CHAPITRE X - AFFANNATO

Il courait, chacun de ses pas contre l'asphalte résonnant dans la rue totalement déserte. Il courait, tentant de leur échapper, la panique le forçant à accélérer. Ils étaient derrière lui, il pouvait les sentir, le touchant presque, essayant de le saisir, de le retenir, ils voulaient lui faire du mal. Soudain, le sol se déroba sous ses pieds et il se retrouva sous l'eau, entièrement submergé. Des mains attrapaient ses jambes, de plus en plus nombreuses, et l'attiraient plus profondément dans l'obscurité. Il se débattait, de toutes ses forces, et lorsqu'il hurla, de l'eau s'engouffra dans sa bouche et ses poumons, le suffoquant, alors qu'apparaissaient devant lui les traits cadavériques des inferi. Puis son visage à lui surgit des profondeurs et…

… Ron se réveilla brusquement en hurlant, trempé de sueur, le cœur battant à tout rompre.

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-Ron ?! demanda Hermione d'une voix à demie ensommeillée, se redressant à côté de lui.

Il s'assit précipitamment au bord du lit et passa sa main sur son visage moite.

-Un cauchemar… Juste un… Cauchemar…, la rassura-t-il, tentant de calmer sa respiration.

Elle s'approcha de lui, à genoux dans le lit, et posa sa main sur son épaule.

-Tu n'en as pas fait depuis des années.

-C'est vrai, mais je ne crois pas que ce soit réellement le mien, Mione…, dit-il en la regardant.

-Tu veux dire… Harry ?

-Il y avait des inferi. Je n'en ai jamais vu, lui si… Je me sentais totalement pris au piège, je croyais que j'allais…

Il ne finit pas sa phrase, parcouru par un frisson incontrôlable au souvenir du visage des créatures. La jeune femme se pressa un peu plus contre lui. Après quelques respirations, il reprit.

-Ce qu'il ressent dans ses souvenirs, ce que je ressens… Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir continuer, Hermione. Ses pensées, elles sont comme teintées d'un voile…

-Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

-Je ne sais pas comment l'expliquer, c'est comme si sa façon de penser était de moins en moins rationnelle… Et ça me terrifie.

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Harry finissait de s'habiller, debout face au miroir plein pied de sa chambre. Bogdan avait insisté pour qu'il porte des costumes trois pièces sobres mais élégants, taillés sur-mesure, lorsqu'il représentait le russe personnellement au cours de ses "affaires". Après avoir porté son choix sur un ensemble classique bleu acier, il termina par enfiler un manteau, noir, cent-pour-cent cachemire, qui arrivait juste au dessus de ses genoux. Avec ses cheveux coiffés vers l'arrière, sa cicatrice dissimulée par un sortilège de camouflage, son reflet lui semblait presque étranger, paraissant plus âgé que ses vingt-cinq ans.

Faisant un rapide détour par la salle de bain, il ouvrit une petite armoire et en retira une fiole contenant une potion de vision, qu'il but d'une traite, le goût infâme lui provoquant un haut le cœur. Cela lui permettait de corriger sa vue pendant une période limitée de douze heures ; bien qu'il préférait encore porter ses lunettes plutôt que d'en boire tous les jours. Une fois satisfait par son apparence, il descendit les escaliers et se dirigea vers la cheminée.

Au rez-de-chaussée, aucune lumière n'était allumée. Tous les soirs, qu'il sorte ou non, il faisait en sorte que la maison soit plongée dans l'obscurité à heure fixe, demandant à Kreattur d'éteindre les luminaires s'il était absent. On ne savait jamais qui pouvait l'observer et il ne voulait pas éveiller de soupçons autour de lui, tant pis si l'on pensait qu'il n'avait pas de vie, c'était toujours mieux que la réalité. Utilisant le réseau des cheminées, il apparut dans le bureau du Trans-Sibérien, et de là il transplana jusqu'à sa destination finale.

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Il s'agissait de l'un des immeubles de Vassiliev, en construction, situé en bordure de la capitale. Le quartier entier était en chantier, complètement désert la nuit, et c'était l'endroit idéal pour s'occuper de certaines affaires en toute discrétion.

Il apparut directement à l'étage souhaité, traversant les futurs couloirs encore uniquement faits de béton et de barres de métal, dans lesquels le son de ses oxfords noires résonnait, et s'approcha d'une "pièce". De l'embrasure sans porte, il observa la scène qui s'offrait à lui.

Un homme était attaché sur une chaise, éclairé par un projecteur de chantier directement en face de lui, le forçant à plisser les yeux pour s'en protéger. Derrière lui, l'absence de murs offrait une vue sur la ville au loin, dont les lumières artificielles illuminaient la nuit, le bruit de la circulation offrant un fond sonore continu. Autour de lui, se tenaient quatre sorciers, dont Aslan, qui esquissa un léger sourire en apercevant Harry.

L'homme, qui avait visiblement été un peu malmené, était l'un des secrétaires particuliers de David Hammond, représentant personnellement son supérieur dans certaines de ses affaires extérieures au Ministère quand celui-ci était indisponible. Son nom était Simon Brewster, et c'était une source d'informations inestimable, tant par rapport aux activités du Directeur du Ministère de la Justice qu'à ses contacts. Cependant, sa loyauté semblait outrepasser son instinct de survie et il refusait de parler ; Bogdan avait donc chargé Harry d'obtenir quelque chose de lui.

L'Auror prit une grande inspiration, s'avança lentement dans la pièce et s'approcha de la table située un peu en arrière de l'énorme lampe ; sur celle-ci, les sorciers avaient déposé les effets personnels de leur prisonnier. Brewster, qui venait de le repérer, suivit ses gestes du regard.

Harry attrapa un portefeuille en cuir sombre posé là, et, sans prononcer le moindre mot, gardant son visage totalement inexpressif, il se mit à fouiller dedans, sans réellement savoir ce qu'il recherchait, jusqu'à sortir une photo. Sur sa chaise, l'homme se raidit presque imperceptiblement. Laissant retomber le portefeuille sur la table, le jeune homme s'approcha de lui, le morceau de papier glacé entre ses doigts.

-C'est ta femme ? demanda-t-il, son ton feignant la curiosité.

Il observa l'homme captif ; quarantenaire, le crâne dégarni, bedonnant, sa chemise lila froissée et tâchée de sang, et était-ce de la sauce tomate ?

-Qu'est-ce qu'elle fait avec un gars comme toi ?

Il s'accroupit devant lui, fixant ses yeux d'abord sur la photo puis sur Brewster, et dit avec un sourire, bien que sans aucune joie.

-Tu sais quoi, je devrais peut-être lui rendre une petite visite.

L'homme restait silencieux, mais ses mains se resserrèrent en poings serrés, faisant blanchir ses articulations.

-Je lui dirais que j'ai trouvé ce portefeuille dans la rue, poursuivit Harry. En bon samaritain, je le lui ramènerai, elle m'invitera peut-être à entrer, boire un verre pour me rafraîchir...

-Ne vous avisez pas de lui faire du mal ! s'exclama soudainement l'homme, furieux.

-Lui faire du mal ? répondit l'Auror avec un air de fausse surprise. Oh, mais ce n'est pas du mal que je lui ferai.

Il se pencha, de façon à murmurer dans l'oreille de l'homme, toujours en souriant.

-Si tu es sage, je pourrais même te montrer mes souvenirs ensuite.

Il se releva, et, tournant les talons, sortit lentement de la pièce. Sans un regard en arrière, il brandit la photo qu'il tenait entre son index et son majeur et lança.

-Je garde ça, en souvenir.

Il avait à peine fait quelques pas dans le couloir, levant le visage au ciel en exhalant lentement, quand l'homme cria.

-Attendez ! Revenez ! Je vous dirais ce que vous voulez savoir !

Une fois Brewster installé face à la table, Harry plaça des feuilles de papier et un stylo devant lui, et dit froidement.

-Tu écris ici les noms et les faiblesses des hommes de Hammond. Tu en oublies ou tu mens, et toi et toute ta famille serez tués de sang-froid, est-ce que tu comprends ?

Au plus profond de lui-même, une petite voix criait qu'il ne valait pas mieux que l'homme en question ou même Sternwood. Chaque jour, il lui devenait plus facile de l'ignorer, jusqu'à la faire taire complètement.

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Il se dépêchait de remonter le long couloir gris qui le menait jusqu'au bureau qu'occupait Bogdan dans cet immeuble d'affaires moldu. Il était en retard, ce qui en soit n'était pas inhabituel, mais la cause, elle, l'était. En ce beau matin de mai, Hermione venait de donner naissance à leur fille, à elle et Ron, la petite Rose, et Harry était passé par Sainte Mangouste avant son rendez-vous avec le russe pour la rencontrer.

Alors qu'il marchait d'un pas rapide, il aperçut un homme assis sur l'une des chaises du couloir. Vêtu d'un costume simple gris, visiblement bon marché, il lisait attentivement une revue choisie parmi celles qui étaient mise à disposition sur une petite table à côté de lui. Il avait un beau visage avec un grand nez, des yeux sombres en amande, des cheveux châtains foncés séparés d'une raie sur le côté et lui arrivant juste au-dessus des oreilles.

Toujours en le fixant, Harry entra en collision contre une petite commode en métal collée contre le mur. Le choc fit tomber le vase qui se trouvait dessus et celui-ci se brisa sur la moquette grise avec fracas, faisant sursauter l'homme qui le regarda curieusement pendant qu'il tentait de reposer tous les morceaux de céramique brisés sur le meuble.

L'Auror, se releva vivement, embarrassé, et sans un regard en arrière, se précipita jusqu'au bureau de Bogdan, quelques mètres plus loin. Il entra sans frapper et referma rapidement la porte, s'adossant à celle-ci avec un soupir. Le plus discrètement possible, il tenta d'écarter les stores obstruant les grandes vitres de la pièce pour observer le couloir.

-Un problème, Harry ? demanda Vassiliev, assis derrière son bureau moderne en bois gris.

-Il y a un homme qui attend dans le couloir, qui est-ce ?

-Mon nouveau procureur. Harvey Crown prend sa retraite, j'ai besoin de quelqu'un d'autre pour se charger des affaires moldues, répondit-il simplement. Nous avons rendez-vous avec lui à onze heures.

Harry laissa retomber le store et se mit à arpenter le bureau, les mains dans les poches, s'arrêtant devant la fenêtre pour admirer la vue donnant sur les immeubles modernes alentour.

-Il est en avance, il est moins le quart.

-Et tu aurais dû être là à dix-heures pile, rétorqua le russe d'un ton neutre.

-J'ai eu une urgence tôt ce matin, et j'ai dû repasser chez moi pour me changer, expliqua Harry, avant de faire un geste de tête en direction du couloir.

-Pourquoi est-ce qu'il se retrouve à travailler pour toi, Bogdan ?

-Crown le recommande. Fais le rentrer.

Harry ouvrit la porte et quand l'homme releva la tête, il lui fit signe d'entrer dans le bureau. Ils se serrèrent la main et Bogdan l'invita à s'asseoir puis signala à Harry de prendre également place. Le russe saisit ensuite un document sur son bureau et se mit à lire.

-Jae-son Lee, né à Séoul en mille-neuf-cent-soixante-dix-sept, puis études de droit à Cambridge, major de promotion. dit-il avant de relever les yeux et de regarder Lee. Un parcours sans faute jusque-là. C'est après que ça se corse, un premier poste au New Scotland Yard, malheureusement, ils ne vous gardent pas. S'ensuit une succession d'échecs professionnels, avant qu'Harvey Crown ne vous prenne sous son aile. Une raison particulière ?

Lee semblait se rapetisser dans sa chaise sous le regard interrogateur du russe.

-Disons… Disons que je fréquente un peu trop souvent les bookmakers et ce n'était pas du goût de mes employeurs…, répondit-il. Mes dettes se sont accumulées et…

-À qui est-ce que tu dois de l'argent ? demanda soudainement Harry.

-Oh heu… Brickwall ?

Harry grimaça ; il avait entendu parler de la réputation de Brickwall. Le visage de Lee affichait une expression similaire.

-Je peux parler à Brickwall, dit Vassiliev, entrecroisant ses doigts sur son bureau. Si vous acceptez de travailler pour moi, nous pourrions nous mettre d'accord sur le règlement de vos dettes. Crown vous a personnellement recommandé, vous a-t-il dit quelles étaient nos activités ?

-Il en a dit assez. Vous faites partie des Vory v Zakone. Je sais également que vous êtes… Enfin que vous êtes des magiciens ? dit-il avec hésitation, son regard passant de Harry au Russe.

-Nous sommes des Sorciers, oui. Comment le savez-vous ? questionna ce dernier en haussant les sourcils.

-Harvey m'en a un petit peu parlé, il m'a prévenu de ne pas être surpris. Une partie de la famille par alliance de mon oncle est magique. Je crois. Je n'ai pas vraiment de contact avec eux.

-Est-ce que ça posera un problème ? s'enquit Harry.

-Non aucun, absolument pas, répondit-il avec empressement.

-En travaillant pour nous, toi et moi aurons souvent affaire ensembles, dit l'Auror, avant de lui expliquer le fonctionnement de la DIVCO.

Peu de temps après, Vassiliev se leva, signalant la fin de leur entretien

-Bien, dit-il en lui serrant la main. Je peux compter sur vous, Lee ?

-Vous pouvez, monsieur Vassiliev.

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Dans la grande forêt embrumée, le tapis de feuilles mortes amortissait leurs pas, et seul leur parvenait le son des gouttes d'eau condensées tombant des feuillages aux couleurs mornes et s'écrasant au sol. Les effluves capiteuses de terre mouillée et de débris végétaux en décomposition flottaient dans l'air humide. Avançant avec précaution, Harry, Paul et Aslan, baguettes en main, scrutaient les alentours à la recherche du moindre mouvement.

Les deux Aurors étaient habillés de façon similaire, pantalon cargo et veste chaude, chaussures montantes, le tout de couleur noire. Aslan, quant à lui, avait opté pour un style différent, se rapprochant plus d'un lord anglais en pleine partie de chasse : une casquette et une veste en tweed vert foncé, et un pantalon marron assorti de bottes hautes en cuir sombre.

Un faisan s'envola brusquement à leur approche avant de disparaître dans les fourrés, les faisant sursauter.

-C'est un Moldu, il n'a pas pu aller bien loin, chuchota Aslan nonchalamment.

-Si tu l'avais surveillé comme tu étais censé le faire, on ne serait pas en train de crapahuter au milieu des bois, siffla Briggs tout bas.

-L'appel de la nature, mon ami, ça ne se résiste pas.

Le craquement sonore d'une branche cassée retentit un peu plus loin dans la forêt. Ils se regardèrent tous et se dirigèrent rapidement en direction de la source du bruit.

Ils l'aperçurent enfin, l'homme qu'ils traquaient depuis de longues minutes, tentant désespérément de leur échapper. Briggs leva sa baguette et lança un sort, manquant délibérément sa cible, et le jet de lumière s'écrasa sur un tronc juste au-dessus de lui.

-Où est-ce que tu vas comme ça, mon ami ? Reviens ! lança Aslan d'un ton semblant presque amical.

Harry, le visage impassible, lança un sortilège d'entrave au niveau des jambes du fuyard, celui-ci s'effondra au sol et essaya frénétiquement de se libérer de ses liens invisibles. Son costume-cravate gris était à présent couvert de terre et de végétaux divers, ses cheveux teints à la racine grisonnante plaqués au front par la sueur et l'humidité. La terreur déformait les traits de son visage sali de terre.

Les trois sorciers approchèrent ; il se laissa retomber sur le dos, cessant de lutter et lança dans un cri désespéré.

-Pourquoi faites-vous cela ?! Qu'est-ce que vous me voulez ?!

Briggs s'accroupit près de lui, tira une photographie de la poche intérieure de sa veste et la plaça sous les yeux de l'homme.

-Tu reconnais ? Mh ?

-Non ! cria l'homme, secouant désespérément la tête.

-C'est pourtant toi sur cette image, lui dit Briggs, comme s'il s'adressait à un jeune enfant, pointant du doigt quelqu'un sur la photo.

-En pleine discussion avec l'une de nos vieilles connaissances, Claudius Sternwood, dit Harry en s'avançant.

Il inclina légèrement la tête sur le côté avant de continuer.

-Je me demande bien de quoi vous avez pu discuter, tous les deux.

-Je ne lui ai rien dit, je vous le jure ! Ce n'est pas ce que vous pensez !

-Alors l'un de nos entrepôts saisis par le Ministère, ce n'est qu'une pure coïncidence ? Tout comme l'arrestation de nos hommes à Birmingham ? demanda Aslan avec fausse naïveté.

-Je vous en prie ! Dites à Vassiliev que je…

-Tu sais ce que je crois, Badland ? l'interrompit Harry. Je crois que tu nous mens, que tu as vendu des informations à Hammond. Et tu sais ce que nous faisons aux traîtres ?

Un sourire se dessina lentement sur le visage de l'Auror, ses yeux auparavant froids s'agrandirent légèrement, ses pupilles dilatées trahissant l'excitation qu'il ressentait, le plaisir de voir cet homme se tortiller de terreur à ses pieds, de pouvoir lui faire payer sa trahison. Il leva sa baguette et l'écho du hurlement de l'homme résonna dans la forêt.

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Dans l'immense arène, les cris de la foule retentissaient, résonnant dans la nuit. Le sol tremblait sous l'impact des sabots des dix gigantesques Abraxans lancés au galop sur la piste ovale. Ce fut bientôt le dernier tour et Harry pouvait observer Lee, assis sur le bord de son siège, les poings serrés à s'en faire blanchir les articulations, entièrement focalisé sur la course devant lui.

L'alezan ailé sur lequel il avait parié, Ténor du Pommeau, franchit la ligne d'arrivée avec une foulée d'avance sur ses concurrents et les cris de liesse envahirent l'espace. Lee se leva vivement, les bras levés, les poings toujours serrés, et tourna sur lui-même avec une expression de joie sur le visage, faisant sourire Harry à son tour. Il l'avait invité à assister à la course d'Abraxans, bien qu'illégale, et outrepassant le fait que le procureur soit un Moldu et n'ait pas exactement sa place ici.

Au cours de l'année passée, étant souvent en contact à cause du travail, et de leur implication avec Vassiliev, Harry et Lee étaient vite devenus amis. Le jeune Auror appréciait le sentiment de légèreté qu'il ressentait en compagnie de l'homme plus âgé, sans prise de tête, lui faisant mettre un instant de côté la dureté de son quotidien.

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En sortant de l'arène, Lee partit chercher ses gains pendant qu'Harry décidait de l'attendre devant l'entrée. Alors qu'il observait la rue dans laquelle la foule se dissipait joyeusement, un homme le bouscula violemment.

-Hé ! Regarde un peu où tu vas, abruti ! lança-t-il sans réfléchir.

L'homme, de deux têtes plus grand que lui et deux fois plus musclé, le regarda d'un air mauvais, visiblement éméché.

-T'as dit quelque chose, le nain ?

Il s'interrompit, dévisageant Harry avec insistance.

-Attends une minute… Je te reconnais, tu es l'Auror qui a coffré mon frangin il y a quelques années !

-Je ne sais absolument pas de quoi tu parles.

-Si, c'est bien toi, avec la cicatrice et tout. C'est vraiment parfait, tu sais. Sans tes petits amis pour t'aider, je vais pouvoir te mettre une bonne raclée ce soir.

-Il est clair que l'un d'entre nous est en train de gaspiller le temps précieux de l'autre. Pourquoi est-ce que tu n'utiliserais pas tes petites jambes pour gentiment foutre le camp ?

-Je vais apprécier te faire du mal ! s'exclama l'homme en faisant craquer les articulations de ses doigts.

-Rien que de te parler, ça me fait du mal !

Harry était prêt à en venir aux mains, quand six hommes apparurent soudainement aux côtés de la brute. Après une seconde d'hésitation, il leva les yeux au-dessus de leurs épaules et lâcha une exclamation de surprise. D'un même mouvement, ils tournèrent tous la tête vers l'arrière pour tenter d'apercevoir ce qu'il regardait. Il profita de leur distraction pour faire volte face et se mettre à courir le plus vite possible. Il passa devant Lee qui, revenant du local du bookie en empochant ses billets, le regarda avec confusion.

-Jae-son ! Cours ! Vite, cours ! lui hurla Harry, sans s'arrêter.

Ils passèrent le long des grandes bâtisses vides de la zone industrielle dans laquelle l'arène avait été installée, l'Auror pouvait entendre derrière eux les pas rapides des autres hommes qui les poursuivaient dans la nuit, ainsi que leurs cris enragés. Cela lui rappelait typiquement les soirées passées en compagnie d'Aslan. Merlin, il était devenu comme le russe. Il aperçut soudain une petite ruelle dérobée, entre deux usines, et s'y engouffra, saisissant le bras de Lee qui s'écrasa contre lui, coupé dans son élan.

Haletants, ils restèrent le plus immobile et silencieux possible et attendirent que leurs poursuivants passent leur chemin. Une fois le danger écarté, Lee se recula légèrement et posa sa tête sur l'épaule de Harry, un de ses bras contre le mur juste à côté de sa tête.

-Bon sang, tu veux ma mort, j'ai jamais signé pour ça, lança-t-il.

-Trente ans, c'est un bel âge, répondit ironiquement Harry, tentant de reprendre son souffle.

Il laissa retomber sa tête contre le mur de briques, ferma les yeux et se mit à rire. Il n'avait pas ri ainsi depuis si longtemps. Son ami se redressa et l'observa, lui aussi souriant. Quelques instants plus tard, Harry ouvrit les yeux et leurs regards se croisèrent. Dans la noirceur de ses pensées manquant presque de l'engloutir totalement, la présence de Lee lui apparaissait comme une main tendue, salvatrice et lumineuse, s'enroulant autour de la sienne et l'empêchant de sombrer entièrement. Sans dire un seul mot, l'Auror porta sa main à la nuque du procureur puis attira son visage vers lui et scella ses lèvres contre les siennes.