Chapitre 8

Courir après une nana en talons aiguilles semblait plus facile à dire qu'à faire. Je pense que Nicole avait senti que quelqu'un était à ses trousses parce qu'elle avançait dans la rue à vive allure. Ou alors elle fuyait quelque chose de plus dangereux que nous. Nous essayons de ne pas nous faire remarquer et j'avais agrippé le bras de Quincy tandis que Tim était derrière nous, marchant tranquillement et comme si de rien n'était.

Nous n'avancions pas assez vite. Le quartier Non-Maj' dans lequel nous étions était bondé de monde. Je maudis tous ces gens qui entravaient nos mouvements. Bientôt, je perdis la chevelure blonde de notre suspecte et je jurai dans ma barbe. Je l'avais sous les yeux !

« On l'a perdue, murmurai-je en scrutant désespérément la foule.

— Là-bas ! répondit Tim en arrivant derrière nous et en prenant la marche. »

J'avais beau m'être gentiment moquée de sa petite taille, il fallait croire que sa vue était meilleure que la nôtre. Je remerciai silencieusement Weasley pour m'avoir fait suivre un entraînement accéléré. Je n'aurais jamais pu suivre le rythme de notre course-poursuite sans nos exercices. Je m'abstiendrais de contester ses ordres la prochaine fois.

Nicole s'était engagée dans une ruelle sombre et dont on avait peine à distinguer quoi que ce soit. On l'entendait parler à quelqu'un et sa voix était tremblante. Elle avait peur. Mais de quoi ?

« Mrs. Taylor, susurra une voix qu'il me semblait connaître. »

Il s'agissait d'un homme. Nous étions trop loin pour voir son visage mais sa silhouette indiquait qu'elle avait affaire à une personne grande et élancée. Il était habillé tout en noir et il portait un chapeau.

« Je vous en prie, ne me faîte pas de mal, supplia-t-elle.

— Je vous avais donné une mission, Nicole…

— Je recommencerai ! Mes calculs n'étaient pas bons mais je suis sûre que si vous me laissiez le temps de…

— Je vous ai donné tout ce que vous demandiez ! hurla l'homme en la coupant. La potion est toujours au point mort ! »

Elle sanglota et murmura des paroles incompréhensibles. Qui pouvait bien être ce type pour lui faire autant peur, nom de Merlin ? Je vis Tim lancer un sort de protection autour de nous. L'étranger ne pouvait pas nous attaquer par surprise à moins de briser nos défenses. Je me sentais dénudée sans baguette magique et sans pouvoir. Autrefois, je n'aurais jamais eu besoin de compter sur une personne extérieure pour me tirer d'une mauvaise passe.

« Je n'ai plus besoin de vous, Nicole Taylor, fit tout à coup l'homme.

— Non, pleura-t-elle. Vous aviez promis… vous aviez promis de redonner ses pouvoirs à ma sœur…

— Eh bien j'ai menti, répondit-il froidement. »

Je fis signe à Tim que c'était le moment d'intervenir mais l'inconnu fut plus rapide. Il leva sa baguette magique en direction de la sorcière.

« Avada Kedavra, lança-t-il.

— NOOOON ! hurlai-je. »

Le sort toucha de plein fouet la blonde tandis que le tueur se tournait vers nous avec rapidité. Il jura, surpris de nous trouver-là mais il se reprit rapidement avant de lancer un sort dans notre direction aussitôt bloqué par le bouclier de Tim.

« Plus un geste ! prévins-je. Sur ordre du MACUSA, vous êtes en état d'arrestation. »

Je crus voir un sourire se dessiner sur les lèvres de l'homme.

« Je ne crois pas Ms. Parkinson, détrompa-t-il. »

Puis il transplana nous laissant dans cette ruelle, avec un cadavre sur les bras. La soirée était un désastre. J'avais failli à ma tâche et je me sentais misérable.

« Je vais surveiller le périmètre, fit Tim en lançant un Patronus pour prévenir le bureau des Aurors. »

Notre coéquipier disparut dans un pop et je sus qu'il allait couvrir toute la ruelle. Quincy, le visage sombre, avait sorti son arme au cas-où quelqu'un d'autre viendrait nous attaquer. Je m'approchai du corps de Nicole. Sa robe rouge faisait ressortir son teint blafard et ses cheveux blonds étaient éparpillés sur le sol. Je ressentis un élan de tristesse. Ça n'aurait jamais dû se finir comme ça. J'ignorais qu'elle était poursuivie par quelqu'un d'autre et si j'avais compris à temps, je l'aurais faite évacuer pour sa sécurité.

Je m'accroupis à ses côtés pour remettre en place une mèche de ses cheveux dorés. C'était une très belle femme, bien trop jeune pour mourir. Je n'avais pas prévu de revoir un sorcier utiliser le sortilège interdit. Je pensais que la guerre était loin, que le bien avait gagné. Mais bordel, on ne vivait pas dans un conte pour les gosses. Et même si Voldemort avait été détruit, ça ne signifiait pas que les gens mauvais n'allaient pas continuer à s'attaquer aux autres.

Je me redressai, contemplant le corps sans vie de notre ancienne suspecte.

« Quincy ? appelai-je.

— Oui, Mediator ?

— Il faudra retourner chez elle avant que toute preuve ne soit perdue, expliquai-je en tournant les yeux vers lui. Je ne sais pas ce qu'elle faisait avec ce type mais ils préparaient tous les deux quelque chose et ça n'a pas fonctionné. Il voulait se débarrasser d'elle parce qu'elle était un témoin.

— Compris, acquiesça-t-il en sortant son portable sa poche. Je vais envoyer une équipe de la NYPD surveiller la maison.

— Et moi je vais demander au MACUSA de la protéger avec des sorts. L'homme de ce soir ne doit pas y foutre les pieds. »

Sa voix ne m'avait pas été inconnue et je pense qu'il me connaissait de vue. Cette situation avait quelque chose de morbide. Ne pas savoir à qui mon équipe s'opposait me rendait folle.

« Pansy, m'appela-t-on. »

Je fus heureuse de reconnaître les traits fins de Claire Patil. Elle arborait un air soucieux. Cela faisait des jours que je ne l'avais pas vue. Je remarquai des égratignures sur son front.

« Claire, qui t'a fait ça ? demandai-je en fronçant les sourcils.

— Moi-même, répondit-elle. J'ai fait une mauvaise chute en essayant de rattraper un criminel. »

Je hochai la tête, ma paranoïa étouffée par ses paroles réconfortantes.

« Tu trembles, murmura-t-elle en prenant ma main dans la sienne. »

Je ne répondis pas. Je crois que j'étais un peu sous le choc de cette soirée. Toute la tension retombait d'un coup. J'observai les Aurors venus avec Claire emporter le corps de Nicole. Ils étaient arrivés pour nous prêter main forte.

« Tu as une idée de qui pourrait être le tueur ? m'interrogea-t-elle.

— Il faisait trop sombre pour distinguer ses traits, avouai-je. Mais sa voix me disait quelque chose et il m'a reconnue.

— Ta couverture est foutue alors, supposa-t-elle. »

Je fis non de la tête.

« Je ne pense pas qu'il sache que je suis le Mediator, expliquai-je. Il doit se dire que je suis juste un renfort du bureau des Aurors. Je n'ai pas de pouvoirs magiques et pour l'opinion publique, jamais le MACUSA ne m'aurait choisie pour ce poste. »

Elle me fit signe que mon raisonnement tenait la route.

« Fais attention à toi, Parkinson, me conseilla-t-elle. Tu es notre meilleur atout dans cette affaire. »

Je fus touchée par sa sincérité même si je doutais être leur meilleure arme.

« Et ta mission ? m'enquis-je.

— Ecourtée, avoua-t-elle. On bosse avec Ron sur un cas de trafic de sorcières. C'est une sombre affaire. Il nous a demandé de venir vous seconder ce soir.

— Où est-il ?

— Reparti traquer ces salopards. »

Cela expliquait pourquoi ni l'un ni l'autre n'avait pu donner de signe de vie ces derniers temps. Je tentai de dissimuler mon inquiétude du mieux que je pouvais. Pour le moment, je ne pouvais rien faire pour les aider. J'avais ma propre enquête à mener et j'avais plus l'impression d'être un poids dans celle-ci. Puis Ronald Weasley n'avait certainement pas besoin de moi.

« Mediator ? coupa soudain Greg Limus. »

J'haussai un sourcil inquisiteur en voyant ce qu'il me tendait dans sa main gantée. Il s'agissait d'une petite fiole remplie d'un liquide violet. Il indiqua qu'il l'avait trouvée près du cadavre de Nicole. Finalement, on avait peut-être quelque chose qui pourrait nous avancer dans cette histoire.

En tant que Mediator, je dus rédiger un rapport sur un parchemin et l'envoyer à Hortensia Dale, la Directrice de la Sécurité Magique. Tous mes rapports étaient archivés au Département des Enquêtes prioritaires. Il s'agissait d'évaluer nos progrès et de tisser des liens avec d'autres affaires en cours. Je savais que Weasley y jetait un coup d'œil de temps en temps, de même que Samuel Quahog. Je n'avais pas encore eu de réunion officielle pour décider de mon sort mais si je tardais à trouver le taré qui sévissait dans le coin, j'étais sûre qu'ils allaient me renvoyer illico-presto chez moi. Autant dire que ce n'était pas une situation que j'avais envie de connaître.

Mes hommes nettoyèrent la rue et il fut temps de retourner chez nous. Il était tard et nous avions prévu de revenir inspecter la maison de Nicole dès neuf heures le matin. Ça nous laissait peu d'heures de sommeil. Même si je pense que je n'aurais pas pu fermer l'œil de la nuit.

« Hey, me fit Tim. Tu veux aller boire un verre ?

— J'en ai bien besoin, soupirai-je.

— Ça se voit à ta tête, approuva-t-il. Tu as l'air au fond du chaudron.

— Je me joins à vous, lança Quincy en s'approchant de moi. »

Devant nos regards surpris, il se sentit obligé de se justifier :

« J'ai besoin de décompresser moi aussi.

— Quincy, roucoula Tim en lui offrant une tape dans l'épaule. Pour une fois que tu acceptes une invitation ! »

Notre ami Non-Maj' ne préféra rien répondre. Nous prîmes la direction d'un bar non-loin d'ici et nous installâmes au comptoir. A cette heure-là, il y avait encore beaucoup de monde.

« Une brune, demandai-je à la barmaid.

— Un mojito, décida Quincy. Avec beaucoup de rhum.

— Et toi ? demandai-je à Tim. »

Il affichait un air dubitatif.

« Ils ont des Bièraubeurre ? hésita-t-il. »

Je pouffai de rire.

« On est chez les Non-Maj' ici, lui rappela le policier. Ils ne servent pas de boisson pour les sorciers. »

Sa réponse sembla le décevoir au plus haut point.

« Alors je prendrais comme toi, finit-il par dire en désignant le mojito bien frais.

— Un deuxième, commanda Quincy. »

J'allais leur demander comment était leur boisson avant que mon regard ne soit attiré par une chevelure bouclée. Je plissai les yeux et reconnut aussitôt Melissa. Elle avait laissé ses cheveux caramel détachés et elle portait ses lunettes de vue. Je l'aurais reconnue entre mille.

« Oh, ben ça alors, murmurai-je.

— Qu'est-ce qu'il se passe ? s'enquit Tim en suivant mon regard. Une vieille ennemie à toi ?

— Pas du tout, répondis-je avant de me lever pour aller la saluer. »

Quand elle me vit, un grand sourire se dessina sur ses lèvres. Elle était seule, ses amis s'étant éloignés pour s'asseoir dans des fauteuils.

« Salut, Pensée, fit-elle.

— Bonsoir Mel', souris-je à mon tour. »

J'avais une boule au ventre. Je me souvenais de son rire cristallin, de son sourire le matin et de ses paroles pleines de sens. Ça me fit mal de la voir ainsi. Ou peut-être était-ce la mélancolie qui s'emparait de moi.

« Tu as l'air en forme, me complimenta-t-elle.

— Toi aussi, bredouillai-je. Ça fait longtemps que je ne t'ai pas vue au boulot. »

Melissa était une des fondatrices de la boîte dans laquelle je travaillais. Elle était drôle, attentionnée et intelligente, tout ce que j'appréciais. J'étais sortie avec elle pendant presque neuf mois.

« Je suis souvent envoyée au bureau de Singapour, expliqua-t-elle. Je pense d'ailleurs à m'y installer complètement.

— Je suis tellement contente pour toi, avouai-je avec sincérité. J'espère que tu y seras heureuse.

— Merci Pensée, répondit-elle. J'espère que toi aussi. »

Elle me serra la main avec gentillesse mais ses yeux se firent plus tristes. Elle contempla mon visage comme si elle cherchait à le graver dans sa mémoire. Melissa avait sûrement deviné que j'avais passé une dure soirée mais elle ne fit aucun commentaire. Elle n'avait jamais été intrusive et elle m'avait toujours laissé venir à elle lorsqu'il s'agissait d'exprimer des choses que j'avais sur le cœur.

Je n'avais jamais pu lui parler de mon côté sorcier et c'était peut-être l'une des raisons pour lesquelles ça n'avait pas pu marcher entre nous. Je ne pouvais pas lui révéler un monde dont elle ne connaissait pas l'existence et je ne pouvais pas lui prouver mon allégeance à celui-ci parce que j'avais délibérément choisi de m'en éloigner. Elle m'aurait prise pour une folle. Même si la magie ne coulait plus dans mes veines, celle-ci restait une part importante de mon être. La cacher à une Non-Maj' toute une vie aurait fini par me détruire.

« Je vais rejoindre mes amis, finis-je par dire. Je suis heureuse de t'avoir revue.

— Moi aussi, sourit-elle. »

J'allais lui conseiller d'être prudente dans la rue mais je ne voulus pas l'inquiéter. Je la laissai donc retourner à ses occupations et je revins vers mes collègues de travail.

« Qui est cette belle jeune femme ? me questionna Quincy.

— Mon ex-copine. »

Un silence accompagna ma déclaration et Tim eut l'air choqué.

« Je ne savais pas que tu aimais les femmes, avoua le petit sorcier. »

Je haussai les épaules avec nonchalance.

« En fait, je ne suis sortie qu'avec une femme, expliquai-je. Elle est brillante et adorable, je suis un peu tombée sous le charme. Mais c'est de l'histoire ancienne, elle était beaucoup trop bien pour moi.

— Ma parole, souffla Quincy. Si on m'avait dit un jour que tu avouerais qu'une personne était beaucoup trop bien pour toi, je n'y aurais pas cru. »

Je roulai des yeux. Bien sûr qu'il y avait des personnes qui me surpassaient dans pleins de domaines. Je n'étais pas aveugle non plus. Néanmoins, je n'étais pas du genre à me dévaloriser. Certains pourraient y voir de l'arrogance mais dans mon cas, je préférais appeler ça du bon sens ou de l'audace.

« Les gars, la prochaine fois qu'on viendra boire un coup, ça sera pour fêter l'arrestation de ce connard, émis-je avec sérieux en levant ma pinte de bière.

— Ça marche, approuvèrent-ils en faisant tinter leurs verres contre le mien. »

A cette soirée merdique et catastrophique.

Nous avions encore du pain sur la planche pour arrêter notre tueur.


La maison de Nicole était telle que nous l'avions laissée la semaine passée. Toujours autant de plantes et un bazar sans nom. Ça allait être difficile de trouver quoi que ce soit comme indice dans un fouillis pareil. Heureusement, l'équipe d'Aurors chargée de la surveiller nous avait assuré que personne n'était rentré, ni sorti de la bâtisse. Ils eurent la bonne idée d'endormir toutes les plantes magiques dangereuses pour éviter que des agents ne se fassent blesser par inadvertance. Au vu du peu d'heures de sommeil que nous avions en stock, c'était plutôt judicieux.

« Vous avez pu trouver d'autres traces de potion violette ? demandai-je à Quincy et Tim lorsqu'ils descendirent les escaliers pour me rejoindre dans la cuisine.

— Non, marmonna le policier.

— Nada, renchérit Tim. Il n'y a rien de bien suspect en haut si ce n'est ça : des parchemins remplis de calculs et d'ingrédients. »

Il me les tendit et quand j'y jetai un coup d'œil, je ne pus m'empêcher de grimacer. Les feuilles de Nicole étaient un capharnaüm de mots et de formules presque indéchiffrables.

« Elle aurait pu s'appliquer, soupirai-je en essayant de comprendre ce charabia. Mais je pense que ça pourra nous aider dans nos recherches. Transmettez-les au laboratoire du MACUSA. »

Tim hocha la tête avant de se diriger vers un renfort pour lui demander de garder nos pièces à conviction.

« Qu'en est-il de toi ? m'interrogea Quincy. »

Je lui montrai le plan de travail couvert de chaudrons, de plantes et d'objets magiques. Il y avait tellement de choses qui auraient pu nous mettre sur la voie.

« Je vais demander à récupérer son grimoire de potion, dis-je. Il y a sûrement des indices qui nous ont échappé. Et toujours pas de potion violette dans les parages. Je pense qu'il s'agissait du dernier mélange. Je vais ramener les parchemins pour les étudier chez moi.

— Entendu, approuva mon compagnon. Il vaut mieux qu'on rentre tous chez nous et qu'on se repose. On ne sert à rien dans cet état.

— Je travaille demain après-midi, me rappelai-je. Je vous contacte pour vous donner un lieu de rendez-vous. J'aimerais Tim que tu me trouves toutes les informations possibles sur la sœur de Nicole. Notre tueur s'en est servie pour faire pression sur elle et je veux savoir pourquoi. »

Je demandai aux Aurors qui m'encadraient s'ils pouvaient continuer à surveiller la maison pour nous. Je voulais être sûre que rien ne nous avait échappé. Puis je demandai à Tim s'il pouvait me faire transplaner devant chez moi. Je n'avais pas la force de prendre un taxi ou les transports en commun.

Je le remerciai quand j'ouvris la porte d'entrée de mon appartement et poussai un soupir de soulagement en enlevant mon écharpe. Je me dirigeai vers ma salle de bain dans le but de me faire couler un bon bain chaud. Entre temps, je me préparai un thé et m'emparai des parchemins pour pouvoir les lire dans ma baignoire.

Weasley aurait sûrement fait une crise s'il avait su que j'emportais des preuves avec moi et que je prenais le risque de les faire « malencontreusement » tomber dans mon bain. Mais comme il n'était pas là et que j'étais fatiguée, je m'en fichais un peu du bon sens.

Une fois l'écriture de Nicole déchiffrée, c'était un peu plus facile de comprendre ce qu'elle avait annoté sur les feuilles. Il s'agissait principalement d'ingrédients et de feuilles médicinales. Elle devait essayer de créer une nouvelle potion et elle avait tenté de brouiller les pistes.

Je soufflai d'exaspération. J'espérais qu'on pourrait analyser la fiole violette dans les plus brefs délais. J'avais de solides connaissances en potion mais pas assez pour deviner correctement chaque effet prémédité par les mélanges. C'était du charabia pour moi et les mots n'avaient pas de sens.

Une liste de noms étaient encadrés dans un coin d'un des parchemins et je fus ébranlée de voir le mien écrit sur le papier.

« Merde, merde, jurai-je en fermant les yeux avec force. »

Il fallait que je voie Weasley. Pour lui en parler, lui exposer mes craintes et sûrement pour déverser ma peur sur lui. Je ne pouvais pas me confier à Malia et Gustaf parce qu'ils risquaient de s'inquiéter pour moi. Et je venais à peine de quitter mes coéquipiers après d'intenses heures passées sur le terrain. De plus, je voulais leur montrer que je maîtrisais la situation. Ce qui, en soit, n'était pas forcément vrai.

Je sortis de mon bain en vitesse avant d'enfiler des vêtements propres et chauds. Je savais que Weasley vivait non loin de chez moi et il m'avait donné une carte avec son adresse au cas où j'en aurais un jour besoin.

Il habitait en effet à cinq minutes à pieds de mon quartier dans un bâtiment ancien et plutôt charmant. Je vis que la porte était bloquée mais par chance, une vieille sorcière avec un chapeau vert émeraude en sortit avec un sac à la main. Elle me salua et j'en fis de même avant de regarder si le jeune homme vivait au rez-de-chaussée. Ce n'était pas le cas. Je montai les escaliers et fus soulagée de voir qu'il vivait au premier et dernier étage. Un petit badge avec son nom était positionné au-dessus de la sonnerie.

Je toquai pour voir s'il était déjà arrivé mais il n'était pas dans son appartement. Je me souvins alors qu'il était encore en mission et qu'il était susceptible de ne pas rentrer de sitôt. Je me maudis pour ma bêtise et m'apprêtai à rebrousser chemin quand j'entendis des pas dans l'escalier. La personne qui montait devait se sentir lourde et lasse car ses gestes produisaient un boucan du diable. Quelle ne fut ma surprise en voyant la tête rousse de Weasley apparaître dans mon champ de vision.

Et il était dans un état déplorable. Couvert de poussière et d'égratignures, il avançait difficilement et il se tenait le ventre. Sa main était couverte du sang qui ruisselait de son bas-ventre. L'autre tenait fermement sa baguette. Sa tenue d'Auror était déchirée par endroit.

« Oh Merlin ! m'écriai-je en me précipitant vers lui pour le soutenir. »

Il grogna en levant les yeux sur moi.

« Parkinson… qu'est-ce que tu fais-là ? »

Il n'y avait pas de colère dans sa voix, seulement de l'étonnement et de la fatigue.

« Je suis venue te voir pour te parler de mon affaire, répondis-je même si je savais qu'on n'allait pas en entendre parler ce soir. »

Il y avait bien plus urgent. Il poussa un petit rire moqueur et douloureux.

« Comme tu peux le remarquer, je suis un peu blessé et ne suis pas en état de t'aider, souffla-t-il.

— Par tous les sorciers, ce n'est pas blessé que tu es, c'est mourant ! me révoltai-je devant son air indifférent. Pourquoi n'es-tu pas allé à l'hôpital ! »

Il expira avec difficulté avant de lancer un sort sur sa porte pour la déverrouiller.

« Je te remercie pour ta sincérité, elle me va droit au cœur, eut-il la force d'ironiser. Et pour être honnête, je déteste les hôpitaux sorciers, ajouta-t-il. »

Je le traînai dans son salon pour l'emmener dans sa chambre qu'il me désigna d'un mouvement de tête.

« Emmène-moi dans la salle de bain, quémanda-t-il. J'ai besoin d'une douche.

— Tu as surtout besoin de soigner ta blessure, ripostai-je en le faisant asseoir sur ses W.C. »

Il poussa un grognement de mécontentement, avant de s'affaler contre la porcelaine. Ça ne devait pas être des plus confortables mais il ne s'en plaignit pas.

« J'ai un kit de soins dans la cuisine, dernier placard tout à gauche, m'apprit-il. S'il-te-plaît, fais vite… »

Pour qu'il en arrive à me supplier c'était qu'il ne devait pas se sentir bien du tout. Je me précipitai dans la pièce avant de farfouiller dans ses placards. Finalement, je trouvai une trousse de soin dans le deuxième placard. Je me retins de lui préciser qu'il s'était trompé d'endroit et retournai dans la salle d'eau.

Sa respiration était sifflante et saccadée. J'ouvris la trousse pour en dévoiler différentes sortes de potions.

« La bleue, indiqua-t-il. C'est pour refermer la plaie. »

J'ouvris le petit bouchon en liège et une désagréable odeur de fleur vint titiller mes narines. Sans faire de commentaire, je m'empressai de lui enlever sa veste de protection pour pouvoir soulever son pull noir et découvrir sa hanche. Je ne savais pas qui lui avait envoyé un sort aussi dévastateur mais ça lui avait profondément traverser la peau. Ses chaires à vif ne cessaient de saigner au moindre mouvement.

« Ne bouge pas, prévins-je en déposant quelques gouttes sur la plaie. »

Il tressaillit sous la douleur mais bientôt un souffle de soulagement traversa ses lèvres. Je vis la blessure se refermer petit à petit, ne laissant bientôt qu'une vilaine marque rouge.

« C'était moins une… un peu plus bas et tu n'aurais jamais plus participé à des parties de jambes en l'air, plaisantai-je. »

Il émit un petit rire avant de lâcher un sifflement de douleur. Le roux posa sa main sur son torse.

« Tu as des côtes cassées ? demandai-je en fronçant les sourcils.

— Je pense qu'elles sont juste fêlées, corrigea-t-il. Donne-moi la fiole dorée, s'il-te-plaît. »

Je m'exécutai tandis qu'il dévissait le flacon avec les dents avant de boire une gorgée de la potion médicinale. Il ne parla plus pendant quelques minutes, les yeux clos. Mais sa respiration se calma pour finir par reprendre un rythme normal.

« Je t'en dois une, Pansy, finit-il par dire. »

Il réussit à se relever.

« Est-ce que tu veux bien m'attendre cinq minutes ? Je vais prendre une douche. »

Je fis signe que je sortais et me retrouvai de nouveau dans son salon. Quelques instants plus tôt et dans l'urgence, je n'avais pas pris la peine de détailler l'endroit où il vivait. Mais c'était très charmant et très propre. J'en venais à penser qu'il était peut-être moins bordélique que je ne l'aurais cru. Le salon était ouvert sur la cuisine. Il y avait un canapé en cuir noir dans un coin et même une télévision. Des cadres photos animées de sa famille venaient décorer les murs. Je m'approchai d'une photo en particulier. J'y reconnus Potter et la sœur de Ron, le jour de leur mariage. Il y avait aussi un portrait d'Hermione Granger et elle souriait discrètement à l'objectif.

Je me sentis tout à coup mal à l'aise. J'avais l'impression de violer l'intimité de Ron Weasley. Je détournai les yeux du mur pour observer la cuisine. Il y avait un tas de journaux posé sur la table à manger dont plusieurs numéros du Métamorphose Aujourd'hui. Celui d'aujourd'hui mettait à l'honneur les Chardonnets de Fitchburg, une des équipes de Quidditch américaines. Quelques lettres surplombaient un coin de la table, dont certaines venaient de moi. Elles n'avaient pas encore été ouvertes. Depuis combien de temps Ron n'était pas rentré chez lui ?

« Tu as faim ? me coupa soudain le jeune homme. »

Je me tournai vers lui. Il avait été rapide. Weasley semblait fatigué mais il était propre et il avait revêtu des habits de Moldu. Habillé d'un simple t-shirt blanc et d'un jean, il n'avait pas l'air d'avoir déjoué la mort un quart d'heures plus tôt.

« Un peu, avouai-je. Je n'ai pas mangé depuis deux jours. »

Je n'y étais pas arrivé. Pas après la mort de Nicole Taylor. Mais ici, avec lui, j'avais l'impression que je pouvais reprendre une vie un peu normale. Du moins j'avais l'espoir d'y arriver.

« Je vais commander des pizzas, ça te va ? Proposa-t-il. »

J'acquiesçai en signe de consentement.

« Quelle pizza est-ce que tu veux ?

— Une margarita, répondis-je avec simplicité. »

Il s'empara d'un bout de parchemin pour y écrire notre commande et vint ouvrir la fenêtre à son hibou pour le faire rentrer. Il était minuscule et j'avais peine à croire qu'il pouvait transporter les courriers de Ron. Il sautillait de partout, sûrement ravi qu'on lui donne une mission.

« C'est Coquecigrue, m'expliqua le roux. Il est un peu fou fou mais il n'est pas méchant. »

Il accrocha le mot à sa patte et réussit à glisser quelques pièces dans une petite sacoche qu'il lui remit également. Ni une ni deux, le hibou s'envola… pour venir s'écraser contre la fenêtre restée fermée.

« Mince, soupira Ron. »

Il vint lui ouvrir et l'animal put partir sain et sauf.

« Il va nous ramener la meilleure pizza du quartier sorcier, me sourit Ron. »

Je détaillai son visage. Sa barbe de quelques jours n'arrivait pas à dissimuler toutes les coupures sur son visage. Et il avait un énorme bleu sur le front, à peine dissimulé par ses cheveux.

« Quoi ?

— Est-ce que tu as toujours les herbes de guérison que je t'avais données l'autre fois ? »

Il fit signe que oui avant de se diriger vers un pot en verre posé sur le plan de travail. Je m'en emparai avant de lui demander un bol. Il s'exécuta et je pus mettre quelques herbes dans celui-ci avant de le recouvrir d'eau. Je malaxai le tout pour former une pâte verte, semblable à de l'argile humide.

Je lui demandai ensuite de s'asseoir sur le canapé afin de pouvoir étaler la mixture sur ses plaies. Il resta tranquille et silencieux, m'observant faire.

« Ça fait tellement longtemps que quelqu'un ne s'est pas occupé de moi, murmura-t-il. »

Je baissai les yeux vers lui, tout en appliquant un peu d'herbe sur son bleu.

« C'est toujours bien d'avoir une personne qui t'attend à la maison quand tu rentres de mission, fit-il. »

Je me concentrai de nouveau sur son front.

« Je comprends, répondis-je sincèrement. »

Il se tut à nouveau.

« Qui est-ce qui t'a attaqué, Ronald ? finis-je par demander.

— Un sorcier qui était à la tête d'un réseau de trafic de sorcières, avoua-t-il. »

Je notai l'emploi du passé en me reculant pour m'asseoir à ses côtés.

« Était ? soulignai-je. »

Il fixa le vide quelques secondes avant d'ancrer ses yeux bleus dans les miens.

« Je l'ai tué, fit-il. Je devais le ramener au MACUSA mais il s'est montré plus coriace que je ne le pensais. Je n'ai pas trop eu le choix, c'était lui ou moi. »

J'observai son expression indéchiffrable.

« Tu regrettes ?

— Non. Ce type faisait des choses terribles et inimaginables à toutes ces filles… »

Il ferma les yeux avec force, tentant sûrement de dissiper les images horribles qui envahissaient son esprit. Je vins poser une main compatissante sur sa cuisse.

« Notre tueur a tué Nicole, la jeune femme qu'on suivait au Cochon Aveugle, dis-je pour ramener son attention sur autre chose. »

Ça eut l'air de fonctionner parce que je pus de nouveau croiser son regard.

« Il lui a envoyé le sort de la mort sans aucun remord, me souvins-je avec un frisson. J'ai été naïve de penser que rien de sordide ne se passerait après la guerre. »

Il eut l'air désolé pour moi et sa main vint se poser sur la mienne.

« Je suis désolé Pansy… »

Moi aussi je l'étais. J'aurais sûrement pu éviter ce drame si j'avais compris à temps que Nicole ne nous fuyait pas nous, mais quelqu'un d'autre.

« Pourquoi as-tu accepté que je devienne Mediator ? me repris-je tout à coup. Peut-être avons-nous fait une erreur, peut-être que je ne suis pas capable de faire ce job, peut-être que…

— Wow, calme-toi, me coupa Ron avec sévérité. »

Je détournai la tête mais ses doigts vinrent s'emparer de mon menton pour me forcer doucement à le regarder. Il avait endossé son rôle de Chef Auror et son sérieux me laissa sans voix.

« Parkinson, tu es la sorcière la plus surprenante que je connaisse, décréta-t-il. Tu as réussi à reprendre ta vie en main alors que tu n'avais plus de pouvoirs et plus de repères. Tu as quitté ton pays pour te créer un nouveau futur à New-York et tu as accepté un job dangereux avec un Weasley comme mentor. Je ne sais pas si tu te rends compte de ta force. »

Je n'osai même plus respirer.

« Tu vas devoir faire face à pas mal de coups durs et de drames, poursuivit-il. Mais tu vas connaître des moments de soulagement, de joie et de reconnaissance. Tu vas sauver des vies et redonner le sourire à des gens. C'est très précieux ça aussi, Pansy. Et je te promets que je serai toujours là si tu as besoin. »

J'aurais pu pleurer de soulagement. Il y avait une telle franchise sur son visage que mon cœur rata un battement. Je compris à cet instant que Ronald Weasley serait ma plus grande force dans cette bataille.