Clause de non responsabilité
Je ne possède pas les personnages, ils appartiennent à Shonda Rhimes. Ce travail n'a pas d'autres prétentions que celle de prendre du plaisir.
Vos commentaires sont toujours attendus et appréciés. Concernant les détails médicaux, n'étant pas médecins, ils sont certainement discutables.
CHAPITRE 9
- Callie ? Callie tout va bien ?
Elle entendait des reniflements derrière la porte
- Oui, je viens. La voix chargée de larmes déchire le silence
- Callie tu pleures. Pourquoi tu pleures ? Seuls des sanglots lui parvenait. « Oh merde, elle l'avait blessée encore une fois », se blâme Arizona mortifiée. Avait-elle besoin de ramener encore une fois sur la table, ses doutes, son manque de confiance sur la capacité de Callie à l'aimer ? En plus qui était-elle pour juger ? Elle n'était pas champion du monde dans la catégorie « gestion des pertes ». Callie se mentait peut-être avec son besoin presque vital de tomber amoureuse de l'amour, mais elle, ne se mentait-elle pas, avec son « sexe médicament » ? Les pleurs qui n'avaient pas cessé dans la pièce à côté, attirent son attention.
- Callie … Callie je peux rentrer ? Devant l'absence de réponse, elle pousse la porte. Callie je rentre !
Elle sent son cœur se déchirer, à la vue de son ex-femme assise sur le rebord de la baignoire, enveloppée dans son peignoir. De ses yeux rougis s'écoulent la tristesse et le désarroi. Arizona s'agenouille face à elle, son regard est attiré par la brosse à cheveux que son ex-femme tient dans sa main droite. Quand les yeux bleus compréhensifs et compatissant rencontrent les yeux noirs, la brune s'effondre, les larmes coulant en un flot ininterrompu, sur son visage émacié et pâle. Tout ce qu'Arizona redoutait depuis des jours, était là dans cette brosse à cheveux. Elle prend Callie dans ses bras, et la berce, elle la laisse évacuer son chagrin.
- Ça va…ça va…Ce n'est rien que des cheveux, les plus beaux cheveux du monde, mais rien que des cheveux. Ils vont repousser okay ?
Callie avait pleuré longtemps se recroquevillant dans l'étreinte d'Arizona, elle ne voulait plus bouger. Elle était fatiguée d'affronter les effets secondaires de son traitement, les douleurs, l'épuisement qui l'envahit tous les jours d'avantage, cette simple brosse à cheveux avait vaincu tout son courage et ses résistances.
Dans les bras d'Arizona elle se ressourçait, elles n'avaient pas besoin de parler, il suffisait qu'elle la tienne, et ça allait déjà mieux. Elle sent Arizona desserrer légèrement son étreinte. Sans un mot, poussée par le désir illusoire d'arrêter le temps encore un peu, la brune la rapproche davantage, la serrant plus fort encore contre elle. Le mouvement autoritaire qui la maintient en place, fait sourire Arizona. Elle reste immobile, caressant doucement son dos, jusqu'à ce que Callie lève les yeux vers elle.
- Attend, ne bouge pas, je reviens de suite.
Elle n'était pas plutôt partie qu'elle était déjà de retour, se tenant dans l'encadrement de la porte de la salle de bain, une tondeuse, et un ciseau dans chacune de ses mains.
- Arizona ?
- On savait que ça allait arriver. Alors prête ?
Arizona passe la tondeuse dans les cheveux noirs, retirant doucement la chevelure qui était encore là mais certainement plus pour longtemps. Callie anéantie, fermait les yeux, elle ne voulait pas voir ses cheveux joncher le sol. Elle appréciait cependant l'anticipation d'Arizona pour ce moment douloureux, qu'elle savait inévitable, mais qu'elle avait occulté.
Seul le bruit de la tondeuse brisait le silence dans la salle de bain. Elle réfléchissait, Arizona était à ses petits soins, elle avait des éruptions cutanées, et elle accourait avec la crème idéale, elle avait mal à l'estomac, elle avait dans son sac le cachet adéquat, elle sourit intérieurement, elle perdait ses cheveux et elle surgissait avec une tondeuse. Le Dr Robbins était une personne de type A, tout le monde le savait, mais c'était un peu fou, elle avait dû faire une liste exhaustive de tous les effets potentiels de la chimio, pour s'assurer qu'elle ne manque de rien. Debout devant elle se trouvait l'Arizona qu'elle avait perdu, celle qui avait disparu dans les bois de l'Idaho. Tant d'attention et d'amour faisaient couler ses larmes, il semblait que pleurer était ce qu'elle faisait de mieux aujourd'hui.
Ces pensées sont interrompues pas l'arrêt du son de la tondeuse. Arizona avait fini, elle pose l'appareil et regarde tendrement le crâne blanc de Callie. Soulevant le menton de la brune qui fixait ses pieds, son sourire se fige face à la tristesse dans les yeux chocolat qui paraissaient encore plus grands, encore plus beaux si c'était possible. Elle prend son visage entre ses mains, et pose un doux baiser sur la tête fraichement rasée.
- Tu es belle, tu es toujours tellement belle. Mon ex- femme est sexy, vraiment sexy
Un rictus forcé sur le visage, Callie essuie les larmes de ses joues d'un geste rageur, provoquant un sourire sur le visage d'Arizona, parce c'est exactement le genre de réaction d'une Calliope Torres combattante. Elle tend un miroir. La latine, jette un œil d'abord inquiet
- Ça fait assez Rock star tu ne trouves pas ?
Arizona expulse un souffle qu'elle ne savait pas qu'elle retenait, redoutant sa réaction, et comme toujours, elle la stupéfait. Soulagée, elle répète en riant
- Ouai, une Rock Star super sexy. Mon ex-femme est définitivement une rock star super sexy.
Regarde, tu veux essayer ça ? Au cas où il fait froid dehors, ou trop de soleil
Arizona ouvre un grand sac dans lequel se trouvait toutes sortes de couvre-chef. Au milieu des foulards, il y avait des bonnets, des casquettes et même un chapeau de cow-boy. Elle avait absolument tout prévu. Callie laisse échapper un sanglot.
- Désolé, ce n'est pas une bonne idée. Ne pleure pas, si tu n'en veux pas je les range. Hop ça disparait !
Arizona soucieuse de ne pas blesser Callie, imite le prestidigitateur pour faire disparaitre l'objet responsable des pleurs. Entre larmes et rires Callie hoquette
- Non, c'est parce que c'est…tu es adorable Arizona. Elle plonge intensément ses yeux dans les yeux azurs. Qui est la femme hyper-protectrice maintenant ? s'exclame la brune essayant de sortir de l'émotion provoquée par tant de prévenance.
- Trop ?
La brune secoue la tête
- Je ne sais pas comment je ferai tout ça sans toi.
- Moi non plus…Enfin moi non plus je …Je ne pourrai pas être ailleurs. Tu comprends, en te sachant mal et loin de moi. Elle rit Enfin tu as le droit d'être loin de moi, mais seulement si tu vas bien.
- Ouai…Déjà essayé. Grimace Callie Pire décision de ma vie
Assise sur le canapé un livre ouvert sur ses genoux, Callie passait ses mains sur son crâne, elle apprivoisait cette nouvelle sensation, que lui donnait son nouveau look.
- Je crois que je pourrai les garder raser, j'aime bien en fait
- Oh vraiment ? La blonde jaugeait l'apparence de Callie attentivement, la faisant un peu rougir. Ouai ça te va bien…mais… j'ai toujours adoré passer mes doigts dans tes cheveux.
Réalisant qu'elle venait de franchir la frontière qui la conduisait directement au pays où les ex-femmes ne sont pas autorisées, Arizona soupire. C'était tout de même difficile, de ne pas se perdre, elles avaient décidé d'oublier leur baiser, mais dès qu'elle fermait les yeux, la sensation des lèvres de Callie sur les siennes, refaisait surface. Quelques fois, elle devait vraiment se flageller pour ne pas laisser son esprit divaguer vers des désirs moins platoniques.
Elle était confuse, en quelques mots Callie avait démonté l'argument sur lequel elle s'était ancrée depuis des années. Penser que Callie avait cessé de l'aimer et était passée à autre chose, ou plutôt à quelqu'un d'autre et bien ça facilitait tout en fait, car si ça n'était pas le cas, alors il existait une vrai possibilité d'une nouvelle...Non elle ne pouvait même pas penser les mots…Putain, qu'est ce qui lui avait pris ? Elle avait en quelque sorte avoué qu'elle l'aimait encore. Et qu'avait-elle voulu insinuer par cet énigmatique « Nous sommes d'accord sur ce point » ? De quel point s'agissait-il exactement ?
C'était vraiment déroutant. Elle ne voulait plus se poser de questions, pas maintenant. Redécouvrir Callie, était comme un rêve auquel elle avait cessé de rêver. Ce n'était un secret pour personne, elle n'avait pas surmonté leur séparation et il ne faudrait pas beaucoup la pousser pour qu'elle veuille tout, à nouveau. Callie, leur famille, une vie avec Callie et Sofia, des projets avec Callie, rentrer à la maison pour retrouver Callie, ne plus prendre une décision sans en parler avec Callie, lier chaque seconde de sa vie à celle de Callie, s'endormir dans ses bras, la chercher dès le réveil...Elle secoue sa tête pour chasser ce rêve éveillé de son esprit.
En dehors du bloc opératoire, Arizona était une personne hésitante, elle réfléchissait longtemps avant de prendre un décision, et encore elle n'était jamais complètement sûre que c'était la bonne. Pourtant, elle était à cent pour cent convaincue que ce rêve était tout ce qu'elle voulait, et que cette fois elle ne faillirait pas.
Mais elle avait déjà eu sa chance, Callie lui en avait donné plusieurs même, et elles s'étaient douloureusement crashées à chaque fois.
Elle n'était pas venue à Portland pour ça. Son ex-femme avait besoin d'elle à ses côtés pour guérir, c'était le deal et rien d'autre. Elle pouvait cacher ses sentiments encore des dizaines d'années, même si le fait que la brune jouait à flirter un peu ne lui facilitait pas la tâche. Callie avait un charme fou, elle en jouait tout le temps, ça n'avait peut-être aucune signification d'ailleurs, c'était juste une habitude.
Elles avaient passées les dix dernières années de leur vie à courir. Courir parce qu'elles étaient bipées, courir pour sauver une vie, courir derrière l'évolution de leur carrière, courir pour aller chercher Sofia, courir pour se retrouver, traiter tous les problèmes dans l'urgence. Dans cette course effrénée, elles étaient passées souvent à côté de l'essentiel, tout simplement passer du temps et profiter l'une de l'autre. Elle s'offrait ce luxe en ce moment, prendre son temps, elle vivrait donc l'instant présent pleinement, se concentrerait sur Callie, son bien-être et sa guérison, étant son seul projet. Le reste n'était pas d'actualité, elle pouvait le taire encore longtemps.
- Vraiment tu m'épates ! Tu gères le changement physique tellement mieux que moi.
- Euh, Arizona c'est incomparable, ce n'est pas comme si ta jambe allait repousser
Arizona lève des yeux écarquillés sur la brune, son visage trahissant la stupeur.
- Waouach ! Pardon, un peu déplacé, non ? grimace Callie
La première surprise passée, un éclat de rire secoue la blonde, rejoint par son ex -femme soulagée de la réaction à cette plaisanterie un peu risquée
- La première fois que David a fait cette blague, j'aurai voulu l'étrangler. Dans ta bouche, je la trouve plutôt drôle en fait
- Euh… aujourd'hui… Je ne l'aurai pas tenté il y a seulement…Attend, David le prothésiste ? Il fait ce genre de plaisanterie ? Oh putain, si je l'avais su, je l'aurais étranglé de mes propres mains.
- Sur, tu étais tellement protectrice, une lionne qui protégeait son enfant. Se moque Arizona mimant une lionne agressive prête à attaquer
- Ouai…Je le faisais par amour tu sais, je m'inquiétais tellement pour toi. Regardant un peu ses pieds avec ce vieux réflexe de ne pas avoir assez bien fait les choses, Callie cherche encore à se justifier.
- Oui je sais Callie. Tu étais géniale. David me disait ça aussi.
- Quoi ?
- Il me disait que j'avais de la chance de t'avoir, je crois qu'il avait un peu le béguin pour toi
- Avec toi dès qu'une personne me regardait, elle avait le béguin pour moi. Arizona tu as toujours été jalouse comme une tigresse.
Les yeux plissés la blonde tourne la tête vers la brune.
- Je n'étais pas jalouse, je dirai plutôt inquiète et …lucide
Callie hoche la tête la moue sceptique, ne cachant pas un sourire moqueur, Arizona avait toujours trouvé des tas de bonnes excuses pour refuser de reconnaitre qu'elle était jalouse
- Parles -en à Karev, il doit encore avoir peur que tu lui casses un brique sur la tête !
- Hum… Encore un truc que je n'avais jamais connu avant toi, je ne vois pas comment quelqu'un pourrait résister à ses yeux, à cette bouche…
- A cette belle chevelure termine Callie poussant de son épaule, le côté de la blonde.
Elles riaient encore, la journée avait commencé par des pleurs, de la maladresse, mais se poursuivait par des plaisanteries, et des rires, c'était comme ça tous les jours, elles retrouvaient la facilité, ne laissant jamais la mélancolie s'installer.
-Donc je laisse repousser mes cheveux ?
-Oh ouai… Enfin tu veux bien ?
-Puisque tu aimes mes cheveux, j'aurai des cheveux rit la brune.
« Ce n'est pas que dans mon esprit ? » S'interroge Arizona, "elle flirte vraiment avec moi. Oh mon dieu suis-je devenue si mauvaise que je ne sais plus décoder les messages ? Elle envoie quand même des signaux un peu contradictoires", totalement déroutées par les jeux de séduction de son ex, Arizona se reproche ses pensées. "Elle a une tumeur, et subit une chimio, elle a certainement d'autres soucis à traiter que d'envoyer des signaux…et tu devrais ne pas penser à ça non plus".
Callie n'a pas beaucoup mangé au diner, elle se sent groggy et décide de se coucher tôt, espérant que le sommeil réparerait son état fébrile.
Restée seule dans le salon, Arizona pensait que l'épisode de la chute des cheveux bien qu'il ne se soit pas si mal passé, avait dû épuiser émotionnellement son ex-femme. Elle essayait en vain de regarder une émission qu'elle n'écoutait pas. Elle était quand même préoccupée par Callie, elle avait paru absente et très ralentie une bonne partie de l'après-midi. Elle imaginait que leur nuit de danse avait eu raison de ses forces déjà amenuisée, car elle avait eu moins d'effets secondaires lors des dernières séances de chimio, Arizona cherchait désespérément tous les signes positifs pour garder confiance.
Ayant décidé qu'être patient et médecin était absolument incompatible, Callie avait abandonné la partie médicale à Arizona. Elle ne voulait rien savoir des résultats des examens, se référant uniquement à son ex-femme, à laquelle, elle avait donné carte blanche pour toutes les décisions.
Arizona, avait donc l'heureux privilège de négocier avec « le charmant Dr Stevens » qui ne l'aimait toujours pas. Elle devait avoir sans tarder, une discussion avec l'oncologue, car, si d'après les derniers examens, les métastases reculaient, la tumeur cérébrale en revanche résistait et avait même un peu grossi. D'après Amélia qui suivait l'évolution avec les scans qu'Arizona lui envoyait régulièrement, il faudrait maintenant entamer sans tarder la radiothérapie. C'était le plan, tenter de faire diminuer la tumeur cérébrale, ou en tout cas éviter sa croissance afin de faciliter la chirurgie et de diminuer les risques de lésions. Elle parlerait demain du processus à Callie et au Docteur Stevens.
Elle s'avance vers la chambre de Callie pour la vérifier et lui souhaiter une bonne nuit. Par la porte entrouverte, elle peut apercevoir Callie endormie, elle se retire sur la pointe des pieds, pour ne pas la réveiller, lorsqu'elle entend des cris.
- Non, ce n'est pas possible, non, non, non il faut partir la chercher. Owen envoie des secours merde ! Arizona, non Arizona, n'ait pas peur bébé, ils vont te trouver, il faut la retrouver ! Papa, papa, je ne peux pas la perdre ! Je l'aime Marc, j'apprendrais à aimer le Malawi. Reste dans mes bras chérie, tu n'auras plus peur, tu n'auras plus mal. Ne monte pas dans cet avion Arizona, non…
- Callie, Callie, tu fais un cauchemar. Callie je suis là, réveille-toi chérie, je suis là. Arizona s'était précipitée auprès de son ex-femme, la brune ouvre des yeux exorbités par la panique
- Arizona ? Tu es revenue ?
- Je suis ici, je ne vais nulle part. Tu as fait un mauvais rêve.
- Tu reviens du Malawi ? Callie émet un rire sourd. Nooon, c'est pas le Malawi, c'est Boise. Tu me quittes toujours pour monter dans un avion. Les avions ce n'est pas bon pour nous. Je n'aurai pas dû prendre cet avion pour New-York, mon père a raison, je fais n'importe quoi. Des larmes s'échappent des yeux noirs. En fait dès que tu me laisses je fais n'importe quoi. Tu ne m'aimais plus depuis que je t'avais coupé ta jambe et en plus, ce n'est même pas moi qui l'ai fait, hochant les épaules, mais s'il avait fallu je l'aurai fait, parce que je ne pouvais pas te perdre même si je savais que de toute façon, je t'avais perdue, que plus jamais tu ne m'aimerais pareil, au moins tu étais en vie. J'avais tellement besoin que tu m'aimes à nouveau.
- Chut, Chut, Calliope calme- toi. Je suis là maintenant. Ne pense plus à tout ça chérie, calme-toi.
Rapidement, en passant sa main sur son front, Arizona avait évalué la température de Callie. La fièvre la faisait délirer. La brune était chaude, tout son corps était brulant, l'urgence était de faire baisser la fièvre par tous les moyens, éviter à son cerveau des convulsions. Elle se précipite dans la salle de bain, pour remplir la baignoire. Elle y conduit la latine, la déshabillant, pour la mettre dans l'eau fraiche de la baignoire afin de faire descendre sa température rapidement, comme on le fait souvent en pédiatrie. Passant des sanglots aux facéties la latine jette un regard espiègle à Arizona.
- Oh, oh Dr Robbins vos intentions ne me paraissent pas très honnêtes. Seriez-vous en train de me mettre nue …
- Putain Callie je t'en supplie ce n'est déjà pas facile, alors tais toi.
- Okkaaay ! Je vais t'aider.
La brune entreprend de défaire les boutons de la chemise d'Arizona, qui se dépêtrait comme elle le pouvait de cette situation embarrassante. Tout en essayant de la dévêtir, elle tentait, de dissuader la brune qui avait déjà soulevé sa chemise et semblait en vouloir à ses seins.
Après avoir livré une bataille acharnée pour décourager Callie de la déshabiller et de la mettre dans la baignoire avec elle, Arizona parvient à faire allonger son ex-femme dans l'eau fraiche. La brune parait enfin se détendre et ferme les yeux. Accroupie à ses côtés Arizona passe un linge frais sur son front, et son crâne. Commençant à apprécier l'accalmie après la tempête, ses pensées se dirigent vers les divagations de Callie.
Elle sursaute lorsque deux yeux noirs, un peu fous s'ouvrent à nouveau en un éclair, fixant un point de l'autre côté de la pièce
- Wow, Je suis terriblement attristée de mon énorme manque de jeu ! Non je ne le suis pas, vraiment vous me trouvez jolie ? Non, non je ne le suis pas… Attendez, attendez…stop… Je suis désolée… Vous êtes vraiment très jolie, et j'aurai aimé en avoir envie, mais je ne suis pas prête, je ...je viens de divorcer, c'est récent et brutal, tellement brutal en fait, je ne peux pas…
Arizona déglutit difficilement, dévastée, elle écoute, son ex-femme revivre inconsciemment toutes les souffrances qu'elle a soigneusement tues durant toutes ces années. Elle mesure à travers les paroles de Callie Le manque d'amour, de sécurité et de confiance dans lequel elle l'avait fait vivre tout au long de son rétablissement.
Elle devinait la situation, elle aussi avait connu cette angoisse, au point de faire de Richard Weber son ailier. Mais elle était convaincue qu'après leur séparation, Callie n'avait eu aucun problème pour sauter immédiatement et sans difficulté, dans des histoires légères, faciles, qui ne l'étoufferaient pas. En réalité elle n'avait pas été la seule dont la vie avait été ravagée
- Calliope, Calliope
Arizona tente de la sortir de son délire hallucinatoire, mais il est inutile d'essayer de l'arrêter, elle ne l'entend pas, Callie est dans son monde.
-Owen la dernière femme que j'ai embrassé dans ce bar je l'ai épousée. C'est comme si j'avais déjà eu mon paquet de bonheur et que je l'avais tout utilisé, et que maintenant il ne restera plus que des choses fades.
Apparemment, Callie avait elle aussi accepté l'idée qu'elle avait eu sa grande histoire. Séparément elles avaient parcouru le même cheminement, peut-être pas dans le même timing, Callie toujours en avance d'une enjambée. Mais ça les avait conduites au même endroit.
- Marc, six mois ! Elle a besoin de s'éloigner de moi pendant six mois, je veux dire, elle n'a pas le courage d'en finir c'est tout ! Non Marc tu ne veux pas une pause de six mois, quand tu aimes quelqu'un, j'arrive à peine à me passer d'elle une nuit !
En conversation avec tous ces amis imaginaires elle livre toutes ces années de questions, de peurs, de frustrations et de regrets.
- Lui parler, lui dire que je l'aime ? Ça ne sert plus à rien, elle a couché avec cette femme Marc. Tu sais comment je peux réagir. J'ai été un monstre, je l'ai traitée comme de la merde, je l'ai dit à tout le monde pour l'humilier, j'ai même dit qu'elle était morte, et elle l'était en réalité, elle était morte à l'intérieur tu sais. Je suis horrible je voulais qu'elle ait mal, comment pourrait-elle croire encore que je l'aime ? Ce qui est fou en fait, parce qu'en plus, je l'aime à en crever.
Les larmes coulaient sur les joues d'Arizona, elle ne pouvait plus les arrêter, elle était évidemment éminemment inquiète de la situation médicale, mais si bouleversée. Là, sous ses yeux, inconsciemment vulnérable, Callie révélait toutes ses déchirures.
- Non ça ne marchera pas, je n'y crois plus Marc. Ouai, je sais que tu n'as rien dit à Lexie et après c'était trop tard. Okay, okay, quand tu aimes quelqu'un, tu te lèves et tu le lui dis. Mais quand tu as brisé cette personne, tu la fermes et tu pars Marc, il n'y a rien d'autre à faire.
A ces mots Arizona ne retient pas un sanglot. Que devait-elle faire ? Elle qui l'avait tant brisée, devait-elle la quitter et partir ? Quel gâchis, autant d'amour perdu, par manque de compréhension, de communication, ouai Marc a raison, quand on aime quelqu'un on le lui dit et après on voit, on se bat. Mais ni l'une ni l'autre n'avaient été capable de le faire. Combien d'erreurs par fierté, par peur ou amour propre ? Aujourd'hui face à l'éventualité d'une séparation définitive, tous ces sentiments paraissent tellement dérisoires.
Les frissons qui secouent le corps de Callie, interrompt Arizona dans ses pensées
- Callie tu dois sortir de la baignoire, tu vas avoir froid
Elle aide la latine dont la température avait suffisamment chuté, à sortir de l'eau et enveloppe son corps nu dans un peignoir, frottant ses avants bras, son dos, et ses cuisses pour la sécher, comme elle le fait avec Sofia. Callie n'était pas vraiment présente. Elle fronce les sourcils, parait désorientée, elle ne voit même pas les yeux rougis par les pleurs de la blonde.
- Arizona ? Qu'est -ce qu'il s'est passé. Où est Marc ?
- C'est la fièvre, tu as eu un accès de fièvre
- J'ai eu des hallucinations. Je parlais avec Marc. Elle cherche une réponse en Arizona. La tumeur ?
Prenant une profonde inspiration Arizona acquiesce tristement
- La fièvre ou … la tumeur
Le lendemain matin quand Callie ouvre les yeux, elle tourne la tête et sourit à la vue d'une magnifique femme qui sommeille à côté d'elle, les cheveux blonds étalés sur son oreiller. Sous prétexte qu'elle avait trop peur de ne pas entendre Callie, Arizona avait partagé son lit.
Elle ne se souvenait pas très bien ce qu'il s'était passé la nuit dernière, mais la latine se trouvait étonnamment paisible. Elle s'était endormie dans les bras d'Arizona, qui ne voulait pas la lâcher, bien qu'elle n'en comprenne pas très bien la raison soudaine, elle ne s'en plaignait pas. « C'était waouh…non waouh n'est pas assez », réfléchit Callie c'était comme une renaissance.
Elle avait toujours adoré dormir dans les bras d'Arizona, s'endormir dans son parfum, sentir la douceur de sa peau.
Elle voyait bien qu'elle était inquiète. Elle connaissait parfaitement chacune des expressions qui passaient dans ses yeux, à chaque émotion correspondait une teinte différente, qui variaient du bleu clair au bleu-marine. Depuis hier, ses yeux brillaient des larmes qu'elle tentait de dissimuler.
Dissimuler, taire, éviter, cacher, simuler…c'était tout ce qu'elles avaient fait pendant des années. Callie repensait à la visite de Marc, la veille dans son inconscient épuisé. Les yeux clos, elle sourit à la pensée qui lui traverse l'esprit, « Waouh Marc est devenu si mature ! Il a dû mourir pour devenir mature ! Ce serait bien que je le sois au moins une fois, avant de mourir. Ouai je devrais faire un grand truc mature avant de mourir ! Si tu aimes quelqu'un tu te lèves et tu le lui dis, et après tu vois » Elle ouvre les yeux, son ami est assis au coin de son lit.
- Marc, putain pas dans la chambre ! Si elle se réveille, elle va péter un câble
- Panique pas, elle ne peut pas me voir. Sympa ta nouvelle coupe de cheveux. Déclare l'homme grisonnant un immense sourire dévoilant ses dents blanches
- Tu me vois ? demande Callie horrifiée Attend alors… Alors tu m'as vu nue dans le bain hier ?
- Rien que je ne connaisse déjà. Callie jette un rapide coup d'œil vers la femme endormie à ses côtés
- Putain si Arizona le sait, elle va… Elle s'interrompt, réalisant soudain, qu'elle s'inquiétait de la jalousie de son ex-femme, comme si elles étaient encore mariées. Marc lui adresse un regard entendu.
- Parle lui Callie, dis-lui tout ce que tu as dans ton cœur, arrête de te cacher.
- Je vais mourir Marc, je ne peux pas lui faire de nouvelles promesses que je ne tiendrai pas.
- Blondie t'a dans la peau. Elle t'aime plus qu'elle ne saura jamais te le dire. Elle s'est accrochée dans les bois, pour toi Callie. Elle m'a ramené de là-bas pour toi. Elle avait tellement peur de te laisser. Son fémur sortait de sa jambe, elle crachait du sang, mais elle s'inquiétait pour toi, pour Sofia et pour toi. Callie, cette femme t'aime plus que tout, elle a besoin de toi, alors c'est ton tour maintenant, bats-toi pour elle, bats-toi pour elle et pour Sofia.
Arizona n'avait jamais parlé des jours passés dans les bois, ce qu'en connaissait Callie, c'était ce que lui avait raconté, ses amis survivants du crash ou Marc, pendant le laps de temps durant lequel il avait été conscient juste avant de disparaitre à jamais.
Jamais Arizona n'avait évoqué son attente dans les bois, elle n'avait même jamais refusé de reprendre l'avion, quand elle avait dû aller chercher un organe, elle l'avait fait c'est tout, sans en parler. Elle avait encore une fois tout verrouillé en elle et personne n'aurait pu imaginer ce qu'elle avait vécu.
En ce qui concerne les sentiments, Arizona est une poule mouillée. Marc rigole Ce doit être pour ça qu'elle a ce truc avec les poulets. Tu n'as pas le choix, tu dois avoir du courage pour deux.
A ce moment, Arizona bouge dans le lit, Callie tourne la tête vers la femme encore endormie.
- Parle lui Callie. C'était les derniers mots de Marc, avant qu'il ne disparaisse de la chambre.
Arizona, émet un petit gémissement, ses lèvres s'avançant dans une moue boudeuse, elle déglutit, son esprit cheminant doucement vers la conscience, elle mord légèrement sa lèvre inférieure. Avant d'ouvrir les yeux, elle étire paresseusement son corps courbatu, étirant ses bras puis sa jambe droite elle cambre un peu son dos, exposant ainsi des seins parfaits que l'on devine sous son T-shirt moulant.
L'estomac de la brune se serre, le réveil d'Arizona, avait toujours été un spectacle hyper sexy. Quand la blonde ouvre les yeux, Callie la regardait comme elle le faisait avant… Avant tous les problèmes. Son visage était éclairé par un grand et beau sourire, ses yeux noirs brillaient, elle y voyait l'amour et rien que l'amour, inconditionnel, pur et sincère sans la moindre ombre de reproche, avec juste cette lueur de désir luxurieux qui faisait frissonner tout son corps. Elle ne pensait pas qu'un jour elle reverrait ce sourire, la première chose qu'elle avait vu pendant des années quand elle se réveillait, et elle ne pensait pas pouvoir encore ressentir ce qui se passait en elle, à cet instant. Un sourire timide sur ses lèvres, elle demande
- Ça fait longtemps que tu es réveillée ? La brune incapable d'articuler un mot acquiesce. Tu me regardais dormir ?
-J'ai toujours adoré te regarder te réveiller.
Arizona incrédule proteste
- C'était toujours moi qui me réveillais la première.
- Non, c'est ce que je te laissais croire, parce que tu détestais que je te regarde dormir, alors je fermais les yeux juste à temps, juste avant que tu n'ouvres les tiens.
Arizona renifle, c'était à l'image de leur relation. Feindre pour ne pas faire face. Elle se souvient de sa crainte d'ouvrir les yeux, effrayée par avance de ce qui pourrait sortir de cette magnifique bouche et de ce cerveau toujours en ébullition, qu'elle avait toujours eu du mal à rattraper. Callie allait vite, était pressée, sauter les étapes, Arizona avait toujours l'impression d'avoir un train de retard. Dans le domaine des sentiments, il fallait reconnaitre qu'elle était beaucoup plus lente que la latine.
-Tu détestes toujours ça ?
-Quoi ?
-Qu'on te regarde dormir.
- Je n'en sais rien, je ne me suis pas souvent réveillée avec quelqu'un d'autre
- Tu veux dire…
- Je veux dire ce que je viens de dire. Répond Arizona visiblement agacée
- Pourtant les soirées Trivial avec Weber, tu n'y allais pas seulement pour jouer rigole Callie. Une ombre passe sur le visage d'Arizona, trahissant sa contrariété.
-C'est bon Callie, j'ai juste dit que je n'aimais pas me réveiller avec quelqu'un dans mon lit, je n'ai pas dit que j'ai fait vœu de chasteté !
- Okay, désolée, désolée je ne voulais pas te blesser.
Consciente du changement d'humeur, Callie tente de mettre fin à la conversation. C'était le problème entre elles tout était d'un bleu sans nuage, et puis une ombre passait et ça pouvait être le début d'une tempête.
- J'essayais de faire ce que tu voulais. Avancer, passer à autre chose, t'oublier, oublier notre vie, notre famille. C'est exactement ce que tu m'as demandé, quand toi tu voulais embrasser tout le monde, couteau à steak et les autres. Mais je peux compter sur les doigts d'une main, les fois où je me suis réveillée avec quelqu'un dans mon lit, parce que je n'aimais pas qu'il y ait quelqu'un d'autre que toi dans mon lit, je n'aimais pas que quelqu'un soit à ta place, j'avais d'ailleurs pris l'habitude de dormir de ton côté.
- Okay, okay respire. Callie pouffe de rire, faisant face à une Arizona exaspérée
- Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle ?
Callie pose tendrement sa main sur celle d'Arizona
- S'il te plait, arrête de t'énerver. C'est juste un peu drôle en fait parce que j'ai fait ça aussi. J'ai occupé ton côté du lit aussi.
- Hum, Arizona tente de balayer son agacement. Pour répondre à ta question, ça ne me dérange plus que tu me regardes dormir, sauf si tu fais des commentaires avec Marc
- Ouai, c'est la tumeur avoue Callie l'air affligé
- Il faut aller à l'hôpital aujourd'hui Callie.
-Dr Stevens, vous priorisez, le traitement chimique, vous avez l'air d'oublier qu'elle a une bombe à retardement dans le cerveau. Quel sera l'intérêt de lui avoir fait subir toutes les souffrances d'une chimio, si la tumeur la tue.
Les dents serrées, Arizona pour la première fois envisageait le pire.
-Elle est faible, je vous répète que chimio plus radiothérapie vont l'épuiser ! Attendez, soyez patiente
Arizona défend son point âprement contre l'oncologue, levant les yeux au ciel, elle montre clairement son exaspération.
- Moi j'ai tout mon temps, Elle, elle ne l'a pas. Elle ne peut pas attendre ! Avez-vous regardé les derniers scans ? Le Dr Shepherd préconise…
- Ah oui j'oubliais Grey- Sloan Mémorial, les meilleurs médecins du pays…
- Oh je vous en prie, il ne s'agit pas de vos complexes d'infériorité ou de l'hypersensibilité de votre égo ici, Dr Stevens ! Il s'agit de la vie de ma femme, euh mon ex-femme. Quoiqu'il en soit, je prends le risque de l'épuiser si ça doit lui sauver la vie.
Le lendemain la décision était prise, les séances de radiothérapie étaient programmées. Callie avait donné son aval à Arizona, et la laissait volontiers se disputer avec le docteur Stevens. D'une part elle manquait vraiment d'énergie pour ça, d'autre part, elle aimait ce qu'elle ressentait quand elle voyait Arizona, se battre pour elle.
Pour la première séance Arizona avait obtenu l'autorisation grâce à Colleen, d'accompagner et d'installer son ex-femme, avant que l'on dépose sur son visage, un masque protecteur afin que les rayons ciblent uniquement la tumeur. Elle avait déjà vécu cette expérience avec Nicole Herman, et avait en mémoire, l'angoisse de Nicole, dans ces moments- là.
- Tu te détends okay. Je t'attends juste à côté. Si c'est difficile tu fermes les yeux et tu penses à une chose sympa.
- Sexe ? Callie cranait minimisant ainsi sa propre angoisse et espérant minimiser celle d'Arizona.
- Ouai mais alors tu dois me raconter tous les détails. La gratifiant d'un clin d'œil en souriant, elle se penche vers la femme allongée, prend sa main et la porte à ses lèvres.
- A tout de suite. Elle allait sortir quand la main de Callie la retient
- Je t'aime.
Le souffle coupé, prise au dépourvu, elle bafouille avant de quitter la pièce
- On…On se voit dans quelques minutes
La séance terminée, elles rentrent à l'hôtel, dans un silence assourdissant. Arizona se demandait comment elle avait pu avoir une réponse aussi inappropriée. De son côté, Callie se demandait ce qui lui avait pris d'écouter encore, les conseils de Marc, le fustigeant un peu au passage, pour ses théories fumeuses qu'il n'avait même pas mis en pratique lui -même. Elle avait vraiment eu l'idée du siècle, dire je t'aime à son ex-femme, juste avant de se faire irradier ! On ne pouvait pas trouver plus mature avant de mourir, et tellement romantique en plus.
Arizona se dirigeait vers le salon deux tasses de thé en main, elle en tend une à Callie.
- C'était difficile ?
- C'est désagréable, tu as l'impression que tu vas suffoquer, et puis c'est douloureux ça comprime vraiment ton crâne…Ils devraient travailler sur un matériau plus confortable…Bref, je n'aime vraiment pas ça.
- Personne ne doit l'aimer. Personne n'aime les médicaments, les piqures, les rayons…Et ce souvenir sexy alors ça a aidé ?
- Ouai, j'ai pensé que quand tout serait terminé, je t'inviterai à boire une Sangria sur une plage d'Espagne. Elle lève les yeux vers la blonde pour voir sa réaction. En bikini, bien sûr.
- Callie …
- Arizona ! … Est-ce que je peux te dire ma dernière volonté.
Sa gorge nouée, ne permettait à aucun son de sortir, Arizona secouait sa tête négativement, Callie s'était approchée d'elle, elle prend ses mains dans les siennes.
- Si ça tourne mal, je veux tout arrêter, les chimiothérapies, les rayons, tout, et réaliser ton rêve. Je veux que nous allions boire une Sangria sur une plage en Espagne.
Elle ne pouvait pas envisager cette option, Arizona ne pouvait plus retenir ses larmes, elle ne pouvait pas se projeter dans un monde sans Callie. Bien sûr elle avait survécu, elle avait appris à vivre sans elle, mais elle la savait quelque part sur cette terre, sous le même ciel qu'elle, regardant les mêmes étoiles et sincèrement, elle l'espérait heureuse.
Elles avaient partagé un amour fou, passionné, brulant, aliénant même, souvent immature. Un sentiment rare que beaucoup ne connaisse jamais, mais la relation qu'elles construisaient depuis des semaines, autour d'une tragédie pourtant, était encore plus forte qu'elle ne l'avait jamais été. Aujourd'hui plus qu'un autre jour, toutes les émotions la rattrapait, elle était incapable d'en supporter plus, le souvenir de leur premier conflit sur les enfants, lui paraissant tellement futile. Elle se blottit contre Callie, et ne retient plus ses pleurs.
Après un moment, bercée dans les bras réconfortants, elle lève un visage consterné vers la brune qui lui souriait
- Tu veux un beignet ? La blonde se ressaisit essuyant ses larmes rapidement elle laisse échapper un rire gêné.
- C'est moi qui suis censée être forte et te porter des beignets. Désolée
- Puisque notre nouvelle relation est basée sur une communication sincère et franche, je dois te faire un aveu.
- Quoi ? Arizona s'inquiète il y avait eu assez d'aveu pour la journée
- Je n'aime pas les beignets
- Quoi ?
- Arizona, je n'aime vraiment pas les beignets. Quand Georges est mort, tu m'as apporté tellement de beignets tous les jours, pendant des semaines, j'ai fait une indigestion, depuis je n'aime plus les beignets.
- Tu n'aimes pas les beignets ? S'exclame la blonde incrédule Mais…mais alors, pourquoi tu en manges ? Et …et on va dans cette super boulangerie chaque fois que Sofia vient …
- Parce que je n'aime pas les beignets, mais j'adore te regarder aimer les beignets, j'adore aussi te voir partager ta passion des beignets avec notre fille.
- Tu manges des beignets depuis des années alors que tu ne les aimes pas ? Je suis effarée. Euh… Il y a beaucoup de choses comme ça que tu ne m'as pas dite.
Callie prend un moment de réflexion, en souriant faisant volontairement durer le suspens
- Beaucoup trop ! Toi ?
Le silence s'installe, les beignets paraissant soudain un bien petit secret. Callie ne se départait pas de son sourire attendant la réponse, à une question qui semblait anodine La tête baissée sur ses mains, Arizona torturait ses doigts. Elle laisse doucement, échapper un souffle entre ses lèvres
- Ouai peut-être que …Mais tu le sais déjà dit -elle en haussant les épaules.
- Arizona ? Callie penche sa tête vers la blonde pour l'inciter à poursuivre
- Tu sais que je ne suis jamais arrivée à t'oublier. Je…Je suis désolée pour toute à l'heure, j'ai été prise au dépourvu et j'ai paniqué.
Elle était si mignonne bafouillant ses excuses, elle n'avait jamais autant bégayé, elle était pourtant une femme de discours, mais cette femme lui faisait même perde ses qualités d'oratrice.
- Je n'aurai pas dû, c'était égoïste de ma part. On a qu'à dire « tumeur » propose Callie pour en finir avec ce moment gênant
-Ah ? Une pointe de déception filtrait de ce mot
-Non, non pas « tumeur » ! Ça suffit on s'est assez caché de choses, je sais que ce n'est pas la tumeur, mais je comprends tes doutes, tes peurs, et quoiqu'il en soit dans mon état, je n'ai pas le droit.
Les deux femmes traitaient leur sentiment chacune dans sa tête, enfin Arizona brise le silence
- Tu sais ce qui m'a fait mal, à la fin de notre histoire. Tous les « je t'aime » que je te disais tu ne les entendais plus, tous les mots d'amour, n'ont rien changé. C'était comme si j'essayais de sauver quelques vieux meubles quand la maison prenait l'eau de partout. Elle prend un instant, respire profondément tentant de contrôler son émotion. Tu m'as dit je t'aime, tu m'as fait l'amour puis tu m'as quittée. C'était vraiment la chose la plus triste et la plus déroutante de notre histoire. Je ne peux pas entendre que tu m'aimes tant que je ne suis pas vraiment certaine que tu sois sûre que tu m'aimes, pas avant que tu sois convaincue que la vie avec moi ne t'étouffe pas ou ne te tue pas à petit feu…
Callie la regarde explosant littéralement de rire, dès qu'elle rentrait dans le domaine des émotions Arizona était une telle gaffeuse.
- Pardon, pardon, mauvais choix des mots. Oublions ça tu veux ?
- Non Arizona, je ne pourrai jamais oublier cette tentative désespérée de continuer de croire en nous, jamais. Je n'oublierai jamais notre dernière nuit.
Leurs yeux se connectent partageant une profonde émotion, les choses étaient enfin dites.
Je propose un deal, je n'ai plus le droit de prononcer les trois mots jusqu'à ce que je sois sortie de tout ça.
Option 1 : Je ne meurs pas, alors c'est que tu ne me tues pas à petits feux, et nous aurons la preuve scientifique, que je ne dis que des conneries quand je suis malheureuse. Alors je te redis « je t'aime », et tu me crois, tu n'en doutes plus jamais. Elles vécurent heureuses bla, bla , bla …
Options 2 : Je meurs, et comme nous sommes des scientifiques, nous avons la preuve que je ne disais que des conneries quand j'étais malheureuse, et même parfois quand je ne l'étais pas. Alors tu sais que je t'ai aimé, et tu peux me croire je n'ai jamais cessé même quand je croyais que c'était ce dont j'avais besoin, et tu vis heureuse bla, bla, bla…
- Tais- toi, tu ne vas pas mourir putain. Je n'ai pas tout compris, mais j'ai vraiment du mal avec l'humour des médecins en ce moment.
Callie riait de tout son cœur, et Arizona se délectait, toute sa douleur s'envolant à ce son.
- En attendant tous ses projets réjouissants, viens juste dans mes bras. Tu ne peux pas refuser un câlin de jeune lycéenne à une mourante
- Arrête ce n'est pas drôle Callie.
Bien qu'elle protestait, elle mesurait bien que cet humour noir était une façon de désamorcer l'angoisse. Elle se blottit dans les bras de Callie, et cette proximité qu'elles avaient retrouvée, était réconfortante, c'était exactement ce dont elles avaient besoin.
- Ce n'est plus mon rêve.
- Quoi ?
- L'Espagne, ce n'est plus mon rêve.
- Okay. Tu dis ton rêve et moi je le réalise.
- D'accord ! Quelles sont mes limites ?
- No limites Tout ce que tu veux.
- Vraiment tout ce que je veux ?
Callie répond en hochant la tête avec un petit air espiègle, ses yeux trahissant les idées qui passaient dans sa tête.
- Sors ton esprit du caniveau Calliope Torres. De toute façon je réserve ma réponse pour plus tard.
Un long silence s'installe, ce n'était pas gênant, elles étaient blotties l'une contre l'autre, chacune voguant dans des rêves qui se ressemblaient beaucoup, mais retenues par des peurs différentes
- Arizona.
La voix sourde de Callie brise le silence, le ton bas et hésitant alerte Arizona, de la gravité des mots qui vont sortir de la bouche qu'elle meurt d'envie d'embrasser.
Elle se retire de l'étreinte interrogeant du regard, son ex-femme. Elle pose sa tête sur le canapé et Callie reflète sa position. Signe d'une grande agitation intérieure, elle mord légèrement l'intérieur de sa lèvre inférieure. Sans un mot, Arizona passe un doigt dessus pour l'arrêter, exprimant seulement avec ses yeux qu'elle était là, et qu'elle était prête à écouter. Ressentant urgemment un besoin de contact quasi vital, elles se rapprochent, leur visage à quelques centimètres l'un de l'autre, leurs mains se cherchent et leur doigts s'entrelacent.
L'option 2 doit être envisagée. Si un jour je sens que je ne peux pas te dire à demain, je partirai, et tu devras me laisser partir. Il faudra…
- Nous venons de convenir que je t'aime et tu m'aimes et tout le reste….
- Est important ! Tout le reste est important Arizona, et tu le sais.
Interrompt, la brune. C'était difficile à dire et certainement difficile à entendre, mais Callie devait aller au bout, c'était exactement maintenant son grand acte mature.
La phrase prononcée par Arizona, à son retour d'Afrique, avait tourné dans sa tête pendant des années. Elle savait maintenant que c'était une conception de l'amour totalement puérile et irréelle. L'amour ne peut prémunir de tout, elles en avaient fait la triste expérience, « le reste » leur était revenu comme un boomerang les percutant en plein visage, dans le bureau du thérapeute.
Elle poursuit à voix basse, exprimant avec une profonde sincérité ses sentiments les plus intimes. Elle avait pourtant perdu cette habitude depuis des années, c'était une partie d'elle qu'elle retrouvait
- Le reste est important Arizona. Prenant une profonde inspiration. Je jure que je veux vivre, et peut-être que tu accepteras de me donner une chance de t'aimer mieux, de te rendre heureuse. Je voudrai voir Sofia grandir avec nous deux. J'accepterai tout pour ça, tous les traitements, les rayons… la chimio, tout.
Mais si je n'y arrivais pas, si un soir je devais lâcher ta main, je ne veux pas que tu sois brisée. Je veux que tu te rappelles que l'amour est plus fort que le chagrin. Tu devras me ranger dans ton tiroir, avec les larmes, les sanglots et tous nos rires et passer à autre chose. Pour notre fille, pour toi, pour moi aussi.
Elle arrange une mèche de cheveux derrière l'oreille de la blonde qui la fixait avec les yeux brillant de larmes, du dos de la main, elle caresse sa joue.
Tu mérites tellement d'être heureuse Arizona. Sofia, doit grandir dans le bonheur, pas dans la nostalgie. Tu dois me le promettre, car si je dois partir, je veux partir en vous imaginant heureuses.
Arizona hochait la tête, les larmes coulaient encore sur ses joues de porcelaine et Callie les essuyait tendrement. Pourquoi chercher davantage des preuves d'amour quand l'amour se tenait là devant elle. Chacune avait toujours voulu le bonheur de l'autre, mais elles s'étaient toujours égarées quand elles l'avaient cherché séparément. Arizona le savait, malgré les peurs, les interrogations, leur bonheur n'était possible qu'ensemble. Elle murmure dans un souffle
- Est ce que je peux t'embrasser.
Merci d'avoir lu
