Bonne année à tous !
Ceci est une annonce importante qui va impacter votre lecture. Alors…
Si le rythme de l'histoire devient subitement abrupt, c'est normal, l'histoire m'intéresse moins qu'à ses débuts (l'année dernière donc). Avec tout ce qui se passe entre ma maladie et le covid, j'ai presque envie de l'abandonner. Mais je ne veux pas vous décevoir et laisser l'histoire avec un gros vide. Même si je vois cela comme une corvée, Raven Rain aura sa fin.
Bonne lecture quand même.
Je hais le Gardien…
Je hais la destinée que le Gardien a offert à ma famille…
Soyez maudit…
C'était les paroles que maugréa le jeune garçon le jour de l'enterrement de ses parents, sous un ciel gris, triste et pleurant à l'unisson avec lui. Les poings serrés, les larmes coulaient sur ses joues, le visage décomposé par le chagrin causé par la perte sa mère et de son père. Il était seul désormais et il ignorait ce qu'il allait lui arriver, il n'avait personne d'autre…
Au cimetière, il n'y avait que lui et la famille Mutô, la descendance du gardien…
Je les hais…
Quand il pensait cela, il regardait avec colère et haine les personnes concernées. Son regard attira l'attention d'un homme aux yeux couleurs améthystes et à la barbe grisonnante. Le garçon détacha rapidement le regard et fixa ses pieds, espérant que cet homme l'ignorait.
Au lieu de cela, il sentit une main chaude et rassurante se poser sur son épaule.
— Mao, je suis désolé…
— Hum…
— Tu n'es pas seul, ma famille est là pour toi, et je serais là, à tes côtés.
— Pour m'utiliser ? demanda le garçon. Pour devenir le chien du Gardien ! Aboya-t-il en larmes, les sourcils froncés, tout en regardant le vieillard avec mépris.
Il fallut de longue minutes avant que celui-ci ne réponde simplement :
— Je suis désolé… Je te prie de nous pardonner.
Mao ne comprenait pas pourquoi cet homme affichait une expression si triste et désespérée… Il était le descendant de la famille d'un monstre aux forces dévastatrices, il devait être impitoyable et inhumain.
— Je comprends ta colère… nous sommes redevables envers ta famille, c'est pour cela qu'ils m'ont laissé ta garde.
— Vous allez me réduire en esclave ?
— Non…
— Vraiment ?
— Oui, vraiment… Tu seras libre de tes choix et de tes actes.
Il n'y croyait pas réellement, mais cet homme au visage calme et chaleureux le rassura. Alors, essuyant ses larmes sur sa manche, il décida de suivre son tuteur, Sugoroku Mutô. Cet homme qu'il suivit ne lui jamais menti. Avec le temps, il comprit pourquoi son rôle était important.
Toutefois, tiraillé par son désir de voir autre chose que cette île, il partit faire ses études à Tokyo, surveillant toujours à sa manière le Gardien.
— Je fais partie de la famille Amon. Il y a fort longtemps mes ancêtres ont juré fidélité à la tienne. Tu n'en as sans doute jamais entendu parler, car c'était devenu un « secret ». Notre famille a malgré tout toujours agi dans l'ombre pour protéger toute la génération du Gardien.
— Mais… je ne comprends pas.
— J'ai les mêmes pouvoir que le gardien, du moins, j'ai des limites, après tout, ma famille a fait de multiples expériences afin de vous protéger.
— Attendez, je ne comprends pas, comment ça des « pouvoirs » ? Des expériences ?
— Le Gardien a enfermé en lui les maux qui malmenaient ce monde, une énergie fortement maléfique.
— Alors pour les expériences, vous vous êtes transplanté cette énergie.
— Oui, et avec de la maîtrise on peut faire certaines choses, mais tout a des limites. Tout comme le Gardien qui n'est qu'un réceptacle pour une telle énergie.
Yûgi resta silencieux et trouva cette histoire de protecteur « mutant » ridicule. Pourquoi avoir juré fidélité à une telle chose ? Pourquoi respectait-il tant l'engagement de ses ancêtres ? Tout cela lui donnait des maux de tête ! Il s'empressa donc de se frotter la tête frénétiquement, se décoiffant par la même occasion en poussant un soupir bruyant. À cet instant, il se souvint du corbeau obéissant, dompté à la perfection, presque humain… Il écarquilla les yeux et fusilla du regard son professeur qui comprit immédiatement, ses joues se teintant d'un léger rose. Mao se racla la gorge et tenta de s'expliquer, mais Yûgi hurla, cachant son corps vêtu de ses mains comme une femme qui s'est fait suspendre dans son bain pour poursuivre :
— Vous m'avez maté sous la douche !
— Euh, pas tout le temps, c'est plus mon familier…
— Tch ! Tch ! Vous m'avez maté quand même ! Presque tous les jours ! Mon dieu ! Dire que je vous ai câliné, et embrassé ! C'est embarrassant ! C'est embarrassant !
— Yûgi… voyons je…
— Ne me touchez pas !
Mao leva les mains en l'air, s'avouant vaincu. Il détourna le regard puis fit la moue. Yûgi trouvait cela à la fois fascinant et adorable, de voir son professeur habituellement nommé « l'humidificateur de culotte », à l'air sévère et aux sourcils froncés, enfin exprimer de l'embarras. Mao se tenait plus à l'écart, la tête basse, se frottant la nuque, visiblement à la recherche d'argument ou d'un sujet de conversation afin de passer à autre chose. Yûgi laissa échapper un léger rire, et sourit à pleines dents, et ils échangèrent un sourire.
Mon dieu, il est encore plus beau quand il sourit !
Un bruit le tira de sa rêverie, du côté de la rivière. Yûgi jeta un rapide coup d'œil et s'aperçut que les cadavres de l'autre bout de la rive avaient disparu. Son professeur se leva et cria avant de plonger dans l'eau :
— Reste ici ! Je m'en occupe !
Yûgi regarda attentivement le combat entre les monstres et Amon. Celui-ci se battait de manière incroyable, les cadavres réanimés par cette aura sombre avaient un énorme avantage dans l'eau, ils se déplaçaient à une si grande vitesse que même un nageur expérimenté faisait pâle figure à côté. Mais Amon esquivait facilement, anticipant chaque charge, c'était merveilleux à voir. Toutefois, Yûgi se demandait pourquoi il n'utilisait pas à nouveau le parchemin de foudre. Enfin, si cela s'appelait ainsi. Y avait-il autre chose sous l'eau qu'il n'avait pas remarquée ? Pas curiosité, Yûgi plongea juste la tête pour vérifier et à son grand étonnement il découvrit plusieurs cadavres retenus au fond, portant tous une étrange marque sur le front…
— Yûgi ! L'incantation ! Cria Amon quand sa tête fut hors de l'eau.
— L'incantation ! Laquelle ?
— Purification.
Bien sûr, il l'avait déjà utilisé sur le professeur Tannin pour lui rendre sa forme originelle. Yûgi défit son chapelet, l'emprisonna entre ses mains jointes puis récita l'incantation haut et fort. Le sort de purification créa un pentacle au-dessus de la rivière ainsi qu'un tourbillon et une colonne de lumière aveuglante. L'adolescent espérait que son professeur arriverait à sortir de l'eau, mais ce tourbillon fit que les cadavres s'accrochèrent à Amon comme à une bouée de sauvetage.
L'eau de la rivière désormais calme, Yûgi sauta à l'eau pour sortir son professeur légèrement sonné. Il passa le bras de l'adulte au-dessus de son épaule et de son autre bras il repoussa les cadavres maintenant inertes.
— Ta jambe Yûgi…
— Ça va bien, on doit partir d'ici et prévenir la police pour les corps.
— Oui, ses personnes méritent une sépulture appropriée.
Amon haletait, c'était particulièrement perturbant pour Yûgi qui frissonna tout entier. Son professeur devrait être épuisé vu les efforts qu'il avait fournis pour servir d'appât aux cadavres devenus des goules aquatiques. Tous ses mouvements vifs et précis l'avait rapidement épuisé. Ils s'étalèrent sur l'herbe de la rive et prirent le temps de reprendre un peu d'énergie avant d'appeler les autorités alentours.
— Ton portable Yûgi.
— Je n'en ai pas…
— Ah bon sang, c'est vrai… tu vis à l'ancienne pour un adolescent de cette génération, commenta Amon tout en ricanant doucement.
— je ne veux pas être l'esclave de ce truc.
— Très bien, très bien… je m'occupe de tout ça, entre à la maison je te rejoindrai une fois tout cela réglé. Laisse ta fenêtre ouverte que je puisse entrer.
Yûgi repensa que son professeur n'était autre que son adorable corbeau, Shô. Il en avait les joues qui brûlaient d'embarras… Il se le répéta maintes fois, ne plus se déshabiller devant toute créature que se soit, homme, animaux et insecte. Bien que insecte serait une tâche bien plus compliquée. Pour l'instant, il était plutôt fatigué, il devrait fermer les yeux, il le pourrait juste un instant…
Le professeur regarda l'adolescent s'assoupir puis lâcha un lourd soupir, après un peu de répit, il le porta sur son dos et il se rendit au domaine Mutô.
Mao avait suivi ce pauvre garçon aux yeux vairons une bonne partie de l'après-midi, caché parmi les arbres, le plus discrètement possible. Apparemment le pauvre enfant était totalement perdu dans cette vaste forêt. Sugoroku lui avait portant répété sans cesse de ne pas trop s'en approcher, mais il ne pouvait pas s'en empêcher, c'était malheureusement plus fort que lui. Son corps et son esprit avaient une volonté implacable de protéger le Gardien.
Le garçon était de plus si petit contrairement aux autres garçons de son âge, il était brimé par tous ses camarades de classe pour un rien. Mao leur avait bien évidement donné une bonne correction, un coup de poing par ci, un autre par là, c'était un vrai défouloir… mais pas très malin pour un lycéen d'attaquer des primaires sans défense. Il avait quand même dix années de plus que ce garçon, à le coller comme ça on va le prendre pour un pédophile.
Il regarda l'enfant aux yeux vairons se pelotonner dans le creux d'un arbre et s'assoupit paisiblement. Mao s'approcha doucement, le porta sur son dos et le ramena à son domicile sans se faire remarquer.
