Bonsoir à toutes et à tous.
Nous voilà au huitième chapitre. Un grand, grand merci pour votre soutien et vos reviews pour m'accompagner dans cette aventure! On se retrouve dans deux semaines au lieu d'une pour le prochain chapitre!
-Réponse aux reviews anonymes: Athéna, un grand, grand merci! Je suis très heureuse que tu aies aimé le passage entre Shun et Dite, car je l'ai écrit il y a un petit moment celui-ci ^^ Et encore plus contente de te faire apprécier ce trio, ils sont si précieux! Camus et Milo... alala, ce sont des patates qui ont besoin de temps. Je te remercie en tout cas vraiment de tout ton soutien et de ta fidélité à cette histoire, et j'espère que la suite te plaira.
-Disclaimer: Tous les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada. Et le reste est sujet à interprétation!
-Rating: M - Présence de lemon dans ce chapitre, si jamais vous préférez éviter de lire ce passage.
-Précédemment, les différents domaines avaient leurs discussions internes pour choisir leurs représentants. Shun et Aphrodite ont partagé une longue conversation, ayant pour but d'aider Andromède à comprendre le fonctionnement du Sanctuaire autrefois. Le sanctuaire sous-marin s'interrogeait sur le cas Kanon, et Hyôga tentait, difficilement, d'apporter son soutien à un Camus plongé dans la mélancolie.
Merci, toujours, à Talim76 pour son soutien et ses encouragements constants dans mon écriture. Pour nos headcanons toujours plus développés et renouvelés, qui m'ont encouragée à écrire cette histoire.
Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture.
Chapitre VIII : Rapprochements.
Treizième Temple, Sanctuaire
Assis dans la salle du conseil, Shion parcourait les différentes piles de documents assemblés par Athéna et les Chevaliers survivants pendant leur sommeil. Il ne lui avait fallu que peu de temps pour comprendre à quel point la Déesse avait été dépassée ces dernières années, sans compter la période de règne de Saga. Si ce dernier avait parfaitement géré certains aspects du domaine Sacré, il paraissait évident que la géopolitique et les lois internes étaient passées au second plan. Devant le Grand Pope, trois colonnes avaient été organisées : l'une pour les urgences, l'une pour les problèmes à régler dans l'année, la troisième pour ce dont ils devraient s'occuper sur le long terme. Mais face à l'Ancien Bélier, il y avait une autre rangée, alignant les profils des défenseurs des Terres Sacrées. A ses côtés, Athéna lisait chaque document avec attention tandis que Dohko procédait par élimination.
« Pour le traité de paix, je ne sais pas s'il est mieux d'avoir l'un de vos Chevaliers Divins, ou de faire appel aux Chevaliers d'Argent ou d'Or, Déesse. »
Cette dernière leva les yeux vers Shion qui parcourait deux dossiers différents à la fois, l'air concentré.
« Si j'ai bien rattrapé mon retard sur les rôles occupés au Sanctuaire, je pense que Camus du Verseau serait le candidat idéal pour le traité de paix. »
Le Grand Pope posa son regard surpris derrière ses fines lunettes vers elle.
« L'espion du Sanctuaire ?
— Il lira aisément le jeu de toute personne essayant de nous mentir.
— Les Juges des Enfers savent pertinemment qui il est. Je ne sais pas si c'est une bonne idée, rétorqua Dohko. Pourquoi ne pas demander à Shun ? Le gamin est parfait pour ce rôle. Andromède, la paix, tout ça.
— Parce que je pense qu'il est temps de redonner leurs responsabilités à ceux qui nous ont été ramenés. Par ailleurs, je souhaite l'épargner, si je dois être honnête. Il a passé ces cinq dernières années entre l'infirmerie, les archives et ses études. J'aimerais assez le voir en dehors de ce palais, de préférence avec Hyôga maintenant que c'est enfin réglé. »
Un rire échappa au Chevalier de la Balance. Souriant doucement, il déposa le dossier de Shun sur la pile des non-reçues. Athéna avait raison : le jeune homme méritait du repos.
« Pourquoi pas Shaka ? demanda Shion. Il a le calme et le recul nécessaire.
— C'est une possibilité. Je maintiens néanmoins la candidature de Camus sur la question.
— Et pour l'ambassadeur ? »
Saori soupira en tapotant de ses ongles longs sur le bois.
« J'aurais proposé Kanon, mais la position de Poséidon à son sujet n'est pas totalement claire. Je crains qu'il ne demande de le reprendre à son service, et si c'est le cas, j'ignore s'il le laissera défendre les intérêts du Sanctuaire.
— Je ne l'exclurai pas pour autant, répondit la Balance. Il est incroyablement intelligent, ce gamin. Et il connaît les positions de plusieurs domaines à la fois, ce n'est pas rien pour mener des négociations. Par ailleurs, nous ignorions quel sera son choix à lui. »
Dohko déposa le dossier sur « peut-être » et tomba ensuite sur celui de Saga. Il se mordilla lèvre avant de se râcler légèrement la gorge afin d'obtenir l'attention de son amant, agitant le document distraitement.
« Shion, toi et moi, je pense qu'on devait avoir une conversation avec les Gémeaux. »
Ce dernier se figea et se frotta le visage, approuvant néanmoins.
« Je sais.
— Moi également, ajouta Athéna. J'ai des choses à leur dire, à tous les deux. Des excuses ne seraient pas de trop, étant donné la façon dont les événements se sont déroulés lors de l'attaque d'Hadès. »
Les deux hommes penchèrent la tête, incertains quant à la signification des paroles de leur Déesse. Lors de l'acte final de cette dernière, ils courraient encore pour essayer de rattraper le retard pris lors de leur combat, et n'avaient pu que constater que la situation, et le sang à même le sol. N'étaient restés que la rage de Milo, la haine d'Aiolia et les larmes de Mû, les trois autres en surplis ayant déjà disparu. Kanon faisait face à Gemini, hésitant visiblement à répondre à la demande de la protectrice, et le silence glaçant avait suffi à leur faire comprendre que la jeune femme était parvenue à obtenir ce qu'elle voulait.
Malgré le prix à payer.
« Athéna, il y a autre chose dont nous aurions voulu vous parler, et soumettre à votre approbation. »
Elle leva la tête, posant un regard doux sur le visage de son Grand-Pope.
« Dohko et moi avons beaucoup parlé. J'ai repris mon rôle à votre demande, et je le ferai avec fierté, néanmoins… nous devons penser à mon successeur. Ma façon de voir les choses n'a pas changée : il était déjà temps à l'époque de passer le flambeau. A défaut du corps, nous avons l'esprit fatigué, ma Déesse. »
Un sourire. Elle posa la main sur celle de l'ancien Bélier, la serrant doucement dans la sienne.
« Je vous en suite reconnaissante, et je comprends. Quelle est votre suggestion ?
— Un binôme, plutôt qu'un homme seul à la tête du Sanctuaire.
— C'est une bonne idée.
— Vous n'y êtes pas opposée ?
— Pourquoi le serais-je ? L'histoire nous a montré que faire reposer cette charge sur deux personnes pourrait être bénéfique. Dans une certaine mesure, quelque chose me dit que c'était déjà le cas de votre temps, et que certaines décisions n'étaient pas prises seul, n'est-ce pas, Shion ? »
Ce dernier balbutia un moment alors que Dohko disparaissait derrière un dossier.
« Par ailleurs, il n'est jamais trop tard pour apprendre de nos erreurs. Lorsque vous serez certains de ceux à qui vous voulez transmettre la charge, n'hésitez pas à me prévenir.
— Merci, Déesse.
— Je vous en prie. Maintenant, aidez-moi, par pitié. Cette pile de dossiers n'a pas diminué depuis des mois, et je ne supporte plus le regard désapprobateur de Shiryu. »
De nouveau, le rire franc de la Balance résonna entre les vieilles pierres, suffisant à réchauffer la pièce et ceux qui s'y trouvaient.
Antenora, Enfers
Assis en tailleur sur le canapé, Eaque organisait ses informations, répétant à voix basse les notes qu'il avait accumulées. Myu faisait de même, classant les dossiers demandés par son Seigneur. Les notes douces et sombres de Pharaon résonnaient dans la pièce, apportant une quiétude nécessaire aux lieux, amplifiée par le feu qui craquait dans la cheminée, et les Faëries voletant autour de leur maître. Installé près de la fenêtre des appartements, le musicien jouait posément, sans quitter des yeux son amant et son Supérieur, qui n'avaient pas dit mot depuis plusieurs heures déjà. Alors que Papillon déposait une nouvelle page annotée près du Juge, celui-ci y jeta un œil et soupira en se laissant aller en arrière.
« Je commence à regretter ma décision.
— A peine ? demanda Pharaon.
— Attendez de vous confronter aux autres envoyés, je pense que ce sera encore pire.
— Vous ne m'aidez pas, je vous signale.
— Nous ne faisons que ça depuis une semaine, au contraire. » Rétorqua le musicien.
Un grondement de frustration échappa au Garuda. Pharaon reposa son instrument sur la chaise avant de s'approcher en ramassant une pile de documents, la feuilletant rapidement en fronçant les sourcils.
« Pourquoi avoir demandé ce rôle ? Vous auriez pu laisser le Seigneur Rhadamanthe s'en charger, puisqu'il était ambassadeur. »
Le concerné se frotta l'arête du nez, avant de reposer son regard améthyste sur le Spectre du Sphynx. Distraitement, il caressa les mèches de Papillon qui s'abandonna en fermant ses yeux troubles, embrassant distraitement les doigts du Népalais avant de reprendre sa lecture.
« Pour quelle raison les Enfers fonctionnent-ils aussi bien ? questionna le Troisième Juge.
— Parce que vous avez des serviteurs dévoués prêts à rattraper la moindre de vos erreurs ? Suggéra Myu en raturant une proposition rédigée plus tôt par le Garuda.
— Vous êtes insupportables.
— Nous sommes vôtres.
— Même chose. »
Eaque passa de nouveau les doigts contre la joue de son Spectre avant de continuer :
« Les Enfers fonctionnent parce que nous sommes plusieurs à rendre la sentence. Minos, Rhadamanthe et moi sommes impartiaux dans nos tribunaux, et si nous ne sommes pas sûrs, ou en désaccords, il y aura toujours un troisième pour trancher ou faire un choix. C'est la même chose ici. Nous ne pouvons pas donner tous les pouvoirs à la même personne. De mémoire millénaire, cela n'a jamais été une bonne chose. »
Pharaon hocha lentement en reposant les documents.
« Par ailleurs, quand bien même j'ai toute confiance en mon frère, nous ne pouvons exclure que son rôle d'ambassadeur l'amènera à entrer en contact et à se rapprocher des autres représentants, voire même des habitants des différents Sanctuaires. Sympathiser avec eux, et apprécier leur position. Et cela pourrait, que nous le voulions ou non, influencer son jugement. C'est normal, il en a parfaitement conscience, et si l'idée nous répugne, c'est malheureusement ainsi.
— Comme si vous n'alliez pas en profiter vous-même, répondit Myu en roulant les yeux.
— Oh, je n'ai jamais dit que je n'irais pas chercher un peu de compagnie, mais ce n'est pas pour autant que je prendrais parti de qui passera dans mon lit. Là est la différence. »
Les deux Spectres échangèrent un coup d'œil entendu alors que Minos entrait dans la pièce sans frapper.
« Mais je t'en prie, fais comme chez toi.
— Je le suis, tout comme tu l'es à Toloméa. »
Eaque sourit, et avisant l'expression du Griffon, il fit signe à ses Spectres.
« Myu, Pharaon, si vous pouviez récupérer les documents sur le bureau, s'il vous plaît. »
Ces derniers haussèrent un sourcil mais obéirent sans dire mot, récupérant les piles de papiers avant de quitter les lieux, n'ayant aucun doute sur le fait qu'il était temps pour eux de s'en aller. Lorsque la porte se referma sur les deux hommes, le Spectre du Garuda, vêtu d'une chemise noire ouverte et d'un pantalon de soie assortie, se leva pour rejoindre son le Premier Juge resté débout dans le salon. Le propriétaire des lieux affichait un air amusé sur ses lèvres, et défit la tresse qui retenait vaguement ses mèches ébènes jusqu'à présent.
« Eh bien ? Une visite de courtoisie ? Comme tu es aimable, mon amour.
— Dans tes rêves.
— Oh, tu m'en fais des choses, dans mes rêves. Hypnos lui-même en rougit.
— Cesse.
— Tu t'ennuyais ?
— Je ne m'ennuie jamais.
— Sujet à débat. Que-puis pour toi ? »
Le regard d'aigle doré parcourut rapidement la pièce et le travail accompli. Il croisa les bras et fronça les sourcils.
« Tu sais ce que j'en pense.
— Tout à fait. Tout comme j'ai conscience, et toi aussi, que ce n'est pas négociable.
— Tu n'avais pas à prendre ce poste.
— Allons, pour l'ancien roi d'un peuple de fourmis, [1] marquer l'histoire avec un traité de paix, c'est tout de même un sacré avancement de carrière.
— Eaque, » gronda le Premier Juge.
Le concerné haussa les épaules, étirant ses mains jointes vers le ciel, avant de faire craquer une épaule.
« Tu vas être absent souvent, » murmura Minos.
Le Garuda écarquilla les yeux et les reporta sur son aîné. Face à l'expression colérique et peinée de l'autre homme, il ne put retenir un sourire tendre et torve de prendre place sur ses lèvres, le déclic se faisant dans son esprit.
« Alors, tu es jaloux.
— Evidemment.»
Le rire du Népalais face à sa sincérité fut interrompu par les lèvres de son amant, alors que ce dernier le poussait contre le bureau. Eaque gémit doucement en sentant les lèvres attaquer son cou, les doigts du Norvégien glissant sur sa peau déjà nue. Un rictus redoutable étira les lèvres du Premier Juge, soulevant le Troisième pour l'allonger sur la surface entièrement libre.
« Tu as de bons réflexes.
— Je te connais, surtout. Je n'allais pas te laisser foutre en l'air des jours entiers de travail juste parce que tu n'as pas la patience d'atteindre le lit.
— Sage réflexion. »
Un rire à nouveau. Le Népalais se mit en quête de la peau pâle cachée par les inutiles vêtements. Avec la rapidité liée à l'habitude, il lui suffit que de quelques gestes habiles pour se débarrasser de la ceinture l'empêchant d'accéder à son but, et sourit lorsque l'autre homme gronda contre lui, le front posé sur son épaule. Le voir s'abandonner en quelques caresses était grisant. Fascinant, depuis toujours. Les mains du Norvégien tirèrent sur le pantalon bien trop ajusté, glissant sur sa peau, plus bas encore, et il ne lui fallut que quelques instants pour obtenir enfin les gémissements désirés.
Sans jamais cesser les mouvements habiles de ses doigts, Minos se lécha les lèvres. Il prit le temps d'apprécier la vue qu'offrait son amant à présent entièrement allongé sur le bureau, les mèches défaites et la bouche entrouverte par ses soupirs criés, vêtu uniquement d'une chemise totalement ouverte sur sa peau bronzée. Sous la frange décoiffée, le regard améthyste brillait d'une lueur animale et amusée, que le Griffon adorait et partageait.
« Tu es mien. »
Les yeux d'oiseaux de proie se croisèrent, et un murmure haleté échappa à l'homme allongé.
« Toujours. »
Le Norvégien se pencha pour obtenir un baiser, mais demeura à quelques millimètres en souriant, alors qu'il prenait d'un ample mouvement ce corps qui lui appartenait depuis si longtemps.
« Minos ! »
Voilà, juste pour cela. Pour ce hurlement qui ne manquait jamais, lorsqu'il le possédait. Savourant les cris à peine masqués contre ses lèvres, les doigts qui lui griffaient la peau, et les jambes interminables nouées autour de ses reins. Accroché à son cou, Eaque s'abandonnait comme il ne le faisait jamais ailleurs. Le Premier Juge dévora chaque instant, les mains ancrées sur les cuisses hâlées, réaffirmant sa possessivité sur celui qu'il aimait depuis des millénaires déjà.
Prenant son plaisir en un instant lorsque son amant hurla de nouveau son nom sans chercher à le retenir en plein cœur de son tribunal.
Myu et Pharaon échangèrent un coup d'œil au son bien connu trouvant écho sur les vieilles pierres, se dirigeant vers la salle commune des Spectres. Déjà présents dans la pièce, ils trouvèrent les quatre subordonnés de la Whyverne, ainsi que Rune, installé à sa table. Ce dernier travaillait assidument, imperméable aux discussions autour de lui, les autres hommes prenant soin de ne pas trop lever la voix en sa présence. Avec les centenaires, ils avaient appris qu'il valait mieux respecter les besoins du Balrog, surtout quand ce dernier possédait une arme potentiellement capable de vous décapiter sur place.
La réincarnation, c'était sympa, mais long.
Les derniers arrivés se servirent un café, rejoignant Valentine et Queen à leur table. Eux aussi étaient noyés de travail depuis quelques semaines, les négociations s'ajoutant à leur charge habituelle aux Enfers.
« Alors ? Ça se passe comment à l'Antenora ? demanda Queen.
— Nous faisons une pause, le Seigneur Minos est chez notre Juge, » répondit Pharaon.
Les six hommes purent presque entendre le roulement d'yeux de Rune.
« …Je vois, soupira Valentine. Vous êtes tranquille pour un moment. Si ça vous intéresse, on a fini de lister les potentiels choisis comme rédacteurs du traité et comme ambassadeurs.
— Merci, je pense que ça aidera, murmura Myu en glissant son doigt sur les noms alignés. On peut se préparer autant qu'on veut, tant qu'on ne sait pas qui se trouve en face…
— Nous connaissons leur profil, dit Gordon. C'est un avantage.
— Je n'en suis pas certain, répondit Sylphide. Ce que nous connaissons, c'est leur histoire, leurs péchés. Leur vraie personnalité, nous n'en savons rien. Et maintenant que les cartes ont été redistribuées dans un contexte de paix, je me méfie un peu de la façon dont chacun défendra son territoire. »
Les six Spectres soupirèrent de concert et demeurèrent silencieux un moment, avant de se replonger dans leurs notes, les échangeant à voix basse. Rune, toujours occupé par son jugement, eut un sourire discret, appréciant le respect de ses compagnons d'armes, qui l'autorisaient ainsi à partager un moment d'interaction malgré son besoin de calme.
Pilier de l'Océan Arctique, Sanctuaire Sous-Marin
« Il arrive, dit Isaak sans lever les yeux de son travail.
— Je sais, je sais. Mets les papiers à l'abri. Le connaissant, il va nous faire un courant d'air pas possible. »
La porte qui claqua et le puissant vent qui pénétra dans le salon donna raison à la Sirène. Heureusement, le Finlandais avait eu le réflexe de déposer des pierres lourdes sur les documents qu'il ne voulait surtout pas voir s'envoler, alors que Poséidon arrivait dans la pièce, leur souriant de toutes ses dents impeccables.
« Bonjour, Seigneur, dit la Sirène.
— Je vois que ça travaille dur ! Comment vont mes futurs porteurs de paix ? »
Isaak et Thétis soupirèrent avec amusement, ne pouvant résister à l'onde de cosmos affectueux de leur Dieu. Ils se levèrent pour le saluer convenablement, alors que ce dernier observait le grand tableau autrefois blanc, à présent couvert de l'écriture de ses protecteurs sur tous les sujets qu'ils devraient aborder. Poséidon laissa son regard balayer ce qu'ils avaient noté, avant de constater le prénom autrefois honni entouré trois fois par un marqueur rageur dans le coin de la surface. L'immense point d'interrogation lui fit claquer la langue, et il reporta son attention sur ses Marinas. Thétis s'étira, avant de s'approcher.
« Je vois que nous avons une question.
— Disons que son sort est source d'incertitude, quel que soit le Sanctuaire concerné.
— Il n'a pas de sort, ma très chère. Il aura une décision à prendre, une fois que vous aurez fait votre choix. Je n'imposerai rien, la responsabilité est vôtre.
— Trop aimable.
— Y avez-vous réfléchi ?
— Si j'étais joueuse, je parierai que c'est le sujet de discussion principal de tous vos serviteurs.
— Vraiment ?
— Assurément.
— Et vous deux ?
— Très franchement, Seigneur, répondit Isaak, nous avons suffisamment de sujets de préoccupations sans rajouter la question du traître.
— Oh, allons, ne me mens pas. Je sais qu'on t'a mieux éduqué que ça.
— C'est bas, ce genre de remarques. »
Le Dieu tapota l'épaule du Kraken, prenant appui contre la table, posant sur eux son regard étrange, mélange d'amusement serein et de gravité déconcertante. Isaak passa une main dans ses cheveux, soupirant un peu.
« Nous n'avons pas la même opinion sur le sujet.
— Oh ? Ravi de voir que partager le même lit ne vous empêche pas de réfléchir correctement.
— Seigneur ! »
Thétis rit doucement, passant un bras autour de la taille du Finlandais étouffé dans sa gêne. Poséidon leur accorda un clin d'œil, alors que la Sirène reprenait le fil de la discussion.
« Je n'ai aucune envie de le revoir pour l'instant. Lui et moi avons une histoire bien trop compliquée pour que je n'essaie pas de lui arracher la langue à mains nues.
— Pour ma part, je dois admettre avoir envie qu'il revienne. Je partage l'avis d'Io sur la question : il nous a manipulés, mais il reste un meneur. Nous avons besoin de cela en ce moment. Et puis… j'ai appris il y a longtemps que les Ecailles ne mentent jamais sur la valeur de leur porteur. Si Kraken me juge digne de la revêtir, je n'ai pas de raison de douter de SeaDragon sur la question.
— Sage réflexion. »
Le Dieu des Océans observa de nouveau les annotations sur le tableau, appréciant le travail effectué en l'espace de quelques semaines par ses protecteurs. La date se rapprochait, et il leur fallait être prêt, autant qu'ils le pouvaient. Mais avant qu'ils puissent se rendre à la première réunion, la question Kanon devait être réglée, et il devrait bientôt appeler à un vote. Ses deux Sirènes avaient déclaré leur position clairement : leur colère avait grandi avec les années passées auprès de leur déité, et il ne pouvait guère les blâmer. Son hôte avait beaucoup souffert des conséquences de leur guerre, et Sorrento avait passé trop de nuits à voir l'homme qu'il aimait pleurer sans savoir pourquoi pour pardonner.
Se frottant le menton, Poséidon soupira. La cohérence n'était clairement pas gagnée, mais si même un couple divisé sur cette question épineuse parvenait à s'entendre, il y avait encore de l'espoir pour maintenir un front commun face aux autres domaines.
Temple des Gémeaux, Sanctuaire
Le silence était assourdissant.
Depuis des semaines déjà, ils passaient leur temps dans une absence de paroles lourde de sens. Assis dans le salon du troisième temple, l'un sur le canapé, l'autre sur une chaise de la cuisine, les deux frères regardaient passer l'heure sans dire mot. Kanon se frotta les tempes. Il était fatigué. Depuis qu'ils avaient regagné leur logement, chaque nuit qu'il avait passée ici avait été incroyablement pénible. Saga semblait insomniaque, ou incapable de trouver le calme intérieur nécessaire au repos. Et lorsqu'il dormait, c'était pour se tourner et retourner dans son lit, en murmurant des choses incohérentes que son cadet ne se sentait pas prêt à écouter. Allongé sur son lit que la Déesse avait eu la grâce de changer pour quelque chose d'adapté à sa taille, il pouvait entendre Saga s'agiter inlassablement. Lui-même dormait fort peu, il devait bien admettre. Pour cette raison, il allait se réfugier au huitième, plusieurs fois par semaine.
Milo n'avait jamais l'air surpris ou agacé de le voir. Il l'accueillait toujours dans son pantalon de pyjama bas, l'œil parfois encore endormi et les boucles défaites, avec une boisson adaptée à l'heure et un sourire sincère. Comme s'il trouvait ça parfaitement normal de le voir débarquer chez lui à deux heures du matin. Un mystère, pour le cadet des Gémeaux. Mais un mystère agréable, il n'allait pas mentir. Quand bien même l'ascension jusqu'au Temple du Scorpion pouvait être pénible : il n'aimait pas avoir à demander l'autorisation de traverser aux Gardiens des demeures intermédiaires à chaque fois qu'il voulait rendre visite à… son ami. Concept étrange et pourtant évident. Son compatriote avait été honnête et ouvert dès le début à ce niveau, et Kanon ne pouvait qu'apprécier.
« Tu peux me raconter ton histoire quand tu veux, de toute façon, je t'ai déjà anobli, et je ne peux pas revenir sur ma parole sans passer pour un imbécile. Sois sympa, et reste-en digne. »
L'ancien Marina n'était pas prêt pour ce genre de phrases emplies de bonté. Son cœur mal en point ne savait qu'en faire, et c'était encore pire quand cela s'ajoutait au rire franc de son camarade en voyant sa tête.
Saga se leva, brisant sa réflexion.
Le cadet jeta un coup d'œil vers son aîné. Le temps se suspendit lorsque les regards identiques se croisèrent. Il y avait tellement à dire, pourtant, tous les mots du monde semblaient insuffisants. Saga parût prêt à essayer l'espace d'un instant, mais se ravisa, visiblement incapable d'y parvenir une fois de plus. De briser le silence entre eux autrement que pour des banalités.
« Je vais m'entraîner. »
Kanon secoua la main distraitement en haussant les épaules. Si c'était tout ce qu'il avait à lui dire, il s'en moquait éperdument. Il se foutait de ce que ferait Saga de sa journée. Comme si c'était important. Il voulait juste parler. Crier. Se battre. Quelque chose. N'importe quoi. Mais son aîné n'était pas prêt à lui accorder ça, et il était trop fier pour attaquer la question lui-même. Le poids de la culpabilité les clouait au sol, et la rancœur achevait de les museler.
Le Chevalier des Gémeaux quitta les lieux, laissant derrière lui son cadet aussi agacé que frustré de ce manque de communication. Dans sa tunique d'entrainement, Saga descendit jusqu'aux arènes en nouant ses cheveux, entamant des échauffements dans l'unique but de se vider l'esprit. Il n'en pouvait plus : la voix sirupeuse de son passé sombré avait été remplacée par les souvenirs constants de ses agissements, de chaque peine qu'il avait causée, directement ou non.
Et il étouffait. Du besoin de dire pardon, tout comme de celui de recevoir un peu de compassion. Peut-être était-ce égoïste, certainement, même. Mais il avait souffert aussi de cet envahissement de sa psyché, de cette violation de ses pensées. Il s'était retrouvé à plusieurs reprises prisonnier de son propre corps, sans jamais pouvoir faire quoi que ce soit d'autre que de constater les horreurs perpétrées par l'entité qui le hantait.
Dans ses cauchemars incessants, il revoyait les regards des hommes qu'il avait blessés, inlassablement. Des nuances de colère, de déception, de haine, de peur, de tristesse. Ne demeurait que l'admiration dont il se sentait indigne d'Aphrodite et Deathmask. Et même eux, il n'était pas prêt à les voir, de peur d'entendre les reproches qui ne pouvaient pas manquer d'arriver.
Il commença à frapper dans le vide, soufflant face à l'effort demandé. Son corps n'avait pas encore totalement récupéré ses capacités, et il ne pouvait clairement pas se laisser aller avec la même aisance qu'autrefois. Pas pour l'heure du moins. Mais la sensation des muscles qui tiraient, et la sueur glissant sur sa peau, il les accueillit avec joie. Cela lui avait manqué. Des années à ne pas pouvoir faire usage de sa puissance, enfermé qu'il était dans le rôle qu'il avait usurpé. A présent, enfin, il pouvait libérer sa force et sa colère, sa peine et sa culpabilité dans ces gestes bien connus et mille fois répétés.
Il se mit à frapper dans la roche à disposition, marquée de coups d'apprentis et de Chevaliers au fil des années. Saga souffla, une fois, deux fois, en rythme avec ses mouvements. Plus il cognait, plus il avait enfin l'impression de retrouver sa vigueur. C'était incroyablement agréable de redevenir celui qu'il aurait dû demeurer, et il savoura chaque seconde, chaque impact sur la pierre. Sans user de son cosmos, juste sa puissance naturelle qui ne demandait qu'à être retrouvée.
Un impact pour chacun de ses péchés. Pour chaque souvenir ancré dans son esprit déchiré.
Un cosmos puissant le força à se retourner.
Derrière lui, le Chevalier de la Vierge se tenait debout, les paupières closes mais les sens entièrement rivés vers lui. Aussitôt, le sentiment de culpabilité envahit à nouveau le Troisième Gardien, au point de s'en sentir submergé. Haletant, la sueur coulant sur son front, il passa une main bandée sur son visage et baissa les yeux, incapable de faire face. Un silence s'étira entre eux, puis la voix hypnotique de l'Hindou s'éleva.
« Bonjour, Saga. »
Il aurait pu en gronder de frustration. Cette tentative de normalité insupportable lui donnait envie de vomir.
« Shaka.
— Aurais-tu un instant à m'accorder ?
— Je n'ai pas l'impression que tu me laisses le choix. »
L'autre homme pencha la tête, la mèche capricieuse glissant sur sa peau.
« En effet. Je suis venu quérir ton pardon, et j'apprécierais assez que nous ayons cette conversation aussi rapidement que possible. »
Un silence estomaqué. Saga écarquilla les yeux, ne pouvant croire ce qu'il venait d'entendre.
« Tu te moques de moi ?
— Absolument pas. Cela fait longtemps que je voulais m'absoudre de mes péchés, et je pense qu'il est important que je vienne te voir en premier. Je vous ai demandé le pire, à toi comme à Camus et Shura, et il est de ma responsabilité de m'en excuser. »
L'aîné des Gémeaux resta sans voix, haletant encore de l'effort demandé à ses muscles. Il sonda l'être face à lui, ne trouvant aucune malice. Néanmoins, quelque chose grondait en lui, une colère qu'il ne comprenait que trop, dû à sa propre culpabilité. Il serra les poings sur ses genoux, avant de se mettre à rire sans pouvoir s'en empêcher. Face à lui, le Sixième Gardien demeurait impassible, attendant visiblement que son hilarité étrange s'apaisât. Enfin, Saga reprit contenance, son visage affichant une expression torturée.
« Comment peux-tu… Pourquoi…
— Quoi que tu en penses, tu n'es pas le seul pécheur de notre assemblée. Nous avons tous notre part de responsabilité, nos souvenirs à porter.
— Arrête. Tu sais mieux que quiconque ce que j'ai fait. Ce que je vous ai pris. Et toi… quand je pense que j'ai mené une telle attaque pour te tuer, je…
— Je ne vous ai pas laissé le choix, tu le sais parfaitement. Et je suis navré de vous avoir poussés à une telle extrémité. Je sais que vous ne vouliez pas faire une chose pareille. Si je dois être honnête, je vous ai utilisés lorsque j'ai compris le seul scénario possible pour notre victoire. Et pour cela, Saga, je suis sincèrement navré. »
Abasourdi, le Grec ne sut que répondre. Il demeura ainsi, les bras ballants, face au Sixième Chevalier qui lui souriait doucement. Et il le vit, estomaqué, s'approcher lentement et lever la main pour poser son pouce sur le front du Troisième Gardien.
« Je ne nie pas tes fautes, et nombre de nos pairs méritent que tu t'absolves de tes erreurs. Mais pour ma part, Saga des Gémeaux, je t'offre mon pardon, et mes propres excuses pour ce qui s'est passé. »
Le pouce glissa de son front à l'arête de son nez, puis Shaka retira sa main, lentement. Il sourit de nouveau, ouvrant les paupières pour laisser voir la beauté trouble de ses yeux limpides. Et à travers les larmes qu'il ne pouvait pas retenir, Saga vit toute la sincérité de son compagnon d'armes dans le regard qu'il lui portait.
Il s'effondra à genoux, pleurant sa culpabilité aux pieds de l'homme qu'il avait tué, son cœur se relâchant enfin un peu du besoin de se confier.
En fin d'après-midi, Kanon quitta à son tour le temple des Gémeaux. Il avait passé des heures à essayer d'écrire ce qu'il ressentait, pour savoir comment il pourrait enfin parler avec son frère, en vain. Chaque fois qu'il y pensait, le mélange de rage et de culpabilité manquait de le submerger, et il ne pouvait rien faire d'autre que de céder à sa propre colère. Après avoir massacré un calepin entier, il abandonna. Les mains dans les poches, il descendit jusqu'à la plage qu'il avait évitée jusqu'à présent. L'appel de la mer restait plus fort qu'il n'aurait cru — voulu— et il se dirigea vers la crique à l'arrière du Sanctuaire, connu d'un petit nombre seulement, où il avait passé ses premières années adolescentes.
Il aperçut une silhouette assise au bord de l'eau. L'ancien Marina gronda intérieurement, prêt à faire demi-tour. Mais lorsqu'il reconnut les boucles blondes du Huitième Gardien, un soupir soulagé lui échappa. Il ne se sentait pas d'humeur à discuter avec qui que ce fût d'autre, et avait quand même besoin de ce moment de quiétude. Il s'approcha lentement, vit le visage de l'autre Chevalier se tourner à peine, reconnaissant sa présence. Kanon prit place à ses côtés, s'appuyant en arrière sur ses mains, observant le soleil descendre déjà sur l'eau avec l'heure d'automne. Un silence, agréable celui-ci, s'étira entre eux. Néanmoins, le cadet des Gémeaux pouvait voir une lueur étrange dans le regard de son ami, qui fixait la vaste étendue derrière ses bras croisés sur ses genoux. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes, se contentant de la présence de l'autre, mais son trouble finit par faire réagir son compatriote.
« Pose ta question. »
Pris sur le fait. Cela n'aurait pas dû le surprendre. L'esprit alerte du Scorpion était aussi légendaire que son esprit de déduction. Ne sachant comment aborder le sujet, l'ancien Marina choisit un chemin détourné.
« Tu veux aller boire un verre ?
— M'est avis que ce n'était pas ce que tu allais me demander. C'est un rendez-vous ? »
Kanon hésita un instant. Son ami le détaillait, la tête posée sur ses avant-bras. La lumière se reflétait sur les mèches blondes, et les yeux bleus lui parurent plus intenses que jamais. Néanmoins, l'expression de Milo restait indéchiffrable, et il n'était pas certain de ce qu'il était autorisé de répondre à cet instant. Le Huitième Gardien était aussi amical que charmeur, mais de ce qu'il avait constaté, c'était un trait presque inhérent à sa personnalité, et non quelque chose dont il faisait consciemment usage. Il avait été étrangement silencieux sur ses relations passées, quand bien même il lui avait conté ce Sanctuaire qu'il n'avait pas vu évoluer, répondant à chaque question avec franchise. Lui décrivant ce que Saga avait construit et détruit tout à la fois. La fuite de Mû. La chute de Shura. Le meurtre d'Aioros.
Le cadet des Gémeaux avait grimacé sur ce dernier point, la culpabilité lui serrant le ventre. Il avait à cœur d'aller parler au Sagittaire bientôt. Ce dernier s'était enfermé dans son temple, occupé à remettre en place le puzzle de sa vie, fait d'un corps âgé, d'un esprit encore jeune, et de souvenirs d'enfants devenus hommes, incluant son cadet.
« Kanon ? »
Le concerné reporta son attention sur le Grec qui l'observait toujours, et il se souvint qu'il n'avait pas répondu à sa question.
« Si tu veux, oui.
— Je suis flatté, dans ce cas. Mais pas ce soir. »
Il n'eut pas le temps d'avoir l'air déçu, Milo secoua doucement une bouteille avec une expression fatiguée, et ajouta :
« J'enterre mon amour aujourd'hui, vois-tu. »
Ah, c'était nouveau, ce genre de confidences. Il resta silencieux, incertain quant à la réponse à donner à de telles paroles. Il se rapprocha, laissant son épaule frôler celle de l'autre homme. Les yeux bleus brillaient d'une lueur qu'il n'avait jamais vue chez qui que ce fût jusqu'à aujourd'hui. Il ne pleurait pas, pourtant, une tristesse évidente exsudait de lui. Il fixa l'horizon et le jeu de lumières sur la mer, avant d'inspirer profondément.
« Je peux rester, si tu as besoin d'un témoin à ton histoire, et à sa fin. »
Milo sourit enfin derrière ses bras, et Kanon sentit quelque chose se retourner dans son estomac. Le besoin de voir cette expression devenir plus heureuse, pour et par lui, s'empara de son esprit, sans qu'il comprît vraiment pourquoi. Ce fût encore pire lorsque son compatriote se redressa enfin pour se tourner correctement. Et l'ancien Marina vit quelque chose dans ses yeux qu'il n'avait que rarement vue dirigée vers lui : de la reconnaissance.
Le Huitième Gardien le remerciait de son regard sincère, et le poids dans sa poitrine ne fit que s'alourdir. En lui, une émotion possessive se faisait sentir, mais il préféra l'ignorer, l'heure ne s'y prêtait pas. Milo inspira profondément.
« J'aimerais bien. On n'a jamais trop pu en parler autour de nous, ton frère n'était pas très… tolérant de certains rapprochements. C'était un secret si précieux, même les gosses ne pouvaient pas être au courant.
— Si ça peut te rassurer, Isaak avait compris depuis un moment. »
Un silence. Milo se redressa, une émotion violente sur les traits. Un instant, Kanon crût qu'il allait le frapper, mais la main sur son épaule était tremblante du besoin de soutien, les yeux pleins d'espoir, et non de colère.
« Hyôga m'avait dit qu'il l'avait revu, mais je n'avais pas fait le rapprochement avec toi.
— Je ne peux pas m'en vanter.
— Il m'a raconté pour son œil, et… merde.
— Quoi ?
— Je ne suis pas sûr que Camus ait compris que son deuxième gamin est en vie. S'il le revoit… il va en pleurer.
— C'est le tien aussi, non ? J'imagine que tu finiras dans le même état.»
Le Scorpion leva un sourcil circonspect, alors que l'ancien Marina haussait les épaules en observant l'horizon paré de nuances rougeoyantes.
« Il t'aimait énormément. J'ai beaucoup entendu parler de vous deux. Vu la façon dont son visage s'animait, c'était évident que tu étais… enfin, que c'était aussi ton gosse, d'une certaine façon.
— Ouais, un bon gamin… »
Il s'étrangla un peu sur ces mots, collant son front sur ses genoux. Kanon passa un bras autour de ses épaules, le serrant un peu plus fort et le collant contre lui.
« Tu veux bien me raconter ? » murmura-t-il doucement.
Le Grec redressa la tête, un sourire sincère et surpris sur les lèvres. Il resta contre lui alors qu'il lui contait un autre temps, une autre époque, dans laquelle Milo avait aimé plus que de raison le Onzième Gardien du Sanctuaire Sacré, ainsi que les deux disciples qu'il avait appris à veiller avec bienveillance par amour pour lui, pour eux. Le cadet des Gémeaux l'observa parler, plusieurs heures durant, et son cœur se serra, car tout dans l'expression de son compatriote trahissait de sentiments toujours existants, mais ayant trop soufferts pour continuer d'exister.
« Tu devrais réessayer de lui parler.
— Je l'ai fait.
— Tu ne peux pas lui pardonner ?
— Si ça c'était arrêté à la Bataille du Sanctuaire, à son acte de dévotion envers le gosse… Peut-être. Mais ce qui s'est passé ensuite, c'est trop, tu comprends ? Trop mélangé et entremêlé. Cela s'ajoute à des années de silence forcé, de secrets trop lourds à porter. Si je le laisse s'approcher, bien sûr que je lui pardonnerais. Comme si je pouvais lui résister à cet enfoiré. »
Un silence.
« Je l'aime tellement… mais je ne suis pas prêt à recommencer. Pas comme ça. J'ai besoin de comprendre, avant d'imaginer reconstruire quoi que ce soit. J'ai le cœur fatigué, que veux-tu que je te dise. »
Le rire tenté sur ces paroles s'étrangla. Dans les mots du Scorpion, sur ses lèvres et dans ses yeux, il y avait un amour évident. Quelque chose que le cadet des Gémeaux n'avait jamais connu, et qu'il enviait, en cet instant. Il serra l'autre homme davantage, et lorsque le flot de paroles se tarit, il murmura:
« Tu pourras m'en parler autant que tu veux, Milo. Je t'écouterai. Tu n'as pas à oublier, c'est trop important. Et si tu as besoin de te souvenir, je serai là.»
Le regard bleu se posa sur lui, et l'ancien Marina réalisa qu'il se refusait toujours à pleurer. Souriant de cette expression solaire qui était sienne, Milo prononça ces deux mots qu'il ne se rappelait pas avoir entendus depuis qu'il était né, et qui suffirent à piétiner son cœur :
« Merci, Kanon. »
[1] Eaque, abandonné par sa mère sur l'île d'Oenone, supplie Zeus (son père, surprise...) de la peupler pour ne plus être seul. Ce dernier transforme en humains les fourmis présentes sur un chêne sacré, dont Eaque deviendra le souverain.
