Les jours de la semaine qui suivit passèrent tous de la même façon.
Hermione se levait et se préparait, tâchant tant bien que mal d'ignorer le regard assassin de Lavande Brown. Cette dernière était furieuse qu'Hermione ne l'ait pas prévenue tout de suite de l'état de santé de son Ron-Ron. Etrangement, elle semblait avoir pardonné rapidement à Harry mais, Hermione, elle, restait l'objet d'une jalousie et d'une hargne féroce.
Si, au début, Hermione s'était sentie désolée pour Lavande, de qui Ron semblait se détacher de jour en jour, son attitude exaspérante avait eu raison de ses dernières bribes de patience. Elles se contentaient à présent de se croiser et de cohabiter sans piper mot. Harry s'était trouvé, par la même occasion, promu au poste de confident de Lavande qui semblait le tanner pendant ce qui durait parfois des heures sur l'état de sa relation avec Ron et la profondeur de ses sentiments pour lui.
Hermione, quant à elle, se sentait mieux que jamais dans ses relations avec ses amis. Elle regardait Harry se dépêtrer de Lavande avec amusement au petit-déjeuner ce jour-là, en pensant à quel point elle était reconnaissante d'avoir renoué une relation aussi forte avec Harry, Ron et même Ginny. Elle en avait presque oublié Malefoy. Presque, car bien qu'elle s'évertue à ne pas penser à lui en journée, des rêves ou cauchemars du Serpentard persistaient à vouloir peupler ses nuits.
Bien sûr, le gouffre dans son ventre avait toujours la taille du Grand Canyon et son cœur semblait poignardé à chaque fois qu'elle avait le malheur de croiser par inadvertance le regard de Malefoy mais, l'un dans l'autre, elle parvenait à survivre et même, à avancer, forte de la complicité retrouvée avec ses fidèles compères.
Un léger sourire flottait sur les lèvres d'Hermione tandis qu'elle tendait le bras pour avaler une dernière gorgée de jus de citrouille.
« Hermione ? »
L'interpellée releva la tête en croisant le regard de Ginny. Ses yeux semblaient légèrement rouges et elle avait l'air préoccupée.
« Le match commence bientôt, tu veux bien m'accompagner jusqu'au terrain ? »
La supplication dans ses yeux laissait entendre que Ginny avait besoin de parler. Hermione était une fille, elle savait lire entre les lignes. Bien qu'elle ait, à l'origine, prévu d'aller rendre visite à Ron avant le match de Quidditch, comme elle le faisait tous les jours, elle se tourna vers Harry.
« Harry, pourras-tu dire à Ron que je passerai le voir après le match, je descends sur le terrain de Quidditch avec Ginny. »
Elle se leva aussi sec et suivit son amie hors de la pièce.
Alors qu'elles traversaient le parc, Hermione attendait que Ginny se décide, ce qui finit par se produire sous la forme d'un grognement agacé.
« Dean m'énerve. »
« Qu'est-ce qui s'est passé, cette fois ? » demanda Hermione avec un sourire.
Les disputes entre Ginny et Dean étaient monnaie courante et elle avait fini par s'en amuser légèrement. Bien qu'elle apprécie énormément les deux, Hermione savait que leur couple n'était pas fait pour durer, Dean et Ginny avaient tous les deux de gros caractères et leur relation était bien trop explosive pour être durable sur le long terme.
« Il me rend dingue, il est tout le temps là, à me coller, » explosa-t-elle soudain. « Et où tu vas ? Et avec qui ? Et pourquoi tu fais ci, et pourquoi tu ne fais pas ça… » singea-t-elle avec agacement. « Il m'étouffe, je n'en peux plus ! »
« Tu lui en as parlé ? »
« Oui, mais il persiste à ne pas vouloir comprendre ! Il dit que je suis sa petite-amie et donc qu'il a le droit de savoir où je me trouve et avec qui. Il ne comprend pas que ça me pèse. Comme s'il avait un droit de propriété sur ma personne ! On est au vingtième siècle sans déconner, quel macho ! »
Ginny continua de râler pendant le reste du chemin sous les yeux attentifs d'Hermione. Elles se séparèrent à l'entrée du vestiaire et Hermione rejoignit les gradins. Les bannières pour Poufsouffle et Gryffondor étaient déjà en place et elle s'installa auprès de Neville en attendant que le match commence.
Enfin, après un temps anormalement long, les deux équipes apparurent sur la pelouse et, déjà, Harry et McLaggen semblaient se prendre le bec. Leur querelle parut rentrer bien vite dans l'ordre et le match débuta, sous les commentaires hilarants de Luna.
Hermione tourna la tête dans sa direction et la vit perchée sur l'estrade du commentateur, le professeur McGonagall, atterrée, à ses côtés. Hermione ignorait ce qui lui avait pris de nommer Luna Lovegood à ce poste. Décision qu'elle paraissait d'ores et déjà amèrement regretter. Luna commentait les personnes et les attitudes, renvoyait à des anecdotes passées et ne se souciait absolument pas du match. Hermione, bien qu'hilare, gardait tout de même un œil sur Harry qu'elle voyait régulièrement houspiller Cormac. Elle avait peur qu'il puisse manquer de concentration et, par là-même, être blessé par un cognard ou un autre joueur. Le score du match lui importait peu contrairement à la bonne santé de son ami. Aussi rugit-elle d'inquiétude puis d'indignation en voyant Cormac McLaggen balancer tranquillement un cognard à la tête de Harry. Coote et Peakes, les deux batteurs de Gryffondor, surgirent au dernier moment pour interrompre la chute de Harry, à présent inconscient et Hagrid descendit à son tour sur le terrain pour le porter jusqu'à l'infirmerie.
Hermione savait que l'infirmière ne la laisserait pas entrer tout de suite, aussi s'enjoignit-elle à rester sur les gradins jusqu'à la fin de la partie. Et ce fut éprouvant. McLaggen était plus que nul, tant occupé à essayer de diriger les autres qu'il ne se souciait ni de ses buts, ni du souaffle qui continuait encore et encore à les traverser.
Le match termina sur le terrible score de trois cent vingt à soixante pour l'équipe de Poufsouffle.
Hermione rejoignit donc une Ginny encore plus furieuse à la sortie des vestiaires, et elles reprirent le chemin de l'école, incendiant McLaggen de tous les noms d'oiseaux qui leur passaient par la tête.
Elles prirent la direction de l'infirmerie où, une fois n'étant pas coutume, c'était au tour de Ron d'être éveillé, et à celui de Harry d'être endormi. Il ne se réveilla pas du temps de leur visite et elles apprirent de Ron qu'il avait une fêlure du crâne.
« Super, » ironisa Ginny, les dents serrées. « Je vais fracasser cet abruti de McLaggen. J'ai cru que Harry allait le tuer avant même le début du match. »
« Il se sont embrouillés dans les vestiaires ? C'est pour ça que vous avez mis plus longtemps à sortir sur le terrain ? » demanda Hermione en se rappelant le temps qu'il leur avait fallu pour attaquer le match.
« Oui et non. Ils se sont envoyés paître mais notamment parce qu'Harry est arrivé en retard. »
« Je ne comprends pas, » lança Ron, perplexe. « Il est passé me voir juste avant le match, mais il est parti à l'heure, pourtant. »
« Apparemment, » commença Ginny en baissant légèrement le ton, « Il a croisé Malefoy avec deux filles dans les couloirs et il a hésité à les suivre. Il commence à devenir vraiment obsédé, ma parole. »
Hermione ne répondit pas et laissa la discussion entre les Weasley repartir en direction du match. La mention de Malefoy lui avait provoqué une pointe au cœur et l'imaginer avec une autre personne lui donna la nausée. Elle pouvait comprendre, en quelque sorte, qu'il veuille « fréquenter » quelqu'un d'autre mais ça lui faisait… mal. Et deux à la fois… Malgré elle, Hermione en était malade.
Cependant, aux côtés de ses amis, elle ravala une nouvelle fois sa peine et son amertume et fit comme si de rien n'était en attendant l'heure bénite où elle pourrait se jeter sous ses draps pour oublier.
XXX
Lorsque Harry et Ron quittèrent l'infirmerie, le lundi suivant, c'était comme si tout était officiellement redevenu comme avant. Hermione vint chercher les garçons à l'infirmerie et ils prirent ensemble le chemin du petit-déjeuner.
Fatiguée de penser à ses propres relations catastrophiques, Hermione s'était décidée à faire quelque chose pour ses amis. Et Ginny lui avait donné la parfaite occasion la veille en se disputant un nouvelle fois avec Dean au sujet de Harry. Dean avait ri à l'évocation du cognard qu'il avait pris en pleine tête et cela n'avait pas été du goût de Ginny, qui persistait à défendre Harry envers et contre tous. Hermione savait que Ginny en pinçait toujours un peu pour Harry. Ce qu'elle avait commencé à noter, en revanche, c'est que Harry, lui-même, ne semblait plus aussi indifférent à la petite sœur de son meilleur ami. Intuition qui se confirma lorsque Hermione mentionna négligemment la dispute entre Ginny et son petit-ami ce matin-là. Harry sembla si intéressé par le sujet qu'il bombarda Hermione de questions et elle sut qu'elle avait touché un point sensible. Il s'efforçait de prendre un ton dégagé et de mettre sa curiosité sur le compte de l'importance de la bonne entente de chacun des membres de l'équipe de Quidditch. Bien sûr. Hermione n'était pas dupe et elle continua à étudier les réactions d'Harry sans aucune discrétion jusqu'à ce qu'ils soient interrompus par Luna au grand -et visible- soulagement de ce dernier.
« Harry ! »
« Ah, salut, Luna. » « Je suis allée te voir à l'infirmerie, » dit Luna en fouillant dans son sac. « Mais ils m'ont annoncé que tu étais sorti… » Elle mit dans les mains de Ron une sorte d'oignon vert, ainsi qu'un gros champignon tacheté et une quantité considérable d'une substance qui ressemblait à de la litière pour chat, puis trouva enfin un morceau de parchemin sale qu'elle tendit à Harry. « On m'a dit de te donner ça. »
Ils virent tout de suite qu'il s'agissait d'une nouvelle invitation à se rendre chez Dumbledore.
« Ce soir, » dit-il à Ron et à Hermione lorsqu'il eut déroulé le parchemin. « J'ai beaucoup aimé ton commentaire du dernier match ! » dit Ron à Luna tandis qu'elle reprenait le champignon et la litière pour chat. Luna eut un sourire vague. « Tu te moques de moi ? » demanda-t-elle. « Tout le monde a dit que c'était une horreur. » « Non, je suis sérieux ! » assura Ron. « Je n'ai jamais pris autant de plaisir à écouter un commentaire de Quidditch ! Au fait, qu'est-ce que c'est que ça ? » ajouta-t-il en tenant à hauteur d'œil la chose en forme d'oignon. « Oh, c'est une Ravegourde, » répondit Luna qui fourra dans son sac le champignon et la litière pour chat. « Tu peux la garder si tu veux, j'en ai plusieurs. Il n'y a rien de plus efficace contre les Boullus Goulus. » Et elle s'éloigna, Ron pouffant de rire derrière elle, sa Ravegourde à la main. « Je l'apprécie de plus en plus, Luna, » dit-il lorsqu'ils eurent repris leur chemin vers la Grande Salle. « Je sais qu'elle est cinglée mais c'est dans le bon… » Il s'interrompit brutalement. Lavande Brown l'attendait au pied de l'escalier de marbre, la mine furieuse. « Salut, » dit Ron, un peu nerveux. « Viens, » murmura Harry à Hermione, et tous deux s'empressèrent de filer.
L'un dans l'autre, Hermione passa une merveilleuse journée.
Lorsque Ron était revenu à la table du petit-déjeuner, il semblait en crise avec Lavande et Hermione en était ravie. Elle s'efforçait tant bien que mal de cacher son contentement mais, c'était plus fort qu'elle. Retrouver son meilleur ami et voir Lavande Brown décliner socialement était un régal. Hermione avait subi les assauts de la blonde tout au long de l'année scolaire et il était extrêmement plaisant de voir la vapeur se renverser.
Lorsqu'arriva le soir, elle consentit même à aider Harry dans ses devoirs, chose qui n'était pas arrivée depuis longtemps tant Hermione refusait que Ron puisse en profiter pour copier.
Harry finit par s'éclipser pour se rendre au bureau de Dumbledore, et Hermione termina tranquillement de corriger son devoir de botanique au coin du feu. Sa tâche accomplie, elle prit la direction de son dortoir avec la ferme intention de se coucher tôt.
Elle mit son pyjama, s'installa sous les couvertures après avoir tiré les rideaux de son lit et se plongea une nouvelle fois dans Mille herbes et champignons magiques de Phyllida Augirolle. Elle espérait que ce livre, qu'elle connaissait par cœur, la mènerait au sommeil rapidement. Son vœu fut exaucé, à peine quelques minutes plus tard, lorsqu'elle s'écroula, sans crier gare, dans les bras de Morphée.
XXX
« Tu m'as manqué » « J'ai besoin de ça, j'ai besoin de toi » « Ne me laisse pas, Granger » « Je te hais, toi et ton immonde sang-de-bourbe »
Des flashs. Des cheveux blonds. Malefoy.
Il se tenait à un mètre d'elle, environ, et elle brûlait d'envie de se rapprocher de lui, de le toucher, sans réussir à y parvenir. Dès lors qu'elle avançait d'un pas, il paraissait s'éloigner aussitôt. Elle essaya de crier pour interrompre le flot de paroles qui se bousculaient dans sa bouche mais il ne sembla pas l'entendre.
« Granger, j'ai besoin de toi » « Tu me manques » « Promets que tu ne m'oublieras pas »
Les phrases se poursuivaient, jetées à son visage à la chaîne, sans qu'elle ne parvienne à les interrompre.
« Malefoy, je suis désolée, je ne t'ai pas oublié je… MALEFOY ! » hurla-t-elle dans le vide alors que le Serpentard poursuivait sa litanie, toujours sourd à ses appels.
« Tu n'es qu'une menteuse, Granger. » « Tu me donnes la nausée » « Fais-en sorte qu'on ne se croise plus jamais ou je n'hésiterai pas à te descendre » « Je te hais, Granger »
« MALEFOY ! » hurla-t-elle une ultime fois, tentative désespérée d'obtenir son attention.
Curieusement, cela sembla fonctionner. Le temps parut suspendu alors que le Serpentard s'interrompait. Il leva lentement les yeux vers elle et son regard s'emplit de rage.
« Je t'avais prévenue, Granger. »
Hermione sentit son souffle se couper alors qu'il pointait sa baguette sur elle.
« AVADA KEDAVRA ! »
Elle hurla son nom à pleins poumons alors que le rayon de lumière verte se projetait sur elle à toute vitesse.
Elle se redressa d'un bond dans son lit et ouvrit les yeux, en sueur, la respiration haletante.
Elle se passa une main sur le front, fébrile, et entrouvrit les rideaux du baldaquin. Ses camarades de dortoir semblaient dormir paisiblement, curieusement profondément endormies alors qu'Hermione avait la sensation d'avoir créé un vacarme de tous les diables.
Elle avala d'une traite le verre d'eau qui se trouvait sur sa table de chevet et essaya de se recoucher, tremblante.
Ce n'était pas la première fois qu'elle rêvait ainsi de Malefoy depuis qu'elle avait mis fin à leur relation. Malgré tout, elle avait la nette impression que ses cauchemars gagnaient chaque fois un peu plus en intensité. Elle se sentait pantelante et nauséeuse et ses entrailles la faisaient souffrir comme si elle avait bu un litre d'acide.
Malefoy lui manquait terriblement.
