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Chapitre 7 : Du côté des ombres


Pegasus couvrit Ginga de son aile. Son Autre dormait profondément, blotti contre lui. C'était la seule manière dont il pouvait récupérer son énergie.

L'Esprit n'était pas tranquille. Il aurait préféré que Ginga conserve ses forces. Ils n'étaient pas en sécurité, malgré le peu de dangers qu'ils avaient eu à affronter jusqu'à présent. Les ténèbres pouvaient frapper n'importe quand. Il aurait mieux valu continuer d'avancer. L'immobilité les transformait en cibles de choix et, tant que Ginga serait plongé dans ce sommeil, Pegasus ne serait pas capable de mobiliser toutes ses forces.

Il baissa la tête.

Je te protégerai.

Ginga bougea. Il se blottit un peu plus contre lui. Pegasus en fut tout attendri. Peut-être l'avait-il entendu. Après tout, il avait entendu Ginga quand il lui avait promis de le rejoindre, quand il l'avait sommé de tenir bon. Les circonstances n'étaient pas les mêmes, mais le Lien était plus fort désormais.

Pourquoi n'arrivons-nous pas à leur parler ?

Leone détacha son regard de son Autre pour le porter sur Pegasus.

Comment ça ?

Nous comprenons chacune de leurs paroles. Nous ressentons leurs émotions comme s'il s'agissait des nôtres...

La plupart du temps, lui fit valoir Leone.

Le lion savait de quoi il parlait. À une époque, pendant une poignée de jours, son Autre avait creusé un gouffre béant entre eux et fermé leur Lien.

La plupart du temps, admit Pegasus. Mais pourquoi n'est-ce pas réciproque ? Ça nous faciliterait les choses.

Leone réfléchit.

Ils sont capables d'entendre nos émotions, finit-il par dire. Ton Autre a vu mes larmes et a combattu Kyouya pour mettre fin à nos souffrances. Ils prennent soin de nous.

Je sais, soupira Pegasus.

Et peut-être que ce n'est pas supposé être facile.

Leone avait sans doute raison.

Je ne crains pas la difficulté, déclara le pégase. C'est juste que, parfois, j'aimerais que nous puissions communiquer avec eux de la sorte.

Je comprends.

En plus, nous sommes dans notre monde. Ça devrait nous donner des avantages.

Pegasus regarda Ginga, endormi contre lui, tout chaud et tout tangible.

Enfin... d'autres avantages.

C'était indéniablement différent de pouvoir toucher son Autre, d'avoir sa présence réelle constamment à ses côtés. Ça pouvait arriver, parfois, pendant un combat, mais la situation actuelle était complètement différente.

Ça ne nous aurait pas avancé à grand chose si on pouvait parler et qu'ils en étaient incapables, remarqua Leone.

Pegasus regarda de nouveau son ami.

C'est vrai. Surtout que ça aurait énervé ton Autre.

Leone émit un vrombissement amusé. Il baissa la tête, portant un regard attendrit sur son Autre, lové dans sa fourrure comme un lionceau.

Kyouya n'est pas très patient.

Il le formulait avec tant d'amour que ça ressemblait à un compliment.

Il a tant grandi...

Vous êtes liés depuis longtemps.

Leone leva la tête. Il plia le bout de sa patte, exposant un énorme coussinet.

La première fois que nous nous sommes rencontrés, il était si petit que j'aurais pu le couvrir juste avec une patte.

Il replia son membre contre Kyouya pour le tenir au chaud. Son Autre soupira, sans se réveiller. Ils avaient trop puisé dans son énergie aussi. S'il avait existé une solution différente, Pegasus l'aurait choisie. Il n'aimait pas les savoir aussi vulnérable dans ces circonstances.

Mais ça avait été la seule solution pour avancer.

Je ne suis pas lié à Ginga depuis aussi longtemps, même si je le connais depuis toujours. J'étais lié à son père, mais je savais qu'il deviendrait mon Autre un jour. De loin, je l'ai vu s'entraîner, renforçant son corps et son esprit pour devenir un meilleur blader. Chaque jour depuis qu'il a commencé à marcher, il s'est entraîné. Les... toupies qu'il utilisait alors étaient dépourvues d'Esprit.

C'est possible ça ?

Pegasus opina.

C'était de purs objets destinés à l'entraînement. Elles sont plus lourds, plus lentes, moins équilibrées que les autres. Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il n'ait gagné aucun combat avec ça.

Aries serait vexé s'il t'entendait, rit Leone.

Il n'avait toujours pas digéré le manque de respect de l'Autre d'Aries envers Kyouya. Les relations entre les Autres déterminaient souvent celles entre les Esprits.

Aries sait ce qu'il en est. Son Autre... je ne sais pas.

Il se tut.

Je dois avouer, reprit Leone, que Kyouya était loin de considérer l'entraînement aussi important avant de vous rencontrer. Il s'est satisfait dès qu'il a trouvé ma spécialité – les tornades – et s'est complètement reposé sur ses lauriers.

Tu aurais pu l'en dissuader, si tu avais pu lui parler.

Un lion qui parle ? Quelle horreur. Déjà qu'il a eu du mal avec le chien.

Hokuto ! rit Pegasus.

L'Esprit regarda Ginga. Soupira.

Je sais pourquoi nous ne pouvons par leur parler. Nous les empêcherions d'évoluer. Nous leur donnerions des solutions sans qu'ils aient à les chercher et leur imposerions par là même des limites. Ils doivent découvrir nos particularités seuls. Ainsi, leurs seules limites sont celles qu'ils acceptent. Ginga m'a surpris plus d'une fois, et je sais qu'il en est de même pour Kyouya et toi. L'Explosion Dévastatrice du Lion et la Frappe Inversée des Crocs du Vent n'auraient peut-être jamais existé si tu lui avais dit ta maîtrise du vent.

C'est ce que je pense aussi.

Leone s'enroula autour de Kyouya.

Quoi qu'il en soit, nous resterons leurs compagnons. Ils peuvent compter sur nous.

Toujours.

Cette certitude venait du plus profond de son cœur.


XXX


Quelque chose tapota gentiment l'épaule de Ginga. Il serra les paupières et s'enfonça dans le truc chaud et tendre qui lui servait de coussin. Il n'avait pas envie de se réveiller. Il était bien là, et il avait l'impression diffuse que, s'il ouvrait les yeux maintenant, il n'aurait pas d'assez d'énergie pour affronter ce qu'il avait à affronter.

On frappa de nouveau son épaule. Des coups légers, réguliers, qui parvinrent pourtant à le sortir de sa torpeur. Ginga ouvrit les yeux. Sa vision floue lui indiqua tout d'abord l'importante présence de blanc. Elle s'ajusta petit à petit, lui permettant de distinguer la robe lumineuse de Pegasus et les plumes qui le recouvrait. Ginga commença à se redresser. Pegasus replia son aile contre son flanc. Ginga lui adressa un sourire reconnaissant.

- Bonjour.

Son Esprit posa son museau contre sa joue. Ginga s'étonna de cette réponse silencieuse. Pegasus s'écarta et lui indiqua quelque chose d'un signe de tête. Ginga se tourna. Son regard tomba immédiatement sur Leone. L'Esprit était complètement enroulé autour de son blader, qu'il regardait avec une tendresse évidente. Kyouya était blotti contre lui. Son expression paisible, tellement différente de celle qu'il arborait habituellement, remplit le cœur de Ginga de chaleur. Sa main était accrochée à la crinière de Leone. On aurait dit un lion et son petit.

Ginga sourit. Il leva les yeux vers Pegasus.

- Merci.

C'était une manière très agréable de commencer la journée.

Il se mit debout et s'étira. Aucune zone de son corps n'était endolorie, ni même engourdie, malgré la position étrange dans laquelle il avait dormi. Son esprit était clair, son énergie intacte. La fatigue de la vieille n'était plus qu'un vague souvenir.

Il gardait Kyouya et Leone en périphérie de son champ de vision, songeant que les fixer serait étrange, mais incapable de détacher ses yeux d'eux. Leone s'était déplié. Il avait posé sa patte sur le dos de son blader et le secouait. Kyouya ouvrit des yeux vifs. Il se redressa. Difficile de croire qu'il dormait profondément quelques secondes plus tôt.

- Bonjour ! lança Ginga.

- C'est ça, c'est ça, grommela Kyouya en se mettant debout.

Il lissa ses vêtements avant de lui jeter un regard. Il arborait de nouveau une expression agacée, les sourcils froncés et sa bouche dessinant une moue. Dommage.

- Tu avais quelque chose à me dire... hier ?

Ginga comprit que la question portait sur le passage du temps. Il haussa les épaules. Lui non plus ne savait comment il se découpait dans le monde des toupies. Il se sentait aussi reposé qu'après une bonne nuit de sommeil, donc il décidait d'aller au plus simple et de considérer qu'il y avait un hier et un aujourd'hui.

- Je sais comment... enfin, je sais pourquoi Pegasus et Leone nous ont fait libérer les Esprits seul ou à deux.

- C'est un début. Raconte.

- Nous avons tous les deux affrontés Aquario et Aries. Par contre, je suis le seul à avoir combattu Ryuutarou.

- Et le Capricorn de Tobio ? Tu l'as battu aussi.

- Sauf que c'était pour arrêter les plans de la Nébuleuse Noire. Ces duels étaient de véritables duels Beyblade.

Kyouya hocha lentement la tête.

- Ils ont utilisé... le lien que nous avons formé pendant nos combats.

Ginga sourit. Il n'était pas difficile de voir que Kyouya pensait à leur deuxième duel, et aux paroles qu'il avait utilisées pour lui faire ouvrir les yeux.

Les étoiles se relient entre elles pour former des constellations, et les toupies se relient entre elles pour former des liens.

- Exact. Et ils ont puisé dans notre énergie pour y arriver, peut-être même dans notre esprit de blader. C'est pour ça qu'on était aussi fatigués.

- Tu as une idée de la raison pour laquelle ils ont voulu les libérer ?

- Pour faire diversion ?

Les lèvres de Kyouya eurent un tressautement amusé.

- Je parle sérieusement.

- Tu avais l'air sérieux, quand tu as proposé cette théorie hier, prétendit Ginga.

Kyouya secoua la tête.

- En tout cas, ils nous ont fait libérer des toupies que nous avons combattues. C'est moins insurmontable que les toupies du monde entier, non ?

- Pas vraiment. Je ne me souviens pas de tous les bladers que j'ai écrasés. Il y en a eu pas mal pour avoir les points nécessaires pour participer à l'Ultime Bataille. Et pour le Savannah...

Sa dernière phrase se termina par un soupir exaspéré. Ginga se demanda ce qu'il s'était passé au Savannah. Ça devait concerner la formation des Wild Fang.

- Je ne pense pas que ce soit tous les bladers que nous avons affrontés, mais plutôt ceux dont les combats nous ont importé. Par exemple, tu as aimé affronté Tobio, n'est-ce pas ?

Kyouya esquissa un sourire.

- Notre combat contre lui a été l'un des moins nuls des sélections de l'Ultime Bataille.

Ce qui était un immense compliment dans sa bouche.

- Admettons que Leone et Pegasus – quelles que soient leurs raisons – veuillent que nous libérions les toupies que nous avons combattues, mais qui excluent les bladers légendaires et les participants des Championnats du Monde. Il reste qui ?

Ginga secoua la tête. Aucun nom ne lui venait à l'esprit. Tous les bladers auxquels il pensait en premier étaient Kyouya et ses amis, qui avaient vécu les mêmes aventures que lui. La plupart avait participé aux Championnats du Monde ou faisaient partie des bladers légendaires. Certains cumulaient même les deux, à l'instar de son rival.

- Je n'en ai aucune idée.

Kyouya se renfrogna.

- Il y a beaucoup de choses qu'on ne sait pas.

Il adressa un regard agacé à Pegasus.

- Et j'imagine qu'on ne peut toujours pas aller chercher la bagarre aux ténèbres.

Le pégase secoua la tête. Kyouya soupira hargneusement. Leone se posta à côté de lui, frôlant son bras de sa fourrure.

- On ira où il le faut, déclara Ginga en tendant la main vers Pegasus.

Il caressa lentement son Esprit. Un sentiment de calme – de sérénité même – le gagna. Comment un blader pouvait vivre sans sa toupie ?

Pegasus appuya sa tête contre la sienne avant de s'écarter. Il leur tourna le dos et s'éloigna d'un trot léger. Leone frotta sa crinière contre l'épaule de Kyouya puis rejoignit son ami.

- Nous revoilà à jouer les toupies, marmonna Kyouya.

Ginga lui adressa un sourire encourageant. Ensemble, ils suivirent leurs Esprits.

Ils marchèrent longtemps. Les seuls bruits résonnant dans le silence étaient ceux de leurs pas et les claquements des sabots de Pegasus. Ginga aimait leur voyage. Il n'oubliait pas le contexte mais il était capable de profiter de la moindre étincelle de joie qu'il arrivait à trouver. Sinon, comment aurait-il pu devenir ami avec Kenta, Madoka et Benkei ? Comment aurait-il pu être enthousiaste face au premier défi de Kyouya et savourer leur duel ?

Il profitait de son avancée aux côtés de son rival – un événement trop rare. Il aimait le naturel de leurs interactions, la facilité avec laquelle ils marchaient dans une même direction et le fait qu'ils n'avaient pas besoin de remplir le silence de paroles futiles. Ginga s'ancrait dans ce présent, prêt à le transformer en merveilleux souvenir, sans trop se préoccuper du futur.

Ils s'arrêtèrent devant l'entrée d'une caverne. Un sourire intéressé se dessina sur les lèvres de Kyouya.

- Vous avez changé d'avis finalement ? demanda-t-il, une pointe d'enthousiasme perçant sa voix. On peut passer à l'étape où on éclate les ténèbres ?

- On a eu des combats hier, lui rappela Ginga.

Le vert émit un son méprisant.

- T'appelles ça des combats, toi ? On a à peine eu le temps d'utiliser nos coups spéciaux.

Pegasus donna un coup de sabot sur le sol rocheux, les rappelant à l'ordre. Le regard qu'il échangea ensuite avec Leone donna envie à Ginga de se cacher. Il avait ce genre d'expression qui disait "qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire de ces gamins ?"

Kyouya grogna. Il avait saisi le message, lui aussi.

Leone s'ébroua et se glissa dans la caverne. Son blader lui emboîta le pas. En passant, il lança un regard vexé à Pegasus.

Ginga se posta près de son Esprit.

- Ce n'était pas très sympa.

Pegasus déplia son aile pour lui effleurer le bras, puis s'engagea dans la caverne. Ginga trottina pour le rattraper et avança à ses côtés. Le duo du printemps n'avait que quelques pas d'avance sur eux. Ginga fut fasciné de constater qu'il y avait quelque chose d'aussi sauvage dans la démarche de Kyouya que dans celle de Leone. C'était cette sauvagerie sous-jacente qui faisait que ni lui, ni aucun de leurs proches, ne riait – ou ne s'autorisait un sourire – quand Kyouya se comparait à un lion. Il pouvait se le permettre. Il était féroce, impitoyable... royal. Les animaux sauvages s'inclinaient et fuyaient devant lui comme s'ils reconnaissaient son statut de roi des animaux. Peut-être même qu'il était plus dangereux qu'un lion.

Mais, au moins, aujourd'hui, il ne désirait plus régner sur un monde en ruines – ni régner tout court d'ailleurs.

Cette caverne était plus claire que celle où Ginga avait délivré Pegasus, notamment grâce à la présence des deux Esprits. Leurs auras éclairaient leur chemin de lueurs bleue et verte familières. Et, étant donné que ni Pegasus ni Leone ne se montrait d'une vigilance extrême, Ginga était plutôt détendu. Le danger n'était pas imminent. Ils étaient sûrement en chemin pour libérer une autre toupie.

La caverne se rétrécit jusqu'à former un couloir. Les parois demeuraient assez espacées, et le plafond élevé, pour que les Esprits continuent d'avancer d'un pas tranquille.

Ginga les suivait, confiant. Plus loin, Kyouya marchait sans montrer la plus petite trace d'inquiétude, ce qui ne voulait pas dire grand chose : il agissait avec autant d'aisance et de naturel en territoire ennemi qu'ami.

L'air devint plus dense à mesure qu'ils progressaient. Ginga jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Avec tous leurs tours et détours, l'entrée n'était plus en vue. Il reporta son attention devant lui.

Ils marchèrent de longues minutes ainsi, puis leurs pas ralentirent. Ginga tenta d'en apercevoir la raison par-dessus l'épaule Pegasus. Leone, puis Kyouya, sortirent de son champ de vision. Finalement, la galerie débouchait sur une chambre.

Pegasus se décala à son tour. Ce fut à Ginga d'entrer. Il s'arrêta sur le seuil de la grotte, s'alignant avec les autres, se retrouvant entre son Esprit et son rival. Il balaya l'espace des yeux. Il aperçut trois – non quatre – cocons. Ils ne ressemblaient pas à ceux qui emprisonnaient Pegasus et les autres, mais ils ne ressemblaient pas non plus aux prisons d'Aquario, Aries, Pisces et Capricorn. On aurait dit... une sorte d'entre deux. Ça ressemblait à des cocons, mais ils n'étaient pas constitués de ténèbres.

- Je n'aime pas ça.

Ginga se tourna vers Kyouya. Le nez plissé, les sourcils foncés, il fixait les cocons avec une réticence évidente.

- Quatre, c'est déjà un signe.

Pour quelqu'un qui ne croyait pas au surnaturel, il évoquait souvent des superstitions.

Le rouquin étouffa son malaise naissant. Il faisait entièrement confiance à Pegasus. S'il les avait conduits ici, il y avait forcément une bonne raison.

- On doit les libérer ?

Pegasus hennit doucement. Ginga inspira, rassemblant son courage, et se dirigea vers le cocon le plus proche. Kyouya lui emboîta le pas avec un grognement agacé. Ginga ne put s'empêcher de lui jeter un coup d'œil. Leone n'avait pas eu à le pousser cette fois. Un sourire s'invita sur son visage.

Le sourire de Ginga disparut quand il fut à proximité du cocon. Il le détailla avec méfiance. Il ne ressentait pas le souffle d'énergie des Esprits, ni le vide des ténèbres. Il percevait une malveillance diffuse.

- Alors ?

- Je fais confiance à Pegasus.

Ginga tendit la main. Kyouya le regarda un instant avant de l'imiter. La paume de Ginga entra en contact avec la surface dure. Un frisson désagréable le parcourut. Ses mâchoires se crispèrent. Il dut lutter contre son instinct qui l'intimait de reculer. À ses côtés, Kyouya se tendit, mais il ne partit pas. Ce constat allégea son malaise. Il se tourna, sans ôter sa main.

- Pegasus ?

Son Esprit regardait Leone. Il ponctuait ses communications de mouvements d'oreilles et de pattes. Le lion le dévisageait, le museau froncé, le bout de sa queue s'agitant. Ses griffes raclèrent le sol à plusieurs reprises.

- Leone n'a pas l'air emballé par son plan, commenta Kyouya.

Mais il n'ôtait pas sa main. Le cœur de Ginga s'apaisa devant cette marque de confiance.

Leone finit par s'ébrouer. Il rejoignit Kyouya en trottinant, ce qui ne lui prit que trois foulées. Pegasus vint se poster à côté de Ginga. Il posa son front contre son épaule. Le rouquin se prépara au déferlement d'énergie. Il survint, différent de la veille. Ginga le trouvait plus dense, comme si les réserves de Pegasus avaient augmenté.

L'énergie le traversa. S'arrêta. Elle fut repoussée au lieu d'être accueillie par le prisonnier. Ginga fronça les sourcils. Kyouya grogna, vexé. Ginga ferma les yeux, cherchant à comprendre la nature de ce prisonnier, en quoi elle était différente des autres Esprits. L'énergie de Pegasus tenta de nouveau une approche et rencontra la même résistance.

- Saleté !

Ginga ouvrit les yeux et se tourna vers son rival, aimanté par lui, comme toujours. Le vert fusillait le cocon du regard. Ses poings serrés tremblaient de chaque côté de son corps. Il commença à montrer les dents. Il détestait qu'on lui fasse perdre son temps.

Ginga voulut tendre son autre main vers lui mais il suspendit son geste. Kyouya n'avait pas besoin d'être calmé, là, mais d'exprimer sa colère.

- Tu n'as pas intérêt à recommencer ! La prochain fois, je te promets de t'envoyer le Rugissement Tempétueux du Lion. Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?

Un frémissement de peur sous les doigts de Ginga indiqua que le message était parfaitement passé.

Kyouya se repositionna, le visage encore marqué par l'agacement. Il appuya sa main sur le cocon avec plus de vigueur que nécessaire, le frappant presque. Ginga ferma de nouveau les yeux. L'énergie de Pegasus recommença à circuler à travers lui. Elle ne rencontra aucune résistance cette fois, même si Ginga sentait qu'elle était acceptée à contrecœur. Elle se déversa dans le cocon, donnant de la vitalité au prisonnier.

Le flot d'énergie cessa. Ginga ouvrit les yeux. Il ramena sa main contre lui et recula. Kyouya toisait le cocon avec dédain. Son poing serré et son corps tendu donnaient l'impression qu'il frapperait le prisonnier au premier mouvement. Ginga ne fit rien pour l'en dissuader, ni même pour l'apaiser. Étrangement, il se moquait de ce qu'il adviendrait de ce prisonnier.

Le cocon se fissura. Une créature massive en émergea, dotée de quatre pattes robustes et de trois têtes canines caractéristiques.

- Toi ! grogna Kyouya, sa colère montant d'un cran.

Le cerbère se tapit au sol, gémissant, tentant de se faire le plus petit possible. Ses têtes étaient appuyées sur les rochers, les oreilles complètement rabattues contre son crâne. Ginga regrettait de ne pas avoir assisté au combat qui l'avait opposé à Kyouya pour comprendre l'origine de cette réaction.

Ginga dévisagea l'Esprit, songeur. Il était persuadé d'avoir eu raison concernant la libération des autres – Pegasus et Leone ayant utilisé le lien qu'ils avaient forgé au cours d'un combat. Sauf que Kerbecs ne correspondait pas à ce cas de figure. Kyouya et lui l'avaient combattu uniquement pour arrêter son blader. Ils n'y avaient pas pris le plaisir d'un véritable combat Beyblade.

- Pourquoi ? demanda-t-il à Pegasus.

Son Esprit hennit, sûrement pour lui faire comprendre l'importance de cette mission. Il lui donna un léger coup de museau pour l'inciter à bouger.

- D'accord.

Kyouya le suivit avant que Leone ne fasse de même. Ginga ralentit pour se laisser rattraper.

- S'il y a Dark Wolf, je le réduis en charpie, prévint son rival.

Ginga sentit la peur gagner l'ensemble de la grotte. Au moins, les autres prisonniers auraient le bon sens de se laisser aider avant de pousser Kyouya à bout.

- Parce que c'est un loup ou à cause de Daidouji ?

- Les deux, grogna Kyouya.

Ils atteignirent un deuxième cocon, plus grand que celui de Kerbecs. Kyouya haussa un sourcil, peu impressionné.

- Quand faut y aller...

Ils tendirent leurs mains d'un même mouvement et les posèrent en même temps. Le transfert d'énergie commença. Le prisonnier l'accepta avec un mélange d'empressement et d'inquiétude. Ginga eut un sourire amusé. Le coup d'éclat de son rival avait été couronné de succès.

Le cocon s'ouvrit. Les bladers attendirent. Rien n'en sortit. Kyouya fit claquer sa langue avec agacement.

- Sérieusement ? On va devoir le traîner dehors ?

Une main sortit timidement. Elle attrapa le bord de la fissure et l'écarta. Une immense figure en sortit. Un visage humain, un torse humain, et un corps qui se terminait par une queue de poisson à partir de la taille. Dans son autre main, il tenait un trident. Il les dominait largement par la taille, mais son attitude donnait l'impression que c'était l'inverse.

- Poséidon, dit Ginga, confus.

Il ne l'avait pas combattu. Pourquoi participait-il à sa libération ?

- Ah, la toupie de ce type, là.

- Bakim.

Kyouya fit un geste de la main, signifiant à la fois qu'il le remerciait de sa réponse et qu'il n'en avait rien à faire.

Il était tout bonnement fascinant.

Kyouya tourna le dos dans un manque de respect flagrant. L'Esprit ne montra pas la plus petite intention belliqueuse. Il semblait surtout soulagé d'être soustrait à l'attention de l'adolescent.

- Finissons-en au plus vite, soupira le vert.

Ginga opina. Alors qu'ils se dirigeaient vers le troisième cocon, Leone barra la route de Kyouya. Ginga voulut s'arrêter mais Pegasus lui donna un coup de tête au milieu du dos.

- Ça va être comme pour Pisces et Capricorn.

- Au moins, on finira plus vite, répondit Kyouya en se laissant guider vers le quatrième cocon.

Ginga le suivit du regard. Pegasus le rappela à l'ordre d'un autre coup de tête. Ginga se remit à regarder devant lui. Ce cocon était similaire aux autres. Impossible de deviner ce qui se dissimulait à l'intérieur.

Ginga posa sa main dessus. Il se tendit. Le froid de cet Esprit était différent. Il semblait doté d'une volonté, désirer absorber la chaleur extérieure.

Il maintint fermement sa main contre le cocon. Si Pegasus voulait libérer ce qu'il y avait dedans, il le ferait. Au pire, si ça posait problème, ou présentait une menace, il pourrait toujours le mettre K.-O. lui-même.

Il laissa l'énergie de Pegasus le traverser. Ce qu'il y avait dans le cocon l'aspira avidement. Ginga fronça les sourcils. Ça ne lui plaisait pas.

Pegasus recula, coupant l'approvisionnement en énergie. Ginga sentit un frémissement de colère sous ses doigts. Ça lui plaisait de moins en moins.

Il fit quelques pas en arrière, toisant le cocon avec méfiance. Kyouya poussa une exclamation mêlant mépris et indignation.

- Sérieusement ?

Ginga lui adressa un bref regard. Son rival faisait face à Gemios, deux Esprits bien plus petits que la moyenne, qui atteignaient à peine ses genoux.

- Le combat contre ces deux moins-que-rien m'a même pas pris cinq minutes. Et c'était avant l'Ultime Bataille. Je pourrais les terrasser en une seconde aujourd'hui.

Le temps que Ginga reporte son attention sur le cocon, l'Esprit en était sorti. Il s'agissait d'un serpent gigantesque.

Il comprenait mieux pourquoi sa libération le laissait de marbre.

De son côté, Kyouya continuait de prendre Gemios à parti.

- Arrête, Kyouya, finit par dire Ginga. Le comportement et le niveau de ses bladers n'est pas de sa faute.

Des picotements dans sa nuque et l'envie de se retourner lui indiquèrent que son rival le regardait.

- Tes paroles seraient plus convaincantes si tu n'avais pas l'air prêt à dépecer Serpent vivant, répliqua-t-il, moqueur.

Ginga plissa les yeux.

- Il n'a aucun regret par rapport aux actes de Reiji, déclara-t-il froidement. Il est aussi coupable que lui.

Et il ne les avait pas assez payés. Ginga l'avait vaincu. Il lui avait montré ce que ça faisait quand la peur changeait de camp et, s'il avait étiré le combat plus que nécessaire, ce n'était que justice. Reiji aurait mérité mille fois pire pour ce qu'il avait fait subir à Yuu, Kenta et Hyouma.

- Là, tout de suite, je suis sûr qu'il regrette de ne pas être ailleurs.

La voix de Kyouya – si calme, presque amusée – le sortit de ses pensées hargneuses. Il se retourna, s'efforçant d'oublier le blader au serpent.

- On peut partir ? demanda-t-il à Pegasus.

L'Esprit opina.

Ginga traversa la grotte à grands pas, sans un regard en arrière. Kyouya le rejoignit sur le seuil, qu'ils franchirent ensemble.

- Je me demande à quoi tout ça rimait.

- J'en sais rien, avoua Ginga.

- En tout cas, j'espère que ça ne veut pas dire qu'on va devoir libérer toutes les toupies qu'on a affrontées. J'ai pas tant de temps à perdre !

- Je ne crois pas.

- Mais tu n'en es pas sûr.

Ils se regardèrent.

- Au pire, on pourra toujours protester.

Kyouya émit un son incrédule.

- C'est sûr que Leone et Pegasus ont l'air de vouloir de notre avis.

Ginga ne pouvait pas lui donner tort.


XXX


Était-ce vraiment nécessaire ?

La voix de Leone résonnait avec clarté dans l'esprit de Pegasus tandis qu'ils suivaient les deux humains dans les galeries obscures.

Les libérer ne nous apportera pas beaucoup d'énergie, continua-t-il. Une miette de la libération d'Aquario – c'est dire ! Et rien ne nous garantit qu'ils ne causeront pas de problèmes.

Il s'agit de leur monde aussi, lui rappela Pegasus. Ils ne veulent pas sa ruine.

Leone eut un mouvement d'épaules, indiquant qu'il n'était pas convaincu.

Et cette fois, ce n'est pas pour notre énergie, mais pour leur Lien.

Les humains n'ont pas une telle chose.

Eux si, et tu le sais.

Leone ne répondit pas immédiatement.

En quoi ces libérations renforcent leur Lien ?

Ils le symbolisent. Gemios est le premier adversaire que ton Autre a vaincu pour Ginga...

Et Poséidon et Kerbecs sont les suivants, enchaîna Leone. Je comprends. Mais pourquoi avoir libéré Serpent ?

Ce fut au tour de Pegasus de hausser les ailes.

Ça aurait été cruel de le laisser là alors que nous libérions les autres. Et une miette de pouvoir supplémentaire, c'est toujours ça de pris.

Je te reconnais bien là.


XXX


Ils sortirent enfin de la caverne. Ginga s'étira. Même si ça avait été moins compliqué, cette fois, il préférait tout de même l'air libre. Surtout quand les étoiles brillaient dans le ciel.

En parlant d'améliorations...

- Je n'ai pas du tout perdu d'énergie, déclara-t-il en tournant la tête vers son rival. Et toi ?

- Non, mais je me fichais des combats contre eux. Ça joue peut-être.

Le claquement des sabots de Pegasus se rapprocha et s'arrêta.

- On peut aller combattre les ténèbres maintenant ?

Les yeux bleus de Kyouya s'illuminèrent. Il posa un regard impatient sur Pegasus. Comme Ginga le comprenait !

Pegasus concerta Leone puis les deux Esprits acquiescèrent d'un même mouvement. Ginga eut un immense sourire.

- Génial !

Le sourire de Kyouya dévoila un croc.

- Enfin.

- C'est par où ?

Pegasus et Leone prirent la tête de leur expédition. Alors que Ginga se tournait pour les suivre, un mouvement lointain, en périphérie de son champ de vision, attira son attention. Il tourna la tête. Il s'exclama, surpris, et agrippa le bras de son rival. Il remarqua à peine son sursaut.

- Kyouya ! C'est ce dont tu m'as parlé, n'est-ce pas ?

L'attention de Kyouya s'arracha de lui pour se porter sur la direction qu'il indiquait. Ginga sentit ses muscles se tendre sous ses doigts.

- C'est quoi ça ? grogna-t-il.

Un panache de fumée s'élevait de l'horizon.


Fin du chapitre 7


Note : Au Japon, le chiffre 4 porte malheur (une de ses lectures se prononce comme le mot mort).