Le Retour de L'enfant Prodigue
Après avoir répété ses instructions pour la cinquième fois au moins à la jeune femme, Snape se préparait à repartir et il s'apprêtait à lancer une pincée de poudre de cheminette lorsqu'Hermione se souvint qu'elle devait encore lui parler d'une chose.
-Professeur !
Il arrêta son geste, agacé d'être retenu sans cet endroit encore un peu et impatient de se retrouver enfin seul.
-Oui, Granger...
Sa voix grave laissait clairement transpirer sa contrariété mais cela ne suffit pas à décourager la jeune femme qui persévéra.
-Encore une chose. Vous devez certainement savoir que personne n'a pu pénétrer ni vos appartements ni votre laboratoire depuis votre disparition.
Il se retourna, planta un regard noir dans le sien mais elle crut un instant y déceler comme une pointe de satisfaction.
-Et alors, Granger ? Est-ce ma faute si vous êtes tous des incapables ?
-Avouez que votre ego surdimensionné de Serpentard se sent flatté ?
-Quand bien même ce serait, Miss Je-sais-Tous, en quoi l'ouverture de mes anciens appartements et de mon laboratoire vous intéresse-t-il ?
-Honnêtement, je me fous de vos appartements. Seul votre laboratoire m'intéresse en tant que nouveau Professeur de Potions.
-Eh bien je suis au regret de vous dire que mon laboratoire restera pour vous à l'état de rêve inaccessible. Il est hors de question que, moi vivant, quiconque mette ses sales pattes dans cet endroit sacré !
-Mais vous êtes mort !
Elle mit brusquement une main devant sa bouche, surprise des mots qui lui avaient échappé malgré elle. L'homme face à elle ne bougea pas, se contentant de la clouer de son regard puis il s'avança vers elle tel une ombre pour s'arrêter à quelques millimètres de son fauteuil duquel il attrapa les accoudoirs pour lui murmurer dans un souffle menaçant.
-Ai-je l'air d'un vulgaire macchabbé, Miss Granger?
Elle ne put que hocher frénétiquement la tête, toute pensée sensée l'ayant lâchement désertée à la proximité bien trop grande de son ancien Professeur. Il eut un petit rictus satisfait en constatant que son petit manège d'intimidation fonctionnait toujours aussi bien et se recula tout aussi rapidement pour se hâter vers la cheminée.
-Je vous tiendrai pour personnellement responsable si quiconque se permet d'entrer dans mes appartements ou dans mon laboratoire. J'y reviendrai lorsque je l'aurai décidé. Pas avant.
La dernière phrase mourut dans la fumée caractéristique de la poudre lancée dans la cheminée et il disparut non sans lui avoir jeté un dernier regard d'avertissement.
Elle resta un instant comme sonnée par sa présence qui emplissait encore la pièce avant de se gifler mentalement. Un rustre, voilà ce qu'il était. Rien d'autre. Mais alors, pourquoi ce trouble lorsqu'il l'avait approchée de son allure féline ? Elle maudit sa faiblesse et se jura de ne plus se laisser impressionner par ses méthodes d'intimidation typiquement Serpentardes. Après tout elle n'était plus une enfant ni même une ado facilement impressionnable, alors pourquoi arrivait il encore à la dominer de la sorte ?
Le lendemain, Minerva se trouvait dans son bureau, les mains serrées autour d'une tasse de thé désormais froide. La proposition de son ancienne élève assise face à elle l'avait passablement surprise. Non, pas surprise, stupéfaite serait plus adapté. Son récit l'avait d'abord bouleversée avant que sa suggestion ne l'achève. Elle ne put réprimer un énième regard suspicieux vis à vis de la jeune femme qui sirotait son propre café. Une telle idée ne lui ressemblait décidément pas à moins qu'elle n'ait beaucoup changé en un an. Mais sa proposition était bonne, indéniablement, même si elle aurait dû mal à se faire à un ancien Mangemort arpentant les couloirs de Poudlard. Hermione fronça les sourcils devant le silence prolongé de la directrice et soupira. Elle savait pertinemment ce qui la retenait et elle sentait l'agacement pointer le bout de son nez. Elle soupira.
-Minerva, franchement, on ne pourrait pas ENFIN passer à autre chose ?
La vieille femme tiqua de s'entendre interpeller de la sorte.
-Que voulez-vous Miss Granger. J'ai du mal à oublier certains événements ainsi que certaines allégeances.
-Mais ce n'était qu'un gamin !
-Gamin qui a passé une année à chercher le meilleur moyen de tuer Dumbledore.
-Stop! Vous savez que vous avez tort ! Il n'a pas tué Dumbledore !
-Uniquement parce que son parrain s'est dévoué à la demande du principal intéressé !
-Minerva! Vous savez qu'il n'avait pas le choix ! C'était ça ou sa vie et celle de ses parents !
-Vous rendez vous compte de ce que vous êtes en train de défendre, jeune fille ?
-Oui ! Un enfant apeuré, dépassé, qui n'avait pour choix que de tuer ou de laisser mourir ceux qu'il aimait ! Et pour votre gouverne, il me semble que la vie qu'il mène aujourd'hui ainsi que ses choix récents devraient vous éclairer sur qui il est réellement !
Elle s'était levée, frémissante d'indignation, et Minerva baissa les yeux en soupirant.
-Vous savez, Hermione, je crois que je suis trop vieille. J'en ai trop vu, tout simplement... Et trop perdu. Vous avez raison, c'est moi qui ai du mal à avancer. Il y a aujourd'hui encore trop de deuils que je n'ai pas fait.
Hermione s'était rassise, émue malgré elle par la confidence de son ancienne professeur et elle comprit que bien plus qu'à Drago, Minerva en voulait à l'esprit malsain qui avait uni et entraîné les Mangemorts et elle craignait aujourd'hui tout ce qui pouvait le lui rappeler. Elle prit le temps de détailler l'animagus et la trouva affaiblie, plus usée par les chagrins que par l'âge et elle se demanda alors s'il était bien pertinent que cette année encore, la directrice cumule les fonctions de Professeur, Directrice de Poudlard et Directrice de Maison. Comme pour répondre à son interrogation muette, Minerva leva les yeux vers elle.
-Si cette année est, comme je le pressent suite aux avertissements que nous avons reçus, difficile, je ne pourrai pas assumer seule les trois postes que je gère habituellement. Je vous verrai donc demain avec Mr Londubat pour décider qui de vous deux prendra en charge la maison Gryffondor.
Surprise, Hermione tenta tout de même de garder une expression neutre. Après tout, il était fort probable que le choix se porte sur Neville plutôt que sur elle. Elle acquiesça et prit congé de la directrice avant de rejoindre ses appartements.
Le lendemain, elle retrouva son ancien camarade de classe dans le même bureau que la veille et Minerva prit le temps de leur expliquer son choix avant de leur exposer
-Avant que je ne désigne l'un d'entre vous comme Directeur de Gryffondor, j'aimerais savoir si vous avez l'un comme l'autre des objections pour occuper ce poste.
Neville jeta un coup d'œil affectueux vers la jeune femme et déclara tout de go
-Je vous demande de confier cette charge à Hermione, madame. Elle a toujours apprécié les responsabilités, bien plus que moi, ce n'est un secret pour personne. De plus, j'ai déjà des difficultés à prendre en main mon futur poste à cause de ma désorganisation naturelle, alors je n'ose imaginer le désespoir du Professeur Chourave si elle doit en plus faire face à un Directeur submergé ! Non, je vous remercie infiniment pour votre confiance mais ce poste n'est pas pour moi.
Minerva se tourna vers Hermione, l'invitant à prendre la parole, mais celle-ci était tournée vers Neville et le regardait avec reconnaissance. Sans un mot, elle l'enlaça et le serra fort contre elle, essayant de mettre dans cette étreinte amicale toute l'émotion qui la submergeait. Elle se recula de lui un instant plus tard et se tourna enfin vers la Directrice, les yeux brillants.
-J'en serais très honorée...
La vieille dame sourit et claqua des mains en se levant.
-Voilà donc une question de réglée ! Miss Granger, vous êtes à partir d'aujourd'hui la nouvelle Directrice des Gryffondors ! Je vais en informer le reste du personnel. Les élèves arrivent dans moins d'une semaine maintenant, il est grand temps de terminer les préparatifs ! Oh ! En parlant de ça, la prochaine fois que vous viendrez ici, un mot de passe sera nécessaire. Je vous le donne immédiatement: kilt écossais
Les deux amis ne purent réprimer un sourire. Il était loin le temps des mots de passe des friandises qu'affectait Dumbledore. À présent, l'Ecosse était à l'honneur !
De retour dans ses appartements le soir même, Hermione se dit qu'il serait judicieux de prévenir son ancien Professeur acariâtre de son nouveau poste. Elle doutait qu'il le prenne du bon côté mais de toute façon, il était toujours de mauvaise humeur alors une fois de plus ou une fois de moins...
Elle décida tout de même de diminuer le risque de mauvais caractère en ne le "convoquant" pas selon ses propres termes mais plutôt en demandant au portrait de Dumbledore de faire la commission. Le résultat ne de fit pas attendre, une explosion de cheminette plus tard et Snape apparaissait, furibond.
-Peut-on savoir ce que vous mijotez, Granger ?
-Bonsoir Professeur, je vais bien, merci de vous en inquiéter.
-Ne vous moquez pas de moi !
-Je suis on ne peut plus sérieuse, Monsieur. Je fais juste preuve de civilité à votre égard puisque vous avez semble-t-il oublié d'en faire au mien...
-Pourquoi ne pas avoir refusé ce poste ? Pour contrer Drago ?
Elle leva les yeux au ciel, passablement énervée.
-Non Môssieur ! Oh et puis Zut ! J'en ai marre de faire la carpette devant vous ! J'ai accepté ce poste parce que j'en rêve depuis des années et pour ce qui est de votre petit chouchou, je me suis fait enguirlander pas plus tard qu'avant-hier pour avoir pris sa défense ! Alors de deux choses l'une: soit vous arrêtez d'être odieux et on peut faire équipe, soit vous allez étaler votre caractère de Scroutt à Pétard ailleurs ! C'est clair ?
Plus tard, Hermione dirait qu'elle avait assisté à ce moment à un double miracle. Non seulement Snape ne lui répliqua pas avec l'une de ses piques venimeuses dont lui seul avait le secret mais elle cru discerner très fugitivement l'ombre d'un sourir passer sur ses lèvres minces. Sa voix retentit alors, toujours aussi basse mais un brin moqueuse.
-Vous aurais-je donc sous-estimée Miss Granger ? Voilà la deuxième fois que je vous entend défendre les Serpentards...
-Pas les Serpentards, Monsieur, mais des hommes, tout simplement. Je n'en peux plus de ces guerres fratricides entre nous. Il est temps que cela cesse, et cette année le début du changement sera chez les Gryffondors. J'y veillerai.
-Il est donc inutile que je vous dise de mettre vos différents de côté avec Drago ?
-Je mettrai les miens de côté, Professeur mais je ne peux jurer de rien venant de sa part. Vous connaissez son caractère mieux que moi et même s'il a changé, il n'est pas devenu facile pour autant...
-Pour qui me prenez-vous, Granger ? J'en suis tout à fait conscient ! Mais si mes pressentiments s'avèrent exacts il va vous falloir faire équipe tous les deux. Vous allez donc devoir gagner sa confiance.
-Et si j'échoue ?
-Je sortirai mon Joker... Mais j'aimerais autant ne pas avoir à en arriver là... Est-ce tout ce que vous aviez à m'annoncer comme catastrophe pour ce soir?
Elle ne releva pas la pique et haussa les épaules.
-Ce sera tout oui.
-Bien. À plus tard donc. Et le plus tard sera le mieux...
Il avait grommelé la dernière phrase mais cependant assez fort pour qu'elle l'entende. Elle leva les yeux au ciel sans répondre tandis qu'il disparaissait par la cheminée, la laissant seule à réfléchir sur comment diable gagner la confiance de son ex-pire ennemi.
Deux jours plus tard, elle était à la porte de Poudlard pour accueillir le couple. Ils arrivèrent sur le coup de midi, lui faisant léviter deux grosses valises, elle accrochée à son bras et regardant autour d'elle d'un air craintif. Lorsqu'ils s'arrêtèrent devant elle, elle les invita d'un sourire à entrer et leur souhaita la bienvenue.
-Entrez donc et bienvenue à la maison ! Je suis vraiment heureuse de vous compter parmi nous cette année ! Dit-elle sous le regard surpris du Serpentard. Ella, j'ai beaucoup entendu parler de toi ! Winky t'adore! Euh, désolée, je peux te tutoyer ?
La jeune femme esquissa un faible sourire.
-J'en serai ravie.
-Parfait ! J'ai hâte de faire plus amplement ta connaissance, à moins que ton garde du corps n'y voit un quelconque inconvénient ? Ajouta-t-elle l'air moqueuse à l'attention de Drago.
Celui-ci fit une moue sarcastique
-Tant que vous ne complotez pas à mes dépends...
À vrai dire, il était surpris. Agréablement surpris même. Minerva l'avait informé par hibou qu'elle même ne pourrait pas les accueillir et qu'elle déléguait donc cette tâche à Hermione Granger et il ne s'attendait pas à un tel accueil. Elle était aimable, presque amitieuse, comme si elle avait balayé leur passé commun plutôt chargé. Il ne savait qu'en penser mais il comptait bien en profiter... Et se méfier...
En attendant, il la suivit vers leurs appartements, ou plutôt il les suivit. Ella avait, contrairement à son habitude, immédiatement adoptée son ancienne ennemie.
Il regardait Hermione bavarder avec elle en le précédent et son cœur se gonfla de joie en entendant pour la première fois depuis longtemps le début d'un rire discret chez celle qui était maintenant plus que sa vie.
