Parfois, leur décès était tellement risible qu'ils en venaient à se moquer d'eux même.
La fatigue les avaient rattrapé après plusieurs heures sur le même jeu que Karma avait mené haut la main. Ils n'en avaient pas été surpris, étant donné que ce jeu était le sien. Lassés, ils rangèrent la console et Karma mit un feuilleton télévisé au hasard pour combler le silence, comme à son habitude.
Il s'accouda contre le dossier du canapé en se tournant vers Nagisa. Malgré son malaise le bleuté se tourna vers son ami. Il remonta ses jambes contre son torse, les entoura de ses bras et posa sa tête sur ses genoux. Il attendit. Il sentait que le carmin voulait discuter :
« - Tu as vu les messages sur Line ? Commença-t-il.
- Oui. Répondit le bleuté, timidement.
- Alors ? Qu'est-ce que tu en dis ?
- Euh… Bah… Je pense que pour certains c'est juste histoire de nous charrier alors que pour d'autres, j'ai l'impression qu'ils nous croient vraiment en couple. C'est marrant, je n'avais pas l'impression qu'on paraissait si proches à l'école. » Bégaya Nagisa, gêné.
Après un petit silence et une fois la gêne passée, Nagisa osa regarder Karma. Il avait les joues aussi rouges que ses cheveux. Pourquoi il était embarrassé ? C'était lui pourtant qui aimait bien le mettre dans l'embarras. D'ailleurs, Nagisa avait été surpris qu'il aborde ce sujet car jusque-là, il n'avait toujours pas répondu à sa question concernant le baiser. Pourquoi d'un coup voulait-il parler de leur relation ? Bizarre. Se pourrait-il qu'il ait voulu parler d'autre chose ? Nagisa se repassa mentalement la discussion et il comprit son erreur.
« - Euh… Tu voulais dire par rapport à la sortie de demain après-midi ? »
Le carmin acquiesça. Nagisa fut surpris de ne pas être raillé par son ami et sentit son malaise s'intensifier suite à cette réponse silencieuse.
« - Euh …. désolé… En fait … Euh … Je… Je ne sais pas trop pour la sortie. C'est une super idée. Et c'est vraiment tentant vu le beau temps. Mais… Mais, ça ne serait pas dangereux... à cause de l'avis de recherche ?
- Hum... Peut-être… Répondit Karma en détournant les yeux et en reprenant contenance. Mais de toute façon, lundi, il faudra bien sortir d'ici pour aller en cours. Tu ne vas pas rester caché toute ta vie. Et on sera ensemble. Enfin, tous ensemble. »
Nagisa pesa le pour et le contre dans un silence seulement perturbé par la télévision. Il finit par céder et Karma confirma leur présence à leurs amis. Cette escapade serait comme un entraînement grandeur nature, ils étaient tous préparés à l'infiltration. Cette idée leur rappela qu'ils devaient encore relire leur liste de vocabulaire avant d'aller se coucher. Ils expédièrent rapidement cette relecture pour retrouver leurs lits au plus vite. Cependant, plus de deux heures étaient passées, et à presque minuit, aucun d'eux ne dormait. Nagisa avait été agité et cela avait empêché Karma de dormir.
Après une vingtaine de minutes durant lesquelles Karma n'entendit plus aucun mouvement, il se demanda si Nagisa s'était finalement endormi. Il se retourna pour en avoir le cœur net et tomba sur deux prunelles azurées qui le fixaient avec intensité. Il fut effrayé de constater qu'il n'avait pas perçu le regard profond de Nagisa sur lui. Un long frisson lui parcourut l'échine. Les talents d'assassin de son ami lui revinrent brutalement en mémoire… L'espace d'un instant, il eut l'impression de n'être qu'une proie face au canon d'un fusil. Son rythme cardiaque accéléra, en proie à une panique naissante. Il prit plusieurs grandes inspirations pour se maîtriser.
Une fois calmé il observa Nagisa. Ce dernier, allongé sur le flanc gauche avait les genoux légèrement remontés contre lui. Ses mains étaient jointes sous sa tête et son regard…. Ses yeux, eux, le fixaient toujours avec la même puissance, sans la moindre retenue. Cette assurance n'était pas dans les habitudes de Nagisa. Pourtant sa respiration était paisible et il ne semblait pas gêné. Est-ce que Nagisa dormait avec les yeux ouverts ? Afin d'avoir une réponse à cette question, Karma murmura sur un ton légèrement amusé :
« - Eh bien ? Tu me mates dans le noir ?
- Qu'est-ce que tu ferais si je te répondais oui ? »
La voix de Nagisa était calme et sérieuse. Sa réponse était tellement décalée par rapport à personnalité que Karma resta sans voix à la grande satisfaction de Nagisa.
Puis le rire de Nagisa se fit entendre :
« - Tu aurais dû voir ta tête !
- Idiot ! » Lâcha gentiment le carmin qui rit à son tour.
Nagisa reprit alors son visage habituel, plus détendu. Intérieurement, il était fier d'avoir réussi le déstabiliser.
« - Hum, peut-être que je me serais jeté sur toi si tu n'avais pas eu ce regard meurtrier ! Rajouta-t-il.
- Il en faut peu pour t'arrêter en fait…Chuchota le bleuté pour lui-même.
- Eh je connais tes capacités, je tiens à la vie !
- Oh vraiment ? Pourtant, c'est toi qui parlais te "jetter sur moi" ? Le taquina Nagisa
- C'est vrai que c'était une mauvaise idée, décida le carmin, je risquerais de te briser des os…
- N'importe quoi ! Je peux encaisser les coups ! fit mine de se renfrogner le bleuté en souriant.
- Ouais, c'est vrai que tu résiste plutôt bien pour une crevette. Mais pas à tout ! Je sais comment te vaincre sans difficulté ! » S'exclama Karma avec assurance, soudainement fier de lui.
Cela mit un doute à Nagisa. Perturbé, il quitta des yeux son ami pour fixer les draps, c'était moins distrayant. Puis il chercha dans sa mémoire quelle pouvait être cette faille dont il parlait. Elle semblait si évidente pour Karma et pourtant lui ne la voyait pas.
Il ne remarqua pas l'ombre qui s'étendait au-dessus de lui. Ce n'est que lorsque des doigts se posèrent sur son visage, l'obligeant à relever la tête qu'il nota le rapprochement de Karma. La distance entre leurs visages ne se résumait plus qu'à quelques centimètres. Nagisa sentait son souffle lent et chaud contre sa peau. Il ne savait pas où poser son regard. Dans les yeux de Karma ? Trop perçant. Sur ses lèvres ? Trop dangereux. Sa respiration était hasardeuse et c'est alors que son ami prononça ce simple mot.
« - Touché ? »
Et Nagisa comprit : Karma savait pour ses sentiments envers lui. Depuis combien de temps était-il au courant ? Comment l'avait-t-il appris ? Karma était sa faille. Il était celui qui s'était fait une place dans son coeur. Il était la seule personne qu'il accepterait de suivre n'importe où. Karma était l'unique personne capable de le "toucher" à ce point. Nagisa céda à son envie de le toucher, de toucher les lèvres, si tentantes, de celui dont il était tombé amoureux. Il se redressa, supprima la distance entre eux et l'embrassa.
Cela n'avait rien à voir avec le baiser chaste que Karma lui avait volé lors du dîner chez sa mère. Non, là c'était plus personnel, plus intime, bien qu'encore timide. Nagisa pu savourer la sensation de ses lèvres contre les siennes qui répondait à son baiser jusqu'à ce que Karma le rompt.
Nagisa, perdu dans les sensations du baiser, en ressorti le souffle court et frustré. Malgré qu'il ait trouvé cet agréable échange trop court, il respecta la volonté de Karma. Il le regarda se reculer et se réinstaller sur son futon. Les yeux ambrés le fixaient intensément. Enivré par ce regard, Nagisa eut envie de recommencer encore et encore ainsi que de se lover contre Karma.
Nagisa perdu dans ses pensées, fixait Karma avec un air penaud et les joues légèrement teintées. Ce n'est que lorsque le rouquin tourna son regard vers le plafond en roulant sur le dos, que Nagisa réussit à s'extraire de ses réflexions. Il s'allongea à son tour sur le flanc, les mains jointes sous sa tête. Nagisa n'arrivait pas à détacher son regard de Karma, comme si, le perdre de vu le ferait revenir à la réalité et que ce baiser n'était qu'un mirage de son esprit désespéré. Avec un sourire béat, il murmura :
« - Touché… »
Est-ce que ce baiser signifiait qu'ils formaient un couple maintenant ?
Après un long silence, une voix ironique s'éleva dans la pièce :
« - Maintenant que tu as eu ton baiser du jour, tu vas réussir à t'endormir ? »
C'était dit avec le ton de l'humour et pourtant, cela sonna comme une agression pour Nagisa. Cette question était humiliante et réveillait ses plus grandes craintes. La peur, l'angoisse, le regret, l'embarra, la honte, l'humiliation, toutes ces émotions tournaient en boucle, lui donnant le tournis. Est-ce que Karma se moquait de lui ? Est-ce qu'il l'avait embrassé juste pour le satisfaire comme on donnerait un gâteau à un enfant capricieux ? Était-ce là l'image que Karma avait de lui ? Était-ce comme cela que Karma le considérait ? Comme un adolescent capricieux qui quémandait l'attention du premier venu ?
Nagisa avait la sensation de n'avoir aucune valeur, de n'être qu'un fardeau pour ses proches. De n'être qu'un objet dont on se servait au besoin et qu'on regrettait d'avoir pris après coup, réalisant son inutilité. Est-ce que Karma ne cherchait qu'à l'utiliser ?
Tout se chamboulait dans sa tête. Avant même qu'il ne le réalise, des larmes dévalaient son visage, extériorisant ses angoisses sans son autorisation. Il ne voulait pas montrer sa faiblesse à Karma. Nagisa ne comprenait pas pourquoi il avait dit ça. Tout ce qu'il savait c'était qu'il avait mal mais il refusait de donner à Karma le plaisir de le voir souffrir.
Nagisa ne savait comment réagir. Son cœur, meurtri, lui ordonnait de fuir, de partir loin d'ici, loin de lui. C'était la deuxième fois en deux jours, que son instinct lui hurlait de fuir mais cette fois, il ne pouvait pas. L'humiliation et la honte qui le consumaient et immobilisaient chacun de ses muscles. Il ne pouvait que rester là, tétanisé et le fixer. Fixer cette chose allongée. Fixer cet être qui avait parlé. Fixer celui qui venait de le tuer de l'intérieur avec juste quelques mots. Quelques mots qui avaient formé une phrase, une question. Une unique question qui l'avait déchiré aussi efficacement qu'une lame bien aiguisée.
Nagisa voulait partir mais n'avait nulle part où aller. A ce constat, le froid s'empara de son corps et de son âme. Le vide s'engouffra dans son cœur. Sa douleur prit possession de son esprit. Il eut du mal à respirer calmement. Ses larmes se mirent à dévaler, animées de leurs propres volontés, une par une, le long de son visage. Ses mots mourraient dans sa gorge. Le tourbillon de ces émotions l'entraînèrent dans une torpeur de douleur, capturant son esprit et l'empêchant de trouver un échappatoire.
Son regard était obstrué par le nuage de la peine. Celui-ci transformait l'image qu'il avait toujours eut de Karma. Il voyait à présent, toutes les parts d'ombres, toute la noirceur de celui-ci. Si jusque-là il s'en était accommodé, dorénavant cela lui semblait insurmontable. Pourquoi avait-il fait confiance à ce garçon ? Pourquoi devrait-il encore lui faire confiance ? Il venait de briser la seule chose qui permettait à Nagisa d'être encore un peu joyeux : sa confiance dans les autres. La confiance qu'il avait placé en Karma et dans leur amitié.
Les souvenirs des instants qu'ils avaient vécu ensemble pleuvaient dans sa tête. Chacun d'eux pulvérisait une nuée d'émotions qui engloba Nagisa. Il lui sembla être noyé sous ses propres émotions, son cœur se serra. Il allait exploser mais pas à cause de toute la négativité qui sortait de ces souvenirs… mais bien à cause de l'amour éblouissant qu'il ressentait pour Karma. Un amour qui était à la fois son phare et sa bulle d'oxygène, un amour sur lequel il ne pouvait pas tirer un trait.
Un amour qui avait fini par le brûler et le faire souffrir. Il était déchiré en deux. D'un côté la lumière, de l'autre la noirceur de la pluie. D'un côté l'amour et de l'autre le dégoût. Tous deux étaient dédiés à une même personne. Nagisa ressentit, au plus profond de lui que Karma aurait toujours une place privilégiée dans son cœur. Peu importe combien de fois Karma le repousserait, le rejetterait, l'humilierait ou le briserait, il ne pourrait pas s'empêcher de l'aimer quand même. Était-il masochiste ? Certainement pas, mais il était peut-être juste trop amoureux. Il avait l'impression que Karma était la dernière personne de son entourage encore à ses côtés ; que les émotions qu'il avait pour lui étaient les seules auxquelles il pouvait encore croire et s'accrocher. Mais ce lien si fragile n'était-il pas en train de céder ? Leur amitié n'allait-elle pas être détruite par son amour ? N'en résulterait-il que douleur et souffrance ?
Le silence régnait toujours dans la chambre. Nagisa n'avait pas quitté Karma des yeux bien que ce dernier soit en train de fixer le plafond. Il semblait détendu et serein avec son bras replié sous sa tête. Nagisa parvint à reprendre un peu le contrôle de ses pensées. Il ne prit pas la peine de cacher l'émotion dans sa voix, ou d'effacer les larmes de son visage. Il prononça ces mots qui claquèrent dans l'air avec amertume, dégoût, mépri et tristesse :
« - Est-ce que… Tout ça, entre nous... est-ce que… c'est un jeu pour toi ? »
Bonjour/bonsoir, me revoilà avec le chapitre 8. Pour ceux intéressée par la suite de l'histoire voici quelques petites informations : Le chapitre 9 est prêt à être publiée, le chapitre 10 est en correction. Le chapitre 11, 12, 13, 14 et 15 sont à réécrire car je ne peux décemment pas vous livrée un texte aussi moche, mal écrit et bourrée de fautes...
Maintenant que j'en ai presque fini avec le chapitre 10 qui me posait beaucoup de problème, et que du temps libre se profile à l'horizon, la suite de cette histoire devrait avancée avec plus d'efficacité. J'espère terminer de tout corriger avant la fin de l'année car une autre histoire commence à me demander pas mal de travail aussi !
En tout cas, sachez, pour les impatients, que dans tout les cas, cette histoire ira jusqu'au bout, je ne l'abandonnerais pas. Si le temps est trop long pour vous, soit, cela n'est plus mon problème. Je préfère prendre le temps qu'il me faut pour vous partager un travail qui me convient niveau qualité plutôt que de vous pondre tout mes textes pour le regretter plus tard et tout supprimer. Sachez ensuite que je publie pour le plaisir de vous partager mes histoires, je n'ai pas besoin de votre haine ou de votre déception. Si vous n'êtes pas content c'est la même. Je continuerais de publier pour ceux les autres et pour moi.
