Auteure: Tch0upi

Disclamer: Les personnages appartiennent à Masashi Kishimoto

Pairing: NaruSasu, peut-être d'autres.

Rating: T (pour violence et possibles scènes explicites)


Double Tranchant

Chapitre 11


Le départ précipité de Sasuke jeta un froid et un silence insupportable dans l'appartement du policier. Naruto, bien que tout son corps lui hurlât de se lancer à sa poursuite, ne put se résoudre à franchir les dernières barrières de Sasuke, qu'il venait de violer l'une à la suite de l'autre. Il avait vu son expression, son visage déchiré par la trahison, par la douleur et Naruto avait reçu le coup comme une lame affilée, droit dans le cœur. Alors, il s'immobilisa dans le couloir et le laissa partir. Même si ce fut la chose la plus difficile qu'il eut fait dans les dernières années… Il en avait assez fait comme ça.

Naruto laissa échapper un soupir tremblant, et se passa une main sur le front, puis dans ses cheveux. Une fine couche de sueur froide était en train de sécher sur sa peau et dans sa chevelure, les restes de transpiration causée par les ébats enflammés d'un peu plus tôt cette nuit, et le simple souvenir de leurs étreintes était suffisant pour enfoncer le couteau un peu plus profondément dans la blessure. Qu'avait-il fait ?

Naruto demeura un long moment en place, immobile comme si ses deux pieds s'étaient transformés en pierre. Comment ? finit-il par se demander. Comment Sasuke avait-il découvert son identité ? En fait, Sasuke n'avait pas exactement découvert quoique ce soit. Il avait d'abord pensé qu'il était un membre de l'Akatsuki. Son surnom « Kyubi » lui avait été soufflé par une source… Mais qui ? Et pourquoi ? Il n'y avait aucun doute dans l'esprit de Naruto : Sasuke avait fouillé. Il avait fait ses propres recherches sur lui, ce qui signifiait qu'il avait des doutes depuis le premier jour, et ce n'était pas étonnant. Après tout, le jeune homme était un détective… Douter était dans sa nature, et il ne lui en voulait pas. Ce serait terriblement hypocrite de lui en vouloir pour ça, et puis, de toute façon, la douleur sur son visage n'avait pas été un acte de cinéma. Quoique Sasuke ait pu penser de lui, ses sentiments avaient pris le dessus. Et cette simple pensée amenait encore plus de culpabilité pour le blond.

Il n'était même pas inquiet ni même concerné du fait que Sasuke le croyait un membre de l'Akatsuki, ou flic, ou peu importe ce que Sasuke pensait maintenant qu'il était. Il se fichait de sa couverture, de sa mission, de tout le reste. Plus rien d'autre n'avait d'importance que la souffrance dans les yeux de Sasuke avant qu'il ne parte en courant… Naruto n'était pas un crétin, il avait compris, il avait vu : il venait de lui briser le cœur.

Naruto aurait voulu faire les choses correctement. Il aurait préféré garder le contrôle, mais… lui aussi avait dérapé dangereusement. Il s'était écarté de la voie sur laquelle il était censée avancer…

Putain, comment ça avait pu dégénérer à ce point-là ? Oui, il avait été indéniablement attiré par le jeune sergent dès qu'il avait posé les yeux sur lui, mais qui ne l'aurait pas été ? Franchement, Sasuke était magnifique, et Naruto avait trouvé irrésistible son regard sombre, ses traits doux et fins. Il avait craqué pour sa force de caractère, son courage. La lueur d'intelligence dans son regard qui ne s'éteignait jamais. Son corps athlétique, mais svelte, des muscles discrets, mais forts. Il avait cru pouvoir faire abstraction de son physique de rêve. Mais Sasuke avait agi sur lui comme une force d'attraction impossible à combattre – avant qu'il ne puisse même réagir, Naruto était tombé dans ses bras. Irrévocablement.

Et puis, qui essayait-il de berner au juste ? Il y avait bien plus que de l'attirance physique entre eux… Il avait deviné, durant les derniers jours… l'électricité quand ils se touchaient, le doux serrement au cœur, la chaleur qui lui envahissait la poitrine, les bribes cruelles d'une possible histoire qu'il avait entrevue, un probable avenir qui n'aurait jamais lieu parce qu'entre eux c'était juste impossible. Ils ne pourraient pas être juste deux hommes amoureux et vivre une vie normale. Parce qu'ils n'étaient pas des hommes ordinaires. Comment une histoire d'amour avait-elle pu voir le jour dans ces conditions ? Lui avait lutté parce qu'il savait que les choses ne seraient pas faciles, mais Sasuke, lui… Il avait frappé un mur.

Naruto se détourna finalement et marcha vers la cuisinette de Sasuke, la gorge soudain aussi sèche que le désert du Sahara. À mi-chemin, il se remémora cependant qu'il avait laissé son verre d'eau dans la chambre. Alors, tremblant, le cœur à l'envers et la tête remplie d'images de Sasuke, de sa voix et de ses soupirs, il pivota et retourna dans la pièce où ils avaient fait l'amour à peine quelques heures plus tôt.

Il récupéra le verre d'eau et, pris d'un vertige, se laissa tomber sur le lit et les draps qui étaient imprégnés de l'odeur du jeune policier.

- Putain… souffla-t-il en se penchant vers l'avant et en plongeant son visage dans ses mains.

Tout à coup, une vibration se fit entendre, cassant le silence brusquement en résonnant furieusement. Une sonnerie régulière qui vibra contre le plancher. Naruto fronça les sourcils et se redressa.

- Qu'est-ce que…

Il tourna la tête en direction du bruit, mais il ne voyait rien. C'était définitivement le bruit d'un téléphone en mode vibration, aucun doute là-dessus, mais Naruto était sûr d'avoir laissé son portable au salon. Il contourna donc le lit pour se rendre du côté de Sasuke, et poussa un soupir désabusé en constatant que le sergent avait laissé son téléphone là, par terre… et la scène qui avait dû se dérouler quelques instants auparavant joua dans l'esprit du blond comme un film clair et précis. Quelqu'un avait appelé Sasuke pour lui annoncer ses découvertes à son sujet et, encaissant très mal la vérité, Sasuke avait laissé tomber l'appareil au sol pour agripper son arme.

Naruto chassa les images pénibles et se pencha pour le récupérer. L'écran affichait le nom de Source # 1, ce qui confirma son hypothèse. Un sentiment sombre vint soudain le posséder. Il ne put se contrôler : il glissa son doigt pour accepter l'appel et posa le portable sur son oreille. Aussitôt, une voix masculine emplit l'émetteur :

- Non mais ça va pas de raccrocher au nez comme ça ! Ça fait au moins 10 minutes que j'essaie de te rejoindre…

- Qui est-ce ? gronda Naruto, sa voix grave et colérique coupant cours au monologue de l'autre.

Il y eut un court silence.

- Sasuke ?

- Ce n'est pas Sasuke.

- Attends, je suis pourtant certain d'avoir appelé au bon num…

- C'est le portable de Sasuke, mais ce n'est pas lui, répéta Naruto d'un calme polaire. Alors je répète ma question : qui est-ce ?

À nouveau, un petit silence flotta. Naruto serra l'appareil dans sa main, ayant un mal fou à contenir sa colère.

- OK, je crois que j'ai compris, s'exclama l'homme à l'autre bout du fil.

Naruto fit un pas dans la chambre, sa silhouette se mêlant aux ombres de la pièce.

- C'est Kyubi, si j'ai bien compris ?

La simple appellation jeta de l'huile sur le feu. Naruto serra les poings.

- Je te préviens, ne joue pas avec mes nerfs… grommela Naruto, sentant la rage poindre férocement en lui.

- Où est Sasuke ? insista l'autre.

- Réponds à ma question ! cria Naruto. Qui es-tu ?

- OK, OK ! Pas la peine de me casser les oreilles. Bon, et si tu veux vraiment le savoir, je m'appelle Sasori, je travaille dans le finan… Je suis une source de Sasuke, c'est suffisant pour toi ? Maintenant, tu m'expliques où il est, le flic ? Ou alors tu l'as déjà fait disparaître ?

Naruto sentit un frisson d'horreur le traverser.

- Tu me prends pour qui, au juste ? Un assassin sanguinaire ? Un psychopathe ?

- Tu es comme tous les autres…

- Je ne suis pas un membre de l'Akatsuki ! J'ignore où t'as pris tes infos, mais c'est une fausse piste, une putain de grosse erreur ! Kyubi est une couverture, espèce de…

- Oooh, restons polis, quand même !

- Où as-tu trouvé ton information ? répéta Naruto.

Naruto entendit du mouvement de l'autre côté. Ce Sasori semblait discuter à voix basse avec quelqu'un.

- Il préfère ne pas divulguer son prénom, déclara-t-il. Mais c'est quelqu'un qui a côtoyé l'Akatsuki de près.

- Écoutez, soupira Naruto. J'ignore qui vous êtes, mais Kyubi n'est…

Naruto poussa un cri de colère. Ça n'avait plus vraiment d'importance puisque « Kyubi » avait quitté les rangs de l'Akatsuki depuis presque deux ans, mais les membres dirigeants cherchaient encore le moyen de lui mettre la main dessus. Sa tête avait été mise à prix, puisque l'Akatsuki était une organisation criminelle dont il n'existait aucune issue, exceptée la mort. Naruto n'en était pas absolument certain, mais il pensait à ce jour que Orochimaru et les autres têtes pensantes de l'organisation n'avaient toujours pas fait le lien entre Kyubi et Naruto Namikaze/Uzumaki. Lorsqu'il était sous couverture, il n'avait jamais prononcé son vrai nom, à qui que ce soit. Bien sûr, son visage était resté le même, mais même dans la police, il avait toujours agi dans l'ombre.

Certes, parler à cet inconnu des allers et venus de Kyubi pouvait mettre des gens en danger. Ce Sasori avait visiblement des liens avec l'Akatsuki – et cette personne qui refusait de donner son identité… Naruto refusait de voir une autre victime être assassinée…

Comme un choc électrique, qui le frappa comme la foudre, Naruto crut comprendre. Sasori était la source de Sasuke et celui qui connaissait Kyubi, était celui qui avait été tiré dans le bar quelques jours plus tôt. Cette tentative d'assassinat ne pouvait être une coïncidence !

- Kyubi n'existe plus, déclara-t-il finalement. Je ne sais pas qui vous êtes, mais je peux vous assurer que vous êtes déjà sur la liste noire de l'Akatsuki.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? s'exclama Sasori. En plus, tu n'as toujours pas dit qui tu étais.

- J'suis flic, tête de mule ! J'étais en couverture, je l'ai été depuis des années maintenant…

- Wow, lança Sasori et Naruto crut deviner un sourire dans son ton de voix. Sasuke a dû voir des étoiles quand je lui ai annoncé que…

- Tu es une source de la police, l'interrompit Naruto, agacé par son tempérament nonchalant. Ça veut dire que tu es impartiale. Tu n'es pas totalement dévoué à tes patrons de l'Akatsuki…

- Patrons, patrons, s'insurgea Sasori. Je n'ai pas de patron ! Encore moins cette crapule d'Orochimaru…

- Alors tu veux quoi ? Qu'est-ce qui te pousse à travailler avec Sasuke ?

- Je ne sais pas, répondit Sasori. Je sais simplement que je suis un homme qui se tient tout seul. Ça te suffit ?

- T'es au courant qu'ils sont sûrement à la recherche de ton copain ? Celui qui a été tiré, et qu'ils vont sans aucun doute revenir. Surtout s'il est au courant pour Kyubi.

- Comment sais-tu que… ? s'interrogea Sasori, étonné.

Naruto eut un rictus.

- Flic, tu te souviens ? Des coïncidences comme celle-là, ça n'existe tout simplement pas. Le garçon qui a été tiré dans ce bar, il a été tiré par un membre de l'Akatsuki, parce qu'il… parce que quoi ? Il a essayé de sortir de leurs griffes ? C'est pas aussi facile. Et s'il connaissait Kyubi…

- Qu'est-ce que tu proposes, monsieur le policier ?

- Vous aurez besoin de protection.

- Vraiment ? cracha Sasori, peu impressionné, avec une once d'ironie dans la voix.

Naruto soupira une nouvelle fois.

- Mais bien entendu nous devrons discuter de tout ça face à face…

- Et Sasuke, il est où ? réitéra Sasori. En train de se remettre de son choc ? Mets-le sur haut-parleur, je dois lui parler.

De nouveau, Naruto serra les poings.

- Il est pas là.

- Comment ça, il est pas là ? C'est le milieu de la nuit !

Naruto ignorait ce qui le retenait de balancer l'appareil au bout de ses bras, le faire éclater sur le mur de la chambre. À l'autre bout du fil, Sasori poussait un soupir.

- Il est parti avec son arme au moins ?

- Bien sûr, c'est un policier, il sait ce qu'il fait…

Mais Naruto ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Sasuke n'était pas en sécurité, et ce même s'il était un policier entraîné. Et même s'il avait son arme… Il avait quitté l'appartement dans un état de choc émotionnel, il était vulnérable.

Il jeta un coup d'œil à l'écran du téléphone pour consulter l'heure qu'il était maintenant. Presque 20 minutes s'étaient écoulées depuis le départ précipité de Sasuke. Son cœur accéléra la cadence dans sa poitrine.

- Bon alors écoute, s'éleva la voix de Sasori. Sasuke est un type vraiment têtu, et déterminé. Alors je suggère d'attendre un moment. Prend mon numéro de son portable et mets-le dans le tiens. Quand Sasuke sera de retour, appelle-moi.

Naruto fronça les sourcils.

- Pourquoi ?

Sasori répondit après une courte hésitation.

- J'ai quelqu'un à protéger, moi aussi.

Lorsque la ligne se rompit, Naruto faillit lâcher le téléphone de Sasuke. Le silence semblait encore plus profond et envahissant que tout à l'heure. Sa gorge était toujours aussi rêche. Il ravala sa salive tant bien que mal et s'empressa de faire comme le mystérieux Sasori venait de lui expliquer. Il ouvrit la boîte de contact de Sasuke et transcrivit le numéro sur un bout de papier, qu'il irait par la suite ajouter dans son propre téléphone.

Ensuite, Naruto se versa un nouveau verre d'eau et se mit à faire les cent pas dans le salon. La nuit semblait s'éterniser. Il attendit. But un autre verre d'eau. Mais tandis que les minutes s'écoulaient, que le « tic-toc » incessant de l'horloge placardée au mur de la cuisinette continuait de résonner comme un mantra assourdissant, Naruto finit par se décapsuler une bière qu'il avala cul-sec.

Au bout de deux heures, il arrêta de tourner en rond et s'écrasa sur le canapé. Il observa la vue qu'on avait de la haute baie vitrée qui donnait sur le balcon du penthouse. La ville, ses lumières scintillantes… et ses crimes. Sasuke n'était pas en sécurité. Pour de vieilles histoires de famille, pour de l'argent… il risquait sa vie en ce moment-même. Et lui était là à attendre de le voir rentrer. Mais Sasuke n'allait pas rentrer. Il lui en voulait à mort, non ? Ça avait été une erreur. Une erreur qu'il n'avait pas commise volontairement, mais qu'il avait tout de même commis… et maintenant il avait tout gâché.

Lorsque les premières lueurs de l'aube se levèrent et illuminèrent le salon, et que Sasuke n'était toujours pas revenu, Naruto sut qu'il était temps d'agir.

Il bondit sur ses pieds, attrapa son sac et ses affaires et partit à son tour.


Sasuke fut réveillé brusquement par un seau d'eau froide que quelqu'un lui jeta à la tête. L'eau glaciale coula dans ses cheveux et sur sa nuque, faisant dresser tous les poils de son corps dans des frissons violents.

- Putain de merde ! grommela-t-il furieusement.

Le réveil brutal et désagréable le mit aussitôt en furax, et rapidement, les souvenirs refirent surface. Sasuke eut le souffle coupé un instant, alors qu'il prenait conscience de ses alentours. Où était-il ? Il faisait noir, trop noir, à part une pauvre ampoule accrochée au-dessus de lui, ne tenant qu'à un fil.

Il se débattit, mais le jeune sergent réalisa avec horreur que ses mains étaient attachées dans son dos, au dossier d'une chaise sur laquelle il était fixé. Ses chevilles étaient quant à elle reliées aux pattes de la chaise. Il releva la tête et tenta d'apercevoir quelque chose dans l'obscurité – on lui avait balancé de l'eau sur la figure alors il y avait forcément quelqu'un !

Un rire retentit d'un côté et Sasuke perçut du mouvement de l'autre. Ils étaient deux, dans ce cas ?

Quelqu'un posa le seau par terre.

- Bon matin, sergent, résonna une voix grave.

Sasuke grimaça : avec une noirceur si opaque, ce ne pouvait décidément pas être le matin, non ? Il se tourna au mieux de ses capacités et balaya la pièce du regard, mais il n'y avait aucune sortie visible. Aucune fenêtre. Où était-il ? Sous terre ? Était-ce vraiment le matin ? Combien de temps avait-il été inconscient ?

- Je ne sais pas ce que vous voulez, mais… gronda-t-il, vous m'avez mis de très mauvaise humeur…

- Tu n'as pas besoin de savoir, mon enfant, s'éleva une autre voix, moins grave, mais plus sombre, plus velouté et plus… effrayante.

À l'entente de celle-ci, Sasuke sentit de nouveaux frissons le parcourir des pieds à la tête.

Devant lui, une silhouette s'approcha, et fit un pas dans le pauvre cercle de lumière jetée par la petite ampoule. Les minces rayons lumineux ne parvinrent qu'à dévoiler une longue chevelure sombre et le côté d'un visage pâle et fantomatique aux traits reptiliens.

Sasuke le fixa avec assentiment, une lente mais certaine réalisation coulant en lui comme un antiseptique. Il sentit ses membres se figer, paralysé de la tête aux pieds.

- Sais-tu qui je suis, garçon ? demanda cet homme à l'aspect terrifiant.

Sasuke ravala sa salive.

- Orochimaru, murmura-t-il, laissant son instinct parler pour lui.

Il n'avait jamais vu cet homme. Jamais, pas même en photographie. Orochimaru était un seigneur du crime connu… en même temps d'être une figure mystérieuse et méconnue. On parlait de lui mais on ne le voyait jamais. On le craignait sans même avoir déjà vu son visage. Sasuke n'avait pas besoin d'additionner deux et deux. Cette voix, ce regard hautain, cette chair de poule qui s'étalait sur sa peau comme si son propre corps connaissait la vérité…

- Tu ressembles vraiment beaucoup à Itachi, ricana Orochimaru. C'est incroyable.

Sasuke bondit sur la chaise, le prénom de son frère le tirant de sa léthargie. Ses mains se refermèrent en poings serrés, mais ses liens le retinrent, le forçant à rester en place.

- Je t'interdis de prononcer une seule parole sur mon frère !

- Pourquoi donc ? s'esclaffa le chef de l'Akatsuki. Que feras-tu ? Tu es attaché à cette chaise et mes mercenaires les plus redoutables me tiennent compagnie. Tu ne peux rien faire.

- Oh crois-moi, je vais trouver le moyen ! s'énerva Sasuke.

- Tu es fais comme un rat, garçon. Inutile de prolonger l'inévitable. Ça se termine ici pour toi.

Orochimaru se détourna. Sasuke garda l'œil sur lui, observant sa silhouette se détacher lentement entre les ombres. Il se pencha, à quelques pas de là, vers ce qui ressemblait vaguement à une table. Il entendit un bruit de tintement métallique, comme…

Des outils de torture ? Des armes blanches, sans doute. Sasuke ravala sa salive une nouvelle fois, mais sa gorge était sèche, rude et douloureuse. Il tenta de forcer sur ses liens, mais la corde frotta sur sa peau sans plus, fragilisant encore plus ses poignets déjà ensanglantés à force de trop se débattre.

Calme-toi, Sasuke. Tu sais comment te sortir de ça… pensa-t-il.

Orochimaru revint vers lui. Bientôt, Sasuke vit le visage lugubre d'Orochimaru se pencher vers lui. La lame froide d'un couteau glissa contre sa joue puis vers sa mâchoire. Involontairement, il dut pencher la tête, de façon à laisser l'espace nécessaire à son tortionnaire pour placer le couteau sur sa gorge.

- Quel gaspillage. Cette beauté pourrait être utilisée autrement… Tu ferais un malheur dans mon réseau, tu sais ? Bien des hommes paieraient une petite fortune pour une seule nuit en ta compagnie. Des femmes aussi, bien évidemment ! Mais tu as un quelque chose qui attire plus les hommes, tu vois… Cette arrogance que tu dégages, cette bête sauvage que tu es et qui doit être remise à sa place… Le genre qu'on a envie de mettre à genoux et à qui on apprend les bonnes manières.

Orochimaru se redressa et Sasuke fut reconnaissant de ne plus sentir son haleine putride sur son visage. Ses paroles ne l'atteignaient pas ou peu, même si son estomac se rétractait de dégoût et d'effroi à s'imaginer être prisonnier du plus important réseau de prostitution de la ville. Ce n'était pas le genre de chose qu'il avait envie de tenter…

- Peut-être que je devrais reconsidérer ma décision, qu'en dites-vous ? demanda Orochimaru en se tournant vers ses acolytes, deux formes ombrageuses dans le coin de la pièce. Le petit pourrait me rapporter beaucoup. Et je pourrais même m'amuser à le voir écarter ses jambes par-ci par-là. Hmmm… comme c'est tentant.

- En tout cas, je vous prie de m'aviser si vous changez d'avis, Orochimaru-sama, s'enquit l'un de ses gardes. J'aimerais bien être le premier à lui faire ravaler ce rictus arrogant de policier trop fier. Oh, les choses que je ferais à ce petit cul.

Sasuke les observa en silence. Ces faces de crapules pouvaient bien rigoler, mais rira bien qui rira le dernier…

- Ce serait une bonne idée, non ? réitéra Orochimaru en s'adressant cette fois à Sasuke. Malheureusement, je crains que la fortune que tu me rapporteras mort sera plus grande que celle que tu pourrais m'octroyer vivant. Dommage…

- On peut quand même s'amuser avec lui avant non ? se plaignit l'autre homme.

- Faites ce que vous voulez, s'écria Orochimaru. Mais ce pauvre garçon doit être mort à l'aube, vous m'entendez ?

Sasuke poussa un rire sans joie.

- Parce que tu comptes laisser tes pions faire le sale boulot ? Plutôt pathétique.

Orochimaru eut un sourire et un petit rire s'échappa de sa bouche.

- Lorsque tes petits copains du commissariat mèneront l'enquête sur ta mort, je vais avoir besoin d'un alibi, n'est-ce pas ? Tu sais comment ça fonctionne, sergent.

- Ouais, bien sûr, grommela ledit sergent.

- Bien ! Alors c'est entendu, s'exclama joyeusement Orochimaru aussi nonchalant que s'ils étaient en train de conclure la vente d'une voiture. Kisame, Hidan, je vous laisse à la tâche. Et cette fois, on ne l'échappe pas, c'est bien clair ?

« Cette fois, on ne l'échappe pas ? » se répéta Sasuke avec confusion. Cette fois ?

Orochimaru se détourna et s'éloigna vers le fond de la pièce.

- Messieurs, déclara-t-il en guise d'au revoir.

Sasuke entendit une porte lourde et métallique s'ouvrir. Un courant d'air froid passa dans la pièce et Sasuke, encore complètement trempé, frissonna et se mit à grelotter. Aucune lumière n'infiltra les lieux, alors il sut qu'il faisait encore nuit.

Un souffle tremblant lui échappa. Il n'avait pas spécialement peur. Ou peut-être un peu. Mais la peur le garderait sur pieds. L'adrénaline allait l'aider à sortir de là.

Il songea brièvement à Naruto, mais décida de chasser aussitôt son visage de son esprit. Ce n'était pas le moment… pas le moment de se laisser chavirer. Le blond était son point faible, et il fallait absolument qu'il trouve le moyen de s'échapper avant qu'il ne soit trop tard.

Mais c'était impossible. Impossible de chasser Naruto de sa tête.

Il ressentait encore la blessure dans sa poitrine, cette espèce de grand trou qui s'était creusé en lui au moment où il avait compris que Naruto l'avait piégé. Trompé. Menti. Déjoué. Peu importe le mot, la douleur était la même, et les questions demeuraient sans réponses. Sasori lui avait dit qu'une source fiable avait confirmé l'identité de Naruto comme étant un membre en règles de l'Akatsuki. Mais Naruto s'était aussitôt défendu en lui révélant qu'il était en fait un policier.

Que Naruto soit un flic était-il si surprenant ? Non : au contraire, depuis le début, le blond lui avait semblé trop musclé pour être un simple analyste de renseignements. Sa carrure, son intelligence du terrain… Sasuke avait eu l'impression si vive que l'homme était un policier qu'il pouvait facilement y croire maintenant. Mais ça n'effaçait pas le reste, et si vraiment, c'était la réalité, alors qu'en était-il exactement ? Naruto avait-il été un agent double ? Chargé d'enquêter sur l'Akatsuki au sein même de leurs rangs ? C'était le genre de travail extrêmement dangereux confié aux meilleurs agents de la police.

Et à propos d'Itachi ? L'histoire ne le racontait pas. Lui avait-il menti aussi concernant Itachi, est-ce que Naruto avait bossé sur cette enquête ? Quelle serait la raison de sa venue dans l'unité où Sasuke travaillait ? C'était si compliqué, toute cette histoire, tous ces questionnements… il en avait une migraine pas croyable. En plus, Sasuke commençait à ressentir les effets de cette substance qu'ils avaient utilisé pour l'assommer, sous forme d'étourdissements légers, qui allaient et venaient… et qui allaient lui nuire pour sa fuite, assurément.

- Alors ? On commence par quoi ? s'exclama le type de tout à l'heure en s'adressant à l'autre acolyte d'Orochimaru, qui jusqu'ici était demeuré silencieux.

Il fit deux pas vers Sasuke, et le jeune policier put apercevoir de vagues traits prendre forme dans l'obscurité. Un sourire carnassier, un regard de prédateur… L'homme avait en mains un long marteau. Génial…

- On le défigure en premier ? Pour que ses amis les flics aient du mal à le reconnaître ?

L'autre garda le silence.

- On pourrait se le partager, aussi. L'idée d'Orochimaru-sama était plutôt bonne, je le verrais bien à genoux entre mes jambes, si tu vois ce que je veux dire… Je ne raffole pas des mecs, mais une jolie bouche est une jolie bouche !

Un rire sombre suivit cette proposition indécente. Sasuke eut envie de vomir – s'il osait mettre son sexe dans sa bouche, il aurait une belle surprise parce que Sasuke avait une bonne mâchoire et des dents en excellente santé.

À cet instant, le deuxième homme de main d'Orochimaru s'écarta d'entre les ombres pour se placer un peu plus près de la pauvre lumière de l'ampoule. Sasuke ne pouvait toujours pas voir son visage, mais une chose était certaine, et si le halo qui entourait sa silhouette laissait deviner quoique ce soit, c'était que l'homme était grand et musclé. Énorme. Un véritable géant.

- Le boss avait raison sur une chose, déclara-t-il, sa voix grave et basse. Le gamin ressemble à s'y méprendre à son cher grand frère.

Sasuke sentit un frémissement secouer son corps. Tout d'un coup, tous ses membres se crispèrent.

Était-ce… ?

- Kisame, lâcha-t-il avec dégoût et une colère froide.

- Je l'ai bien connu, ton frère, tu sais ? Je suis le dernier visage qu'il a vu avant de mourir. J'ai cru que le brillant sergent-détective qu'il était allait être plus difficile à faire tomber… mais non. Quelle déception.

S'il s'était énervé un peu plus tôt, lorsqu'Orochimaru avait prononcé le nom de son frère, Sasuke était maintenant aussi calme qu'un océan avant la tempête.

Il ne pouvait observer que le contour du visage de Kisame Hoshigaki, et il notait une mâchoire carrée. Des épaules larges. La simple pensée de cet homme pointant un pistolet sur Itachi le faisait horriblement souffrir – et une envie féroce de hurler comme un dingue le possédait de toutes parts. Itachi avait passé une grande partie de sa vie à protéger son petit frère, à couver Sasuke… mais aujourd'hui, le plus grand regret de Sasuke était qu'il n'avait pas été capable de protéger Itachi en retour.

- Je t'assure que je ne serai pas une proie aussi facile, murmura Sasuke lentement.

- T'en es bien sûr, petit ? Comme ça se présente, tu es un pauvre petit oiseau dans sa cage…

Kisame fit brusquement un pas vers lui, sa haute silhouette venant cacher toute la lumière, et tout ce que Sasuke sentit, plus qu'il ne le vit, fut l'énorme paume de Kisame s'enrouler autour de sa gorge. Mais l'homme ne serra pas : il se pencha vers lui et murmura à son oreille :

- Je n'ai qu'à forcer un peu pour sentir ta nuque se briser dans ma main. Rien de plus simple. De nous deux, c'est toi qui iras voir ton frère le premier. Espérer le contraire est une utopie.

Sasuke leva les yeux pour rencontrer ceux de son bourreau.

- Je n'ai pas l'intention de t'envoyer là où se trouve Itachi. De toute façon, mon frère et toi ne pourrez jamais vous retrouver au même endroit, et ça, c'est si on suppose seulement qu'il existe une vie après celle-ci. Non… Toi, je te réserve une place bien spéciale dans les pires prisons. Tu vas te décomposer derrière les barreaux et tu vivras longtemps comme un criminel, un scélérat, avec la honte…à présumer que tu es capable de ressentir ce genre d'émotions humaines. La mort est bien trop douce pour toi… trop facile.

Kisame le considéra longuement. Puis, il retira sa main et se redressa. Sasuke le vit se tourner vers l'autre homme.

- Trempe-le encore, on va le torturer un peu avant de le faire taire à tout jamais.

Le dénommé Hidan obtempéra. Tandis que Kisame se dirigeait vers la porte coulissante par laquelle Orochimaru était parti et qu'il l'ouvrait en grand, Hidan attrapait un autre seau rempli d'eau qu'il balança sur le corps de Sasuke sans préavis. L'eau glaciale le trempa jusqu'aux os, passant à travers ses vêtements, et le grand courant d'air hivernal qui l'atteignit le fit serrer les poings. Le froid mordit sa peau mouillée comme mille couteaux. Bien vite, il se mit à grelotter et à claquer des dents.

- Pas mal, souffla-t-il difficilement. C'est innovateur, comme technique… je ne déteste pas…

Sasuke, étourdi d'avoir respiré cette substance un peu plus tôt, fatigué, courbaturé d'être cloîtré dans cette chaise, trempé et complètement frigorifié, ne vit pas venir le coup de poing sur sa mâchoire. Sa tête se tourna violemment sous la force de l'impact, et il cracha du sang par terre. La chaise avait levé légèrement, mais retomba sur ses quatre pattes. Il fut sonné un instant, avant de reprendre contenance, un goût de fer coulant dans sa bouche.

- Laissons-le passer la pire nuit de sa vie, suggéra Kisame. On reviendra demain matin.

- T'es sûr ? Avec cette température, il risque l'hypothermie ! J'ai pas envie qu'il crève aussi bêtement, il est où le plaisir pour nous ?

- Arrête de râler, je vais fermer la porte dans une heure. Il ne mourra pas tout de suite, il est coriace, le p'tit.

Sasuke laissa sa tête retomber vers l'avant, toutes ses forces l'ayant abandonné. Il avait si froid. Sa tête menaçait d'exploser, et ses poignets étaient en sang. Il entendit le bruit de leurs pas s'éloigner.

Transi de froid, il regarda en direction de la porte qu'ils avaient laissé ouverte. La liberté… si proche, mais inaccessible. On n'y voyait rien, à part le haut mur d'une bâtisse de l'autre côté de ce qui était sûrement une ruelle. Et des flocons. De nombreux flocons, poussés par le vent. Un vrai blizzard. L'hypothermie était une réelle menace dans l'immédiat, surtout sur son corps mouillé…

Il eut une nouvelle pensée pour Naruto. Et pour Itachi.

Était-ce la fin ?


A suivre...


Coucou ! Vous ne m'en voulez pas trop ? :)

Merci encore de vos commentaires ils me font très plaisir, j'adore les lire ! Alors que pensez-vous qu'il va se passer maintenant ? ^^

Bisous et à très bientôt !

Tch0upi