Chapitre 9

Elle sortit du coiffeur en se sentant légère. Sa nouvelle coiffure tendance, un carré flou jusqu'aux épaules, relevé par une mèche crantée balayant son front et sa joue, lui plaisait et en voyant déjà un homme la fixer, elle se dit que ça faisait plus moderne et abordable. Mais elle passa avec indifférence devant son premier admirateur car il ne lui plaisait pas du tout physiquement. Puis elle fit les boutiques et se surprit, elle qui jusqu'alors hésitait à dépenser frivolement, à avoir envie d'être plus raffinée. Elle trouva une boutique de qualité mais pas exagérément luxueuse qui lui fit acquérir trois robes, deux corsages, un tailleur, un pantalon et des dessous sexy. Elle donna l'adresse où les livrer et vit la vendeuse sourire en coin en entendant le nom du propriétaire. Elle s'inquiéta alors d'avoir fait une bêtise qui pourrait nuire à Terry, il était trop tard mais elle rajouta qu'elle était sa parente, pour se rassurer et se promit de l'avouer dès rentrée à son hôte. Ensuite elle se promena un peu puis acheta une poupée magnifique dans une vitrine pour Julia, qu'elle emporta. Elle repartit et entra dans Central Park se promener. Elle regardait les autres passants en cherchant encore un homme qui lui plairait, en trouva un assez beau mais accompagné d'une femme, un autre qui lisait sur un banc lui sembla intéressant mais il ne la regarda pas une seconde quand elle s'assit en face de lui. Enfin, elle vit un jeune homme promener un chien, qui lui sourit quand elle caressa la tête du caniche venu la sentir. Son maître avait de beaux yeux gris et un sourire charmant, elle y répondit et il entama une conversation sur la pluie et le beau temps, qu'elle nourrit avec plaisir. Il s'assit alors près d'elle et ils parlèrent animaux puis de leurs vies. Il s'appelait David, était violoniste et célibataire, vivait chez ses parents et n'avait que vingt ans. Elle lui dit qu'elle était en vacances chez des parents, célibataire mais maman d'adoption et hélas était plus âgée. Il sourit en entendant ses quatre ans de plus et lui dit que ça ne se voyait pas son si vieil âge. Une heure passa sans s'en apercevoir quand il lui dit qu'il devait ramener le chien pour aller répéter à l'opéra de New York mais qu'il aimerait la revoir. Elle sourit en acceptant mais lui proposa déjà de l'accompagner jusque là vu qu'elle n'avait pas encore vu cet opéra. Ils partirent donc ensemble, il déposa le chien dans un appartement face au Park puis l'entraîna dans le métropolitain pour ce trajet à l'opéra. Il la fit même entrer jusqu'à la salle avant de lui proposer un dîner samedi soir. Elle se souvint qu'elle avait accepté déjà un dîner chez la mère de Terry, elle lui proposa plutôt vendredi mais c'est lui qui ne le pouvait pas car il jouait dans un autre orchestre ces soirs là, dans un music hall de Brooklyn. Elle réfléchit alors puis lui demanda de l'appeler en fin de semaine pour trouver un jour adéquat. Ensuite, elle lui sourit et lui dit au revoir, il lui baisa la main et lui dit qu'elle lui plaisait beaucoup. Elle rougit et faillit s'enfuir mais en pensant à Terry et son baiser, elle se prit l'audace de mettre ses mains sur ses épaules et de poser sa bouche sur la sienne. Il réagit tout de suite en la prenant par la taille et en prenant le contrôle du baiser qu'il donna un peu brutalement au goût de Candy. Elle y mit fin une minute après en trouvant ça fade, sans frissons ni émotions mais lui sourit encore avant de partir. Une fois dehors, elle soupira en se demandant si elle avait envie de le revoir. Elle soupira encore en se souvenant du baiser de Terry et espéra qu'il ne soit pas le seul au monde à lui faire ressentir ça. Et en se retrouvant au bout de la rue face à une affiche de Cyrano de Bergerac, elle eut encore plus le blues devant ses yeux océan si perçants. Elle se souvint de la représentation samedi soir et du bonheur vécu devant la pièce et surtout sa performance d'acteur et metteur en scène. Une larme coula sur sa joue, elle se maudit de trahir sa promesse de ne plus être malheureuse pour lui. Non, ce n'était pas du malheur, juste encore du regret et un besoin de plus en plus grand d'être aimée comme Anthony et lui. Elle repartit en métro et décida d'aller à Harlem se changer les idées. Bientôt, elle se traita d'inconsciente en voyant des regards méfiants, moqueurs et même une fois menaçants devant son audace. Elle traça son chemin les yeux baissés, essuya quelques sifflements et grossièretés, puis entra dans l'église quand elle entendit des pas se rapprocher d'elle. Elle alla s'agenouiller aux pieds du christ en lui demandant de la protéger et pria pour les orphelins de ce quartier. Quand elle se releva, le révérend vint lui demander si elle s'était perdue et si elle avait besoin d'aide.

- Oh! Je crois que j'ai juste eu peur par suppositions stupides! Par ignorance ou mauvaise attitude! Je voulais juste aller à l'orphelinat mais j'y étais venue en voiture la dernière fois et je ne sais plus où c'est.

- Alors, je vais vous y conduire. Mais je ne crois pas que vos craintes soient juste de votre ignorance. Il y a aussi des voyous ici même si ils ne sont pas majoritaires. Certains voient en provocation de se promener dans le quartier noir quand on est blanc alors que vous aviez le courage avant d'entrer de penser sans peurs ni aprioris.

- Je n'en ai toujours pas, juste la crainte de faire mal sans savoir. Merci mon père, j'accepte que vous me guidiez afin de conserver ma façon de voir. Je suis venue mercredi dernier avec des parents et j'ai trouvé que malgré la pauvreté ce quartier savait se montrer digne et généreux avec ses orphelins, ce qui n'est pas le cas toujours chez les blancs même aisés. Je voudrais pouvoir faire quelque chose moi aussi pour améliorer l'ordinaire et j'aurai besoin de savoir si en matières de soins il y aurait besoin d'aide car je suis infirmière de profession et vais sans doute vivre à New York un petit moment.

- Infirmière? Alors c'est Dieu qui vous envoie car le docteur cherche justement désespérément une infirmière pour remplacer Maria qui est tombée gravement malade. Mais... c'est très mal rémunéré, je vous l'avoue.

- Ça m'est égal, je n'ai pas besoin de travailler pour vivre, juste par passion et goût d'aider. Mais le docteur, il exerce où?

- Où il peut, il n'y a pas d'hôpital pour nous, juste un dispensaire géré par la croix rouge. Mais lui, il est un peu comme vous, il veut travailler là où on a le plus besoin même si c'est dangereux. Sacré docteur Shelton!

- Shelton vous dîtes! Où puis-je le trouver en ce moment?

- Pas ici, il est reparti à midi pour le Bronx où il fait le même sacerdoce. Mais demain il reviendra de bonne heure.

- Pourriez-vous lui demander de m'appeler afin de convenir d'un rendez-vous ?

- Certainement. Mais allons-nous toujours à l'orphelinat?

- Plus que jamais mon père.

OoO

Terry vit passer quinze heures trente avec de l'inquiétude. Julia faisait sa sieste mais n'allait pas tarder à se réveiller et elle s'inquiéterait aussi en ne voyant pas sa mère revenue. Un quart d'heure passa encore et il pensait à un drame en se rongeant les ongles quand il vit Peter aller ouvrir le portail puis Candy arriver en courant. Il dévala l'escalier, elle entrait, en le voyant inquiet elle s'affola.

- Il est arrivé quelque chose, elle est malade? Tu es pâle!

- Mais non, je m'inquiétais pour toi, tu avais dit quinze heures au plus tard. Julia dort encore heureusement.

- Oh! Excuse-moi Terry, je ne me suis pas rendue compte. Tu m'en veux?

- Mais non, du moment que tu vas bien, tout va bien. Mais... qu'as-tu fait à tes beaux cheveux?

- Alors tu n'aimes pas? Dommage!

- En fait!

Il la regarda mieux, la fit tourner puis opina.

- Si, j'aime, tu es belle ainsi, plus femme encore. Mais tes boucles, c'était pour moi comme un bijou, comme tes yeux d'émeraudes.

Elle sourit, émue en pensant:

« C'est vrai moi aussi je n'aimerai pas que tu coupes tes beaux cheveux de rebelle qui comme tes yeux saphirs font tant pour te rendre inoubliable. Mais c'est justement pour t'oublier que j'essaie de changer! »

Elle sortit alors de son sac à main dans un bout de papier, une poignée de ses cheveux.

- J'ai récupéré ça, en veux-tu un échantillon en souvenir?

- S'il te plaît Candy, pour mettre avec mes autres souvenirs les plus heureux de mon adolescence trouble.

- Ah oui! Tu as gardé quoi d'autre sans vouloir être indiscrète?

- De toi, tout Candy, même quelque chose de volé à ton insu.

- Quoi donc?

- Un ruban rose de tes couettes, pris dans ta chambre la nuit où tu m'as soigné et où tu es sortie pour trouver des remèdes. Tu te souviens?

- Comme si c'était hier Terry. C'était encore l'époque où tu te battais, buvais et... me parlais très froidement.

- Pourtant je pensais déjà souvent à t'embrasser et ce ruban qui sentait les roses a enfiévré longtemps mes nuits.

- Ah! Sinon, quoi d'autres en souvenirs matériels?

- Toutes les lettres que tu m'as envoyé, le mouchoir que tu avais gardé de moi et que tu as perdu à Chicago, au troisième balcon du théâtre et bien sûr ton anti-tabac, ton merveilleux cadeau, l'harmonica.

- Terry! Tu l'as toujours?

- Oui et il m'accompagne dans mes tournées et m'aide toujours à me sentir serein dans la solitude. Si tu savais le nombre de fois où il a joué pour toi Candy, sur les toits des théâtres, dans les arbres ou sur les plates-formes de train.

- Oh! Terry! Pourquoi me dis-tu ça maintenant?

- Je ne sais pas, tu m'as demandé ce que j'avais, je t'ai répondu. Si je t'ai encore fait de la peine, je te demande pardon Candy, je croyais juste...

- Non, tout va bien Terry, ne t'en fais pas. Je vais réveiller Julia, il est seize heures déjà.

Elle monta l'escalier quatre à quatre en sentant ses yeux briller encore de regrets alors que lui en parlait encore sans une once de regrets et de tristesse d'avoir laissé mourir un tel amour à cause d'un destin stupide.

Quand Anthony rentra, il trouva que Terry était d'humeur chagrine. Il lui dit tout de suite pourquoi sans mentir, parce qu'il pensait avoir encore blessé Candy en parlant de souvenirs qui lui rappelaient à elle, sa solitude et ses regrets.

- Pourtant, elle avait l'air joyeuse en bas en me racontant sa visite à Harlem et son éventuel nouveau travail d'infirmière bénévole auprès d'un docteur qu'elle pense aussi altruiste qu'elle et qui doit l'appeler dans la semaine.

- Ah! Alors ce n'était peut-être qu'un instant de blues, tant mieux, j'en ai assez de tout rater avec elle.

- Tu n'as rien raté puisqu'elle est venue ici, elle y vit et compte bien rester encore vu qu'elle cherche un emploi.

- C'est vrai! Alors Julia va rester, quelle bonheur!

- Oui c'est merveilleux de pouvoir avoir un enfant à aimer, surtout pour toi qui n'est pas stérile.

- Je l'ignore puisque je n'en ai pas, même malgré-moi il semblerait.

- Parce que tu as fais attention mais je ne vois pas pourquoi tu serais stérile. De toute façon, tu auras toujours le moyen de le savoir si tu en as trop envie chéri, je ne peux pas t'interdire d'être père si tu en as envie, quelle que soit la façon.

- On en a déjà parlé, je n'ai aucune des conditions indispensables à créer un enfant: aimer sa mère passionnément, vivre avec elle et être sûr de ses talents de mère.

Anthony hocha la tête en pensant pourtant que Candy avait au moins deux des conditions réunies. Mais il se tut car Terry serait très vexé s'il entendait ça de sa bouche.

- Allez, viens voir toi même que Candy est heureuse avec nous et comme elle est belle dans sa nouvelle robe tendance New York. Elle va vite rendre amoureux des centaines d'hommes et il y en aura bien un qui la fera craquer. Sois patient, il n'y a que trois semaines qu'elle a appris la vérité et pourtant elle est ici près de moi, sans haine ni jalousie. A sa place moi... enfin, tu imagines!

OoO

Le lendemain, Candy attendit un coup de téléphone qui ne vint pas. Elle regretta alors de ne pas être retournée à Harlem ce matin et se dit que demain elle n'allait pas encore attendre en vain mais y retourner.

Terry lui proposa de l'emmener vu qu'elle voulait y aller pour neuf heures seulement mais elle refusa poliment. Il insista, elle aussi. Il lui proposa alors de lui prêter sa voiture, elle refusa encore car la trouvait trop grande et puissante. Il pensa alors qu'elle voulait surtout lui montrer qu'elle pouvait vivre sans lui et un peu vexé ne s'occupa plus de se mêler de ce qui ne le regardait pas. Au moins, il avait encore Julia juste pour lui jusqu'à son retour et se changea les idées en l'emmenant se promener dans la campagne environnante.

Candy arriva à l'église d'Harlem à dix heures mais le révérend lui dit qu'il n'avait pu encore parler au docteur car il n'était pas venu hier ni ce matin à cause d'une épidémie de variole dans le Bronx. Elle pensa alors à s'y rendre mais le prêtre lui déconseilla d'y aller seule sans connaître le quartier souvent mal famé, même en taxi. Elle pensa ensuite à appeler Terry mais elle voulait se débrouiller seule dans son nouveau destin sans lui. Elle demanda au prêtre de lui donner l'adresse du dispensaire du Bronx puis repartit chercher un nouveau taxi.

Elle arriva au dispensaire à midi sans problème mais quand elle y frappa, on lui cria au bout de cinq minutes qu'il était en quarantaine et qu'on ne pouvait y pénétrer. Elle dit alors à la voix de femme qu'elle était infirmière et pouvait les aider. La femme lui dit d'attendre, qu'elle allait le dire au docteur. Candy attendit encore une demi-heure patiemment mais tambourina ensuite à nouveau. Finalement, une voix d'homme finit par se faire entendre.

- Oui, une seconde. Je suis le docteur Shelton, on m'a dit que vous êtes infirmière, est-ce exact?

- Oui docteur et je peux vous aider. Je m'appelle Candice André, j'ai été infirmière en chirurgie à l'hôpital Sainte-Johanna de Chicago.

- Chicago? André? André comme les banques André?

- Oui mais je suis vraiment infirmière diplômée docteur!

Elle n'entendit pas de réponse et crut qu'il ne la croyait pas. Puis elle entendit un juron, des pas, un bruit de clefs et un nouveau juron, un autre bruit de clefs et enfin la porte s'ouvrit. Elle fixa les yeux bleus sous la toque et le masque de chirurgien qui la regardaient avec surprise.

- Oui je vous reconnais, vous êtes Candy, la casse-cou au grand cœur.

- Je vous demande pardon docteur?

- La tour, la valise! Je vous ai aidé à descendre d'une tour en corde, vous aviez une valise à la main, ensuite on a dansé puis on m'a rappelé pour le front français.

- Oui bien sûr! Je me disais bien que votre nom m'était familier. Shelton, Michael Shelton?

- Lui-même! Le monde est petit!

- Je suis heureuse de voir que vous êtes revenu de France vivant et en bonne santé.

- Oui, ça a été dur mais c'est fini heureusement. Mais je regrette, je ne peux faire la conversation plus longtemps, il y a trop à faire ici. Vous êtes infirmière Candy, je suis seul pour soigner sept cas de variole et votre aide me serait précieuse. Mais je dois vous avertir que si vous rentrez ici, vous ne pourrez plus en sortir avant d'avoir contenu la contagion et ça peut durer plusieurs jours.

- Plusieurs jours? J'ai une petite fille qui m'attend docteur!

- Alors partez Candy et essayez de trouver quelqu'un qui accepterait de m'aider si vous voulez être utile !

Elle hocha la tête, navrée de devoir choisir sa raison mais elle vit le docteur Shelton vaciller et le rattrapa. Elle aperçut une chaise plus loin et le conduisit jusqu'à elle et l'obligea à s'asseoir.

- Merci Candy, j'ai eu un petit passage à vide mais ça va aller, ne vous inquiétez pas.

Elle lui ôta sa toque et son masque, tâta son front, prit son pouls.

- Vous êtes épuisé docteur, vous n'avez pas de fièvre mais vous savez que vous risquez plus d'être contaminé en vous ménageant si peu.

- Je sais oui mais... que voulez-vous que je fasse?

- Acceptez mon aide, ma fille est dans de la famille, elle comprendra mon choix, il me faut juste pouvoir téléphoner pour leur expliquer.

- Il y en a un heureusement. Vous n'allez pas le regretter Candy?

- Je préfère les remords d'avoir agi qu'aux regrets de supposer, docteur Shelton.

- Bien, alors bienvenue Candy et désormais appelez-moi juste Michael puisque nous sommes partenaires.

- Oui Michael.

OoO

Anthony rentra plus tôt vu que son client était souffrant à son arrivée à Sing Sing et qu'il avait remis leur entretien hebdomadaire à vendredi. Et plutôt que de retourner au bureau et faire de l'administratif pour Bradley, il préféra rentrer voir Terry qui ce soir, jouerait à vingt heures la vingt quatrième représentation de Cyrano. Il était seize heures quand il arriva mais ni Terry, ni Julia, ni Candy n'étaient là. Terry était parti se promener dans les environs avec la petite et Candy avait appelé à treize heures pour prévenir qu'elle serait absente un moment, le temps d'éradiquer une épidémie de variole dans le Bronx. Elle rappellerait en soirée, lui dit enfin Martha en soupirant de voir Anthony marmonner qu'elle n'en ratait pas une et que Terry allait encore s'inquiéter d'être responsable de ses folies altruistes.

Ce dernier rentra une demi-heure après et sourit de joie en voyant Anthony revenu mais fut ensuite désolé de voir Julia articuler des « maman » sans la voir dévaler l'escalier.

- Elle n'est pas là Terry, lui dit Anthony en français pour que Julia ne puisse lire sur ses lèvres. Elle a appelé Martha à treize heure et lui a dit qu'elle s'était trouvée accidentellement face à une épidémie de variole dans le Bronx et vu la contagion, ne pouvait rentrer avant qu'elle soit éradiquée. Elle nous demande d'expliquer à Julia qu'elle pense bien à elle et reviendra le plus vite possible, et bien sûr de veiller sur elle. Elle va rappeler quand elle pourra pour t'en dire plus.

Terry ne dit rien en écoutant Anthony, ne montra rien non plus de ses sentiments car la petite les regardait tous deux. Il hocha juste la tête et se baissa vers Julia pour tenter de lui faire comprendre tout ça sans qu'elle se sente triste et abandonnée. Elle devait déjà bien connaître l'altruisme de sa mère car elle comprit vite. Et elle devait aussi avoir confiance en tous et se sentir suffisamment aimée car elle leur dit qu'elle allait bien s'occuper des deux hommes jusqu'à ce que maman revienne.

A dix-huit heures, Candy rappela. Anthony dut lui répondre car Terry se préparait pour partir au théâtre. Mais quand elle voulut parler avec Julia, vu qu'il fallait un intermédiaire, il alla chercher Terry car il était plus rapide à lire sur les lèvres de la petite. Il vint sans se presser prendre le téléphone et fit d'abord un bisou à Julia avant de l'asseoir sur ses genoux.

- Nous t'écoutons Candy.

- Terry! D'abord merci d'être si gentil avec ma fille, et pardon pour tout ce que je t'oblige à supporter.

- Rien de douloureux Candy, Julia est adorable et qu'elle soit ta fille ne compte pas pour l'aimer ni pour jouer le rôle que tu as bien voulu m'offrir, son parrain. Maintenant dis-moi ce que tu veux lui dire !

- Oui Terry. Dis-lui que je l'aime, qu'elle me manque, que je reviendrais très vite après la certitude de ne pas ramener de microbes et surtout que je reviendrais car je serais trop malheureuse sans elle, que jamais je ne l'abandonnerai toujours.

- Elle a tout compris Candy fit Terry après avoir répété tout haut les paroles de Candy. Elle te répond: Je t'aime maman chérie, je ne m'inquiète pas que tu ne rentres jamais car tu m'aimes beaucoup comme Terry, tonton, Martha et je suis heureuse avec tous. Je voudrais rester ici toujours car ici c'est ma maison d'amour. Oh ma chérie! lui fit alors Terry en oubliant que Candy était au bout du fil. Moi aussi, je voudrais que tu restes toujours ici Julia!

Candy sentit ses yeux pleurer et répondit à Terry.

- Je ne te l'enlèverai jamais Terry! Je n'y suis pour rien si tu l'aimes c'est vrai mais je le serai si je décidais de partir et ce serait autant pénible pour elle que pour moi de te faire encore souffrir par mes choix désastreux. Terry, pour moi tu es le père de ma fille car personne ne peut l'être meilleur que toi avec elle, tu le seras toujours au fond de mon cœur.

- Candy je... merci, je te promets de l'aimer et la protéger toujours et... prends soin de toi, nous t'aimons tous.

OoO

Vendredi, Terry répondit à un appel pour Candy, d'un jeune homme apparemment déçu qu'elle soit absente. Il ne lui dit pas où elle se trouvait mais l'homme insista pour savoir si elle accepterait de dîner avec lui dimanche midi et vu l'incertitude, il lui donna le numéro du dispensaire du Bronx pour qu'il voit avec elle.

Candy fut surprise de l'appel de David dont elle avait déjà oublié l'existence. Il lui dit que son domestique lui avait donné le numéro, Candy savait que ce ne pouvait être Peter qui ne prenait jamais d'initiatives sans raisons valables et comprit que c'était Terry. Quelque part elle lui en voulut car elle n'avait pas envie de revoir David, d'autre part, elle savait bien qu'il avait cru bien faire sans malice. Elle refusa l'invitation de David par impossibilité car de toute façon, elle ne sortira pas du dispensaire ce week-end. Il fut déçu, elle lui dit qu'ils dîneraient ensemble plus tard, lui demanda son numéro et lui promit de l'appeler quand elle aurait le temps. Puis elle retourna auprès de ses patients et de Michael qu'elle trouvait de plus en plus admirable.

Anthony emmena Julia avec lui en ville ce samedi matin pour faire quelques achats et permettre à Terry d'avoir un peu de solitude pour écrire. Il ne put résister à acheter une poupée blonde bouclée aux yeux verts ressemblant un peu à Candy en voyant Julia la regarder dans la vitrine avec de grands yeux étoilés. Puis, pris par l'humeur ludique il acheta un jeu d'échecs en bronze sculpté pour Terry et une marionnette clown en tissu pour Candy. Ensuite il se gara vers Central Park, offrit une glace à Julia et la regarda ensuite jouer au toboggan et au tourniquet avec un petit garçon qui ne sembla pas ennuyé de son mutisme. Pourtant, sa mère assise sur le banc d'en face vint lui demander pourquoi la petite ne répondait pas à ses questions. Il lui dit pourquoi, elle s'excusa de sa stupidité et alla caresser la joue de Julia en disant à son fils d'être gentil avec la petite handicapée. Anthony faillit lui dire que son fils avait compris que Julia était normale bien que différente et elle idiote mais il prit sur lui, se tut aussi pour que Julia profite de son camarade de jeu jusqu'au bout.

Le soir, ils allèrent dîner chez Eléonore Baker avec Julia mais forcément sans Candy. Eléonore avait appris de la bouche de Terry le retour de Candy. Surprise, elle le fut. Contente de pouvoir la revoir, elle le fut aussi mais n'évoqua plus que son fils puisse renouer des liens passionnels avec elle tant elle avait vu et accepté que c'était maintenant Anthony le seul amour de sa vie. Et puis elle appréciait de plus en plus Anthony et n'aimerait pas qu'il quitte sa vie vu la façon dont il avait transformé Terry en homme épanoui et heureux. Elle trouva aussi que le destin était étrange en apprenant les liens familiaux entre Candy et Anthony mais en opportuniste, en déduisit que Terry avait choisi avec son cœur de façon à être le plus heureux et voir heureux ceux qu'il aime le plus. Elle regretta que Candy ne soit pas là ce soir mais tomba aussi en tendresse pour Julia et ça lui redonna de l'espoir de pouvoir tout de même devenir grand-mère.

La petite dormait toujours dans la suite de Candy mais depuis son absence, Terry dormait dans son lit pour être prêt en cas de réveil ou problème. Depuis que Candy était ici ils ne vivaient plus en semaine à l'appartement et Anthony devait faire une heure de trajet par jour mais le préférait qu'à être seul. Julia ne demandait jamais pourquoi tonton dormait là, ça lui semblait normal mais évidemment, jamais elle ne vit qu'il dormait avec Terry et pas plus un geste intime entre eux. Anthony trouva tout de même le temps long et dimanche matin, avant le petit déjeuner, il demanda à Martha de bien s'occuper de Julia pendant qu'il allait parler de choses importantes avec Terry en haut en insistant bien sur occuper et importantes pour qu'elle comprenne que Julia ne devait pas monter. Toujours discrète, elle affirma qu'il y avait de quoi s'occuper ici un bon moment. Il la remercia et se précipita donc à l'étage pour trouver Terry. Il allait justement descendre, sortait de son bureau avec un manuscrit sous le bras.

- Qu'y a-t-il? Fit-il surpris alors qu'Anthony l'empêchait de continuer et le poussa à nouveau dans le bureau en fermant le verrou derrière lui.

- Enfin un moment pour nous seulement mon amour.

Il l'enlaça et l'embrassa fougueusement. Terry accepta aussi ardemment cette opportunité rare en ce moment. Dix minutes après, ils étaient à moitié nus et sur le point d'aller plus loin encore mais le téléphone sonna dans le bureau et Terry y répondit vu que c'était Martha qui avait laissé passé la ligne à l'étage, donc important.

- Oui, allô, dit-il d'une voix rauque.

- Terry, je suis désolé de te déranger si tôt mais c'est urgent, j'ai besoin qu'Anthony me prête de l'argent pour payer les fournisseurs, c'est la misère ici.

- Candy! Attends, je... te reprends dans une minute, je vais...

- Terry, je ne me serai pas permise de te déranger si tôt si ce n'était pas urgent mais je voulais parler à Anthony et... Martha m'a dit qu'il était avec toi, je m'excuse.

- Ce n'est pas grave mais on te demande juste une minute, est-ce trop demander?

- Heu non Terry, j'attend.

Terry posa le combiné en soupirant devant la mine déçue d'Anthony mais lui fit un baiser dans le cou avant de lui dire qu'elle préférait lui parler à lui de ses soucis. Il se réajusta en lui souriant pour effacer son air agacé et désolé maintenant puis alla lui même calmer sa frustration sur le bord de la fenêtre avec une cigarette. Anthony reboutonna aussi ses vêtements, inspira un bol d'air et affronta sa cousine.

- Oui Candy, c'est moi. Qu'y a-t-il de si grave encore?

- Je te demande pardon si j'ai mal choisi mon moment, je ne l'ai pas fait exprès crois-moi!

- Je n'imagine sûrement pas ça Candy. Mais abrégeons et raconte-moi.

- Voilà. Avec le docteur Shelton, on vient de s'apercevoir en appelant l'office du dispensaire que les fournisseurs en médicaments et nourritures n'avaient pas été payés depuis trois mois et refusaient de nous fournir désormais, ce qui est terrible car nous n'avons plus d'antibiotiques et désinfectants pour demain et bientôt plus de quoi nourrir nos treize malades. Il faudrait que tu me prêtes six cent dollars Anthony, je te rembourserai bien sûr, mais il me les faut dans une heure au plus tard.

- Je n'ai pas six cent dollars en liquide Candy. Mais je peux te faire un chèque si tu veux.

- Ils exigent du liquide Anthony, sinon je te demanderai juste de me faire amener mon carnet de chèque.

- Je ne dois pas avoir plus de cent dollars en liquide Candy, je regrette, je devais aller en retirer demain à la banque. Mais je vais demander à Terry ce qu'il a ici. Terry, combien as-tu de liquide ici? Il va vérifier, Candy.

Terry ouvrit son porte feuille, en sortit deux billets de cinquante et un de vingt dollars. Puis il ouvrit son coffre-fort, sortit d'un coffret un billet sous plastique, un billet de cent dollars.

- Deux cent vingt dollars en tout Anthony.

- Désolé Candy, nous n'avons que trois cents vingt dollars et des poussières à t'offrir. Il en manque la moitié.

- Zut! Et... si tu demandais à Martha et Peter? Ils ont peut-être un peu de monnaie, je les rembourserai dès que je pourrai sortir d'ici, tu le sais!

- Oui je le sais Candy mais c'est tout de même inconvenant de devoir faire ça.

- Je ne vois pas pourquoi Anthony! Demande à Terry, je suis sûr que lui trouve normal de considérer Martha et Peter en famille et pas en domestiques.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire Candy, ne me fais pas passer pour un snob s'il te plaît! Fit-il un peu énervé.

- Je sais bien que tu ne l'es pas mais tu me traites de sans gêne et nous perdons un temps précieux pour rien alors que des malades risquent de mourir faute de soins et de nourritures, ce qui vaut bien un peu de culot non?

Elle avait presque hurlé et Terry entendit tout et vit Anthony un peu pâle et crispé et lui reprit le téléphone des mains.

- Je suis d'accord Candy, des vies valent plus que ce stupide argent. Je vais demander à Martha et Peter et si il manque encore j'irai chez ma mère qui a forcément assez et je t'emmène tout ça aussitôt.

- Merci Terry! Tu es merveilleux... encore! Je t'attends.

Il raccrocha, sourit à Anthony encore tendu.

- Ne lui en veux pas chéri, Candy restera toujours Candy!

- Hélas! Fit-il en soupirant. Puis il haussa les épaules et partit chercher son portefeuille dans la chambre et lui remit cent dix-sept dollars.

- Ce billet sous plastique, c'est quoi Terry?

- Mon premier cachet pour le roi Lear, économisé pour envisager un avenir avec elle, puis conservé pour me rappeler mes illusions. Après tout, il lui revient de droit pour finir encore un chapitre non?

- Je ne sais pas chéri, c'est toi qui sais. Bon, je vais oublier mes illusions d'amant en redevenant tonton gâteau et me dire que Candy nous a au moins apporté plus de bonheur que d'ennuis avec ce petit ange. Bonne chance mon cœur, je t'attends patiemment.

Il n'avait pas eu besoin d'aller voir sa mère car Martha ne devait pas faire confiance aux banques et prêta les trois cent dollars seule et avec une joie évidente de rendre service à Candy, qu'elle admirait. Il arriva devant le dispensaire moins de trois quart d'heures après l'appel et sonna fort la cloche. La porte s'ouvrit vite et il la vit masquée, gantée et lui disant tout de suite :

- N'avance pas plus Terry, il ne faut pas que tu me tendes l'argent, mets le par terre, je vais le ramasser.

- Je l'ai mis dans un sac plastique Candy, pour éviter qu'ils soient couverts de microbes et les propager jusqu'aux fournisseurs, bien qu'ils mériteraient une leçon pour être aussi pressés.

- C'est surtout la faute de l'ancien trésorier du dispensaire Terry mais je suis d'accord avec toi. Merci, je te rembourserai jusqu'au dernier centime, enfin vous rembourserai.

- C'est Martha la plus prévoyante Candy, rien ne presse, nous savons tous qui tu es, nous sommes une famille maintenant.

- Oui et j'en suis heureuse Terry. comment va Julia?

- Très bien, elle m'a dit de te donner tout plein de bisous mais je te les donne juste par la pensée bien sûr.

- Oui, il vaut mieux. Tu lui en donneras de vrais de ma part et remerciera Martha. Vous me manquez tous mais je crois qu'on a maîtrisé la contagion et qu'il ne reste plus qu'à attendre que ces treize patients ne soient plus contagieux et soient hors de danger, donc, quatre ou cinq jours encore, j'espère.

- Et toi, comment te sens-tu Candy?

- Bien Terry. Je me suis bien protégée je t'assure, sinon je ne serai plus utile.

- Et il est indispensable que tu te sentes tout le temps utile Candy n'est-ce pas?

- Pas tout le temps Terry mais... en ce moment oui, j'ai besoin de me savoir utile pour me donner confiance dans ma nouvelle vie... avec toi mais différemment. Mais, je suis heureuse Terry, c'est si bon de vivre avec vous tous et Julia et pouvoir aussi aider les autres et faire mon métier. Toi, tu sais depuis longtemps ce qui m'est nécessaire, personne ne m'a comprise comme toi.

Il lui sourit puis lui avoua:

- Oui, je crois que je t'ai mieux comprise quand j'ai décidé le lâcher prise à mes obsessions. Je sais que j'ai beaucoup de chance de pouvoir vivre avec les deux personnes que j'aime le plus en dehors de ma mère et ma filleule, toi et Anthony. J'espère que ce n'était pas trop exiger de la vie et de vous mais j'aime bien ça.

- Moi aussi Terry, tu as obtenu ce qui te convenait et te méritait. Je me sens autant heureuse ainsi qu'il est possible de l'être et ne veux surtout pas blesser ou trahir Anthony que j'aime en frère. Il doit m'en vouloir un peu tout de même vu mon... talent d'amener les catastrophes.

- Bien sûr que non, tu le connais, il ronchonne puis passe à autre chose.

- Oui il est devenu plus susceptible et râleur adulte et toi c'est l'inverse, c'est drôle!

- Oui, je suis devenu parfait ou presque, j'avoue. Enfin... ça dépend avec qui et des circonstances. Bon, je ne veux pas te prendre trop de ton temps Candy. Mais j'allais oublier, j'ai aussi commandé à une boulangerie du pain, des gâteaux, enfin tout ce qu'il leur restait et il vont vous livrer avant midi. Je ne sais pas si j'ai bien fait mais...

- Si Terry, il nous reste de la soupe et un peu de viande mais du pain pour tremper dedans et des gâteaux en dessert, ce sera bien pour un dimanche. Merci Terry, je te rembourserai aussi ça.

- Laisse tomber, ce sera mon obole du dimanche, ma bonne action pour m'acheter un bout de paradis disons. Excuse-moi, mon humour est...

- Libertaire et c'est drôle pour moi. Tu n'as pas besoin de t'acheter un billet pour le paradis Terry, si Dieu existe, tu iras ou c'est qu'il n'est pas juste. Ou bien, que le paradis est juste sur Terre et qu'on en fait un enfer ou un paradis aussi par soi-même mais pas toujours.

- La santé est en effet le cadeau le plus précieux, c'est une loterie de la conserver ou pas. Conserve-la bien Candy et reviens vite. Au revoir.

- Au revoir Terry, merci d'exister !

« Au revoir mon merveilleux Terry! Même si je dois choisir le mensonge afin de rendre les choses entre nous trois plus faciles, je le ferai pour toi, pour pouvoir continuer à te voir, te parler, être ton amie unique. Car, j'ai bien peur de t'aimer de plus en plus et que ça dure toujours. Pardonne-moi Anthony, si ce n'était toi! Mais je ne te conseille pas de le trahir ou moins l'aimer car je ne raterai pas ce train là s'il revient vers moi.. »

A suivre...