Titre : Pansement affectif
Rating : 13+
Pairing : Aspros x Deutéros léger
Univers : Saint Seiya The Lost Canvas
Résumé : Ce soir, Deutéros est distant, blessé au plus profond de lui, et c'est Aspros qui a besoin de consolation
Nombre de mots : 2479
Date de publication : 21 octobre 2020
Note de l'auteur : j'avais initialement écrit cet OS pour l'anniversaire d'Aspros et Deutéros le 20 juin mais je ne l'avais pas terminé à temps. Ensuite, je souhaitais attendre d'écrire l'OS du POV de Deutéros (lié à Désirs incontrôlables), mais je n'ai pas vraiment le temps pour le moment, et j'ai toujours cet OS terminé qui dort. Donc je le partage enfin.
Ceci est un one-shot simple et mignon avec plus de fluff fraternel qu'un véritable twincest. Il se passe le jour des 11 ans des jumeaux, et donc Kairos n'a pas encore déversé sa goutte de ténèbres en Aspros
Bonne lecture
Allongés l'un à côté de l'autre sur l'herbe, Aspros et Deutéros regardaient les étoiles. Pour leurs onze ans, l'aîné avait fait en sorte de passer la soirée avec son jumeau. Il avait ramené de quoi manger, quelques effets utiles pour son quotidien, ainsi qu'une tenue propre afin qu'il puisse changer celle qu'il portait sur lui depuis des jours. La vie du cadet n'était pas facile, mais Aspros faisait son possible pour la rendre la plus confortable possible et pour lui enseigner certaines choses aussi. Ce soir, c'était leçon d'astrologie.
– La Grande ourse, la Petite ourse juste à côté, désignait Deutéros en pointant le ciel nocturne du doigt. Là c'est Pégase, la Couronne Boréale. Oh, et là c'est Scorpion.
– Félicitation, elle n'est pas facile à repérer celle-là. Tu as fait des progrès, Deutéros.
– C'est grâce à toi, Aspros. Merci d'être passé aujourd'hui.
– C'est normal. C'est notre anniversaire quand même.
– Merci pour ce que tu m'as apporté. Ça me sera utile. Désolé, je n'ai rien pour toi.
– C'est pas grave, petit frère. Un câlin suffira. Viens là, je ne t'ai pas embrassé depuis plusieurs jours.
Naturellement, Aspros se rapprocha de son frère, mais celui-ci recula brusquement, trop brusquement pour que l'aîné ne le remarque pas. Deutéros n'était pas tactile de nature, mais il ne l'avait jamais rejeté. Mais qu'est-ce qui lui prenait aujourd'hui ? Aspros avait remarqué que Deutéros avait comportement un peu étrange. Il était plus distant, ne semblait pas spécialement ravi de le voir lorsqu'il était arrivé. Deutéros n'était pas démonstratif, mais Aspros savait quand il était heureux. Il ressentait ses états d'âme comme si c'était les siens. Ils étaient liés dans leurs chairs et leur constellation. Un lien gémellaire unique. Ces crétins de garde ne pouvaient pas comprendre l'amour viscéral qu'il portait à son jumeau. C'était gravé en lui.
– Tu ne devrais pas rentrer ? demanda Deutéros. Tu vas avoir des ennuis si on découvre que tu as dépassé le couvre-feu.
– Ne t'en fais pas. Sisyphe et Rasgado me couvrent. Officiellement, je suis avec eux.
– Tu leur as raconté quoi comme excuse pour sortir ?
– Qu'une jolie servante avait des vues sur moi et que je souhaitais l'emmener en balade au clair de lune, sourit Aspros. Il n'y a pas que du faux dans mon mensonge.
– Tu ne devrais pas abuser ainsi de la confiance de tes amis. Aspros, ça me gêne que tu prennes de tels risques pour venir me voir. Rentre, c'est mieux.
– Mais Deutéros, qu'est-ce qui te prend ? J'ai envie de passer du temps avec toi.
– Je ne veux pas que tu aies d'ennui.
– Ne t'occupe pas de ça. Je ne veux être nulle part ailleurs qu'ici.
Deutéros soupira. Aspros voulut en profiter pour l'enlacer, mais il le repoussa une fois de plus.
– Arrête.
– Mais quoi, Deutéros ? Tu ne m'as jamais repoussé avant.
– Pas ce soir.
– Mais pourquoi ?
– J'ai chaud, voilà. On est en été et je crève de chaud.
– Et c'est pour ça que tu portes des manches longues ? fit remarquer Aspros en haussant le ton. Tu te fous de moi… attends.
– Quoi ?
– Deutéros, montre-moi tes bras.
– Non, laisse-moi Aspros.
– Enlève ce gilet et montre-moi, ordonna l'aîné.
– Ne prends pas ce ton avec moi, Aspros. S'il-te-plait, pas toi.
– Je… désolé petit frère, s'excusa l'apprenti chevalier plus calme. Mais s'il-te-plait, pour me faire plaisir. C'est notre anniversaire, laisse-moi te faire un câlin.
– Non… pas ce soir Aspros. S'il-te-plait, n'insiste pas.
Maintenant, Deutéros semblait le supplier, et les craintes de l'ainé devenaient de plus en plus réelles. Ce n'était pas possible, il ne pouvait pas croire ça.
– Pourquoi Deutéros ? Je t'en supplie, dis-le-moi.
– Rentre, Aspros. Laisse-moi.
– Tu ne m'aimes plus, Deutéros ?
– Bien sûr que si ! démentit immédiatement le cadet. Il n'y a que toi qui comptes pour moi, Aspros. Tu le sais bien, tu es tout pour moi.
– Alors laisse-moi te faire un câlin, insista l'aîné qui voulait absolument avoir le fin mot de l'histoire.
Ce n'était pas très loyal, mais Aspros continuait de lui mettre la pression pour lui faire cracher le morceau, le faire avouer, même s'il sentait que c'était dur pour son petit frère, même s'il savait qu'il ne supporterait pas d'entendre la vérité. Mais il avait besoin de savoir. Il devait savoir.
Maintenant, Deutéros ne le regardait même plus dans les yeux. Et il gardait ses bras tendus devant lui pour empêcher Aspros de s'approcher.
– Ça me fait mal que tu me rejettes comme ça.
– Je suis sale Aspros, lâcha enfin le plus jeune.
Quelque chose craqua dans la tête de l'aîné. Immédiatement, ses larmes coulèrent. Il l'avait craint, sans vouloir croire non plus à quelque chose de si grave. Ce n'était pas possible. Pas lui. Pas Deutéros. Pas son petit frère. Son jumeau marqué alors que lui était encore intact. Pourquoi lui ?
– Ne pleure pas, Aspros. Ce n'est pas gra…
Deutéros reçut son frère en larmes dans ses bras avant qu'il ne termine sa phrase. Il se raidit, se sentant mal à l'aise. Il ne souhaitait pas que son frère le touche. Pas tout de suite. Pas encore. Aspros était pur, promis à un grand destin. Cette chair immaculée ne devait pas entrer avec la sienne souillée.
Deutéros voulut l'écarter mais son jumeau s'accrochait fortement à lui. Aspros pleurait bruyamment et mouillait sa tunique. Le cadet ne l'avait jamais vu comme ça. Son frère était dans une détresse complètement inédite pour lui et il n'eut plus le cœur à le repousser. Il referma alors ses bras sur lui en ayant quelques gestes rassurants.
– Calme-toi, grand frère. Je vais bien.
– Non. Non, tu ne vas pas bien.
– Je n'aurais pas dû traîner du côté des arènes. Je sais très bien que je dois rester caché mais je joue avec le feu. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même.
– Mais tu vas te taire, Deutéros, hurla presque Aspros, son visage trempé de larmes. Tu vas me dire que c'est ta faute en plus. Ils n'avaient pas le droit, Deutéros. Ils n'avaient pas le droit de faire ça à mon petit frère. Ils n'avaient pas le droit de te vio…
– Chut, Aspros, le coupa Deutéros. Ne dis plus rien, s'il-te-plait.
Deutéros n'avait pas envie qu'un tel mot sorte de la bouche de son double. Il avait certes été sali, mais lui n'était qu'une ombre, un indésirable. Ce n'était pas grave si c'était lui qui était souillé. Il n'était que le second, la mauvaise graine, et maintenant le sali. Ça n'avait pas tant d'importance tant qu'Aspros restait intact. Oh, comme il aimerait écarter son frère de lui, son grand frère fort et gentil. Deutéros ne devrait même plus avoir le droit de le toucher, mais Aspros continuait de pleurer dans ses bras.
– Je suis désolé… je suis tellement désolé, petit frère.
– Ce n'est pas ta faute, Aspros. Ne pleure plus, grand frère.
Entendre son double pleurer, et en plus pleurer pour lui, Deutéros craqua à son tour. Ses propres yeux s'embuèrent aussi. Non, s'il commençait, cela allait en rajouter à la détresse d'Aspros, mais il n'arrivait pas à se retenir.
– On devrait quitter cet endroit, Deutéros.
– Quoi ? s'étonna le cadet.
– Quittons le Sanctuaire. Enfuyons-nous tous les deux.
– Mais pour aller où, Aspros ? Est-ce que tu te rends compte de ce que tu dis ?
– N'importe où, je m'en fous, mais le plus loin possible d'ici.
– On a rien, Aspros, et on est que des gamins. Et puis tu as un avenir ici. Un brillant destin. Ne fous pas tout en l'air sur un coup de tête.
– Un coup de tête ! explosa l'aîné. J'accepte déjà très mal la façon dont on te traitre. On t'isole, on te violente sans raison, et maintenant ça ! Je peux plus le supporter, Deutéros. Tu es mon petit frère, mon jumeau, je t'aime plus que tout, et j'assiste impuissant à ta destruction.
– C'est mon destin, Aspros. Ne t'en fais pas, j'y suis habitué.
– Non… non...
Le moral d'Aspros ne s'améliorait guère. Maintenant, l'apprenti chevalier s'accroupit pour se recroqueviller sur lui-même et pleurer encore, la tête enfouie dans ses genoux.
– Ce n'est pas juste. Nous servons soi-disant une déesse bonne et bienveillante, alors pourquoi laisse-t-elle faire des choses aussi horribles ?
– Tu sais bien qu'Athéna ne s'est pas encore réincarnée.
– Et le Grand Pope alors ? Il glande quoi à part rester assis sur son trône ?
– Arrête de te poser toutes ces questions, Aspros. Allez, relève-toi, ce n'est pas comme ça que je veux voir mon grand-frère.
Lentement, Deutéros s'accroupit aussi en face de lui et l'aida à se détendre. Aspros finit enfin par relever son visage. Ses yeux brillants étaient magnifiques. Deutéros admirait son aîné vaillant et tellement beau. Aspros méritait de briller, contrairement à lui qui était même né avec une peau sombre, sombre comme son univers. Mais il l'avait accepté. Deutéros endurait son lot de souffrance sans broncher car il savait que son aîné saurait faire sonner le glas de la justice, et qu'un jour il le libérerait de sa condition. Et même s'il restait toute son existence dans l'ombre, ce n'était pas grave du moment qu'Aspros étincelait.
Deutéros sourit. Ses canines en avant lui donnaient un air espiègle. Il s'approcha pour embrasser le front d'Aspros.
– Je t'aime, grand frère. Ton amour est la seule chose dont j'ai besoin.
– Ils paieront pour ça. Je te jure qu'ils le paieront.
– Non, Aspros. Ça ne te ressemble pas de parler comme ça. Ce qui est fait est fait. Laisse pisser. Continue de t'entraîner et deviens chevalier, c'est tout ce qui compte.
– Lorsque j'aurais endossé Gemini, les choses changeront. Je te le promets.
– Je te crois.
– Et Deutéros, continua Aspros en lui prenant ses mains. Ce qui s'est passé, ça ne devra plus jamais se produire. Tu dois te défendre contre ces porcs. Je sais que tu t'entraînes tout seul. Est-ce que tu parviens à utiliser ton cosmos ?
– J'arrive parfois à le concentrer dans ma paume, mais ça ne dure qu'un instant. Je n'arrive pas l'amplifier et je n'arrive pas à briser plus que des pierres.
– Je vais t'expliquer comment faire. Et quand tu parviendras à le maitriser, je t'expliquerai comment réaliser les arcanes des gémeaux.
– Tu partagerais ces secrets ?
Deutéros était à la fois surpris et excité.
– Qui gardera le temple des Gémeaux lorsque je serais devenu Pope ? Toi bien sûr. Tu dois te préparer à remplir cette tâche et je vais t'y aider.
– Ce serait un honneur, Aspros.
Deutéros n'avait pas le souvenir d'avoir été déjà emballé de la sorte. Il s'était toujours entraîné seul et il observait les entraînements pour connaître le secret de la force des chevaliers. Aspros l'aidait pas mal. Il lui avait appris l'existence du cosmos, mais sans personne pour le guider, il avait bien du mal à faire jaillir cette puissance destructrice. Il venait d'avoir onze ans, mais il était bien en retard par rapport aux autres apprentis. Il devrait redoubler d'effort pour apprendre plus vite et rattraper les autres, voire même les doubler. Oh, il n'allait certainement pas surpasser Aspros qui était un génie comparé à lui, mais s'il pouvait au moins se hisser au niveau de Rasgado et Sisyphe et se montrer digne de Gemini.
– Je ne te décevrais pas, lui assura le cadet déterminé.
– Tu ne me déçois jamais, et je sais que tu seras digne. Tu es mon petit frère après tout.
Aspros s'approcha et embrassa à son tour Deutéros, sur la bouche cette fois. Ce dernier écarquilla les yeux, décontenancé par ce geste. Son aîné s'était toujours montré tactile avec lui. Il l'embrassait souvent, sur le front ou les joues en général, mais jamais sur la bouche. Deutéros ne réagit pas de suite, mais ne le repoussa pas non plus. Il ne doutait jamais de son jumeau. Il savait qu'Aspros ne lui ferait jamais de mal, jamais rien de répréhensible. Il lui faisait aveuglément confiance.
– Je t'aime, Deutéros, souffla Aspros contre ses lèvres. Tu es ce qu'il y a de plus important pour moi. Si ces hommes t'ont sali, alors moi je vais laver cet affront en t'aimant encore plus.
Aspros reprit son embrassade pendant plusieurs secondes sans s'interrompre. Deutéros frissonna. Il commençait à se faire à cette sensation inédite, et il trouvait cela plutôt agréable en fait. Ses bras enroulèrent autour d'Aspros, et enfin il répondit à son baiser. Euphorique, l'aîné appuya sa tête pour approfondir leur échange. De fines larmes coulèrent le long des joues de Deutéros. Il appréciait de plus en plus l'audacieux geste d'Aspros. Il aurait peut-être dû le repousser, lui dire que c'était mal et immoral d'embrasser ainsi son frère, mais il ne parvenait pas à s'en défaire. Ce baiser avait un goût particulier. Aspros ne cherchait pas à le piéger. Aspros l'aimait, ce baiser en était la preuve. Deutéros se sentait aimé par son jumeau. Il ne désirait rien d'autre dans sa triste existence.
Si Aspros l'aimait, alors il pourrait tout endurer, et il était déterminé à lui rendre aussi cet amour.
– Je t'aime, Aspros, dit-il à son tour entre deux baisers. Merci d'être là pour moi.
Son aîné lui sourit. Deutéros le trouvait éclatant, juste magnifique. Et il était son frère, son jumeau à lui seul. Quelle chance il avait d'être lié à Aspros, aspirant au titre de chevalier d'or des Gémeaux. Que pouvait-il obtenir de mieux en ce monde ?
Aspros l'entraîna avec lui au sol pour qu'ils puissent se rallonger et observer à nouveau les astres. Bien qu'il ne soit pas tactile, Deutéros regrettait déjà cette proximité avec son jumeau, mais bien vite, il sentit la main de son frère chercher la sienne. Aspros n'était pas dégouté par lui, quand bien même il ait été souillé. Aspros était vraiment époustouflant, tellement gentil et tolérant, le chevalier idéal. Deutéros saisit cette main et ils entrelacèrent leurs doigts. Une douce chaleur partit dans leurs paumes et se répandit doucement dans leurs bras puis leur poitrine.
– C'était ton premier baiser ? demanda Deutéros.
– Oui. Le tien aussi, j'espère ? J'espère que ces sales types...
– C'était aussi mon premier baiser, le coupa le cadet afin de couper court à la rage de son frère. C'était plutôt bon.
– J'ai bien aimé aussi. Tu me laisseras recommencer ?
– Quand tu veux.
Aspros ne se fit pas attendre. Il se redressa pour se pencher sur son cadet et l'embrasser à nouveau. Le cadet frissonna encore. Il se sentait bien là. De par ses caresses et ses attentions, Aspros effaçait ses souffrances qui ne devenaient plus qu'un lointain et mauvais souvenir. Aspros agissait comme un pansement affectif sur lui. Deutéros emmagasinait toute son affection en fermant les yeux et en profitant pleinement de ses baisers.
Ce soir de leurs onze ans, Deutéros n'aurait jamais, jamais douté de son jumeau. Aspros était le garçon le plus bon et le plus aimant qu'il connaissait. Il voulait qu'il ne change jamais.
C'était là son seul souhait.
Mais dans l'année qui suivit, tout commença à changer.
