À peine la lame avait-elle entaillé la peau que Derek hurla en se transformant. Il avait ressenti la douleur de Stiles, son sang couler, et son loup avait rejeté la puissance de Chris. Ce dernier se retourna, affolé, et pointa un pistolet sur Derek. Il ne pensait pas que Derek parviendrait à libérer du joug que lui imposait sa puissante magie chamanique. Il n'était pas dupe, il savait que c'était la pleine lune et qu'il était en position de faiblesse, car l'épais goudron l'empêchait de puiser de l'énergie dans la terre. Mais l'appel avait été trop fort, on lui offrait Stiles sur un plateau.

Derek s'élança et se jeta sur Chris, malgré les balles qui criblaient son corps à moitié transformé. Chris tenta de se défendre, mais son adversaire était trop enragé. Derek le plaqua au sol et lui demanda une dernière fois de sa voix autoritaire d'alpha :

- Reprends-toi Chris ! Ce ne sont que des conneries ! Allison est partie !

Les yeux de Chris Argent lancèrent des éclairs et il puisa de l'énergie dans ses amulettes avant de repousser violemment Derek, qui alla rouler plus loin, avant de sauter à nouveau sur lui.

Stiles se tenait le poignet, totalement affolé par le combat qui ne semblait donner l'avantage à aucun d'eux. Les griffes de Derek ne semblaient même pas entailler la peau du chaman qui guérissait instantanément, combattant contre Derek avec une lame imprégnée d'aconit.

Merde merde, Derek va se fatiguer ! Qu'est ce que je vais faire ?

C'est alors que surgit de la brume le wendigo. Stiles le reconnut immédiatement : c'était Tom. Il grogna avant de se jeter dans la bataille. À deux contre un, Derek n'allait pas tenir longtemps.

Soudain, Stiles eut une idée. Il rammassa le poignard de Chris et s'avança derrière lui, avant de donner un coup sec à l'arrière de la nuque de Chris, ce qui eut pour effet de trancher les cordelettes retenant les amulettes de Chris, qui tombèrent sur le sol.

Le chasseur fut déstabilisé, mais il avait encore une ressource : l'énergie que Derek avait consenti à lui donner quelques jours plus tôt. Derek semblait se battre contre lui même, et le wendigo était perdu, redevenant un jeune homme, maintenant qu'aucun maître ne le retenait.

Stiles sentait la souffrance de Derek et son souffle s'affaiblir. Il ressentit comme un fourmillement dans ses bras et ses mains qui se mirent à rougir. D'instinct, il sut quoi faire.

Il sauta sur Chris et posa les mains sur son visage, là où se trouvaient les volutes tatouées. Les veines de Stiles prirent une couleur bleue foncé et Chris grogna. Il sentait son énergie décroître, et se recroquevilla sous les coups de Derek.

- Tu vas le tuer ! Derek, stop ! hurla Stiles, épouvanté.

- Il voulait te tuer ! Tu crois que je vais le laisser vivant ?! s'indigna le brun.

Stiles s'interposa entre les deux. Chris Argent était évanoui, à bout de forces, deux vilaines blessures courant sur son abdomen.

- Tu as failli le tuer… murmura Stiles après quelques secondes de silence, seulement rompu par leurs respirations pantelantes.

Derek reprit ses esprits et sa forme humaine.

- Il a sombré trop loin dans la folie. Je sentais que rien ne l'arrêterait.

Derek appela Peter pour prévenir le reste de la meute. C'est alors qu'ils virent le jeune Tom prostré à quelques mètres, sous forme humaine. Il avait l'air totalement déboussolé.

Stiles soupira et réalisa qu'il tremblait de froid et que des larmes dévalaient sur ses joues. Derek s'en aperçut et le prit d'instinct dans ses bras.

- Je suis désolé Stiles… murmura Derek. J'avais trop peur qu'il te tue…

Stiles reniflait contre le blouson en cuir lacéré de Derek. Il se sentait apaisé, jusqu'au moment ou Derek flancha contre lui. Stiles le rattrapa de justesse.

- Derek ?!

- L'aconit… il faut aller voir Deaton…

Fort heureusement, Peter arriva quelques minutes plus tard et emmena tout le monde chez le vétérinaire.

Le soir même, dans son lit, Stiles était fourbu. Isaac avait été libéré de sa malédiction, Derek soigné par Deaton, Chris se trouvait en soins intensifs à l'hôpital, et Tom emmené au poste de police pour lui trouver un foyer.

Cependant, un détail troublait le jeune homme : au fur et à mesure qu'il s'était éloigné de la meute, il s'était senti mal. C'était comme un déchirement, quelque chose qui s'arrachait dans poitrine. Il décida de ne pas en tenir compte et s'endormit en grimaçant.

Le lendemain, il fut heureux de pouvoir aller au lycée sans garde du corps, mais son humeur fut mise à mal lorsqu'Isaac lui avait adressé un « faut qu'on parle », mal à l'aise, sans même l'embrasser, avant de filer à son cours de socio. Stiles en fut alarmé. Oh non, qu'est-ce qu'il se passe encore…

Deux heures plus tard, Stiles fila à la bibliothèque, essayant d'échapper à la discussion avec Isaac, espérant se terrer derrière les étagères sombres. Il se sentait bien dans cette pièce, la tension dans sa poitrine s'était affaiblie. La bibliothèque se vida alors que l'heure du repas sonnait, laissant Stiles presque seul au rayon « littérature allemande ».

C'est alors que Derek surgit, l'air goguenard. Il avait l'air d'être en forme aujourd'hui, bien plus que ces derniers jours. Ses joues avaient reprit une couleur rosée, et il souriait.

- Tu ne vas pas manger ?

Stiles bredouilla quelque chose d'incompréhensible, hypnotisé par les yeux verts de Derek.

- Ou alors tu essayes de te cacher…, chuchota le brun en s'approchant.

Stiles respira un bon coup :

- Non, pas du tout, qu'est-ce qui te fait dire ça ? débita-t-il d'une voix suraigüe. Au fait, t'as lair d'aller mieux !

Il espérait changer de sujet.

- Oui, merci, répondit Derek en croisant les bras. Je n'ai plus de sangsue sur le dos. Mais ça ne me dit pas ce que tu fabriques devant… Goethe ? Je croyais que tu faisais espagnol.

Stiles souffla, l'air embarrassé.

- Ok, je suis cramé, j'essaye de me cacher. Non, je ne te dirai pas de qui.

Derek recula en rigolant en direction de son bureau avant de revenir avec un son sandwich.

- On peut partager, dit-il en souriant à Stiles, qui était sidéré par l'attention.

- Quoi ? Non, t'en auras pas assez…

Derek haussa les épaules avant de s'asseoir à même la moquette, de séparer son repas en deux et d'en tendre la moitié à Stiles, dont le ventre grondait.

- Ok, merci alors.

Il s'assit à côté du brun et entama sa moitié de sandwich. Les deux jeunes hommes se jetaient des regards furtifs. Derek souriait, songeant à la situation : assis tous les deux à même le sol dans la bibliothèque, devant des livres d'auteurs au nom imprononçable.

À la cantine, Isaac cherchait sans relâche son petit-ami.

Lorsque Stiles et Derek eurent fini leur repas, Stiles allongea ses jambes sous un rayon de soleil qui passait à travers la vitre, illuminant les particules de poussière.

- Donc, tu connais pas Goethe ? demanda Derek, sans moquerie.

Stiles répondit par la négative, et Derek attrapa un recueil de poèmes après avoir mis ses lunettes. Il le feuilleta quelques instants avant de prendre la parole, d'une voix claire.

Je pense à toi quand l'éclat du soleil rayonne de la mer ;
Je pense à toi lorsque la lune se mire et tressaille à la source.
C'est toi qui viens, quand sur la route, là-bas se lève la poussière,
Et dans la nuit, quand le voyageur tremble sur la passerelle.
Ta voix chante pour moi au sourd murmure du flot qui monte !
Au calme du bocage combien de fois j'épie quand tout se tait !
Je suis auprès de toi, aussi loin que tu sois, et tu es là !
- Le soleil sombre, bientôt vont luire les étoiles.
Que n'es-tu là !

Stiles avait fermé les yeux, et se laissait porter par la voix grave de Derek. Cela lui semblait si étrange et à la fois agréable d'entendre de tels mots dans sa bouche.

- C'est mon poème préféré de Goethe, déclara Derek simplement.

- Je ne savais pas que tu aimais la poésie, avoua Stiles, penaud.

Le brun lui sourit avant de reposer le recueil.

- J'aime la poésie. Mais Goethe, c'est trop ringard, fit Derek en fronçant le nez.

Il se releva et se dirigea vers son bureau, avant de farfouiller dans son sac.

- Mon poète préféré est français, c'est Verlaine.

Il prit un nouveau recueil et lut :

Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.

La mélancolie
Berce de doux chants
Mon cœur qui s'oublie
Aux soleils couchants.

Et d'étranges rêves,
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,

Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À des grands soleils
Couchants sur les grèves.

Le brun releva les yeux et lui sourit.

- C'est beau hein ?

Stiles était pendu a ses lèvres, il hocha la tête d'un air benêt.

- Tiens, lecture du soir, dit Derek en lui tendant le recueil de Verlaine.

Le plus jeune rangea le livre dans son sac avant de filer en cours, désormais plus serein.

- Ah enfin, je t'ai trouvé ! s'esclama Isaac. On va au parc ?

Stiles acquiesça et le suivit, ayant terminé ses cours de la journée. Lorsqu'ils furent assis sur un banc, Stiles se lança.

- Alors, qu'est-ce que tu voulais me dire ?

- Je… je crois qu'on devrait arrêter, déclara Isaac en soupirant.

Je peux pas dire que je m'y attendais pas…

Le plus petit était surpris de ne pas être trop déçu.

- Ah… j'ai fait quelque chose ?

- Non ! Non, pas du tout… mais je vois bien qu'on est pas fait l'un pour l'autre. Ton coeur est ailleurs, et je crois que tu es le dernier à ne pas le savoir.

Stiles se mordit la lèvre.

- Je crois que t'as raison, murmura-t-il. Je suis désolé Isaac.

- C'est pas grave. Je crois que l'esprit du wendigo me faisait tourner la tête. Tu restes spécial à mes yeux, mais je ne suis pas amoureux de toi, fit-il, un peu embarrassé.

- Merci, fit Stiles, simplement, avant de le prendre dans ses bras.