Désolée pour le temps, j'ai été un peu occupée avec les fêtes. En tout cas je tenais à poster ce chapitre pour marquer le 1er Janvier 2021 :) Je vous souhaite une bonne lecture et n'hésitez pas à me poster des commentaires si vous avez des remarques à me faire :) À très vite et bonnes fêtes à tous :)
Chapitre 19 : Cognard égaré
Ce matin-là, Livia se réveilla plus tard que d'habitude avec une difficulté étrange à ouvrir les yeux. Elle était presque désorientée et avant d'émerger elle dut s'y prendre à plusieurs fois pour se rappeler quel jour il était. Le tambour qui resonnait dans son esprit agissait comme un inhibiteur pour sa raison. Les sensations qu'elle ressentait étaient également très floues et il lui fallut du temps pour réaliser qu'elle n'était pas dans son lit. En réalité ce fut la perception d'une présence à côté d'elle qui lui fit en prendre conscience.
Péniblement elle ouvrit les yeux. La première chose qu'elle vit en ce dimanche 16 Octobre 1977, c'est qu'elle n'était effectivement pas dans sa chambre. Ce fut la luminosité qui lui mit la puce à l'oreille. Même en pleine été ou très tard dans la matinée, le dortoir des Serpentards n'aurait probablement jamais cette teinte. La lumière ici était éblouissante, pas lugubre ou verdâtre, mais vive et chaude. Le mobilier qui l'entourait était très différent aussi. Il y avait une table de chevet à moitié bancale sur laquelle trônait de nombreux parchemins. Le plancher était en carrelage beige qui faisait écho aux rideaux à moitié tirés de la fenêtre qu'elle avait sous les yeux.
Elle n'était pas dans son dortoir. Réalisant ça, son cerveau sembla comme se réveiller plus vite. Ce qui la fit réaliser plus rapidement un second fait : elle était nue. La pression de la couverture sur son corps lorsqu'elle tenta de se lever le lui indiqua tout de suite. Livia ne s'endormait jamais toute nue. Le contact des draps était toujours trop inconfortable. Les seules fois où elle le faisait c'était quand elle avait bu (ce qui semblait être le cas étant donné son mal de crâne abominable) ou lorsqu'elle n'avait pas dormi seule, ou les deux. En reliant ce fait, elle tourna son regard vers la seconde place du lit.
Un homme torse nu y dormait profondément. Il était magnifiquement sculpté et cela n'étonnait pas Livia qu'elle se soit retrouvée dans son lit, mais ça n'enlevait pas le problème. Avec un soupir elle s'effondra sur le matelas.
« Qu'est-ce que j'ai fait hier soir déjà ? » se demanda-t-elle en fermant les yeux. Elle essaya de se remémorer la soirée de la veille pour mieux comprendre.
Lors du diner elle était d'une humeur massacrante. Sa semaine avait été difficile. Elle avait dû travailler très dur sur ses cours pour rattraper ses mauvaises notes et elle avait également dû rester concentré pour éviter les sales coups de Black.
Il avait tenté de l'attaquer quatre fois au cours de cette semaine. La première fois c'était mardi. Des bombabouses à la sortie de la maison des Serpentards. Classique. Livia l'avait vu venir et l'avait évité sans problème. Ensuite il y avait eu mercredi. Être resté sur sa faim n'avait visiblement pas plu à Sirius Orion Black, parce qu'il avait de nouveau essayé de l'attaquer avec des bombabouses au moment de la pause de l'après-midi. En voyant que Livia avait de nouveau su l'éviter, au détriment de Dorcas, il n'avait pas retenté l'expérience. Elle supposait que la tornade Maedowes qu'il avait pris dans leur maison avait dissuadé Sirius de l'attaquer de nouveau avec les produits de chez Zonko. La troisième attaque s'était produite vendredi. Un sortilège de furoncle. Elle l'avait vu venir de loin. Sirius Black était très loin d'être un garçon discret. Il était même l'opposé de cela. Elle l'avait attentivement observé au cours de métamorphose et vu qu'il préparait ce genre de sortilège. Malheureusement pour lui, ce fut James Potter qui le reçut à sa place. Pendant le cours de Potion Remus et Peter avaient eu la bonne idée de s'éloigner de la Blackwood au cas où. Alors, elle avait visée celui qui était le moins soucieux, James. Il devait penser que jamais son meilleur ami ne se tromperait de cible. En cherchant les ingrédients elle l'avait toujours gardé proche d'elle. Voilà pourquoi, lorsque le sortilège fut lancé, la rapidité de Livia à pousser James devant elle avait porté ses fruits.
Le Potter avait dû être emmené à l'infirmerie sous le rire de tous les élèves y comprit Livia qui n'avait pas perdu l'occasion de faire un royale doigt d'honneur à Sirius lorsqu'il était passé en quatrième vitesse devant elle pour aller rejoindre son camarade. Il l'avait regardé avec des yeux de mort avant de partir en courant.
Le dernier coup qu'il avait essayé de lui jouer avait échoué également. Faire tomber une poubelle sur elle depuis les hauteurs du château était tellement prévisible. C'était la première chose que Livia avait pensé depuis l'affaire du Strangulot et avait agi en conséquence. Elle ne sortait plus de l'enceinte du château sans un filet de protection invisible autour d'elle. Malheureusement, c'est Marlène qui avait tout pris à sa place.
Livia n'avait pas répliqué, préférant le narguer avec son incompétence à agir plutôt que d'attaquer. Elle gardait son plan pour plus tard. Pour le moment c'était bien plus drôle de voir Black soumis à la rage de l'échec. Cependant l'anticipation, ajoutée à toute ses heures de cours, épuisait Livia au plus haut point. Si on ajoutait à cela le mauvais temps qu'essuyait la Grande-Bretagne depuis le début de la semaine, cela réduisait sa bonne humeur à de petits moments éparses dans la journée.
Autant dire que l'ambiance samedi soir était déprimante. Même l'annonce d'un match amical entre Gryffondor et Poufsouffle n'avait pas pu dérider Dorcas et encore moins Marlène qui se plaignais encore de sentir le poisson pourri malgré les innombrables douches qu'elle avait prises.
À la surprise générale, c'est Mary qui avait été à l'initiative de la soirée. En voyant les têtes passablement épuisées mentalement de ses trois amies, elle leur avait dit qu'il fallait qu'elles se changent les idées. En plus de cela, il fallait célébrer l'ouverture du premier match de Dorcas et il n'y avait rien de mieux pour ça qu'une bonne soirée alcoolisée. Livia avait été surprise. Déjà que Mary puisse suggérer cela. La jeune femme était si réservée d'habitude qu'elle avait du mal à l'imaginer se soûler et danser dans un pub avec ses amies. Ensuite elle ne savait pas qu'on pouvait faire cela. En même temps à 17 ans elles étaient majeures et la trace avait déjà été levée. Elles pouvaient faire ce qu'elle voulait techniquement parlant. Cependant elle pensait que la législation anglaise sur l'alcool était plus stricte que ça.
Toutes les filles de Gryffondor acceptèrent. Lily fut un peu plus dure à convaincre mais au bout de 40 supplications de Marlène, la préfète avait cédé comme une mère à son enfant. Résultat, les quatre filles s'étaient retrouvées dans la cour de Poudlard après la ronde de Lily, apprêtées pour une petite soirée à Pré-Au-lard. Livia avait dû emprunter une robe et des talons à Marlène étant donné que les seules qu'elle avait emmenés s'étaient retrouvés au fond du lac noir. Marlène et elle n'avaient pas la même physiologie. Livia pensait qu'étant donné qu'elle était plus grande qu'elle, leur différence se compenserait, mais en enfilant la robe elle avait vu qu'elle était beaucoup trop grande pour elle. Elle lui avait donc jeté un sort d'affinement se jurant de lui rendre sa taille normale après. Livia et Marlène avaient par chance la même pointure de pied, elle n'avait donc pas à faire la même chose pour les chaussures. Lily, elle, s'était préparée à la va vite et semblait stressée à l'idée d'enfreindre le couvre-feu, même si son nouveau « grand ami », James Potter, lui avait promis de la couvrir.
Une fois arrivées dans la ville sorcière, elles s'étaient dirigées vers un bar, loin du quartier animé. En entrant dans le Pub, Livia avait été sceptique. Ce n'était pas très grand et la musique laissait à désirer. Mary avait choisi ce bar parce que c'était l'un des deux seuls de la ville où les propriétaires n'étaient pas très regardants sur l'âge de la clientèle, il ne fallait pas s'attendre à mieux. Mais, les boissons étaient si délicieuses et le serveur avait un tel sex appeal que très vite Livia avait oublié cet aspect peu reluisant.
Lily était la seule qui n'avait pas beaucoup consommé. Livia, Dorcas, Marlène et Mary n'avaient pas eu cet état d'âme. Elles avaient enchainé les whisky-pur-feu, ce qui eut l'effet de les rendre très vite soûles. Même si elle passa le début de sa soirée avec ses amies, Livia gardait le serveur en ligne de mire. Grand, brun avec des yeux bleus pétillants, magnifiquement dessiné, pas plus de 22 ans, il avait tout ce qu'il fallait pour attirer Livia. Alors qu'un groupe de musique rock était arrivé pour animer la soirée vers 22h30 les filles avaient décidé d'aller danser et c'était là que les choses avaient commencé à partir en vrille.
Soûle à souhait, Livia s'était déhanchée follement, laissant tous les regards flâner sur elle sans relever, y compris celui du serveur. Ce ne fut qu'une heure plus tard qu'elle avait saisi sa chance de l'approcher. La jeune femme ne se souvenait pas très bien de ce qui s'était passé précisément. Elle se rappelait juste que Lily l'avait hélée pour qu'elle revienne à leur table et lui avait dit que Mary ne se sentait pas très bien et qu'elle allait la raccompagner avant qu'elle ne vomisse partout. Livia avait acquiescé et regardé ses deux amies partir.
Elle n'était pas retournée sur la piste de danse elle en était sûre tout simplement parce que c'était le moment du slow et que Marlène et Dorcas se regardaient dans le blanc des yeux avec une telle émotion que Livia ne voulait pas les déranger. Elle regardait les deux jeunes femmes avec un petit sourire satisfait.
Ce fut à ce moment-là que le serveur était venu la voir. Il n'avait plus son tablier ce qui voulait dire qu'il avait fini son service. Après quelques phrases d'approches qui annonçaient la couleur, Livia lui avait proposé un verre et il lui avait répondu qu'il ne pouvait pas accepter, parce qu'il ne laissait jamais de jolies femmes lui offrir des verres. Il avait demandé à son collègue de lui ramener deux Whisky-pur-feu et après les avoir langoureusement savourés, le serveur lui avait proposé d'aller danser sur le nouveau morceau entraînant qui se jouait.
Livia avait accepté et la suite était un peu floue bien qu'elle ait quelques images et sensations agréables à l'esprit. Elle se souvenait de leur danse assez osée, de leur embrassade, du dernier verre qu'ils avaient pris au bar, de sa proposition d'aller chez lui, de la pluie sur sa peau lorsqu'ils étaient sortis du bar, de leur embrassade endiablée à quelques pas de chez lui et de leur partie de jambe en l'air une fois à l'intérieur. À ce qu'elle se souvenait c'était plutôt ce qu'on peut appeler un très bon moment, cependant elle n'allait pas le réveiller pour en discuter.
Après s'être refait le film de sa soirée, Livia avait rouvert les yeux se demandant comment elle allait se sortir de cette situation. La solution la plus éthique serait de lui dire au revoir, mais Livia n'avait jamais été très douée pour ça, surtout dans ce genre de situation. Elle préférait toujours filer à l'anglaise et aujourd'hui ne ferait pas exception.
Elle commença par repérer où étaient ses affaires. Ses sous-vêtements étaient par terre près de la lampe rouillée. Sa robe bleue trainait en boule près de la porte, quant à ses chaussures… L'un des talons que lui avait prêté Marlène manquait au bataillon. Elle se décida à retrouver l'autre plus tard et avait quitté le lit le plus discrètement possible, ce qui n'était pas une mince affaire. Les lattes du matelas grinçaient à la moindre pression. La tension qu'elle ressentait à réveiller son compagnon d'une nuit ne se relâcha que lorsqu'elle fut debout. Sur la pointe des pieds, elle alla récupérer sa robe, ses sous-vêtements et son talon puis elle était sortie de la pièce. À son grand bonheur ils n'avaient pas fermé la porte la veille ce qui lui avait permis de passer en évitant le stress légendaire de la porte qui grince.
Une fois dans le petit living room, Livia mit d'abord ses affaires. Elle vérifia que sa baguette et son portemonnaie était bien dans la poche de sa robe puis elle inspecta les lieux. Elle devait trouver le deuxième talon qui manquait à l'inventaire sinon Marlène le lui reprocherait pendant des siècles. Elle ne put s'empêcher de se demander comment est-ce qu'on pouvait vivre dans un endroit aussi petit et mal ordonné. Des bouteilles de bière trainaient un peu partout, elle crut même voir des bouts de nourriture joncher le sol. Livia n'était elle-même pas quelqu'un de très ordonnée et elle voulait bien que la cuisine fasse partie du décor mais il y avait des limites d'hygiène à respecter à son maigre avis.
Laissant de côté ses à priori, Livia chercha et trouva son talon qui trainait près de la porte, ce qui était parfait pour faciliter son départ. Elle prit son talon, le mit à son pied ainsi que l'autre puis, le plus silencieusement possible, elle ouvrit la porte en bois pour filer de la petite maison.
Une fois dehors elle souffla. Elle avait réussi son coup ce qui était plutôt pas mal. Cependant elle ne cria pas victoire trop vite. Elle était perdue au milieu de Pré-au-lard dans une veste et une robe pas assez chaudes pour un début d'octobre anglais. Elle avait le ventre vide, la vision d'un soleil qui annonçait qu'elle allait être en retard pour le match (auquel elle avait promis d'assister pour soutenir Dorcas) et n'avait absolument aucune idée de l'endroit où aller. Elle déchanta alors très vite. Pourtant, ne se laissant pas gagner par la panique, Livia se décida à chercher le nom de la rue. Peut-être que cela lui rappellerait des souvenirs. En remontant la rue étroite elle en profita pour s'arrêter devant une boutique de bijoux afin de se redonner un visage humain. Ajustant son maquillage d'un coup d'aquamanti et se faisant un chignon à la va-vite, elle ne perdit pas de temps avec ça, préférant trouver un moyen de rentrer vite au château.
Ce ne fut pas gagné. Livia dût se perdre une dizaine de fois dans les petites ruelles pavées avant de retrouver le centre-ville. Pré-Au-Lard n'était pas une grande ville mais elle fourmillait de petits passages et autres culs de sacs, ce qui rendait le repérage très difficile. Une fois qu'elle fut enfin arrivée dans le centre elle eut l'occasion de voir l'heure sur la grande pendule de la place. 9h31. Elle était très en retard. Le match commençait dans moins d'une heure ce qui voulait dire que ses amies étaient sans doute déjà en route ou sur le point de le faire.
Précipitamment elle se mit à courir vers les fiacres pour en prendre un le plus vite possible, mais lorsqu'elle arriva le dernier lui passa sous le nez. Après avoir poussé un juron bien mérité, elle s'adossa au muret de la petite voie des transports magiques. Ses pieds lui faisaient atrocement mal depuis le début de sa course inutile. Rageusement elle les enleva. Au point où elle en était, le ridicule ne devrait pas la tuer. Après cela, elle se dirigea vers le poste des diligences.
Le petit sorcier qui était à l'intérieur semblait plus intéressé par son numéro de sorcière Hebdo que par les deux clients qui attendaient devant sa permanence. En voyant le peu d'entrain qu'avait le sorcier pour répondre aux demandes du couple devant elle, Livia décida d'abandonner le concept de la diligence et de tout faire à pied.
Après avoir jeté un sort de coussinet sous ses pieds pour éviter de se faire lacérer par des cailloux au cours du trajet, Livia avait adopté une marche rapide. Pendant tout sa traversée elle maudissait les règles du château qui les empêchaient de transplaner à l'intérieur. Tout aurait été plus simple si elle avait pu se téléporter dans son dortoir et se préparer à la va vite, prétendant un petit retard de réveil. Mais bien sûr le château était paré de barrières anti-transplanages, ce qui fit qu'elle devait marcher précipitamment de Pré-Au-Lard jusqu'à l'école sous la bruine froide d'octobre, à peine réveillée et le ventre désespérément vide. Ce qui était sûr c'est qu'on pouvait commencer la journée d'une meilleure façon.
Lorsqu'elle arriva enfin à la frontière de l'école elle était essoufflée, trempée, les pieds en compote et le chignon complètement ébouriffé par le vent. Elle ne pouvait pas se voir dans un miroir mais elle était sûre de ressembler aux sorciers de l'allée des embrumes qui lui avaient donné la chair de poule quand elle était allée acheter ses affaires de classe avec sa tante. Les réactions des élèves qui se dirigeaient vers le stade furent assez éloquentes pour qu'elle parvienne à cette déduction. Essayant donc de se faire le plus discrète possible, Livia se pressa vers le château. Elle ne fut jamais aussi contente d'y arriver. Elle pensait que le reste se ferait tout seul, mais le destin avait choisi de lui faire passer la marche de la honte ce jour-là car lorsqu'elle se dirigea vers l'escalier, Livia se retrouva en face de Marlène et Mary, déjà prêtes pour le match. Lorsqu'elles la virent, les deux jeunes femmes s'arrêtèrent pour l'observer.
Livia ne pensait pas que le malaise pouvait être plus grand encore, mais c'était mal connaître les aléas de la vie visiblement, car Lily et Remus débarquèrent à la suite des deux filles de la maison Gryffondor. Leur discussion s'arrêta nette également. Et bien sûr, comme il fallait s'y attendre afin de compléter le tableau, ils furent suivis de Sirius et Peter. Livia aurait préféré pouvoir disparaître sous terre à ce moment précis.
-Qu'est-ce que tu as fait à mes talons ? demanda Marlène en s'approchant de la jeune femme.
-Rien, ils me faisaient mal aux pieds c'est tout… soupira Livia qui voulait s'éclipser au plus vide. Je vais me préparer vite fait et j'arrive, finit-elle dans un souffle, prête à partir, mais Marlène avait sa tête de : « ce n'est pas fini, j'ai encore une petite chose à te dire ».
-Eh ! l'interpella-t-elle en la fixant dans les yeux de manière très sérieuse. La prochaine fois que tu te tires avec le barman en fin de soirée tu nous préviens d'accord ? Dorcas et moi on s'est fait un sang d'encre pour toi !
Livia aurait aimé lui répliquer que si elle n'était si captivée par les lèvres généreuses de la jeune batteuse de Gryffondor, elle aurait sans doute vu qu'elle était en train de partir, mais elle ne voulait pas envenimer la situation qui semblait déjà suffisamment tendue. Elle devait partir au plus vite. Sentir les regards des autres sur elle, la rendait mal à l'aise au plus haut point.
-Désolée, je n'ai pas réfléchi. On en reparle tout à l'heure, dit-elle en se détachant de Marlène pour effectuer un passage entre ses amies (et autres individus non classifiés dans cette catégorie) vers l'escalier.
-Compte là-dessus ! lui avait soufflé Marlène en la regardant s'esquiver.
Elle salua Lily et Mary qui avaient encore la tête dans le sable visiblement et rougit en croisant le regard de Remus qui soupira en entrainant les autres vers la sortie. Le dernier regard qu'elle croisa fut celui de Sirius qui était le plus en retrait du groupe. Il la regardait avec une mine froide qui la fit frissonner intérieurement. Ne souhaitant pas prolonger ce moment gênant, elle se mit à trottiner vers les escaliers pour rejoindre sa salle commune au plus vite.
Livia mit un temps record à se préparer. Elle était si pressée qu'elle avait failli faire un vol plané en enfilant ses chaussettes. Heureusement qu'elle avait encore quelques reflexes malgré sa migraine. Quand elle sortit enfin de sa chambre il était 10H05, il lui restait environ vingt minutes pour arriver avant que les joueurs n'entrent sur le terrain. Voilà pourquoi elle s'était permise une petite halte à la grande salle pour ramasser quelques pains qui trainaient en bout de table avant de se diriger en courant vers le stade.
Ce fut la course pour arriver là-bas, pourtant elle y arriva avant que le match ne commence ce qui la fit souffler lorsqu'elle arriva près de l'entrer. Elle allait y pénétrer sans attendre lorsqu'elle vit une scène qui la fit piler net. Sirius Black était quelques mètres plus loin et il regardait avec un sourire charmeur une belle blonde aux yeux bruns qui était batteuse dans l'équipe des Poufsouffles, si elle en jugeait par sa tenue.
Sans qu'elle sache pourquoi, elle en fut énervée. Ses sourcils allèrent même jusqu'à se froncer lorsqu'il replaça une mèche de cheveux de la jeune femme derrière son oreille et qu'elle gloussa comme une collégienne. Livia était agacée. Très agacée même. Pourtant elle n'avait aucune raison valable. Elle préféra se dire que c'était le contre coup de sa mauvaise matinée ou autre chose que d'une forme de jalousie bizarre. Elle ? Jalouse que Sirius Black prête attention à une autre fille ? Jamais ! Se serait ridicule ! Et puis d'ailleurs pourquoi ? Non ce n'était pas de la jalousie. Cela devait juste l'agacer de voir cet exécrable petit gnome répugnant.
Pourtant même si elle se répétait cela, elle rentra dans le stade plus qu'agacée sans comprendre la véritable raison. Se cachant sous son visage de marbre elle rejoignit ses camarades de Gryffondor qui étaient déjà prêtes à accueillir les joueurs de leur maison. Livia allait les retrouver quand quelqu'un appela son nom derrière elle.
Livia se retourna et trouva Guertruda Bolfort qui la regardait avec une peur visible sur le visage. La jeune Blackwood était surprise de la voir. La dernière fois qu'elles s'étaient vues, la jeune Serpentard l'avait envoyé sur les roses en lui sifflant de ne plus jamais lui adresser la parole, surtout si c'était pour parler de Katherine Veronica Stuart. La jeune femme était donc sceptique face à cette prise de contact.
-Est-ce qu'on peut parler ? Je dois te dire quelque chose d'important, dit la petite asiatique qui regarda dans tous les sens comme si elle avait peur qu'on la voie parler à sa consœur.
-Okay, dit Livia dont la curiosité l'emporta sur la fierté de reparler avec une fille qui l'avait envoyé paitre il y a peu.
La poursuiveuse de Serpentard lui prit alors le bras pour l'entraîner dans les couloirs menant aux gradins, visiblement trop anxieuse de parler en public. Une fois à l'abri des regards, la jeune femme aux cheveux tirés regarda une dernière fois à l'extérieur pour s'assurer qu'elles n'étaient pas espionnées.
-Qu'est-ce que tu veux me dire de si important ? demanda Livia en croisant les bras, pour montrer à la jeune sorcière qu'elle n'avait pas oublié la manière dont elle l'avait traitée la dernière fois.
-Tu voulais des informations sur Katherine non ? répondit-elle l'œil toujours aussi craintif. Alors je vais te dire tout ce que je sais.
-Je croyais que tu ne savais rien sur elle et que si tu savais quelque chose tu ne me le dirais pas parce que ça ne me regarde pas.
-J'ai changé d'avis.
-Et pourquoi ?
Guertruda hésita à révéler ce qu'elle savait. Elle l'avait remarqué à sa façon étrange de vouloir passer incognito, mais cette fois elle le remarqua davantage à sa manière de triturer nerveusement sa manche de robe. C'était déroutant et ça agaçait légèrement Livia.
-Parce que je ne veux pas qu'il t'arrive la même chose qu'à elle, finit-elle par dire.
- Comment-ça ?
- Écoute, dit-elle après un soupir étrange. Katherine était un peu comme toi avant. Elle… Elle se fichait des convenances. Elle faisait ce qu'elle voulait et elle se moquait de ce qu'on pouvait en penser. Pendant nos cinq premières années elle était plutôt calme et ça ne dérangeait personne, mais en sixième année elle s'est mise à sortir avec un gars de Gryffondor et ça n'a pas trop plu aux autres. Quelques mois après qu'elle se soit mise avec Rupert Watson… Mulciber et Avery l'ont menacée.
-Menacée ? demanda Livia qui écoutait très attentivement ce que lui disait la jeune femme.
-Ouais. Ils lui ont dit que ce n'était pas parce qu'elle n'était qu'une…Une sang-de-bourbe, qu'elle pouvait déroger à la règle et se mettre à fricoter avec l'ennemi. Ensuite ils l'ont menacée de la « remettre à sa place » si elle ne rompait pas avec lui, avait-elle continué en mimant les guillemets avec ses mains tremblantes. Ça n'a pas du tout plu à Katherine. Elle a continué de fricoter encore plus avec Rupert et ça les a rendus furieux.
Il y eut un moment de flottement à la fin de sa phrase. C'était le moment le plus important de l'histoire, Livia ne pouvait pas se permettre de le rater parce que Guertruda Bolfort était trop effrayée des conséquences de sa confidence pour continuer. Alors la Blackwood décida de lui mettre la pression. Elle était venue la déranger pour lui parler, elle n'avait pas le droit de la laisser maintenant.
-Et ensuite ?
-Je ne sais pas, répondit la sorcière aux gracieux yeux en amande.
-Comment ça tu ne sais pas ? Tu es venue me déranger pour me dire que tu ne sais pas ? Si c'est le cas tu n'étais pas obligée de te déplacer ! dit Livia avec un ton presque énervé pour lui faire comprendre que c'était complètement ridicule de l'avoir fait se cacher pour ça.
-Je… Je ne sais pas ce qui s'est passé d'accord !? répondit alors la jeune Serpentard en passant la tête par l'ouverture du gradin avant de continuer. Tout ce que je sais c'est qu'un peu plus d'un mois après l'avertissement que Mulciber et Avery lui ont donné, des élèves ont vu Katherine sortir en pleure des vestiaires du stade après un match.
-Tu sais ce qui s'est passé ? demanda Livia avec un ton d'enquêtrice du MACUSA.
-Non. Katherine n'a jamais voulu en parler à qui que ce soit. Je sais par contre que ça l'a traumatisée suffisamment pour qu'elle disparaisse pendant deux jours après ça.
-Disparaître ? C'est-à-dire ?
-Elle a disparu. Personne ne savait où elle était et il semblait qu'elle avait quitté l'enceinte du château. Les professeurs étaient très inquiets et Dumbledore avait même envoyé Hagrid à sa recherche. On l'a retrouvé dans les rues de Pré-Au-Lard complètement désorientée. Hagrid l'a ramenée au château et elle a eu le droit à une semaine d'infirmerie. On l'a interrogée sur ce qui s'était passé mais elle n'a jamais parlé et elle n'a plus jamais été la même après ça. Elle a arrêté de venir aux entrainements, elle a rompu avec son petit-ami et ses notes se sont mises à dégringoler. Elle faisait des crises de panique le soir, elle ne mangeait plus rien et elle ne parlait presque plus. À la fin c'était presque un légume. Dumbledore a contacté sa famille pour qu'elle vienne la chercher, mais avant que sa mère n'arrive au château…
-Elle a essayé de se suicider, finit Livia dont la déduction logique avait pris le dessus.
Guertruda n'avait pas répondu. Elle avait juste signé de la tête pour lui confirmer que c'était effectivement bien ce qui s'était passé. Livia était plus que perturbée. Elle avait appris pour Rupert Watson quelques jours plus tôt. Les trois camarades de chambre de Livia parlaient de garçons et elles avaient discuté de la relation que leur ancienne colocataire de dortoir avait eue l'année précédente. Rupert était donc le prochain à interroger sur sa liste et elle commençait à être sûre que c'était lui qui avait dû lui faire quelque chose, mais maintenant tout avait changé. Livia avait soupiré et s'était tournée vers l'entrée du stade où les acclamations se firent entendre à l'arrivée des Gryffondors sur la piste.
-Tu ne sais vraiment pas ce que Mulciber et Avery lui ont fait ou tu ne veux pas le dire ? demanda Livia d'un ton presque amère en fixant le stade.
-Non je ne sais pas, avait-elle répondu d'un ton étrangement peu convainquant qui ne plut pas du tout à Livia. Je viens de te dire tout ce que je sais.
-Très bien. Je crois qu'on peut en rester là alors, dit-elle d'un ton éteint les yeux toujours fixés sur l'extérieur des escaliers de bois où elles étaient cachées.
-Livia, dit la belle brunette en se dirigeant vers la sortie. Fais attention à toi. Maintenant tu sais que les menaces qu'ils t'ont faites ne sont pas des menaces en l'air.
-Qui t'a dit qu'ils m'ont menacée ? lui demanda Livia avant qu'elle ne rejoigne la lumière.
Sa question fit sursauter la sixième année. Elle ne s'attendait visiblement pas à ce qu'elle lui pose cette question. Livia connaissait déjà la réponse. Guertruda était une sang-mêlé qui ne gravitait pas autour des fanatiques puristes de leur maison, elle ne pouvait pas approcher des très populaires sang-purs Serpentards et accéder à des informations comme ça. La seule manière qu'elle avait eu de savoir c'était par quelqu'un qui avait directement accès à ces infos et Livia avait déjà sa petite idée de qui cela pouvait être.
-Ça n'a aucune importance, répondit la jeune fille après lui avoir lancé un nouveau regard craintif avant de filer le plus vite possible vers les gradins.
Oh si c'était important. Si Regulus Black avait pris la peine de la mettre en garde deux fois c'est que les vipères de sa promo préparaient quelque chose contre elle comme Livia le redoutait. Elle devait se montrer prudente. Elle n'avait pas peur. Cependant ce n'était jamais très agréable d'être prise dans le viseur de quelqu'un.
En arrivant à sa place dans les gradins elle était donc très songeuse.
Si elle n'était pas aussi perturbée, elle l'aurait vu venir à des kilomètres. Elle aurait vu la batteuse que Sirius séduisait avant le début du match qui l'observait étrangement sur son balai. Mais Livia n'écoutait le match que d'une oreille. Elle ne le regardait même pas réellement. Elle pensait à tout ce que Guertruda lui avait dit sur l'ancienne propriétaire de son lit et ce que ça impliquait pour elle.
Elle aurait dû entendre le coup de batte que la batteuse avait donné devant elle. Son regard, bien que perdu dans le vide n'était pas très éloigné de l'endroit de l'impact pourtant.
Cependant, Livia n'était pas concentrée. Et comme la dernière fois que Sirius lui avait fait un coup de ce genre, c'est en pensant à un ennemi plus grand que lui qu'il l'avait frappée à nouveau.
Le cognard que lui avait envoyé la seconde batteuse de Poufsouffle n'atteignit pas son visage. Lily l'avait tiré vers elle avec assez de rapidité pour empêcher ce drame. Cependant il atterrit en plein sur son épaule droite et Livia poussa un gémissement de douleur. Tout le monde autour de la Serpentard se mit à pousser des cris de surprise et de panique. Livia avait si mal qu'elle n'entendit qu'à moitié l'entraîneur hurler un temps mort. Elle avait l'impression qu'on venait de lui arracher la moitié de l'épaule. Lily essayait de la maintenir du mieux qu'elle put et criait des instructions à ses amies Gryffondors pour aller chercher quelqu'un pour l'aider.
Rapidement assommée par la douleur qu'elle ressentait, Livia eut juste le temps de voir Lily sortir sa baguette avant de s'affaisser à demi-consciente sur elle.
