Tous s'interrogèrent. Pourquoi ces bandits étaient-ils en possession d'un portrait, celui de Ciri qui plus était ? Geralt, Yennefer et Triss étaient les plus étonnés, ne sachant pas ce qu'il s'était passé quelques mois plus tôt à Novigrad. Ciri failli fondre en larme. Comme toujours, il fallait que des personnes mal intentionnées convoitent son pouvoir, et cherchent à lui nuire. Son compagnon se pressa contre elle pour la rassurer. Taria posa une main sur son épaule malgré les regards des magiciennes.
Vilgefortz, Léo Bonhart, Eredin et la chasse sauvage elle avait survécu à beaucoup, elle n'avait jamais cessé de fuir, et voilà qu'elle n'allait plus être en sécurité. Une nouvelle fois. Des larmes coulèrent sur ses joues, mais elle les essuya pour que personne ne la voit pleurer. Elle devait rester forte, peu importe ce qu'il se passerait. Sentir l'aura de Léo la rassura aussi cette fois, elle n'était pas seule, et la jeune femme savait qu'elle pourrait compter sur son soutien. Elle était toujours restée seule, ne pouvant se résoudre à mettre en danger ses proches ou les gens qu'elle rencontrait, mais cette fois-ci, elle ne pourrait pas les laisser en dehors de ça.
La sorceleuse jeta un rapide regard autour d'elle, avant de se rendre compte qu'elle ne voyait pas Skjall. Grieldan, comprenant sa détresse, bondit avec une rapidité déconcertante au-dessus du petit muret près de lui, avant de se ruer dans la maison. Ciri et Léo accoururent derrière lui, suivi de près par Taria, Triss et Yennefer. Qu'elle fût son soulagement quand l'elfe déposa l'enfant dans ses bras. Il pleurait, sentant l'anxiété de sa mère, et elle eut du mal à le calmer.
Pendant ce temps, Jaskier – qui grognait – et Zoltan finissaient d'entasser les corps dans un coin, aidés par le majordome de Corvo Bianco. Lorsqu'ils eurent fini, ils rejoignirent les autres. Un climat de tension régnait à présent, et plus personne n'avait le cœur à faire la fête. Même Jaskier avait perdu sa bonne humeur, regardant son amie avec un regard triste. Grieldan observait Taria, qui se savait elle-même attentivement observée par les magiciennes.
Ciri serrait fort Skjall dans ses bras, refusant de le lâcher. Pourquoi… ? pensa-t-elle, pourquoi dois-je sans cesse fuir ? Les autres restèrent silencieux, réfléchissant à la situation, les deux magiciennes les premières. Elles avaient toute deux des hypothèses qui – elles le savaient – convergeaient en tout point. Néanmoins, la brune et la rousse choisirent de ne rien dire, et d'attendre que la tempête soit passée.
- Ces bandits… Qui peuvent-ils bien être ? S'enquit Yennefer, se tournant vers sa fille adoptive.
La concernée ne répondit pas, trop occupée à contempler son fils endormi. Taria et Grieldan étaient restés à l'écart, attendant la suite. Ce fût Léo qui prit la parole.
- Impossible de ne pas les reconnaître, ce sont… Commença-t-il.
Il leur raconta tout, la situation dans laquelle s'était retrouvé Jaskier, le culte du Lis, l'enlèvement du barde, l'attaque du QG de l'ordre de la Rose-Ardente, l'affrontement à Oxenfurt et la défaite de Tonegel, la fuite de Melwe à Novigrad. Le sorceleur n'omit aucun détail, afin que les magiciennes soient parfaitement au courant. Elles acquiescèrent, dubitatives. Comment ce culte, même s'il avait été important fût un temps avait pu avoir vent du pouvoir de Ciri, mais surtout de sa localisation ?
- D'accord, mais ça n'explique pas tout, commença Triss. Y avait-t-il un mage avec eux ? Sinon, comment pouvaient-ils savoir pour Ciri ?
- Il me semble en avoir aperçu un, lorsque Ciri et moi nous trouvions à Oxenfurt… répondit Léo, mais il a disparu quand nous sommes arrivés…
Ciri se mit à réfléchir, et tout commença à s'assembler. Elle avait fait usage du sang ancien pour se battre à Oxenfurt, et le mage avait dû en être témoin. Elle frissonna, et se maudit. Merde ! Si seulement j'avais fait plus attention ! Quelle idiote ! Les deux magiciennes acquiescèrent. Lors de l'attaque, elles avaient senti une aura magique extrêmement puissante à l'œuvre, mais la rousse n'avait pas réussi à la localiser à temps.
- En tout cas tu n'es pas en sécurité ici Ciri, commença Geralt, tu devrais…
- Je ne peux pas passer mon temps à fuir Geralt, mais en même temps je ne sais pas quoi faire… Si seulement j'avais fait plus attention… se lamenta-t-elle.
- Tu ne pouvais pas savoir que ça arriverait, commenta Léo, et on ne savait pas qu'il y avait un mage parmi eux…
- Oui mais j'aurais dû savoir qu'en utilisant mon pouvoir, j'allais encore m'attirer des ennuis ! Elle hurla presque. Je vous mets tous en danger à rester ici, Geralt a peut-être raison il vaudrait mieux que je m'en aille !
Elle se dégagea de l'étreinte du sorceleur, Skjall toujours dans ses bras, et couru jusqu'à la maison. Léo savait qu'il ne servait à rien de la suivre, et dissuada les autres de le faire. Laissons-là pour le moment, leur dit-il, ça vaut mieux… Les deux magiciennes firent la moue, mais elles savaient aussi que c'était la meilleure chose à faire. En revanche, elles étaient bien décidées à démasquer ce mage, qui leur semblait bien mystérieux, mais aussi à percer à jour le secret de Taria. Quand elles se retournèrent, les deux elfes avaient disparus.
- Étrange… Marmonna Yennefer, nous parlons de mage, et voilà que ces deux ont disparus… Intéressant. D'un geste discret, elle fit signe à Triss de la suivre, et elles s'éclipsèrent sous l'œil de Geralt, qui par tous les moyens essaya de rattraper sa compagne, sans succès.
Geralt renonça à rattraper Yennefer, et se retrouva seul au milieu de la cour. Il ne savait pas comment réagir devant toutes ces révélations. Léo, Jaskier et Ciri avaient tellement vécu de choses qu'il n'aurait jamais soupçonné, et il se maudit intérieurement de ne pas avoir été plus présent pour sa fille adoptive, même si elle n'est plus une enfant.
Quelques heures plus tard, Léo se décida à monter à l'étage, et trouva dans la chambre sa compagne étendu sur le lit, Skjall dans les bras. La porte grinça lorsque le jeune homme la referma, ce qui la réveilla. Il s'assit près du lit, et posa sa main sur la sienne. Lassée, elle fondit en larmes dans ses bras.
- Je vous protègerai, Skjall et toi je te le promets Ciri… Il se voulait le plus rassurant possible mais il doutait que ça fonctionnerait.
- Je pensais que c'était terminé, que je pourrai enfin vivre un semblant de vie normal, mais non, il faut toujours que ce maudit sang qui coule dans mes veines vienne tout gâcher !
La jeune femme tenait toujours Skjall dans ses bras, le sorceleur l'obligea à lui donner, et le coucha dans son landau. Après l'avoir bordé, il retourna auprès de sa compagne. Ils restèrent silencieux, l'un contre l'autre, ruminant leurs pensées respectives… Léo était en colère. J'aurai dû les éliminer, n'en laisser aucun vivant… Il se sentit d'un coup terriblement impuissant.
Le portail s'ouvrit, puis se referma après que les deux elfes en soient sortis, indemnes. Thoran retira sa cape, ordonna à Iorvan de faire de même, et pris place sur l'un des deux sièges présents dans la pièce. Le second fit de même, et resta silencieux.
- Nous avons perdu nos hommes, mais c'était prévisible… commença le mage. Ils étaient beaucoup trop nombreux.
- Que comptez-vous faire ? répondit Iorvan, c'est presque comme s'ils étaient intouchables alors…
Il sut qu'il avait trop parlé quand il sentit sa gorge se nouer et les battements de son cœur s'accélérer. Il ne fallait jamais, au grand jamais parler quand l'elfe réfléchissait, et il avait grandement manqué de tact. Après un signe de main qui attestait qu'il ne recommencerait plus, il reprit ses esprits.
- Pour te répondre quand même, pour l'instant je ne sais pas encore… Ce que je sais, c'est qu'il me faut ce pouvoir, absolument. Ainsi, je pourrai leur faire regretter de m'avoir banni de ma terre natale…
Iorvan resta silencieux, il ne fallait surtout pas interrompre le mage quand il parlait. Il l'écoute réfléchir à voix haute, se retenant de faire des suggestions, après tout, il n'était qu'un pion pour que Thoran puisse accomplir ses desseins. Pendant ce temps, les quelques sous-fifres qu'il restait dans leur base temporaire finissaient d'installer le matériel.
- Nous allons avoir besoin d'aide Iorvan, il nous faut plus de ressources, plus de main d'œuvre pour mettre la main sur cette fille…
- Sauf votre respect, j'en conclus donc que vous avez un plan…
- C'est exact Iorvan, et je sais très exactement vers qui nous allons nous tourner… Ils accepteront une collaboration cela va de soi, surtout avec ce que j'ai à leur proposer…
Iorvan savait ce que cela signifiait le sage elfe était plein de malices et de stratagèmes rusés qui lui permettaient d'arriver à ses fins. Il se leva, s'inclina prestement, et sortit de la pièce. À l'abri des regards, il écrivit une lettre, qu'il sella d'un sceau maintenant désuet : une tête de renard. Il accrocha l'écrit fermement à la patte du rapace, et le laisse s'envoler…
