Quelques petites précisions importantes ce matin ! (déjà, je suis en vacances, au fond de mon lit, et c'est le pied, mais ça vous vous en foutez. Non, sans rire, lisez bien les notules qui suit)
- En juin 97, John achève sa deuxième année de fac, et doit partir pour l'armée à la fin de sa licence, soit en juin 98. Quand ils se mettent en couple, il lui reste donc un an avec Sherlock.
- John n'a jamais parlé de l'armée à Sherlock pour cette excellente raison : c'était loin. Il pensait avoir le temps de voir venir. Pour l'expliquer à son meilleur ami. Il avait vraiment pas prévu que ledit meilleur ami réponde enfin à l'amour qu'il avait pour lui !
- D'ailleurs, John a eu des relations non pas pour oublier Sherlock, mais parce qu'il pensait que ce serait à jamais vain et qu'il devait passer à autre chose. Donc il a essayé...
- Je comprends que le format vous frustre, mais en même temps, ça permet d'avoir un Calendrier ;) Pour vous donner une idée, ça me prends à peu près deux mois d'écrire un Calendrier en m'astreignant à ce format. Si j'écris en mode normal... eh bien ma fic en cours fait 140 pages, ils se sont rencontrés en octobre, nous sommes présentement en janvier, et la première partie est censée durer jusqu'à décembre. ça vous donne une assez bonne idée du volume. Au moins là, l'histoire progresse ;p
- Je suis entièrement d'accord : leur relation n'est pas saine. Sherlock est possessif, leur relation est basée sur des mensonges, John a porté trop de choses, trop de poids de Sherlock depuis toujours... C'est pourquoi il leur faut bien toute l'intrigue des prochaines jours. Alors je préviens, à compter d'aujourd'hui, on attaque les années les plus moches. Finie l'innocence et l'enfance. Fini le gentillet qui se résous facilement. Préparez les mouchoirs, blindez vos petits cœurs, et tenez bon : Noël n'est pas si loin. Promis.
Bonne lecture !
Sherlock - 18 ans - avril 1998
Sherlock était heureux. La vie n'aurait pas pu être plus parfaite. Ses études se passaient bien, il dominait tout le campus, et il avait John, à ses côtés quasiment toutes les nuits.
John avait tenté de faire machine arrière, après leur premier dérapage, mais Sherlock ne l'avait pas laissé faire. Mais il avait accepté des concessions, et de travailler sur sa possessivité. De laisser John dormir dans sa chambre régulièrement, de voir ses amis sans lui, de vivre sans être absolument ensemble à chaque seconde. Le fait de savoir avec certitude que John lui reviendrait après, et l'embrasserait, et le regarderait comme s'il était la huitième merveille du monde avait aidé Sherlock à gérer les choses.
Bon, il n'en restait pas moins un sale connard arrogant (c'était John qui le disait, alors Sherlock n'en doutait pas, mais c'était dit avec affection, bizarrement), alors il avait affiché haut et fort leur relation sur le campus, embrassant un John écarlate de gêne à la première occasion en public. Il semblerait que ça ait provoqué quelques réactions surprenantes de la part des amis de John (notamment de certaines filles, qui manifestement, avaient mal pris que John soit gay alors qu'ils avaient eu des trucs ensemble... Sherlock n'avait pas cherché à comprendre) mais globalement, personne n'avait semblé s'en émouvoir plus que ça, et des mois plus tard, ça ne choquait plus personne.
Bien sûr, Sherlock étant Sherlock, il avait aussi affirmé haut et fort leur nouveau statut auprès de ses parents, et cette fois John n'était plus écarlate de gêne : il était pire. On aurait pu faire cuire un œuf sur ses joues. Il avait refusé de croiser les regards de Sieger, Violet et Mycroft (oui, Sherlock avait convoqué son frère pour sa grande annonce), terriblement gêné qu'après tout ce temps à se proclamer son meilleur ami, il ait osé mettre le grappin sur leur fils même pas majeur.
Violet s'était contenté de le serrer dans ses bras en lui disant que de toute manière, elle l'avait toujours considéré comme son fils, depuis le début. Et John avait encore plus rougi.
Plus tard dans la nuit, Sherlock avait surpris une conversation entre ses parents et son frère :
– C'est dangereux... murmura Mycroft.
– Cesse de t'inquiéter, Mycroft, avait répliqué sa mère. John est parfait pour lui. Tout ira bien. Ils sont heureux.
Il n'avait pas écouté la suite, se désintéressant totalement de la conversation volée. Oui, ils étaient heureux, et oui, John était parfait. Le reste n'avait aucune importance.
Aujourd'hui, John était rentré pour le week-end chez ses parents. Il le faisait de moins en moins, et ils n'avaient aucune idée que les deux garçons étaient en couple. Après les déboires de sa sœur qui ramenait des filles à la maison, et Richard Watson que l'alcoolisme pouvait rendre de plus en plus violent et intolérant, John n'avait pas vu le moindre intérêt à leur dire. De loin en loin, prétextant ses cours ardus et intenses, il rentrait peu chez lui, et passait plus de temps chez les parents de Sherlock.
Mais cette fois, il était rentré pour le week-end, et Sherlock était resté sur le campus. Du moins, c'était ce qu'il avait prétendu. Au lieu de quoi, il avait prévu de faire une surprise à son compagnon en venant le voir. Il n'était jamais venu chez John, à part une fois dont il ne se souvenait pas vraiment bien, glacé de froid et de pluie, le corps marqué par les bleus, et l'âme bien abîmée que John avait soignée.
Comme il avait du temps à l'arrivée du train, il se balada dans Oxford, la grande ville à proximité. Si John avait choisi cette université, Sherlock l'aurait choisi aussi, mais le magnifique campus de l'une des plus vieilles universités au monde le laissa totalement indifférent. Cela lui permit tout de même d'intégrer une grande partie de la cartographie de la ville, rien qu'en marchant.
Puis il prit le bus qui menait à Forest Hill, là où vivaient les parents de John. Le village était petit. Il était encore tôt. Il ne comptait pas débarquer et rencontrer Elizabeth et Richard Watson. Il attendrait la nuit, lancerait des cailloux à la vitre, s'infiltrerait dans la chambre en douce, passerait la nuit dans la chaleur de son amant, fuirait au petit matin. C'était une version étrange du romantisme, mais c'était la sienne.
En attendant, il se baladait, un peu au hasard. Le tour de la ville était vite fait, et il n'y avait rien à faire. En attendant le soir, il s'éloigna de la ville, s'enfonçant sur des chemins de traverses, sans logique. Il était en forme, capable de traverser Londres à pied en long, en large et en travers, et il faisait entièrement confiance à son cerveau pour retrouver le chemin inverse. Il aimait le béton et la ville, ses lumières scintillantes et le fait qu'elle ne semblait jamais dormir, mais il avait aussi grandi à la campagne. L'odeur de bois et de terre humide lui plaisait aussi.
Il continua de vagabonder joyeusement, ses pensées bondissant de l'une à l'autre sans logique, tirant sur une cigarette aléatoirement. John n'aimait pas qu'il fume, alors il essayait de ne pas le faire devant lui, mais il n'avait jamais arrêté. Mycroft l'avait engueulé, mais il ne pouvait rien dire : il fumait autant que son frère. Leur mère n'était pas au courant, du moins, pas officiellement.
Sherlock dépassa un arbre, et fronça les sourcils. L'arbre lui semblait familier, ce qui n'avait aucun sens. Il n'était jamais venu ici. Et même en fouillant dans sa mémoire, il ne voyait pas quel autre arbre pouvait lui ressembler.
Sans s'en émouvoir plus que ça, il continua d'avancer, au hasard. Il ne réfléchissait pas où il allait, mais ses pieds semblaient le savoir. Il avait beaucoup plus avancé qu'il ne le pensait. Il n'était pas inquiet pour le trajet retour, uniquement pour l'horaire. Si John s'endormait profondément avant qu'il n'arrive, tout serait gâché. La luminosité décroissait déjà un peu, et il voyait le soleil bas dans le soleil, à travers les arbres.
Pourtant, il continua d'avancer, mû par un instinct inexplicable.
Il sortit soudainement de la forêt qu'il traversait, et déboucha sur une immense clairière. À l'horizon, une immense bâtisse. Sur sa gauche, au loin, une rivière. Un jardin.
Le soleil, flamboyant, se couchait derrière la grande maison, et nimbait tout le décor d'une couleur orangée surréaliste, comme si tout prenait feu. Sherlock resta figé, tétanisé par quelque chose qu'il ne comprenait pas.
Son corps ne lui obéissait plus. Tout en lui hurlait de faire demi-tour, de s'enfuir, et ses pieds avançaient encore. Suffisamment pour qu'il se rende compte que si la maison paraissait en feu, ce n'était pas seulement à cause du coucher de soleil étincelant : elle était en ruines, noircies par les flammes qui l'avaient ravagée.
« Barberousse le noyé, Barberousse le noyé. La chanson est la solution ! Moi qui suis perdu, qui me trouvera. Enfoui sous le vieux hêtre, viens me secourir. Le vent d'est se lève. Seize par six, mon frère, et on descend ! »
Une voix, sortie des tréfonds de son passé, résonna dans sa tête. Une voix enfantine, féminine, cruelle.
– Musgrave, murmura Sherlock, tandis que son esprit explosait de couleurs, de souvenirs, d'odeurs, de sensations.
Il s'écroula au sol sous l'intensité du choc.
Loin de là, à Londres, Mycroft Holmes appuyait frénétiquement sur les touches d'un téléphone, en vain. Il n'arrivait pas à joindre son frère. La direction de Sherrinford, en revanche, avait parfaitement réussi à le joindre, plusieurs heures plus tôt. Sherlock était en danger, et il n'arrivait pas à le joindre.
Il faisait nuit noire, depuis longtemps. Seule la lune éclairait les lieux, et comme le bâtiment était à moitié en ruine, il y avait largement assez de lumière pour que Sherlock puisse s'orienter.
Au mépris de toutes les règles de prudence, il avait pénétré dans la maison, et erré dans toutes les pièces, laissant son esprit exploser comme des milliards de bulles de savon, à chaque souvenir qu'il récupérait. Il avait passé en revue ainsi tout le rez-de-chaussée, avant de monter à l'étage, parcourir les chambres de ses parents, son frère, sa sœur, la bibliothèque familiale, et finalement, sa propre chambre.
Se souvenir de Eurus, de sa petite sœur, avait été douloureux, surprenant, angoissant. Il ne savait pas vraiment quoi faire de cette information, et avait préféré la mettre de côté.
Parce que rien n'avait été comparable au souvenir de John, si jeune, si petit mais à l'époque plus grand que Sherlock (ils avaient inversé la tendance désormais), John et ses dents de laits, John et ses cheveux encore plus blonds. John, qu'il avait connu toute sa vie. Depuis sa naissance, il avait été là. Il savait déjà tout de Sherlock avant même qu'il ne commence à lui écrire. Sa couleur préférée, ses passions, ce à quoi il ressemblait, son intelligence. Il n'avait jamais rien eu à découvrir à propos de Sherlock. Il s'était contenté de faire semblant.
Assis dans sa chambre d'enfant, au pied de ce qui avait été un lit un jour, dans le clair de la lune qui se déversait par le trou béant là où il y avait une fenêtre avant, Sherlock sentit son estomac se tordre douloureusement. Une envie de vomir, une brûlure de bile qui remontait dans tout son œsophage.
Il cherchait dans sa mémoire le détail des premières lettres qu'ils avaient échangées, quand ils ne se connaissaient pas. Quand il croyait qu'ils ne se connaissaient pas. Est-ce qu'il y avait des indices, qu'il n'avait jamais vus ? Ou est-ce que John, encouragé par Mycroft, avait parfaitement menti, dans chaque virgule tracée sur le papier, dans l'arrondi de chacune de ses lettres ?
La bile de sa gorge ne le brûla que davantage, accompagné de ses paupières, qu'il battait furieusement pour chasser les larmes traîtresses qui s'y installaient.
– John... comment tu as pu me faire ça ? murmura-t-il au silence de la pièce.
Devant ses yeux dansaient les fantômes de son passé, de sa mémoire libérée. John était omniprésent, là dans chaque recoin de la pièce, au creux de leur lit. Ils avaient toujours dormi ensemble, depuis leur plus tendre enfance. Sherlock avait toujours trouvé ça normal, et n'ayant que John comme ami, il n'avait pas de comparaison pour savoir si ça l'était aussi pour les autres. Aujourd'hui, il se sentait incapable de partager de nouveau un lit avec son compagnon. Pas avec ses souvenirs. Pas avec le goût acre de la trahison, la douleur du mensonge, le chagrin de la perte.
Il savait qu'il aurait dû en vouloir aussi à Mycroft, à ses parents, et même à ceux de John. Tous ces gens qui savaient parfaitement la vérité sur son enfance, et qui lui avait menti. Qui avaient fait disparaître Musgrave, Eurus, Victor, et John de son esprit. Mais il n'y arrivait pas. Il n'arrivait qu'à souffrir, encore et toujours, de ce que John avait osé lui faire. Au fond, même, il était reconnaissant à Mycroft. C'était lui qui, en cachette de leurs parents, lui avait presque forcé la main pour qu'il entame cette correspondance épistolaire avec un étranger. Il savait, bien sûr, que c'était John, et qu'il y avait toutes les chances pour qu'il y trouve un intérêt, alors qu'à la base il n'en avait rien à faire.
Mycroft lui avait offert un lien avec son passé. Il avait été le seul. John avait peut-être saisi cette chance pour garder contact avec lui, mais depuis des années désormais, il lui mentait. Pas une seule seconde il ne s'était trahi. Pas une seule seconde il avait fait mine de vouloir lui avouer quelque chose.
S'ils étaient encore seulement amis, Sherlock aurait eu mal, très mal, mais peut-être qu'il aurait pu s'en remettre. Mais dans l'état de leur relation actuelle, c'était inenvisageable. Il arrivait à peine à penser au visage de John sans avoir envie de vomir et pleurer, le voir devant lui serait insoutenable. Le toucher encore plus.
Sherlock l'aimait. Probablement depuis toujours, au vu de ses souvenirs retrouvés. Il n'avait jamais éprouvé avec quiconque le millième de ce qu'il ressentait pour John Watson. Il était son anomalie, et il l'aimait.
John lui répétait qu'il l'aimait, mais c'était un mensonge. On ne ment pas aux gens qu'on aime. Pas sur des choses aussi fondamentales que les neuf premières années de leurs vies.
Il s'écroula au sol, laissant soudain jaillir les larmes et le chagrin qu'il essayait de retenir dans sa poitrine depuis plusieurs heures. Les torrents d'eau salée dévalèrent ses joues, tandis qu'il hoquetait, incapable de respirer. La maison, instable et branlante, aurait pu s'écrouler sur lui en cet instant précis que ça lui aurait convenu parfaitement. Pire, il le désirait presque. Que tout prenne fin, qu'il oublie, que tout s'arrête.
Sur le sol calciné de sa chambre d'enfant, il se recroquevilla en pleurant, toussant, crachant, sanglotant, et attendit que ça passe.
Un bruit.
Sherlock battit des paupières, désorienté. Il s'était endormi de chagrin et d'épuisement, tout en continuant de pleurer. Ses yeux étaient trop secs, sa bouche pâteuse. Il se sentait vide, mais malheureusement toujours vivant. Et tant qu'il était en vie, il souffrait.
Le bruit recommença. Il semblait y avoir quelqu'un dans la maison. Il sourit à la lune. Il avait passé tellement de temps focalisé sur ses souvenirs en explorant la maison qu'il n'avait pas fait attention de s'il y avait des traces de vie, pour des squatteurs ou des dealers (ou les deux) par exemple.
Ces gens ne feraient pas dans la demi-mesure, s'ils trouvaient un gamin de dix-huit ans dans leurs pattes. La panique faisait faire bien des choses surprenantes aux gens. Sherlock ne se défendrait pas. Il se sentait comme s'il avait de nouveau neuf ans, et qu'il étouffait dans sa chambre, sous la couette, tandis que sa maison et sa mémoire partaient en flammes.
Le bruit semblait régulier, une mélopée.
Lentement, et aussi silencieusement qu'un chat, Sherlock se redressa et quitta sa chambre, redescendant l'escalier à moitié calciné et dangereux. C'était un miracle qu'il ne se soit pas brisé sous ses pieds quand il était monté, c'en était un deuxième qu'il ne grince pas en redescendant.
L'intrus était dans la cuisine. Sherlock avança doucement.
- Enfoui sous le vieux hêtre, viens me secourir. Seize par six, et on descend ! chantonnait la voix.
Sherlock s'immobilisa sur le seuil. La silhouette se retourna en l'entendant. La cuisine était nimbée de clair de lune, et elle s'accordait parfaitement à cette ambiance, avec ses très longs cheveux noirs, sa peau diaphane, ses vêtements blancs, ses grands yeux bleus.
La première pensée de Sherlock fut qu'elle lui ressemblait terriblement. Il ne douta pas une seule seconde de qui elle était.
– Eurus... murmura-t-il, parfaitement audible dans le silence de la nuit.
Un immense sourire dévoilant toutes ses dents lui fit écho.
Reviews si le coeur vous en dit ? :) Prochain chapitre - novembre 1999
