Ciri resta allongée plusieurs jours, sans pouvoir se reposer. Elle se retournait maintes et maintes fois, et ses douleurs ne passaient pas. Grieldan un matin posa sa main sur son front elle était brûlante. L'elfe commença à s'inquiéter. L'état de Jaskier ne s'améliorait pas non plus. Il décida alors de demander de l'aide.
Deux paysans acceptèrent de l'accompagner jusque Novigrad, avec une charrette pour transporter les deux blessés. Ciri insista pour marcher d'elle-même, et s'allongea sur le tas de foin que les éleveurs avaient posé sur la carriole pour que le voyage leur soit moins inconfortable.
Grieldan porta Jaskier, qu'il allongea à côté de la jeune femme il dormait mais semblait encore faible. Ils partirent tout de suite pour ne pas rallonger le voyage. Sur le chemin ils croisèrent d'autres paysans qui, voyant les blessés, leur offrirent des vivres pour tenir jusqu'à la capitale. Grieldan les remercia, et ils continuèrent leur chemin.
Le charriot tiré par deux forts canassons avançait à allure régulière, mais l'elfe s'inquiétait de l'état des deux malades, surtout de celui de Ciri Jaskier quant à lui avait l'air de survivre à ses blessures. L'état de la jeune femme était presque impossible à décrire : parfois elle était glacée, parfois bouillante, mais ne présentait aucun autre signe.
À certaines heures de la journée, elle se plaignait de maux de ventre, ou de tête, et se tournait sur la paille. Les routes étaient chaotiques, et il arrivait à Jaskier de gémir parce que la douleur le tiraillait. Grieldan leur promit de les amener rapidement à l'hôpital de Novigrad, et ne cessait de presser les paysans. Ils poussèrent les montures à leur maximum pour accélérer le pas.
Le lendemain matin, après avoir passé la nuit dans leur bivouac, ils aperçurent les premières maisons qui constituaient le bourg est de la cité. Les deux éleveurs acceptèrent de les conduire jusqu'à l'hôpital, où le médecin en chef prit en charge Ciri et Jaskier. Grieldan, sachant ses compagnons en sécurité, retourna au bordel prévenir Taria de la tournure qu'avaient pris les événements. Mais quand il évoqua l'état anormal de Ciri, l'elfe insista pour se rendre à son chevet.
Le médecin la voyant arriver, tenta de lui bloquer le passage. Elle le bouscula, et s'agenouilla à côté de Ciri. La jeune femme était en proie à des spasmes. Taria posa sa main sur son front, ce qui par miracle calma la sorceleuse. Le médecin voulu protester, mais Grieldan l'empêcha d'approcher. Le vieil homme se résigna, et partit dans la pièce d'à côté pour s'occuper du poète, qui reprenait peu à peu des couleurs. Il changea ses bandages, puis s'occupa des autres blessés et malades de l'hôpital.
Ciri reprit peu à peu ses esprits, et voulut se relever. Taria lui conseilla fermement de rester allongée. La jeune femme aux cheveux cendrés la regarda des larmes coulèrent sur ses joues, mais elle n'avait pas la force de se retenir, ni de les sécher. Elle se sentait si faible. L'elfe demanda à Grieldan de les laisser seules un moment, et regarda la sorceleuse. Elle essuya du revers de son doigt les dernières larmes, et chuchota.
- Ce que je vais te dire va sûrement te surprendre, tu seras peut-être en colère, mais je t'en prie ne prends pas de décision trop vite d'accord ? Elle posa sa main sur le ventre de Ciri.
La jeune femme n'eut pas besoin d'entendre la suite pour comprendre. Alors qu'elle voulait se replier sur elle-même, Taria la prit dans ses bras. L'elfe la berça longuement, Ciri pleurait silencieusement. Yennefer l'avait mise en garde, mais elle ne l'avait pas écouté. Elle était en colère contre elle-même. Enceinte ? Et de Léo en plus pourtant c'était impossible.
Elle se maudit et repensa à son séjour à Tir ná Lia, lorsqu'elle avait été captive, et que sa seule chance de survie avait été de laisser Auberon, le roi des Aulnes la.. Elle ne voulait plus y penser mais le souvenir revenait la hanter. Tant de souvenirs de ce temps-là remontèrent à la surface, et la jeune femme aux cheveux cendrés fut prise de spasmes violents, que même Taria eut du mal à faire cesser.
- Tu ne dois pas t'en vouloir Ciri, ni lui en vouloir à lui… Et je serai là pour toi je te le promets.
La jeune femme aux cheveux cendrés hocha la tête, et essuya ses larmes. Elle n'avait jamais imaginé qu'elle tomberait enceinte, surtout que les sorceleurs étaient censés être stériles. Elle respira un bon coup, et entreprit de se lever. Ses douleurs avaient disparu, mais elle trébucha. Taria la rattrapa in extremis et l'aida à se rasseoir. Ciri posa une main sur son ventre : elle ne sentait rien, mais l'elfe avait raison, ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne ressente vraiment les effets.
Taria revint quelques minutes plus tard avec une mixture étrange qu'elle fit boire à la jeune femme. Ciri la but difficilement mais se sentit mieux après, et cette fois, elle réussit à se lever. La sorceleuse fit quelques pas dans la pièce, mais Taria lui conseilla de ne pas en faire trop pour le moment, surtout que son état risquait d'empirer. En entrant dans la chambre voisine, elle fut surprise de trouver Jaskier en forme, assit sur son lit. Il sourit en la voyant arriver, et ils s'étreignirent longuement. Grieldan et Taria, après avoir parlé au médecin sortirent et retournèrent chez eux.
Léo s'arrêta devant le pont St Grégoire pour reprendre ses esprits. Passé ce point, il ne pourrait plus faire marche arrière. Enfin, tout simplement il ne le voudrait pas il ne pouvait pas reculer. Il fallait en finir, c'était indéniable. Le sorceleur traversa le grand pont lame dégainée, et, arrivé sur l'île du temple, enjamba les cadavres qui jonchaient le sol. Il arrivait trop tard pour sauver ces hommes du massacre, mais sut d'emblée que Melwe était présent.
L'homme l'attendait au centre de la résidence de Cyprian Wily, alias le Petit Bâtard. Les lieux étaient déserts, seuls des corps inertes peuplaient le paysage. Par chance - ou pas -, le maître des lieux - l'ancien à présent - ne s'y trouvait pas et avait donc été épargné. Melwe se tourna en direction de Léo, et dégaina son arme. Melwe parla le premier.
- Ainsi tu es venu, Sorceleur…. Fit-il. Je pensais que tu te dégonflerais… Il enleva sa capuche, laissant apparaître son crâne chauve, et son visage empreint de multiples cicatrices.
- Je ne pouvais pas manquer l'occasion de me débarrasser de vous…. Répondit Léo.
- Même si tu me tue, c'en est fini du Feu éternel, et les derniers rescapés de mon culte le perpétueront…
Melwe observa le ciel quelques instants, avant de fondre épée à la main sur le sorceleur, qui para le coup de sa lame. Il effectua un pas sur le côté pour se dégager. Son adversaire n'était pas à prendre à la légère. Alors qu'il réfléchissait au moyen d'en venir à bout, il ne le vit pas arriver derrière lui, et se prit un coup de pommeau au niveau du visage. Il chancela. Dieu qu'il était rapide ! C'était comme s'il avait disparu. Pourtant c'était impossible. Léo se mit en garde, alors que Melwe s'était encore volatilisé. Le sorceleur reçut un coup à l'épaule, et deux autres au niveau du thorax.
Il frappa à l'aveugle, tentant de toucher son assaillant, mais Melwe évita tous ses assauts. La même ristourne dura quelques minutes, assez pour fatiguer le sorceleur. Distinguer les mouvements de son adversaire était ardu. Léo ne le toucha pas une seule fois, et son assaillant continuait à s'amuser avec lui, l'effleurant de sa lame à divers endroits, sans le blesser réellement. Sa garde était impénétrable, ses mouvements vifs et rapides comme ceux d'une panthère.
Léo tomba au sol, et se raidit lorsqu'il sentit la lame de Melwe effleurer son cou, et l'entailler légèrement. Il resta au sol, impuissant. Le chauve se mit à rire.
- Tu ne peux me tuer sorceleur… fit-il, avant de retirer son épée.
Léo essuya les quelques gouttes de sang qui coulaient sur sa carotide, et traça le signe d'Aard. Celui-ci n'atteignit pas sa cible, et Melwe, passant aisément dans le dos du sorceleur, lui entailla profondément le dos. Léo grimaça de douleur et s'écroula au sol, incapable de se relever. Melwe tourna autour de lui un moment, avant de se pencher. Le sorceleur réunit ses dernières forces pour tenter de se relever, mais Melwe le cloua immédiatement au sol de son épée, qu'il planta fermement dans son abdomen avant de la retirer.
- Je me demande ce que je vais faire maintenant… Hmmm… Il écrasa la main de Léo, qui tentait de prendre son glaive en main.
Melwe donna un coup de pied dedans, pour que la lame se retrouve quelques mètres plus loin, hors de portée du sorceleur. Léo resta sans bouger, cherchant un moyen de se sortir de cette situation délicate. Faire le mort comme les sorceleurs savaient si bien faire ne le tirerait pas de là, Melwe était à l'affut. Le signe d'Aard n'avait pas marché. Discrètement, il releva sa main, et, puisant dans ses dernières forces, traça le signe d'Igni vers le haut. Des flammes surgirent et brûlèrent Melwe au visage. Il hurla de douleur, et recula sa peau resta carbonisée sur une bonne moitié de sa figure.
Léo profita de l'occasion pour se relever. Sa blessure au dos le faisait souffrir mais il passa outre, et récupéra son glaive en acier. Il se souvint soudainement qu'il lui restait une décoction de Raffard le blanc, qui devrait lui permettre de tenir le rythme un peu plus longtemps. Alors que Melwe massait son visage meurtri par les flammes, Léo fondit sur lui et lui asséna un violent coup à l'abdomen.
Le chauve ne réussit que partiellement à l'éviter, et le sorceleur l'entailla profondément au niveau du thorax. Il tomba à terre. Le jeune homme aux cheveux albâtres planta sa lame dans le bras de Melwe pour le forcer à lâcher son arme, qu'il prit sur lui. Son adversaire était maintenant sans défense, mais il ne voulut pas en finir tout de suite.
- Pourquoi faire ça ? Manda-t-il, pourquoi tuer tous ces gens ?
- Les hommes sont vils sorceleur… Du sang coulait le long des lèvres de Melwe. Tu devrais mieux le savoir que quiconque les hommes sont nés pour tuer.
Il en eut assez de l'entendre, mais hésita à en finir avec lui. Dans l'état où il se trouvait, il ne pouvait rien faire, mais s'il venait à récupérer de ses blessures, il pourrait revenir. Pour la première fois, Léo hésita à tuer, cependant il savait qu'une seconde d'inattention pouvait lui être fatale. C'est ce qui arriva : Melwe parvint à se relever, et désarma le sorceleur. Le chauve récupéra sa lame, et la planta au milieu de l'abdomen du sorceleur. Léo tomba à la renverse, comme mort.
Melwe ramassa son glaive, auquel il tenait beaucoup, et le rengaina. Le chef du culte du lis réajusta sa cape, pesta en voyant qu'elle était abîmée, et rejoignit Syl qui l'attendait à l'entrée de la résidence de Cyprian Wily. Le magicien ouvrit un passage, et ils disparurent dans la nature. Bienvenue maître, fit Iorvan, s'agenouillant devant Melwe, et esquissant un sourire...
Quelques minutes plus tard, prenant une grande bouffée d'air, le sorceleur reprit ses esprits. Il toussa fortement, et se releva, grimaçant de douleur. La décoction qu'il avait bue l'avait sauvé, et arrêter un moment son rythme cardiaque et sa respiration avait fonctionné. Il se mit difficilement debout et observa les alentours. Melwe s'était volatilisé. Il rengaina son épée et sortit de la résidence. Des gardes l'attendaient à l'entrée, mais le laissèrent passer sans difficulté. Leur priorité était de déplacer certains cadavres vers la morgue, et de jeter les autres directement dans le fleuve.
Léo se fraya un chemin difficilement vers le Thym et Romarin, où il retrouva Jaskier, Zoltan et Ciri. La jeune femme poussa un cri quand elle le vit passer le pas de la porte, et s'écrouler devant eux. Il avait perdu beaucoup de sang, et perdit connaissance. Zoltan hissa le sorceleur jusqu'à l'étage, et pansa ses blessures. Ciri resta veiller à son chevet, et Jaskier montait régulièrement avec des médicaments, qu'il administrait au sorceleur, toujours inconscient. Léo ne reprit ses esprits que le lendemain. La jeune femme, soulagée, et laissant entièrement sa fierté de côté l'étreignit longuement, son compagnon trop faible pour bouger ses membres.
