Bonjour !
Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année !
Merci d'avoir pris le temps de lire les précédents chapitres, merci d'être fidèles au poste !
Chapitre 11
L'ennui l'avait saisi aux alentours de vingt-trois heures, lorsque la fatigue avait quitté son corps quand ce dernier avait touché le matelas de son lit et il avait tourné et viré un long moment avant de se relever.
Le silence de l'appartement l'avait suivi jusque dans le salon et il avait jeté des œillades désespérées sur la chambre de sa fille, impatient d'être au moment où elle reviendrait à la maison. Il serait bien sorti avec Zetsu, mais celui-ci avait un rencard.
L'information était aussi incongrue que surprenante, mais au lieu de faire mine d'être étonné, il avait seulement dit à son ami de bien s'amuser et s'était gardé d'expédier le moindre message.
Il aurait pu proposer à Yahiko de venir passer une soirée en sa compagnie, mais ces temps-ci, son meilleur pote était un peu tendu et fuyant. Nagato avait supposé qu'il avait une nouvelle copine, mais il s'était trouvé que c'était plutôt le boulot qui le rendait si inaccessible.
En circulant dans les couloirs près de la salle de pause, Nagato avait entendu Kakashi – qui faisait partie de l'unité de Yahiko – râler qu'il devrait annuler ses plans du samedi soir, lesdits plans étaient apparemment de s'avachir devant la télé à regarder avec beaucoup d'attention la cérémonie des Zobs d'Or qui se tenait toujours en marge du Festival International du Cinéma d'Uzushio, médiatiquement très couvert mais qui n'intéressait pas Nagato – il avait toujours manqué d'attrait pour le cinéma.
Avec beaucoup de pitié pour ses anciens collègues, Nagato avait passé la tête à travers la salle de pause, leur souhaitant un excellent week-end et évitant de justesse l'éco-cup fétiche de Kakashi qui avait manqué de s'écraser sur le haut de son crâne. Son rire les avait probablement hantés une bonne partie du début de soirée.
À présent, il était presque une heure du matin et il faisait défiler les chaînes d'un air morne, ne parvenant pas à trouver de programme qui capterait son attention plus de deux minutes. Le canal 66 ne montrait que de la neige, la 67 rediffusait un match de tennis féminin.
Quelque chose le travaillait depuis un moment et il interrompit son zapping une seconde pour dévier son regard sur le meuble de l'entrée, lequel portait actuellement le courrier reçu par Itachi. Au-dessus de la maigre pile remise par le gardien, une lettre émanant d'un laboratoire d'analyses l'avait fait s'interroger toute la journée. Son colocataire était-il malade ?
Alors bien sûr, il aurait simplement pu tirer les résultats de l'enveloppe pour les consulter lui-même, mais il était parfaitement contre ce genre d'attitudes détestables consistant à fouiller dans les affaires d'autrui, ce qui était très ironique, considérant que c'était précisément son métier.
Ses rétines revinrent sur la télévision, il passa sur le canal 68 et regarda quelques instants le documentaire animalier qui présentait la vie des otaries, puis un bâillement le saisit. Il changea de canal et cligna des yeux.
Sur l'immense écran s'étalait un avertissement : « Cette chaîne est sous contrôle parental. Pour y accéder, merci de taper le code : _ _ _ _ »
Il s'empourpra jusqu'à la racine des cheveux en comprenant de quel genre de chaîne il s'agissait, puis s'empressa de changer de canal, tirant son téléphone de sous ses fesses – où il avait glissé à force de mouvements – puis il envoya un message à son colocataire.
« La chaîne 69 est sous contrôle parental. Avons-nous un abonnement à une chaîne pornographique ? »
La réponse ne tarda pas à lui parvenir : « Oh, oui. Je pensais que ce n'était pas une bonne idée de laisser un tel accès à Mikan. Si ça vous embête, je peux vous donner le code. »
Le sous-entendu le mit mal à l'aise et il hésita plusieurs minutes sur la façon dont il allait répondre. Il choisit de dire « Non, c'est très bien ainsi, merci d'avoir pensé à elle. » puis il grogna sur la vie de mâle célibataire en se demandant si l'autre habitant de l'appartement avait déjà eu un petit-ami.
Itachi ne lui en avait jamais parlé. Il n'avait jamais fait mine de s'intéresser aux choses du sexe et de l'amour. Ça avait grandement interpelé Nagato qui s'en était étonné : son colocataire était plutôt beau garçon – pour ce qu'il pouvait juger. Il s'était dit, finalement, que peut-être ça le laissait indifférent, qu'il se pouvait aussi qu'il eût peur que les personnes qu'il fréquentait ne le fissent que par goût du profit, mais il n'avait jamais envisagé que l'homme pût se sentir seul.
Le lien entre une chaîne pornographique et la solitude présumée d'Itachi était quelque peu hasardeux, mais il ne comprenait pas vraiment comment on pouvait aimer les films X, à part compenser une frustration temporaire.
Kakashi avait bien essayé de lui expliquer que c'était un art comme les autres, mais Nagato n'y avait jamais vu rien de plus qu'une obscénité et il trouvait ça triste pour son colocataire d'en être réduit à ça pour tromper son célibat.
Haussant les épaules, il conclut que ce n'était pas son problème avant de céder à son impulsion et de revenir sur une chaîne spécialisée dans le jeu vidéo, sachant pertinemment que ça ne l'aiderait pas à dormir.
Itachi détourna les yeux de la scène pour les baisser sur son téléphone, qu'il avait glissé entre ses genoux pour pouvoir lire le message que lui venait de lui envoyer son colocataire. La main de Jiraiya saisit les siennes alors que le réalisateur ne retirait pas son regard de la plantureuse animatrice, puis il se pencha pour murmurer à l'oreille de son chouchou :
— Cache ça, la caméra est sur toi.
Relevant les yeux sur le rang devant lui, Itachi écarta les cuisses pour faire glisser l'appareil sous lui et croisa les jambes, feignant d'être happé par le discours de la jeune femme sur scène.
— Merci, susurra Itachi à l'adresse de son père de substitution.
Il força un sourire à imprimer ses lèvres, mais, s'il devait être honnête, il aurait préféré être n'importe où ailleurs. Même si la salle n'était pas totalement pleine, beaucoup de gens étaient réunis et ça le mettait mal à l'aise.
Quand il fut sûr que la caméra s'était finalement détournée de lui, il observa la salle, tentant d'identifier les personnes présentes et ses ongles s'enfoncèrent dans l'avant-bras de Jiraiya alors que son souffle se troublait. Incapable de détacher son regard de l'acteur qu'il venait de repérer, assis trois rangs plus loin, il murmura dans l'oreille de son mentor :
— Hagoromo Ôtsutsuki est là.
Jiraiya tourna son buste vers la direction où se perdaient les yeux d'Itachi, surpris. On affirmait l'homme fatigué et totalement déconnecté du milieu. Il fallait dire qu'il avait pris de l'âge, depuis ses derniers films en tant qu'acteur. Passer de l'autre côté de la caméra ne l'avait pas réussi : il avait une vision vieillotte qui n'avait pas fonctionné auprès du public, ou seulement dans une niche particulière, malheureusement insuffisante pour survivre dans le monde du cinéma.
— Je sais combien tu l'admires, mais c'est pas une raison pour me casser le bras.
— Pardon, souffla Itachi en forçant sa main à lâcher Jiraiya et son regard à revenir vers la scène. J'aurais tant aimé tourner avec lui, regretta-t-il dans un soupir. Quel dommage qu'il ait arrêté.
Kiba, installé à la droite d'Itachi, se pencha à son tour vers celui du milieu :
— De qui vous parlez ?
— Hagoromo Ôtsutsuki.
— Il est là ?
Itachi hocha brièvement le menton. Impressionné, Kiba scruta la salle avant de se courber vers sa compagne pour lui souffler l'information et elle se tendit, essuyant ses mains devenues moites à la dérobée. Leurs doigts se lièrent avec tendresse et ils échangèrent un regard doux pour se forcer à exhaler. À côté d'Hinata, Sakura, nerveuse, continua à battre un rythme effréné du bout de son talon.
— La pression commence à monter, souffla la jeune femme aux cheveux roses. Et je n'aime pas beaucoup être si près d'Orochimaru.
— On é-échangera à la p-pause, proposa Hinata et Sakura secoua la tête le plus discrètement qu'elle le put.
— Non, ça se verrait à l'écran… C'est pas grave, je veux pas lui faire ce plaisir, à ce salaud.
Elle darda sur lui un air furibond avant de se détourner pour se reporter vers la scène. Ses doigts accrochèrent ceux d'Hinata en murmurant une prière succincte « Faites qu'Itachi gagne ! ». Son souhait traversa la rangée entière, la main de Kisame trouva son poignet, touchèrent la paume et il emmêla leurs doigts.
Akatsuki Productions tout entière retint sa respiration, les doigts se liant, et Itachi se demanda si c'était sa paume qui était si humide ou si c'était celle de Kiba. Il souffla un grand coup, suivant du regard la jolie poupée qui transportait l'enveloppe des résultats, perchée sur des talons si hauts que la courbe de ses pieds paraissait surréaliste.
Jiraiya ferma les yeux, ses phalanges enserrèrent celles d'Itachi avec poigne, transmettant toute la confiance qu'il lui portait depuis dix ans maintenant, combien il avait cru en son talent dès le départ, à quel point tout miser sur lui avait été son pari le plus réussi.
Ils échangèrent un regard et l'instant d'après, l'enveloppe s'ouvrit.
La fête battait son plein sur le toit de l'immeuble, la musique faisait vibrer le sol et l'ambiance était électrique. Rapidement, des petits groupes s'étaient formés, généralement constitués des équipes des films qui avaient été pressentis ou promus lors de cette cérémonie et Sakura, portant deux flûtes de champagne, esquiva habilement les danseurs déjà un peu ivres pour rejoindre Itachi qui se tenait à l'écart de la foule.
Lui tendant son verre qu'il saisit par réflexe plus que par envie, elle se colla à lui, l'enlaçant de son bras gauche.
— Tu vas rester dans ton coin toute la soirée ?
Sa tentative de communication tomba à l'eau. Il refusa de répondre, avalant une gorgée de champagne en gardant ses mâchoires crispées, foudroyant Kimimaro du regard. Se déplaçant pour se mettre sur la trajectoire des œillades meurtrières, Sakura tendit un sourire à son partenaire, moins avenant qu'à l'accoutumée, mais essayant tout de même de parvenir à lui arracher une expression.
— Tu veux venir danser avec moi ? proposa-t-elle.
— Je ne suis pas d'humeur, refusa-t-il en baissant les prunelles sur elle. Je te remercie, mais je vais plutôt aller me coucher. Demande à Kisame, je suis sûr qu'il sera ravi de danser avec toi.
Terminant de vider le verre qu'il tenait, il se détourna et Sakura le héla :
— Tsuki ! C'est pas grave, tu sais…
Il ne répondit pas, se contentant de pincer les lèvres et de se diriger vers le hall de l'ascenseur qui lui permettrait de redescendre jusqu'à sa chambre. Elle le suivit des yeux aussi longtemps qu'elle le put, une véritable tristesse se peignant sur son visage.
Évidemment qu'il était déçu, ça aurait dû être son année, il avait travaillé tellement dur. Mordillant ses lèvres, elle hésita un instant à le rejoindre pour le pas le laisser seul face à cet échec qui devait peser lourd sur son moral.
— Hey, Sakura !
Kisame s'était approché d'elle, la dépassant de si haut qu'elle dut lever la tête pour croiser le regard de son collègue.
— Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il en observant l'endroit où elle gardait ses yeux verts fixés.
— Itachi, murmura-t-elle. Il le prend assez mal.
Kisame soupira et posa sa main sur l'épaule de la jeune femme, tirant légèrement pour la forcer à se détourner.
— Il se calmera, donne-lui le temps de digérer. Il va aller se coucher et demain, il se sentira mieux.
Capitulant, Sakura se laissa entraîner parmi la foule qui s'amusait, lançant un regard en arrière.
« Kisame a sûrement raison », pensa-t-elle, « il est allé se coucher ».
Pourtant, à l'étage en dessous, étourdi par le murmure qui provenait de la liesse sur les toits, Itachi s'était appuyé contre la rambarde du balcon commun, le pied posé sur le premier barreau, ses yeux se perdant sur l'écume qui dévorait les rochers, tendant son visage au souffle iodé qui balayait la plage en contre-bas.
Le tremblement du bâtiment amorcé par les basses de la fiesta maintenait ses sourcils froncés : il n'était vraiment pas d'humeur à la joie. Il avait perdu. Perdu face à Kimimaro. Il était si simple de céder à la facilité, de reprocher cette défaite à Orochimaru et ses flibusteries, imaginer qu'il avait soudoyé les juges pour que cette victoire lui échappât cette année encore.
Itachi se laissa aller à cette explication un instant, la colère grondant dans son cœur et il foudroya du regard le dernier souvenir qu'il avait du producteur si dérangeant, le maudissant à voix basse. Combien de temps allait-il s'évertuer à mettre des bâtons dans les roues de sa carrière, ce vieux pervers ? Combien de temps allait-il reprocher à Itachi d'avoir refusé de travailler pour ET Entertainment ?
Il n'était pas envisageable pour le jeune acteur de quitter Jiraiya et d'aller tourner sous la direction de quelqu'un d'autre, encore moins quelqu'un qui avait une réputation aussi déplorable qu'Orochimaru. S'il faisait une telle chose, jamais plus il ne pourrait se regarder dans les yeux, ni même adresser la parole à Sakura sans se sentir comme le pire des connards.
Pourtant, à cet instant, et il regretterait cette pensée, il le savait, mais à cet instant… Il pressa ses pouces contre ses paupières closes, impatient de retirer ses lentilles qui commençaient à lui faire mal, puis il soupira avec force, contre lui-même, contre le jury, contre le monde entier.
— Tu ne devrais pas être là, petit.
La voix profonde et grave, éraillée, un peu chevrotante, provint de sa droite et le fit sursauter légèrement. Il allait darder sur le nouveau venu un air furieux, lui demandant de se mêler de ses affaires et de lui ficher la paix, mais il ravala chacun de ses mots en contemplant, éberlué, l'immense stature d'Hagoromo Ôtsutsuki.
L'acteur s'était approché en silence et, les mains croisées dans le dos, il observait la déprime d'Itachi d'un œil réprobateur. Incapable de répliquer, ce dernier laissa seulement son regard se promener sur le vieil homme, notant la mâchoire carrée sous la peau ridée et tachetée par son grand âge.
Il fit un pas de plus, puis s'accota à la barrière en fouillant dans ses poches pour en extraire un étui à cigarettes en métal. Il en tira une, proposa à Itachi qui refusa, et rangea le contenant en sortant un briquet qui illumina son visage quand il alluma le bout.
— Vous ne devriez pas fumer, lança Itachi avant de s'insulter mentalement.
Il y avait des millions de choses à dire quand on se tenait près d'Hagoromo Ôtsutsuki. De « Voici mon CV » à « votre meilleure scène, c'était celle avec le balai, dans Un long dimanche pris en tenaille », des propos plus pertinents à prononcer, il y en avait plein. Et dans cet univers entier de conversations à lancer, lui, il choisissait « Fumer, c'est pas bien ». C'était à se gifler.
Pourtant, le vieil homme gloussa en recrachant la fumée de sa première bouffée.
— Alors nous serons deux à faire quelque chose que nous ne devrions pas.
« Je vous admire tant » étaient les mots qu'il aurait prononcés en temps normal, « c'est grâce à vous que j'ai voulu faire ce métier ».
Pourtant, son idole était près de lui, lui adressant la parole, une occasion unique, et l'excitation qu'il aurait dû ressentir ne remontait pas à son cerveau, se contenant de faire battre son cœur sans éloigner son esprit de l'amer goût de la défaite. Itachi détourna les yeux, suivant la houle qu'il devinait lécher la plage.
— Le talent, c'est du travail et de la volonté. Tu possèdes ces deux qualités, ponctua le vieil homme en laissant à son tour son regard s'égarer sur le décor. J'aime beaucoup tes films, on y voit tout ton potentiel.
— Mais j'ai perdu, grinça Itachi.
Plus tard, quand il aurait digéré son échec, il réaliserait que son idole avait dit apprécier son œuvre et il se traiterait sans doute de crétin de ne pas avoir su profiter de l'occasion.
— En effet, répondit Hagoromo d'un ton doux et calme. Cela ne signifie pas que tu doives renoncer. Quelquefois, la défaite est plus importante que la victoire.
— Ma carrière va stagner.
— Seulement si tu n'apprends rien de cet échec.
La main du vieil homme se posa sur son épaule et il frissonna pour contenir un sanglot.
— Tu es bon dans ce que tu fais.
— Mais je ne suis pas le meilleur.
La claque à son ego était rude. Un courant d'air fit danser ses cheveux et glisser l'élastique qui les retenait, donnant à des mèches plus courtes l'occasion de dissimuler son visage derrière un rideau noir. Il les écarta d'un geste agacé, alors qu'Hagoromo reprenait, le forçant d'un mouvement à affronter son regard :
— Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ?
— Je ne sais pas.
Une tape sur le haut de son crâne le fit grimacer.
— Tu vas te battre, affirma le vieil acteur à la retraite d'une voix qui ne souffrait aucune contradiction. Tu vas travailler encore plus dur. Un échec devient une victoire quand on en tire une leçon, d'accord ?
Itachi hocha la tête avec déférence, fermant les paupières et l'homme le lâcha, portant une main à son étui à cigarettes pour en sortir une seconde.
Ils passèrent les cinq minutes suivantes dans le silence. Quand le vieux monsieur finit par jeter son mégot dans le pot, Itachi ouvrit la bouche.
— Je suis désolé, si j'avais été de bonne humeur… Je vous aurais sûrement dit à quel point je vous admire. J'aurais aimé tourner avec vous.
Dans un rire, le vieil homme pivota vers lui, le regardant de haut en bas avec attention avant de porter sa main sur celles, liées sur la rambarde, d'Itachi :
— Quel dommage que je ne sois pas trente ans plus jeune… Oui, vraiment, quel dommage…
Quand il revint d'avoir déposé Mikan chez sa copine Ayami, Nagato ferma la porte en portant un énième regard inquiet à la chambre d'Itachi. Ses yeux balayèrent rapidement les pièces communes pour noter que ses chaussures étaient restées dans le placard, que son jeu de clés n'avait pas bougé, qu'il y avait donc de grandes chances qu'il fût toujours cloîtré dans sa déprime, comme depuis trois jours.
Devant l'école, Mikan lui avait confié son nounours éborgné avec un air sage sur le visage, lui disant de le remettre à Itachi. Elle semblait penser qu'il s'agissait là du dernier recours possible pour tirer le jeune homme de son apathie.
Aucun des deux Uzumaki n'avait réussi à lui arracher un mot sur ce qui le conduisait à rester enfermé plutôt que sortir – Nagato ne savait pas exactement comment se passaient ses études, mais il imaginait qu'il finirait par avoir des problèmes s'il n'allait pas assister à ses cours.
Son premier réflexe avait été de penser que les résultats du laboratoire d'analyses – l'enveloppe ayant disparu – lui avaient donné de mauvaises nouvelles. C'était fort de cette conviction qu'il entreprit de fouiller dans un placard, ponctuant sa trouvaille d'un « Haha ! » satisfait. Il posa l'objet sur le bord du lavabo, referma l'armoire, attrapa sa prise et sortit de la pièce pour examiner le plateau qu'il avait laissé devant la porte.
La veille, il avait tenté d'appâter son colocataire hors de sa chambre en préparant son dessert préféré, mais le jeune fils à papa était resté dans son terrier. Il avait ignoré les appels de Mikan aussi bien que les siens.
Nagato avait donc laissé un plateau près de la porte et il était quelque peu rassuré de voir que celui-ci était désormais vide, mais toujours pas entièrement rasséréné.
Se penchant, il attrapa l'objet au sol pour le ramener à la cuisine, puis il rebroussa chemin pour toquer au battant.
Cette fois, un vague grognement lui répondit et il entra, fronçant les sourcils quand une odeur de renfermé le saisit aux narines.
Dans la pénombre, il distinguait la silhouette d'Itachi emmitouflée dans ses couvertures et il s'approcha, posant l'ours en peluche de Mikan sur ses genoux, recevant en retour une œillade pleine d'incompréhension.
— Mikan et Monsieur Nours ont discuté, il semblerait, et ils ont décidé qu'il fallait qu'il reste ici pour vous tenir compagnie.
Itachi eut un pâle sourire en saisissant la peluche, l'examinant sous toutes ses coutures et il ouvrit la bouche pour dire à quel point ce jouet était laid. Il n'en eut pas l'occasion, Nagato fourrant d'autorité un thermomètre entre ses lèvres, l'enjoignant à se taire alors qu'il portait ses doigts au poignet de l'alité pour vérifier son pouls.
— Je ne suis pas malade, marmonna Itachi.
— Chut, exigea Nagato.
Le déprimé fit immédiatement silence, louchant sur le bout du thermomètre, avant de glisser la sonde sous sa langue. Quand il sonna, Nagato le récupéra pour regarder la température qui avait été mesurée puis il hocha la tête.
— Pas de fièvre, confirma-t-il. Voilà qui est rassurant.
Puis sa voix se fit moins forte quand il demanda « que vous arrive-t-il ? » d'un ton doux et Itachi ramena contre lui aussi bien Monsieur Nours que plus de couvertures, tentant de disparaître dans ses oreillers.
— Est-ce que vous avez déjà échoué avec des conséquences graves et importantes ? interrogea le propriétaire de l'appartement 1301 en fixant ses mains.
— À part mon mariage, vous voulez dire ?
La plaisanterie tomba entre eux et Itachi s'étonna que son colocataire fût si à l'aise pour rire de son divorce. Il leva les yeux pour constater que l'autre homme avait forcé la blague pour lui arracher un sourire et tenter de désamorcer quelque chose qui paraissait si grave dans le ton d'Itachi.
Ce dernier se décala dans son lit, laissant suffisamment de place pour que Nagato pût s'asseoir sur le bord.
Soupirant, le policier secoua la tête, essayant de revenir de souvenirs vieux de huit ans déjà. Il força ses rétines à examiner ce qu'il distinguait de la chambre de son colocataire, étonnamment mieux rangée que ce à quoi il s'attendait.
— Oui, souffla-t-il finalement. Oui, ça m'est arrivé.
Itachi glissa son index dans le trou formé à l'endroit où Monsieur Nours avait perdu son œil, manipulant la peluche sans pouvoir s'en empêcher.
— Comment fait-on pour s'en sortir ?
Le silence interrogateur qui flotta entre eux ne parvint pas à tirer plus d'explications que ça. Nagato composa avec, se doutant que l'événement tu par son colocataire ne le concernait pas.
— Eh bien, déjà, on ne se terre pas dans sa chambre pendant plusieurs jours, ça n'aide pas.
Une grimace contrite s'imprima sur le visage d'Itachi et il se cacha derrière le nounours, penaud.
— Ensuite, reprit Nagato. Ça dépend vraiment. Les conséquences de votre échec sont-elles si graves ?
Itachi soupira.
— Non, je ne pense pas. Il est possible que je dramatise énormément…
C'était même certain, réalisa-t-il. Ce n'était qu'un prix de cinéma, remis par un aréopage de vieux, cela ne faisait pas le public et son public lui avait montré un soutien sans faille sur les réseaux, s'il en croyait les messages d'Hinata. Les forums avaient explosé de mots d'amour de ses fans, la plateforme de streaming d'Akatsuki Productions avait atteint des sommets rarement égalés.
Il se trouva ridicule et se redressa finalement, alors que son colocataire se relevait du lit, satisfait de le voir reprendre du poil de la bête. Il s'avança vers la porte et lança :
— Alors le mieux à faire, c'est de se remettre au travail et avec enthousiasme.
— Et vous, interpela Itachi soudainement curieux, vous vous en êtes sorti ?
Nagato s'arrêta sur le seuil, une tristesse immense teintant son regard, alors qu'il laissait un sourire dévoiler ses dents blanches.
— Malheureusement, les conséquences de mon échec sont absolues et irréversibles.
À bientôt !
