Gabriel
Chapitre: 19/24
Chapitre 18 : Première dispute
Si elle osait se l'avouer, Ashana avouerait qu'elle avait eu le coup de foudre pour le petit ami de leur fils. Il avait le teint pâle, l'allure princière et une maturité qui l'avait beaucoup impressionnée lors de la petite discussion qu'ils avaient eu dans ce café. Elle avait compris que l'union ne se serait pas déclenchée si Gabriel n'était pas prêt pour ce rôle et cette expérience. Mais le comprendre et le voir étaient deux choses différentes.
Après avoir discuté près de deux heures avec leur fils, Ashana avait fini par comprendre le pourquoi du comment de leur relation. Si l'union magique n'avait pas suffi à la convaincre, leur comportement l'un envers l'autre aurait surement eu raison de son scepticisme.
Ils formaient indéniablement un beau couple. Lorsque Zahran avait hésité à le laisser avec eux et puis était parti après avoir déposé un baiser sur sa joue et le geste protecteur qu'il avait eu lorsqu'elle s'était approchée d'eux. Elle ne pouvait que s'incliner. Du reste, l'union magique était l'union la plus pure qui existait dans le monde magique.
Et puis, comment aurait-elle pu se dresser contre cette union ? Gabriel avait une bouille adorable qui donnait envie de lui offrir le monde. Il prenait soin de son fils et ça la rassurait. Il était le gendre qu'elle avait toujours voulu pour son fils sans en avoir conscience. La magie ne s'était pas trompée.
L'elfe regarda son mari qui s'activait pour ranger les derniers bric à brac rapportés de leur pèlerinage. Adrian semblait en effervescence depuis qu'ils étaient rentrés et il n'avait pas encore pris le temps d'en parler calmement.
-Adrian, on peut parler ?
-Euh, oui je range juste...
-On aura le temps de ranger demain. Viens.
-D'accord.
Son mari s'approcha d'elle et s'assit près d'elle en la regardant. Il eut toutes les peines du monde à répondre au petit sourire de sa femme.
-Tu n'es pas obligé de faire semblant devant moi. Je sais que tu es décontenancé, tu as gardé la face devant Zahran et Gabriel. Mais tu peux me dire ce que tu penses vraiment de la situation.
Adrian passa une main dans ses cheveux et le coin de ses lèvres tira vers le bas malgré lui. Ashana savait lire en lui mieux que quiconque.
-Je suis juste...J'aurais préféré que tout se passe différemment. Gabriel est celui qu'il faut pour Zahran, je ne suis pas aveugle, je l'ai bien vu. Mais il a 17 ans, c'est un enfant. Et Zahran aussi il a à peine 22 ans. D'après ce que j'ai compris, Gabriel est un élève brillant, mais il n'a toujours pas de diplôme. Et puis sa vie de famillesemble compliquée.
-Oh là oui...
-Et j'ai peur qu'il souffre.
-Mais l'union magique...
-L'union magique ne protège pas de la douleur ! A peine nous permet-elle de savoir qu'ils sont vraiment faits l'un pour l'autre, chuchota-t-il en baissant les yeux comme si dire ces mots le mettait en porte-à-faux.
-L'union magique ne peut se mettre en place que si elle estime que les deux âmes sont prêtes. Cela prend en compte la relation mais aussi la capacité à surmonter les épreuves.
Ashana attrapa le menton baissé de son mari et le força à la regarder à nouveau.
-C'est normal d'être inquiet. Mais ils ont l'air d'être bien entourés et maintenant ils ont nous en plus. Et ils ont déjà planifié les grandes lignes de l'an prochain. Je suis d'accord avec toi dans le fond, avoir un bébé, c'est mieux lorsque les deux parents ont une situation stable. Mais le plus important, c'est qu'ils vont l'aimer ce bébé. Ils l'aiment déjà.
-Je sais bien, c'est juste...
Il n'eut même pas besoin de finir sa phrase, elle savait. Parce qu'Ashana le connaissait par cœur et qu'elle partageait une partie de ses inquiétudes. Adrian était tombé amoureux fou de son fils dès la première fois qu'il l'avait tenu dans ses bras.
Adrian était un sorcier qui avait décidé de suivre des études dans le monde elfique parce que cette culture l'avait toujours fasciné et intrigué. Il était entré dans la faculté magique elfique sur dossier et avait rencontré Ashana. Elle était une boule d'énergie et de détermination qu'il avait regardé de loin pendant des mois avant qu'un dossier ne les fasse travailler ensemble. Cette belle elfe à la peau brune, aux longs cheveux auburn et à la verve piquante avait volé une part de son cœur. Elle était celle faite pour lui, il en était persuadé.
Ils étaient, à la suite de ce devoir, devenus amis et avaient pris l'habitude de s'entrainer ensemble. Ce fut lors d'un de leur entrainement qu'il s'était lancé et avait embrassé la jolie elfe qui faisait battre son cœur. De ce geste spontané était né une relation amoureuse de laquelle naquit un fils qui devint la prunelle de ses yeux. Le métissage qui coulait dans le sang de Zahran le fit devenir la risée de la famille d'Ashana. Sa femme avait essayé de le faire accepter malgré tout et avait fini par abandonner et par partir loin pour protéger son fils, et eux aussi. Pour que les disputes cessent.
Zahran était trop jeune pour se rappeler de cette période assez trouble mais il connaissait la situation de sa famille et savait pourquoi il n'avait jamais vu aucun de ses grands-parents. Adrian avait perdu ses deux parents assez jeunes et ses grands-parents maternelles ne méritaient pas de savoir à quel point il était génial. Parce que leur fils était génial. Il avait été un enfant adorable, doux, curieux qui avait très tôt manifester une attirance pour la gente masculine. L'homosexualité de leur fils n'avait pas été un problème et ils avaient toujours soutenu leur fils dans les petites relations éphémères qu'il avait entretenu au collège et au lycée.
Apprendre l'existence de Gabriel ne fut donc pas une surprise. En revanche le voir embrasser un de ses élèves dans une allée non loin du Poudlard fut choquant, mais pas autant que le ventre proéminent dudit élève. Elle avait senti son sang battre contre ses tempes et si elle avait accordé le bénéfice du doute à son fils et Gabriel c'est parce qu'il lui paraissait inconcevable que son fils profite éhontément d'un pauvre élève innocent.
Adrian aussi était sceptique et s'était interrogé. Mais les réactions de Zahran envers son petit ami, celle d'un compagnon à part entière, l'avait également convaincu d'attendre des explications. Et en effet, la situation était bien plus complexe qu'elle n'en avait l'air.
Gabriel était spécial. Son âme semblait résonner sur une fréquence différente des autres. Sa perception du monde et de lui-même semblait presque trop aiguisée pour un enfant si jeune. Il semblait parler très peu mais regardait et analysait beaucoup. De ce qu'il avait appris de son contexte familiale, Adrian pensait que le jeune Serpentard avait développé très vite des armes pour que son mental supporte le fait qu'il soit adopté. Peu importe à quel point ses parents l'aimaient, ses géniteurs, ceux qui étaient censés l'aimer au-delà tout l'avaient abandonné. Il avait ensuite compris qu'il n'avait pas été abandonné mais confié à une famille choisie avec soin pour l'aimer et le protéger comme ses parents biologiques en avaient été incapables.
Ashana embrassa son mari qui lui rendit son baiser.
-On a bien éduqué notre fils et je lui fais confiance. Dans le monde magique 6 ans c'est une différence très légère et assez courante entre les couples. Si cette grossesse était arrivée dans deux ou trois ans, elle aurait eu l'air moins impactante.
-Tu as raison, je lui fais confiance, et on sera là s'il se passe quelque chose.
Ashana fit glisser une vague de chaleur à travers sa main pour apaiser son mari qui appuya sa joue contre cette main chaude qui lui donnait la force et le courage d'avancer.
-Qu'est-ce que je ferais sans toi ?
-Tu ruminerais comme un petit vieux en grommelant. Ah et la vaisselle s'accumulerait dans l'évier. D'ailleurs c'est à ton tour ce soir, ajouta-t-elle avec un beau sourire.
-Tu étais obligée de casser cette belle séquence émotions ?
-Je t'aime aussi ! répondit-elle simplement alors qu'il levait les yeux au ciel.
Alors que sa femme se leva pour rejoindre leur chambre, il lui attrapa le bras pour la retenir encore quelques instants.
-MelanyetAshana, chuchota-t-il à son oreille.
-Inye ve elye...plus que la vie elle-même.
OooOoO
C'était son petit secret depuis quelques semaines, Harry après le travail passait dans la jolie petite boutique qui avait ouvert dans le coin de la rue où se trouvait Jamily. Une boutique toute neuve qui vendait les habits pour bébés les plus beaux que l'obstétricale n'avait vus. Il avait déjà acheté quelques pièces pour la fille de Gabriel. Chaque tenue avait la particularité d'être unisexe ce qu'Harry trouvait formidable. Il passa le doigt sur un petit body blanc recouvert de petites étoiles brillantes orange en souriant.
-Je peux vous aider, j'ai remarqué que vous venez souvent, c'est pour vous ?
Harry ne savait pas si c'était la chaleur de la voix de la vendeuse ou l'atmosphère bienveillant et magique de la boutique, mais il trouva la force de sourire.
-Non, c'est pour mon...fils. Il va avoir une fille. J'aime beaucoup les habits de cette boutique.
-Oh, d'accord ! Hé bien la pièce que vous avez dans les mains est très populaire. Je m'appelle, Mélina, je suis la gérante du magasin.
-Oh, merci ! Moi c'est Harry, je suis obstétrimage à la clinique Jamily.
-Ah celle au coin de la rue, j'ai beaucoup de leurs clients qui viennent m'acheter des vêtements. Je ne savais pas que cette clinique était ici mais ouvrir ma boutique dans cette rue fut une bonne idée, apparemment.
-Oui, vous avez eu un coup de chance. Mais je pense que vous auriez marché n'importe où avec cette qualité.
-Oh vous me flattez, mes talents de couturière ne sont pas si extraordinaires.
-Je vous assure que si, vous m'avez convaincu je vais le prendre.
OoOoO
Harry pressa le pas car il était en retard. Draco devait déjà l'attendre depuis un bon quart d'heure, mais une patiente lui avait demandé beaucoup plus de temps qu'il ne le pensait et il avait été tout bonnement incapable de renvoyer cette jeune fille terrifiée chez elle sans lui donner des conseils autre que les sempiternels " ça va aller". Il traversa la petite allée qui donnait accès au monde moldu et se dirigea vers l'aquarium qui était à cinq bonnes minutes de marche. Comme il s'en doutait le blond était déjà là et le regardait avancer vers lui avec un air peu accommodant.
-Potter, tu es encore en retard, cela commence à m'agacer.
D'accord, le blond semblait être d'une humeur massacrante.
-Je suis désolé, mais je...
-Je...je...Laisse-moi deviner. Encore une urgence médicale ? Il y a toujours quelque chose de toute façon, maugréa le blond d'un ton désagréable qui eut le don d'hérisser les poils d'Harry.
-Pourquoi tu dis ça comme si je racontais toujours des conneries ? Je suis obstétrimage et je dirige une clinique je te signale ! Excuse-moi si te faire attendre passe parfois après de sauver des vies.
-Ne me fait pas passer pour le méchant Harry, je dis juste que...
-J'ai très bien compris ce que tu veux dire, et tu savais très bien que j'avais parfois des horaires compliqués avant qu'on se mette ensemble Draco. Je ne fais passer personne pour le mauvais parce qu'il n'y en a pas, je dis juste que parfois tu n'es pas très compréhensif, déclara l'obstétrimage avec un visage sérieux.
Oui, il était en retard, oui il était désolé mais non ça ne serait pas la dernière fois.
-On se voit pratiquement que les week-end, je dis juste que tu pourrais parfois faire des efforts !
- Je travaille avec des gens malades, c'est éminemment plus compliqué que de donner des cours à des horaires prédéfinis ! Si tu n'es pas content c'est le même tarif ! Et je te signale que parfois je suis claqué quand on se voit en semaine, mais je n'annule pas parce que j'ai envie de te voir, c'est ce qu'on fait comme on aime une personne. Et si tu n'acceptes pas les contraintes de mon métier c'est dommage parce je n'en changerai pas.
Draco accusa les mots en silence et voulu répliquer mais finit par refermer la bouche et partir dans le sens opposé fuyant le regard enflammé de son petit ami.
Harry ne pouvait que regarder la scène se jouer et détourner le regard, planté debout face à l'entrée de l'aquarium alors que la silhouette fine et gracieuse du potionniste s'éloignait.
Puis soudain, alors qu'il fixait toujours le sol, ses bras autour de lui comme pour le protéger du monde extérieur, les chaussures de Draco entrèrent dans son champ de vision. Il releva ses yeux brillants et croisa un regard gris qui ne fit qu'augmenter la boule qu'il avait dans la gorge. Le blond sembla soudain gêné par son regard car il tourna la tête et soupira.
-Tu me saoules Potter, je ne veux pas que tu changes de travail, je n'aime juste pas poireauter dans le froid, j'ai passé une sale journée, et je n'avais pas à te crier dessus…et pitié arrête de pleurer, je suis désolé, d'accord ? Je...
Une paire de lèvres interrompit son discours sûrement pétri de mauvaise foi en se posant sur les siennes. Il enlaça les épaules du brun et le serra contre lui pour le rassurer quant au fait qu'il ne l'avait pas laissé et pour s'excuser aussi un peu. Au bout de quelques minutes de ce traitement ils finirent par s'éloigner l'un de l'autre. Ce baiser au goût salé leur fit pourtant du bien à tous les deux.
-J'ai plus trop envie d'aller voir les poissons...avoua Harry.
-Oh non, ça fait des jours que tu me bassines avec les nouveaux manchots mâles qui ont recueilli un œuf et qui l'éduque le petit comme le leur. Aller, viens, je t'achèterai même une glace, marchanda Draco alors que ses doigts essuyèrent les joues rouges.
-D'accord. Mais on ne reste pas longtemps !
-Promis.
Et comme le comprit très vite le blond en voyant les yeux du brun se mettre à briller pour une toute autre raison alors qu'Harry s'extasiait comme un enfant devant telle ou telle espèce, ils restèrent là toute la soirée. Ils se baladèrent parmi les autres visiteurs main dans la main à découvrir le nom d'animaux marins dont ils ne soupçonnaient parfois même pas l'existence. Harry qui avait senti son corps tomber à ses pieds en pensant que Draco l'avait encore une fois abandonné, semblait à présent flotter dans les différentes galeries de l'aquarium suivit de près par son blond.
OoOoO
-Zahran! Appela Gabriel paniqué en s'asseyant le visage crispé.
Son compagnon déboula dans l'instant de la salle de bain et se rapprocha de la chaise où il était assis.
-Quoi ? Gaby qu'est-ce que tu as ?
-Je crois qu'il faut appeler Harry, j'ai mal au ventre, va chercher Draco !
-Hors de question que je te laisse tout seul même pour 5 minutes, je vais lui envoyer un patronus!
-Vite, putain ça fait mal !
-Respire, Gabriel il faut que tu respires, lui murmura l'elfe en lui prenant la main.
-RESPIRER ?! J'essaie figure-toi ahhh! Putain de merde.
Quelques minutes plus tard, le professeur de potion déboula, essoufflé à la porte de l'appartement.
-Y a un problème Gaby ? J'ai envoyé un message à Harry, il arrive, j'ai laissé ma cheminée ouverte. J'ai ramené une potion antidouleur, mais je préfère, attendre Harry avant de te la donner.
-Je ne me sens pas bien...
Gabriel vit flou le temps d'un instant, mais ce fut assez pour s'effondrer dans les bras de Zahran qui le rattrapa et le souleva délicatement mais rapidement pour l'allonger dans le lit de leur chambre.
Et pendant de longues minutes d'angoisse seuls les raisonnements et les chuchotements résonnèrent dans la pièce.
A suivre...
