Elle était démotivée. C'est comme cela qu'elle avait ouvert les yeux ce matin, vide de tout attrait pour la vie.
À force de trop jouer, on finit par perdre. La chance tourne, la victoire est aléatoire. Elle venait de l'apprendre, malgré elle. Les cartes auraient dû être bonnes, le plan parfait et la victoire exquise, mais la défaite fut aussi écrasante qu'inattendue. Amère et douloureuse.
Elle essaya tant bien que mal d'ajouter un sourire à son visage. De loin, on aurait pû croire que tout allait chez elle, qu'elle n'était qu'une simple lycéenne lambda et pleine de vie qui se rendait en cours en toute insouciance. S'en était risible, elle qui avait toujours une confiance absolue en elle, elle qui savait comment placer un pion pour gagner n'importe quelle partie, la voilà à présent, marchant dans la rue sans même voir le sol. Sa tête était semblable au néant et seul le son désaccordé de son cœur brisé résonnait dans ses tympans.
Elle avait mal mais pas pour les raisons que les autres imaginaient.
Les objets de son tourment apparurent au coin de la rue face à elle. Ils ne la virent même pas, trop pris par une conversation pour le moins passionnante entre eux. Le détail qui écrasa son pauvre organe fut leurs mains liées.
Alors Killua l'avait vraiment laissée tomber pour lui ? Non, elle savait que c'était impossible. L'albinos était son miroir vivant. Elle connaissait son mode de fonctionnement comme sa poche et savait qu'il souffrait de cette situation bien plus qu'elle.
Tant mieux.
Il n'était qu'un vulgaire pion de toute façon. Une vulgaire marionnette qui aurait dû l'aider à accomplir son but ultime. Où son plan avait-il foiré ?
Elle souffla en rejoignant sa salle de cours. Aujourd'hui, Kanaria prit la décision de changer de place. Elle n'allait certainement pas se faire du mal inutilement en osant titiller le démon qui avait eut une place, bien que fausse, dans son cœur.
L'heure de la première pause de la journée arriva bien vite, à son grand soulagement. Ils avaient cours jusqu'en après-midi, alors au lieu de risquer sa santé mentale en rencontrant un regard océan ou un regard ambré, elle préféra s'isoler dans un endroit que seuls elle et quelques personnes qu'elle fréquentait connaissaient. Une aire de pique-nique abandonnée à quelques mètres de son établissement.
- Tu sembles bien abattue Kana', ça va ?
- Tu en as de bonne Phinks !
- Qu'est-ce que j'ai dit encore !?
- Elle a rompu avec le Zoldyck.
La voix froide d'un adolescent, ou une adolescente -c'était assez difficile à dire à cause des mèches exagérément longues qui recouvraient l'entièreté de son visage à part son œil droit- trancha l'air, laissant un silence légèrement gênant s'installer entre les personnes présentes. Le dénommé Phinks parut choqué durant une bonne poignée de seconde avant de faire le lien dans sa tête avec l'état inquiétant de son amie.
Il n'était pas au courant.
- Je suis désolé...
- Pas grave.
- De toute façon, tu ne l'aimais même pas.
Cette fois-ci ce fut la voix d'un garçon aux cheveux courts et noirs qui se manifesta. Il paraissait légèrement plus grand et plus mature qu'eux. Il utilisait sa main comme support pour sa tête alors qu'il lisait un livre quelconque, n'adressant pas vraiment de l'attention aux autres. Sa phrase fit rire la plus foncée de peau, laissant certains incrédules.
Il avait entièrement raison. Elle n'avait jamais éprouvé quoique ce soit pour l'albinos. Comment pouvait-on être narcissique au point de s'amouracher de quelqu'un qui est notre copie parfaite mentalement parlant ? Si le Zoldyck l'était, elle non.
Alors pourquoi avoir supporté cette condition pendant trois ans ? Il y avait deux réponses possibles.
La première était uniquement par intérêt, cela a grandement bénéficié à un plan qui n'était pas le sien. Et ensuite, par jalousie profonde.
Elle était sa copie, oui, mais avec moins de chance. Elle aussi avait perdu sa mère très jeune et de plus elle ne connaissait pas le reste de sa famille. Elle avait passé sa vie à se débrouiller toute seule avant de rencontrer ces personnes autour d'elle qui représentaient l'image même de la famille parfaite pour elle. Mais voilà, elle n'avait pas eu Gon.
Lui, il était ce qui lui manquait. Le petit plus de Killua. Il était celui même qu'elle aurait dû rencontrer depuis des années. Son âme s'était tout de suite attachée à cet être de lumière. Celui qui pouvait la guider dans le noir, sa petite étincelle dans ce monde de brutes.
Mais, voilà qu'encore une fois, Killua avait tout et pas elle. Il avait ce qu'elle méritait de droit !
Et elle comptait bien le récupérer.
- Tu as raison chef. Mais, laissons tomber ces enfantillages. Il reviendra de toute façon. Comment avance le plan avec les informations que j'ai récolté ?
Le surnommé "Chef" était ce même ténébreux qui avait pris la parole tantôt. Il quitta enfin son ouvrage des yeux pour les poser sur son entourage. Tous le regardait avec attention, attendant la moindre parole de sa part qu'ils interpréteront sûrement comme évangélique.
- Oui, tu m'as bien aidé. Maintenant, je sais qui il est et ce qu'il est devenu. Bon boulot, vous n'avez pas à intervenir pour le moment. Je serai le premier à initier le contact.
- Ce n'est pas un peu dangereux ? Et s'il te reconnait ?
- Ne t'en fais pas Machi. Je sais comment faire.
Le ténébreux sourit en repensant à chaque ligne de son plan parfait. Un certain blond aux yeux rouges lui revint en mémoire, cela faisait longtemps qu'il avait croisé le chemin de ce cher Kurapika Kuruta.
