Bonjour,

Voici le chapitre 9 et nos héros apprennent une bien triste nouvelle. Mais ils doivent continuer leur enquête. Et peut-être enfin ouvrir les yeux sur ce qu'ils ressentent !

Merci de continuer à me lire et à m'écrire. Merci pour vos messages.

Prenez soin de vous et de vos proches.

Bonne lecture et à la semaine prochaine

Sydney8201

Musique du chapitre :

Broken de Lifehouse

Chapitre 9 : Triste nouvelle

« Un jour la joie, un jour la tristesse, tous les jours le sourire. »

Sébastien Fauvel

Castiel avait du apprendre depuis le début de sa carrière à annoncer les mauvaises nouvelles. Que ce soit la mort d'une personne à une famille qui voulait encore croire que leur proche était en vie. Que ce soit celle d'un enfant à une famille qui le pensait tranquillement endormi dans son lit. Ce n'était pas agréable. C'était même ce qu'il détestait le plus. Il le faisait par téléphone ou le plus souvent en personne. Il frappait à leur porte conscient qu'il allait leur annoncer quelque chose qui bouleverserait leur vie ensuite. Quelque chose dont ils ne pourraient probablement plus jamais se remettre. Bien sûr, parce qu'il était l'un des meilleurs inspecteurs, il avait heureusement plus de bonnes nouvelles à annoncer que de mauvaises. Mais il lui arrivait d'échouer et de devoir faire le sale travail ensuite.

Il avait fini par apprendre à se blinder. Il ne s'impliquait pas émotionnellement. A la manière d'un médecin, il refusait d'envisager ces victimes comme des êtres humains. Pas parce qu'il se fichait de leur sort. Bien au contraire. Mais parce qu'il refusait d'être détruit par chaque mort à laquelle il devait faire face. Parce qu'il savait qu'en laissant le chagrin s'emparer de lui, il ne pourrait plus continuer à fonctionner correctement.

Il avait de la peine pour les familles. Il savait combien ce qu'ils vivaient était difficile. Insupportable. Mais il ne faisait pas partie de leur cercle et s'il leur présentait ses sincères condoléances, il ne faisait rien de plus. Il ne promettait rien. Il ne proposait rien. Il restait dans son rôle. A l'écart pour se protéger.

C'était devenu presque facile avec le temps. Il avait un petit discours tout prêt qu'il adaptait à la situation à laquelle il devait faire face. Il avait des formules qu'il répétait à chaque fois parce qu'elles étaient efficaces. Il avait des gestes enregistrés dans un coin de son cerveau qui se voulaient à la fois compatissant mais professionnels. Il avait toute une routine en place qu'il ressortait à chaque fois.

Et il aurait aimé pouvoir s'en servir à nouveau. Il aurait aimé pouvoir l'utiliser dans la situation à laquelle il devait faire face. Il aurait voulu pouvoir rester distant. Ne pas ressentir le moindre chagrin. Juste la frustration de ne pas avoir pu faire place. Il aurait pouvoir ne pas s'impliquer cette fois ci encore. Sauf qu'il n'y parvenait pas. Car c'était la première fois qu'il avait la sensation d'être celui qui vivait une perte douloureuse. La première fois qu'il avait l'impression d'être celui à qui on venait annoncer la pire des nouvelles. Celle dont il ne pourrait jamais réellement se remettre.

C'était Gabriel qu'on avait chargé de le lui dire. Castiel sut à la minute où il vit le visage défait de son coéquipier que ce qu'il était venu lui annoncer était une mauvaise nouvelle. Et il ne s'était pas trompé.

A six heure du matin, une patrouille avait retrouvé le corps sans vie du jeune prostitué que Castiel avait pourtant surveillé toute la nuit. On avait jeté sa dépouille dans une benne à ordure en périphérie de la vie. Il était entièrement nu et mutilé. Et d'après les premières constatations du médecin léguiste, il avait été violé. Castiel savait parfaitement ce que cela voulait dire. Le tueur après lequel il courait était coupable de ce nouveau meurtre. Il avait fini par mettre la main sur le jeune garçon. Castiel avait échoué.

Il était pourtant resté jusqu'à deux heures du matin à l'observer sans bouger. Il avait attendu de le voir rentrer chez lui pour en faire de même. Il avait cru son travail fini. Il avait eu tort. Et son erreur avait couté la vie à ce jeune garçon.

De ce que Gabriel savait pour le moment, les tortures avaient été atroces. Le jeune garçon n'était pas mort rapidement. Le tueur avait fait en sorte de le maintenir en vie suffisamment longtemps pour le faire souffrir autant que possible. Il avait été asphyxié. Violé. Frappé. Entaillé. Mutilé. Il avait fini par se vider de son sang.

Castiel prit la nouvelle comme un coup de poing en plein visage. Il ne connaissait pas ce garçon. Il ne savait pas grand-chose de lui. Il ne lui avait même jamais parlé. Mais jamais avant il ne s'était senti aussi concerné. Aussi impliqué. Et aussi triste d'apprendre la mort de quelqu'un.

Mais le pire restait à venir. Parce qu'il allait devoir annoncer la nouvelle à Dean. Il aurait pu laisser Gabriel s'en charger. Il aurait sans doute été plus à l'aise que lui. Mais il refusait de se défiler. Il refusait de se comporter aussi lâchement. Il avait promis à Dean de faire en sorte de sauver ce jeune garçon. Il avait échoué. Il devait en assumer les conséquences.

Il prit donc son courage à deux mains et envoya un message à Dean pour lui demander de venir au commissariat. Il aurait pu se rendre chez lui pour le lui annoncer dans l'intimité de son appartement. Mais cela rendrait les choses plus difficiles encore. S'il voulait garder un semblant de calme et de professionnalisme, il ne devait surtout rien changer dans ses méthodes. Faire venir Dean était la meilleure des solutions.

Il utilisa les trente minutes dont le jeune homme eut besoin pour venir pour se préparer à lui annoncer la nouvelle. Il tenta de répéter un discours qui sonnait juste. Il essaya de trouver le meilleur moyen de lui apprendre les choses sans avoir l'air trop impliqué ou trop distant. Ce n'était pas facile. A chaque fois qu'il repensait au jeune garçon qui avait tant souffert, son cœur se serrait et sa gorge se nouait. Il n'avait jamais ressenti quoi que ce soit de ce genre. Il ne savait pas si la peine qu'il ressentait était du à ce que le jeune prostitué avait subi ou à la façon dont il savait que Dean réagirait.

Il réquisitionna une salle au calme pour que le jeune homme et lui ne puissent pas être interrompus ou entendus. Il prépara un café noir pour Dean. Puis il attendit que son ami finisse par arriver.

Dean dut sentir que la situation était grave quand il sortit de l'ascenseur et posa les yeux sur Castiel puisque son visage se tendit presque aussitôt. Le jeune inspecteur lui fit signe de le suivre sans parler. Il le fit entrer dans la salle qu'il avait préparé puis s'asseoir à la place qu'il lui avait choisi. Dean s'exécuta sans parler, les yeux brillants et le visage pâle.

C'était pire encore que ce que Castiel avait imaginé. Il pouvait sentir le chagrin de Dean. Il détestait en être la cause, même indirecte.

- Il est mort, c'est ça ? finit par demander Dean en saisissant le café que Castiel avait servi pour lui.

Le jeune inspecteur aurait aimé pouvoir lui dire « non ». Il aurait aimé pouvoir lui mentir pour lui épargner la souffrance qui allait suivre. Mais ils s'étaient promis de ne rien se cacher. Et Castiel refusait de trahir cette promesse juste pour gagner un peu de temps. Il hocha donc la tête en prenant place en face de son ami.

- Son corps a été retrouvé dans une benne ce matin par une de nos patrouilles. Je … je suis désolé Dean. J'aurais pouvoir t'annoncer une bonne nouvelle. Je sais que ça doit …

- Cas, ce n'est pas … je crois que d'une certaine manière, je m'y attendais. Je … est-ce qu'il a beaucoup souffert ?

Castiel s'était attendu à tout sauf à cette question. Il avait pensé que la nouvelle mettrait Dean en colère. Qu'il lui hurlerait dessus. Qu'il lui ferait des reproches. Ou qu'il exploserait en sanglots. Mais il ne s'était pas attendu à ce que le jeune homme accepte la nouvelle aussi calmement. Et certainement pas à ce qu'il demande ainsi des détails. Castiel n'avait pas envie de lui décrire l'étendue de ses blessures. Les horreurs qu'il avait vécues. Il aurait aimé pouvoir l'épargner. Mais il refusait de mentir. Si Dean voulait tout savoir alors Castiel lui dirait tout.

- Il … je n'ai pas encore lu le rapport d'autopsie mais … d'après les premières informations, il … commença t-il perdu quant à ce qu'il devait dire et ce qu'il n'avait pas le droit de partager avec Dean.

- Cas, s'il te plait … je sais que ça ne doit pas être facile pour toi et je sais que tu veux me protéger mais je … j'ai besoin de savoir alors … je t'en supplie ne m'épargne pas.

Castiel détourna les yeux quelques secondes. Le plus souvent, quand on lui posait ce genre de questions, il refusait de répondre. Il ne voulait pas donner les détails aux familles des victimes. Ce n'était jamais une bonne chose. Il préférait laisser ce travail au médecin légiste. Mais il savait que Dean n'abandonnerait pas. Il se racla la gorge, reporta son attention sur le jeune homme puis choisit de se lancer.

- Il a subi les mêmes horreurs que les autres victimes. Et … même si je ne connais pas tous les détails, je peux effectivement te dire qu'il a du souffrir oui. Il …

- Il a été violé ? Est-ce qu'il … est-ce que le tueur l'a … étranglé ?

Castiel hocha la tête, incapable de répondre verbalement. Il savait parfaitement ce à quoi Dean pensait. C'était comme dans son cauchemar. Comme ce qu'il avait ressenti dans la voiture la première fois qu'ils avaient vu le jeune garçon. La sensation d'étouffer. Le manque d'oxygène. Les mains qui se resserraient inexorablement autour de sa gorge.

Il était perdu dans ses pensées et sursauta quand Dean donna brusquement un violent coup de poing sur la table. Sa tasse de café manqua de se renverser mais ce n'était définitivement pas ce qui préoccupait Castiel. Ce qui l'inquiétait était la colère qu'il pouvait lire à présent sur le visage du jeune homme. Elle n'était pas tourné contre le jeune inspecteur. Non. Dean était furieux contre lui-même. Et c'était exactement ce que Castiel avait redouté. Qu'il se fasse des reproches alors qu'il n'était pas responsable.

- Je le savais … je … je l'avais senti. J'en ai rêvé et … je n'ai rien fait. Je n'ai pas … j'ai même refusé de m'endormir pour ne plus avoir à affronter tout ça. J'ai fui mes responsabilités Castiel. Si j'avais eu le courage de m'endormir, j'aurais pu empêcher tout ça. J'aurais pu faire quelque chose. C'est … tout est de ma faute.

Castiel lui attrapa alors la main par-dessus la table. C'était quelque chose qu'il ne faisait jamais dans le cadre de son métier. Il refusait d'établir le moindre contact physique. Mais cette fois, il était incapable de se retenir. Il ne supportait pas de voir Dean dans cet état. Il devait absolument faire quelque chose pour le soulager.

- Non, ce n'est pas de ta faute Dean. Le seul responsable c'est le monstre qui l'a tué … peut être la police qui a refusé de t'écouter. Mais ce n'est pas toi. Rien ne te garantit que tu aurais appris quoi que ce soit de nouveau … tu nous as déjà donné la seule piste valable depuis le début de l'enquête. Et …

- Et rien du tout Cas. Je … je me demande juste … pourquoi avoir ce don si je ne peux pas obtenir des informations concrètes et sauver des vies ? A quoi me servent ces rêves si je ne peux pas m'en servir pour vous aider ? J'ai l'impression … jusque-là je pensais vraiment que tout ceci avait un but … un sens que je devais découvrir. Mais je commence à me demander si ce pouvoir n'est pas juste destiné à me torturer … à me faire payer pour tout le mal que j'ai pu faire par le passé. Ce n'est pas …

Castiel serra la main de Dean dans la sienne. La colère était retombée mais la détresse évidente du jeune homme lui brisait le cœur. Il pouvait le comprendre. Il avait un don incroyable. Il aurait pu sauver des centaines de vie si toutefois on lui en laissait l'opportunité. Mais on ne lui donnait que des bribes d'informations. Des petits détails qui ne servaient pas à grand-chose. On lui faisait miroiter quelque chose pour le lui retirer ensuite brutalement. Ca ne pouvait pas être facile à supporter.

- Je sais que ça doit être frustrant mais je veux croire que tout ceci a un sens … que ce n'est que le début. Tu finiras sans doute par en apprendre plus. Tu dois juste t'accorder le temps. On ne peut pas gagner à tous les coups.

Dean ricana une seconde et Castiel sut alors qu'il avait dit une bêtise. Que ce n'était pas ce que le jeune homme voulait entendre. Ou ce qu'il avait besoin qu'on lui dise.

- Sauf que chacune de mes défaites sonne la mort d'un innocent dans cette affaire. Je savais qu'il était le prochain. Je le savais. Alors oui … peut être que je n'en savais pas plus sur l'endroit où il serait tué ou le moment précis où le tueur l'attraperait mais je … je savais qu'il était sa cible. Peut être que ça aurait du me suffire. Peut-être que celui qui m'a donné ce pouvoir attendait de moi que je m'en contente. J'aurais du aller lui parler. L'emmener chez moi pour être sûr qu'il soit réellement en sécurité.

- Dean, tu ne peux pas … s'il y a bien quelque chose qu'on nous apprend à l'école de police c'est qu'on ne peut pas sauver tout le monde. Il faut savoir apprendre à accepter les échecs. Je ne te dis pas que ce n'est pas triste et frustrant mais cela fait partie de la vie. Tu n'as pas sauvé ce jeune garçon mais tu sauveras le prochain … j'en suis convaincu.

Dean ne semblait définitivement pas aussi sûr que lui. Castiel pouvait le comprendre. Il était passé par là au début de sa carrière. Lui aussi voulait croire qu'il serait capable de sauver tout le monde. Qu'il en connaitrait aucun échec. Il avait fini par se rendre à l'évidence. Mais cela demandait du temps.

- J'ai fui mes responsabilités Cas. J'ai refusé de faire face à tout ça parce que je ne pensais qu'à moi. Et … voilà le résultat. Il est mort et pourquoi ? Parce que je n'ai pas eu le courage d'essayer de l'aider.

- Dean, je ne peux pas te laisser dire ça. Tu as fait tout ce que tu pouvais faire. Tu en as fait plus que la majorité des gens auraient fait à ta place. Mais ce don … aussi important soit-il … tu ne l'as pas demandé. On te l'a imposé. Il est normal que tu penses à toi un peu de temps en temps. Personne ne peut t'en faire le reproche.

Dean soupira longuement. Il semblait fatigué maintenant. Un peu comme si on lui avait volé toute son énergie brusquement. Castiel repensa alors à ce qu'il lui avait dit un peu plus tôt. Il refusait de dormir pour ne pas être confronté à un nouveau cauchemar. Il passait ses nuits éveillé. Il devait être épuisé.

- On me l'a effectivement imposé. J'ai été choisi et tu sais quoi ? Je sais maintenant que je ne suis pas la bonne personne pour tout ça. Je ne suis pas … je donnerais tout pour que cela cesse … qu'on me reprenne ce don parce que je n'en suis pas digne et pour qu'on le donne à quelqu'un d'autre. J'en ai assez de tout ça. J'en ai assez de cette responsabilité qui pèse sur mes épaules. Je veux retrouver ma vie d'avant. Je veux redevenir le Dean que j'étais avant mon accident et je veux … je veux juste pouvoir me reposer un peu.

Castiel hocha la tête parce qu'il comprenait parfaitement ce que Dean ressentait à cet instant précis. Il aurait aimé pouvoir lui donner ce qu'il voulait tant. Il aurait aimé pouvoir lui offrir une chance de mener une vie normale à nouveau. Il aurait même accepté de prendre son don. Mais il était totalement impuissant. Il ne pouvait rien faire pour l'aider. Il ne pouvait qu'être là pour le soutenir et le réconforter.

- J'aimerais pouvoir te dire que tout finira par s'arranger. Que tu finiras par obtenir ce que tu désires. Mais je n'ai pas la moindre idée de la manière dont ton don fonctionne. Et je … je ne peux finalement pas faire grand-chose pour t'aider. Je ne peux qu'être là pour toi quand tu as besoin. Que ce soit pour t'écouter, te soutenir ou juste pour te tenir compagnie.

- Cas, je ne peux pas … je ne veux pas que tu puisses penser que je suis en colère contre toi … je sais que tu as fait de ton mieux et … tu continues en faisant en sorte de me soutenir … de me réconforter mais je … je … je me montre égoïste à nouveau en ne pensant pas une seule seconde à ce que toi tu peux ressentir.

Castiel n'avait effectivement pas vraiment pris le temps de penser à ce qu'il ressentait. Parce que c'était son métier. Parce que ce n'était pas la première qu'il vivait quelque chose de ce genre et qu'il avait été entrainé pour ça. Il n'avait pas le droit de laisser cette nouvelle le bouleverser. Il n'avait donc pensé qu'à Dean. Et il préférait se concentrer sur lui avant tout. Cela rendait les choses plus simples.

- Je ne vais pas te mentir et te dire que je ne suis pas triste et déçu … en colère et frustré également mais … ce n'est pas malheureusement pas la première fois que je suis confronté à ce type de situations. J'ai dû apprendre à composer avec. Je ne peux pas me permettre de vivre les choses trop … personnellement … ou je doute de pouvoir continuer à faire mon travail correctement.

Dean hocha la tête à son tour. Il semblait comprendre la position de Castiel. Il ne le jugeait pas sur le fait qu'il ne laissait pas tout ceci l'atteindre. Il ne le trouvait pas trop distant ou trop froid.

- Est-ce que je peux te demander un énorme service ?

- Bien sûr, tout ce que tu veux, assura Castiel sans hésiter la moindre seconde.

Peu importait ce que le jeune homme allait lui demander. Il ne pourrait jamais lui dire « non ». Il ne se sentait pas capable de lui refuser quoi que ce soit. Et cela risquait d'être un problème un jour. Mais pour le moment, Castiel refusait de s'en soucier.

- J'aimerais … je voudrais … enfin si c'est possible bien sûr, je voudrai voir son corps. Ce n'est pas … juste par voyeurisme ou quoi que ce soit de ce genre. Je pense … j'espère que je pourrais avoir un flash ou apprendre quelque chose de nouveau en le voyant. C'est juste … j'ai besoin de faire quelque chose … j'ai besoin que cette mort ne soit pas vaine.

Castiel aurait dû dire « non ». Ce n'était pas une bonne idée. Dean n'avait aucune raison de voir le corps. Il n'était pas de la famille. Il n'était pas un proche du jeune garçon. Et il n'était pas de police. Trouver des indices à partir du corps d'une victime était le travail du médecin légiste. Castiel était pourtant convaincu qu'il ne trouverait rien. Le tueur n'avait jamais laissé le moindre indice derrière lui et il n'allait certainement pas commencé maintenant. Seul Dean pourrait trouvé quelque chose de nouveau.

- Tu es sûr que tu t'en sens capable ? Il est … loin de moi l'idée de te sous-estimer ou de te dire ce que tu es capable ou non de supporter mais … il a été … mutilé et … ce n'est pas beau à voir.

Dean déglutit avec peine mais finit par hocher la tête. Castiel n'était pas sûr qu'il ne s'effondrerait pas en voyant l'état dans lequel le jeune garçon se trouvait. Mais il ne lui interdirait pas de le voir pour autant. Il était évident que Dean avait besoin de repartir de l'avant. De faire quelque chose de concret pour que la mort du jeune prostitué ne soit pas un échec trop cuisant.

- Suis moi. Je vais t'y conduire, conclut Castiel avant de se lever de sa chaise.

Dean en fit de même quelques secondes plus tard avant de le suivre en dehors de la pièce. La suite s'annonçait difficile. Si Castiel était habitué à voir des cadavres dans des états plus ou moins atroces, Dean n'était pas préparé à ce qu'il allait devoir affronter. Le jeune inspecteur espérait que cela en compliquerait pas plus les choses pour son ami. Il y avait tout un monde entre savoir qu'une victime avait été torturé atrocement et en avoir la preuve sous les yeux. Dean était fort. Mais Castiel espérait qu'il n'en ressortirait pas totalement traumatisé. Il était de toute façon trop tard pour reculer à présent.


Dean avait appris à se fier à son intuition. A toutes les choses qu'il ressentait depuis son accident même s'il n'était pas toujours capable de se les expliquer. Et quand il reçut le coup de fil de Castiel lui demandant de venir au commissariat pour lui parler, il sut que les nouvelles ne seraient pas bonnes.

Il pouvait sentir, même à distance, une certaine détresse et une frustration évidente chez Castiel. D'ordinaire, il n'avait ce genre de ressenti que lorsqu'il était face à quelqu'un. Mais avec le jeune inspecteur, c'était différent. Il pouvait sentir ces choses à distance. Il pouvait sentir un lien avec lui qui ne s'atténuait même quand ils n'étaient pas cote à cote. Et si cela ne lui en disait pas plus sur ce que Castiel ressentait à son égard, cela l'aidait tout de même à deviner ce qu'il ressentait en général. Et après son appel, il avait la très nette impression que Castiel n'allait pas bien. Dean n'avait pas besoin d'en savoir plus pour deviner ce qui posait problème.

Cela concernait forcément le jeune garçon que Castiel avait choisi de surveiller sur son temps libre. De celui dont Dean avait rêvé et qui serait la prochaine victime du tueur. Le jeune homme se doutait qu'il était arrivé quelque chose. Il aurait aimé pouvoir croire le contraire bien sûr. Se persuader que son pressentiment était erroné. Mais il ne se trompait jamais sur ce genre de choses.

Il en eut la confirmation quand Castiel lui annonça la terrible nouvelle. Dean ne fut pas vraiment surpris puisqu'il l'avait su avant de l'entendre. Mais cela ne rendait pas les choses plus faciles pour autant. Car le jeune homme se sentait responsable. Il avait fui ses responsabilités. Il avait choisi de se montrer égoïste parce qu'il ne se sentait pas la force de surmonter un nouveau cauchemar. Il avait fait faux bond à celui qu'il aurait du protéger.

Peu importait les mots rassurants de Castiel. Son soutien et ses compliments. Dean continuerait de s'en vouloir. C'était ainsi qu'il fonctionnait. On lui avait confié un don et il avait refusé de l'exploiter. Il avait renoncé à se montrer à la hauteur. Il n'était pas la bonne personne. Il n'était pas suffisamment fort ou courageux. Il était lâche et il ne laisserait personne le convaincre du contraire.

Bien sûr, les paroles de Castiel lui faisaient tout de même chaud au cœur. Il était content de voir qu'il avait le soutien de son ami. Content de voir qu'il ne le blâmait pas pour ce qui venait de se passer. Qu'il continuait à lui faire confiance. Cela le poussait à faire mieux. A faire différemment. A se reprendre en mains.

Et cela devait commencer par une confrontation avec le corps sans vie de la victime. Pour tenter de sentir quelque chose. D'obtenir un nouvelle indice. Castiel tenta bien de l'en dissuader. Mais Dean en avait assez de ne penser qu'à lui. De chercher à se protéger quand on lui avait fait confiance pour se montrer à la hauteur.

Il devait faire quelque chose. Il refusait que le mort du jeune prostitué soit vaine. Qu'elle n'apporte rien. Qu'elle ne les aide pas à progresser.

Il suivit Castiel dans les couloirs puis dans l'ascenseur. La morgue se trouvait au sous-sol. Dean ne s'était jamais rendu dans un tel endroit. Il avait vu des séries policières mais rien ne l'avait préparé à l'atmosphère glacial qui y régnait. Il ne savait pas s'il était le seul à la ressentir. Si c'était du à son don ou si c'était quelque chose que tout le monde vivait en y pénétrant. Mais il y régnait une odeur de mort. Une tristesse presque palpable qui lui coupa le souffle. Il avait la sensation qu'on lui avait retiré tout espoir. Qu'il était arrivé au bout du chemin. Il se força tout de même à continuer de suivre Castiel. Il ne prêta pas attention aux frissons qui parcouraient tout son corps ou à ses jambes qui flageolaient un peu plus à chaque nouveau pas. Il ne se concentra que sur son objectif. Et sur Castiel qui marchait devant lui. Il était son roc.

Ils finirent par pénétrer dans une immense pièce où un placard composé de casiers métalliques habillaient tout un pan de mur. Dean savait parfaitement ce dont il s'agissait. Il resta à distance, incapable de s'approcher. Il pouvait sentir quelque chose de noir et de très douloureux qui en émanait. Un peu comme s'il pouvait ressentir les derniers instants de vie de chaque corps rangés là. C'était bien plus que ce qu'il avait la force d'affronter pour le moment.

Il laissa donc Castiel ouvrir le tiroir qui contenait le jeune prostitué puis, quand le jeune policier lui jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, il prit une grande inspiration et trouva finalement la force d'approcher.

Il garda les yeux rivés sur Castiel alors que ce dernier tirait le plateau en acier sur lequel le jeune prostitué reposait toujours. Il se laissa quelques secondes pour prendre des forces et se préparer à ce qu'il allait voir.

C'était inutile bien sûr. Car dès qu'il crut être prêt et qu'il posa les yeux sur la victime, son cœur se serra dans sa poitrine et il eut le souffle coupé. Rien n'aurait pu le préparer à ce qu'il voyait. Il se demanda une seconde s'il n'avait pas eu tort d'exiger de le voir. Car son corps était effectivement mutilé. Son torse était couvert d'hématomes et de coupures en tous genres. On lui avait amputé une jambe juste en dessous du genou alors que l'autre était dans un angle étrange laissant supposer qu'on l'avait fracturé. Ses bras manquaient à l'appel. Mais le pire était sans nul doute son visage.

Dean n'avait jamais rien vu de tel avant. Ce n'étaient pas tant les blessures qui déformaient ses traits et le sang qui maculaient ses cheveux qui le perturbaient le plus. C'était avant tout la terreur qu'il pouvait toujours lire dans ses yeux. Ils étaient vitreux, privés de toute étincelle de vie. Mais il reflétait encore l'expression que le jeune prostitué avait eu au moment de sa mort.

C'était quelque chose que Dean ne pourrait jamais oublier. Il n'avait jamais lu une telle terreur dans les yeux de quiconque avant. Il pouvait également y lire la souffrance qu'il avait du ressentir et quelque chose qui ressemblait vaguement à du soulagement. Il avait voulu mourir à la fin. Parce qu'il ne pouvait plus supporter les souffrances qu'on infligeait à son corps. Parce que la mort était en fin de compte le seul échappatoire possible.

Autour de son cou, Dean pouvait clairement voir la trace des mains du tueur. C'était ce qu'il avait vu dans son cauchemar. Le moment où le tueur l'avait privé de son oxygène juste pour le plaisir de le faire souffrir. De l'asphyxier jusqu'à l'extrême limite avant de le laisser respirer à nouveau.

Dean garda les yeux rivés sur ces traces alors que tout son corps commençait doucement à vibrer. Il avait besoin de toucher. Il était presque sûr qu'en effleurant la peau du jeune garçon, il ressentirait quelque chose. Mais il n'était pas sûr d'en avoir le droit. Il releva les yeux vers Castiel.

- Est-ce que je peux … je pense que si je … commença t-il.

Il était incapable de terminer sa phrase. Sa gorge lui semblait sèche. Il avait du mal à respirer. Du mal à rester debout. Il avait les jambes qui tremblaient affreusement. Il avait envie de partir. De prendre la fuite et de mettre de la distance entre cet endroit et lui. Mais il se força à rester immobile. Il avait déjà fui ses responsabilités en refusant de dormir. Cela avait probablement couté la vie du jeune garçon sur la table. Il n'avait pas le droit de recommencer. Cette fois, il devait faire face.

- Dean, tu ne dois pas te sentir obligé de faire quoi que ce soit. Je t'ai fait venir ici uniquement parce que tu me l'as demandé. Mais je n'attends pas de toi que tu …

- Cas, s'il te plait … j'en ai besoin. Je … je ne peux pas ne rien faire.

Castiel le regarda une seconde, le visage tendu avant d'hocher la tête. Dean le remercia d'un rapide sourire avant de se reconcentrer sur le corps sans vie devant lui. Il décolla difficilement son bras de son corps et approcha doucement sa main du cou de la victime. Il l'avait à peine effleurer qu'une violente douleur dans le cou, le visage et les jambes le frappèrent de plein fouet. Il recula d'un pas avant de basculer en arrière et de tomber sur les fesses. Il entendit Castiel l'appeler mais il était incapable de répondre. Incapable de le regarder.

La douleur était intense. Il n'avait jamais eu aussi mal de sa vie. Il ne pouvait plus respirer. Il ne pouvait plus bouger. Il avait la sensation qu'une force invisible le frappait partout sur le corps. Sa jambe droite le lançait affreusement. Il pouvait clairement sentir des mains se refermer autour de son cou. Son visage le cuisait. Il était presque sûr de sentir du sang couler sur ses joues.

Il savait que ces souffrances n'étaient pas réelles. Il revivait celles du jeune prostitué. Elles finiraient par cesser. Mais parce qu'il estimait les mériter, il les accepta sans problème.

Il ferma les yeux et les laissaient l'envahir. Il voulait comprendre ce que le jeune garçon avait ressenti. Ce qu'il avait vécu. Pensé. S'il avait prié, pleuré ou s'il avait juste accepté son sort sans se battre. Il voulait entrer dans sa tête à défaut de pouvoir entrer dans celle du tueur.

Il eut la sensation que la douleur durait éternellement. Elle le terrassait complètement. Il se sentit basculer sur le dos. Il était allongé sur le carrelage mais il ne pouvait pas sentir le froid transpercer ses vêtements. Il avait chaud. Il transpirait. Il ne put se retenir de crier. Il devait probablement affoler Castiel. Mais il ne pouvait pas faire autrement.

Il n'aurait pas su dire combien de temps il endura la douleur sans rien pouvoir en tirer. Mais après ce qui lui sembla être une éternité, il finit par avoir un flash. Il n'était plus à la morgue. Il n'était plus avec Castiel. Il n'était plus dans son corps. Il n'était plus Dean. Il s'appelait Keith. Il avait deux huit ans depuis seulement quelques semaines. Ses parents l'avaient mis dehors parce qu'ils l'avaient surpris dans les bras d'un autre garçon. Il voulait devenir acteur. Il avait des rêves plein la tête jusqu'à très récemment. Mais la réalité s'était chargée de le ramener sur Terre. Il était terrifié. Seul au monde. Et il avait mal. Tout son corps n'était plus que souffrance. Il avait envie de mourir. Envie d'en finir avec tout ça. Personne ne pleurerait sa disparition de toute façon.

Il pleurait. Il hurlait. Il appelait sa mère même si elle n'en avait plus grand-chose à faire de lui. Il suppliait le monstre qui lui faisait du mal de le tuer pour de bon. Il avait trop de mauvais choix. Il avait eu trop peu de chances. Il avait été mené en bateau, trompé et trahi. Il avait été abandonné. Keith avait été une victime depuis toujours mais n'en avait pris conscience que trop récemment.

Le visage de l'homme devant lui était presque entièrement dissimulé par l'obscurité ambiante. Mais Keith pouvait voir son menton. Et cette cicatrice qui le barrait de long en large. Il ne parvenait plus à regarder ailleurs. C'était la seule chose sur laquelle il parvenait encore à se concentrer. Il allait bientôt mourir et c'était la dernière image qu'il emmènerait avec lui.

- Tu aurais pu avoir la vie sauve si cet enfoiré du site ne m'avait pas faux bond. Tache de t'en souvenir. Ce n'est pas de ma faute. C'est de la sienne.

Dean aurait aimé lui demander des précisions. Mais il n'était pas aux commandes dans ce corps ci. Il ne pouvait que crier. Ce qu'il fit durant ce qui lui sembla être une éternité. Puis tout devint noir. La douleur cessa enfin. Et Dean rouvrit les yeux.

Il était de retour dans la morgue. Castiel était agenouillé à ses côtés, le visage pâle et une inquiétude évidente dans le regard. Dean ne chercha pas à se redresser. Il était presque sûr d'en être incapable.

- Dean, oh mon Dieu … parle moi s'il te plait … dis moi quelque chose. N'importe quoi. J'ai besoin de savoir que tu vas bien. Je n'aurais jamais du te laisser faire. Je suis … je suis tellement désolé.

Dean parvint à attraper son bras d'une main qui tremblait affreusement. Il avait toujours le cœur qui battait trop vite et une migraine qui pointait le bout de son nez. Mais il était de retour dans son corps.

- Je … je suis là Cas … je … j'étais avec lui et je … il … ses cibles, il les trouve sur un site de rencontre. Le dernier lui a fait faux bond et c'est pour ça qu'il a pris Keith … c'est son nom … Keith.

Castiel sourit, visiblement soulagé de voir que Dean avait repris connaissance. Ils restèrent silencieux durant quelques minutes après ça avant que le jeune homme ne trouve finalement la force pour s'asseoir.

- Je n'ai pas vu grand-chose de plus … si ce n'est la cicatrice qu'il a sur le menton. Elle est suffisamment grande pour être remarquée. C'est un indice non ?

- C'est une information capitale Dean. Mais pour le moment, c'est de toi que je veux me soucier. Est-ce que tu peux te lever ?

Dean prit le temps de réfléchir avant de secouer la tête. Il avait envie de se montrer fort mais il n'en avait clairement pas l'énergie pour le moment. Castiel s'assit alors à côté de lui.

- Tu m'as fichu la trouille tu sais. Je … j'ai cru que tu … que tu faisais une attaque.

- J'ai eu un flash. C'était … j'aurais du te prévenir que ça pouvait arriver.

- Peu importe. Je suis content que ce ne soit pas grave.

Dean hésita une seconde, puis, parce qu'il n'avait pas la force de lutter contre ses pulsions, il se rapprocha de Castiel et posa sa tête contre son épaule. Ce dernier sembla surpris une seconde mais ne chercha pas à le repousser. Il passa même son bras autour de lui pour le soutenir. Dean sentit presque aussitôt une chaleur agréable l'envahir. La souffrance avait disparu et il était avec Castiel. Il se sentait bien.

- Est-ce que c'est comme ça à chaque fois ? Parce que franchement, pour y avoir assister, je me demande comment tu fais quand cela t'arrive et que tu es seul.

- Je prie pour que cela ne m'arrive surtout pas dans un lieu public et pour ne pas me fracasser la tête en tombant. Mais ce n'est pas quelque chose que je peux contrôler. Je le subis.

En entendant cela, Castiel resserra un peu plus son étreinte autour de ses épaules et Dean en profita pour se blottir contre lui. Il avait besoin de reprendre des forces et le lien qui l'unissait à Castiel l'y aidait énormément.

- Est-ce que tu … qu'est-ce que tu as ressenti durant tout ce temps ? Tu n'es pas obligé de répondre bien sûr mais … je dois avouer que je suis curieux et j'aimerais … j'aimerais vraiment comprendre ce que tu vis à chaque fois.

Dean était touché qu'il lui pose la question. Cela signifiait qu'il voulait s'impliquer. Qu'il prenait son rôle d'ami au sérieux. Il avait envie de l'aider et cela nécessitait qu'il en sache un peu plus sur ce qu'il traversait à chaque fois.

- C'est différent à chaque fois. Ca dépend du genre de flash que j'ai mais le plus souvent … le plus souvent, je ressens ce que la personne ressent … je suis dans la tête de cette personne et je vis la même chose qu'elle. Je … je ne peux pas intervenir, la faire parler ou même bouger. Je ne peux que subir ce qu'elle subit. Je ne suis rien de plus qu'un spectateur.

Castiel hocha la tête, l'air sérieux et concentré. C'était quelque chose de difficile à expliquer pour lui. Il ne savait pas vraiment comment décrire ce qu'il ressentait à chaque fois. Mais il avait vraiment envie d'aider Castiel à comprendre.

- Donc, à l'instant, tu … tu as ressenti ce que … Keith a ressenti.

Dean hocha la tête.

- J'étais lui … ou plutôt disons que j'étais dans sa tête en quelque sort. Je savais tout ce qu'il savait. Je ressentais ce qu'il a ressenti juste avant de mourir. J'ai vu et entendu ce qu'il a vu et entendu. C'est … c'est comme que j'ai obtenu son nom et des informations sur son passé. C'est aussi comme ça que j'ai entendu le tueur lui parler des sites de rencontre et … que j'ai vu la cicatrice sur son menton. C'est la dernière chose que Keith a vu avant de mourir.

- Ca doit être … je n'ose même pas imaginer combien ça doit être difficile. Tu avais l'air de souffrir atrocement.

- Parce qu'il … Cas, ces dernières minutes ont été … atroces pour lui. Il était terrifié. Il était seul et il avait tellement mal. Il a appelé sa mère même si elle l'a fichu à la porte parce qu'il était gay. Il a supplié pour mourir. Il n'avait pas la force d'en supporter plus et il … il n'arrêtait pas de se dire qu'il ne manquerait à personne. Le pire, c'est … le pire c'est qu'il avait raison. Personne n'est venu réclamer son corps. Personne n'a signalé sa disparition. Il était entièrement seul et … tu n'as pas idée à quel point il a pu souffrir. Ce type … c'est un monstre et il doit payer.

Castiel hocha la tête, visiblement du même avis que lui. Il n'avait pas ressenti ce que Dean avait ressenti mais il était évident qu'il n'en était pas moins déterminé pour autant.

- On va le lui faire payer. Crois-moi. Il ne s'en sortira pas. Et la mort de Keith ne restera pas impuni. Je te le promets.

Dean sourit doucement. Il était encore triste et frustré de ne pas avoir pu aider le jeune garçon. Il se sentait également toujours coupable. Mais il avait également la sensation d'avoir enfin fait quelque chose de bien. Il avait affronté sa peur et assumer son don. Il avait fait en sorte d'obtenir de nouvelles informations. C'était un premier pas en avant dans la bonne direction. Cela n'effacerait pas son erreur mais cela l'aidait à la compenser au moins en partie.

- Je crois que j'ai suffisamment repris de forces pour me lever. Je ne pense que tu aimerais que l'un de tes collègues nous trouve dans cette position et se fasse aussitôt de fausses idées.

Dean n'avait pas du tout envie de se lever. Il aurait aimé pouvoir rester ainsi blotti contre Castiel jusqu'à la fin des temps. Peut être sans vêtements et après que le jeune inspecteur lui ai fait l'amour pendant des heures. Mais ce n'était clairement pas à l'ordre du jour. Et ils avaient d'autres choses plus importantes à faire.

- Tu es sûr. Parce qu'on peut rester là autant que nécessaire et franchement, je me fiche totalement de ce que mes collègues peuvent en penser, répondit Castiel.

- Je t'assure que ça va et … de toute façon, on doit se mettre au travail. On a de nouvelles pistes à explorer non ? Et je … j'ai vraiment envie de continuer. Je veux me rendre utile.

- Tu l'es déjà Dean.

- Tu m'as compris.

Castiel acquiesça à nouveau. Puis, après avoir attendu que Dean s'écarte de lui, il se remit debout et lui tendit la main. Le jeune homme la saisit et le laissa l'aider à se remettre debout. Il lui fallut plus de temps que nécessaire pour relâcher la main de Castiel. Et quand le contact fut rompu, il ressentit une vague de froid l'envahir. La sensation ne dura heureusement pas. Il n'avait pas le droit de se laisser déconcentré.

Il regarda Castiel repousser le tiroir sur lequel Keith reposait à l'intérieur puis fermer la porte. Il adressa une petite prière silencieuse au jeune garçon en lui promettant qu'il allait le venger. Il y croyait vraiment cette fois. Il avait la sensation que son dernier flash avait marqué un net progrès. Il était persuadé de ne plus être très loin de découvrir l'identité du meurtrier. Quand il aurait cette information, il exigerait de Castiel de pouvoir le voir au moins une fois. Il n'avait pas grand-chose à lui dire. Il voulait juste le regarder dans les yeux et lui rappeler qu'il allait payer pour ce qu'il avait fait. Que Dean avait réussi à venger chacune de ses victimes. Il voulait que ce salopard le regarde dans les yeux et comprenne enfin qu'il avait perdu. Cela lui permettrait enfin de clore ce chapitre et de passer à autre chose … avec Castiel si la chance était de son côté.