Kirua était heureux.
Cet adjectif prenait tout son sens en le voyant.
Il n'était même pas heureux non.
Il rayonnait.
Ses parents avaient quitté la maison pour un voyage d'affaire important ce matin.
Traduction : liberté totale et bien méritée pour la fratrie Zoldyck.
Dommage,le voyage ne durait que deux semaines.
Mais peu importe, il passait énormément de temps avec son, il pouvait le dire, petit ami.
Il n'avait mis personne au courant.
Déjà, parce qu'à part Gon, il n'avait pas d'amis et qu'ensuite sa famille mettrait forcément son grain de sel dans leur idylle quasi parfaite.
Mince, Gon le rendait niais.
La nuit était tombée depuis bien longtemps.
Le sommeil ne voulait pas l'accueillir.
Situation fâcheuse pour quelqu'un qui a cours le lendemain.
Tant pis, une nuit blanche de plus ou de moins ne changera rien à son existence.
Sous la lumière de la lune qui éclairait faiblement sa chambre, un objet carré sur son bureau attira son attention.
"La boîte à ténèbres."
Il avait complètement oublié que c'était lui qui la gardait ce soir.
Les fleurs la recouvrant avaient été changées, leur fraîcheur nouvelle rajoutait plus de charme à cette simple boîte de bois.
Il retira précautionneusement le couvercle de l'objet.
À l'intérieur de celui-ci, un tas de petits papiers le fit sourire.
Ils avaient beaucoup écrit en seulement trois jours.
Une règle avait été ajoutée, l'un d'eux pouvait écrire le nombre de messages qu'il voulait et l'autre devait réaliser exactement le même nombre de messages s'il voulait une réponse.
Le système fonctionnait bien jusque là.
Il se réinstalla dans son lit et sortit tous les papiers de la boîte.
Une fois bien couvert, il commença sa lecture.
"Je t'aime."
"C'est pas un secret ça. Je t'aime aussi Gon."
"J'ai peur d'être oublié."
"Je ne sais pas si je suis assez cool pour toi."
"Tu es la personne la plus cool de l'univers."
"Je t'ai déjà menti."
"Arrêtes d'être parfait."
"Je me demande sur quoi tu m'as menti."
"Je te l'ai déjà dit, je ne suis pas parfait !"
" Je ne le serai jamais."
"Je ne t'ai pas menti comme tu le penses, je ne t'ai rien dit sur quelque chose de pourtant évident."
Kirua se souvient que cette phrase avait fait tilt dans sa tête.
De quoi parlait-il ?
Jusqu'à ce soir, il se posait la question.
Gon et lui ne parlaient jamais de ce qu'ils s'envoyaient dans la boîte.
Du moins, il n'avait jamais essayé de lui en parler.
À part pour l'orage qui avait été un rêve à réaliser, les secrets de la boîte restaient dans la boîte.
Un vent plus frais, à la limite du glacial, se faufila dans sa chambre.
Il resserra sa couverture grise autour de son corps.
Grise comme les nuages qui commençaient à se former dans son esprit au fil de sa lecture.
"Que veux-tu dire par là ?"
"Je te le répète: Tu es PARFAIT."
"Qu'est ce que tu me caches ?"
"Ne me fais pas rire bae. Je suis bien loin d'être parfait, je suis plus proche de l'erreur."
"Arrête de le dire. Arrête de mentir !"
" Ɉɇnɇ. Pour commencer je ne vais plus au lycée depuis un bon moment."
Il ne l'avait pas vu venir celle-là.
Maintenant qu'il y pensait correctement, c'était logique.
Quand il rentrait tôt, il était toujours là.
Et même les jours où il sèchait, il était là aussi.
Il n'avait pas suffisamment prêter attention à leurs messages à cause des cours, il regrettait énormément.
Durant ces trois jours, il s'était contenté de les survoler rapidement, interloqué à certains moments mais blasé la plupart du temps.
J'ai été con sur ce coup là.
Il se remit immédiatement à lire.
"Je ne te mens pas ! Pourquoi tu n'y vas plus ? Et surtout pourquoi ne m'avoir rien dit ?"
"Je ne voulais pas t'en parler avant de bien te connaître. Je ne suis pas...laisse tomber. Et je n'y vais plus, parce que j'y ai trop souffert."
"On va dire que le monde me rejette."
C'était le dernier message récent.
Gon avait déjà laissé entendre qu'il ne s'était pas vraiment adapter à l'école mais pas qu'il avait carrément arrêter.
Pourquoi n'avait-il pas lu attentivement ses lettres ?
Maintenant il s'en voulait beaucoup.
Beaucoup trop.
Il voulait se faire pardonner, le rassurer.
Comprendre pourquoi son petit ami manquait autant de confiance en soi.
La nuit fut bien courte.
Le ciel était désormais gris.
Kirua rentrait chez lui, maussade.
Son bracelet était la seule source de couleur dans ce tableau bien morose.
Personne n'avait osé lui adresser la parole depuis qu'il avait quitté sa chambre.
Son inquiétude avait infecté son comportement.
Et de plus, Gon ne l'avait pas contacté de la journée.
Son regard éteint ferait flipper n'importe qui.
Il marchait par automatisme, l'eau ruisselant de ses cheveux.
Au pied de son immeuble, il changea brusquement de direction et poussa la porte de l'immeuble d'à côté.
Il s'en fichait d'être complètement trempé, il voulait le voir dans l'immédiat.
Il avait peur que Gon fasse une connerie.
Ses messages résonnaient plus comme un appel à l'aide dans sa tête qu'à de simples confessions.
Kirua se retrouva devant cette porte qu'il connaissait bien.
Il n'eut pas d'hésitation à sonner.
Le ding cliché que fit la sonnette, le ramena un peu sur terre.
Venait-il vraiment de se pointer chez son petit ami sans prévenir ?
Bon ce n'était pas une nouveauté.
La porte s'ouvrit sur Gon comme la dernière fois.
À son air épuisé, il venait à peine de se réveiller.
Un hoodie gris trop large le couvrait jusqu'aux genoux.
Décidément, cette couleur suivait Kirua partout.
Un détail ne lui échappa pas, Gon avait encore les jambes cachées.
Cette fois-ci par de longues chaussettes noires qui partaient de ses genoux à la pointe de ses pieds.
Il allait craquer.
Tout ce mystère autour du garçon dont il était amoureux le rendait dingue.
"- Il faut qu'on se parle.
- Euh...ok."
Le garçon aux cheveux sombres se décala pour le laisser entrer.
Les couleurs vives lui perturbèrent de nouveau les sens, un bref instant.
"- Tu n'as pas froid ?
- Non.
- Sûr ?
- Peut-être un peu."
Ils allèrent dans la chambre de Gon.
Celle-ci était toujours pareille.
Les murs violets, les petits détails verts sous forme de spirales un peu partout, les anémones blanches maintenant rejointes par des colchiques de la même teinte, rien n'avait bougé.
Si ce n'est leur relation.
Les minutes qui suivirent étaient floues.
Il se retrouva assis sur le lit de son ami, enroulé dans une couverture rose et une tasse de lait chaud entre les mains.
Un silence assez lourd régnait entre eux.
Kirua réfléchissait et Gon le regardait dans le blanc des yeux.
"- De quoi voulais-tu qu'on discute ?"
Il se reconnecta avec la réalité mais ne répondit pas pour autant.
Les mots se livraient une bataille impitoyable dans sa gorge.
Il ne savait pas quel sujet aborder en premier.
Le nombre de questions qui circulaient dans sa tête paraissait infini.
"- Je voudrais comprendre.
- Quoi donc ?
- Tout ! Je voudrais tout comprendre de toi.
-...Moi ?"
Oui, toi.
Il vit Gon enfoncer ses mains dans les poches de son hoodie large.
Il ne bougeait plus d'un pouce.
Ses cheveux voilaient ses yeux.
"- Je ne suis pas prêt à tout te dire en face.
- Pourquoi ? Que me caches-tu ?
- Continuons avec la...
- Non pas elle, je veux l'entendre de ta bouche ! Qu'est ce que tu me caches ?
- Je te l'ai déjà dit, je ne suis pas encore prêt à tout t'avouer !
- Tu ne me fais pas confiance !?
- Mais bien sûr que si !
- Alors pourquoi agis-tu ainsi ?"
Il n'eut aucune réponse à sa question.
Gon était têtu, bien lui aussi pouvait l'être.
Il ne comptait pas laisser tomber si facilement.
Il voulait des réponses, il les aura.
Cependant, il ne s'attendait pas à ce que son petit ami essaie de se défiler.
"- Je ne peux pas Kirua. Je ne peux pas. J'ai simplement peur de souffrir !
- Alors tu ne me fais pas vraiment confiance hein ?"
Un rire sans joie quitta ses lèvres.
Gon venait de lui faire explicitement comprendre qu'il pouvait éventuellement le faire souffrir dans le futur.
La blessure mettra un moment à cicatriser.
"- Non ce n'est pas ce que je ... Pardon.
- En vrai je ne te connais pas Gon. Je ne sais pas qui tu es vraiment."
Il se frappa mentalement à cette phrase.
Il avait voulu se venger de celle qui avait strié son coeur un peu plus tôt.
L'air s'alourdit un peu plus.
Il avait dit cela sous le coup de la colère et de la frustration de ne rien savoir.
Il regrettait, mais pas complètement.
D'un côté c'était vrai, il ne connaissait pas Gon comme il le voudrait.
Ce mystère permanent qui entourait l'existence de Gon et tous ces non-dits pesaient sur lui.
Les murs violets autour de lui se mirent à l'angoisser.
Il ne savait plus trop où il en était.
Mais qu'est ce qu'il me cache putain ?
Ses yeux parcouraient la pièce de long en large.
Il cherchait des réponse dans la semi pénombre, il interrogeait les murs colorés comme si ceux-ci allaient lui répondre.
Sa patience se fissurait de plus en plus.
Il détestait ce genre de sensation.
Celle d'être impuissant.
De ne pratiquement rien savoir sur le mec qu'il aime.
Et, pris de pitié, des dieux auxquels il ne croyait pas lui apportèrent de l'aide.
Bien isolé derrière Gon, une commode verte se découpait dans le noir.
Une force invisible semblait le guider vers ce meuble.
Quelque chose s'y trouvait et cette chose répondra au moins à une partie des questions qu'il se posait.
Le regard doré de l'autre suivait ses mouvements, alarmé.
Cela confirma ses doutes.
Il y avait bien quelque chose sur ce meuble, quelque chose de compromettant.
Il abandonna sa tasse sur le lit et se dirigea vers le meuble, d'une démarche assuré.
Rien ne pourrait l'arrêter.
Même la voix de Gon en arrière plan qui lui demandait, non, l'implorait presque de laisser tomber.
Il fit le sourd.
L'obscurité l'empêchait de bien voir ce qui se trouvait sur l'objet en bois.
Il y passa ses doigts, le regard doré de son petit ami était vissé dans le sien.
"Arrête.."
"Non."
Son doigt rencontra quelque chose.
Un petit objet froid et... humide.
Humide ?
Kirua se saisit difficilement de l'objet et l'emmena à la lumière.
Il était petit, métallique et couvert d'une substance sombre.
Substance qu'il n'eût pas de mal à reconnaître.
Une lame de rasoir couverte de...sang..
"- Bordel de merde ! Gon, c'est quoi ça !?"
