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Le son apaisant du ressac s'élevait derrière les volets à demi-clos par lesquels les premiers rayons de l'aube commençaient à filtrer. Harry se tourna dans le lit, avec précaution, pour ne pas réveiller Ginny. Allongé sur le côté, il observa la jeune femme, les taches de rousseur sur sa peau pâle, ses longs cils, ses sourcils bien dessinés, son nez droit et ses lèvres roses. Il promena sa main sur la peau douce de son épaule, son toucher aussi léger qu'une plume. Elle était si belle. Il la sentit bouger sous ses doigts et se réveiller lentement. Elle ouvrit doucement les yeux, fronça le nez puis lui adressa un sourire empli d'affection.

-Tu m'observes dormir, pervers, rigola-t-elle.

-Parce que je ne peux pas me lasser de toi, dit-il à voix basse.

-Oh Merlin, Harry. C'est tellement cliché, arrête ! s'exclama-t-elle en repoussant son visage avec sa main.

Avec un éclat de rire, il l'attrapa par la taille et l'entraîna vers lui. Elle se laissa faire et s'allongea sur son corps, glissant une jambe entre ses cuisses. Ses longs cheveux roux tombèrent en cascade sur ses épaules et d'une main, il passa une mèche derrière l'oreille de la jeune femme.

-Bonjour, murmura-t-elle.

-Bonjour, répondit-il avant de l'embrasser.

Les baisers se transformèrent en caresses et les caresses en étreinte. Le silence de l'aurore ne fut brisé que par leurs respirations mêlées et leurs gémissements. Leur rythme était lent, langoureux, et tendre. Leurs regards ne se quittaient pas et leurs sourires reflétaient celui de l'autre. Le monde autour d'eux avait disparu, les emportant avec lui. Ils n'existaient que dans les sensations, sueur sur la peau, chaleur entre leurs corps, cœurs qui battaient en même temps l'un avec l'autre, ainsi que les émotions, la joie, l'amour et le plaisir. Ils ne faisaient qu'un.

L'alarme de son réveil résonna et Harry se redressa vivement dans son lit en tapant à l'aveugle sur sa table de nuit pour l'arrêter. Il resta quelques minutes assis dans la pénombre du petit appartement londonien triste, froid et vide qu'il occupait. Il passa une main dans ses cheveux en bataille, les ébouriffant encore plus et soupira. Encore une nouvelle journée qui commençait en 2016.

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Lorsqu'il sortit de l'immeuble, il fut accueilli par la silhouette familière de son partenaire qui se trouvait assis sur le muret près de la porte. Emmitouflé dans sa cape d'hiver, il tendit à Harry un grand gobelet de café chaud qu'il tenait dans sa main gantée.

-Qu'est-ce que tu fais là ? demanda le jeune Auror en acceptant la boisson avec un air méfiant. Tu viens t'excuser ?

-Pourquoi je m'excuserais ? rétorqua l'officier. Je n'ai rien fait à ce que je sache.

-J'en sais rien. Tu es devant chez moi et tu m'offres un café ? C'est louche, affirma Harry en plissant les yeux. Et comment tu connais mon adresse ?

-Je suis Auror.

Haussant les épaules en signe d'acquiescement, Harry ouvrit l'opercule de son gobelet et renifla son contenu. L'odeur alléchante du café frais lui fit mettre de côté ses soupçons et il avala une gorgée de ce nectar venu des dieux.

-Tu as dit que tu voulais m'aider à coincer Spencer, non ? reprit le Lieutenant en se mettant en marche. Je suis passé te chercher. On va faire un arrêt à Sainte Mangouste avant d'aller au travail.

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-C'est uniquement parce que c'est vous, Lieutenant, dit le Docteur Adler en lui tendant le dossier. Je ne devrais pas partager cela avec des personnes extérieures à l'enquête.

-Merci, Docteur, répondit l'officier.

Il s'assit sur le bord du bureau le plus proche de lui et commença immédiatement à parcourir les pages du rapport d'autopsie de Julia Chaplin ; la jeune femme retrouvée morte à Édimbourg. Harry se glissa à ses côtés et lui tapa sur le bras pour qu'il le laisse également lire.

-La cause de la mort est l'asphyxie, nota le jeune Auror.

-Oui, acquiesça le légiste.

-Il y a deux ans, Chrissie Fernsby a été tuée de la même manière, commenta le Lieutenant. C'était la dernière victime connue de Spencer.

Les deux Aurors examinèrent les photos du corps de la victime affichées sur le grand tableau blanc du bureau en silence.

-Le professeur Wellick affirme que c'est un homme intelligent. Cette façon de tuer montre qu'il aime avoir le contrôle sur la vie de ses victimes, déclara l'officier après quelques minutes.

-Vous pensez que ces meurtres sont le fait d'un seul et même homme ? interrogea le Docteur Adler.

Harry redressa la tête, ressentant comme un air de déjà-vu en entendant ces mots.

-C'est la même méthode utilisée pour tuer dans les deux cas, répondit le Lieutenant avec un air certain, sans quitter le tableau des yeux. Les bas en nylon, les mains liées, l'asphyxie et les femmes âgées d'une vingtaine d'années. Il ne choisit pas ses victimes au hasard. Il les a sélectionnées avec attention et les a suivies de près.

-Suivre quelqu'un demande du temps et des efforts, commenta le légiste, avant de tourner la tête vers les Aurors. Lieutenant, comme vous pouvez le voir, l'autopsie n'a pas révélé beaucoup d'indices. Dans ce genre de cas, il faut se concentrer sur ce qu'il s'est passé avant et non après. Découvrir l'identité du tueur, sa personnalité, son profil.

-Son profil, répéta le Lieutenant, le regard rivé vers le tableau devant lui.

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-Qu'est-ce que c'est que ça ? s'étonna Harry, la tête penchée sur le côté.

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-Un cache-théière, répondit Rose qui se tenait près de lui, les bras croisés.

-Je vois bien que c'est un cache-théière. Je demande juste ce que ça fait sur sa tête.

Ils se tenaient dans l'embrasure de la porte menant vers l'arrière-boutique d'un prêteur sur gage. Une enquête dans l'Allée des Embrumes offrait toujours la promesse de situations surprenantes et souvent inexpliquées. Les Services Sanitaires du Ministère avaient été appelés par un riverain excédé par l'odeur nauséabonde qui se dégageait du bâtiment mitoyen. En arrivant sur place, ils avaient découvert un cadavre dans la boutique qui semblait avoir été désertée depuis quelques jours.

Le corps de la victime était attaché sur une chaise, en sous-vêtements, un couvre-théière molletonné aux motifs fleuris cachant son visage. L'équipe médico-légale était occupée à relever des indices sur le cadavre pendant que les Aurors inspectaient les lieux. Harry et Rose furent rejoints par le Lieutenant qui marqua un temps d'arrêt pour observer le corps avant de se tourner vers eux.

-Le gérant s'appelle Prentis Marlowe, déclara-t-il. Personne dans le voisinage ne l'a vu depuis environ une semaine.

-C'est aussi la date estimée de la mort de la victime, intervint un Auror du service médico-légal en s'avançant vers eux. La cause du décès est probablement due à un impardonnable, mais il faudra attendre les résultats de l'autopsie pour en être sûr. La scène du crime a été entièrement nettoyée de toute trace de magie.

-Nous voilà bien avancés, soupira Rose. Encore de longues soirées au bureau en perspective.

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Prentis Marlowe s'était volatilisé, mais il avait un associé. Ils retrouvèrent aisément ce dernier, Shaun Yalideh, qui habitait un vieil immeuble dans une rue mal famée de la capitale. Rose et Liam étant occupés à traquer Marlowe, Harry et son partenaire se retrouvèrent à aller cueillir Yalideh à son domicile. La nuit était déjà tombée depuis quelques heures, accompagnée par une bruine désagréable, quand les deux Aurors apparurent dans la rue exiguë. Ils observèrent les alentours et aperçurent leur homme qui était arrivé en même temps qu'eux, devant la porte de son immeuble.

Le Lieutenant s'avança vers lui, son badge à la main.

-Monsieur Yalideh ? Nous sommes-

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que l'homme tourna les talons et prit la fuite, laissant l'officier figé sur place derrière lui. Celui-ci mit quelques secondes à réagir avant de se lancer à la poursuite de son suspect.

-Ha ! s'esclaffa Harry en le regardant disparaître au détour d'un tournant.

Le jeune Auror raffermit sa prise sur sa baguette, son autre main dans la poche de son K-way, et transplana à l'autre bout de la rue au milieu d'une intersection. Quelques instants plus tard, Yalideh fit irruption, et, occupé à regarder derrière lui, entra violemment en collision contre Harry. Le choc projeta le suspect contre le mur le plus proche et sa tête heurta la brique avec un bruit sourd. Il s'effondra, assommé.

-Hé ! appela l'Auror en le regardant, légèrement surpris. Je l'ai arrêté !

Le Lieutenant le rejoignit à petites foulées, essoufflé, et s'arrêta à ses côtés, posant les mains sur ses genoux pour reprendre sa respiration. Harry passa les menottes à Yalideh qui revenait à lui avec un gémissement plaintif.

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Shaun Yalideh n'était pas un homme intelligent. Son interrogatoire s'éternisait et il refusait de leur révéler quoi que ce soit, poussant les enquêteurs aux limites de leur patience. Après une nuit blanche, il finit cependant par leur transmettre une liste d'adresses qui auraient pu servir de logement de secours à Marlowe.

Le jour commençait à peine à se lever et le soleil perçait timidement à travers les nuages bas du ciel hivernal, éclairant le bureau encore calme. Harry était assis dans sa chaise, la tête posée en arrière sur son dossier, son gobelet vide de café serré entre ses dents. Il était occupé à faire tourner son siège sur lui-même, perdu dans ses pensées, quand Jack rassembla l'équipe pour faire le point sur l'enquête.

-Nous avons reçu les résultats de l'autopsie, commença-t-il. Le légiste a relevé des traces de sortilège de Doloris et a identifié le sortilège de la Mort comme cause de décès. La date de celui-ci est estimée à cinq jours.

Il marqua une pause et se tourna vers le grand tableau translucide pour y faire apparaître le visage d'un homme aux cheveux mi-longs et bruns à côté de celui de Marlowe.

-La victime était âgée de trente-cinq ans, poursuivit-il. Déjà connu de nos services pour des faits de vol et du trafic d'objets magiques rares.

-Le commerce de Marlowe servait de couverture pour du recel, intervint Liam. Nous avons retrouvé quelques antiquités visiblement volées.

-Marlowe reste introuvable, dit le Lieutenant. Cependant, Yalideh a fini par nous livrer quelques adresses où il serait susceptible de se retrancher.

Il fit glisser sur le tableau trois écrans sur lesquels les Aurors pouvaient observer des immeubles.

-Toutes ces adresses se trouvent dans le Londres Moldu et, par chance, il y a des caméras de surveillance en face de trois d'entre elles. Nous pouvons vérifier s'il n'apparaît pas devant l'un de ces bâtiments.

Ils passèrent le reste de la matinée à scruter les images à la recherche de leur suspect quand Rose poussa une exclamation, faisant sursauter ses collègues.

-Là ! s'écria-t-elle en pointant du doigt le coin de l'un des carrés. Il est là !

-Tu as vraiment une bonne vue, Rosie ! lui dit Liam avec un sourire.

Le Lieutenant agrandit l'image d'un geste de baguette et effectivement, il s'agissait bien de leur suspect qui entrait dans l'un des immeubles.

-Tu as l'œil du faucon, il a le nez sensible, commenta Harry en pointant les deux équipiers. Vous faites vraiment la paire !

-On est rien comparé à toi et au Lieutenant, répliqua Rose. Vous deux, les maniaques, êtes en effet l'équipe parfaite !

-Tu retires ça tout de suite ! la menaça le jeune Auror.

La jeune femme s'esclaffa, tout comme Liam à côté d'elle. Harry suivit leurs regards et tourna la tête vers son partenaire, qui se tenait juste derrière lui, dans une posture identique à la sienne.

-Ça suffit, intervint Jack. Un peu de concentration. Maintenant que nous avons repéré son adresse, nous avons un suspect à appréhender.

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Les membres de l'équipe se préparèrent à sortir, Rose et Liam déjà en marche vers la porte du Département. Harry observa une dernière fois le tableau.

-C'est bien pratique, ces caméras Moldues. Dire qu'avant il aurait fallu éplucher souvenir par souvenir dans une pensine. Les choses ont bien changé en trente ans.

Le Lieutenant lui jeta un regard curieux tout en enfilant sa cape, mais ne fit aucune remarque et se dirigea à son tour vers la sortie. Jack se tourna brusquement vers Harry, les sourcils froncés.

-Je me sens comme un complice de crime ! s'exclama-t-il d'une voix basse et tendue. Je n'arrive pas à me détendre. Arrête de tout ramener au passé ! Tu as vu sa tête ? demanda-t-il en pointant vers la porte. Tu vas te faire démasquer à un moment ou un autre !

-Merlin, Jack ! répliqua Harry en secouant la tête. Tu t'inquiètes trop ! On s'entend à peu près, maintenant. Il me parle !

-Il est du genre à identifier le mode opératoire d'un tueur du jour au lendemain. Aucun détail ne lui échappe. Tu dois faire attention.

-Hé ! Tu te ramènes ? appela l'officier en question depuis la porte.

-J'arrive ! répondit Harry avant de se tourner vers le Chef. Tu vois ? Il me parle.

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Les quatre Aurors traversèrent l'Allée des Embrumes, observés avec méfiance par les sorciers et sorcières qu'ils rencontraient sur leur chemin. Devant l'immeuble sombre dans lequel ils avaient vu Marlowe pénétrer, ils sortirent leurs baguettes puis, avec un dernier signe de tête, s'engouffrèrent à l'intérieur.

Le bâtiment était ancien, sombre et peu accueillant. Il y avait au sol une moquette épaisse, les murs étaient bardés de boiseries et il flottait une odeur de renfermé. Harry eut l'impression de se retrouver à Square Grimmaurd l'espace d'un instant. Pendant que Rose et Liam inspectaient le reste du hall, le jeune Auror suivit son partenaire dans les escaliers étroits. Les marches grinçaient sous leurs pas précautionneux. Ils arrivèrent au deuxième étage. D'après ce que leur avait avoué Yalideh, l'appartement de Marlowe se trouvait au fond du couloir.

Le Lieutenant s'approcha pendant que Harry le couvrait. Il tenta d'actionner lentement la poignée, mais celle-ci refusa de bouger. L'officier s'apprêtait à lancer un sort pour ouvrir la porte lorsque Harry posa sa main sur son bras pour l'arrêter. Il y avait dans l'air une odeur qui lui était familière, mais qu'il ne parvenait pas à reconnaître.

-Qu'est-ce que tu fais ? demanda le Lieutenant.

-Il y a quelque chose qui cloche, souffla-t-il en fronçant le nez. Ça sent bizarre.

Son partenaire le regarda avec un air sceptique. Dans les escaliers, il pouvait entendre Rose et Liam qui les rejoignaient. Merlin, cette odeur, il la connaissait, c'était du

-Gaz ! s'écria-t-il en se tournant vivement vers les escaliers. C'est du gaz ! Sortez ! Maintenant !

Il se tourna de nouveau vers le Lieutenant. Celui-ci était toujours devant la porte, immobile, un air d'incompréhension sur son visage. Qu'est-ce qu'il attend cet imbécile ?

-Lieutenant ! cria-t-il.

Harry se jeta sur lui et l'attrapa par la taille, les projetant tous deux au sol. Au même instant, une explosion assourdissante retentit. La porte vola en éclats et le bâtiment trembla. Le jeune Auror sentit un impact contre son épaule.

-Protego ! hurla le Lieutenant contre lui.

Le bouclier translucide s'éleva et les protégea de la chaleur des flammes ainsi que des débris qui tombèrent autour d'eux. Ils restèrent quelques minutes allongés sur le sol, le temps de reprendre leurs esprits. Harry secoua la tête et regarda autour de lui. Le feu provenant de l'appartement s'était amenuisé et la structure de l'immeuble semblait stabilisée pour le moment.

Il porta ensuite son attention vers le Lieutenant. Le côté droit de son visage était en sang, mais il ne semblait pas gravement blessé.

-Tout va bien ? s'inquiéta-t-il d'une voix rauque à cause de la fumée.

Le regard de l'officier rencontra celui de Harry, avant de glisser sur son côté gauche. Il écarquilla les yeux et le jeune Auror tourna la tête.

-Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Oh.

Un éclat de bois dépassait de son épaule gauche, juste derrière sa clavicule. Il le saisit avec sa main droite.

-Non ! s'exclama le Lieutenant au même moment en tendant le bras pour l'en empêcher. Ne tire pa-

Harry tira dessus d'un coup sec. Un jet de sang gicla à un bon mètre de hauteur avant de s'arrêter soudainement.

-Pourquoi tu as fait ça ?! demanda son partenaire en le regardant avec de grands yeux.

-Pfft, rétorqua Harry. C'est rien. Juste une égratignure. Tu vois, ça ne saigne même…

Il leva son bras gauche. Un nouveau jet de sang jaillit de la blessure.

-... Plus.

Cette fois-ci, le flot de sang ne s'arrêta pas. À chacun de ses mouvements, un nouveau pan du mur derrière lui se faisait arroser d'hémoglobine. Harry commençait à avoir chaud. Il croisa le regard du Lieutenant qui le scrutait avec un air inquiet.

-Je me sens pas super bien, souffla-t-il, passant une main sur son front couvert de sueur.

Sa vision vacilla puis le couloir s'inclina soudainement. Le jeune homme vit le Lieutenant se précipiter vers lui puis ce fut le noir complet.

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-Ça va, soupira Harry en levant les yeux au ciel. Je vais bien, ce n'était qu'un petit malaise vagal.

Il était assis sur un brancard, aux Urgences de Sainte Mangouste, ses équipiers autour de lui. Jack était à ses côtés et l'inspectait sous toutes les coutures, le visage soucieux.

-Je t'interdis de te mettre en danger comme ça ! vociféra le vieil Auror.

Harry se recula et le regarda d'un air surpris.

-Tu ne me prends pas au sérieux ? continua son supérieur. Est-ce que tu crois que ça me plaît de perdre les gens à qui je tiens ?! Je suis sûr que tu n'as aucune idée de ce que je ressens !

-Pardon Chef, marmonna le jeune Auror, se sentant coupable de faire souffrir son ami.

-C'est tout ce que tu as à dire ?!

-C'est assez, Chef, non ? intervint timidement Rose. Il s'est réveillé et il va bien. Le Lieutenant aussi. C'est le plus important.

-Mh, grommela Jack. Puisque tu es vivant, je laisse passer pour cette fois. Et ta blessure ? On m'a dit que tu faisais une hémorragie.

-Tss. Trois fois rien, répondit Harry en dissipant son inquiétude d'un geste de main. L'éclat de bois a juste touché une artériole, c'est ce qu'a dit la médicomage. Ça saigne beaucoup et c'est impressionnant, mais ce n'est pas méchant. Un sort, et c'est réparé !

-Et Marlowe ? demanda soudainement le Lieutenant qui était resté silencieux jusqu'à présent. Est-ce qu'on l'a retrouvé ?

-Non, toujours pas, l'informa leur Chef. Il avait piégé son appartement pour effacer ses traces. L'affaire a été transférée à l'équipe de Moseley. La victime était leur indic et Marlowe a beaucoup de liens avec la pègre, ça relève de leurs compétences plus que des nôtres. C'est, après tout, la Section spécialisée pour le crime organisé.

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Quelques dizaines de minutes plus tard, Harry et le Lieutenant furent jugés aptes à quitter le service. Rose et Liam étaient déjà rentrés, laissant Jack avec eux. En arrivant dans le grand hall, son partenaire attrapa le bras du jeune Auror pour le retenir.

-Henry, attends.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-Pour tout à l'heure... Merci, lui dit l'officier avec sincérité.

Puis sans attendre sa réponse, il commença à s'éloigner.

-Quoi ? J'ai pas très bien entendu ! appela Harry derrière lui, un sourire aux lèvres. Tu peux répéter ?

Ils étaient presque arrivés à la sortie quand une voix retentit derrière eux.

-Gabriel !

Le Lieutenant s'arrêta et se retourna brusquement, fixant ses yeux sombres sur un homme d'âge mûr qui courait vers eux.

-Gabriel ! s'exclama l'homme en ralentissant à leur hauteur. Est-ce que tu as eu mon message ?

-Qu'est-ce que tu fais là ? répondit-il en lui lançant un regard interrogateur.

-C'est ta belle-mère, elle-

L'homme s'interrompit en apercevant Jack et Harry. Le jeune Auror fronça les sourcils en l'observant. Son visage lui paraissait familier.

-Vous devez être son père. Je suis Jack Sloper, le supérieur de votre fils, se présenta celui-ci.

-Sloper ? répéta l'homme en le dévisageant. Détective Sloper ?

-Vous me connaissez ?

Vraiment familier. On dirait…

-Vous ne vous souvenez pas de moi ? Je m'appelle Michael Corner. Vous avez enquêté sur le meurtre de ma femme il y a trente ans, Elisabeth Bickford.

-Quoi ? Elisabeth Bickford ?! lâcha Harry avec surprise.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? questionna le Lieutenant, confus.

Harry se tourna vers lui.

-Alors, tu es…

Il avait du mal à y croire. Des souvenirs qui paraissaient si lointains lui revinrent en mémoire. Les visites de Michael au Département pendant l'enquête, toujours accompagné de son jeune fils. Harry trouvait toujours un moment pour amuser le petit garçon pendant que son père essayait de convaincre Williamson d'explorer telle ou telle piste.

-Gabriel Corner ? Gaby ? murmura-t-il, son regard plongé dans celui du Lieutenant.