Résumé : Et si tout avait commencé non pas en 845, mais en 1940? Dans un monde où la guerre fait rage et où la haine détruit tout, y a-t-il encore un espoir pour eux? Eren x Livaï, UA, M.
Disclaimer: Les personnages et l'histoire de l'attaque des titans apparaissent à Hajime Isayama. Je n'ai fait qu'écrire cette petite histoire.
Rating: M
Merci encore ma petite femme d'écriture chérie pour l'aide avec Crépuscule V, hâte de te revoir :3
Voilà le chapitre 9, je vous souhaite une bonne lecture ! J'espère que vous aimez cette histoire, n'hésitez pas à me laisser un petit message pour me dire ce que vous en pensez !
Note : les phrases en italique sont en Allemand.
Chapitre 9 : Convoi exceptionnel
« Ce n'est que mon opinion... Mais quand il s'agit d'enseigner la discipline à quelqu'un, je crois que la douleur est la méthode la plus efficace. Ce dont tu as le plus besoin pour l'instant, ce n'est pas de théorie, mais d'une leçon pratique. »
- Livaï Ackerman, Snk
Musiques du chapitre : Not Gonna Die – Skillet. Never Give up on your Dreams – Two Step From Hell. Land of confusion – Hidden Citizens.
28 août 1940 – Quelque part entre Lyon et Villefranche-sur-Saône, France
Le convoi composé de deux camionnettes se dirigeait vers le point défini par le capitaine. Les soldats restaient sur leurs gardes, se crispant à chaque bruit suspect. Eren était dans le premier véhicule, conduit par Moblit, la main accrochée à celle de sa sœur.
Gunther et Petra étaient partis en avance, pour vérifier les lieux et leur faire un rapport détaillé de la situation. Le capitaine fixait la paroi métallique de la camionnette, muet, le visage impassible et la main reposant sur son arme, un pistolet semi-automatique modèle 1935A rangé contre sa cuisse. La tête posée sur la tôle derrière lui, il croisait par à coups les yeux verts de son subordonné, la mine dure.
Tous semblaient déterminés, dans un silence presque cérémonieux, alors que le véhicule approchait de la zone d'extraction. Eren glissa sa main sur l'arme qu'il avait emmené, un pistolet mitrailleur Erma Vollmer qui le suivait depuis le début de la guerre, lorsqu'il l'avait récupéré sur un soldat ennemi. Il tapotait la crosse silencieusement, les traits plissés, le cœur battant à vive allure.
Ils roulaient maintenant depuis deux bonnes heures, sur des routes de campagne peu utilisées. La voie défoncée par les années et la guerre rendait le trajet difficile, le véhicule rebondissant sur les trous et autres défauts de la route.
Finalement, les véhicules s'arrêtèrent après s'être enfoncés dans la forêt longeant la voie ferrée. Les soldats quittèrent l'habitacle sans faire de bruit, se rassemblant sur le terrain plat devant eux, protégés par les arbres. Le capitaine alla à la rencontre des éclaireurs et resta en retrait, le temps de recevoir toutes les informations qu'ils avaient recueillies. Il revint, les lèvres pincées, et se posta face aux soldats armés.
- Un véhicule ennemi a été repéré, à un kilomètre d'ici. On va devoir l'éliminer avant de faire quoi que ce soit. Dork, emmène deux hommes avec toi, Gunther vous montrera la voie d'accès. Les autres, rassemblement, le train va arriver dans une heure.
Naile hocha la tête et fit signe à Reiner et Moblit de le suivre. Ils s'enfoncèrent dans la forêt, suivant les pas du géant silencieux qui ouvrait la voie. Le reste des soldats se regroupa devant le capitaine, droits et silencieux.
- Zacharias, avec ton équipe vous allez vous charger de détruire les rails. Tout le matériel est dans le deuxième camion. Le reste, vous me suivrez, on va couvrir la zone.
Ils se séparèrent après s'être salués et Eren prit la suite du capitaine, marchant dans ses pas rapides avec Mikasa, Hanji et Christa. Ils rejoignirent l'orée du bois, où les rails passaient. En silence, Livaï indiqua à chacun une position adéquate pour la suite des opérations. Mikasa et Christa traversèrent les rails, se dirigeant vers l'autre versant de la forêt. De leur côté, Livaï demanda à Hanji de rejoindre le nord, pour se poster en hauteur. Le capitaine alla couvrir le sud, d'où devait arriver le train, laissant le centre au jeune homme qui escalada l'arbre le plus épais, se positionnant à l'abri sur une branche solide. Levant les yeux, il repéra sa sœur postée sur une autre branche devant lui, les rails entre eux.
Ils surveillèrent les alentours alors que l'équipe de Mike commençait à saboter les voies ferrées. De temps en temps, Eren se concentrait sur eux, les observant dévisser les boulons à l'aide de grosses pinces plates. Après avoir éliminé leurs cibles, l'équipe de reconnaissance accompagnée de Reiner et Moblit revint et Petra se dirigea vers les arbres sous l'ordre de Livaï pour couvrir le nord de son côté opposé. Les autres vinrent aider l'équipe du caporal.
Finalement, sous l'ordre sec du capitaine, ils s'arrêtèrent, les voies complètement démantelées au niveau d'Eren. Ils allèrent se protéger à l'abri des arbres en attendant le train qui ne tarda pas à arriver.
Le bruit caractéristique des wagons approchant fit frémir Eren. Il se cacha du mieux qu'il put, se protégeant entre les feuillages, attendant le bon moment. Tout se passa très vite. Le bruit des roues crissant sur les rails en arrivant au point du chute lui vrilla les tympans. Il pressa son crâne entre ses mains sous la douleur, se reprenant en voyant le train de fret dérailler. La locomotive roulant doucement sortit des voies, s'écrasant sur le sol en se retournant, emportant le reste des wagons derrière elle. Un vacarme sans nom retentit pour finalement se stopper lorsque le train s'arrêta totalement.
Ils attendirent le signal du capitaine, observant la porte de la locomotive exploser contre la tôle défoncée en s'ouvrant, laissant apparaître le conducteur le front ensanglanté. Plus loin, des soldats commençaient à quitter les wagons, en état de choc.
Eren se tenait prêt, son arme en joue, suivant le moindre mouvement de sa position. Il restait aux aguets, le cœur à la limite de l'explosion, une fine pellicule de sueur recouvrant son front dégagé.
- Que s'est-il passé ? Demanda un des soldats au sol, la main tenant sa tête d'où s'échappait un peu de sang.
- Surveillez les alentours !
Le bruit caractéristique d'une balle tirée à grande vitesse retentit soudain, pulvérisant la tête d'un soldat ennemi. Le signal. Eren tira, visant la zone d'où sortaient les soldats, touchant sa cible à la poitrine. Le soldat s'écroula au sol, faisant tomber l'homme devant lui dans un bruit sourd. Les soldats tombaient comme des mouches devant le jeune homme, frappés de toutes parts par les soldats cachés dans les arbres. Eren tira à nouveau, loupant sa cible qui se tourna vers lui en visant sa position. Merde. Il sauta sur la branche à côté de lui, se rattrapant d'un bras en encerclant le bois rêche. Il arriva à se relever avec difficulté alors que la balle frappait l'arbre juste à ses côtés.
Il visa à nouveau mais l'homme s'écroula à son tour, une balle dans le dos. Il compta les ennemis restants. Douze. Visant un autre soldat, il le tua sur le coup, une balle entre les deux yeux. Autour de lui tout n'était que brouillard. Les bruits monstrueux des cris et des gargouillis morbides remplissaient l'espace, dans un vacarme sanglant. La zone de combat ressemblait à un bain de sang et de viscères en cet instant.
Pointant son arme sur une cible approchant dangereusement de lui, il tira, touchant l'ennemi à l'épaule. Il sentit un projectile passer trop près de lui, frissonnant en entendant l'impact derrière. Qui avait tiré ? Il tira à nouveau sur l'homme qui le visait, l'épaule déchiquetée. Mort. Plus que quatre. Et ce foutu ennemi qu'il ne trouvait pas, mais qui savait où le jeune homme était. Changer de position. Il sauta, tentant d'attraper une autre branche plus fine. Sa main frôla la branche sans parvenir à s'y agripper et il tomba violemment contre le sol. Il leva la tête en tentant de reprendre ses esprits et vit un homme inconnu debout devant lui, perplexe. Et merde. Il vit l'homme le viser, et pointer son arme sur sa tête. Eren tenta de relever son arme à temps, priant pour vivre encore un peu. Il pensa à Mikasa, à Armin. A ses parents. A tous ses amis.
Au capitaine Livaï.
Et, aussi vite qu'il était tombé sur le sol, il vit le soldat s'écrouler à ses pieds dans un bruit sourd. Les yeux écarquillés, il chercha d'où venait le tir qui lui avait sauvé la vie. Et croisa les yeux trop gris, les sourcils froncés à l'extrême, les lèvres pincées en un trait fin.
Le capitaine venait encore de lui sauver la vie.
Eren reprit rapidement ses esprits, courant se réfugier derrière un arbre épais. Il vérifia que son arme était encore chargée et il visa la zone de combat. Plus d'ennemis en vue. Il vérifia à plusieurs reprises, mais ne vit rien d'autre que des cadavres et de la fumée s'échappant de la locomotive. Un cri du capitaine le sortit de sa torpeur, lançant le signal à l'équipe du caporal Zacharias d'aller récupérer les caisses de ravitaillement. Le groupe sortit de la forêt, armes en joue, prêts à abattre le moindre ennemi encore en vie. Eren en profita pour remonter sur un point de surveillance, s'aidant des branches basses des arbres pour se propulser en hauteur.
Il sentait le sang battre à ses oreilles, le cœur au bord des lèvres. S'appuyant contre le tronc derrière lui, il prit une profonde inspiration et scruta la zone devant lui, se préparant. Pas de mouvement suspect. Il suivit de son arme l'équipe de ravitaillement qui approchait le wagon central, encore debout. Un allemand en sortit en braquant son arme sur le caporal, hurlant des mots incompréhensibles avant de s'écrouler au sol face à l'arme fumante de Mike.
Gunther s'approcha ensuite, arme braquée devant lui, visant le wagon pour vérifier qu'il n'y avait plus d'ennemi. Il fit signe aux autres d'approcher, gardant son arme en joue. Soudain, un tir retentit à nouveau et Gunther se cogna contre l'entrée du wagon, touché à la jambe. Il tenta de se relever, essayant de quitter le point d'attaque du wagon mais s'écroula sur le sol, sa jambe ne le soutenant plus. Un cri s'échappa du nord de la zone, où était postée Petra. Eren la vit descendre pour courir vers le blessé qui rampait vers le caporal. Ce dernier tua l'allemand caché, entrant pour éliminer la potentielle menace.
La rousse courait vers son ami, criant son nom. Elle fut tout à coup attirée vers le wagon de queue, agrippée par un soldat ennemi. Ce dernier leva la main, tenant une grenade dégoupillée. Le caporal fit signe aux résistants de ne plus bouger et Eren retint son souffle. Il vit ensuite d'autres soldats sortir de la voiture, se postant face à l'équipe de ravitaillement, armes en joue.
Putain. Le jeune homme visa les soldats, un frisson glacé parcourant son dos. Petra allait mourir, il fallait agir. Elle tourna la tête vers l'arbre où était installé le capitaine, son visage baigné de larmes se barrant d'un grand sourire. Eren se prépara à tirer quand tout à coup il tomba contre la branche en voyant Petra frapper le bras de l'allemand tenant la grenade. Ce dernier la lâcha et elle tomba au sol. L'explosion provoquée tua tous les ennemis. Et Petra avec eux.
Il ne comprenait pas. Il n'arrivait pas à comprendre le geste désespéré de la jeune femme. Sa dernière action. Il sentait tout son corps se couvrir de tremblements, les entrailles se tordant sous l'horreur de la scène qu'il venait de voir. Il ne s'était pas rendu compte qu'il avait lâché son arme. Il ne se rendait pas compte que l'équipe avait commencé à récupérer les caisses. Que la mission se déroulait devant lui.
Il entendit au loin le signal du capitaine et descendit de l'arbre, se laissant tomber au sol. Encore un mort. Encore une victime de cette guerre immonde. Il voulait hurler, frapper quelque chose. Peu importe.
Devant lui, ses camarades se rassemblaient, les yeux vitreux. Il sentit la main tremblante de Mikasa dans la sienne, la douceur de ses doigts contre les siens. Doucement, il tenta de reprendre son calme, de contrôler les battements de son cœur. Mikasa lui attrapa la tête d'une main, écarquillant les yeux en voyant sa joue. Il ne comprit pas avant qu'elle ne la touche et qu'il sente la douleur. Ainsi la balle ne l'avait pas uniquement frôlé. Il vit le capitaine passer devant lui, la mine sombre, et se diriger vers le champ de bataille. Il revint, peu de temps après, portant le corps de Petra alors que Mike Zacharias soutenait Gunther. Elle n'était que sang et plaies. Doucement, Livaï la posa dans le camion, la recouvrant d'une couverture qui ne tarda pas à se tâcher de sang.
Eren vit Christa qui se tenait le bras, soutenue par Hanji. La jeune fille avait été blessée, elle aussi. Ils montèrent tous dans le camion, silencieux, piteux. Les roues se mirent en marche dans un silence de mort, quittant la zone déserte.
Il ne se rendit compte du temps qu'ils avaient roulé qu'en arrivant au QG. Déchargeant les véhicules, ils posèrent les caisses dans la salle d'armement, tandis que le capitaine allait creuser une tombe. Leur tâche finie, ils enterrèrent la jeune femme partie trop tôt.
Le père Nick s'avança vers la tombe, le visage tiré, les yeux posés sur la bible entre ses mains jointes.
- Dieu a créé l'homme pour l'incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. Les âmes des justes sont dans la main de Dieu ; aucun tourment n'a de prise sur eux. Aux yeux de l'insensé, ils ont paru mourir ; leur départ est compris comme un malheur, et leur éloignement, comme une fin : mais ils sont dans la paix. Au regard des hommes, ils ont subi un châtiment, mais l'espérance de l'immortalité les comblait. Après de faibles peines, de grands bienfaits les attendent, car Dieu les a mis à l'épreuve et trouvés dignes de lui. Comme l'or au creuset, il les a éprouvés ; comme une offrande parfaite, il les accueille. Qui met sa foi dans le Seigneur comprendra la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront, dans l'amour, près de lui. Pour ses amis, grâce et miséricorde. (1)
La voix s'éteignit dans un silence glacial. Les soldats posèrent tous leur poing fermé sur le cœur, tournés vers la tombe. Ils se souviendraient à jamais du sacrifice de Petra Ralle. Le silence les envahissait encore lorsque les recrues rejoignirent leur chambre, alors que le capitaine restait face à la tombe.
Il sortit une cigarette, l'alluma et tira dessus, crachant la fumée devant lui. Le soleil de l'après-midi réchauffait son corps meurtri et courbaturé. Il fixait la tombe en fumant, une colère sourde battant dans ses veines. La jeune femme, qui l'avait suivi depuis le début de ce massacre, était morte sous ses ordres. Encore une perte, un gâchis magistral. Il avait croisé son regard, quelques secondes avant sa mort. Il avait vu son sourire, alors qu'elle frappait le bras. Il avait vu son corps projeté en avant, alors que la grenade explosait. Et jamais il ne l'oublierait.
Il regardait cette tombe improvisée, un peu en retrait de la maison, à l'entrée du cimetière de l'église. Il se sentait perdre pieds, alors qu'un à un, ses hommes se faisaient descendre.
Eren avait échappé aux bras de sa sœur, s'approchant doucement de son capitaine. Il s'arrêta à sa hauteur, devant la tombe fraîchement fermée.
- Je suis désolé, capitaine.
Le capitaine ne répondit rien, les yeux perdus dans le vague. Il continuait à fumer sa clope, levant machinalement sa main vers sa bouche entrouverte. Le yeux fixés droit devant lui, il sentait la présence du jeune homme à ses côtés, frôlant son bras par à coup. Il entendait la respiration lente. Il revoyait encore le jeune homme tomber au sol devant l'ennemi. Il ressentait encore la peur lui déchirer les entrailles alors qu'il braquait son arme sur l'allemand. Et ses yeux, lorsque ce dernier était tombé au sol.
Il sursauta en sentant une pression sur sa main, baissant les yeux vers elle. La main brunie par le soleil de son subordonné recouvrait la sienne, agissant comme un baume apaisant. Il ne dit rien, reposant les yeux sur la tombe. La voix d'Eren retentit à nouveau, déchirant le silence oppressant :
- Merci de m'avoir sauvé la vie.
- Ta mort aurait été ennuyeuse, gamin, dit-il d'une voix rauque.
Il entendit un petit bruit, leva la tête vers le jeune homme. Eren regardait la tombe, et l'esquisse d'un sourire vint se poser quelques secondes sur les lèvres du jeune homme avant de disparaître à nouveau. Il finit par tourner la tête vers lui et Livaï remarqua alors l'estafilade sur sa joue. Il glissa une main sous son menton, observant la marque rougeâtre. Eren grimaça sous la pression de ses doigts. Le capitaine grogna, jetant sa cigarette dans la poubelle un peu plus loin, et entraîna son cadet vers la maison en silence. Il l'emmena dans la cuisine, le faisant asseoir sur une chaise alors qu'il allait à l'évier en prenant un chiffon propre. Il l'humidifia et revint vers le blessé, passant lentement le linge sur la blessure.
Eren avait mal, plissant les yeux en se concentrant pour ne pas gémir sous la douleur. Il voyait le front plissé du capitaine, les yeux gris le dévisager, les lèvres entrouvertes alors qu'il le pansait. Il ne comprenait pas les émotions qui affluèrent dans son cœur, battant à tout rompre dans sa poitrine. Il se sentait étrange, face à cet homme qui le soignait en silence, le visage penché vers lui. Il frissonna en le voyant mordre sa lèvre sous la concentration. Son cœur loupa un battement lorsque l'homme desserra la poigne sur son menton, gardant tout de même ses doigts sur sa peau. Sa peau qui le brûlait sous ce toucher.
Il avait peur. Peur de ce qu'il commençait à ressentir, peur de dérailler complètement face à tout ce qu'il vivait. Il avait chaud, il avait froid.
Paniqué, il se leva brusquement, faisant tomber la chaise sur laquelle il était quelques instants plus tôt. Il se cogna contre l'épaule du capitaine, sortant à toute vitesse de la pièce sans demander son reste, laissant Livaï au milieu de la pièce, seul, le linge couvert de sang dans la main. Il courut vers le sous-sol, s'enfermant dans la chambre vide, le cœur affolé. Qu'est-ce qui lui arrivait ?
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Livaï resta debout à fixer le linge souillé dans sa main. Dans un soupir désabusé, il alla laver le bout de tissu dans l'évier, frottant pour faire partir le sang à l'aide d'un savon. La tâche s'effaça doucement, jusqu'à disparaître totalement sous l'œil vigilent du capitaine. Il l'étendit contre le rebord pour le faire sécher et monta rejoindre son bureau. Il s'installa sur sa chaise, la tête en arrière, les yeux posés sur le lustre ouvragé.
Il ne savait pas comment réagir à ce qui venait de se passer. Le regard perturbé du jeune homme restait gravé en lui. Soupirant, il se redressa, mains à plat sur le bureau. Il devait se reprendre. Malgré la mort de Petra, malgré celles d'Auruo et Erd, malgré toute la merde puante que devenait jour après jour ce monde déchu, il y avait encore un espoir, minime. Et tant que son cœur battrait, il continuera.
Reprenant ses esprits, il attrapa un dossier, l'ouvrant devant lui, et commença à travailler en silence, rédigeant le compte-rendu de mission.
xXx
Le commandant Smith revint trois jours plus tard, seul. La mine sombre, il rejoignit le capitaine Livaï dans son bureau, sous les regards des recrues postées dans la cour. Ces dernières avaient profité du calme des derniers jours pour se reposer avant de devoir repartir. Le capitaine était à peine sorti de son bureau, travaillant nuits et jours sans s'arrêter ou presque. Hanji en avait profité pour tenter de développer de nouvelles armes, son hobby depuis le début des hostilités.
Elle avait trouvé un moyen pour projeter un grapin dans les airs, se servant de la pression gardée dans les bouteilles de gaz récupérées lors de l'attaque du convoi pour propulser le grapin vers la zone souhaitée. Elle en était pour l'instant à la phase test, créant ainsi un divertissement pour les jeunes qui y participaient.
Le troisième jour, Eren fut alpagué par la jeune femme qui lui passa sa ceinture de torture autour des reins en lui souriant innocemment.
- Tu vas voir, c'est incroyable ! Ça nous permettra bientôt de pouvoir nous déplacer sans trop de difficultés vers les hauteurs.
Eren soupira en donnant son accord pour le test, sous le regard vigilant de Mikasa. Elle resta un peu en retrait, fixant le jeune homme emporté par Hanji avec véhémence. Ce dernier semblait déjà regretter son choix alors que la jeune femme lui expliquait la démarche à suivre :
- Donc, lorsque tu seras prêt, appuie sur ce bouton, là, commença-t-elle en lui désignant le côté droit de la ceinture où trônait un petit bouton noir. Le devant de ton ceinturon devrait être envoyé sur l'arbre devant toi, et s'attacher à la branche à l'aide des crochets qui en sortiront. Tu seras ensuite attiré vers la branche où tu pourras détacher les crochets. Des questions ?
Eren répondit par la négative et Hanji s'écarta en souriant, s'arrêtant à côté de son mari. Elle lui fit signe d'y aller quand il se sentirait prêt et Eren prit une grande inspiration avant de poser le doigt sur le bouton. Une détonation s'enclencha et le devant du ceinturon sortit se ficher dans l'arbre, au milieu du tronc.
Hanji voulu crier, mais tout alla trop vite. Le jeune homme fut attiré par une force inconnue vers le tronc, se cognant violemment à l'arbre avant de tomber sur le sol dans un bruit sourd. Mikasa hurla son nom en courant vers lui, suivie des deux complices de cet échec. Hanji repoussa la jeune fille en douceur, s'agenouillant devant le blessé qui tentait de se redresser en soufflant de douleur.
Le bout du ceinturon détaché du tronc reposait à ses côtés. Moblit le ramassa, détachant au passage le prototype qu'il emmena avec lui alors que sa femme vérifiait qu'Eren n'avait rien de cassé. Elle soupira de soulagement, l'aidant à se remettre sur ses jambes avant de se frotter l'arrière du crâne en faisant une petite moue désolée.
- Je suis vraiment désolée, Eren ! Comment tu te sens ?
- Ça ira…
- C'était beaucoup trop puissant. Il va falloir que je réduise la pression, et que je retravaille la capacité de contrôle et de visée du processus. Bien, je ne t'embête plus, tu peux aller te reposer !
Elle se redressa pour rejoindre Moblit en courant, détaillant en même temps l'ensemble des choses à modifier sur son engin de mort. Le jeune homme l'observa quelques instants en frottant son dos douloureux.
- Tu es sûr que ça va ?
- Oui, Mikasa. Arrête de t'en faire pour moi, d'accord ?
Elle plissa le front mais ne dit rien. A quoi bon, puisqu'il partait déjà rejoindre le reste du groupe qui s'entraînait plus loin. Il s'assit à côté de Christa qui se remettait lentement de sa blessure au bras, nettoyée et pansée. La balle logée en dessous de l'épaule avait été retirée par Hanji, qui avait ensuite recousu la blessure. Connie s'était amusé à lui dire qu'elle était désormais marquée, tel un rite de passage.
Lui-même avait fini de soigner sa joue en apposant un pansement sur la blessure, tentant de refouler les souvenirs de Livaï le soignant. Vaines tentatives puisqu'il ne pouvait que se demander ce qui se passerait la prochaine fois qu'il se retrouverait devant l'homme. Il l'avait savamment évité depuis trois jours, mais il savait qu'il devrait faire face à un moment donné. Et il ne savait absolument pas comment il devrait agir alors. Préférant arrêter de ressasser ses souvenirs et divagations, il tourna la tête vers la jeune fille à ses côtés.
- Comment te sens-tu, Christa ?
- Ça va. Mon bras ne me fait presque plus mal, j'arrive à l'oublier jusqu'au moment où je le bouge, ria-t-elle.
Il sourit en silence, les yeux perdus devant lui. Il rit en voyant Sascha tomber sur les fesses, face à un Connie extatique. Mikasa les rejoignit, se laissant tomber à leurs côtés, le visage impassible. Elle ne dit rien, se concentrant sur les combats se déroulant devant elle. Eren profita de ce moment de calme avec tous ses amis, sous le ciel bleu de cette fin d'été 1940. Ils étaient presque coupés du monde, là, au milieu de nulle part, à s'entraîner sous les regards fatigués des soldats plus âgés.
Reiner s'approcha d'Eren en souriant, lui faisant signe de venir à lui. Le jeune homme se leva en sautant sur ses jambes, prêt à en découdre joyeusement avec le géant blond. Ils se positionnèrent en silence, les autres autour s'étant rassemblés pour les observer, formant un arc de cercle devant eux. Eren sourit en les regardant, un instant, avant de se concentrer à nouveau sur son rival. Calmement, il prit le temps de positionner ses bras, droit devant lui, protégeant sa tête et son torse. Reiner fit de même et le combat débuta. Il se tournèrent autour, glissant leurs pieds sur le sable rocailleux recouvrant le sol.
Soudain, Reiner pressa son pied droit contre le sol, soulevant la poussière sous le choc, et bascula vers le jeune soldat avec un air sombre sur ses traits épais. Le poing fermé rencontra l'épaule du brun, qui plissa la bouche sous la douleur, avant de s'écarter et de rendre le coup en visant la mâchoire laissée à découvert. Il entendit un craquement sonore, avant que Reiner ne se penche en avant, tenant son menton d'une main en se reculant sous la force du coup. Profitant du moment d'hébétement de l'homme face à lui, la recrue se rapprocha de lui, glissant son bras sous la gorge dégagée, et utilisa sa jambe pour propulser le blond au sol dans un halo de poussière.
Il entendit des exclamations venant de leur public improvisé et se redressa, les mains sur les hanches, un immense sourire se dessinant sur ses lèvres fines. Sourire qui se crispa lorsqu'il vit le capitaine passer un peu plus loin, lui décochant une œillade sans s'arrêter. Les yeux à demi-fermés le dévisagèrent un instant, impassibles et froids, avant de se reconcentrer sur son avancée. Eren le suivit des yeux, l'observant alors qu'il allait à la rencontre du commandant Erwin. Ce dernier souriait, comme à son habitude, et glissa une main sur l'épaule du capitaine avant de le guider vers l'intérieur de leur base.
Eren sentit son corps se tendre en détaillant la main serrée sur l'épaule de son capitaine, et pinça les lèvres. Il ne comprenait pas réellement sa réaction, mais il n'était pas sûr de vouloir mettre des mots sur ce qu'il avait ressenti. Non, il préférait juste l'ignorer, penser à autre chose. C'était une bonne idée, oui. Alors, il fit ce qu'il faisait de mieux, il alla vers Jean et se moqua de ses cheveux.
- Oi, l'idiot suicidaire, t'as dit quoi là ?
- J'ai dit que ton paillasson avait trop poussé, peut-être que tu devrais te nettoyer les oreilles en plus de tailler ta crinière ?
Le visage de son rival se teinta d'un splendide rouge vermeille avant de se plisser. Il ferma les poings, les bras tendus le long de son corps. Eren se prépara à recevoir un coup, le visage souriant, mais grogna sous la douleur, venant de l'arrière de son crâne. Il se tourna pour voir sa sœur sous son nez, la mine sombre. Elle le fusillait du regard, la main encore levée au-dessus de son crâne.
- Il t'arrive quoi, là, Eren ? Arrête de jouer au à toi, Jean, ne le pousse pas à bout, vous êtes ridicules.
Les deux jeunes hommes piquèrent un fard, la tête baissée sous le regard sombre de la jeune femme. Elle hocha la tête en silence, satisfaite, avant de tourner les talons pour rejoindre sa chambre. Eren soupira bruyamment, ses épaules s'affaissant de dépit. Bon. C'était un échec.
xXx
Le temps s'écoulait lentement, depuis une semaine qu'ils étaient revenus de leur mission. Les recrues s'entraînaient sans relâche, s'épuisant inutilement pour oublier l'ennui et l'isolement. Chaque soir, après le repas, ils s'installaient autour de la radio dans le salon, écoutant la BBC et l'émission « Ici la France » qu'ils captaient difficilement.
Eren se sentait mal. Il avait envie de se battre, de faire quelque chose d'utile, mais les ordres étaient clairs. Il fallait rester sans rien faire, et attendre. Alors il prenait son mal en patience, même s'il ne supportait pas l'attente inlassable qui semblait s'éterniser. Il voyait ses compagnons d'arme rire, prendre ce temps pour se reposer et profiter d'une bulle coupée du monde. Et cet état léthargique lui faisait peur. Ils ne devaient pas se reposer, mais rester sur leurs gardes. Et le commandant qui restait dans son bureau à longueur de temps, accompagné de Livaï, sans que le jeune homme ne sache rien de leurs projets futurs.
Dans un soupir, il rejoignit l'extérieur, les épaules courbées, semblant porter tout le poids du monde. Il se dirigea vers l'orée du bois, vers la tombe de Petra. Des gerbes de fleurs reposaient sur la terre meuble, devant la croix grossière. Il s'agenouilla devant la sépulture en silence, le visage tourné vers les fleurs encore fraîches, des iris d'un bleu tournant vers un violet sombre. Il ne pouvait détacher les yeux des quelques plantes rassemblées, se détachant de la terre sombre.
Il se rappelait son père, lorsque celui-ci partait recueillir différentes plantes curatives lors d'expéditions en forêt. Parfois, il emmenait Eren et Mikasa, encore enfants, dans ses aventures, les laissant s'amuser alors qu'il ramassait ses plantes médicinales. Grisha tentait alors de leur apprendre l'utilité de chaque brindille. Peine perdue face au jeune garçon qui préférait suivre les papillons ou regarder les lucioles autour de lui. Un petit rire lui échappa, à peine perceptible, alors qu'il replongeait dans les souvenirs aussi vivaces que s'il y était encore la veille.
Dans un frisson incontrôlé, il se demanda où était son père. Leur séparation remontait maintenant à quatre mois, et il n'avait pas eu de nouvelles depuis lors. Pourtant, un sentiment indéfectible lui soufflait que son père vivait encore, quelque part. Et cette sensation le rassérénait.
- Oï, Eren ! Tu as un moment ?
La voix joyeuse d'Hanji le fit sursauter et il sauta sur ses pieds, se retrouvant face à la jeune femme souriante. Il lui adressa un hochement de tête affirmatif qui agrandit encore un peu plus le sourire déjà trop grand.
- Parfait, alors viens avec moi !
Il hocha à nouveau la tête, la suivant vers la zone d'entraînement. Là se tenait Moblit, tenant dans ses mains l'équipement – trop – dangereux qu'elle avait fièrement inventé. Elle le prit pour le tendre au jeune homme avant de continuer.
- Nous avons recalibré l'équipement, il ne devrait plus y avoir de problème, maintenant. Bien, enfile-le. Tu vois, j'ai rajouté des harnais qui encercleront tes jambes, pour une meilleure stabilité. Comme ça, tu pourras t'élancer plus facilement et ce sera aussi plus simple, question orientation. Allez, on va tenter le coup, je compte sur toi Eren !
Toujours sans un mot, le soldat termina de sangler le harnais autour de ses cuisses, serrant la lanière de cuir sur le pantalon en toile. Hanji s'approcha et tira sur chacun des bouts prévus pour resserrer la prise autour du tissu, lui adressant un sourire d'excuse en voyant la grimace douloureuse du jeune homme. Il finit par se redresser pour observer le décor autour de lui. L'arbre qui lui faisait face avait une branche parfaite pour la manœuvre, haute et épaisse à souhait.
- Quand tu veux, petit ! l'encouragea Moblit avec un petit sourire rassurant, les yeux posés sur lui.
Il hocha la tête et se concentra, dirigeant son corps vers la branche. Il appuya finalement sur le petit bouton noir en plissant les yeux d'appréhension. Le câble sortit dans un bruit sourd, les crochets se plantant violemment dans la branche et décrochant des morceaux d'écorces au passage. Il sentit la pression l'attirer à la branche, dans un éclair foudroyant, et avant qu'il n'ai pu cligner des yeux il se retrouva perché sur la branche, les jambes tombant dans le vide, retenant le bois fermement de ses bras. Sous lui, Hanji applaudissait en riant alors qu'il tentait de reprendre son souffle, coupé sous la force de l'impact.
- Ça a marché ! Super Eren, tu as été fabuleux !
- Aïe…
Moblit semblait inquiet alors qu'il se dirigeait de l'autre côté de l'arbre pour tenter d'apercevoir le visage du jeune homme. Il finit par croiser son regard et lui lancer, d'une voix agitée :
- Tout va bien, petit ?
Les joues rouges, Eren hocha la tête en tentant de garder l'équilibre. Finalement, il leva une jambe pour la faire passer au-dessus de la branche, sifflant entre ses dents sous l'effort. Juché là, il baissa les yeux vers Hanji sous lui, qui se tenait droite, les mains sur les hanches, un petit sourire victorieux sur les lèvres.
Après quelques minutes de repos, il se laissa glisser vers le sol, poussant un soupir soulagé en sentant le sol dur sous ses pieds. Hanji lui claqua une main dans le haut du dos, entre les deux omoplates, et se pencha vers lui, la mine sérieuse.
- Dis-moi tout, Eren ! Comment tu l'as senti ? Trop de pression ou pas assez ? Ou parfait ? Et est-ce que tu as des suggestions ?
- Hm… C'est pas mal, mais… Peut-être qu'il faudrait trouver un moyen de diriger plus facilement le crochet. Une sorte de… de dispositif, partant d'un point permettant plus de précision comme au niveau des bras par exemple. Le fait de faire partir le câble directement du bassin est trop hasardeux, pour moi…
- Tu as raison… Oui, tu es un génie ! Merci Eren !
Fronçant les sourcils, le jeune homme sourit en voyant la jeune femme partir en courant vers l'intérieur, suivie d'un Moblit perplexe le saluant d'une main sans se tourner vers lui. Au moins, elle semblait profiter à merveille de ce temps pour élaborer des équipements étranges, et pourtant terriblement ingénieux.
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(1) Livre de la Sagesse (2, 23 – 3, 9)
Merci d'avoir lu ce chapitre, j'espère qu'il vous a plu ! A la prochaine !
