Encore un chapitre court puisque c'est la suite du chapitre précédent que j'avais coupé en deux par égards pour notre tétraphobique préféré.
Purple Haze sur le parvis de San Giorgio Maggiore
Chapitre 6 – 2002 – Mista (*)
Giorno était méfiant quand un agent de la fondation Speedwagon l'avait guidé jusqu'à la salle où l'attendait sa prétendue famille. Mais sa méfiance s'endormit progressivement quand il les vit. Le quatuor qui lui faisait face n'était pas ce qu'il s'imaginait. Un homme immense à l'air blasé, un papy et deux gamines : Jolyne, 10 ans, et Shizuka, 3 ans. Ils sont complètements inconscients, se dit Giorno alors qu'ils se présentaient. Pourquoi venir avec des enfants, ils ne savaient même pas s'ils étaient ennemis.
Giorno comprit en voyant les expressions dans les yeux des deux hommes quand Polnareff apparut au-dessus de Coco Jumbo. Ils s'en fichaient du boss de Passione, ils voulaient présenter leurs enfants à leur vieil ami. Et Polnareff avait l'air si ému.
Giorno décida que si sa famille lui faisait assez confiance pour rencontrer des enfants si jeunes, c'est qu'il pouvait leur faire confiance aussi. Alors il proposa de continuer l'entrevue dans la tortue. Là-dedans, Polnareff était tangible. Il était en fauteuil roulant mais il pouvait toucher les objets, sentir le goût des aliments, prendre la petite Shizuka sur ses genoux et serrer ses vieux amis dans ses bras.
Ils commencèrent à parler des enfants. Joseph disait : « ma Shizuka a appris à faire du tricycle », Jotaro ajoutait : « ma Jolyne a joué un ours dans le spectacle de l'école » et Polnareff répliquait « mon Giorno a pris la tête de la mafia napolitaine » en faisant lui un clin d'œil.
Puis ils se mirent à parler de l'Egypte, du bon vieux temps, et Giorno fut oublié. Pour que les petites ne s'ennuient pas, il fit apparaitre plein de fleurs, de lapins et de grenouilles pour elles, il leur montra encore et encore comment il rentrait son oreille. Il sentait le regard de Jotaro sur lui de temps en temps, perçant, mais pas hostile. Il écoutait leurs histoires. En venant, Giorno s'attendait à subir un interrogatoire, mais ce fut en fait surtout lui qui posa des questions. Jotaro lui parlait en japonais, les petites lui parlaient en anglais, et Joseph Joestar semblait ravi de lui baragouiner un italien à couper au couteau.
Giorno ne vit pas le temps passer. Quand il sortit de la tortue pour aller aux toilettes (il y avait toujours le trou dans le placard laissé par Bucciarati, mais non merci), il fut surpris de voir comme le jour avait baissé. Il avait une vingtaine d'appels en absence de Mista.
Inquiet qu'il soit arrivé quelque chose, il le rappela immédiatement :
- Giorno, bon sang, soupira le tireur au bout du fil. Pourquoi tu répondais pas, j'étais mort d'inquiétude !
- Désolé. J'étais dans la tortue avec les Joestar, il n'y a pas de réseau et je n'ai pas vu le temps passer.
L'inquiétude disparut de la voix de Mista :
- Oh tu les as rencontrés ! Alors, alors ? Ils sont comment ? T'aurais pu me réveiller je serais venu avec toi.
- J'aurais aimé que tu sois là. Ça se passe… vraiment bien. Ils m'ont expliqué qui était mon père, répondu à toutes mes questions… j'ai des nièces, Mista, dont une qui a déjà un Stand à trois ans. Elles m'appellent « Oncle Giogio ».
- Trop cool !
- Ils ont l'air d'être des gens bien. Polnareff est aux anges. J'ai hâte que vous les rencontriez, toi et Fugo.
Mista n'eut pas la réaction enthousiaste qu'il attendait :
- Oui, alors, à propos de Fugo…
Giorno devait faire une drôle de tête quand il revint dans la tortue, parce que tout le monde se tut et le regarda.
- Je vais devoir rentrer.
- Tout va bien ? lui demanda Polnareff.
Giorno prit une seconde pour se rassembler :
- Fugo s'est blessé. Mista est avec lui à l'hôpital. Il va bien, mais je…
Le fantôme hocha la tête :
- Tout le monde dehors, ordonna-t-il. Allons-y Giorno.
Ils sortirent de Coco Jumbo, et une fois dehors Jotaro, comme sans faire exprès, pris la tortue dans ses bras. Il sembla hésiter un peu, il se demandait sans doute pourquoi il avait fait ça, puis finalement il tendit l'animal à Giorno.
Polnareff avait l'air si heureux, entouré des siens.
- Vous voulez rester ? demanda Giorno au fantôme qui dépassait de la tortue.
- Tu rigoles ? Si Pannacotta est blessé…
- Vous connaissez Fugo, il aura pas envie de voir du monde. Je téléphonerai à Jotaro-san pour vous donner des nouvelles, si vous êtes d'accord. Je ne veux pas écourter vos retrouvailles. On peut se revoir demain, et je vous récupère.
Giorno regarda Joseph :
- Je vous emmènerai manger des spaghettis à l'encre de seiche. Je connais le meilleur endroit.
Les yeux du grand-père brillèrent de nostalgie.
- Allez reste avec nous, Polnareff. Les jeunes veulent pas de toi dans leurs pattes.
Giorno eut un rire poli. Jolyne lui sauta au cou. Il avait déjà hâte de les revoir. Il aurait le temps : la famille restait toute une partie de l'été en Italie. Joseph voulait emmener tout le monde voir Venise où les attendait sa femme qui avait de la famille là-bas, puis Rome, le Colisée où Giorno ne comptait jamais remettre les pieds.
Il prit congé, et en les regardant une dernière fois, il réalisa que Polnareff allait probablement partir en Floride avec eux à la fin de leurs vacances. Ça lui fit de la peine en même temps que ça l'émut. Ils devraient pouvoir s'en sortir sans lui, Passione était plus stable maintenant. Le fantôme méritait de passer son après-vie auprès des siens. Et tant qu'il restait avec la famille de Giorno, ils se reverraient.
Il fonça jusqu'à l'hôpital. L'heure des visites était passée mais personne ne dirait rien à Don Giovanna. Mista somnolait sur le banc devant la chambre. Il se réveilla en sursaut quand Giorno lui toucha l'épaule.
- Enfin, soupira-t-il en l'enlaçant. Cet abruti cosmique s'est frappé la tête avec son encyclopédie… Il a frappé Purple Haze. Il y avait trop de sang, je savais pas quoi faire. La putain d'encyclopédie de 4kg Giogio.
- Tu as assuré, Mista. Je prends le relai, d'accord ? Rentre à la maison et essaie de dormir. Tout va bien. Va te reposer, tu reviens juste de mission.
Mista résista un peu, il voulait attendre, mais Giorno finit par le convaincre. Le jeune boss entra dans la chambre.
Fugo était assis dans son lit, sans rien faire. Giorno regretta de ne pas lui avoir apporté un livre, quelque chose, il devait s'ennuyer et ressasser toutes ses idées noires.
- Comment tu vas, Fugo ? lui demanda-t-il doucement.
Les yeux rubis se posèrent sur lui une seconde puis se détournèrent. Fugo n'avait pas envie de répondre, mais il allait bien devoir affronter son boss tôt ou tard.
- Bien, mentit-il.
Giorno s'assit au bord du lit.
- Tu veux en parler ?
Pas de réponse. Giorno ne savait pas trop comment s'y prendre. Quelques mois plus tôt, ils s'étaient retrouvés dans une situation similaire : Fugo venait de casser une capsule de Purple Haze dans sa bouche et Giorno devait trouver un moyen d'éloigner les pulsions suicidaires de lui. Il ne connaissait pas bien Fugo à l'époque, il s'en méfiait un peu. Il l'avait apprivoisé avec les techniques qu'il connaissait, la manipulation et l'intimidation, et ça avait marché, en tout cas jusqu'à aujourd'hui. Giorno aurait pu reprocher à Fugo de lui avoir désobéi, mais il n'avait plus envie de faire ça. Il connaissait Fugo, maintenant, c'était son petit ami, il méritait mieux que de l'intimidation pour être convaincu qu'on voulait qu'il vive. Il était aimé, Giorno voulait qu'il le comprenne. Mais il ne savait pas comment l'exprimer, quand Fugo était si fermé au dialogue. Lui dire des choses réconfortantes comme « Je tiens à toi, on a eu peur » ne ferait que le culpabiliser davantage.
Giorno décida de mettre de côté ses calculs, et il dit ce qui lui passa par la tête, en faisant un faible sourire à son ami :
- Désolé de n'arriver que si tard. J'ai rencontré ma famille aujourd'hui, celle dont me parlait la fondation Speedwagon. Ils sont venus de Floride.
Un intérêt silencieux s'alluma dans les yeux de Fugo, alors il continua :
- Il y a un grand-père qui a fait le tour du monde, la première fois qu'il est venu en Italie c'était avant la guerre, tu imagines ? Il est en pleine forme, malgré son âge. Il est marié à une italienne, et il est persuadé d'être bilingue alors qu'il ne connait que des insultes et des noms de plats.
Giorno ne savait pas trop où il allait, est-ce que c'était vraiment le moment de parler de ça ? Mais Fugo l'écoutait attentivement.
- Il a un chapeau avec des tâches, comme un pelage de guépard.
- Oh non, murmura Fugo avec le plus timide des sourires. Pas ton grand-père aussi.
Le soulagement envahit Giorno. Il rit :
- Ce n'est pas mon grand-père, rectifia-t-il. Apparemment c'est mon neveu. L'arbre généalogique est un vrai labyrinthe.
Fugo laissa passer quelques secondes puis il demanda :
- Et les autres ?
Giorno s'assit plus confortablement :
- Son petit-fils, Jotaro-san n'est pas très bavard, mais Polnareff arrêtait pas de le taquiner, c'était amusant. Il y avait leurs filles, de 10 et 3 ans. J'ai un peu joué avec elles pendant que les adultes parlaient, j'ai dû leur montrer au moins dix fois comment je rentrais mon oreille. Elles ont un parent de notre âge au Japon, mais elles m'ont dit que c'était moi leur préféré.
- Tu sais rentrer ton oreille ? s'étonna Fugo.
Pour la onzième fois, Giorno s'exécuta. Dire qu'à une époque il se faisait de l'argent comme ça. Fugo le dévisagea un long moment :
- C'est dégoutant ! s'exclama-t-il.
Giorno éclata de rire devant son air choqué. Bientôt, timidement, Fugo se mit à rire aussi et Giorno du se retenir de ne pas l'attraper dans ses bras. Il effleura du bout des doigts le rebord du bandage à sa tête.
- Je te les présenterai quand tu seras guéri.
- Moi ? demanda Fugo
- Bien sûr. Toi et Mista. Je veux que ma famille connaisse ceux avec qui je partage ma vie.
Juste comme ça, la lumière quitta les yeux de Fugo et Giorno sut qu'il n'allait pas aimer la suite.
- Giorno… arrêtons de faire ça.
- Quoi donc ?
- Nous deux.
Giorno avait la gorge nouée. Il... n'était pas vraiment surpris, mais ça lui faisait mal.
- Est-ce que je peux de demander pourquoi ?
Devant le silence de son ami, il essaya de plaisanter :
- C'est quand même pas parce que j'ai rentré mon oreille ?
Fugo rit doucement, sans bonheur.
- C'est Mista ? Il t'a dit quelque chose ?
- Ça a rien à voir avec Mista ! dit Fugo avec la voix râpeuse qu'il avait maintenant quand il essayait de parler fort. Mista m'a rien dit, il… il est cool. C'est moi. Je sais pas si on est… un couple, pardonne-moi si je suis trop ambitieux, je sais bien qu'on a rien d'un couple, mais parfois j'en ai l'impression et… il faut que ça s'arrête. Je peux pas continuer.
Giorno resta un long moment silencieux, cherchant à retrouver où est-ce qu'il avait raté. Il pensait que les choses allaient bien. Même là, à l'instant, ça se passait bien, Fugo semblait à l'aise avec lui, ça avait pris tellement de temps ! Puis Giorno se souvint qu'ils étaient dans une chambre d'hôpital parce que Fugo avait frappé son propre Stand presque mortellement. Rien n'allait bien.
- Est-ce que... – sa voix n'était qu'un souffle – Est-ce que c'est à cause de ça, de nous deux, si tu…
Il n'osa pas aller jusqu'au bout, fit juste un geste vers le bandage. Fugo mit un peu de temps à comprendre où il voulait en venir, et quand ça le frappa il fut horrifié :
- Bien sûr que non !
Giorno savait ce qui s'était passé à l'université. Fugo l'avait compris le jour de la Toussaint, à l'instant où il lui avait annoncé que Barbabietola avait été tué par Mista. Fugo ne pouvait pas supporter l'idée que Giorno puisse avoir peur de reproduire ça.
- J'adore tous ces moments avec toi, reprit-il plus calmement. Mais... je peux pas continuer. Ça a rien à voir avec toi où Mista. C'est juste… c'est pas ma place.
Giorno se pencha sur lui presque avec désespoir :
- Bien sûr que c'est ta place.
- Non !
Ça n'avait même rien à voir avec leurs amis morts, ni avec sa culpabilité. C'était encore plus primaire que ça.
- Je suis pas prêt, essaya-t-il piteusement d'expliquer.
Fugo ne pouvait pas se pardonner si Mista ne le pardonnait pas. Il ne pouvait pas s'ouvrir au bonheur si Mista était malheureux. Il avait essayé, ça ne fonctionnait pas.
Giorno ne se permit pas d'insister.
- Un jour, peut-être ?
- Peut-être.
- Très bien. Je t'attendrai.
Le boss se leva. Fugo ne l'avait pas mis dehors, mais il était si triste, il voulait s'en aller.
- Je vais rentrer, alors. Prends soin de toi, hein ?
Fugo hocha la tête, un peu surpris. Il ne pensait pas que Giorno serait si abattu par la fin de leur histoire. Il voulut lui dire qu'il en avait aimé chaque instant. Maintenant que tout était fini et qu'il n'avait plus rien à offrir ni à espérer, c'était plus facile. Alors que Giorno, déjà devant la porte, se tournait vers lui une dernière fois, Fugo lui dit :
- Je t'aime. Tu le sais, hein ?
Giorno eut l'air encore plus triste.
- Je savais pas, non. Je t'aime aussi, du fond du cœur.
Fugo baissa la tête. Il ne savait pas s'il pouvait le croire. Quand il releva les yeux, Giorno était parti.
Ce chapitre est un peu hors sujet, le pauvre Mista est même pas dedans, mais que voulez-vous, à peine j'avais écrit que Giorno allait rencontrer sa famille, que je me suis enflamée (de base ça devait faire 2 lignes hors champ pour justifier que Giorno soit absent quand Fugo se blesse). J'avais trop envie d'écrire la rencontre entre les Jojo, et aussi je voulais a tout prix caser quelque part que notre Polnareff national allait rester avec Joseph et Jotaro, j'adore qu'il aide Giorno, mais sa place est auprès des Crusaders ;_;
A lundi prochain pour la fin de l'histoire !
