Pendant deux semaines, Hinata n'était pas venu à l'école. Alors bien évidemment toute l'équipe de Karasuno s'était inquiétée. Surtout après ce qu'il s'était passé au match contre Kamomedai, ils espéraient tous que leur petit feinteur allait bien.

De tous les messages qu'ils lui avaient envoyé, seul Kageyama avait eu une réponse. Un simple : "je vais bien, je reviens dès que possible." et c'était tout, rien d'autre pendant quatorze jours.

Quatorze long jours de silence et d'angoisse pour l'équipe. Puis le numéro dix était revenu comme une fleur sans donner la moindre explication sur son absence.

Personne à Karasuno n'avait eu envie d'amener le sujet.

Parce qu'avant sa disparition soudaine, le rouquin n'allait pas bien, ils l'avaient remarqué mais n'avaient pas su quoi faire, ni ce qui en était la cause. Était-ce à cause de leur défaite à l'inter-lycée ? Ou totalement autre chose ?

Depuis son retour, Hinata était mieux, semblait mieux. De nouveau souriant, amical, joyeux, énergique, comme avant. Et Kinoshita espérait que ce n'était pas qu'une façade.

Le deuxième année avait porté un masque pendant presque un an et il ne souhaitait ça à personne. Il s'était sentit faux et vide pendant si longtemps, il ne voulait pas que son cadet connaisse la même chose.

À la fin d'un entraînement, le jeune aux cheveux châtain approcha du groupe de première année. Il avait rassemblé tout son courage pour oser interrompre ses cadets. Il était beaucoup moins intimidé par Tanaka et Nishinoya que par eux.

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-Hinata, est-ce. . . commença l'attaquant, il inspira profondément. Est-ce qu'on peut parler cinq minutes ? Seul à seul ?

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Kinoshita était certain qu'il tremblait, et tentait au possible de cacher son malaise. Après un instant de silence, le rouquin se leva et lui sourit gentiment.

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-Bien sûr. On se voit plus tard, les gars ! Salua le plus petit avant de partir vers l'extérieur entraînant au passage son aîné.

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Il n'était pas encore tard mais il faisait déjà noir dehors, normal pour un mois de février. Il faisait encore frisquet et le plus grand était toujours impressionné de voir le numéro dix faire ses trajets en bicyclette avec ce froid. Pourtant ça collait parfaitement avec la détermination du plus jeune.

Les deux lycéens se changèrent rapidement avant de s'éloigner de l'école. Ils avançaient ensemble, Hinata tirant son vélo à côté de lui.

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-De quoi tu voulais parler ?

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Prenant, de nouveau, une grande inspiration pour se donner courage, Hisashi sentait sa gorge devenir sèche. Il avait beau bientôt entrer en dernière année, il n'était habitué au discours de sempaï.

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-Tu sais que si quelque chose te tracasse, n'importe quoi, vraiment, tu peux en parler, déclara maladroitement le châtain. Ah, hum, pas forcément à moi. Toute l'équipe est prête à t'écouter et sûrement plein d'autres de tes amis.

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Kinoshita commençait à s'emmêler les pinceaux, il devait aller à l'essentiel avant de perdre de vue son objectif.

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-Ce que je veux dire, c'est que tu n'es pas seul ! N'aie pas peur de te confier à nous, continua l'ailier en feignant de l'assurance. Je veux t'encourager et pas uniquement quand tu es sur le terrain.

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Il rougit à sa propre réplique. Woaw, dire ça à voix haute était bien plus embarrassant que ce qu'il avait prévu. Il voulait disparaître dans un trou et ne jamais en ressortir.

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-Merci.

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Puis pendant un court moment, il n'y eut que le bruit de leurs pas, celui du vélo et du vent. C'était assez gênant, pourtant ils continuaient à marcher sans un mot.

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-Je. . . C'est pas que je veux pas en parler, commença le plus jeune d'une voix si faible que Hisashi avait presque cru qu'il n'avait rien dit. Je sais juste pas quoi dire, ni par où commencer.

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Discrètement, le plus âgé jeta un coup d'œil à son coéquipier. Ce dernier regardait ses pieds, les épaules basses, tout dans son attitude transpirait le malheur. Kinoshita n'aimait pas ça, il aimait le Shoyo énergique et bruyant qui transmettait sa joie de vivre d'un simple sourire.

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-Commence par le début. Je t'écouterai, assura le châtain avec une douce expression.

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Le feinteur releva la tête et le dévisagea avant de laisser un sourire s'étendre sur ses lèvres.

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-D'accord mais ça risque d'être long, prévenu le rouquin d'un ton léger.

-Je paie les snacks.

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Un petit rire échappa au première année puis les deux lycéens passèrent à un konbini avant de s'installer sur un banc dans un square désert.

Le numéro sept des corbeaux prenait des petites bouchées de son pain fourré à la viande appréciant la chaleur qui s'en dégageait.

Depuis qu'ils s'étaient assis, aucun des deux n'avait parlé. Hisashi ne voulait pas que son cadet se sente obliger de lui parler, il ne voulait en aucun cas le forcer.

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-J'ai remarqué que quelque chose n'allait pas vers la fin de l'été. Ça m'a frappé d'un coup, lorsque je suis rentré de l'entraînement et qu'il n'y avait personne chez moi.

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Hinata fixait son pain qu'il avait à peine entamé. Sa voix essayait d'être forte et détachée mais le plus grand sentait les faibles tremblements qui la parcouraient, elle pouvait se briser à tout instant.

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-Il arrivait que ni ma sœur ni ma mère ne soient là. Cependant, quand ça arrivait, c'était prévu ou j'avais au moins un mot d'explication. Là, rien. Même pas un sms.

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Le plus jeune prit une bouchée de son casse-croûte. Il prit son temps pour l'avaler, peut-être pour retarder l'instant où il devait vraiment parler de ce qui le tracassait.

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-J'aurais dû m'en inquiéter sur le moment mais j'étais épuisé. Je ne voulais pas le voir. Puis ça s'est reproduit, une, deux, trois fois. C'était presque normal de rentrer dans une maison vide. Pour moi, ça ne l'avait jamais été avant.

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Pour tenter de soutenir un peu son cadet, Kinoshita plaça sa main dans le dos de celui-ci. Il fit ensuite de petits ronds comme ceux que sa maman lui faisait lorsque, petit, il se sentait mal.

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-La seconde chose que j'ai remarqué, reprit Hinata avec un soupir. C'était l'augmentation des médicaments à la maison. Il y avait des dizaines de boîtes différentes avec des noms dont j'avais jamais entendu parler. Genre Nexavar ou Votrient.

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Le châtain ne savait pas non plus ce que traitait ses médicaments, il n'était pas vraiment familier avec l'univers médical.

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-Bien sûr, je lui ai demandé ce que c'était. Elle m'a juste dit qu'elle était fatiguée, que c'était pour l'aider à mieux dormir. Je l'ai cru. Elle mentait.

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Une nouvelle pause et pour la première fois depuis le début de leur conversation, Hinata porta son regard sur son coéquipier. Celui-ci pu y lire tout le désarroi, la colère et la déception de son interlocuteur.

Cette histoire avait probablement changé le plus jeune, peut-être même brisé, détruit. Puis le regard du roux s'adoucit, il se mordit la lèvre inférieure, il avait compris il y a un moment les raisons de sa mère.

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-Je ne l'aurais jamais su, d'ailleurs, si elle n'avait pas été clouée au lit pendant une semaine.

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Les yeux de Shoyo repartirent fixe un point inexistant dans le paysage alors qu'il reprenait son histoire.

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-Je voulais la soulager un peu en allant chercher ses médicaments et en profiter pour acheter un cadeau pour Natsu.

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Il sourit instinctivement en évoquant sa sœur et Hisashi sourit aussi. La fratrie devait être très proche, c'était sûrement rassurant d'avoir quelqu'un sur qui compter ou pour qui se relever.

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-Natsu passait beaucoup de temps chez ses amies et on se voyait si peu. Je voulais vraiment lui faire plaisir, j'ai passé une bonne heure à choisir son cadeau. C'était des genouillères, elle les a adoré.

-J'en suis sûr. Tu es un bon grand-frère, intervient le plus grand.

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Shoyo ne répondit au compliment qu'avec un pauvre signe de tête. Son sourire disparu alors qu'il poursuivait son récit.

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-Le troisième "indice" que j'ai eu a été le regard de la pharmacienne quand elle m'a remis le sachet avec les boîtes de pilules. Elle ne m'a rien dit mais elle avait l'air si désolée. Ses yeux disaient clairement : "Oh non, il est si jeune et doit déjà traverser une épreuve si dure".

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L'expression de Kinoshita trahissait la compassion qu'il avait pour son cadet.

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-Je ne comprenais pas pourquoi elle me prenait en pitié comme tu le fais maintenant.

-D-Désolé, bégaya le plus grand.

-Tu n'as pas à l'être. Je vais bien. . . Ça ira, affirma le rouquin en adressant un regard déterminé à l'autre garçon. J'ai confronté ma mère et on s'est disputé. Pendant plusieurs jours, j'ai fait n'importe quoi. Je trainais tard dans les rues, parfois je ne rentrais même pas chez moi. Puis, j'ai craqué.

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Le châtain n'hésita pas une seconde à enlacer le numéro dix, fort, aussi fort qu'il le pouvait. Il n'avait pas imaginé que le plus jeune gardait pour lui un tel fardeau.

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-Je vais mieux, je m'en suis remis maintenant.

-Sûr ? s'inquiéta l'ailier, certain qu'on ne se remettait pas si facilement de ce qu'avait vécu l'autre.

-C'est, au minimum, en cours. Mais ça ira, répéta le rouquin. Je ne suis pas seul et ma mère non plus.

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Inspirant profondément, il redressa la tête et fixa son aîné. Ils étaient plus proches à cause de l'embrassade mais ça n'avait pas l'air de déranger Shoyo.

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-Elle a un cancer du foie et du rein, annonça-t-il la voix faussement ferme. Stade avancé, elle n'avait pas d'autre choix que l'opération. Mais elle ne voulait pas nous laisser seuls, Natsu et moi.

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De nouveau, le regard du plus jeune se défila. Ensuite il posa son front contre l'épaule du deuxième année et celui-ci resserra son étreinte.

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-Elle a cherché d'autres docteurs pour d'autres avis, d'autres solutions. Ils lui ont tous dit la même chose. Il faut opérer et au plus vite mais faisons d'abord d'autres biopsies pour être sûr et certain.

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Le ton d'Hinata était moqueur. Hisashi comprenait, ces gens les pressaient et osaient leur demander de patienter encore un peu. Contradictoire. Stupide.

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-On attendait les derniers résultats pour fixer la date de l'opération et maman cherchait qui pourrait nous accueillir. On a pas beaucoup de famille par ici. À vrai dire, ma mère est fille unique, ses parents sont morts et on ne parle pas de mon père. . .

-Désolé de l'apprendre.

-Ne t'en fais pas, c'était il y a longtemps. Je ne me souviens même plus de leurs visages, expliqua le roux d'une voix détachée. Bref, ma mère cherchait mais elle n'a pas eu le temps de trouver. Son cancer l'a rattrapé, ils l'ont opéré en urgence et Natsu et moi avons dû trouver quelqu'un chez qui aller.

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Shoyo finit par répondre au câlin de son coéquipier en passant ses bras autour du torse de l'autre garçon. Il s'accrocha à la veste du plus âgé comme si sa vie en dépendait.

Ce dernier était un peu désemparé par les confessions du central. Ça n'avait pas été un moment facile pour le première année.

Mais surtout, il s'en voulait de ne pas avoir remarqué la situation d'Hinata. Comment a-t-il fait pour rester aveugle à ce point aux problèmes de l'autre garçon ? Comment personne dans l'équipe n'a pu le remarquer ?

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-Ils nous ont trouvé une tante dans la préfecture de Hyōgo. On nous y a emmené et apparemment, elle ignorait aussi notre existence, continua le feinteur avant de pouffer faiblement. Maintenant que j'y repense, c'était très comique comme scène.

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Kinoshita pouvait très bien visualiser ce qui s'était passé et c'était certainement drôle, avec le recul.

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-On est resté là-bas pendant deux semaines. Le temps que ma tante s'organise pour venir ici. Entre-temps, ma mère a commencé sa chimio. Elle n'est pas encore au bout du tunnel mais on commence à voir la lumière et ça fait du bien.

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Hinata se détacha de son aîné et c'était à contre-cœur de ce dernier le laissa s'éloigner. Il voulait faire plus, tellement plus pour aider, conforter l'autre.

Malgré les larmes séchées sur les joues de Shoyo, il avait l'air plus apaisé, serein. Il prit les mains du numéro sept dans les siennes et Hisashi apprécia la chaleur qui s'en dégageait.

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-Merci de m'avoir écouté, sourit le plus petit.

-De rien. Je suis content que tu m'ai parlé. Ça n'a pas dû être simple pour toi mais je. . . Je serais là. L'é-l'équipe aussi. Si tu as besoin, on fera tout ce qu'on peut pour t'aider.

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Shoyo lui sourit et le châtain sentit son rythme cardiaque accéléré. Il était certain aussi d'avoir les joues rouges, il détourna les yeux du lycéen devant lui.

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-Il est tard, on ferait mieux de rentrer, suggéra le numéro dix.

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Distraitement, l'ailier acquiesça et d'un geste, ils se levèrent du banc sans délier leurs mains. Hisashi savait qu'il devait lâcher la main du plus jeune mais il n'en avait aucune envie.

Hinata finit par s'éloigner séparant par la même occasion leurs mains. Il récupéra son vélo avant de revenir à côté de son coéquipier.

Au grand bonheur de ce dernier, Hinata remis sa main dans la sienne et ils avancèrent comme ça jusqu'à ce que leur chemin les sépare.

- Jour 11 - Fin -