Excusez-moi, je n'ai pas l'habitude, dit-elle avant de glousser, ses grands yeux bleus extatiques. Mais c'est qu'on ne m'avait pas dit que les joueurs de Quidditch de renommée étaient invités !
-Seuls les membres de l'équipe qui a fait atteindre la troisième place à l'Angleterre lors de la coupe du monde, ma jolie, répliqua-t-il en se décrispant doucement.
-Ma jolie ! Oh il m'a appelée ma jolie ! s'excita la fille pendant qu'il s'éloignait. »
Sa cousine Ambuela lui avait un jour expliqué pourquoi les filles, comme les gars, étaient tant en admiration devant lui et les autres joueurs de Quidditch. « Tu les fais rêver, Charlus. Un mot gentil de ta part entretient leurs rêves et leur donne la force de les rendre réels. » Peut-être. Il voulait bien essayer d'y croire. C'était plus agréable de penser de cette manière que d'être méfiant en permanence. Et puis, les yeux pétillants d'un enfant lorsqu'il signait son T-shirt ou n'importe quoi d'autre, ça ne mentait pas.
« Potter ! Je suis là ! »
Il se tourna vers la voix de Jim Anderson. Son ami de longue date avançait vers lui d'un pas vif. Oh oh, il avait déjà faussé compagnie à Emily. Si elle les retrouvait avant la fin de la fête, pas sûr qu'ils réussissent à s'échapper une nouvelle fois et qu'ils puissent finir la nuit au pub. Où était Carley, d'ailleurs ? D'ordinaire, on voyait rarement l'un sans l'autre.
« Salut Anderson, dit aussitôt Charlus en lui serrant la main. Em et Carley ne sont pas avec toi ?
-Je les ai laissés avec le supérieur pour partir à ta recherche, expliqua-t-il avec impatience. Il faut absolument que je te montre quelque chose. Suis-moi. »
Charlus le suivit sans protester, interloqué à son tour par l'empressement d'Anderson.
« Alors, qu'est-ce que…
-Chut. Regarde, là. »
Ils étaient cachés derrière la fontaine centrale du Hall du Ministère de la Magie. Juste derrière, Anderson lui montrait…
« Elle est encore plus canon qu'à Poudlard, souffla Anderson. »
Cette silhouette élancée au visage d'une pâleur de glace et aux traits fins, ah ça, Charlus avait passé du temps à l'observer à Poudlard. Elle avait toujours ce nez droit que les mauvaises langues disaient un peu trop long et ces yeux d'onyx qu'on voulait captiver. Sa robe tout aussi noire que ses cheveux remontés en un chignon sophistiqué, tombaient le long de ses jambes jusqu'au sol, si bien qu'on ne voyait même pas ses chevilles.
Le Glaçon.
« Dorea Black, souffla Charlus avec fascination.
-Je n'avais pas pensé à elle depuis des années, reprit Anderson, et quand je l'ai vue avec son éternel petit air ennuyé, ça m'a rappelé des souvenirs. »
Effectivement, elle semblait s'ennuyer royalement. Charlus pouvait même voir des soupirs s'échapper de sa bouche rougie par le maquillage et ses sourcils se froncer d'agacement dès que quelqu'un essayait de lui parler. Elle n'avait pas changé. Enfin, son air insatisfait permanent n'avait pas changé. En revanche, ce petit grain de beauté sur sa pommette gauche, Charlus ne s'en souvenait pas. L'étrange collier qu'elle portait autour du cou non plus. Pas même de…
« Mais qu'est-ce que tu fous ? chuchota Anderson avec panique. »
Charlus se retourna vers son ami et se rendit compte qu'il était sorti de leur cachette précaire pour s'avancer vers Black.
« Je vais la saluer, répondit-il avec un sourire moqueur. Avec un peu de chance, elle ne me rembarrera pas aujourd'hui.
-Mais tu n'es pas bien, s'horrifia Anderson. Son père est à côté d'elle, et tu sais qui est son père ? Il a une horrible réputation. Tout le monde dit que c'est un proche de Grindelwald et…
-Quoi ? s'étonna Charlus. Si c'était un proche de Grindelwald, il serait arrêté depuis longtemps.
-Arrête, le supplia Anderson en jetant des coups d'œil inquiets autour de lui. Si Carley ou Em arrive je vais passer un sale quart d'heure.
-Qu'est-ce que tu racontes ? se moqua Charlus.
-J'ai toujours dit à Em que je n'avais juré que par elle, paniqua Anderson.
-Quoi ? hallucina Charlus. On passait des heures au Club de Duel avec Carley pour la regarder s'agiter dans tous les sens et guetter le moment où sa robe se lèverait assez pour dévoiler ses chevilles et…
-Carley et toi vous y alliez pour cela, moi, je vous accompagnais seulement, nuança son ami en se mettant devant lui pour lui bloquer le chemin.
-Tu plaisantes ? Tu étais le premier à baver sur elle !
-Chut ! s'affola Anderson. Em et Carley ne le savent pas.
-Pourquoi tu as juré ça à Em, c'est stupide, se moqua à nouveau Charlus.
-C'était la condition pour que Carley arrête de me frapper et me laisse sa main, couina Anderson. »
Charlus arrêta enfin de marcher vers Black pour exploser de rire. Anderson se mettait toujours dans des situations pas possibles.
« Et c'était quoi la condition ? intervint la voix mutine d'Emily Carley-Anderson derrière lui. »
Anderson blanchit instantanément car il savait très bien que Charlus ne savait pas mentir et qu'il allait tout raconter, mais cette fois il se trompait. Charlus préférait voir comment Jim Anderson comptait s'en sortir.
« Que je te rende heureuse pour l'éternité, bafouilla-t-il.
-J'espère bien que tu rendras ma sœur heureuse pour l'éternité, Anderson, marmonna Carley avec un regard perçant. »
Charlus se retint de rire en voyant Anderson se ratatiner sur place et réceptionna le bonjour des trois enfants d'Anderson et Emily. Il attendit qu'Emily s'éloigne avec une sorcière à laquelle il n'avait pas prêté d'attention, pour informer Carley de l'attraction de la soirée.
« Regarde qui est là, Carley, reprit-il en désignant Dorea Black de la main.
-Strangulot, c'est bien quelqu'un que je ne pensais jamais revoir, s'étrangla Carley.
-Je vais la saluer, tu viens avec moi ?
-T'es taré, elle va m'anéantir sur place, fit Carley les yeux rond de stupéfaction.
-Jim vient aussi, n'est-ce pas, Jim ? demanda Charlus d'une voix doucereuse. »
Anderson se contenta d'un regard noir avant d'hocher sèchement la tête. Charlus n'attendit pas de réponse orale pour s'approcher de la sorcière qui semblait de plus en plus exaspérée. Ses jolis sourcils noirs se froncèrent dangereusement lorsqu'elle comprit qu'ils se dirigeaient vers elle, mais elle n'eut pas le temps de s'échapper puisque Charlus s'empara de sa main gantée.
« Dorea Black, souffla-t-il avant de se baisser pour lui embrasser le dos de la main. Je suis ravie de voir que les années n'ont fait que renforcer ton charme, dit-il en la détaillant sans aucune gêne.
-Je vous demande pardon ? fit-elle avec un étonnement teinté de mépris. Je ne crois pas qu'on se connaisse, monsieur. »
La surprise le figea si bien qu'il en perdit la parole une seconde de trop. Oh, elle voulait jouer à ce jeu ? Très bien.
« Tu ne me reconnais pas, Black ? s'amusa-t-il.
-Je me serais souvenu d'un ton si impertinent, rétorqua-t-elle avec un regard de connivence. »
Oh, son répondant le ramenait six ans en arrière. Mais pas que. C'était tellement rare qu'on lui parle sur ce ton qu'il sentait son insolence caractéristique refaire surface puissance dix.
« Voyons voir, si tu ne me reconnais pas pour mon ton impertinent, tu vas peut-être me reconnaître grâce à mon physique, tout simplement, poursuivit-il.
-Parce que vous croyez avoir quelque chose de spécial, monsieur ? fit-elle avec ennui. »
Là, il s'étrangla tout bonnement. Elle le faisait exprès, n'est-ce pas ? Elle ne pouvait pas ne pas l'avoir reconnu ? Et puis, il avait un physique de rêve ! Bon, il s'était peut-être un peu laissé aller depuis la mi-septembre et la fin des entraînements intensifs, mais tout de même ! Elle le disait impertinent, mais elle n'était pas mal non plus dans son genre !
« Ne me fais pas marcher, j'ai assez fait la couverture de Sorcière Hebdo cette année, répliqua-t-il.
-A quel ragot pouvez-vous bien être mêlé, monsieur, si ce n'est pas indiscret ? Car je suis dans l'obligation de reconnaître que ni vous, ni vos amis ne sont… Anderson ? se coupa-t-elle en clignant des yeux sous le coup de la stupéfaction. C'est bien toi qui avais mis des limaces dans mon sac de cours à Poudlard, n'est-ce pas ? dit-elle dangereusement. »
Ses narines se dilataient sous le coup de la colère, et ses joues prenaient une maigre couleur rose pendant qu'elle fixait Anderson avec un agacement prononcé. Quant à Anderson, il se liquéfiait sur place. Il avait toujours le mauvais rôle. Il n'empêche, Charlus aurait donné beaucoup pour être à la place d'Anderson à cet instant. Elle les avait oublié, comme ça, comme s'ils n'avaient été que des parasites ou même tout à fait transparents à Poudlard ?
« J'avais dix-sept ans, plaida Anderson en passant une main nerveuse dans ses cheveux. »
Ce petit reniflement hautain qu'elle faisait, la rendait aux yeux de Charlus encore plus inaccessible… et attirante. C'était dingue comme un béguin ou plutôt un fantasme vieux de sept ou huit ans et qui était plus une obsession collective de la gente masculine à Poudlard, pouvait rallumer quelque chose en lui.
« Et moi j'en avais quinze, dit-elle en l'assassinant du regard. J'ai bien cru que j'allais t'arracher les yeux à toi et ton insupportable ami quand j'ai attrapé une limace alors que je voulais une plume.
-Mon insupportable ami ? ne trouva qu'à bredouiller Anderson.
-Un brun qui se prenait pour le roi du monde, siffla-t-elle entre ses dents. »
Anderson ouvrit la bouche, sans doute pour dire que l'insupportable ami brun n'était autre que Charlus, mais Charlus le fit taire d'un coup de coude. Si elle ne se souvenait plus de rien, il pouvait peut-être essayer de… mais de quoi, d'abord ? d'en faire son amie ? de la mettre dans son lit ? Oh là, il était curieux de voir si elle resterait aussi glaciale au lit ou si…
« Mais de toute évidence, ce n'est aucun de ces deux-là, reprit-elle avec ce petit ton ennuyé. Donc vous êtes ?
-Bastian Carley, ça ne te dit vraiment rien ? fit Carley en croisant ses bras devant lui.
-Il faut croire que non, reprit-elle calmement. Si ton ami a mis des limaces dans mon sac, toi, qu'est-ce que tu as fait ?
-Rien, absolument rien, j'étais très… respectueux, mentit-il effrontément. »
Carley jetait des sortilèges de Vent sous les jupes de Black pour que sa robe se soulève, mais c'était très respectueux, bien sûr.
« Et monsieur Tout-le-monde-me-connaît ? reprit-elle sans se départir de ses traits glacés.
-Oh allez Black, fais un effort, persista Charlus. Imagine-moi volant à cent kilomètres heure sur un balai, précisa-t-il comme elle ne faisait pas mine de réfléchir. »
Elle fronça les sourcils une seconde avant de rougir d'une manière charmante. Elle ouvrit la bouche, la referma et tâcha visiblement de maîtriser la surprise et sa fébrilité grandissante – ses doigts se tordaient entre eux devant elle à présent.
« Mr Charlus Potter, c'est ça ? bredouilla-t-elle en prenant un air dégagé on ne peut plus faux. Pardonnez-moi, mais nous n'avions jamais été présentés, je m'en serais sans doute souvenue, dans le cas contraire.
-Pourtant, je suis certain de ne pas te confondre avec une de tes cousines, s'amusa Charlus.
-Vous connaissez une de mes cousines ? dit-elle sans le regarder dans les yeux.
-Pas personnellement. C'est un ami qui en a épousée une. »
Ah enfin la discussion s'engageait. C'était exaltant de la voir si mal à l'aise alors qu'elle était si sûre d'elle en permanence. Il avait enfin l'impression d'ébranler cette statue de glace.
« Charis Croupton ou Callidora Londubat? bafouilla-t-elle. »
Et elle bafouillait ! Merlin, c'était la cerise sur le gâteau !
« Callidora Londubat.
-Vous connaissez Mr Londubat alors. »
Il haussa un sourcil : elle appelait tout le monde Monsieur ou c'était la fébrilité qui la faisait dire des choses évidentes ?
« J'étais dans l'équipe de Quidditch de Gryffondor à Poudlard sous les ordres d'Harfang, dit-il. »
Elle n'arrêtait pas de s'humidifier les lèvres d'une façon terriblement tentante, ce dont elle ne se rendait probablement pas compte. Bon Dieu, il allait avoir des problèmes à rester trop longtemps près d'une fille comme elle.
« Ah oui ? »
Du coin de l'œil, il vit clairement Carley et Anderson lever les yeux au ciel. Ce n'était pas de sa faute si lui, Charlus Potter, Attrapeur de Flaquemare et d'Angleterre, attirait les jolies filles. Il en attrapait une (ou deux), Carley en consolait une (ou deux) et tout le monde était content.
« Eh oui. Mais Harfang a préféré entrer chez les Aurors. Je ne t'apprends rien.
-Exact. Et sinon vous… »
Elle avait enfin fait dévier ses yeux gris acier vers les siens. Le tableau final de son visage le conforta dans l'idée qu'elle était encore plus belle qu'à Poudlard. Elle avait des formes de femmes, un visage plus fin mais à la mâchoire volontaire. Quel âge avait-elle aujourd'hui ? Deux ans de moins que lui. Vingt-deux ans ? Bon sang, si elle ne s'était toujours pas mariée, c'était parce qu'elle avait sans doute un caractère bien à elle, forcément. Bon Dieu, Charlus, arrête de sauter sur toutes les femmes, nom de nom ! se fustigea-t-il.
Ses yeux gris s'écarquillèrent de terreur, et elle fit un demi-pas vers lui. Il n'y avait même plus un demi-mètre entre eux.
« Invitez-moi à danser, dit-elle avec une panique visible en jetant des coups d'œil craintifs derrière lui.
-Tu me malmènes depuis tout à l'heure, et à présent, tu veux que je t'invite à danser ? hallucina-t-il en jetant un coup d'œil derrière lui. »
Oh, mais n'était-ce pas Beurk qui arrivait à grands pas furieux sur eux ?
« S'il vous plaît, invitez-moi, le supplia-t-elle presque en posant sa main sur son avant bras croisé devant lui. »
Est-ce qu'elle voulait éviter ce Veracrasse de Theophilius Beurk ? Vérifions-le avant toute chose.
« Dépêchez-vous, s'il vous plaît, dit-elle en perdant l'impassibilité de son visage au profit d'une véritable panique.
-Une soudaine envie ? demanda-t-il avec un sourire moqueur.
-C'est cela, approuva-t-elle en essayant de tirer son bras à elle mais il ne bougea pas.
-Dorea Black a des envies soudaines avouées ? insista-t-il de plus en plus amusé. »
Carley et Anderson se retenaient de rire en le voyant la faire tourner en bourrique. Ah les bonnes choses ne changeaient jamais.
« Cousine Dorea ! Te voilà enfin, je te…
-Bonsoir Theophilius. Eh bien, Mr Potter, la prochaine musique va commencer, allons-y, dit-elle à voix haute en le regardant avec une véritable supplication dans les yeux.
-Quoi ? Tu vas danser avec cet imbécile ? éructa d'emblée Beurk.
-Qu'est-ce que tu veux, Beurk, certains attirent les jolies filles et d'autres les font fuir, se moqua-t-il ostensiblement en tirant sur la main de Dorea Black pour la tenir contre lui de façon tout à fait indécente. »
A part un hoquet de surprise, elle se retint bien de faire le moindre commentaire lorsqu'il les mena loin de ce Veracrasse puant.
« Qu'est-ce que j'aime les valses, commenta-t-il à voix haute en faisant exprès de la tenir bien plus proche de lui que ne l'exigeait la morale.
-Vous étiez obligé de jouer au coq avec mon cousin ? s'agaça-t-elle d'emblée.
-Oh oui, se contenta-t-il de répondre en faisant un signe de tête à un collègue Batteur.
-Et je peux en savoir la raison ? insista-t-elle.
-D'abord, il m'a traité d'imbécile, répondit-il avec amusement, j'ai estimé avoir droit à des réparations. Mais surtout, tu le fuis. Il doit vraiment t'agacer pour que tu en viennes à me supplier de t'inviter à danser.
-Arrêtez de me tutoyer. Si mon père vous entend, je vais avoir des ennuis, se contenta-t-elle de répliquer. »
Un merci lui aurait écorché la gorge, bien sûr, pensa-t-il en levant les yeux au ciel. Enfin, sa pommette était une peu rose, c'était sûrement un signe positif.
« S'il arrive, je te vouvoierais, fit-il avec nonchalance en se tournant vers elle. »
La valse reprit enfin et il put la guider tout à sa guise. Ah, la danse de couple. C'était sans doute le seul moment où il pourrait obtenir d'elle tout ce qu'il voulait sans qu'elle ne rechigne. On disait bien mener la danse… Et bon sang, elle faisait plus que se laisser guider, elle le suivait. Il aurait même pu penser qu'elle anticipait chacune des directions qu'il prenait tant le jeu de leurs corps était fluide. Elle lui parut presque… docile à cet instant. Pas soumise, puisqu'elle l'accompagnait plutôt que se laissait faire. Mais docile, avec lui dans la danse, et plus à ses côtés qu'en face de lui.
Ce n'était pas vrai. Une vague de romantisme à la noix le submergeait à présent qu'il avait réussi l'exploit impossible de l'inviter à danser – enfin elle en était à l'origine mais passons.
« Donc vous êtes attrapeur de métier ? souffla-t-elle sans doute pour faire la conversation.
-J'attrape, oui, fit-il avec amusement en comprenant qu'elle ne saisissait pas le double sens. »
Il aurait bien glissé sa main un peu plus bas dans son dos pour attraper une de ses fesses aussi mais… Charlus, bon sang, tiens-toi un peu ! Si tu veux l'attraper, gros malin, soit un peu plus subtil !
« Mais ce n'est pas le Vif d'Or que j'ai envie d'attraper ce soir, avoua-t-il dans un chuchotement à son oreille. »
Il se recula pour voir l'effet de cette phrase sur sa partenaire. Un étonnement tout innocent s'étalait sur ses traits froids. Ses grands yeux gris n'étaient plus obscurcis par l'agacement mais par une curiosité flagrante.
« Ah oui ? Vous voulez vous reconvertir en zoologiste ? demanda-t-elle avec intérêt. »
Hein ? Mais qu'est-ce qu'elle racontait ?
« En… zoologiste ? bafouilla-t-il sans comprendre. »
Il posa ses mains sur sa taille pour la faire décoller du sol avec légèreté et pour la première fois depuis une trentaine de mesures, ses mains se firent moites sur sa robe noire.
« Eh bien, si vous ne voulez plus attraper le Vif d'Or, j'en conclus que vous voulez attraper des animaux. »
Tant d'innocence et de naïveté, bon sang, c'était à mourir de rire. Il essaya de se contenir, crut voir un petit sourire moqueur traverser le visage de Black, se demanda un bref instant si elle se payait sa tête puis ricana de dépit. Il ne savait même plus courtiser une femme tant les filles lui tombaient dans les bras depuis quelques années.
« Je pensais plutôt à ces deux Vif d'Argent que tu as en guise d'yeux, souffla-t-il en infléchissant sa voix de quelques octave pour la rendre plus suave.
-J'aurais dû me douter que vous me feriez payer ce service, marmonna-t-elle oubliant toute tenue. Et là, si je ferme les yeux, vous faites moins le malin, hein, dit-elle un peu plus distinctement entre ses lèvres pincées.
-Oh là, j'ai envie d'attraper ta bouche. »
Elle ouvrit brusquement les yeux. Oh elle continua de le suivre dans la valse sans manifester le moindre écart ou mouvement de recul, mais il y avait tant de venin dans l'iris de ses yeux, que Charlus ne put se retenir de sourire largement.
« Tu as bien fait de rouvrir les yeux, tu me donnais l'impression de réclamer un baiser et je n'aurais pas résisté longtemps avant de t'en donner un, continua-t-il avec provocation. »
Allez, c'était presque dans la boîte.
« Redescendez sur Terre, on se connaît depuis quelques minutes, Mr Potter, et je n'ai pas l'habitude de fourrer ma langue dans la bouche d'inconnus. »
Elle avait dit tout cela très vite et à voix basse, avant de relever la tête de cette manière toute hautaine dont elle avait le secret. Seule la petite fleur de rougeur qui éclatait sur sa pommette indiquait à Charlus qu'elle n'avait pas l'habitude d'un langage si cru et fleuri. Et bon Dieu, il resta sans voix un instant, tout à fait choqué de voir de tels mots dans sa bouche.
« Voyons, tu n'y es pas du tout, se reprit-il encore interloqué. Tu es d'une beauté à toute épreuve, et je ne voudrais pas que tu interprètes mal mes intentions.
-Vous êtes un beau parleur, analysa-t-elle en levant les yeux au ciel.
-J'aime les belles choses, nuança-t-il immédiatement ravi de voir un petit sourire passer brièvement sur le visage de son interlocutrice.
-J'espère que vous ne me considérez pas comme une chose, Mr Potter.
-Mais non, vous êtes une femme.
-Alors j'espère que vous ne réduisez pas les femmes à des choses, insista-t-elle en gardant ce visage qui ne trahissait aucune émotion. »
Il s'apprêta à nier en bloc, puis repensa à Esméralda, à sa vie sans dessus-dessous depuis quatre ans, à ses nombreuses nuits dans des lits inconnus et se contenta de faire la moue.
« J'aime les femmes avec du caractère, dit-il sans s'en rendre compte. »
Un très bref éclat de rire la traversa et il en fut si surpris qu'il lui marcha sur le pied. Elle ne le releva heureusement pas. C'est que c'était la première fois qu'il l'entendait rire. Même si ce rire avait été un peu cynique, il ne se rappelait pas l'avoir entendu rire à Poudlard. Peut-être qu'elle était moins pète-sec qu'à Poudlard et qu'il pourrait vraiment aller quelque part avec elle. Voyons, si elle avait vingt-deux ans, elle ne pouvait pas être si frigide que cela.
« Ils disent tous cela, fit-elle en cessant de sourire. Mais dès qu'elle hausse la voix, il ne faut pas deux secondes avant que les reproches fusent. Ne me servez pas vos discours modernistes, Mr Potter.
-J'aime l'ambition chez une femme, insista-t-il en fronçant les sourcils, peu habitué à ce qu'on se moque de lui aussi ouvertement.
-Si je vous dis que j'aurais voulu être Doctoresse es Sorcellerie en Défense, vous ne me trouverez pas trop ambitieuse, hum ? Allez, ne jouez pas à cela avec moi, s'il vous plaît. »
Oula, c'était quoi cette désillusion ambiante ? Est-ce que ses propos ressemblaient à cela lorsqu'il parlait d'Esméralda – et des femmes en général ?
« J'aimerais seulement savoir pourquoi vous en parlez comme quelque chose dont vous avez abandonné l'idée, Miss Black, demanda-t-il d'une façon plus cérémonieuse sans y faire attention. »
Elle, elle dut le remarquer puisqu'un léger froncement de sourcil trahit sa surprise.
« Mon père pense que le Département des Mystères est putréfié et que j'ai mieux à faire, raconta-t-elle après plusieurs secondes de silence. Ma mère se range à son avis. Et j'ai beau avoir le soutien de mes oncles et l'un de mes cousins, aucun ne s'est jamais risqué à prononcer un mot en faveur. Et vous, Mr Potter, qu'auriez vous fait si votre cousine avait tenté de faire quelque chose d'un peu trop… audacieux ? »
Est-ce qu'elle le provoquait ? Ma foi, son visage demeurait si neutre qu'il était bien en peine de le savoir. Un oui spontané allait glisser de sa bouche avant qu'il ne repense à sa cousine Evangeline dans les bras d'un homme qui n'était pas son mari. Hum. Même s'il avait explosé de rire et qu'il avait passé son temps à se moquer d'elle, il ne l'avait pas vraiment encouragée lorsqu'elle avait prudemment avancé l'idée de quitter Murdock, son mari, pour partir aux Etats-Unis avec son amant.
« Je vous aurais soutenu, préféra-t-il répondre.
-Pensez à cette conversation lorsque vous vous marierez, voulez-vous, qu'une femme dans ce pays puisse agir comme bon lui semble. »
Par Merlin, cette conversation était surréaliste. Elle en avait vraiment dans la cervelle. Elle n'était pas seulement belle et pleine de répondant, elle réfléchissait comme peu et réclamait une indépendance tout à fait scandaleuse. Scandaleusement tentante. Oh non, cette fille n'était plus innocente pour tenir un discours pareil.
Il resta muet comme une carpe, se délectant de ses traits moins tendu que la minute d'avant, il en était sûr.
« Je vous remercie pour la danse, Mr Potter, dit-elle en s'inclinant devant lui dans une élégante révérence à la fin de la valse. Vous m'avez évité un moment passablement contraignant avec mon cousin.
-Tout le plaisir est pour moi, Dorea, souffla-t-il en baisant sa main. Puis-je… Puis-je espérer pouvoir passer le reste de la soirée en ta compagnie ? Ou au moins la garder pour une prochaine danse ? »
Les mots étaient sortis de sa bouche tout seul. Il se demanda un instant la manière dont elle allait le rembarrer avant de l'entendre.
« Vous voudriez passer la soirée avec moi ? Voyons, Mr Potter, je suis une femme respectable, se moqua-t-elle ostensiblement en lui offrant un bref sourire amusé. »
Respectable ? Elle était… Elle était toute innocente en lui tenant un discours pareil ? Ah ça, il ne pouvait pas y croire. C'était forcément de l'ironie.
« Parce que moi, je ne suis pas respectable ? rétorqua-t-il.
-Comme vous l'avez dit, Sorcière Hebdo aime colporter des rumeurs sur la façon dont vous vivez, non ? Permettez-moi de ne pas y être mêlée, répliqua-t-elle. »
Il était si sûr de percevoir de l'amusement dans sa voix, et pourtant… pourtant…
« Je saurai me faire discret et je vous bâillonnerai, lui proposa-t-il en haussant un sourcil suggestif. »
La rougeur à sa joue l'amusa, ses yeux exorbités aussi, sa bouche entrouverte par la surprise le tenta un peu plus, sa voix sifflante un peu moins.
« Je me retiens de vous gifler pour ne pas qu'on me pose de questions et parce que je vous en devais une pour cette danse. Mais sachez que je considère cette dette comme liquidée. »
Elle tourna les talons, laissant sa robe se soulever juste assez pour dévoiler le bas de ses talons carrés. Charlus regarda son dos enfermé dans le tissu noir s'éloigner de lui. Son regard glissa sur sa taille fine et bien marquée. Ses fesses étaient dissimulées dans les nombreux plis de sa robe à l'arrière. Quant à ses bras… Ils n'étaient pas pris dans le tissu de sa robe, mais ses mains, serrées en poings furieux, étaient couvertes jusqu'au pli du coude par des gants.
Oh il saurait être patient pour toucher la peau de Dorea Black. Elle avait cette petite pudeur qui lui faisait perdre les sens comme cela ne lui était pas arrivé depuis des années.
« Black, attends-moi ! s'exclama-t-il en la rejoignant en trois enjambées. Beurk risque de revenir et je me sentirai responsable s'il salissait tes jolis doigts.
-Mes doigts sont protégés par mes gants, Mr Potter, répliqua-t-elle. »
La soirée promettait d'être intéressante.
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(... Alors ?... Ne détruisez pas trop Charlus Potter s'vouplaît... J'attends vos réactions ! A très vite !)
