Hellow mes Fluvetin !

Alors, passons outre le retard pour nous concentrer sur ce bébé. J'était censée poster le dernier chapitre, une sorte de court épilogue, maiiis en parallèle, celui-ci a vu le jour alors, vu le temps qu'il m'a pris (oui oui), autant le poster. J'en ai bavé, rien n'allait jamais, mais finalement -FINALEMENT ! - j'ai réussi à faire un truc que je juge pas trop mal (vous me direz).

Voici donc l'officiel dernier chapitre avant la conclusion finale de cette histoire, avec un point de vue neuf sur cette relation que nous suivons depuis le début et des analepses inédites.

Sur ce, bonne lecture ~


Dragon's Treasure


Les acclamations du public grondaient dans les enceintes de la petite télévision, l'effervescence saturant par moments les capacités sonores de l'appareil, mais ils n'en avaient que faire, eux-mêmes complètement perdus dans cette ferveur admirative. La tension était à son comble, les deux dresseurs se faisaient face, un sourire partagé ornait leurs lèvres. L'un comme l'autre étaient incroyables, leur combat représentait l'apothéose de l'ouverture du Défi des Arènes. Tarak était sur le point de défendre son titre de Maître pour la troisième année consécutive, et Roy, son éternel rival, tenterait, comme à son habitude, de le lui arracher. Et si celui que la presse commençait déjà à surnommer l'Invaincu rendait pour l'heure honneur à son titre, l'opiniâtreté du dragon en faisait un redoutable adversaire, imprévisible et puissant, aussi dangereux que les tempêtes de sable qu'il déclenchait sur le terrain.

Nabil avait foi en son frère. Il était le plus fort, aucun débat n'était possible. Comme pour le prouver, son Dracaufeu venait de terrasser un troisième adversaire, portant à un le nombre de Pokémon restant au champion. Les clameurs s'intensifièrent par anticipation, à l'approche de ce qui faisait la beauté des combats à Galar : le Dynamax. L'énergie pourpre, comme alimentée par la foule, enveloppa soudainement les deux camps, faisant trembler l'image retransmise par les Motidrônes incapables de se stabiliser entre les colonnes d'air générées. Le corps des Pokémon s'allonga progressivement sous la pluie de sables et leurs rugissements déchirèrent l'effervescence spectatrice. Une scène commune, et pourtant toujours aussi fascinante à regarder. Face à cette vision familière, l'enfant ouvrit la bouche, prêt à encourager son aîné de toutes ses forces, comme il en avait pris l'habitude. Seulement, sa propre excitation fut noyée sous celle admirative de la fillette autrefois assise à ses côtés sur la moquette de sa chambre, à présent dressée sur ses jambes, les bras levés vers le plafond. Elle scandait en cœur avec le public, telle une évidence, trémoussant son corps de poupée au rythme des clameurs symphoniques. Quelque peu dérouté par ce brusque changement d'expression, - elle qui semblait au premier abord si timide -, il fallut un certain temps au garçon pour se reconcentrer sur l'écran et reprendre le cours du match. Lorsqu'il le fit cependant, le Duralugon de Roy rugissait de douleur, son énergie s'élevant dans les vapes, mettant fin à l'affrontement. La seconde suivante, l'étrangère se jeta à son cou, les yeux luisant des mille et un projecteurs du stade retransmis.

« Incroyable ! Incroyable ! Ils étaient incroyables ! »

Elle sautillait sur place, faisant danser dans son dos ses deux longues tresses brunes. Son sourire semblait illuminer chaque recoin de la pièce, d'une candide sincérité et d'une naïve admiration. Nabil en fut presque troublé. Contrairement à ce qu'il s'était imaginé, lorsque sa mère l'avait fait descendre de sa chambre une demi-heure plus tôt pour lui présenter sa nouvelle voisine – et l'obliger par la suite à passer du temps avec elle -, celle-ci était loin de n'être qu'une fillette ennuyeuse et sans intérêt. Bien au contraire. Normalement, les filles piaillaient pour ne rien dire et pleuraient sans raison. Il avait souvent entendu son frère se plaindre des émotions instables de sa rivale et amie d'enfance, Sonya. Mais Gloria était différente, riche d'un mutisme éloquent et de réactions terriblement adorables. Elle aimait les combats Pokémon presque autant que lui, si ce n'était plus, et détenait dans son petit corps la même ferveur que celle répandue dans les gradins. Parfaite en tout point. Pourtant, ils venaient à peine de se rencontrer.

« Moi aussi je veux les combattre ! Moi aussi je veux Dynamaxer ! »

Face à l'engouement quasiment palpable de la brune, Nabil ne put retenir un pouffement nasal, ni cette émotion chaleureuse de se répandre dans son organisme. Finalement, il avait bien fait de descendre car, comme prédit par sa mère, ils avaient de quoi bien s'entendre.

Attrapant ses mains, terriblement petites entre les siennes malgré leur âge identique, il obligea la demoiselle à se calmer et, pressant son front contre le sien, à se concentrer exclusivement sur lui. Vues de si près, ses prunelles chocolat arboraient des moirures ocre auréolant ses rétines de malice. Tout autant que ses lèvres, ses yeux souriaient. En arrière-fond, l'on pouvait entendre le présentateur donner les résultats du combat, mais il n'avait pas besoin de regarder l'écran pour deviner le nom de son frère s'afficher en grand. Comme l'an passé. Et, sans nul doute, comme l'année à venir. Car il était le seul à pouvoir battre son grand frère, cet honneur lui revenait de droit, et, pour une raison qui lui échappait encore mais dont il se contrefichait pour l'heure, il était persuadé que cette jolie bouille serait la clef pour réaliser son rêve futur de régicide.

Son frère avait promis de l'attendre, alors il viendrait. Mais pas seul.

« Un jour, toi et moi aussi on se tiendra là-bas, je t'en fais la promesse Glory. Et alors, tout le monde verra à quel point nous sommes forts ! À quel point nous sommes les meilleurs ! »

Elle ne sembla pas comprendre tout de suite le fond de ses mots, songea un instant à leur sens, avant de finalement opiner gaiement de la tête, le visage ébloui d'un large sourire et resserrant inconsciemment son petit doigt autour du sien. Une promesse scellée.

Nabil venait à peine d'atteindre l'âge de raison, « l'âge des grands » comme disait sa mère, et il l'était. Pourtant, il avait failli devant ces grands yeux innocents, avait baissé sa garde trop facilement, laissé une étrangère pénétrer son antre sans grande protestation. Mais il ne regrettait rien. Ne le regretterait jamais. Car elle était sa première vraie amie, et le resterait pour des années à venir.

Son amie d'enfance. Sa meilleure amie.

oOo

« Alors nous pourrons sauver le pauvre dragon des griffes du terrible chevalier ? »

oOo

Pour la énième fois, il ratura énergiquement le mot, la phrase, le paragraphe tout entier, avant de finalement froisser la feuille dans un geste agacé. Nouvelle victime, celle-ci alla s'échouer lamentablement parmi la pile de cadavres de ses prédécesseurs, devenant la vingt-septième tentative avortée avant sa fin. Puis, soupirant longuement, à fendre les cent huit âmes de Spiritomb, Nabil retira rageusement ses lunettes et laissa sa tête retomber contre le bois de son bureau. La migraine menaçait d'envahir son cerveau déjà déchiré entre fatigue et découragement. Pourquoi les mots refusaient de venir ? Pourquoi était-il incapable de combler le vide maladif du papier, d'écrire un simple texte en quelques heures alors qu'une seule nuit lui avait suffi pour rédiger son dernier mémoire de cinquante-deux pages ?

Pourquoi ? Par Arceus, pourquoi ?!

Rien ne pressait, du moins tant que les journalistes ne venaient pas sonner à sa porte pour obtenir sa version de l'histoire, à lui, meilleur ami de celle régissant la région. Mais il lui restait encore une tonne de travail à boucler après ça, aussi il était important de remplir cette feuille, et ce de la plus sérieuse façon possible. Il devait faire honneur à ce titre, prouver l'importance de ces années passées ensemble. Personne n'avait le droit de prendre cette place. Et si le monde devait savoir, alors ce serait de sa propre bouche, pas simplement au travers d'une vidéo random échappée sur les réseaux sociaux.

Pourtant, oui pourtant, les mots se refusaient toujours à lui, le laissant faire face seul à la blancheur de la feuille – en réalité d'un rose pâle, dernière lubie de Sonya - parfaitement épargnée par l'encre de son stylo.

La boulette de papier, récemment formée, roula lentement de son lieu d'atterrissage, dégringola de ses congénères pour venir cogner contre le pied du nouveau venu. Emplie de son enthousiasme éternel, Flame glapit joyeusement en voyant, dans ce que lui aurait appelé un syndrome indésiré, une balle pour jouer. Aussitôt, le Pyrobut commença à taper la boulette sur ses orteils, avant de la projeter en l'air et d'enchaîner des passes avec ses genoux. Tournant son regard dans sa direction, joue pressée contre le bois, le chercheur observa momentanément l'adresse de son Pokémon, avant de pouffer faiblement de la situation. Au moins, son manque d'inspiration profitait à quelqu'un. Puis, croisant ses bras pour former un oreiller sous sa tête, il laissa le vol régulier de la balle bercer son esprit, tel un métronome de réflexion.

Par où devrait-il commencer ? Le début nécessiterait d'effacer des détails, car certaines scènes ne méritaient que d'être tut, ignorées dans l'ombre dans laquelle elles s'étaient jouées. Mais narrer une épopée sans même prendre le temps de poser le décor initial n'avait pas grand intérêt non plus. Car les protagonistes venaient de loin, et leur relation de plus loin encore. En y réfléchissant, il aurait pu démarrer ce discours par un simple et banal « Tout a commencé par un simple regard » mais, comme il y songeait, c'était beaucoup trop simple et banal. Or Gloria n'avait rien de simple et banal. Non, si Galar devait savoir, alors il devrait faire les choses bien, afin que chacun se souvienne de cette quête émotionnelle, de ce combat acharné, parfois même désespéré, auquel lui-même avait pris part, histoire de faire un peu avancer le scénario rendu statique par l'idiotisme de ses deux protagonistes.

Il réfléchit, réfléchit encore, laissant sa mémoire s'imprégner de souvenirs, se remémorer le passé. Un passé bien loin à présent et qui pourtant poursuivait, même aujourd'hui, de forger le présent, tout autant que l'avenir, de la région. L'histoire d'une bergère qui rêvait d'aventure.

L'histoire d'une princesse guerrière qui rêvait de sauver un dragon des griffes du terrible chevalier.

L'histoire d'une petite tête et d'un cœur voué à se briser.

oOo

Après ce jour, cet après-midi à observer les combats Pokémon sur le petit écran de sa chambre, Nabil avait vu le cours de son quotidien changer par l'arrivée de sa nouvelle voisine : Gloria. Paddoxton était un petit hameau entouré de verts pâturages, un patelin constitué de quelques maisons, bien moins nombreuses que les troupeaux de Moumouton blanchissant le paysage de leur laine. Aussi, tout le monde se connaissait. Seuls enfants de leur âge, Gloria et lui avaient rapidement développé une relation plus que fusionnelle, comme celle qu'il entretenait autrefois avec Tarak avant son départ de la maison. Ils pouvaient ainsi clamer, sans mentir, connaître l'autre mieux que leur propre personne, et Nabil se vanter d'avoir vu grandir celle qui sauverait par la suite la région de Galar.

Gloria était une enfant mignonne avec son visage rond de poupée, et ses grands yeux chocolat dans lesquels toute chose, même futile, trouvait un intérêt particulier. Elle était tête en l'air, sa timidité frôlait les nuages et son être ne connaissait que la joie de vivre. Elle semblait chaque matin s'abreuver de la quiétude régnant sur Paddoxton, se satisfaire de cette vie bucolique simple, sans tracas. Du moins, lorsqu'il ne la surprenait pas à contempler au loin, du haut de leur jardin secret, les vastes étendus sauvages et les colonnes pourpres déchirant le ciel à l'approche du Défi des Arènes. Il découvrit ainsi, lorsqu'ils furent en âge de conquérir les routes de Galar, derrière la bergère rêveuse et insouciante, une aventurière assoiffée de découvertes, mais aussi et surtout de sensations fortes. Gloria aimait se jeter dans la bataille, corps et âme, se mêler à ses Pokémon pour rafler les victoires, ressentir le danger jusqu'au bout de ses nerfs, quitte à finir blessée. La Nuit Noire avait d'ailleurs laissé une large cicatrice sur son mollet et dans son cœur, pourtant elle avait trouvé la force de se relever, d'aller de l'avant, d'affronter ses peurs et de faire face aux épreuves suivantes. Galar tout entier avait applaudi ses exploits, scandé son nom sans faiblir pour la porter jusqu'au Panthéon de la victoire et l'accueillir en tant que nouveau Maître.

Comme l'avait souhaité sa mère en la nommant ainsi, Gloria était une enfant de gloire, une étoile incandescente capable de percer même l'obscurité la plus profonde. Elle apparaissait ainsi comme une femme forte, sans faiblesse, celle désignée par les Pokémon Valeureux comme digne de succéder aux héros du passé. Pourtant, elle demeurait humaine, fragile, soumise aux ombres intérieures.

À douze ans, Nabil ne comprit pas tout de suite la nature de cette pénombre qui enserrait hors des projecteurs le cœur de son amie. Qui ne cessait de croître à mesure qu'ils gravissaient ensemble les marches menant au trône de Galar, menant à son frère et à l'accomplissement de leur promesse enfantine. Il l'avait toutefois ressenti, cette passion de plus en plus essoufflée, de plus en plus étouffée par les médias, la pression, les regards inconnus, le monde tout entier. Chaque match était retransmis sur les écrans, repassés en boucle sur internet, commentés et analysés sur les réseaux sociaux où chacun y allait de son petit commentaire, de son avis, positif comme négatif. Des mots, des paroles à l'amertume parfois blessante que Nabil avait su surmonter, passant outre les comparaisons avec son frère, ignorant les attentes le concernant pour se concentrer exclusivement sur son objectif : vaincre le Maître. Et il avait pensé, à tort, qu'il en serait de même pour Gloria, avait préféré ignorer, aveuglé par sa quête de victoire, derrière les sourires qu'elle offrait aux caméras, le mal-être grandissant de son amie. Une pression plus grande que celle reposant sur ses épaules car, contrairement à lui, « frère de », elle n'était personne, enchaînant simplement les succès dans une région à laquelle elle n'appartenait même pas. Une peur d'échec, de déception à mesure que le nombre de ses fans grandissait, que les attentes augmentaient. Un poids trop lourd à porter pour une enfant d'à peine douze ans. Un stress maladif qui, comme elle le lui confia des années après, avait bien failli l'écœurer des compétitions.

Mais elle avait été sauvée, car quelqu'un avait su lire au travers de son sourire factice, et lui tendre à temps la main qu'elle espérait silencieusement.

Nabil aurait voulu se vanter de cet exploit, clamer à tout va qu'il avait sauvé celle que l'on surnommerait par la suite l'Indomptable, mais il n'en était rien. Ce droit ne lui revenait pas. Un constat qui fut, pendant longtemps, douloureux à avaler, pour son ego, mais aussi et surtout pour son cœur qui découvrit brusquement, et hélas trop tard, la définition de son affection pour la demoiselle.

Alors que le tournoi des Médaillés était sur le point de débuter, Nabil avait laissé sa partenaire de route un instant seule aux vestiaires, nécessiteux de se confiner avec lui seul pour se concentrer, chasser le superflu de son esprit comme son frère lui avait autrefois appris. Il avait besoin de saisir sa chance, de remporter cette victoire qui lui ouvrirait les portes vers son plus grand rêve. Gloria comprenait ce choix, il en était certain. Lorsqu'il revint cependant, plus remonté que jamais, son enthousiasme s'évapora presque aussitôt.

Camouflé derrière un casier des vestiaires, le garçon observait, la tête appuyée contre l'acier froid, le cœur de sa rivale s'ouvrir à quelqu'un d'autre. Nabil connaissait le moindre de ses sourires, pouvait interpréter chacune de ses mimiques labiales, anticiper les mots gravés sur sa langue et les pensées encore informulées. Pourtant, il ne l'avait jamais vu rire ainsi. Un rire sincère, lumineux, embelli par l'angoisse qu'il repoussait, par les larmes qu'il retenait derrière ses orbes chocolat. Non, cette bouille, condamnable de tendresse, était destinée, seulement et uniquement, aux turquoises oculaires dressées face à elle. Car, accroupi entre ses jambes, tel un fort protégeant une princesse des dangers extérieurs, là où il aurait dû se tenir, lui et seulement lui, se trouvait Roy, le plus grand rival de son frère, tenant dans sa main gantée un cornet de churros encore fumant.

« Prends un peu de sucre, y a rien de telle avant une compet' ! »

Ses doigts libres vinrent ensuite saisir une mèche brune pour la placer derrière son oreille, dégageant ainsi complètement le visage de l'enfant, embellissant ses joues de quelques Rafflesia, accentuant son sourire davantage. Une vision douloureuse, car ce n'était pas lui qui se trouvait à ses côtés. Car le droit de cueillir cette jolie fleur ne lui revenait pas. Jamais elle ne lui avait souri ainsi. Jamais elle n'avait partagé avec lui le poids si pesant de cette aventure qu'ils avaient pourtant décidé de traverser ensemble. La colère imprégnait ses circuits neuronaux, galvanisait ses veines d'un besoin profond d'extérioriser. Il était si stupide. Aveuglé par son envie de régicide, il en avait oublié de regarder à côté de lui, de s'assurer de sa présence qu'il avait pensée, à tort, acquise auprès de lui. Maintenant, il comprenait, mais c'était trop tard.

Car le cœur de Gloria avait choisi

Car le cœur de Gloria ne lui appartenait plus. Non, car le cœur de Gloria ne lui avait jamais vraiment appartenu, électron libre vivant au gré du vent qui avait fini par trouver un atome auquel s'accrocher. Et, à présent qu'un dragon avait planté ses griffes dedans, injecté son poison jusqu'au plus profond de son myocarde, Nabil savait qu'il ne lui appartiendrait plus jamais.

oOo

Nabil écrivit dans un coin de son brouillon une phrase : « Tout commença par quelques churros », avant d'observer, songeur, les lettres qu'il venait de tracer. Cela ne sonnait pas trop mal pour un début, quelque peu accrocheur, un poil intrigant, parfait pour captiver l'attention de l'auditoire. Bon, certes, cela n'était pas tout à fait juste, mais la version originale, qui sonnait plus comme « Tout commença par un simple regard », paraissait beaucoup trop Charmilly, beaucoup trop classique à ses oreilles. Or, le couple que formaient ces deux-là était loin d'être typique, bien au contraire. Ils s'étaient tournés autour durant – littéralement – des années, tels deux aimants incapables de s'approcher. Avec eux, Nabil en avait vu de toutes les couleurs, spectateur privilégié de cette histoire plus complexe qu'elle n'aurait dû l'être.

Depuis le tournoi des Médaillés, il s'était fait la promesse de ne plus jamais sous-estimer l'état profond de son amie, de ne plus se contenter de simples suppositions et de prendre le temps de converser. Elle en fut surprise, mais accueillit l'initiative avec joie, renforçant leur lien quelque peu effilé par les interminables semaines de compétitions. Il fut ainsi présent pour calmer les cauchemars gravés dans son esprit par la Nuit Noire, atténuer la pression engendrée par son couronnement, retenir le surmenage auquel elle ne prêtait jamais attention, et, bien évidemment, cueillir dès leur bourgeonnement les confessions faites au cœur de leur jardin secret.

« Je l'aime. »

Lorsque Gloria lui confia ces mots, Nabil venait à peine d'avoir quatorze ans. L'aveu avait été énoncé dans un souffle, murmure de regret, telle la confidence d'un vice impardonnable. Un constat, sans besoin de remise en question, qui oscillait entre la détermination d'un cœur et la timidité d'une raison. Prononcé du bout des lèvres souriantes décorées de larmes apeurées. Une boule s'était aussitôt formée au fond de son estomac, engendrée par cette annonce soudaine et pourtant attendue, à la fois redoutée et espérée. La détresse de son amie s'était aussitôt répandue dans son propre organisme. Soupirant de compassion, il l'avait alors pris dans ses bras et répondu la seule chose dont il était capable « Je sais ». Une seconde évidence.

Par la suite, et malgré ce qu'il lui avait naïvement promis, les sentiments de Gloria avaient rencontré un mur épais et silencieux de rejet. Elle convoitait un cœur déjà pris, déjà comblé de passion. Et, malgré les années, malgré sa propre volonté, elle fut incapable de s'en détourner. Souffrant en silence, hantée par ces images qu'elle avait surprises le jour de sa supposée confession. Pendant longtemps, Nabil en avait voulu à Roy pour ça, injustement. Aimer son frère en secret, dans le dos de Sonya et les pensées de Gloria. Aimer un autre, déjà pris, alors que la plus formidable des personnes n'attendait qu'un mot, un seul de sa part pour se jeter corps et âme dans ses bras. Il lui en avait voulu d'être un idiot, un simple humain capable d'erreurs, de mauvais choix. Il lui avait reproché tant de choses, à commencer par les larmes masquées de la brunette.

Et puis, Nabil avait compris, avait ouvert les yeux. Lorsque, à quinze ans, il avait lui aussi assisté à une scène qu'il n'aurait jamais dû voir. Aux cris de deux êtres incapables de s'entendre, d'une passion créatrice seulement de destruction, de déchirement. Roy et Tarak s'étaient aimés, d'une amitié bien trop profonde, bien plus déraisonnable qu'elle n'aurait dû être. Leur fraternité s'était vue mêlée à l'ardeur des combats, leur offrant, le temps d'un baiser, d'une caresse, l'endorphine ressentie lors de leurs confrontations. Des échanges dont ils étaient devenus accros, au point de mettre de côté la souffrance qu'elle engendrait entre eux. Jusqu'au jour où, enfin, le météorologue avait su mettre fin à cette relation toxique, repousser les demandes suppliantes de son meilleur ami. Contrairement à la brunette, Roy était un personnage complexe, difficile à déchiffrer. Son humeur affable camouflait bon nombre de secrets qu'il défendait à coup de sourires acérés. Rares étaient ceux pouvant accéder à son cœur, mais également rares étaient ceux pouvant en sortir. Pourtant, ce jour-là, Nabil avait vu le draconien rendre sa liberté au trésor qu'était Tarak, renonçant à ce besoin partagé de chaleur.

« Je te souhaite d'être heureux. Avec Sonya. Nous demeurerons les meilleurs amis, les plus grands rivaux, mais je ne peux plus te suivre sur cette route déraisonnable Tarak. Nous ne le devons plus. »

Avait su, pour la première fois de sa vie, déchiffrer, derrière le rire franc du basané, le déchirement dans son âme. Alors, sa colère s'était estompée, comprenant que depuis le début, il n'avait été rien d'autre qu'une simple marionnette en quête d'affection. Lui aussi.

Un dragon en quête d'attention, quitte à se soumettre à un roi naïvement gourmand et irraisonnable.

« Alors nous pourrons sauver le pauvre dragon des griffes du terrible chevalier ? »

Les mots de la petite Gloria résonnèrent dans son esprit au souvenir de ce jour, lui arrachant un faible rire. Sauver le pauvre dragon. Venant de la princesse qui n'attendait qu'à être capturée. Décidément, aucun personnage n'était à sa place dans ce conte. Voilà pourquoi il bloquait depuis des heures devant ce papier rose, jonglant entre ce qui devait être rapporté et ce qu'il valait mieux taire, oublier au fond d'un tiroir. Soupirant, le scientifique reprit la rédaction de son texte, laissant l'encre couler sans prêter vraiment attention aux lettres tracées. Des pensées s'accordèrent, noircissant la feuille d'idées mélangées, répétitives pour certaines, parfois erronées, incomplètes, ou même embellies pour d'autres. Il repensa à ces différents moments, épisodes volés au quotidien du duo que formaient ces deux-là, auxquels il avait pu, de près ou de loin, assister. À ces différents rendez-vous au Café Combat, ces entraînements à rallonge, ces soirées détentes devant un vieux film auxquels nul autre personne n'était conviée. À la première fois où il avait surpris un regard tendre, bien trop pour n'être qu'amical ou fraternel, de Roy sur le corps endormi de Gloria. À ce selfie où l'on voyait l'aîné embrasser les cheveux de la brunette, rouge Astronelle, pour leur toute première victoire au tournoi des Stars de Galar et qui avait des jours durant enflammé les réseaux sociaux. À leurs chamailleries perpétuelles, leur quête constante de l'autre, leur besoin d'échanger quotidiennement, même si ce ne fut que pour des banalités.

Ainsi, plongé dans une réflexion intense, Nabil ne prêta pas attention aux quelques coups contre la porte du laboratoire, ni au grincement de cette dernière, et encore moins aux glapissements joyeux de Flame qui stoppa ses jongleries pour aller accueillir le nouveau venu. Ou plutôt la nouvelle venue, devina-t-il sans peine en reconnaissant les coassements de Sniffi. Alors qu'il relevait la tête de son travail, le museau de la Lézargus apparu dans son champ de vision pour venir déposer son museau humide contre son front en guise de salutation. Riant faiblement, il lâcha son stylo pour lui accorder une caresse le long de sa collerette déchirée.

« Ainsi donc ta mère n'avait pas menti, déclara ensuite une voix dans son dos. »

La seconde d'après, le plafonnier du laboratoire s'alluma pour engloutir la faible lueur de sa lampe de bureau dans un torrent de lumière éblouissante qui agressa aussitôt sa rétine. Momentanément aveuglé, Nabil papillonna des yeux afin de chasser le surplus de particule resté accroché à ses photorécepteurs. Et lorsqu'enfin la vision lui fut rendue, elle se tenait déjà là, debout près de son Pokémon, les poings enfoncés dans une veste universitaire rétro, un canotier noir vissé sur ses mèches brunes. Une tenue qu'il reconnut sans peine puisque, lors de sa pause déjeuner, il avait pu la voir en direct sur l'écran de son Motismart.

« C'est donc ici que tu te cachais, poursuivit-elle, ce à quoi il répondit un simple :

- Comme toujours, avant de replonger dans son griffonnage. »

Il n'avait pas forcément grande envie de discuter. L'inspiration était enfin là, les mots se laissaient apprivoiser par sa plume, acceptaient de parler sur ce papier scandaleusement rose après des heures de silence. Gloria le comprit sans peine. Mais, aussi têtue qu'un Moumouton lancé dans sa course, elle ne lâcha pas l'affaire pour autant. Alors que Flame et Sniffi s'éloignaient pour jouer, le vingt-septième brouillon servant toujours de distraction, la jeune femme lui fit face et, s'appuyant sur ses paumes, se hissa dans les airs pour poser son postérieur sur le bureau – plus précisément sur le dossier qu'il était censé compléter et rendre à Sonya dans deux jours. Ses jambes, laissées à nu par son short en jean délavé, s'imposèrent ainsi dans son champ de vision, la pâleur de la chair mettant en évidence l'imposante cicatrice barrant son mollet gauche, mais il ne leur porta que peu d'intérêt.

Un silence s'installa ensuite, entrecoupé seulement par les cris d'amusement des deux starters et le trottinement régulier de la grande horloge. Un silence qui dura plusieurs minutes, pas assez à son goût, avant que son amie d'enfance ne s'impatiente et ne reprenne le cours de la discussion.

« Il y avait un tournoi aujourd'hui.

- Je sais.

- Et… tu n'y étais pas. »

Le reproche était faiblement perceptible dans sa voix, n'attirant pour autant qu'un fragment de seconde le regard du cadet sur elle. Après tout, avait-elle seulement le droit de lui en vouloir après ce qu'il avait vu durant le déjeuner ? Il s'était préparé pour ce jour, s'était imaginé mille et un scénarios. Mais jamais au grand jamais de devoir assister à la scène par le biais d'une image retransmise, mal cadrée, floue et saturée par la tempête de sable faisant rage sur le terrain.

oOo

Soupirant longuement, Nabil se laissa choir dans la chaise de son bureau et, écartant sans grande délicatesse les papiers dispersés dessus, posa le tupperware contenant le repas préparé par sa mère qu'il venait de réchauffer au micro-onde. Il était exténué, la nuit avait été courte. Totalement pris dans son travail de rédaction, il en avait complètement oublié l'égrainement du temps dont les aiguilles, lorsqu'il leur porta de nouveau attention, affichaient une heure indécemment trop tard. Ou trop tôt suivant le point de vue. Si bien qu'il avait préféré faire un petit somme sur le sofa plutôt que de rentrer à Paddoxton retrouver le confort de son lit. Commençant à manger, plus par mécanisme que par réel appétit, il commença à consulter sa boîte mail, déjà saturée de messages, avant de finalement dériver sur les réseaux sociaux pour prendre des nouvelles. Visiblement, la toile s'enflammait sur un sujet commun. Un incendie de commentaires dont il trouva rapidement le foyer : la neuvième édition estivale du tournoi des Stars de Galar. Un événement ayant lieu deux fois par an qui permettait de faire patienter le public jusqu'au prochain Défi des Arènes. Une idée brillante de Tarak, une énième depuis qu'il avait pris la succession de Sherhoz, et l'on ne pouvait qu'admettre le franc succès que suscitait ce tournoi auprès des spectateurs. À chaque nouvelle édition, les audiences explosaient et les goodies à l'effigie des fameuses étoiles de la région, champions pour la plupart, se voyaient en rupture de stock dans les heures suivant leur mise en ligne. Roy et Donna étaient en tête des ventes, suivis de près par Peterson, puis l'ancien et l'actuel Maître. Une petite peluche de Gloria lui servait d'ailleurs de porte-clefs pour le laboratoire, chose qui l'amusait beaucoup, contrairement à la concernée dont les menaces de brûler cette « chose » ne faisait qu'accroitre son hilarité. Décidément, son frère n'avait que d'excellentes idées.

Dans les commentaires, les fans débattaient sur les futurs gagnants. Cliquant sur un poste officiel de la Fédération pour l'agrandir, Nabil étudia un instant le tableau des participants. Un tableau sur lequel son nom aurait dû apparaître. Malheureusement, par manque de temps, il avait contacté son frère dans la matinée pour se désister. Il chercha le nom de Gloria, avec laquelle il était censé faire équipe, et fut surpris de le voir affiché auprès de celui du champion de Kickenham. Pour la première fois depuis au moins… six éditions ? Visiblement, ils avaient réussi à se remettre ensemble, à convaincre Tarak d'annuler cette interdiction stupide qui leur pesait dessus. Duo fidèle depuis leur premier tournoi des Stars de Galar - si l'on excluait la version test que Nabil avait mené avec son amie -, Roy et Gloria avaient enchaîné les affrontements et raflé bon nombre de victoires. Beaucoup trop visiblement car, craignant une lassitude des spectateurs de voir toujours les même paires apparaître à l'écran, la Fédération avait interdit leur association et Tarak s'était vu obligé de les séparer pour les tournois suivants. Un scandale dont on avait entendu parler des semaines durant dans les couloirs des stades tant l'injustice touchait à la fois les concernés, mais aussi leurs camarades.

À presque seize ans, Nabil s'était d'ailleurs vu intervenir afin de calmer dans l'œuf les grondements de révolte, jouant en tant que personne externe à la Fédération le rôle de médiateur. Et, après plusieurs heures à tenter de convaincre son amie que, non, retirer sa participation pour toutes les années à venir n'était pas la meilleure solution, ou encore à empêcher Donna de planter le talon de ses luxueux escarpins dans la tête de ces « vieux Monaflémite », le chercheur avait finalement réussi. Du moins, en partie.

Car, sachant bien évidemment que cette situation ne pourrait durer éternellement. Que l'Indomptable et le météorologue finirait, un jour ou l'autre, par contourner cette interdiction et reconstituer ce duo d'or afin de conquérir, ensemble, de nouvelles victoires.

Et, au vu des commentaires qui s'accumulaient sous le tableau des résultats mis à jour en temps réel, ils n'étaient pas les seuls. Visiblement, le duo avait beaucoup manqué à Galar qui accueillait leur alliance nouvellement retrouvée sous une ovation de partages.

Nabil pouffa du nez à cette vision. Qu'est-ce que cela donnerait s'ils apprenaient que le meilleur champion et le Maître sortaient ensemble depuis près de quatre ans maintenant ?

Ces deux-là avaient toujours entretenu un fort lien de complicité, et ce depuis la première victoire de Gloria au stade de Kickenham où, mettant élégamment genou à terre, Roy avait avoué sa défaite. Les spectateurs s'étaient habitués au lien quasi fusionnel les liant. Un lien que beaucoup, à commencer par la presse, qualifiaient de fraternel. Car, oui, près de quatre ans après cette journée sur Isolarmure, Galar demeurait sourd et aveugle, dans l'inconscience des entraînements parfois roucoulants de l'Indomptable et de son acolyte. Une ignorance qui satisfaisait l'une, par encore prête à braquer les projecteurs sur sa vie privée, et amusait fortement le second dont la communauté devenait de plus en plus dingue chaque jour où une nouvelle photo, emplie de mystère, venait s'ajouter sur le mur de ses réseaux sociaux. Qui était cette ombre revenant fréquemment sur les clichés du champion, discrète et pourtant perpétuellement mise en avant ? À qui appartenait cette main, trop petite pour être la sienne, caressant son Muplodocus ? Ce pied trop pâle dépassant des draps ? Cette seconde brosse à dents visible dans le fond de ses selfies matinaux ? Ce vêtement féminin égaré sur l'accoudoir du canapé ? Ou même, plus récemment encore, cette photo montrant un double de ses clefs pressé entre ses longs doigts et ceux, plus clairs et plus fins, d'une seconde main ?

Non, Galar n'était pas prêt pour cette annonce, Nabil en était convaincu. La nouvelle ferait couler beaucoup d'encre et de larmes, plus encore que la Nuit Noire, c'était certain.

Plus pour occuper son repas que par curiosité – car, après tout, il connaissait par avance le dénouement du combat -, le scientifique appuya sur un lien menant à la diffusion en direct du tournoi des Stars de Galar. La finale était déjà bien entamée. Elle se jouait entre Roy et Gloria face à Peterson et Rosemary. La championne de Smashings avait déjà fait Gigamaxer son Angoliath dont les ténèbres se répandaient au-dessus des gradins bondés. Visiblement, il ne restait plus qu'un seul Pokémon à chaque participant, hormis Gloria. Appuyant son menton contre sa paume libre, Nabil observa l'échange des coups qui se poursuivait sur l'écran de son Motismart tout en entamant son repas. Et assista ainsi, sans grande surprise, à la victoire des deux amants qui, sous une pluie de sable, se faisaient acclamer par les spectateurs. La joie était visible sur leur visage, les yeux de l'un pétillant de fierté dans ceux de l'autre. Comme si ce fut leur première victoire. Comme s'ils ne s'y étaient pas attendu.

Et puis, l'impensable surgit.

Enfournant une énième cuillerée dans sa bouche, Nabil ne vit rien arriver. Il assista seulement, incapable d'autre chose, la nourriture contre son palet attendant d'être mâchée, la cuillère en suspens dans les airs patientant de retourner au tupperware. Un tupperware qu'elle retrouva brusquement, dans une chute bruyante, soudainement lâchée par la main la tenant précédemment.

Par toutes les plaques d'Arceus. Voyait-il… Étaient-ils vraiment…

Sous la vidéo, les chiffres s'emballèrent, s'envolèrent en flèches. Likes, commentaires, partages. Alors que, sous ses yeux, plus ouverts encore que sa bouche, Roy poursuivait d'embrasser férocement, sans aucune pudeur, les lèvres de sa glorieuse princesse.

oOo

Le silence était retombé dans le laboratoire. Seul le cliquetis régulier de son stylo sur la feuille de plus en plus décorée de mots résonnait à ses oreilles. Pourtant, dans son esprit, les cris de la foule se poursuivaient, scandant par-dessus l'image de l'interminable baiser une surprise mêlée de joie. Une foule composée de mille voix, d'inconnus. Une foule à laquelle il n'avait pas appartenu, devant à la place se contenter de cette image ridiculement petite et mal cadrée, de ces pixels qui ne sauraient jamais rendre justice au Maître. Et, puérilement, il s'était senti trahi, mis de côté. Bon sang, tout ça à cause de ce surplus de travail que lui avait refilé Sonya sous prétexte que le petit dernier lui prenait trop de temps ! Alors, par contrariété, il avait abandonné l'ouvrage sur un coin de son bureau – et actuellement sous les fesses de l'Indomptables – pour entamer l'ultime tirade de son fond intérieur. Un texte sur lequel il bloquait depuis maintenant presque cinq heures, et pour lequel il venait à peine de retrouver – non, de trouver – l'inspiration. Pile au moment où la protagoniste de ses mots entrait en scène

Foutue coïncidence ! Décidément-

« Arceus m'en veut, maugréa la voix de son amie, formulant la pensée qui traversa son esprit au même instant. »

L'écho fut si fort qu'il incita le chercheur à lever le regard de sa feuille pour le poser sur son amie, et ainsi l'observer réellement pour la première fois depuis son arrivée. Toujours perchée sur le bureau, les paumes pressées contre ses paupières, elle semblait complètement exténuée. Des grains de sable accrochaient encore ses vêtements et ses deux longues tresses brunes. Les manches blanches de sa veste viraient par endroits au marron, là où ses genoux empruntaient une teinte rose due à de récentes écorchures. Comme à son habitude, elle s'était donnée entièrement à la bataille. Pourtant, Gloria demeurait, comme à son habitude, resplendissante. Une peau légèrement bronzée de ses dernières vacances à Alola, un corps gracile qui se refusait à grandir davantage, des rondeurs candides persistantes et d'autres, plus féminines, sculptées par ses indénombrables entraînements.

La fillette rêveuse, qu'il connaissait depuis maintenant plus de dix ans, était devenue une jolie jeune femme. Comblée, épanouie. Indomptable.

Inconsciemment, plus par mécanisme que par réelle intention de la réconforter, Nabil posa une main sur son genou écorché. En réponse, deux perles chocolat se révélèrent doucement derrière les doigts écartés. Une couleur dont il connaissait toutes les variantes, savait interpréter la moindre lueur émotionnelle. Aujourd'hui, la nervosité obscurcissait ses prunelles, le déchirant entre la satisfaction de la savoir regretter ce geste auquel il n'avait pu assister en personne et son besoin viscéral, quasiment inné, de la protéger. Une ambiguïté qui se retrouva dans ses gestes : alors que sa main demeurait pressée contre sa patella, crispée et pourtant chaleureuse, sa langue formula un « Bien fait ! » riche d'amertume affectueuse. Deux mots qui suffirent à abaisser complètement ce mur phalangien les séparant. Ses lèvres devinrent boudeuses, son nez se retroussa par contrariété et ses iris le fusillèrent de leur hauteur.

« Ah parce que c'est de ma faute maintenant ?

- À ce que je sache, il faut être deux pour embrasser. Tu vas pas m'faire croire qu'il t'a sauté dessus.

- Si ! riposta-t-elle, plus efficacement que son Shifours. »

L'amusement chatouilla lentement, dangereusement les cordes vocales du cadet.

« Oui. Bon. Peut-être. »

Sa répartie, habituellement parfaite, menaçait de l'abandonner alors que, face à lui, Gloria patientait, les paupières grandement ouvertes, prête à défendre son arbre à baie de la moindre attaque qu'il aurait pu formuler. Et cette simple vision fut suffisante pour déclencher le rire du scientifique.

« Arrête, ce n'est pas drôle, se plaignit-elle en donnant un coup de genou dans son coude. »

Hélas, cela ne fit au contraire qu'alimenter l'éclat de son ami dont les abdominaux se contractèrent douloureusement. Obligée, sa main quitta ainsi la rotule de son aînée pour se presser contre son ventre tandis que l'autre vint pincer l'arête de son nez.

Sérieusement, était-il possible de lui en vouloir plus de deux minutes ?

Appuyant la pointe de ses bottines contre la partie de l'assise non occupée par les fesses de son éternel rival, Gloria enroula ses avant-bras sous ses cuisses pour les ramener près de sa poitrine. Vu ainsi, elle paraissait presque vulnérable, demoiselle en détresse, frêle poupée de porcelaine. Chose qu'elle demeurait lorsqu'on oubliait, le temps d'une pensée, qu'elle fut celle au cœur suffisamment fort pour dompter celui perdu de la Nuit Norie.

« Ne ris pas, maugréa-t-elle de nouveau en appuyant son menton sur ses genoux, j'ai vraiment besoin de ton aide. »

Mais, pour Gloria, il existait bien des choses pires que la destruction de Galar. Une peur camouflée dans l'ombre de ses victoires, connue exclusivement de ses proches. Et il savait, devinait au timbre particulier qu'empruntait sa voix, la fragile sincérité de cette demande. Aussi, par instinct, il enroula à son tour ses bras autour des mollets de son amie, rapprochant ses jambes de lui pour venir à son tour percher son visage au sommet. Leurs mèches se mêlèrent, créant un rideau bicolore entre leur front. Ses prunelles croisèrent leurs immuables partenaires d'aventure, de rêves, d'exploits, les ramenant tous deux une dizaine d'années en arrière, alors que Paddoxton connaissait un énième jour d'une paisible banalité et pourtant marquée par l'apparition soudaine de cette fillette intrigante. Une dompteuse de dragon effrayée par l'attention de ceux de son espèce. Une glorieuse princesse menaçait par la peur de l'échec.

Sa meilleure amie, la seule et l'unique, pour qui il surmonterait n'importe quel danger.

« Ne crains rien Glory, personne ne te jugera pour ça. Il y a de ça bien longtemps que ce secret aurait dû être révélé. À présent, vous n'avez plus qu'à vivre comme le font tous les couples : ensemble et heureux. »

Il resserra légèrement sa prise autour de ses jambes.

« Personne n'a besoin de la bénédiction de qui que ce soit pour aimer. Personne n'a le droit de juger. »

Lui-même avait commis cette erreur par le passé, en avait voulu à l'opiniâtreté des sentiments de Gloria de poursuivre une silhouette hors de portée, au besoin obsessionnel d'affection de son frère, au cœur égaré de Roy. À lui-même de s'être perdu trop longtemps. Enfants, ils étaient excusables, mais à présent que l'âge adulte les enveloppait, ils n'avaient plus droit de se cacher derrière de naïves peurs, de fausses paroles réconfortantes.

À présent, il fallait accepter de grandir. Aller de l'avant.

Il sut que ses paroles avaient atteint son amie lorsqu'il vit un timide sourire étirer ses lèvres. Vision chaleureuse qui, à elle seule, aurait suffi à stopper des centaines de Nuits Noires. Un sourire qu'il désirait préserver, voir davantage agrandi. Aussi, sûr de lui, il poursuivit d'une voix beaucoup moins solennelle :

« Mais si cela n'est pas suffisant pour toi, j'ai justement là de quoi te sortir de ce pétrin. »

Et, comme il se l'était imaginé, les prunelles de la dresseuse doublèrent d'intérêt. Il retint un pouffement et, s'éloignant d'elle, attrapa la feuille rose sur laquelle il s'était acharné toute l'après-midi. La brandissant fièrement devant lui, prenant garde à ne dévoiler aux yeux curieux que la face vierge, il déclara, toujours aussi confiant :

« Heureusement, j'ai déjà réfléchi à comment soigner votre image face aux médias. Bon, ce n'est pas encore totalement fini, il reste des choses à améliorer mais- Eh ! »

Il éloigna subitement sa main, en réponse à la brusque manifestation de l'intérêt féminin dont les doigts se refermèrent sur le vide précédemment occupé par le brouillon.

« J'ai dit que ce n'était pas encore fini ! gronda-t-il en tapant sur les phalanges impatientes

- Écoute, j'ai passé ma journée à fuir partout pour échapper aux caméras, au point où Plume ne sent même plus ses ailes. J'ai du sable dans les vêtements, la peau collante de sueur, le crâne douloureux, et je ne rêve que d'une seule chose : un bon bain chaud. Alors s'il te plaît, ce n'est pas le moment de te faire cachotier. D'autant que tout ça c'est de ta faute. »

Nabil cligna des yeux, une fois, puis une seconde.

« Je te demande pardon ? En quoi ça serait ma faute ?

- Parfaitement, c'est de ta faute ! Si tu n'avais pas séché le tournoi, on aurait fait équipe ensemble comme convenu et-

- Et vous auriez boudé tous les deux comme d'habitude, compléta-t-il de force. D'autant qu- »

À son tour, il fut coupé, mais pas par la voix de son amie. Des mots s'élevèrent dans le laboratoire, des mots qu'il connaissait par cœur pour les avoir longuement réfléchis, les avoir écrits sur ce papier ridiculement rose, les avoir observés pour juger leur apport dans son récit. Ses propres mots, prononcés dans une autre bouche.

« Tout commença par quelques churros. »

La feuille s'échappa soudainement de ses doigts, tractée sournoisement vers l'arrière. Aussitôt, il lâcha les prunelles chocolat de l'Indomptable et tourna la tête en quête de l'objet dérobé. Il retrouva son brouillon dans une main gantée de noir et d'indigo, qui se poursuivait sur un avant-bras halé décoré d'un poignet Dynamax.

« Un peu de sucre pour panser les peines, poursuivit le nouvel arrivant, aussi doux et moelleux que se veut être un baiser. »

Puis, deux prunelles turquoise se levèrent de son travail pour l'interroger par-dessus, perçantes et moqueuses comme à leur habitude.

« Est-ce une sorte de biographie sur mon illustre personne ?

- C'est pas sur toi, soupira le chercheur. Et puis d'abord, rends-moi ça. »

Joignant le geste à la parole, Nabil récupéra – ou plutôt tenta de récupérer son bien des mains du météorologue. Hélas, même si les années lui avaient octroyé des centimètres supplémentaires, le faisant à présent dépasser Gloria de près d'une tête, et son frère de quelques centimètres, il demeurait toujours aussi petit face aux membres vertigineux du champion. Il lui suffit en effet de lever le bras pour mettre hors de sa portée le précieux document de plus en plus convoité. Il y parvint finalement, avec grande peine, au bout de plusieurs minutes, mais il savait déjà la quasi-totalité du récit lue et analysée par les orbes draconiennes. Et il n'aimait pas ça. N'aimait absolument pas ce sourire de plus en plus large sur ses crocs acérés.

Quoi, était-ce si nul que ça ?

« Tu as écrit un texte pour nous sortir de là ? tenta de comprendre la brune

- Quitte à ce que le monde sache votre histoire, autant qu'elle soit bien racontée, non ? J'en ai tellement bavé pour ça que vous me le devez bien. »

Le happy end pour lequel il s'était ardemment battu ces dernières années. Et ça, personne n'avait le droit de le lui prendre. Ayant grandi entouré de cœurs brisés, Nabil avait placé son dernier espoir, puéril et pourtant vital, dans cette histoire qui devait s'achever heureuse pour qu'il puisse, à son tour, avancer.

Après ce qu'il venait de se passer, les médias rapporteraient sans aucun doute l'événement en masse, et ce au moins jusqu'à la fin de l'année. Ils supposeraient, enrichiraient leurs reportages d'interviews et d'anecdotes arrachés à des personnes qui savaient, mais également à d'autres ignorantes. La Fédération tenterait de son mieux de calmer l'affaire afin d'éviter les débordements, comme ce fut le cas deux ans plus tôt lorsque Sophora et Saturnin s'étaient séparés pour la seconde fois. Tarak serait au-devant des micros pour expliquer la situation et, connaissant son frère, il prononcerait un long discours, composé de grands mots et de louanges régionales, qui parviendrait à endormir quelque peu les questions des journalistes. Mais, dans tout cela, aucun ne rendrait suffisamment justice à cette histoire pour laquelle il avait sué âme et sang durant des années. Sauraient-ils, tous, l'amour débordant que Gloria éprouvait depuis son plus jeune âge pour le plus féroce des champions ? Connaîtraient-ils les intarissables larmes versées ? Les peines ressenties inutilement ? Parviendraient-ils à voir au-delà du couple iconique et médiatique ? Au-delà du Maître et du populaire dragon de Galar ?

Le happy end qu'il avait toujours désiré pour sa précieuse amie ?

« Alors nous pourrons sauver le pauvre dragon des griffes du terrible chevalier ? »

Le silence retomba dans la salle, pour la énième fois. Mais, contrairement à ses prédécesseurs, il se montra bref. Car quittant son perchoir, Gloria vint enrouler ses bras autour de son cou, l'enlaçant par-derrière dans une étreinte chaude, fraternelle. Un « merci » fut murmuré contre son épaule, petit et pourtant empli de sentiments divers et forts. Le merci d'une petite sœur consolée pour la énième fois par son grand frère. Le merci d'une guerrière, partie trop longtemps au front, offrant sa gratitude à l'intendant ayant veillé sur ses biens.

Le merci de sa meilleure amie.

Elle s'éloigna ensuite, s'en chercher à lire davantage de la feuille, lui offrant sa pleine confiance pour le contenu qui servirait à couvrir la bêtise de son dragon. Un geste grand pour la curieuse irrécupérable qu'elle était. Elle alla ensuite près de Roy qui la cueillit aussitôt entre ses biceps développés et pressa un baiser contre sa tempe brune. Elle maugréa quelque chose en réponse, visiblement encore déchirée entre la contrariété engendrée par la spontanéité du champion et l'affection immuable qu'elle lui portait. Une affection sans failles qui avait déjà pardonné bien des erreurs, bon nombre de bêtises. Nabil eut un faible sourire en repensant à la chasse, trois ans plus tôt, d'un Mucuscule chromatique dans les Terres Sauvages. Une quête durant laquelle la « Dream Team » avait enchaîné les antres Dynamax à la recherche de l'individu à la colorimétrie rare. Une quête qui avait duré des heures, sous la pluie battante du lac Ouragan, avant qu'ils ne le trouvent enfin, engendrant la joie débordante du météorologue dont les baisers, soudains et profonds, avaient à leur tour littéralement embrasé le ciel de Galar. Répétant, à plus grande échelle, l'accident d'Isolarmure. Roy avait ri, Gloria avait crié, laissant soupirer, tandis qu'ils se bagarraient sous les trombes d'eau glaçantes, Peterson et lui complètement dépités.

Heureusement, depuis, la dresseuse était parvenue à contrôler ses émotions face aux attaques soudaines de son amant, évitant ainsi bon nombre de débordement. Hormis celui-ci visiblement.

Oui, pensait Nabil en observant ces deux-là converser dans une langue qui n'appartenait qu'à eux, le public méritait définitivement de connaître cette part de leur Maître, aussi humaine qu'attachante.

« En fait Nabil, ta mère nous attend pour dîner, déclara le champion après avoir vénéré du bout de ses lèvres chaque parcelle du visage féminin. Ce soir, c'est fish and chips. Et, si j'en crois l'odeur qui embaume tout le village, il y aura un délicieux crumble aux pommes pour le dessert.

- Je présume que tu t'es fait inviter, lâcha sa partenaire en levant les yeux vers lui, amusée.

- Est-ce de ma faute si mon charisme touche également les quinquagénaires ? »

Elle rit de bon cœur. Puis, embrassant la joue de son compagnon et saluant son amie d'enfance, elle leur donna rendez-vous pour le dîner et quitta en premier le laboratoire, prétextant devoir d'abord passer chez elle pour « enfin prendre une bonne douche ». Sniffi lui emboîta le pas, rapidement suivie par Flame qui, visiblement, n'avait pas suffisamment joué avec son ancienne rivale. Les laissant ainsi seuls entre hommes, lui tenant toujours son brouillon pressé contre sa cuisse et Roy, les bras croisés sur son torse, l'observant lui. Puis, après ce qui sembla être des minutes d'analyse, de réflexion, le champion reprit enfin la parole, entamant exactement le sujet auquel s'était attendu son cadet au départ de la brunette.

« Comment sais-tu pour les churros ? De manière général, comment sais-tu pour… plein de choses ? rajouta-t-il avant même qu'il ne puisse ouvrir la bouche pour répondre

- Gloria est mon amie. Elle me raconte des choses, je suppose. »

Sa voix sonnait à son oreille comme peu assurée par ses propres mots. Ce n'était pas totalement faux, mais ce n'était pas totalement vrai non plus. Il était juste observateur, avait appris à détecter dans les infimes variations d'humeur de son amie les événements récents ayant eu lieu.

Si Roy parut peu convaincu par son explication, il n'en perdit pour autant pas son sourire acéré.

« Je vois. Une bonne chose. Mais… »

Il s'avança d'un pas pour poser une main sur l'épaule de son cadet.

« Si tu veux mon avis, le passage des galeries Monte-Pic ferait mieux de rester entre nous. »

Oh. Il avait lu jusque-là. Vers ce fameux incident ayant achevé le rapprochement entre ces deux-là et dont Gloria avait refusé, même des années après, à rapporter le moindre détail. Le laissant seul avec ses interprétations. Dans l'ignorance des secrets renfermés dans les souterrains gelés de cette pente vertigineuse.

« Bref, sur ce, je vais moi aussi prendre une douche, déclara l'aîné en pandiculant mollement.

- En espérant qu'elle ne vide pas le ballon d'eau chaude pour se venger, rit Nabil. »

L'éclat rebondit dans les turquoises oculaires qui s'illuminèrent d'un amusement sournois.

« Dans ce cas, il me suffit d'arriver avant qu'elle ait fini.

- Elle va crier.

- Je sais, mais j'adore quand elle prononce mon nom. »

Le sous-entendu fit lever les yeux du chercheur au ciel, avant que son rire ne retentisse de plus belle contre les hautes baies vitrées. Il nota dans un coin de son esprit de couvrir les deux lurons pour leur retard anticipé au repas. Après une journée aussi riche en émotions, il ne doutait pas qu'ils aient besoin de discuter, de se retrouver, chose que n'avait sans aucun doute pas permis leur soudaine fuite au travers de Galar pour échapper aux caméras et leurs interminables questions.

Roy quitta à son tour le laboratoire et, après s'être assuré que tout était bien fermé, Nabil l'imita un quart d'heure plus tard. Entamant le trajet séparant le bâtiment de sa demeure, il ne fut pas surpris de croiser en chemin les deux starters partis plus tôt avec le Maître, devina sans peine, derrière leur discussion tranquille, l'officieuse raison de leur fuite de la maison. Il comprenait. À leur place, il aurait fait de même.

Alors qu'il traversait avec eux Brasswick, puis les pâturages enveloppant Paddoxton dans un écrin de verdure, le chercheur eut une soudaine envie irrésistible d'entendre une voix, de retrouver ce rire familier qui commençait à lui manquer. Cela faisait des jours à présent qu'il travaillait sans cesse, rentrant à peine chez lui pour récupérer de quoi se sustenter, quand ce n'était pas une personne externe qui venait lui apporter. Perdu dans les formules chimiques et le code génétique, il en avait complètement oublié le message reçu la veille. Un message auquel il n'avait pas répondu, remettant à plus tard sans jamais y revenir. Sortant son Motismart de sa poche, Nabil composa le numéro qu'il connaissait à présent par cœur. Les tonalités se succédèrent dans la quiétude locale, lente torture auditive qu'il crut un instant de mauvais augure. Pourtant, au bout de la cinquième, l'interlocuteur décrocha enfin, et sur l'écran apparu une tignasse sombre à la frange indisciplinée, puis ce visage familier qui le salua d'un tendre « Hey ! », comme s'ils s'étaient quittés quelques heures plus tôt. Puis, tandis que le scientifique poursuivait sa route, ils bavardèrent, de tout, de rien, l'appareil flottant à ses côtés comme si le jeune homme se baladait avec lui sur les terres l'ayant vu grandir. Et c'était agréable.

« J'ai appris pour le Maître, confia son interlocuteur après un moment. Comment va-t-elle ?

- Elle va s'en remettre, elle est plus forte que tout ça. Et puis, elle a Roy.

- Et elle t'a toi, sa marraine la bonne fée. »

Son sourire s'élargit faiblement à l'écoute de la métaphore. Lui, une bonne fée ? Peut-être bien. L'idée en tout cas ne lui déplaisait pas. Et il aimait à se convaincre que, même si la fin heureuse dont il avait toujours rêvé pour son amie arrivait enfin, elle ne serait qu'une porte ouverte pour une histoire prochaine. Une histoire dans laquelle il conserverait un rôle.

Car, il était une fois, une princesse guerrière qui rêvait de sauver un dragon des griffes du terrible chevalier. L'histoire d'un dragon au cœur voué à être brisé, rêvant de se faire apprivoiser. L'histoire de larmes versées et d'âmes perdues. Mais, heureusement, la bonne fée avait dans ses poches suffisamment de mouchoirs et de scotch, de patience et de volonté pour arranger tout ça. Et, à présent que tout le monde vécu heureux, que l'amour triompherait dans le futur sans erreur, il était temps pour lui de se battre pour un tout autre happy end.

« Ça te dirait de manger fish and chips ce soir ? Ma mère fait le meilleur plat de la région. »

Le sien.


Et voilà !

Alors, comment avez-vous trouvé ce petit chapitre qui "n'apporte pas grand chose mais qui est sympa à lire" comme dirait ma beta ? XD N'hésitez pas à partager votre propre point de vue sur cette histoire. Si vous êtes sages, je vous raconterais peut-être un jour ce qui s'est passé dans les galeries Monte-Pic ;)

En attendant, je vous laisse avec ce petit bonus que j'ai griffonné en parallèle pour débloquer mon inspiration (je grifonne trop c'est affreux XD) et je vous dis à très vite pour le final :3

Prenez soin de vous !


La foule acclamait les deux victorieux, scandaient fiévreusement leurs noms dans le stade. Tous s'étaient attendus à ce résultat, et pourtant la clameur s'échappait de chaque bouche ouverte pour résonner en cœur au travers des caméras. À l'écart de ces dernières, suivant le direct sur son Motismart pour s'assurer de la bonne retransmission de l'événement, Tarak pouvait sentir jusqu'entre ses doigts les gradins trembler, gronder d'excitation. L'image était bonne, bien que brouillée par la tempête de sable déclenchée un peu plus tôt par le Duralugon du champion. Il se tenait là, adonis hâlé, un sourire acéré et ravageur sur ses lèvres, les turquoises oculaires luisant de cette flamme intarissable. Une flamme qu'il avait lui-même allumé autrefois, de bien des manières, avant de la voir agoniser dans l'ombre des secrets, dans la chaleur de leurs mensonges. Une flamme qu'il avait vu renaître, s'enhardir, proliférer, jusqu'à devenir un brasier plus ardent encore que les rayons solaires d'Isolarmure. Tout cela grâce à cette petite tête qui se tenait aujourd'hui encore à ses côtés, couvée par la bienveillance de son dragon, tel le trésor qu'il avait toujours recherché. L'Indomptable, la glorieuse princesse. Moins à l'aise que son partenaire improvisé, la dresseuse se contentait de secouer timidement la main pour saluer les gradins. Une main si petite qui avait déjà réalisé bon nombre d'exploits, bon nombre de miracles.

« Regarde-les ces deux, déclara soudainement une voix à ses côtés. »

Détournant momentanément son attention de l'appareil, Tarak observa son ancien rival venu le rejoindre. Le dos voûté comme à son habitude et le visage éclairé d'une affection fraternelle, Peterson gratifiait également ses récents adversaires de quelques applaudissements, l'amertume de la défaite déjà mise de côté.

« Contrairement à ce que tu craignais, il ne s'est rien passé, poursuivit-il. Et, si j'en juge ce que j'entends, les fans sont tout aussi comblés.

- Je dois admettre que tu avais raison, soupira l'ancien Maître en scrollant la section commentaire dont l'onglet vint recouvrir la vidéo. »

Tout autant que le public, les stickers et les hachtags hurlaient en direct le bonheur de la communauté. Visiblement, cela faisait des années que le public attendait de retrouver ce duo concourir ensemble au tournoi des Stars de Galar. Leur prière entendue, et la victoire empochée, offrant une finale mémorable face aux deux dresseurs de Smatching, les fans semblaient à présent comblés pour des années. Les médias auraient de quoi discuter les prochaines semaines, au moins jusqu'au tournoi de fin d'année. Ils allaient enfin pouvoir tous souffler un bon coup, et plus particulièrement lui. La paperasse s'amassait perpétuellement sur son bureau, les anciens de la Fédération poursuivaient d'enchaîner d'inutiles réunions soi-disant stratégiques, et les pleurs nocturnes de sa petite dernière rendaient son sommeil quasi inexistant. Il avait besoin d'une pause, prendrait ces quelques jours pour se reposer, oublier, le temps d'une sieste, organigrammes et sessions de questions.

Un métier qui lui plaisait, mais qui n'en restait pas moins chronophage.

Le sticker d'un Ouistempo affolé attira soudainement son attention, faisant stopper son doigt sur l'écran. « OMA ! » - Oh mon Arceus ! - lut-il en dessous. D'autres Pokémon choqués, les étoiles plein les yeux, la bouche en cœur, sautillant d'excitation s'enchaînèrent dans les messages suivants, remplaçant très vite la joyeuse satisfaction par… Eh bien, il n'aurait su comment décrire cet émoi se propageant progressivement. Ce ne fut que lorsqu'il perçut les cris de la foule, transformés en sifflements admiratifs, et qu'il sentit la main de Peterson se poser sur son épaule qu'il se décida à lâcher les commentaires du regard pour relever ce dernier vers le terrain de combat.

Et il regretta presque aussitôt.

Vit son rêve de repos se briser en morceaux, percuté de plein fouet par une vision à laquelle il ne s'attendait pas.

Roy était quelqu'un de social, éternellement affable. Il aimait les projecteurs et les louages, chatouiller les scandales pour qu'on parle de lui durant des semaines. Un côté excentrique de son meilleur ami dont Tarak s'était toujours amusé. Jusqu'à ce jour.

Il lui faudrait des mois pour étouffer cette affaire, ce presque rien auquel tout Galar était en train d'assister. Et alors que le dragon poursuivait d'happer les lèvres de sa princesse sous une pluie d'acclamations plus bruyante que la précédente, l'actuel directeur de la Fédération réfléchissait déjà comment gérer cette nouvelle crise qui le ferait louper une nouvelle fois le déjeuner.

« Tu disais ? »


Chu ~