14 mai 2012 - 7 : 45

Chicago est venteux. Joli-eux. Ça ne sent pas la terre fraîchement retournée et l'ennui. Ça sent pire encore. Les vents sentent les camions à ordures et les fumées mortelles mais cela ne manque pas de me fasciner.

Ma main en sécurité autour de celle de Brightside, je n'ai pas l'impression que mes pensées me tourmentent alors qu'Alice nous montre où elle habite dans une rue nommée West Wisconsin.

Nous passons devant des appartements en brique à côté de plus petites maisons avec de petits espaces entre elles et d'encore plus petits jardin derrière.

Je me sens comme un enfant à Disney, regardant cette ville étrange avec les yeux écarquillés et me demandant si je vais me perdre si je lâche la main de Bella.

Je sais que c'est normal. Je suis allé à Seattle une ou deux fois. Mon père nous avait emmenés lorsque nous étions petits. Emmett se plaignait tout le long du voyage donc nous n'avons pas réellement eu la chance de sortir et d'aller nous promener.

Je ne me suis jamais senti aussi provincial.

On dirait que Bella n'a pas dormi depuis le mois d'août dernier, elle montre un bâtiment au bas de la rue avec des fenêtres en forme d'arc et des volets blancs. "C'est ici que nous habitions. Jasper a lancé une balle de baseball par la fenêtre de l'étage."

Tournant la tête pour observer davantage la maison, elle m'arrête en prenant mon visage dans ses mains. "Edward, est-ce une ecchymose sur ta joue ?"

Merde.

"Quoi ?" Je joue l'idiot, toujours pas prêt à lui dire que son frère m'a botté le cul.

Brightside s'inquiète trop, elle souffre d'un cas chronique de conscience coupable. Elle ne se pardonnera toujours pas de s'être enfuie à Chicago et elle aura probablement une attaque si elle découvre que Jasper m'a frappé.

Elle le fait.

Elle s'arrête de marcher et m'attrape par l'avant-bras. Ses yeux débordent de larmes alors que son menton se plisse. "C'est Jasper ? Est-ce qu'il t'a frappé, Edward ?"

Secouant la tête, j'essaie de trouver une distraction alors qu'elle s'effondre à nouveau devant mes yeux.

Des moments comme ceux-ci, je pense à mon frère et aux choses ridicules qu'il dit quand sa petite-amie est bouleversée.

Que ferait Emmett ?

Une fois tout ce qu'il a dit était :"En haut, en haut, en bas, en bas, à gauche, à droite, à gauche, à droite, b, a, top départ."

Le code Konami ne va pas ravir Bella, Cullen.

Alors je dis, "Combien de mes sweats as-tu ?"

En reniflant elle se sert de la manche de mon sweat pour s'essuyer sous les yeux. Elle est dans un état déplorable, yeux endormis, joues rouges et lèvres boudeuses. "Quoi ?"

"Mes sweats à capuche Bella, combien tu en as ?"

Souriant juste assez pour me montrer qu'il y a encore de la lumière en elle, elle secoue la tête.

"Juste celui-là. Je les rends quand ils cessent de sentir comme toi."

Elle vole mes sweats à capuche parce qu'ils sentent comme moi.

"Sérieusement ?" je la taquine. Je m'en fiche si elle prend toutes mes fringues. J'ai juste besoin qu'elle arrête de s'inquiéter pour moi. "Est-ce que tu prends aussi mes pulls ?"

Elle sourit un peu plus et ne se sent plus coupable comme auparavant. "Je ne suis pas une voleuse, je ne fais qu'emprunter."

Je repense à la fois où elle m'a dit que je sentais le soleil juste avant de me demander si elle pouvait lécher mon cou.

J'acquiesce prudemment, faisant semblant d'évaluer sa réponse. "C'est bien. Tant que je suis le seul à qui tu voles des sweats à capuche…"

Elle lutte contre un sourire qui menace de s'agrandir encore, elle s'essuie les yeux et souffle. "Bien sûr que oui." Elle secoue la tête. "Arrête de me distraire."

"Tu es fatiguée. On devrait en parler plus tard."

Elle m'observe encore un moment, amenant ses mains à ma mâchoire pour inspecter mon visage davantage. Elle lève les yeux vers moi en fronçant les sourcils. "Tu es sûr que tu vas bien ? Ça fait mal ?"

Je secoue la tête. "Non, ça va."

Dans l'incrédulité elle laisse tomber ses mains et regarde Jasper plus loin dans la rue. "Non, ce n'est pas vrai tu ne vas…"

Je ne lui laisse pas finir la phrase. Je prends sa joue dans ma main et la fais tourner vers moi. Au lieu d'essayer de lui dire de nouveau, je lui montre que je vais bien en passant mes mains derrière sa nuque pour l'embrasser.

Je ne veux pas la prendre par surprise mais je fais les choses différemment des autres et les gens ne s'y attendent pas.

Je suis l'adolescent typique bizarre et maladroit.

Mais peut-être que je ne le suis plus parce que Bella n'hésite que quelques secondes avant de me répondre.

Bizarres et extrêmement excités en même temps, nous nous éloignons bruyamment et Bella doit reprendre son souffle.

J'ai presque envie de me féliciter en faisant un tope là..

Presque.

"Tu vois ?" dis-je, laissant tomber mes mains comme si de rien n'était. "Je vais bien."

Bien réveillée maintenant elle hoche la tête avec application. "Hummm… d'accord."

9: 00

S'il n'y a qu'un mot pour décrire Alice c'est heureuse.

Au début c'en est presque ennuyeux mais j'aurais bien dû me douter que la meilleure amie de Brightside ne pouvait être qu'une petite fée arc-en-ciel. Elle a du charisme et elle est comique juste ce dont nous avons besoin pour dissiper la tension que nous avons emmenée avec nous quand nous avons quitté la gare tout à l'heure.

J'avais vraiment pensé que personne ne pouvait être plus heureux que Bella et peut-être qu'il y a encore quelques minutes j'ai pensé qu'Alice pouvait être cette personne. Et pourtant cela a changé lorsqu'elle m'a présenté sa mère.

Mary Brandon mesure un mètre soixante et quinze, elle est un peu dodue avec un visage en forme de cœur. Ses cheveux sont d'une riche nuance de rouge, la couleur des pommes Gala. Elle ne ressemble pas du tout à sa fille mais c'est parce qu'elle n'a pas techniquement donné naissance à Alice. Son mari et elle ont trouvé leur fille par une agence d'adoption, il y a dix-sept ans.

"Les gars vous pouvez dormir dans mon bureau," dit-elle à Jasper et ensuite elle nous guide dans le plus long couloir que j'aie jamais vu dans une maison. "Nous gardons un matelas gonflable pour Bella bien que la plupart du temps elle finisse dans le lit d'Alice chaque fois qu'elle vient ici alors il est presque neuf."

"C'est vrai," dit Bella.

"Et cette nuit, c'est sûr que tu dors avec Alice." Elle lance un regard entendu à Bella avant de détourner son regard sur Jasper. "Et toi tu resteras avec Edward. Sommes-nous d'accord ?"

Jasper regarde Mary avec un sourire espiègle. "Je ne manquerais jamais de respecter vos souhaits Mme Brandon mais j'aimerais vous demander la permission de sortir Alice ce soir."

Je change de position en commençant à me sentir coupable. Bella et Jasper ont toujours été respectueux envers les adultes et ici je mens à ma mère. Bella ne voulait même pas entrer chez moi la nuit où je l'ai rencontrée, parce qu'elle pensait que ma mère n'approuverait pas.

"Bien sûr, que oui." Son sourire est chaleureux et confiant. "Tu sais que ça ne me dérange pas d'autant plus que tu es juste ici pour ce soir. Ramène juste ma fille à la maison à une heure décente et mets ta ceinture."

J'essaie de me souvenir de la dernière fois où ma mère m'a dit - ou à un de mes amis - de mettre ma ceinture de sécurité. Je ne sais pas si elle l'a dit ou alors si c'est moi qui ne l'ai jamais entendue.

16 : 44

"Je peux rester avec toi ?"

Je quitte le téléphone et fronce les sourcils en voyant que ma copine ne peut pas dormir. Elle est appuyée contre l'encadrement de la porte avec ses cheveux humides qui cascadent sur son épaule. Je peux sentir un étrange parfum sur elle de l'autre côté de la pièce, une odeur piquante de fraise contrairement à ses habituelles vanille et lavande.

Hochant la tête, je me dépêche de lui faire de la place. Elle glisse sur le matelas pneumatique et se recroqueville à côté de moi, amenant mon bras autour de sa nuque comme un oreiller de fortune.

Je me sens presque assez bien pour dormir.

La maison est calme, vide. Mary est partie travailler il y a quelques heures et Alice et Jasper sont sortis pour leur rendez-vous. Ils nous ont proposé d'y aller avec eux mais je ne pensais vraiment pas que Bella pourrait le supporter.

Et maintenant nous ne respectons pas les règles de Mary mais je ne suis pas sûr qu'elle soit encore au courant de la troisième vie.

"Quand as-tu dormi pour la dernière fois ?" je lui demande, en passant ma main sur elle pour frotter mes doigts dans ses cheveux humides et odorants.

Elle soupire contre mon torse. "Je ne sais pas… je n'ai pas beaucoup dormi dans le train."

"Et tu n'as pas dormi vendredi soir, non plus," je murmure. "Bella tu dois essayer de dormir un peu avant de partir."

Elle hoche la tête. "J'essaie, je te promets."

Je sais que Brightside pense à l'autre vie. Je sais qu'elle le fait, nous sommes une seule et même personne. Je peux le sentir. Je peux sentir à quel point elle est fatiguée mais elle se bat. C'est dans la raideur de ses épaules et la netteté de ses respirations. Je peux sentir sa concentration, sa tristesse et ses pensées qui dérivent.

Il est possible de ressentir ce que les autres ressentent lorsque vous vous souciez suffisamment d'eux. Même lorsqu'ils sont à l'autre bout du pays.

"On n'a pas encore besoin d'en parler," lui dis-je, en passant mes mains dans ses cheveux pour tenter de l'endormir. "Tu devrais dormir d'abord, Bella."

Elle hoche lentement la tête. Sa voix est un petit murmure. "D'accord."

Pendant quelques instants, nous restons allongés là, jusqu'à ce que je lève la tête et que je me rende compte qu'elle s'est finalement endormie. En lançant un petit poing dans l'air, je me sens victorieux pour ce court moment de silence paisible.

Puis le téléphone vibre dans ma main.

En le retournant tout en essayant de ne pas déranger ma copine endormie, je fronce les sourcils devant l'écran.

Bien sûr, j'attendais cela. Je sais qu'elle a probablement compris maintenant que je ne suis pas à Forks. Je ne suis pas allé en cours aujourd'hui. Elle aurait dû se rendre compte que je n'étais pas encore rentré. On est lundi. Elle est probablement rentrée après une garde de douze heures hier soir et n'a pas réalisé que j'étais parti… jusqu'à ce que quelqu'un l'appelle.

En manœuvrant habilement sous les membres lourds de Bella, je tiens le téléphone loin d'elle et attends d'être dans le couloir pour décrocher. "Allô ?"

"Vous avez de gros problèmes, jeune homme."

Je ne devrais vraiment pas être surpris que ma mère ait appris pour Chicago. Petite ville, les nouvelles se répandent vite.

Quelqu'un vous voit franchir la limite du comté et les gens commencent à parler. Quelqu'un a appris de Heidi que Bella s'est enfuie à Chicago. Quelqu'un a dit à leur mère et à la sœur de sa meilleure amie qu'elle nous avait vus quitter Forks ou quelque chose comme ça.

Ma mère est hystérique.

Après l'avoir entendue pleurer au téléphone pendant quinze minutes, je me rends compte à quel point j'ai été injuste envers elle.

Je dis à maman que je suis désolé de lui avoir menti et je lui promets de l'appeler toutes les heures. Je lui dis sans cesse que je suis en sécurité alors qu'elle commence à imaginer ces scénarios improbables comme si Mary Brandon était une tueuse en série.

Elle est folle mais c'est sa façon de montrer qu'elle se soucie des autres.

Après une longue conversation, je lui donne le numéro de téléphone de la mère d'Alice et lui promets de la rappeler plus tard dans la soirée.

Ce n'est pas suffisant. Elle est tellement en colère et je comprends. Elle a le droit d'être en colère contre moi.

Je lui dis quinze fois au revoir avant de raccrocher. Les dix premières sont ignorées parce qu'elle se souvient toujours de quelque chose d'autre qu'elle a à me dire. Les cinq dernières sont consécutives parce qu′elle ne veut pas dire au revoir.

"Ne me mens plus jamais, Edward. J'avais confiance en toi."

Elle me faisait vraiment confiance.

"Je ne te mentirai pas. Je te le promets."

Elle n'a aucune idée...

Je mets fin à l'appel et glisse le téléphone dans ma poche, en me dirigeant vers la chambre quand une image lumineuse accroché au mur attire mon attention. C'est une photo des parents d'Alice, tenant un petit bébé heureux dans leurs bras.

Je n'arrive toujours pas à y croire...

Ils l'ont adoptée.

C'est un concept étrange pour moi. Je suppose que cela n'a pas vraiment de sens dans mon esprit. Logiquement, je suis conscient que c'est une option pour nous mais je ne la comprends pas.

Mary et Peter Brandon ont volontairement accueilli cette fille dans leur maison et l'ont aimée comme si elle était de leur propre sang. Ils l'ont accueillie. Ils la voulaient. Ils l'ont adorée et ils l'adorent encore. Ils ne l'ont jamais traitée comme si elle était une erreur - pourquoi le feraient-ils ?

J'ai toujours pensé que les enfants étaient plus un fardeau qu'une bénédiction. Emmett et moi n'étions pas une erreur mais nous n'étions certainement pas prévus. Je ne voyais personne de Forks essayer d'adopter un bébé. Pourquoi le feraient-ils ? La moitié de ma ville est composée de lycéennes qui ont abandonné leurs études et qui sont tombées enceintes, des enfants qui ont commencé à se droguer ou d'autres qui ont tout simplement décroché de la vie.

Je suis stupide mais pas à ce point. Si Brightside veut ce bébé, je ne vais pas abandonner l'école. Je sais comment ça se passe, je suis entouré par les conséquences réelles de mauvaises décisions. Ma ville est la preuve de ce que le fait de renoncer vous fait et Bella me donne une raison de faire plus d'efforts. D'être meilleur. Ajoutez à cette équation la vie que nous avons fait et cela ne fait que me donner envie de travailler encore plus dur.

Ma vie ne se limite pas à ma ville natale c'est; Bella qui m'a en quelque sorte montré cela. Il y a des possibilités. Maintenant, je ne peux pas vraiment dire que je ne peux pas aller à l'université parce que je suis stupide et pauvre. Je ne peux pas mentir et lui dire que je veux être chauffeur routier plus tard car bien sûr je n'ai jamais voulu être cela.

Peut-être que je veux faire des choses.

Voir des choses.

Voyager.

Être quelque chose de plus... avec elle.

"Je peux dire que tu réfléchis vraiment fort en ce moment." Je tourne la tête à gauche et je sursaute quand je trouve Bella à côté de moi. Elle regarde de la photo à moi, en souriant légèrement. "C'est fou, n'est-ce pas ?"

Je ne peux pas répondre assez vite. "Quoi ?"

Elle hausse les épaules. "La famille d'Alice. Ils ont l'air si normaux, n'est-ce pas ? Joyeux, heureux, chanceux." Elle se mord la lèvre de manière contemplative. "Ils ne le sont pas tout le temps mais je pense qu'aucune famille n'est normale. Mais au moins ils sont heureux..."

"Ouais." Je me retourne vers la photo.

Il n'y a vraiment rien de normal. La normalité n'a pas vraiment d'importance pour moi. Mais le bonheur compte pour quelque chose.

En la regardant, j'ouvre la bouche mais il est plus difficile de faire sortir les mots que quand je me les imagine dans ma tête. "Est-ce que c'est..."

Elle hoche lentement la tête, comme si elle pouvait lire dans mes pensées. "J'y ai réfléchi..." Elle me regarde avec des yeux graves. "Nous sommes si jeunes, Edward."

Il y a cette accalmie entre nous alors que je ne pense pas pouvoir dire grand-chose pour que les choses deviennent différentes. Elle y a réfléchi et je ne peux vraiment rien dire.

C'est ce que je craignais le plus dans cette discussion. Je veux dire à Bella que nous ne sommes pas seuls, les gens seront là pour nous aider. Le plus effrayant est de lui dire cela sans faire croire que je vais lui mettre la pression pour qu'elle garde la vie en elle.

Mais je sais aussi que je suis jeune et peut-être que ma réticence et mon immaturité vont de pair. Mon inquiétude, l'anxiété et l'attitude évasive ne font que compliquer davantage les choses entre nous. Mon apathie de l'autre soir provient d'une peur enfantine de la perdre, de penser que cela pourrait être la fin. Cela ne fait que montrer à quel point je peux paraître insensible quand je ne suis pas honnête.

Je fais sortir les mots de ma bouche. "Je sais que nous sommes jeunes mais nous ne sommes pas seuls."

C'est simple mais ça veut tout dire.

Elle prend une respiration frémissante et hoche lentement la tête. "Je le sais mais..." Serrant ses lèvres, elle me regarde avec des yeux vitreux. "Je n'arrêtais pas de réfléchir dans le train et j'ai réalisé à quel point je suis impulsive... J'ai encore tellement à grandir.. Tellement... Et je pense que nous devrions peut-être grandir avant d'essayer d'apprendre à quelqu'un d'autre comment..."

En avalant la sensation d'acidité dans ma gorge, en ignorant l'oppression dans ma poitrine, je ne peux pas ne pas être d'accord avec elle.

Elle a raison.

Bien sûr qu'elle a raison.

Nous ne sommes pas seuls mais cela ne veut pas dire que nous devons être parents. Nous commençons seulement à comprendre la vie. J'ai une révélation sur moi-même toutes les dix minutes. Je dois encore beaucoup grandir aussi.

Sachant cela, je ne me sens pas mieux mais je ne me sens pas aussi mal que la nuit où elle m'a dit qu'elle était enceinte. C'est différent. Nous ne faisons pas cela par égoïsme. Nous essayons de prendre une décision en connaissance de cause et je ne peux pas nier qu'elle a raison.

Je ne risque pas le silence. J'ai besoin de dire les mots pour faire avancer les choses.

"C'est bon." Je réduis la distance qui nous sépare et j'approche ma main de son visage pour essuyer ses joues. "Tu n'es pas stupide. Bella, on n'a pas besoin de tout savoir tout de suite. Mais si tu penses sérieusement à l'adoption, puis-je dire une chose ?"

Me donnant toute son attention, elle acquiesce avec véhémence. "Tu peux tout me dire, Edward... Je peux gérer.

"Je pense qu'il serait sage que, euh... Si nous faisions cela. Peut-être que nous pourrions trouver une famille qui n'est pas trop proche de la maison mais pas au point de ne pas pouvoir être présent. Tu sais, parce que des choses se passent et..." Je me tais, ne sachant pas où aller à partir de là. Il y a encore tant de choses à dire mais quand je pense à donner l'autre vie à des inconnus je vois que je préfèrerais savoir qu'on peut compter sur eux. C'est ce qui semble le plus important pour moi.

Bella fait un signe de tête et l'appuie contre ma poitrine. "C'est une très bonne idée." Elle soupire. "Il y a des gens comme les parents d'Alice. Je ne veux pas que notre bébé aille à n'importe qui..."

Je trouve sa main et je pousse mes doigts entre les siens jusqu'à ce que nous soyons paume contre paume. "On ne fera pas ça. Nous trouverons des gens heureux. Des gens bien."

Elle se met à pleurer en silence et je l'enlace avec mes bras. "Je suis désolée," sanglote-t-elle. "Je ne peux pas m'arrêter de pleurer - j'ai besoin de sommeil."

"Ne sois pas désolée. Tu m'as dit ce que tu ressentais." Je hoche la tête, en frottant ma main sur son dos. "Nous devrions nous renseigner pour en apprendre plus sur l'adoption".

"Et toi ? Comment tu te sens ?"

En la regardant, je sais ce que je ressens. Elle est un nouveau commencement pour moi, quoi qu'il arrive. Je l'aime, je… veux la voir être mère un jour. Elle a le cœur pur, elle est honnête et attentionnée. Elle serait une excellente maman. Peut-être qu'avec elle, je serais un bon père.

Mais elle n'est pas prête et moi non plus.

Je suis toujours confus, je suis fatigué et je ne sais pas si ce que je pense est fondé.

Alors je dis ce qui me semble juste : "Je pense que nous devrions faire ce qui est le mieux pour le bébé."

Elle hoche la tête. "Ouais..." Elle me serre les bras autour de la taille. "Tu as raison."

En regardant le plafond, en luttant contre les émotions qui me serrent la poitrine et en combattant les heures de sommeil perdues, je pense que pour une fois, je pourrais avoir raison.