Bonsoir à toutes et à tous.

Merci encore et toujours pour vos retours ! Voici le onzième texte, avec un thème… que j'ai tâché d'exploiter au maximum, haha. Navrée pour la glauqu-itude.

Nous rappelons à toutes fins utiles que nous n'apprécions pas les ajouts en favoris sans review. Nous ne forçons personne, mais respectez cette demande, s'il vous plaît !

Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à Masami Kurumada

Rating: T. (Pour le thème abordé.)

Nous vous souhaitons une agréable lecture !


11- Disgusting (dégoûtant)

Par Ta-chan76

D'abord un hurlement, terrible. Puis de pathétiques gémissements de douleur. Et finalement, plus rien…

Les témoignages s'étaient quelque peu enjolivés dans les deux jours qui avaient suivi : on fabulait désormais sur une ombre gigantesque qui aurait été aperçue à la sortie des égouts, accompagnée d'un rire démoniaque et d'une fumée rouge sang. Il avait choisi prudemment de s'en tenir à la première version.

Ignorant les exclamations de panique des habitants du bas quartier, qui le suppliaient de revenir sur ses pas, il avança dans le souterrain, son foulard relevé jusqu'au nez pour se protéger vainement de la puanteur ambiante. Il n'eût aucun mal à remonter la piste, le mince filet de sang demeurant distinct au milieu des coulées de boue et d'eaux usées. Aussi ne fut-il en rien surpris lorsque ses pieds finirent par heurter un corps, flottant sur le ventre dans cette mare putride.

L'homme se pencha, examinant le cadavre d'un œil expert : mâle caucasien, la quarantaine. Teint pâle, touriste probable. Plus de rigidité, corps partiellement gonflé. Livor mortis au niveau de la nuque. Heure du décès estimée, entre quarante-huit et soixante-douze heures. Vêtements salis et déchirés, mais traces de sang minimes. Il retourna le corps sans ménagement.

Il pensait en avoir vu assez dans ses longues années de fonction pour ne plus s'émouvoir face à des meurtres sordides. Il ne put néanmoins contenir un mouvement de recul en découvrant le visage de la malheureuse victime… ou plutôt son absence de visage.

La peau avait été ciselée, puis finalement grossièrement tranchée et arrachée, ne laissant que de la chair à vif et des nerfs tirés autour d'yeux exorbités à la cornée opaque. Il n'avait pas été poignardé, ni touché par une balle. On l'avait laissé se tordre de douleur, jusqu'à ce qu'elle ne le fasse sombrer puis s'évanouir. Cause du décès : noyade.

L'homme interrompit son examen, posant sans douceur son lourd et précieux paquetage dans la boue afin de s'asseoir dessus : il était sur la bonne voie. Mais quant à ce qu'il cherchait réellement…

« T'as pas eu peur ? »

Cette fois, il n'eut même pas un sursaut. Et se tourna sans se presser vers l'origine de la voix, dont le ton laissait transparaître un mélange de reproche et d'intérêt.

« Pas vraiment, répondit-il. Disons que ce n'est pas inhabituel, dans mon métier.

-Tu fais quoi, comme métier ?

-Tu ne veux pas te montrer ? Ce serait plus agréable pour discuter. »

Un temps d'hésitation. Puis une silhouette, plus petite que celle à laquelle il s'était attendu, se détacha des ténèbres. L'homme plissa les yeux : enfin, il mettait la main sur cette source d'énergie qui l'avait attiré jusqu'ici.

L'enfant ne devait pas avoir plus de six ou sept ans, mais tenait d'un geste expert et maîtrisé un morceau de verre brisé entre ses doigts tâchés de sang séché. Son autre main, elle, était maintenue cachée dans son dos.

« Je te le déconseille vivement. Tu ne m'auras pas aussi facilement que ce malheureux.

-Oui, répondit l'enfant sans se vexer. Toi, t'es différent. Tu… brilles. Comme moi, parfois. »

Les yeux, qu'il avait cru noisette mais se révélaient rouges, se posèrent alors sur son solide paquetage, duquel une lueur familière commençait à s'élever. Il grogna : il était encore trop tôt pour se prononcer.

« Que t'as donc fait cet homme pour que tu lui réserves un tel sort ?

-Des hommes comme lui, il en vient tout le temps ici. Ils prennent des enfants avec eux pour la nuit contre cent lires.

-Et celui-ci, il t'avait payé combien ?

-Rien. Il voulait une petite fille, lui. Je lui ai dit que je lui en trouverais une s'il venait avec moi.

-Tu aurais pu juste le tuer. Nous savons tous les deux que tu en es physiquement capable. Alors pourquoi, le visage ? »

L'enfant plissa les yeux, puis porta un pouce à ses lèvres, pensif. Manifestement, il ne s'était pas posé la question lui-même.

« Tu sais, ils ont tous la même tête. Le même sourire, quand ils viennent ici. Mais je sais qu'ils sont faibles… et qu'ils ne valent rien. Alors j'ai retiré son sourire. »

Sur quoi il se décida à révéler sa seconde main, son interlocuteur ne pouvant contenir un hoquet de surprise lorsqu'il lui montra avec une réelle candeur la peau du visage arraché légèrement verdie, qu'il leva à hauteur de son visage, l'observant à travers l'espace où les yeux auraient dû se trouver.

« Il est moins dégoûtant comme ça, non ? »

L'homme ne répondit pas, son regard incertain fixé sur les yeux rouges derrière ce masque morbide, ces mêmes yeux dans lesquels il percevait sans mal cette énergie, dévorante, se répandre autour d'eux.

Sans surprise, mais néanmoins dépité, il vit la lumière dorée de son coffre métallique s'intensifier en réponse, dans un dialogue qu'il ne reconnut que trop bien. Le même qu'il avait eu, il y avait de cela bien des années.

Tu es sûre de toi ? Ce doit vraiment être celui-ci ?

Pour seule réponse, l'entité millénaire prisonnière de la boîte d'or lui renvoya une vague de cosmos écrasante, ne laissant aucune ambiguïté sur son jugement : son choix était fait, cet être macabre serait son prochain porteur. Et son avis, à lui, n'avait aucune valeur.

L'homme soupira, vaincu, avant de ramasser son paquetage et de s'approcher de l'enfant, qui le laissa faire sans s'inquiéter, son attention de nouveau focaliser sur les émanations d'énergie dorée.

« …Après tout, pourquoi pas. Peut-être pourrons-nous trouver une meilleure utilité à tes 'talents'. Tu t'appelles comment, mon garçon ? »

Aucune réponse. L'enfant baissa les yeux un moment, apparemment peu désireux de partager cette information. Aussi n'insista-t-il pas, choisissant plutôt de lui tendre la main, ignorant les petits doigts sales encore serrés autour du masque de peau.

« On tachera de te donner un nom, va. Si tu veux bien venir avec moi, bien entendu. »

L'espace d'un instant, l'enfant sembla hésiter. Considérant cette main tendue sans en saisir le sens exact, mais comprenant néanmoins que cette rencontre n'était pas un hasard. Que peut-être son destin se jouait aujourd'hui… Et que cette énergie dormante lui hurlait désormais de ne pas laisser passer cette chance.

Le morceau de verre retomba au sol, et les doigts tâchés se glissèrent dans la main de l'adulte. Sans se retourner, tous deux entamèrent leur sortie du souterrain, éclairés par la boite de métal gravée du motif d'un immense crabe, enserrant l'enfant d'une lumière protectrice.