Chapitre 11 : Forgiveness

— Eh !

Max lui lança un sourire lumineux en retenant Stiles sur le parking et ce dernier le lui rendit en se tournant vers lui.

Intérieurement, il se demanda s'il parvenait à faire illusion ?

Le cœur n'y était pas, mais il avait toujours su tromper son monde en toute circonstance.

Il avait largement eu le temps de s'entraîner depuis le décès de sa mère. Tant d'années à construire ce masque auprès de son père puis de ses amis.

L'hyperactif avait compris… Il avait compris, que la tristesse n'engendrait rien d'autre que la tristesse, là ou la joie, même feinte, parvenait à rendre le monde plus beau.

Voir son fils sourire de nouveau avait permis à Noah de sortir de sa dépression.

Il avait repris peu à peu pied dans la vie, se réfugiant dans la routine, le quotidien et le travail.

Avec le temps, il avait pu, lui aussi, offrir de vrais sourires à son fils dont le cœur s'était alors réchauffer. Il avait juste besoin d'amour.

Au fil des mois, il n'avait plus eu besoin de faire semblant.

Aujourd'hui, le fils du shérif espérait que cet entre-deux — prétendre qu'il allait bien avant que ce soit à nouveau vrai — ne serait que de courte durée, mais pour le moment, il se contentait de faire illusion.

— On se voit toujours demain ?

— Ouais, mon père travail toute la journée, on sera tranquilles pour travailler.

Maxime avait besoin de rattraper ses cours en retard. Il avait dû demander les notes de plusieurs élèves pour les options qu'il n'avait pas en commun avec l'hyperactif et pour le reste, Stiles s'était proposé.

L'adolescent lui offrit un nouveau sourire étincelant et posa sa main sur le bras de l'hyperactif le rendant légèrement nerveux bien qu'il n'esquissa aucun geste pour se séparer de cette main, si douce, sur son bras.

C'était le pire moment de la journée et tout son esprit était préoccupé.

Sans pouvoir s'en empêcher, le lycéen tourna la tête lentement vers le parking en entendant le moteur au bruit si distinctif.

Comme chaque jours depuis une semaine, son cœur se serra quand il aperçut la carrosserie noire de la voiture de sport, puis s'emballa lorsqu'il croisa les prunelles vert pâle de son conducteur.

Il serra le poing pour essayer de faire reculer la vague de chagrin qui lui enserra la poitrine, ne se permettant que ce simple geste pour l'extérioriser, arborant sur son visage un immense sourire nonchalant… comme il le lui avait promis.

Une semaine qu'il avait l'impression qu'un trou sanguinolent avait remplacé son cœur dans sa poitrine et qu'il souffrait en silence. Chaque soir, vers dix-huit heures, il retrouvait le loup-garou pour leur ronde. Ils n'échangeaient généralement aucun mot autre que ceux nécessaire au bon déroulement de leur mission. Ils passaient plusieurs heures, tendus tous les deux, dans l'étroitesse pesante de la voiture de sport. Stiles faisait son possible pour éviter le regard vert pâle et rentrait chez lui, exténué sans jamais parvenir à trouver le sommeil.

La main sur son biceps l'attira et le mouvement le surprit tant et si bien qu'il reporta l'attention sur son nouvel ami qui avait maintenant le bras autour de ses épaules avant qu'ils ne se mettent à marcher côte à côte.

— Tu veux en parler ?

Stiles sursauta et ouvrit légèrement la bouche en dévisageant le châtain aux yeux sombres.

— Tu crois que je n'ai pas remarqué ? À chaque fois que cette voiture apparaît, tu te crispes et tu passes ton temps à fixer le mec à l'intérieur… Là seul chose que je ne comprends pas, c'est s'il te cause des ennuis ou…

— Ou ? ne put s'empêcher de demander Stiles malgré l'angoisse que les paroles de Maxime faisaient naître en lui.

Peut-être n'était-il pas si doué finalement ?

Derek était-il en train d'épier leur conversation ?

— Ou si… c'est ton ex ? conclut l'adolescent d'une petite voix comme s'il avait peur de la réaction de son interlocuteur.

Et il n'y avait rien de surprenant à ça.

Au final, il lui demandait par la même occasion son orientation sexuel et, tout le monde n'était pas ouvert d'esprit concernant l'homosexualité.

— C'est plus compliqué que ça, répondit Stiles avec un sourire sincère.

Le premier depuis une semaine.

— Premier chagrin amoureux, oui ! ajouta-t-il quand Max rouvrit la bouche pour répliquer.

Instinctivement, il tourna son regard pour voir la réaction de l'homme dans la voiture, mais avant qu'il n'y parvienne, il sentit Maxime l'attirer un peu plus sûrement vers lui jusqu'à ce que sa tête ne repose sur son torse dans une étreinte un peu trop intime au goût du brun.

Il écarquilla les yeux de stupeur et resta un instant les bras ballant avant d'esquisser un geste pour s'extraire de l'emprise de son nouvel ami.

— Je suis content que tu m'en ais parlé, murmura-t-il comme simple justification avant de le relâcher et de lui offrir un sourire étincelant tandis que le moteur d'une voiture de sport hurlait sa puissance en sortant du lycée.

— Eh, Stiles ! Salut Maxime !

— Scott ! Bon… Je dois vous laisser, mon père doit m'attendre. Stiles, à demain ?

— Bonne soirée, répondit l'hyperactif en acquiesçant de la tête.

Les deux garçons regardèrent leur nouveau camarade courir jusqu'à une berline grise avant de se tourner l'un vers l'autre.

— Désolé de vous avoir interrompu, commença l'alpha en se grattant la nuque signe de nervosité chez lui.

Stiles fronça les sourcils. Pourquoi son ami était-il mal à l'aise de les avoir rejoints ?

— Pas de soucis, mec ! répliqua-t-il en donnant une tape puissante contre l'épaule de son frère avant de se masser la paume douloureusement. Tu sais que tu ne me déranges jamais !

Scott lui offrit un sourire solaire aux mots de son meilleur ami et lui attrapa l'épaule pour marcher de front, comme l'avait fait Maxime un peu plus tôt.

Ils se dirigèrent vers leur véhicule respectif dans un léger silence avant que le brun ne reprenne la parole.

— Je… En fait, je ne sais pas comment te le dire…

— En ne tournant pas autour du pot ? proposa Stiles avec un sourire moqueur !

Mais le capitaine de la crosse ne le lui rendit pas et le jeune homme commença à s'inquiéter !

— Il y a une réunion de meute ce soir, lâcha-t-il en pinçant ses lèvres. Mais, si tu ne veux pas…

— J'y serais, coupa net l'hyperactif le visage fermé. Je suis le premier à avoir fait parti de ta meute et je ne vais pas te laisser tomber à cause de lui !

Bien évidemment, Scott était au courant de tout.

Peu importe ce qui se passait dans sa vie, Stiles ne pouvait pas ne pas le partager avec son frère de cœur.

— Si tu changes d'avis je comprendrai, ajouta néanmoins son ami avec un énorme sourire qu'il voulait bienveillant et réconfortant.

Stiles se contenta de hocher la tête avant de monter dans sa voiture.

Il demanda des précisions sur l'heure et le lieu de rendez-vous et son ami lui répondit qu'ils se réunissaient tous chez Derek pour dix-huit heures.

— J'ai hâte d'y être, conclut l'hyperactif la voix vibrante d'ironie avant de mettre le contact de sa Jeep.

oOo

C'était devenu un rituel. Un rituel ridicule et douloureux qu'il ne pouvait se résoudre à abandonner.

Au moins, il faisait un heureux : Isaac. Renouer avec son ancien alpha, celui qui lui avait offert la morsure en même temps qu'une vie meilleure, semblait lui faire un bien fou.

Ils apprenaient à se redécouvrir sans la menace de la meute d'alphas, sans la violence des entraînements, sans hiérarchie, juste en égaux !

Pourtant, le loup de naissance avait toujours ce sentiment désagréable dans la poitrine lorsqu'il était en compagnie de son ancien bêta. Non pas qu'il n'appréciait pas sa compagnie, mais parce qu'il y avait une forme de mensonge dans leur rapprochement.

Car, si Derek allait le chercher chaque jours devant le lycée — et le raccompagnait chaque soirs chez sa tante par la même occasion — c'était avant tout pour pouvoir voir un certain hyperactif.

Car le loup n'aspirait qu'à croiser le regard de Stiles, le voir évoluer, vivre sa vie, à distance, sans lui…

C'était mal. Il se faisait du mal, ils leur faisaient du mal… mais ces cinq minutes quotidiennes lui étaient vitales. Douloureusement vitales.

Stiles avait-il tenu sa promesse de sourire malgré sa tristesse ou était-il réellement passé à autre chose ?

Lui n'y parvenait pas.

Il n'y avait rien et personne d'autre dans son esprit que le fils du shérif qui avait avoué l'aimer et qu'il aimait en retour bien malgré lui !

Il voulait se convaincre que les sourires du lycéen n'étaient rien d'autre qu'une illusion et qu'ils étaient unis dans cette même douleur nécessaire pour leur bien à tous les deux…

Il s'en était convaincu jusqu'à aujourd'hui !

Il avait senti la rage l'envahir et il avait dû s'enfoncer les griffes dans les paumes pour s'empêcher de se transformer.

Les dents serrées, le cœur et le corps douloureux, il avait vu son humain proche — bien trop proche — d'un autre que lui.

Les adolescents passent vite à autre chose et l'amour leur parait toujours intense.

Ils vivent juste tout intensément comme s'ils pouvaient mourir demain et… finalement, n'avaient-ils pas raison ?

Qui était ce garçon ? Et Stiles ? Stiles l'aimait-il lui à présent ? L'avait-il déjà oublié dans les bras d'un autre ?

— Derek ?

L'ancien alpha secoua la tête pour se sortir de ses sombres pensées et fixa son attention sur Isaac !

— Tu es bizarre depuis tout à l'heure, constata l'adolescent en le toisant du regard. Je suis même surpris que les hommes du shérif n'aient pas encore frappé à ta porte pour t'arrêter. Tu as quand même failli écraser trois personnes en partant du lycée comme une fusée !

L'aîné se contenta de hausser les sourcils pour montrer son désintérêt et ne daigna pas ouvrir la bouche.

Il consulta l'heure et son cœur manqua un battement qui n'échappa pas à Isaac qui fronça les sourcils à nouveau en l'observant.

— Tu…

L'arrivée de Scott et Allison coupa le lycéen dans son élan au plus grand bonheur du propriétaire des lieux.

Cinq minutes plus tard, ce fut au tour de Deaton ce faire son entrée, Stiles sur les talons, légèrement essoufflé !

— Vous ne m'avez pas vu ? J'étais juste derrière vous. Je vous ai dit de retenir les portes de l'ascenseur, haleta ce dernier à l'attention du vétérinaire qui le regarda sans exprimer la moindre émotion.

— Oh ? Vraiment ? Désolé, Stiles !

L'adolescent leva les yeux au ciel avec emphase avant de poser ses deux mains sur ses genoux, le corps penché en avant pour reprendre son souffle.

Derek camoufla son sourire en baissant la tête vers ses pieds.

Ce n'était bien sûr pas venu à l'esprit de l'adolescent d'attendre que l'ascenseur redescende ? Non, il avait laissé parler sa spontanéité et avait monté les escaliers quatre à quatre !

— Bonjour au fait, ajouta-t-il à l'attention de l'émissaire, en levant une de ses mains sans relever la tête.

Enfin, son doux regard miel se posa sur le bêta aux yeux pâle, provoquant un accro dans le rythme cardiaque de celui-ci.

— Derek, salua-t-il posément avec un sourire qui n'atteignit cependant pas ses yeux.

— Stiles, répondit l'autre sur le même ton sans voir que Scott laissait son regard passer de l'un à l'autre avec une expression inquiète.

Ni même qu'Isaac l'observait avec un air dubitatif.

Ils restèrent un certain temps à s'observer et le calme apparent qu'ils affichaient ne pouvait laisser en rien deviner la tempête intérieure qui les détruisait réciproquement.

— Bon, on va commencer, annonça finalement Scott en tapant dans ses mains pour attirer l'attention de tout le monde.

— Il manque Lydia.

— Elle m'a dit qu'elle ne souhaitait pas venir, répondit Scott en pinçant les lèvres, un air clairement peiné peint sur le visage.

L'hyperactif releva la tête et laissa échapper un petit « oh » choqué avant que son regard ne se baisse sur ses chaussures.

Son sourire avait disparu et il semblait blessé à l'entente de cette nouvelle.

Il était clair pour tout le monde qu'il se sentait responsable de cette décision.

Le chef de meute fit ce qu'il avait de mieux à faire et commença la réunion pour changer de sujet.

Très vite, il laissa la parole à Deaton qui avait annoncé avoir une théorie concernant les trois loups qui restaient insaisissables malgré leurs patrouilles.

— … Ils auraient sûrement déjà attaqué s'ils n'étaient pas pacifistes.

Derek devait se forcer à rester concentrer sur les paroles du druide, mais il ne pouvait s'empêcher — à défaut de le regarder — de guetter le rythme cardiaque de Stiles qui résonnait en lui comme une musique rassurante.

— Je pense qu'il s'agit des membres d'une même fratrie qui ont dû quitter leur meute. Ce genre d'événement se produit lorsqu'un bêta confronte son Alpha pour prendre le pouvoir et qu'il échoue.

— Dans ce cas, ils restent dangereux malgré tout ! Je veux dire, ils ont attaqué leur alpha : c'est qu'ils ne sont pas très loyaux, non ? exposa Stiles, son esprit pratique toujours affûté pour tirer des conclusions… pas toujours bonnes !

— Tout dépend la nature de leur alpha. S'il s'agit d'un psychopathe du style de Peter…

Scott ne termina même pas sa phrase et Stiles se pinça les lèvres en réalisant la bourde qu'il venait de faire.

— Pourquoi ne nous ont-ils pas encore contactés dans ce cas ? On est plus fort en meute, pas vrai ? demanda à son tour Isaac qui semblait bien plus appliqué qu'habituellement et Derek ne put s'empêcher de sourire à ce constat.

— Comment savoir ? Leur expérience en meute les a peut-être tout simplement vacciné contre l'envie de réitérer l'expérience, ou… Peut-être vous observent-ils pour savoir comment vous fonctionnez et si vous êtes dangereux avant de vous contacter… Ou encore…

— Ils attendent de connaître nos faiblesses pour nous égorger dans notre sommeil, conclut Stiles avec un énorme sourire sans se soucier que tout le monde le dévisageait, choqués qu'il puisse exposer ce genre de chose avec autant de désinvolture.

— C'est possible, acquiesça le vétérinaire en haussant les épaules.

— Mais pourquoi venir ici s'ils ne nous connaissent pas ? Pourquoi Beacon Hills ? s'interrogea Allison.

— À cause du Nemeton. Ils ont dû être attirés par lui sans même s'en apercevoir.

Scott et Stiles échangèrent un regard.

Ils avaient cette habitude comme si la présence de l'autre les rassurait mutuellement ou qu'ils avaient développé la faculté de communiquer par télépathie.

Derek les observa avec un sentiment proche de la fascination. Il aurait tellement aimé que Stiles et lui s'échangent ce genre de regard.

— On ne s'y prend pas bien pour les trouver, exposa soudainement Scott.

— Oui, on patrouille au hasard dans la ville comme si on allait tomber sur eux, sirotant un café au pub du coin ! ajouta Stiles et pendant quelques secondes Derek douta.

Communiquaient-ils vraiment par télépathie ?

— Ils ont beau être des loups-garous, ils n'en restent pas moins humain et je les imagine mal camper dans les bois. Ils ont dû prendre un appartement en ville récemment. Ils se sont peut-être même inscrits à la mairie… Je vais essayer de chaparder la liste des nouveaux habitants de la ville au bureau de mon père !

Les autres hochèrent la tête jusqu'à ce qu'Isaac lâche une bombe à laquelle personne ne s'était attendu.

— Et Maxime ?

Tout le monde se retourna vers Stiles qui se crispa soudainement les mâchoires serrées.

Derek fronça les sourcils.

Maxime ?

Était-ce ce garçon qui avait enlacé son…enfin, qui avait enlacé l'hyperactif un peu plus tôt au lycée, emplissant Derek d'une telle rage qu'il avait failli se transformer en plein milieu de la foule des étudiants ?

— Quoi Maxime ? répliqua Stiles sur la défensive. Il est nouveau d'accord, mais ce n'est pas un loup, Scott l'aurait senti !

De toute évidence, l'hyperactif y avait déjà réfléchi.

— Certains loups parviennent à camoufler leur odeur, intervint Deaton les bras croisés sur sa poitrine, le ton toujours aussi calme et posé.

— Même des loups de dix-sept ans ? contra Stiles prêt à défendre son nouvel ami becs et ongles.

Le loup-garou de naissance dut refouler la jalousie qui gronda sous sa peau aux mots de l'hyperactif.

— Tu n'as pas trouvé ça louche qu'il s'intéresse à toi ? Et comme par hasard, il veut rejoindre l'équipe de la crosse pour se rapprocher aussi de Scott ?

— La ferme, Lahey !

Stiles avait répondu la mâchoire serrée et de la colère dans la voix, ce qui ne lui ressemblait pas.

— Je ne fais que constater, répliqua Isaac avec un sourire insolent, croisant les bras tout en provoquant Stiles du regard. Quel intérêt aurait-il à te fréquenter, toi ? Si ce n'est pour Scott qui est l'alpha ?

Stiles esquissa un pas en avant les poings serrés et son meilleur ami posa une main rassurante sur sa poitrine pour l'empêcher d'aller plus loin.

— Et toi, ils sont où, tes amis ? renvoya Stiles méchamment.

Les yeux d'Isaac étincelèrent en réponse et il se redressa pour s'avancer vers l'adolescent, obligeant Derek à poser à son tour une main sur sa poitrine pour le retenir.

— Ça suffit les mecs, intervint Scott en arborant ses yeux rouges d'alpha et de regarder alternativement les deux hommes. Stiles, écoute, Isaac à peut-être raison, il faudrait peut-être se méfier de lui en attendant d'en savoir plus, ajouta-t-il d'une voix qu'il voulait bienveillante, mais qui n'eut pas l'effet escompté.

— Isaac à peut-être raison ?

Le ton était calme, mais son langage corporel était un avertissement à l'intention de son meilleur ami. Il pencha la tête sur le côté pour mieux dévisager le chef de meute qui en bégaya presque.

— On ne peut être sûr de riens. Je préférerais que tu restes loin de lui. En tout cas, pour l'instant !

Tous retinrent leurs souffles en observant l'hyperactif, sur la brèche, la mâchoire serrée, les yeux lumineux de peine, le corps affreusement statique.

— Ouais, très bien, lâcha-t-il d'une voix quelque peu cassée. Peut-être bien que c'est de ta meute dont je devrais rester loin, en fait…

— Stiles !

— Non, c'est bon ! coupa l'hyperactif avec un mouvement d'humeur vers la main tendue de Scott.

Il se gratta le nez nerveusement.

— Vous pourrez dire à Lydia qu'elle peut revenir. Je m'en vais, conclut-il avant de quitter à pas lent le loft sans se retourner malgré les appels d'un Scott totalement abasourdi et démuni.

Derek observa la scène le cœur lourd.

Il savait au fond de lui qu'il était en partie responsable de la décision du jeune homme.

L'histoire avec l'autre garçon — il se refusait à l'appeler par son prénom — n'avait été que la goutte d'eau faisant déborder un vase déjà trop plein.

— Tu ne compte pas le rattraper ? demanda le loup de naissance en ouvrant la bouche pour la première fois depuis le début de la réunion.

— Je…

— C'est bon, laisse tomber, ajouta le bêta avant de laisser son instinct s'exprimer et de courir derrière le fils du shérif.

Le loup se précipita dans l'escalier et manqua rater la marche sur laquelle était assis l'adolescent, sous le coup de la surprise.

— Stiles ?

Celui-ci sortit la tête de ses mains et croisa le regard du loup avec un air inexpressif qui fit frissonner ce dernier.

— Ça va ? demanda-t-il en s'asseyant à coté de lui tout en gardant une distance de sécurité pour que leurs corps ne se touchent pas.

Il n'aurait pas pu résister à sauter sur le lycéen sans ça.

— Oh ouais, j'ai la super frite ! Tu sais quoi ? Je me suis jamais senti aussi bien de toute ma vie ! répliqua l'autre en laissant exprimer sa colère.

— Tu sais très bien ce que je voulais dire, soupira Derek sans entrer dans son jeu, ne voulant pas alimenter la tristesse qui était camouflée derrière cette rage apparente. C'est quoi le vrai problème ? Ça ne peut pas être juste à cause de… ce garçon ? Si ?

Stiles se tourna vers lui sans cacher son étonnement.

— Qui êtes-vous et qu'avez vous fait de Derek Hale ?

Le lycanthrope ne put s'empêcher de rire légèrement. Il est vrai que leurs rapports avaient toujours été tendus et explosifs jusqu'à présent.

— Ce n'est pas à cause de Maxime… Enfin si. Je l'aime bien, mais…

Derek tenta de ne pas montrer la douleur et la jalousie qui s'emparèrent de lui.

— Je sais que je suis le boulet d'humain de la meute… Non, ne dis rien ! Je le sais ! Mais je ne pensais pas que… Enfin de la part d'Isaac pourquoi pas, mais Scott ?

Il soupira bruyamment et posa ses coudes sur ses genoux, la tête basse pour regarder à nouveau ses chaussures.

— Ok, j'ai rien compris…

Stiles expira bruyamment une fois de plus, et Derek n'avait pas besoin de sentir l'odeur de ses émotions pour savoir qu'il avait le cœur lourd.

— Je… Je pense être un ami loyal et… enfin ! Je pense être un bon ami ?! Je… Je ne suis pas très sociable. J'ai des tendances paranoïaque à cause de mon traitement et j'ai beau le savoir, je n'y peux rien… Alors pour une fois que je m'ouvre à quelqu'un sans l'aide de Scott … Ça me blesse qu'on puisse croire que Maxime puisse prétendre être mon ami par intérêt ! Ça sous-entend que même en temps qu'ami, je suis un raté et qu'un mec sensé ne m'aurait pas choisi MOI pour être son ami !

Il marqua une courte pause durant laquelle il posa ses iris miel sur le bêta.

— Désolé, tu dois te dire que c'est pathétique de réagir comme ça et tu dois en avoir à faire à faire de mes états d'âme de gamin mais…

— Ce n'est pas le cas ! coupa Derek en posant sa main sur la cuisse du jeune homme qui se tendit aussitôt, son cœur s'emballant comme s'il avait le diable aux trousses.

Il ferma les yeux l'espace d'une seconde avant de retirer la main de l'homme qui n'avait pu s'empêcher ce geste.

Les deux hommes arborèrent une expression douloureuse suite à ce contact inapproprié.

— Je ne penserai jamais ça de toi, Stiles. Là seule chose, c'est… enfin… Tu connais Scott mieux que moi ! Il est maladroit, mais il ne pense pas ça de toi. Tu le sais, j'en suis sûr !

Stiles se mordit la lèvre inférieure, refusant de croiser le regard du loup-garou. Ils restèrent un moment ainsi dans le silence de la cage d'escalier, il n'y avait aucune tension ni gêne entre eux comme Derek l'aurait cru de prime abord.

Quand l'hyperactif releva enfin les yeux vers lui, il avait un air triste et les yeux embués de larmes non versées.

— Pourquoi tu fais tout ça pour moi, Derek ? chuchota-t-il comme s'il était incroyablement fatigué tout à coup.

— Parce que je tiens à toi, malgré ce que tu peux bien en penser !

Ils se perdirent dans le regard l'un de l'autre.

Stiles plus encore que Derek se plongea corps et âme dans ses prunelles comme s'il pouvait trouver dans leur profondeur abyssale une réponse à toutes ses questions.

— Mais pas assez pour m'aimer ! lâcha-t-il finalement d'un ton neutre.

— Stiles, je…

Derek faillit chanceler et il ferma les yeux avec force pour ne pas craquer.

La décision qu'il avait prise était difficile, douloureuse, mais il savait au fond de lui que c'était la bonne chose à faire.

Je t'aime à en crever ! hurla son cœur qui battait à tout rompre. Stiles, ne le vois-tu pas ?

— Je suis désolé !

Stiles secoua la tête avec un sourire triste et se leva finalement en époussetant son jean.

— Ne le sois pas, lâcha-t-il avec à nouveau son masque de bonne humeur sur le visage. Tu n'y es pour rien !

Il monta deux marches, apparemment prêt à rejoindre la meute, avant de se tourner de trois-quarts vers le loup.

— Derek, je… Merci !

Son cœur battait si fort…

Avec un dernier regard, il remonta les étages en courant.

Derek sourit malgré lui.

Il mettrait encore plusieurs longues minutes à reprendre son souffle.