Le sol s'était ouvert en trois trappes sous leurs pieds, et ils avaient dévalé des toboggans sur plusieurs mètres, voir même une ou deux centaines. Ils avaient été séparés dans la chute, mais là-dessous, il faisait si noir qu'ils ne surent pas tout de suite avec qui ils étaient tombés.
- On n'a même pas droit à du répit, grogna une voix à côté de Lexy.
- Thomas ? Où es-tu ?
- Juste-là.
- Attend, je vais nous éclairer.
Aussitôt, une petite boule de feu apparu dans la paume ouverte de la blonde. Ils n'étaient que tous les deux, et quand le garçon le constata, il s'énerva. Frappant les parois rocheuses, il cria après Cassie, mais ne reçu aucune réponse.
Quelques mètres plus loin, derrière des tonnes de roche, Cassie époussetait ses vêtements, pestant contre le toboggan qui lui avait brûlé les coudes. Près d'elle, Gabi et Aporripse se relevaient difficilement, étant tombés l'un sur l'autre, et durant la descente, le garçon s'était pris le pied de la jeune fille dans la tête.
- Pourquoi sommes-nous là ? demanda la plus âgée physiquement.
- Parce que le destin ne veut pas qu'on trouve sa déesse, claqua Aporripse, la tête douloureuse.
- Ouais, bah j'en ai marre d'être blessée tout le temps, répliqua Cassie sur le même ton.
- Il faut que nous trouvions le moyen de sortir. Quelqu'un sait comment faire de la lumière ?
- Oui.
Cassie retira sa bague et matérialisa son javelot, dont l'or luisait faiblement. C'était suffisant pour qu'ils puissent se voir tous les trois.
Cecil massait sa jambe, dont la plaie, bien que refermée, lui faisait encore mal.
- J'y vois rien...
- Attend, j'essaye quelque chose, répondit Lou Ellen en faisant apparaître une boule lumineuse dans sa main.
- Ce sont les mêmes qu'on avait utilisé contre Octave ?
- Oui. Ce sont des orbes d'énergie. Elles émettent de la lumière. Tu as une idée de l'endroit où nous sommes ?
Le garçon secoua la tête négativement, dépité. Encore un piège, encore une séparation sans savoir si leurs amis allaient bien. Ils n'allaient pas arriver vivant si ça continuait comme ça.
- Tu ne trouve pas que ça commence à devenir lourd ? demanda Lou.
- Si. J'aimerais bien savoir quel sera le prochain piège qui nous retardera.
- Non. Je parle des menaces qui pèsent sur le monde en permanence. D'abord Chronos, puis Gaïa et maintenant Moïra. J'aimerais un peu de répit, quand même.
- Moi aussi. Mais nos vies ne seraient pas marrantes sans ça. Heureusement que Lexy nous a choisi pour l'accompagner hein ? plaisanta le brun.
- Super, pour s'amuser, il faut que tout le monde risque de mourir ?
- Non, je n'ai pas dit ça... tenta de se justifier Cecil, mais déjà, Lou Ellen s'éloignait.
Soupirant à cause de sa bourde, le garçon la suivit tout en trainant des pieds.
- On dirait le Labyrinthe, marmonna Lexy.
- C'est possible. Mais si c'est bien le cas, nous sommes dans la merde.
- Pourquoi ?
- Seule une personne possédant le fil d'Ariane, c'est-à-dire le don de voir la vision claire, peut survivre ici. C'est truffé de piège.
Lexy s'écroula par terre, se lamentant sur leurs sorts à tous. Mais Thomas ne se laissa pas démonter et força la plus jeune à se relever. Il lui livra tout un discours qui eut le don de redonner espoir à la demi-déesse.
- Tu as dix-sept ans, c'est-à-dire que l'âge des gaminerie est passé pour toi. Pas question de t'écrouler comme ça au milieu du jeu de quille. Tu es forte, et en plus, nous sommes tous les deux des demi-dieux puissants de part notre lignée or-norme.
- Tu penses que nous pouvons survivre ?
- Bien sûr. Après tout, tu es bien sortie du Gouffre des Monstres. Alors pourquoi pas du Labyrinthe ?
Cassie s'était mise à avancer et les deux autres n'avaient pas hésité à la suivre, refusant de rester seuls et dans le noir. Et puis... Aporripse n'était pas totalement rassuré d'être avec Gabi. Elle avait voulu le tuer en jouant les écervelées. Et comme ça n'avait pas fonctionné, peut-être avait-elle voulu tenter autre chose en redevenant la fille dont il était tombé amoureux. Quoi qu'il en soit, il se posta loin d'elle, laissant Cassie entre eux. Il ne savait pas vraiment quel type de pouvoir il possédait, lui qui n'avait apprit être un demi-dieux qu'au moment où il avait été plongé dans le Gouffre. Du coup, se retrouver ici lui donnait l'impression d'y être de retour. Mais sans être sûr de ses capacités, il ne savait pas non plus s'il allait être capable de se défendre contre Gabi qui, elle, était puissante du fait de la longue lignée de dieu et de demi-dieux qui faisait sa famille.
- C'est le Labyrinthe, constata Cassie en arrivant à une intersection. Regardez.
En effet, il n'y avait aucun doute là-dessus. Ils pestèrent tous en même temps. Sans clairvoyant, ils étaient fichus.
Cecil tentait de suivre la cadence de Lou, mais c'était difficile tant elle allait vite. De plus, comme c'était la magicienne qui avait la lumière, il se trouvait quasi dans le noir, et il trébuchait assez souvent sans que son amie ne s'en soucie.
- Pourquoi tu râles ?
- Je ne râle pas.
- Non, à peine.
- Arrête.
- Mais qu'as-tu ? Tu me fais la gueule, et je ne sais même pas pourquoi.
- Parce que tu n'as que le nom de Lexy en bouche ! s'écria la magicienne, furax.
Le fils d'Hermès s'arrêta net, la fille d'Hécate s'étant retournée pour lui faire face. Il fut d'abord surpris, mais finit par sourire, ce qui déstabilisa quelque peu l'autre. C'est là qu'il se pencha en avant, et avec malice lui chuchota, tout près du visage : "Tu es jalouse en faite", avant de se prendre une gifle monumentale.
- Moi ? Jalouse ? N'importe quoi.
- Cette gifle en est la preuve ! rétorqua Cecil en essayant de ne pas laisser paraître sa douleur.
Il était certain que la marque resterait longtemps tellement Lou y avait été fort. Se massant la joue quand elle lui tourna le dos, il la rejoignit en trottinant, fier de son petit effet. Il continua à la charrier, mais voyant qu'elle ne réagissait plus, Cecil employa les grands moyens. Il attrapa le bras que Lou n'utilisait pas pour la stopper et la forcer à se retourner. La fureur avait laissé place à une profonde tristesse qui serra le cœur du garçon.
- Tu penses que je suis amoureux de Lexy ?
- Ce n'est pas le cas peut-être ?
- Non. Je suis amoureux, mais pas d'elle. Même si elle est formidable, je connais quelqu'un qui l'est encore plus.
- Et bien nous allons tâcher de sortir d'ici vivant pour que tu puisses retrouver ta belle et tendre, cracha Lou en se libérant de la poigne de Cecil.
- Pas besoin, s'écria ce dernier. Elle est juste devant moi.
Lou Ellen eut tout juste le temps de se retourner pour lui demander de répéter, mais au même moment, Cecil plaqua ses lèvres sur les siennes, l'entraînant dans un baiser dans lequel il lui transmit tout son amour et son admiration pour celle qui faisait battre son cœur depuis plusieurs années.
