Ship : Johnlock et Mystrade

Rating : MA

Re tout le monde (oui j'ai trois jours de retard mais chut)

J'espère que vous allez bien

Nouvel OS, la lettre H cette fois, qui est en fait une songfic basée sur la magnifique chanson de Johnny Cash, Hurt, que je vous conseille fortement d'écouter pendant votre lecture.

Attention : c'est une fic sombre, et qui aborde des thèmes susceptibles de choquer ou de faire remonter de vieux souvenirs : y sont abordés (de façon parfois assez explicite) la scarification, le suicide, les drogues. A bon entendeur.

Bonne lecture !

Aaron

I hurt myself today

To see if I still feel

I focused on the pain

The only thing that's real

Je me suis fait mal aujourd'hui

Pour voir si j'étais toujours capable de ressentir

Je me suis concentré.e sur la douleur

La seule chose qui soit réelle

Mycroft tremblait. Ses lèvres étaient serrées, ses yeux fixes et ses muscles tendus. Il devait se concentrer de toutes ses forces pour ne pas hurler. Avec des gestes raides et gourds, il tourna le verrou de la salle de bain, bien qu'il soit seul chez lui, et se jeta presque sur le tiroir sous la vasque de marbre blanc. Il l'ouvrit et se saisit de l'une des lames de rasoir méthodiquement alignées. Il prit un instant pour admirer le reflet des lumières sur le métal. Les yeux fixés devant lui, il déboutonna sa manche gauche et la roula jusqu'au coude, méthodiquement, lentement. Puis, fermant les yeux, il posa la lame sur son poignet à l'un des rares endroits où la peau était encore intacte. La froideur du métal le fit frissonner. Il appuya juste un peu, pas suffisamment pour couper la peau, mais juste assez pour sentir ses sens se mettre en alerte. Il avait conscience de chaque veine qui courait sous la surface, de chaque mouvement, de chaque inflexion de son âme.

Sentant cette exaltation sensorielle s'éloigner, il donna un coup sec et précis, geste mille fois répété, et poussa un râle de plaisir en sentant la douleur vive de la blessure. Il ouvrit les yeux pour voir le sang couler de la plaie. Absolument fasciné, il suivit du regard une goutte de liquide aviné qui, après avoir dévalé son bras, tomba silencieusement dans l'évier, tâchant la blancheur de la pierre. La pièce bourdonnait, vibrait autour de lui, la lumière froide était glaciale et lui brûlait la peau. Il se concentra sur la douleur qui émanait de son bras et, la sentant s'apaiser, il resserra ses doigts sur la lame et ouvrit une nouvelle entaille un peu plus haut. Mycroft rejeta la tête en arrière, la respiration haletante, se délectant de la sensation de son cœur battant à toute allure. C'était érotique, presque sexuel, ce désir irrépressible de sentir, de sentir enfin, de ressentir quelque chose, n'importe quoi. Et la douleur était ce qu'il y avait de plus réel.

The needle tears a hold

The old familiar sting

Try to kill it all away

But I remember everything

L'aiguille déchire une attache

La bonne vieille piqûre

J'ai essayé de tout envoyer au loin

Mais je me souviens de tout

Sherlock enfonça l'aiguille dans son bras et appuya pour injecter dans ses veines le liquide glacé. La sensation qui s'en suivit était indescriptible. Le détective s'allongea au sol et ferma les yeux, savourant les mouvements de la pièce autour de lui. Il avait l'impression de tomber dans un gouffre et d'être absorbé par le néant. Son esprit se vida lentement, et le détective se concentra pour tenter de suivre toutes les idées qui lui passaient par la tête, une à la fois, ralentissant le flot de ses pensées, jusqu'à l'arrêter totalement. Dans ce merveilleux néant, il n'était rien, absolument rien. Il n'existait pas. Plus rien n'existait.

Des confins de son esprit surgit une image. Son image. Son cœur s'arrête.

What have I become

My sweetest friend

Everyone I know

Goes away in the end

And you could have it all

My empire of dirt

I will let you down

I will make you hurt

Que suis-je devenu

Mon plus tendre ami

Tous ceux que je connais

S'en vont à la fin

Et tu peux l'avoir tout entier

Mon empire de saleté

Je vais t'abandonner

Je vais te faire souffrir

Prostré contre les carrelages de la baignoire, Mycroft fixe le vide. Il pense à Gregory. Gregory qu'il a aimé. Gregory qui l'a laissé. Gregory qu'il a fait fuir.

Dans les premiers jours de leur relation, ils avaient été comme des adolescents rougissants. Ils s'étaient embrassés pour la première fois dans le bureau du politicien dans lequel Gregory avait débarqué les cheveux en bataille à onze heures du soir passées, pour mettre les points sur les i à propos de leur relation naissante. Ils s'étaient baladés main dans la main dans les rues de Londres, ils avaient ri, ils s'étaient dit « je t'aime ». Ils s'étaient aimés. Et puis Mycroft avait tout fait rater. Il avait eu peur, il s'était éloigné, sans trop s'en rendre compte, s'était plongé dans son travail, avait ignoré les messages, avait annulé des rendez-vous, oublié les anniversaires, il avait été distant, dédaigneux, et tout cela sans même s'en apercevoir, jusqu'à ce que le policier n'en puisse plus. Il était parti, puis revenu, une fois, deux fois, trois fois, trop amoureux pour renoncer, pour ne pas donner de seconde chance. Il lui avait pardonné, encore et encore. Mais Mycroft était trop égoïste, trop asocial, trop mal à l'aise avec les autres. Il n'avait pas su comment le retenir, comment l'aimer sans le blesser et sans se blesser lui-même. Il était terrifié de le perdre, mais il était encore plus terrifié de le garder à ses côtés. Alors il l'avait laissé partir, en s'interdisant de ressentir la moindre émotion. Pendant des mois, il avait glacé son cœur, il s'était noyé dans le travail, il n'avait pas pensé une seule fois au policier. Et puis, un matin comme un autre, au milieu d'une semaine comme une autre, alors qu'il contemplait son reflet dans le miroir de la salle de bain, il avait senti monter en lui le besoin irrépressible de se faire du mal. Il avait perdu tout contrôle de lui-même et avait donné un violent coup de poing dans la glace. Il avait saisi un morceau de verre et l'avait passé sur sa poitrine, sur ses bras, partout, hurlant comme un damné, pleurant, jusqu'à s'évanouir.

Lorsqu'il s'était réveillé le lendemain à l'hôpital, il avait prétendu une tentative d'assassinat et avait fait condamner un criminel qui avait filé entre les doigts de Sherlock quelques années plus tôt. La honte l'avait submergé au souvenir du comportement enfantin et stupide qu'il avait eu. Mais il ne pouvait nier qu'il se sentait mieux maintenant, malgré, ou peut-être à cause de la douleur de ses poignets bandés. Il s'était juré de ne plus recommencer.

Mais, un mois plus tard, il avait senti la même fébrilité s'emparer de lui. Alors il avait recommencé. Il s'était ouvert le poignet, avait regardé son sang couler, puis avait caché l'infâme faiblesse sous la manche bien boutonnée de sa chemise. C'était propre, cette fois, et presque aussi libérateur que la première fois. Alors il l'avait fait, encore, et encore, jusqu'à ce que son poignet de soit plus que stries rouges, jusqu'à ce qu'il passe la journée à attendre le moment où il serait seul chez lui pour monter dans sa salle de bain. Jusqu'à ce que se faire du mal devienne une addiction.

De toute façon, personne n'était là pour voir les cicatrices. Personne n'était là pour lui enlever sa chemise et pour voir. Son frère filait le parfait amour avec son blogger, Gregory était parti (– à cause de toi, bordel ! Lui disait la voix dans sa tête – ) et l'avait oublié.

Il n'avait plus rien, sauf le contrôle du pays, mais quelle importance cela avait-il ? Il n'était rien lui-même. A peine un homme, sûrement pas un être humain, désespérément seul, vide, mort déjà. La seul chose qui le rendait vivant, c'était cela. Ses lames et ses larmes, aussi froides et inhumaines que lui, qui traçaient dans sa peau les mots qu'il n'avait jamais dits, qu'il avait trop dits, les actions regrettées, les remords, les doutes, les excuses, les erreurs. Les occasions manquées.

I wear this crown of thorns

Upon my liar's chair

Full of broken thoughts

I cannot repair

Je porte cette couronne d'épines

Sur mon trône de menteur

Plein de pensées brisées

Que je suis incapable de réparer.

Sherlock mourrait. Il était suffisamment lucide dans ses derniers instants pour s'en rendre compte. Il avait réussi. C'était finalement arrivé. Il avait été trop loin, prit trop d'un coup. Son poing se serra sur la liste, la fameuse liste qu'il faisait toujours pour son frère. Mais Mycroft ne le trouverait pas à temps cette fois-ci. La pensée qui le réconforta fut que Mycroft allait bien. Aux dernières nouvelles, qui dataient un peu, il s'était remis avec l'inspecteur dont il était amoureux. Ils devaient probablement filer le parfait amour entre deux sauvetages du pays. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus. Plusieurs mois – années ? Il aurait dû l'appeler, le voir. Il regrettait à présent, il regrettait tellement. Mycroft n'était même pas au courant pour John.

John… John. Il avait tout raté. Il n'aurait pas dû être là en cet instant. Il aurait dû être dans ses bras, quelque part sur une scène de crime, à lui dire qu'il l'aimait. Pourquoi l'avait-il poussé à bout ? Pourquoi n'avait-il pas fait plus attention ? Pourquoi n'avait-il pas écouté ses avertissements ? Il lui avait menti, n'avait pensé qu'à lui, à sa propre satisfaction, à son ego démesuré. Et toutes ses erreurs le transperçaient maintenant comme des épines. Le visage de son amour s'imprimait sur ses pupilles. Les contours de la pièce s'obscurissaient lentement. Les phrases, les mots qu'il aurait dû dire, ou ne pas dire. Les moments passés ensemble. Les moments passés seul. Tout ce qu'il avait perdu

Il eut peur, soudainement. Alors qu'il n'avait jamais craint la mort, il en avait peur maintenant qu'elle se tenait devant lui. Parce qu'il ne voulait pas mourir. Il ne voulait pas mourir. Il. Ne. Voulait. Pas. Mourir.

Beneath the stains of time

The feelings disappear

You are someone else

I am still right here

Sous les taches du temps

Les sentiments s'évanouissent

Tu es quelqu'un d'autre

Je suis toujours ici

A présent assis sur son lit, Mycroft se concentra pour calmer sa respiration. Il avait bandé ses poignets, avait enfilé une chemise, avait boutonné ses manches, avait recoiffé ses cheveux. Plus rien ne dépassait. Plus rien n'était visible. La bête dans sa poitrine ronronnait doucement, apaisée, pour le moment. Il ne doutait pas qu'elle se réveillerait bientôt, encore plus vorace. Là, maintenant, il ne ressentait rien. Absolument rien. C'était parfait.

La sonnerie de son téléphone ne le fit pas sursauter. Il n'eut qu'à tendre la main pour l'attraper et décrocher.

-Mycroft Holmes.

-Monsieur Holmes, ici l'hôpital de Charing Cross. Je dois vous annoncer que votre frère, Sherlock Holmes, a été amené dans nos services en urgence. Il a fait une overdose. Il est dans le coma.

Mycroft bondit sur ses jambes et dévala l'escalier. Sans même prendre le temps d'appeler son chauffeur, il entra dans sa berline et démarra en trombe. Un simple coup de fil mit tous les feux sur sa route au vert, et il arriva à Charing Cross en un temps record.

Plusieurs médecins et infirmier.e.s se retournèrent à son entrée dans la chambre de son frère. Un interne s'approcha de lui pour le prier de sortir, mais le politicien se redressa de toute sa hauteur et dit de sa voix la plus glaciale :

-Mon nom est Mycroft Holmes. Je travaille au service de Sa Majesté, et je pourrais vous faire tous renvoyer d'un claquement de doigt si vous ne me laissez pas voir mon frère.

Bien que son nom seul avait fait pâlir les personne sprésentes dans la pièce, la menace fit son effet et tout le monde s'écarta pour laisser à l'homme le champ libre jusqu'au lit. Mycroft s'avança et ses yeux se posèrent sur la silhouette étendue là.

Sherlock était pâle, plus que pâle. Sa peau semblait presque translucide et les veines bleutées qu'on distinguait sans mal étaient particulièrement visibles au niveau de son avant bras où une aiguille était enfoncée. Il avait maigrit et de profonds cernes noirs soulignaient ses yeux clos. Il ressemblait à un cadavre, et si ce n'était l'infime mouvement des draps indiquant qu'il respirait, on aurait pu croire qu'il l'était.

Mycroft eut du mal à retenir ses larmes. Il convoqua dans son esprit l'image d'un reflet sur une lame de métal pour se calmer, et d'un geste de la main, enjoignit le médecin à parler.

-Les pompiers ont été contactés aux alentours de seize heures par une certaine Mrs Hudson, la logeuse de votre frère, je crois, commença-t-elle. Apparemment, elle est montée pour voir si tout allait bien et elle l'a trouvé en train de convulser sur le sol. Quand les pompiers sont arrivés, il était en arrêt cardiaque depuis moins d'une minute. Ils ont réussi à faire redémarrer son cœur au bout de quelques minutes et l'ont amenés aux soins intensifs pour essayer de purifier son sang au maximum, mais j'ai peur que cela ne suffise pas. Il y a peu d'espoir que son cœur tienne. Il semblerait qu'il n'en soit pas à son coup d'effet, mais il a fait de très mauvais mélanges cette fois, et –

-Vous avez retrouvé la liste ? La coupa Mycroft.

-La liste ? Oui, en effet, il avait une liste dans sa main. Elle nous a aidé à cibler les premiers soins.

- Donnez-la moi.

Le docteur hésita un instant, puis lui tendit un morceau de papier froissé couvert de l'écriture serrée du détective :

Protoxyde d'azote

Amphétamines

Rachacha

Datura

Opium

Nooanaleptique

Le politicien releva la tête et fixa le mur. Cette fois-ci, l'image de ses lames ne suffit pas à empêcher ses larmes d'inonder ses paupières. Il tira une chaise qui était pliée contre le mur et s'assit près du lit de son petit frère, serrant ses doigts dans sa paume, et rabaissa d'un geste doux la manche sur les quelques cicatrices qui couvraient le poignet du détective. Il avait été apparemment trop aveugle pour ne pas voir ça.

Le personnel médical, incertain, finit par sortir de la pièce sur un signe de tête du médecin.

Mycroft pleurait à présent. Parce qu'il aurait dû voir. Parce qu'il aurait dû être là. Parce qu'il avait été trop absorbé par sa propre souffrance pour voir celle de son frère. Parce qu'il l'avait laissé mourir. Et parce que, s'il y avait une chose dont il était maintenant certain, et que la liste confirmait, c'était que ce n'était pas un accident.

What have I become

My sweetest friend

Everyone I know

Goes away in the end

And you could have it all

My empire of dirt

I will let you down

I will make you hurt

Que suis-le devenu

Mon plus tendre ami

Tous ceux que je connais

S'en vont à la fin

Et tu peux l'avoir tout entier

Mon empire de saleté

Je vais t'abandonner

Je vais te faire souffrir

Sherlock était mort. Enfin presque. Depuis l'entre-deux mondes où il se trouvait, il sentait une présence à ses côtés, et une chaleur près de son poignet, comme si quelqu'un lui tenait la main. Sans trop savoir comment, il parvint à entr'ouvrir les yeux. La lumière était éblouissante, et, au début, il ne fut pas capable d'apercevoir quoi que ce soit. Puis, les contours d'un visage penché près du sien se distinguèrent.

-My… My –

-Sherlock. Sherlock, petit frère, tout va bien. Tu vas t'en sortir. Tu es à l'hôpital. Je suis là. Ça va aller…

-Mycroft… John.

Sa voix n'était plus qu'un murmure rauque, et il sentait qu'il n'allait plus pouvoir rester conscient très longtemps.

-Dans… manteau. Baker street. Lettre. Donne… lettre… John.

-D'accord, Sherlock, je le ferai, je te le promets. Ça va aller d'accord ?

La voix de Mycroft se brisa et les larmes envahirent à nouveau ses joues.

-Je suis… désolé, My.

La pièce redevint sombre et ses paupières se fermèrent.

-Je… t'aime,… grand frère.

Et tout fut noir.

If I could start again

A million miles away

I would keep myself

I would find a way.

Si je pouvais tout recommencer

A dix mille kilomètres d'ici

Je me retiendrais

Je trouverais une solution

Mycroft sorti de l'hôpital en ne ressentant rien. Les larmes coulaient sur ses joues sans qu'il s'en aperçoive. Sans reprendre sa voiture ou appeler un taxi, il se rendit à pied jusqu'à Baker street où il évita Mrs Hudson, et monta au premier. Il trouva rapidement le manteau de Sherlock, son long manteau noir qu'il lui avait lui-même offert des années auparavant parce qu'il trouvait que ça lui donnerait un air de pirate. Ses doigts tâtonnèrent pour trouver la bonne poche, et il en extirpa une simple feuille de papier plié en deux.

Tandis qu'il la tenait devant lui, il se demanda s'il pouvait la lire. Elle ne lui était pas destinée, mais elle contenait peut-être les réponses qu'il cherchait. Il la déplia et lut :

John, mon amour,

Je suis désolé, tellement désolé. Si tu lis cette lettre, c'est parce que je ne suis plus là. Je ne sais pas ce que tu ressens à cette pensée, si du moins tu ressens quelque chose. Ce serait compréhensible que tu sois soulagé d'apprendre cette nouvelle, étant donné tout le mal que je t'ai fait. Je sais que c'est à cause de moi que tu es tombé malade, et que tu es parti. Et je n'ai même pas essayé de te retenir. J'aurais dû être là pour toi, réparer ce que j'avais causé par mon égoïsme. Je ne te méritais pas. Je ne t'ai jamais mérité.

Je regrette tellement, si tu savais, John. Ce soir-là, quand tu m'as demandé de choisir, de choisir entre toi ou mes aiguilles, entre l'amour de ma vie ou ce qui me tuais, j'ai fait le pire choix qu'un être humain puisse faire. Je t'ai laissé partir, non pas parce que je ne t'aimais pas assez, mais parce que je t'aimais trop et que je ne pensais pas pouvoir prendre soin de toi comme je le devais si je n'avais pas la drogue pour gérer. Je sais que c'est facile à dire, maintenant, mais je te demande pardon pour tout ce que je t'ai fait. Je te demande pardon pour le jour où je t'ai rencontré. J'aimerais dire que je regrette ce jour, mais c'est faux. Te rencontrer m'a rendu plus heureux que je ne l'ai jamais été. Tu avais raison sur tout, absolument tout. Tu avais raison quand tu disais que cette chose allait me tuer. Ça l'a fait.

J'ai toujours pensé que je mourrais seul, vide et triste. Seul, je le suis. Mais vide ? Non. Non : j'ai la tête pleine de toi, des souvenirs, des moments passés ensemble, de ta voix quand tu riais, de la chaleur de ta paume dans la mienne, de ton corps sur le mien, du goût de tes lèvres, de l'odeur de tes cheveux quand tu sors de la douche, de l'odeur de la nuit quand nous rentrions tard le soir d'une enquête et que tu te blottissais contre moi. Et triste ? On aurait pu croire, en effet, mais je n'aurais jamais pensé aimer et être aimé comme cela un jour. Alors non, je ne suis pas triste. Je suis amer, bourré de regrets et de remords, détruit de l'intérieur, mais pas triste. Parce que je t'ai aimé, John, et parce que j'ose croire que toi aussi.

Et j'aurais tellement aimé un jour te tenir dans mes bras et t'appeler John Holmes-Watson. J'aurais aimé sentir ton alliance en te tenant la main.

Je t'aime, John Watson, et ce, pour toujours.

Sherlock.

Mycroft rentra chez lui en taxi. En quelques instants, il trouva l'adresse de John et posta la lettre. Puis, il monta dans la salle de bain et se déshabilla entièrement. Il fit couler un bain, et, quand l'eau fut à la température parfaite, tiède comme il l'aimait, il entra dedans. Il s'allongea et ferma les yeux, écoutant le bruit de l'eau clapoter autour de lui. Au bout de quelques minutes, il alluma le poste de radio qu'il avait prit soin d'amener, puis attrapa la lame de rasoir qu'il avait posée sur le rebord de la baignoire et rouvrit toutes ses cicatrices. Il s'enfonça un peu plus profondément dans l'eau et referma les paupières. Et il mourut là, lentement, la tête emplie d'une mélodie au violon que Sherlock avait composée spécialement pour lui le jour de son dix-huitième anniversaire.