Arthur avait dû avaler la nouvelle tout en consolant la jeune femme, à l'aide de paroles rassurantes et de douces caresses dans le dos. Quand les sanglots finirent par s'affaiblir, il lui posa la question qui le taraudait.

« Comment est-ce arrivé ? »

Kalupso essuya ses larmes. « Il y a quelques années, lorsque j'étais encore en Macédoine, des soldats de l'armée romaine sont entrés dans notre maison. Ils voulaient mon père. » Elle soupira. « Je ne sais pas vraiment pourquoi, mon père ne parlait jamais de son passé, ni avec ma mère, ni avec moi. Je sais juste qu'il avait été dans l'armée romaine, et avait rendu de grands services à Rome, qui l'a laissé tomber en retour. Enfin bon… tout est allé si vite. » Une larme coula sur sa joue. « Mes parents m'ont réveillée en hâte, ils étaient complètement paniqués. Mon père a embrassé ma joue et ma mère m'a traînée par le bras vers un passage de la maison tenu secret, qui menait à l'extérieur. Elle m'a tendu un sac rempli de vivres et d'argent et m'a dit de ne pas m'arrêter avant d'être arrivée à Rome. Qu'il fallait que je cherche la villa Aconia. Que j'y serais en sécurité. C'est ce que j'ai fait. Je n'avais que 13 ans mais j'étais assez débrouillarde pour éviter les problèmes. Plus j'y pense, plus je me dis… que tous ces entrainements avec mon père, toutes ces lectures militaires, avaient pour but de m'endurcir pour me préparer… à ce jour. » Elle reprit son souffle étranglé par les larmes. « Quelques secondes après que je sois entrée dans le passage… j'ai entendu des cris… ceux de ma mère. Ceux des soldats. Je tremblais de tous mes membres. J'avais trop peur pour me retourner. Mais aussi trop peur pour avancer. Alors je suis restée accroupie dans le passage. Pendant des heures. Des jours. Et puis j'ai pris la pire décision de ma vie. Je suis retournée dans la maison. J'ai… j'ai trouvé les corps de mes parents. »

Arthur déglutit et serra Kalupso plus fort contre lui.

« Ils avaient été égorgés. Y'avait du sang partout. C'était horrible. Tellement horrible. Et l'odeur… je la sens encore quelques fois. Je suis partie en courant. Sans m'arrêter. Jusqu'à Rome. »

La villa devint silencieuse pendant de longues minutes. Le récit de la jeune femme tourna en boucle dans l'esprit du roi jusqu'à ce qu'un détail lui saute aux yeux. « En… Macédoine ? »

La romaine se décolla de lui et remonta ses genoux contre sa poitrine, sur la banquette. Elle était secouée par de violents frissons.

« Oui, c'est le pays natal de mon père. Il a voulu y retourner après son service dans l'armée romaine. »

Arthur devint livide. Sa bouche s'assécha. Les pièces du puzzle s'assemblaient dans son esprit et il avait beau essayer de se dire que ça ne devait pas être ça, les évidences lui apparaissaient soudainement et étaient aussi violentes que des claques. Il ne sut comment il réussit à parler de nouveau.

« Et… et… pourquoi la villa Aconia ?

- Mes parents ne m'avaient jamais parlé de cette villa avant mais je suppose qu'elle leur appartenait, puisqu'elle porte le nom de ma mère. »

Le roi fut pris de nausées et tenta de respirer profondément pour les faire passer, en vain. Quelques secondes, qui parurent aussi longues que des heures, s'écoulèrent avant que Kalupso ne regarde curieusement le souverain.

« Ça… ça va ?

- Oui, pardon, euh… c'est juste. Je suis désolé. Pour vos parents.

- Merci… » Un petit sourire apparut derrière les larmes. « Et merci de… m'avoir écoutée. Je n'en ai jamais parlé à quiconque. J'ai l'impression d'être plus légère.

- Hm… »

Kalupso se leva doucement et lissa sa robe. « Je sais qu'il est tard mais… je voudrais vous montrer quelque chose.

- Je vous suis. »

Les jambes du roi bougèrent d'elles mêmes, alors que son esprit semblait enfermé dans un tourbillon de souvenirs et de questions. Ils allèrent jusqu'à la chambre de la jeune fille. Arthur s'arrêta à la porte. Elle fit glisser la malle sous son lit jusqu'à la dévoiler entièrement. Il la reconnut.

Elle l'ouvrit et ses mouvements semblèrent extrêmements lents à l'homme. Elle sortit la nourriture qui s'y trouvait, retira une planche en bois et observa quelques secondes le contenu restant au fond de la malle. Et finit par y plonger les mains et se relever avec un long tissu rouge. Arthur crut qu'il allait s'effondrer.

« Je l'ai trouvée en arrivant ici. C'est une robe de très bonne qualité, elle a du servir pour un évènement spécial… C'est la seule chose qui me reste de ma mère. »

Elle s'approcha du breton avec l'étoffe, qui ne put poser les yeux dessus qu'après de longs instants.

C'est la seule chose qu'il me reste d'Aconia. se dit-il à son tour. Son regard se promena sur le tissu, troué, à certains endroits, par le temps. Le rouge était plus terne que dans son souvenir. Il finit par discerner les mains de Kalupso, puis son visage.

Non. Je n'ai peut-être pas tout perdu.

Cette nuit là, Venec n'entendit pas le roi entrer dans sa chambre. Il ne le sentit pas se glisser sous les draps et se recroqueviller à côté de lui, pas plus qu'il ne sentit ses larmes silencieuses s'écraser sur les draps.


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