C'était peut être la réussite avec l'armoire à disparaître qui l'avait décidé. Ou le regard de Théo, et le souvenir de leur conversation étrange. Peut être même leur confrontation, et les sanglots de Potter alors qu'il se vidait de son sang.

Toujours était il que Drago se décida soudainement. Il devait parler au Gryffondor.

Il ne savait pas encore ce qu'il allait lui dire. Il ne savait même pas où aller le mener cette idée. Mais il aurait essayé. Peut être qu'ils se battraient. Ou que le foutu Gryffondor refuserait de l'aider. Voire même qu'il l'enverrait à Azkaban en découvrant son secret.

L'adolescent suivit ses camarades dans la Grande Salle et s'installa, de façon à se trouver face à la table des Gryffondor. Ainsi, il n'avait qu'à lever les yeux pour les observer, sans que cela ne paraisse suspect.
Drago leva les yeux au ciel en voyant le décor de la Grande salle, la neige enchantée qui tombait, leur donnant l'impression d'être enfermé dans une boule à neige géante.

Il grimaça lorsque le groupe des Gryffondor entra, bruyant comme toujours, en un troupeau compact. Avec sa "célébrité", Potter aurait dû se trouver au centre et profiter des attentions de ces idiots. Mais, non. Il se tenait un peu en retrait, flanqué de ses deux acolytes.
Weasley avait l'air endormi, comme souvent, et Granger était penchée vers Potter, marmonnant furieusement, les joues rouges et les sourcils froncés. Visiblement, elle réprimandait son ami comme un gosse, et ce dernier restait silencieux, un air boudeur sur le visage.

Potter leva les yeux vers la table des verts et argent, et Drago pu croiser brièvement son regard. Cependant, Granger le rappela sèchement à l'ordre, le détournant de son observation, et le blond en conçut un certain agacement.

Par chance, Potter se plaça face à lui. Granger semblait désapprouver, mais l'air borné du brun apprit à Drago qu'il refusait de céder. Visiblement, la Miss-je-sais-tout veillait à ce qu'il reste éloigné des Serpentard.
Il ne fallait pas être devin pour comprendre que la brunette était au courant de ce qui s'était passé dans les toilettes du troisième étage. L'idiot de Gryffondor s'était probablement épanché auprès de ses ombres, avouant sa culpabilité.
Et visiblement, Granger semblait avoir retenu la même idée que Rogue : éloigner Potter de lui.

Tout en sirotant une tasse de thé, Drago gardait l'oeil sur Potter, attendant la première occasion de lui envoyer un signe pour lui faire comprendre qu'ils devaient se rencontrer. Finalement, les yeux verts se levèrent et leurs regards s'accrochèrent, longuement.

Lentement, délibérément, Drago inclina la tête. Potter répondit à son signe, avec un léger sourire - discret pour échapper à l'oeil acéré de ses amis.
À cet instant, la belette se pencha pour lui parler, détournant son attention, et Drago aurait pu lui jeter un sort. Mais très vite, le regard vert revint vers lui comme aimanté.

Ne sachant pas exactement comment faire comprendre à Potter ce qu'il voulait, Drago se frotta machinalement la poitrine, à l'endroit même où le sort l'avait touché. C'était un geste inconscient, qu'il avait pris l'habitude de faire lorsqu'il se perdait dans ses pensées.
Aussitôt, Harry Potter blêmit comme s'il avait été frappé, et Drago stoppa son geste, effaré. Il n'avait pas eu l'intention de raviver la culpabilité du brun, bien au contraire.

Espérant que le Gryffondor le suivrait, il le fixa un long moment, sans animosité ni colère, avant de se lever lentement, sans briser leur échange de regards. Puis, il quitta la Grande Salle.

Drago n'eut aucune hésitation en se rendant au troisième étage. Il était évident que le lieu de rendez-vous entre eux ne pouvait être qu'à l'endroit où tout avait changé. À l'endroit où il était tombé, se vidant de son sang tandis que Potter sanglotait au dessus de lui le suppliant de vivre.

L'adolescent eut un bref moment d'hésitation en entrant, comme s'il avait craint de retrouver des traces du drame qui avait failli se jouer ici. Mais il ne restait pas la moindre goutte de sang, pas plus que de casse. Les elfes avaient probablement réparé le lavabo qui avait explosé, et tout ce qu'ils avaient pu détruire.

Il s'adossa au mur, calme en apparence, prêt à attendre un certain temps, espérant que Potter comprendrait. De toutes façons, le Gryffondor avait un don certain pour toujours le localiser…
Mimi Geignarde apparut soudain, et laissa échapper un cri joyeux en le voyant.
Le Serpentard ricana, se souvenant des longs monologues que le fantôme avait écouté, de ses réponses pleines de soutien.
- Pas aujourd'hui, Mimi. Je reviendrais te voir. Promis.

Elle s'immobilisa, lissant une de ses couettes d'un air pensif, puis elle hocha la tête, et s'élança, plongeant dans les toilettes, sans l'éclabousser cependant.

Il n'eut pas à attendre longtemps. Il sentit une présence, et il se retourna, baguette en main - autant se montrer prudent.
C'était Potter et il était seul. Le Gryffondor le fixait de son regard émeraude, intensément, mais il ne fit pas le moindre geste pour saisir sa baguette. Pas plus qu'il n'eut un mouvement de recul. Lentement, Drago baissa sa baguette, et il soupira.

Maintenant que le jeune homme était face à lui, il ne savait plus si c'était une bonne idée. Si le Gryffondor était digne de confiance, s'il envisagerait de l'aider.
Le brun lut probablement ses doutes dans sa posture, puisqu'il avança calmement, mains bien en vue.
- Je n'ai pas eu l'occasion de m'excuser, Malefoy. Je suis réellement désolé, je ne savais pas ce que ferait ce sort.

La surprise fit hoqueter Drago, et il secoua la tête. Potter se dépêcha de préciser.
- Je l'ai lu dans un livre et c'était juste noté que c'était pour éloigner les ennemis. Lorsque… lorsque tu m'as attaqué, j'y ai pensé et je l'ai lancé.

Le Serpentard fixa le brun un long moment. Puis il soupira.
- Je suis un ennemi alors ?
Avec fascination, il vit le Gryffondor rougir brusquement et baisser la tête.
- Pas comme ça Malefoy. Je ne voulais pas vraiment te blesser.

Drago gloussa, amusé malgré lui, et il secoua la tête.
- Tu es stupide Potter. Pas besoin de t'excuser, j'avais autant de torts.
C'était une façon de s'excuser sans le dire clairement, et les deux garçons le savaient. Potter avait les sourcils froncés, et il le dévisageait, comme s'il essayait de lire en lui ses intentions.

L'adolescent observa longuement son vis à vis, de ses cheveux ébouriffés et visiblement indomptables à son uniforme légèrement froissé et débraillé. Avec une clarté soudaine, il comprit qu'il ne pouvait pas employer la méthode Serpentard pour parler à Potter. Il devrait utiliser la franchise brutale des Gryffondor pour être compris.
Il hésita, conscient qu'il prenait un risque énorme. Finalement, il se décida. C'était Potter face à lui. Potter et son complexe du héros, Potter venu s'excuser alors qu'ils s'étaient battus et qu'il avait osé lancer un impardonnable.
- J'ai été marqué. Pour protéger mes parents.