Enfin, j'ai fini. Ce chapitre m'a pris des années et il arrive un peu en retard mais pour me faire pardonner, il est super long.
Vous verrez que j'ai changé deux trois choses dans la chronologie des événements mais ce n'est pas vraiment dérangeant à priori. C'es plutôt dans la manière d'interpréter les actes. J'ai aussi fait un mélange du livre et du film, j'espère que ça donne quelque chose de convainquant (il y a des scènes des films que je voulais a-bso-lu-ment dans ce chapitre).
C'est le plus long que j'ai jamais écrit (j'ai déjà dû dire ça vingt-sept fois mais quand même) et cette fois (enfin je ne m'avance pas trop) je ne crois pas qu'il y en aura de plus longs que ça.
J'espère que ça vous plaira parce que j'ai passé pas mal de temps de dessus, bonne année à tous !
Elena : oh merci pour ta review :) Drago et Hermione c'est un peu le chaos donc oui, ça se déchire pas mal, je suis contente d'avoir réussi à bien retranscrire les émotions. Et puis si tu aimes les chapitres longs, celui-là ça te plaira sûrement ;)
À l'instant où ils atterrirent, Hermione ressentit un violent frisson qu'elle contrôla immédiatement. Il y avait quelque chose dans l'air de Pré-au-Lard qui sentait le malaise. À la fois extrêmement familier et sombre. Sombre et poisseux.
Ils n'avaient pas fait un pas qu'un horrible bruit strident retentit. Tous trois étaient serrés sous la Cape d'Invisibilité aux moments où une demi-douzaine de Mangemort jaillirent des Trois Balais. Ils n'avaient pas l'air surpris mais plutôt aux aguets, comme s'ils savaient déjà à quoi s'attendre. Hermione eu un mauvais pressentiment.
- Accio cape ! glapit un des Mangemorts.
Elle reconnut immédiatement la voix de Dolohov. Celui qui avait tué Luna. Ses mains serraient maintenant la cape à s'en faire mal mais elle ne savait plus si c'était de rage ou pour ne pas que la cape s'envole. Dans tous les cas, le sortilège d'abstraction sembla inutile et ils purent rester cachés.
- Tu n'es pas sous ton emballage, Potter ?
- Il faut qu'on transplane, murmura Ron alors que les Mangemorts commençaient à se disperser.
- Non, ils étaient préparés à ce qu'on arrive, ils se sont aussi sûrement organisés pour qu'on ne reparte pas, rétorqua Harry.
Hermione ouvrait la bouche quand la voix aigre et traînante d'un autre Mangemort la coupa :
- Et si on lâchait les Détraqueurs ?
- Le Seigneur des Ténèbres le veut vivant, cracha Dolohov.
- Il veut le tuer, mais il ne veut pas son âme. C'est plus facile de l'avoir s'il a déjà été embrassé !
Les autres approuvèrent et la peur naquit à nouveau. Cette fois, il fallait partir, vraiment. Faire un Patronus révélerait immédiatement là où ils étaient et compte tenu de leur nombre, ils ne gagneraient pas.
- Il faut quand même essayer de transplaner, souffla Hermione en agrippant les poignets des garçons.
Elle se concentra au plus profond d'elle-même avant de pivoter. Elle sut aussitôt que ça n'avait pas marché. C'était comme s'ils se heurtaient à un dôme dans l'atmosphère. Ils étaient pris au piège.
C'est à ce moment-là qu'un froid glacial tomba lourdement sur les épaules. Les Détraqueurs étaient là. Tout s'enchaînait beaucoup trop vite. Hermione essayait de trouver une solution rapide lorsque Ron l'attrapa par l'épaule et que tous trois reculèreny doucement, essayant de rester sous la cape étroite. Il y avait forcément une solution, ils n'allaient quand même pas mourir ici ?
Elle vit les silhouettes des Détraqueurs apparaître au loin, flottant au dessus du sol. Leur bouche démesurément longue émettait un sifflement rauque qui râpait la peau, l'âme, et qui continuait de se condenser autour d'eux. Inexorablement, ils se rapprochaient, le désespoir avec eux.
Elle refusait de mourir ici. Pas après tout ce qu'ils avaient accompli avec plus ou moins de brio, pas après s'être battus comme ça. Et surtout, elle refusait de mourir de cette manière, sans âme. C'était peut-être ce qu'elle avait de plus précieux. Harry dû penser la même chose car une seconde plus tard, il tenait sa baguette droit devant lui :
- Expecto Patronus !
Un cerf argenté jaillit de sa baguette et les Mangemorts poussèrent des cris d'allégresse.
- C'est lui ! J'ai vu un cerf !
Les Détraqueurs prirent la fuite, la température remontait, mais les bruits de pas des Mangemorts qui approchaient résonnaient comme une sentence. Ils n'avaient pas encore décidé quoi faire quand un bruit de serrure retenti à côté d'eux et une voix souffla :
- Potter, par ici.
Tous trois se précipitèrent derrière la porte sans réfléchir. Ce ne fut qu'en relevant la tête qu'ils comprirent qu'ils étaient dans La Tête de Sanglier, le bar poussiéreux au fond de Pré-au-Lard. Les tables étaient noires, il manquait des pieds aux chaises et le propriétaire, dos à eux, barrait l'entrée pour affronter les Mangemorts. Il réunit à leur faire avaler que le Patronus qu'ils avaient vu était un bouc et non un cerf et qu'il voulait simplement sortir son chat. Après une mise en garde, il put refermer la porte et se tourner face à eux.
Il était grand, ses yeux avaient quelque chose d'incroyablement familier et son visage était fermé. En détaillant la pièce, Hermione remarqua un grand tableau dans lequel se reposait une jeune fille à la peau très blanche dont elle croisa le regard. Un morceau de miroir cassé posait sur le bord de la cheminée.
- Vous êtes fous d'être venus, lança le propriétaire du bar en avançant vers eux, un peu claudiquant.
- Merci, répondit Harry. Vous nous avez sauvé la vie.
Il haussa les épaules et soudain, Harry parut réaliser :
- C'était votre oeil dans le miroir. Vous nous avez envoyé Dobby.
- Je pensais qu'il serait avec vous.
- Il est mort, Bellatrix Lestrange l'a tué.
Abelfrth resta impassible, ne sachant pas comment accueillir la nouvelle, puis, il murmura :
- Dommage, j'aimais bien cet elfe.
- Vous êtes Abelforth.
Les mots étaient sortis plus vite de la bouche d'Harry qu'il ne l'aurait voulu. Cependant, le barman hocha la tête avec la même absence d'émotion qu'au début.
- Vous ne nous auriez pas envoyé un Patronus en forme de biche? demanda soudain Ron.
- Avec un cerveau comme le tien, tu pourrais faire Mangemort. Je viens de vous montrez que mon Patronus était un bouc.
Ron rougit et le mystère de ce Patronus venu les aider restait complet.
- Oui, c'est vrai, admit-il. En tous cas, j'ai faim.
Abelforth leur emmena du pain brun, du fromage et une cruche d'hydromel. Ils mangèrent avidement, burent un peu et l'on entendait plus que le craquement des bûches dans la cheminée. Ce ne fut que lorsqu'ils eurent fini dnegloutir tout ce qu'il leur avait présenté, que les garçons se furent affalés l'air somnolent, qu'Abelforth commença à leur parler d'un plan pour s'échapper.
- On ne pars pas, rétorqua Harry. On va à Poudlard.
- Ne sois pas stupide, mon garçon.
- Je suis très sérieux, il faut y aller. Dumbledore... enfin, votre frère voulait que nous...
Il cherchait visiblement ses mots, mal à l'aise. Hermione l'était tout autant. Elle avait lu, entendu des choses sur Dumbledore, plus depuis sa mort que de son vivant.
- Mon frère exigeait toujours beaucoup de choses des gens. Ne t'approche pas de l'école Potter, fuit même le pays si tu peux.
- Je ne peux pas, soutint Harry en se redressant. Il nous as confié un travail.
- Oh, quelque chose de simple qu'un sorcier de voter âge peut accomplir sans trop de mal, j'espère ? railla Abelforth.
Il ne bougea pas, ne montrait aucun sine d'impatience ou d'exaspération, mais il semblait tout de même prendre toute la place. Dumbledore avait toujours eu du charisme, Abelforth dans son air de géant mal luné en avait tout autant, même s'il ne s'en doutait pas.
- Non, admit Harry à regret. Ce n'est pas facile, mais vous aussi vous combattez pour l'Ordre, vous...
- Je l'étais, coupa Abelforth. Tous ceux qui se battent encore se font des illusions. Partez tous les trois, crois-moi, ça n'en vaut pas la peine.
- Je ne peux pas, j'ai quelque chose à faire que je ne peux confier à personne d'autre.
- Voyez-vous ça... et j'imagine qu'il a été sincère et t'as tout expliqué ?
Il connaissait la réponse en posant la question. Abelforth regarda posément Harry se raidir et se renfrogner. Hermione savait que ces questions sur Dumbledore avaient hantées Harry plus qu'il ne voulait l'admettre. Elle l'avait vu lire le livre de Rita Skeeter, tombé de haut chaque fois qu'il découvrait quelque chose qu'il ne savait pas.
- Je connaissais mon frère, Potter. Il était très doué pour les mensonges, les secrets...
Le silence flotta un instant au-dessus de leurs têtes et le regard d'Hermione tomba une nouvelle fois dans celui de la fille du tableau. C'était d'ailleurs la seul décoration de la pièce. Cette fois, son doute se métamorphosa en certitude.
- Mr Dumbledore ? demanda-t-elle timidement. Est-ce que c'est votre soeur, Ariana ?
- Oui. Vous avez lu Rita Skeeter.
Elle rougit avec l'impression d'avoir fait un faux pas. Mais c'était vrai et elle n'aurait tout simplement pas pu nier.
- On a parlé à Elphias Doge, intervint Harry pour la défendre.
Abelforth eut un geste agacé comme s'il chassait des mouches.
- Ce viel imbécile...
Harry sentit que l'exaspération le gagnait. Il était partagé entre l'envie dévorante de savoir et celle de défendre le Dumbledore qu'il avait connu. Il avait choisi il y a longtemps de suivre la voie qu'il lui avait indiquée, sans poser de questions. Ce n'était pas maintenant que ses choix devaient être ébranlés.
- Les gens qu'aimaient mon frère se sont souvent retrouvés dans des situations similaires, bien pires que s'il les avait laissés tranquilles.
- Que voulez-vous dire par là ? demanda Hermione, sourcils froncés. Vous parlez de votre soeur ?
Pour la première fois depuis qu'ils étaient arrivés, Abelforth eut un geste qui montrait une quelconque émotion. Ses lèvres remuèrent et il s'efforça de regarder partout sauf en direction du tableau. Puis, comme s'il avait trop longtemps gardé tout ça pour lui, il parla. De son frère, si doué, de lui qui ne lui arrivait pas à la cheville. Il parla de son père, mort à Azkaban pour avoir défendu sa soeur, de cette soeur adorable mais dont la magie était trop puissante, trop instable. Des efforts de sa famille pour la protéger, de son attaque par trois mordus, de la mort de sa mère. Il parla des responsabilités qu'Albus avait voulu fuir, de sa rencontre avec Grindelwald, de lui qui savait que ça allait mal finir. Puis, de la dispute, des sortilèges, d'Ariana qui s'interpose, d'un sort qui part et la touche en plein coeur. De sa soeur qui s'effondre, du monde qui s'écroule, de Grindelwald qui disparaît et d'Albus qui enferme ça à tout jamais en lui.
Harry l'écouta sérieusement, puis répliqua que Dumbledore n'avait jamais été libre mais que ces images l'avaient torturé jusqu'à son dernier jour, dans cette caverne. Il avait l'impression à la fois d'être trahi et rassuré. Il parla de l'Ordre, de ce qu'il fallait faire. Il ne pouvait plus abandonner. Ron eut un petit sourire et Hermione sentait son courage revenir au fil des paroles de son meilleur ami.
- Nous devons entrer, répéta Harry. Avec ou sans vous. Mais si vous voulez nous aider, ce serait le moment de nous le faire savoir.
Abelforth s'immobilisa, ses yeux bleus identiques à ceux de son frère sur le visage d'Harry. Il chercha quoi faire, puis, s'éclaircit la gorge et se tourna vers sa soeur.
- Tu sais ce qu'il te reste à faire.
Ariana hocha la tête avec un petit sourire et tourna les talons, s'éloignant dans son cadre dans ce qui semblait être un grand tunnel.
- C'est un des passages secrets pour entrer à Poudlard, expliqua Abelforth pour répondre à leurs regards surpris. On ne peut plus entrer autrement, le château n'a jamais été aussi bien gardé. A l'intérieur il y a les Carrow, Rogue... je ne sais pas comment vous allez vous en sortir.
Il les regardait comme s'il cherchait encore à comprendre leur décision. Enfin, il soupira et agita la tête sans saisir.
Ariana revint, sa silhouette grandissant, accompagnée de quelqu'un qui trottinait derrière elle. Quand elle fut à sa place, le cadre pivota et s'ouvrit, cette fois-ci sur un vrai tunnel, sombre et large. Au bout du couloir, euphorique, le visage enflé, violacé, marqué de profondes blessures, Neville sautillait.
- Je savais que tu viendrais Harry ! Je le savais !
Il leur avait tout expliqué. L'enfer sur terre qu'était devenu Poudlard depuis que les Carrow y enseignaient - où plutôt y torturaient. Les actes de rébellion des anciens membres de l'AD, la disparition petit à petit, d'abord de Luna puis de Ginny, qui n'étaient jamais revenues des vacances. Puis, quand les Carrow eurent réellement projeté de s'en prendre à lui, Neville s'était réfugié dans la Salle sur Demande.
Les autres réfractaires au nouveau Poudlard beaucoup trop sombre s'étaient liés à lui, échappant aussi à la dictature en place. Abelforth leur avait fournis des vivres. Et le nid de révolutionnaires le plus coriace du château se trouvait sous le nez des Carrow sans qu'ils ne puissent l'écraser entre leurs paumes. Ils avaient retrouvé Cho Chang dont les yeux avaient perdus un certain éclat, Ernie Macmillan qui bomba le torse, Seamus dont le visage défiguré s'illumina. Tout ceux qui un jour avaient cru en eux.
Neville s'était empressé de prévenir Dean, Lee Jordan, Ginny et les jumeaux. Tous étaient arrivés en quelques instants, au grand désarroi de Harry qui voulait comme toujours agir seul. Hermione finit par le convaincre d'accepter leur aide. Ils trouvèrent au bout d'un petit moment que l'objet ayant appartenu à Serdaigle qui était un potentiel Horcruxe se trouvait être un diadème. Disparu depuis des siècles.
Après une proposition de Cho, un refus catégorique de Ginny et une proposition de Terry, il fut décidé que ce dernier conduirait Harry dans sa salle commune pour lui montrer un exemple de la tiare. A peine furent-ils partis que ce fut le branle-bas de combat.
Neville, qui manifestement dirigeait la pièce, donna des ordres, des conseils, chacun s'exécutait comme ayant répété mille fois leurs gestes.
- Les Mandragores ? demanda Michael Corner.
- Gardez-les, elles sont très offensives.
Il hocha la tête devant la réponse sûre de Neville et Cho vint l'aider à déplacer les plantes restantes. Poufsouffles, Serdaigles ou Gryffondor n'avaient plus d'importance et sous leurs yeux, le Poudlard dont Hermione avait toujours rêvé prenait forme dans ces circonstances extrêmes.
- Ils sont vraiment organisés, fit remarquer Ron d'un ton mi-absent mi-respectueux.
- Il faut les aider.
- Attends, l'arrêta-t-il alors qu'elle s'apprêtait à se joindre au tumulte, j'ai eu une idée.
Un sourcil levé, elle cessa tout mouvement et se tourna vers lui. Ron reprit son air sérieux et baissa le ton pour qu'elle seule puisse l'entendre :
- Hermione, nous aussi il faut qu'on sorte. On a toujours la coupe volée à Gringotts sur nous et elle n'est pas détruite.
- Comment veux-tu qu'on fasse ?
- Le Basilic, souffla Ron, manifestement fier de sa trouvaille. C'est le seul moyen d'anéantir les Horcruxes dans le château.
Hermione resta abasourdie une seconde, évaluant les possibilités qu'offrait cette suggestion.
- Tu as raison, se contenta-t-elle de souffler. Ron, le Basilic, tu as raison.
Il lui offrit un sourire rayonnant.
- Mais tu sais comment aller ? demanda Hermione qui fronçait à nouveau les sourcils.
S'ils y allaient, son seul guide devenait Ron. Lui seul y était déjà allé, elle était à l'infirmerie pendant ce temps-là.
- Oui, je me rappelle de ce qu'Harry avait dit. Viens, on y va, on récupère du venin de Basilic et on revient vers Harry. On a besoin d'un moyen de détruire l'Horcruxe qu'il trouvera.
Hermione sourit de façon non volontaire. Peut-être qu'ils allaient s'en sortir au final. Les cheveux désordonnés de Ron et son regard brillant lui donnèrent envie de le serrer contre elle. Simplement le remercier d'être là.
Mais elle n'en fit rien alors qu'il s'exclamait déjà :
- Viens, il faut aller aux toilettes du deuxième étage. Avec un peu de chance, Mimi n'y sera pas.
Elle acquiesça vivement et ils avisèrent une dernière fois la clameur qui s'élevait et le remu-menage qui animait la Salle sur Demande, avant de la quitter pour le froid inhospitalier des couloirs. Aussitôt, elle s'élança avec lui à travers le dédale de Poudlard. Tout était à la fois identique et lointain. Chaque pierre ressemblait à celles entre lesquelles ils avaient vécu pendant six ans, pourtant, un bruit sourd, lointain, faisait trembler ces murs, une onde de choc qui ravagerait bientôt tout. La guerre.
Alors qu'ils passaient devant le mur qui renfermait la Salle Commune des Serdaigles, Hermione aperçut des graffitis à la craie. Un seul la frappa, c'était le dessin bancale d'une fiole. Elle repensa à Luna, à Dolohov et à la potion de Trace tout à la fois et fut obligé de s'arrêter.
- Hermione, ça va ? s'inquièta Ron en revenant sur ses pas.
- Ça va. J'ai juste pensé à la potion, à Dolohov. Plus personne n'en a parlé. Il faut absolument la lui reprendre.
- Et le Basilic ?
Hermione se redressa. Elle avait pris sa décision. Elle était celle qui connaissait le mieux cette potion pour l'avoir réalisée. Elle ne savait en aucun cas comment Voldemort voulait s'en servir mais une chose était sûre, ça allait être désastreux pour l'Ordre.
- Écoute, il faudra absolument retrouver Dolohov de toute manière, c'est lui qui l'a.
- Qui te dit qu'il ne l'a pas ?
- Ça n'a pas de sens, rétorqua-t-elle en faisant tout à coup les cents pas, fébrile. La potion de Trace n'a d'effet que sur les ennemis donc lorsque les ennemis sont proches. J'imagine mal Voldemort au milieu du château, essayant de casser cette potion ou de nous la faire boire. Celui qui a la potion va entrer dans le château, donc c'est un des Mangemorts.
- Tu es sûre ? demanda Ron, inquiet.
- Non, absolument pas. Je compte simplement là-dessus. Voldemort s'acharne jusqu'à ce que ses Mangemorts aient réalisé leur tâche, il fera la même chose pour Dolohov, il lui confiera la fin de la mission.
Ron était maintenant ouvertement sceptique. Comme souvent, il n'avait pas l'air de savoir quoi faire de ses bras trop grands. Il avait vu des millions de fois cette lueur dans le regard d'Hermione, ce n'était pas pour autant qu'il l'appréciait plus.
- Qu'est-ce que tu veux faire ?
- Ecoute Ron, ton idée d'aller chercher une des dents du Basilic est brillante, vas-y, lui intima-t-elle très sérieusement. Il faut que j'ensorcelle le plus de pièce pour savoir où est Dolohov pour pouvoir le trouver.
- Et comment tu veux faire ça ?
- Les Mangemorts ne sont pas encore dans Poudlard. Je vais ensorceler la Grande Porte comme ça je serais prévenue de son arrivée, et puis ensuite, le plus de pièces possibles. Les plus grandes, les plus susceptibles d'accueillir des combats. Je dois être capable de le suivre.
Ron sembla finalement abdiquer dans un soupir. C'est comme s'il laissait à regret un objet très précieux sans surveillance. Hermione percevait à demi-mot ce qu'elle ne voulait pas savoir.
- On se retrouve avec Harry après, d'accord ? souffla-t-il.
Elle lui fit un petit sourire et hocha la tête. Puis, ils tournèrent chacun le dos à l'autre et détalèrent. Hermione eut l'impression que pendant qu'elle courait, son coeur battait seulement pour égrainer le temps qui passait. Pour lui rappeler que chaque seconde était comptée et qu'elle ne devait pas se tromper. Elle ne pouvait pas se tromper.
Elle retrouva Ron exactement dix minutes plus tard. Il avait un grand sourire et les bras débordants de crocs du Basilic. Hermione soupira de soulagement avant de lui emboiter le pas. Ils tournèrent deux fois avant de tomber sur Harry alors qu'Abelforth, Tonks et Ginny se battaient à quelques pas de là.
En vérité, Abelforth emmenait un groupe d'élèves hors du château tandis que les deux sorcières faisaient exploser les vitres de l'étage.
- Mais ou diable étiez-vous ? lança Harry, le visage débordant de reconnaissance en les croisant.
Ron s'empressa de lui raconter l'histoire des crochets de Basilic alors qu'Hermione soulignait régulièrement la pertinence de son idée. Tous trois étaient à la fois surexcités et terrifiés, transis d'espoir et morts de peur.
Harry remercia trois fois Ron, ayant cependant l'air de chercher avidement quelque chose. Sa concentration n'avait pas duré plus de quelques secondes. Il s'apprêtait à prendre la parole quand une voix le coupa dans son élan :
- Vous avez vu Remus ?
- Il se battait avec Dolohov, lança Abelforth.
- Ça ira Tonks, lança Ginny en lui serrant le bras. Je suis sûre qu'il va bien.
Mais pas rassurée le moins du monde, elle se précipita dans la poussière, Abelforth sur les talons. Désemparée, Ginny se tourna vers eux.
- Ça ira, promit Harry. Il faut qu'on y aille, mets-toi à l'abri, ça ira.
Hermione lança un dernier regard à Ginny et tous trois disparurent.
- Tu as trouvé où étais l'Horcruxe ? demande-t-elle.
- J'ai une petite idée, venez. Ils sont entrain d'évacuer les élèves et de préparer l'assaut du château. On a plus beaucoup de temps.
Ils avançaient rapidement et furent bientot devant la tapisserie de Barnabas le Follet, en face de la Salle sur Demande. Sans plus d'explication, le visage concentré, Harry passa trois fois devant le mur. La porte finit par se matérialiser de nouveau, ce qui signifiait qu'il avait obtenu ce qu'il voulait et qu'en plus, tous les élèves avaient été évacués, la salle était vide. Ils rentrèrent précipitamment tous les trois et tombèrent sur un tableau inattendu. Les cris de la bataille s'évanouirent quand la porte se referma et ils se retrouvèrent en face d'immenses colonnes d'objets qui couvraient l'intégralité de l'espace de la salle. Des objets déposés par les élèves du château depuis des années.
- Et il s'est imaginé que personne ne viendrait ? grimaça Ron.
- Oui. Dommage pour lui que j'en ai eu besoin pour cacher le livre de potion de Rogue...
Ils avancèrent prudemment, passant devant l'Armoire à Disparaître. Hermione sentit sa gorge se serrer et détourna le regard. Les tas formaient d'innombrables allées pareilles à un labyrinthe et Harry s'arrêta, ne sachant plus où aller.
- Accio diadème, essaya désespérément Hermione.
Comme elle s'y attendait, rien ne bougea. Ron soupira.
- Séparons-nous, proposa Harry. La dernière fois que je l'ai vu, c'était sur le buste en pierre d'un homme avec une perruque. La tiare était sur son front, il était sur un placard... je suis sûr que ce n'est pas loin d'ici.
Ils hochèrent la tête puis, brusquement, Hermione bifurqua à gauche et Ron à droite. Elle entendit Harry bouger à son tour dans son dos, puis les pas de Ron qui se faisait lointain. Ils n'avaient pas le temps, la salle était immense. Et si le diadème était au milieu d'une pile, même pas visible sans tout démanteler ?
Elle s'efforça de ne pas y penser et jeta frénétiquement des coups d'oeil à droite et à gauche. Le silence de la salle ne la rassurait pas comme elle l'aurait cru. Ils étaient coupés du monde extérieur et malgré son impression de faire la bonne chose, d'agir, elle enrageait.
Autour d'elle, des livres, des balais, des battes, la statue d'une sorcière nue, des fioles de potions, des chapeaux... aucune tiare. Soudain, un éclat attira son regard. Une cage d'oiseau minuscule était posée dans un équilibre précaire sur une armoire. Dedans, quelque chose de brillant. Elle s'arrêta et l'attrapa pour l'examiner de plus près.
Mais le silence fut alors brisé de la façon dont elle s'y attendait le moins.
- C'est ma baguette que tu as dans les mains, Potter, cingla une voix glaciale qu'elle reconnut instantanément.
Elle lâcha la cage à oiseau et se précipita entre les rayons, essayant de ne pas se prendre les pieds dans les différents objets qui recouvraient le sol.
- Ce n'est plus la tienne, entendit-elle Harry rétorquer. Le vainqueur devient possesseur, Malefoy. Qui t'en a prêté une ?
- Ma mère, répondit-il de mauvaise foi.
Elle les entendait mais ils semblaient aussi très lointain. Comme dans un labyrinthe, elle se heurtait tous les trois mètre à des montagnes d'objets perdus. Hermione recommençait alors sa course avec le cœur battant qui ne demandait qu'à sortir de sa poitrine.
Ils se haïssaient beaucoup trop pour rester parler calmement.
- Et pourquoi vous n'êtes pas avec Voldemort tous les trois ?
- On aura notre récompense.
Elle ne sut pas déterminer si la nouvelle voix était celle de Crabbe ou de Goyle. Drago n'était pas seul. Harry n'avait pas cru qu'il était venu de son plein gré au Square Grimmaurd, il n'hésiterait pas l'attaquer.
- Ah, vous vouliez m'attraper. Comment êtes-vous entrés ?
- On s'est caché dans le couloir. On sait fait des sortilèges de Désol... Désa... Dési-lusion, articula difficilement Goyle. Alors tu cherches un dieu-dame ?
- Harry ? coupa soudain la voix de Ron.
Hermione ne pouvait toujours pas les atteindre. Elle n'était plus très loin mais impossible d'arriver sans se faire repérer. Impossible de passer les obstacles créés par les objets perdus.
- Descendo ! hurla l'un des acolytes de Drago.
À quelques mètres d'elle, une pile d'objets entassés s'écroulait. Elle eut juste le temps d'entrapercevoir Ron submergés par le flot et de pousser un cri que, déjà, elle plaquait sa main sur sa bouche.
- Finite ! s'exclama Harry.
Enfin, elle put voir Crabbe et Drago de dos. Ce dernier attrapa le bras du premier qui s'apprêtait à nouveau à porter atteinte à Ron. Maintenant, il fallait réfléchir à comment elle allait agir.
- Non ! Si tout s'écroule, le diadème est perdu.
- Et alors ? lui lança Crabbe bêtement.
Drago n'oserait pas l'attaquer, non ? Mais Drago avait peur et elle le savait. Peut-être pour lui, surtout pour sa famille. Elle ne savait pas vraiment pourquoi il était là, toujours était-il qu'il n'avait pas encore attaqué. Il rechignait à leur faire du mal et elle savait très bien pourquoi.
- Si Potter veut ce diadème, expliqua Drago visiblement agacé, cela doit signifier...
- Quoi ? s'impatienta Crabbe férocement. Je m'en fiche. Je ne t'obéis plus, Drago. Toi et ton père vous êtes finis.
Il fallait qu'elle agisse parce que bien que très peu intelligents, Crabbe et Goyle restaient des obstacles. Et elle refusait de se confronter à Drago.
L'ouverture lui permettait d'observer Harry et les trois Serpentards mais pas de passer pour les rejoindre sans faire tomber la moitié d'une des piles. Elle serait immédiatement répérée.
Wingardium Leviosa. Le sortilège informulé mis en place, elle commença doucement à déplacer les objets obstruant le passage.
- Harry, s'écria Ron.
Hermione fut soulagée de l'entendre.
- Harry, imita Crabbe avant de hurler. Non, Potter ! Endoloris !
Elle vit Harry fondre sur le diadème en évitant le sortilège de Crabbe. Malheureusement, la tiare lui échappa et s'envola parmi la masse d'objets. Se mordant les joues face à cette perte, Hermione redoubla d'ardeur pour dégager son petit chemin.
Drago était toujours de dos, immobile, mais elle l'entendit distinctement ordonner :
- Stop ! Laisse-le vivant...
- Je ne l'ai pas tué ! s'insurgea Crabbe. Je sais que le Seigneur le veut vivant ! Et même, qu'est-ce que ça peut faire si il leur avant, hein ?
Drago n'esquissait pas le moindre geste mais Crabbe se tut.
Elle nota cependant que ce n'était pas ce qu'il avait dit. À aucun moment Drago n'avait mentionné Voldemort. Sur cette dernière pensée, elle se glissa entre deux montagnes d'objets et fendit l'air avec sa baguette, hurlant de toute ses forces le sortilège de Stupéfixion dans sa tête.
Juste à temps, Drago poussa Crabbe qu'elle visait et se retourna par la même occasion.
- Non, rugit-il en se redressant.
Un éclat passa dans ses pupilles quand il la reconnut. Eux-seuls pouvaient comprendre l'importance de ces mots.
- C'est la Sang-de-Bourbe ! Avada Kedavra ! glapit Crabbe.
Hermione se jeta sur le côté droit pour éviter la tentative de meurtre. Harry lança à son tour un sortilège à Crabbe qu'il évita en bousculant Drago qui lâcha sa baguette. La seconde suivante, Crabbe et Goyle était de nouveau sur pied, visant Harry.
Les pupilles anthracites de Drago transpercèrent Hermione.
- Ne le tuez pas ! Surtout ne le tuez pas ! ordonna-t-il.
L'autorité de sa voix fit hésiter une seconde ses subordonnés, ce qui suffit à Harry et elle.
- Expelliarmus !
Goyle perdit sa baguette alors que Crabbe évitait de justesse le deuxième sortilège de Stupéfixion d'Hermione, sans l'aide de Drago qui échappa rapidement à Ron.
- Avada Kedavra ! répondit Crabbe à ses attaques.
Hermione évita le sort d'un mouvement habile et réussit à stupéfixier Goyle pour rejoindre les garçons.
- Le diadème est là-bas ! indiqua Harry en lui désignant la pile d'objets derrière laquelle il avait disparu.
Derrière lui, elle ne vit qu'une seule lumière vacillante avant de hurler :
- Harry !
Le crépitement retentit fortement avec que d'immenses flammes ne jaillissent derrière les colonnes d'objets perdus.
- Vous aimez la chaleur ? demanda Crabbe qui revenait en courant, Ron sur les talons.
Mais il ne jubilait pas vraiment. Ce qu'il venait de créer était incontrôlable. Hermione reconnut immédiatement un Feudeymon, ces flammes étaient trop grandes, trop chaudes pour ne pas être ensorcelées. S'ils restaient, ils mouraient.
- Aguamenti ! essaya Harry.
L'eau s'évapora immédiatement et le poids sur la poitrine d'Hermione se renforça. Elle vit Drago attraper le corps de Goyle toujours stupéfié et partir à son tour.
- Cours ! lui lança Harry.
Elle ne réfléchit pas plus et s'élança sur ses talons. Derrière eux, le fracas de colonnes qui s'écrasaient résonnait et le bois craquait dans un bruit d'os. Ils rattrapèrent bientôt Ron mais Crabbe était toujours loin devant. D'un regard en arrière, elle s'aperçut que le feu prenait forme. Des animaux naissaient des flammes, des renards, des serpents, des dragons, qui se jetaient sur le moindre objet ayant échappé à l'incendie, avec une voracité et une rapidité terrifiantes.
Les Serpentards avaient disparus et elle courait toujours, ses cuisses la brûlaient presque. Les monstres bondissaient à présent autour d'eux sans avoir l'air rassasiés.
- Qu'est-ce qu'on peut faire ? hurla-t-elle pour être sûre de se faire entendre au milieu du vacarme.
Sa voix faiblissait déjà, elle sentait le poids lourd de la fumée commencer à obstruer sa cage thoracique.
- Là ! hurla Harry en désignant une tour.
Il attrapa deux balais et en lança un à Ron. Il l'enfourcha et se retourna vers elle qui arrivait en courant, main tendue. Elle la saisit et grimpa derrière lui, la seconde d'après, ils décollaient du sol. Elle avait oublié son vertige mais c'était terrifiant. Pas le vide, mais les flammes qui semblaient se refermer sur eux, ne leur laisser aucune chance. Ils flottaient au-dessus d'un brasier qui s'empressait de dévorer l'intégralité des secrets que cette salle avait toujours renfermés.
Sa main droite lui semblait brûlante, elle serrait Ron de la gauche, évitant de penser à son cœur qui battait à tout rompre. Elle pensa un instant à Drago, où était-il ? Il était fort, il s'en sortira.
Mais elle se glaça soudain. Il n'avait plus de baguette, il l'avait lâchée.
- Harry ! hurla-t-elle. Malefoy est toujours là-bas !
- Quoi ?
Elle s'accrocha un peu plus à Ron. Elle aurait voulu prendre la direction du balais et aller cherche le Serpentard mais la peur raidissait ses membres. Le sol était très loin, beaucoup trop loin, et elle détestait déjà ça.
- Malefoy ! Il faut aller le chercher !
Harry parut enfin comprendre et se retourna avant de faire volte face à toute vitesse.
- Il faut aller l'aider, intima-t-elle en tentant d'attraper le manche.
- Si on meurt à cause d'eux, je vous tue ! vociféra Ron en opérant un demi-tour.
Ils rattrapèrent Harry en un quart de seconde.
S'il mourait à cause d'elle, elle ne se le pardonnerait jamais. Il ne pouvait pas mourir, le monde sans lui n'existait pas. Le monde sans lui n'était pas le monde. Elle descendrait dans les flammes s'il fallait aller le chercher. Ça ferait toujours moins mal que de le perdre.
Elle eut soudain très froid, un froid intérieur qui jurait avec la chaleur des cendres qui se déposait sur sa peau roussie. Elle ne pouvait pas le perdre. C'est tout simplement impossible, rien que l'imaginer la terrifiait.
Harry s'arrêta brusquement et elle tourna la tête.
Drago était assis sur un bureau vacillant, au sommet d'une pile, le corps de Goyle figé dans ses bras. Elle n'eut pas besoin de voir ses yeux pour lire le désespoir.
Harry plongea et lui tendit la main. Drago hésita une fraction de seconde avant d'offrir la sienne. Mais ils étaient trop lourds, tous deux et il sentit le bras de Harry lui échapper.
Hermione sentait la suie se coller à ses joues, ses bras, la sueur glisser sur son cou. Elle s'accrochait à Ron à lui arracher le ventre mais ce n'était même pas pour elle qu'elle avait peur.
- Attrape Goyle, lui souffla-t-il en descendant en piqué.
Elle n'eut même pas peur, n'y pensa pas une seule seconde. Attrapant au vol le corps lourd de Goyle, elle réussit à le hisser difficilement entre eux deux.
Elle pensa avec amertume que c'était la main de Drago qu'elle aurait voulu attraper et se détesta presque immédiatement d'avoir eu cette pensée. Comme si à son contact elle devenait de plus en plus égoïste, comme si lui seul existait.
En ravalant cette pensée fugace, elle agrippa un peu plus fort le corps de Goyle et cria à Ron qu'ils pouvaient repartir et il s'éleva aussitôt. Du coup de l'œil, elle aperçut avec un soulagement immense Drago sur le balai de Harry. Il ne regardait même pas dans sa direction.
Ses mains étaient moites et la fumée obstruait ses poumons. La vitesse du balai ne l'aidait pas à respirer et elle s'accrochait à Goyle pour ne pas le laisser tomber. Elle ne voyait plus rien, la fumée lui brûlait les yeux et elle sentait que sa peau était presque roussie de par la chaleur. Sa tête tournait et pourtant, elle s'accrocha encore plus férocement à Goyle et à Ron.
Ça ne dura qu'un instant puis, brutalement, c'était comme s'ils heurtaient un mur de froid. La seconde d'après, ils s'écrasaient tous les trois sur le sol glacé des couloirs de Poudlard. Ils étaient dehors, ils s'en étaient sortis.
Sa main brûlante râpa le sol et elle se mordit les joues. Appuyant sur son autre bras, elle se releva difficilement. Goyle était assis le dos contre le mur, conscient ou non, elle n'en savait rien. Ron se redressait, la joue éraflée et les cheveux encore plus roussis. Harry avait ses lunettes de travers mais restait debout peut-être un peu vacillant. Elle évita délibéremment Drago.
- Cra... Crabbe, balbutia enfin Goyle, la tête baissée.
- Il est mort, répondit Ron d'un ton dur.
Il y eut un silence. Puis, brusquement, ils parurent prendre conscience que ce n'était pas fini, que ça ne faisait que commencer. Des détonations retentirent, ébranlèrent la château. Il y eut des cris et un hurlement. Mais en soit, on en distinguait pas grand chose. C'était surtout un amalgame de trop de bruits qu'ils ne comprenaient pas.
Elle tourna enfin le regard.
Mâchoire serrée, regard neutre, Drago fixait la porte de la Salle sur Demande comme si une réponse qu'il voulait tout particulièrement se trouvait à l'intérieur. Elle eut presque mal pour lui, bien que rien dans son attitude ne dévoile de la douleur ou un quelconque regret.
- Je ne l'ai pas eu, lança soudain Harry.
Elle sentait, sous le ton banal, l'angoisse de cet échec et s'empressa de le rassurer :
- C'était un Feudeymon - feu ensorcelé -, l'une des substances qui détruisent les Horcruxes. Mais je n'aurais jamais osé m'en servir, c'est tellement dangereux... Comment a-t-il...?
- Les Carrow, présuma Harry.
Ron répliqua quelque chose qu'elle n'entendit pas. Elle ne parvenait pas à décrocher son regard de Drago. Il lui semblait plus grand, plus fort, plus loin que jamais. Les garçons repartirent dans un conciliabule qu'elle n'écoutait plus. Doucement, elle frotta sa main contre sa joue et constata qu'elle était noire de suie. Elle passa ensuite la main dans ses cheveux pour évaluer les dégâts.
Goyle était toujours assis au milieu du couloir, le dos appuyé contre le mur, tous ses muscles tremblants. Lui ainsi que Drago ne pouvaient pas détacher leurs regards de la porte qui s'était refermée derrière eux. Ce dernier était debout, immobile à part sa mâchoire inférieur qui semblait vouloir elle aussi trembler mais qu'il réprimait en contractant sa mâchoire de toutes ses forces. Les jointures de sa main qui tenait la baguette de sa mère étaient blanches.
Hermione laissa retomber son bras et le mouvement eu l'air de l'arracher à son état absent. Il la dévisagea avec horreur. Mais rien n'était dirigé contre elle, c'était plutôt de savoir que Crabbe avait brulé vivant, consumé par son propre maléfice. Elle lui rendit son regard avec toute la force dont elle était capable sans un seul signe de faiblesse.
Drago eut l'air d'avoir honte et se redressa en se raclant la gorge, rompant le lien visuel. Elle n'avait pas voulu lui faire sentir que le rejet dans son regard était une faiblesse, seulement lui permettre de se reprendre.
Soudain, deux explosions retentirent dans le couloir voisin au leur. Harry et Ron se re dressèrent et avancèrent prudemment, baguette levées. Hermione tournait déjà les talons pour les rejoindre quand Drago l'attrapa par le bras.
- Attends, il y a quelque chose que je dois te dire.
-Qu'est-ce qu'il y a? demanda-t-elle en s'arrêtant.
Elle était sur la défensive et il la détestait comme ça. C'était les moments où elle était le plus apte à lui jeter ce regard qu'il avait en horreur. À lui de ne pas le mériter.
- Dolohov a la potion et je sais ce qu'il doit en faire. Il va la casser dans un des couloirs d'aération avant de jeter un sortilège de Dispersion. La potion fera effet pendant quelques secondes sur l'ensemble du château, tu sais qu'elle marche une fraction de temps si on l'inhale. C'est à deux heures précises.
- Il faut l'en empêcher.
Elle ne remarqua même pas que sa propre hypothèse était la bonne, trop inquiète de cette nouvelle menace. Elle n'avait plus qu'à espérer que ses sortilèges jetés plus tôt fonctionnent et que les sbires de Voldemort ne se soient pas préparés à une telle avance de la part de l'Ordre. S'ils s'étaient déjà immunisés contre les sortilèges de Traçage, elle allait avoir un mal fou à retrouver Dolohov.
- Je sais, on pourrait aller...
- Hermione ! appela Ron.
Drago ne cilla pas, ne bougea même pas, si bien qu'elle douta qu'il l'ai entendu. Cependant, il ne reprit pas sa phrase, sachant qu'elle connaissait déjà la fin. Ce que ce "on" sous-entendait, elle le savait.
Mais elle ne le choisit pas.
- Il sont besoin de moi, dit-elle en vitesse sans aucune hésitation. J'y vais, essaye de retrouver Dolohov, je m'en charge aussi de mon côté.
Sentant qu'elle allait se dérober, Drago renforça sa pression et se pencha légèrement vers elle.
- Il est dangereux, promets-moi de ne pas y aller toute seule. Essaye de me trouver avant. Préviens-moi si tu le trouves.
- J'essayerais.
Puis, d'un mouvement, elle le fit lâcher prise et partit en courant, sans un regard ou une parole de plus. Elle n'avait rien promit parce qu'elle n'était pas sûre de pouvoir tenir cette promesse. Elle ne manquait pas forcément de confiance en lui, elle voulait seulement le protéger de ses propres réactions.
Comment l'un réagissait-il quand l'autre était en danger ? Non seulement elle n'était pas sûre de vouloir savoir mais en plus, la dernière fois que ça avait eu lieu, il s'était rendu jusque dans leur quartier général pour la protéger.
Elle ne voulait pas être protégée, elle ne voulait pas le pousser à de tels dilemmes. Mais quelque part au fond d'elle une autre question flottait : avaient-ils réellement le choix ?
D'un air lointain, Drago la regarda disparaitre avant de plier puis déplier les doigts qui avaient retenus son bras, comme s'il avait des courbatures ou était resté trop longtemps dans le froid. Puis, il laissa sa main retomber et se tourna vers Crabbe.
Le visage luisant du sueur, il semblait ne pas pouvoir se relever du coup qui venait de lui être asséné. Drago pensa avec écœurement qu'à présent, il lui incombait de le faire se redresser.
Alors qu'il se dirigeait vers son camarade, il se dit qu'il était désormais pris au piège de quelque chose de bien plus grand que lui. En confiant ces informations sur Dolohov à Hermione, ce n'était plus seulement elle qu'il cherchait à protéger. Quelque part, il n'avait plus envie de tuer personne. Pas qu'il en eut très envie précédemment, mais à présent, il n'avait plus du tout de haine.
Il se fichait des Gryffondors, de l'Ordre, de ses soit-disants ennemis, seule une grande indifférence l'habitait mais plus cette envie de se venger qui l'avait longtemps rongé. Ça ne lui importait plus. La seule chose qu'il voulait, c'était la fin du massacre, des doubles jeux.
Les seuls qu'il haïssait encore étaient les trois Gryffondors qui venaient de partir. Parce que sa rivalité avec eux dépassait de loin l'affrontement originel de leurs deux maisons.
Alors qu'il relevait un Crabbe bredouillant, il espérait sincèrement échapper au point culminant de cette guerre qui maintenant était sous ses pieds, autour de lui, dehors, dedans ; partout.
Hermione courait à en perdre haleine. Elle n'arrivait pas à faire le tri dans ses souvenirs, c'était incroyablement dense et reptilien. Rien dans sa tête ne lui appartenait plus.
Elle se souvient comme des éclats furtifs de Percy et Fred dans le couloir, d'une explosion, d'essayer de défendre Lavande, de courir à la Cabane Hurlante, Hagrid qui hurle après les descendants d'Aragog, la lisière de la Forêt interdite, tout prêt du Saule Cogneur, les Détraqueurs de nouveau là, Ernie et Seamus, et leurs patronus.
Puis Harry qui disparaît tout seul dans le souterrain menant à Pré-au-Lard.
Aucun d'entre eux n'avaient pu le suivre, submergés par les Détraqueurs. Tous les quatre avaient donné le meilleur d'eux-même pour les repousser. Mais une fois cela fini, Ron et elle ne purent pas rejoindre Harry. Seamus fut assailli par une des Acromentules qui l'entraîna à toute vitesse près du château. Ils s'élancèrent aussitôt à sa poursuite.
Traîné sur plusieurs mètres, Seamus s'en sortir la peau du bras ouverte sur une mare de sang qu'Hermione avait eu du mal à guérir quand ils avaient réussi à repousser l'araignée, Ron plus acharné que les autres. La terre et de minuscules cailloux s'étaient incrustés dans la plaie de Seamus et elle avait dû veiller à tous les extirper pour permettre la cicatrisation.
À peine s'étaient-ils remit de cet épisode qu'une énorme pierre leur tombait dessus.
- Attention ! avait hurlé Ron en revenant se placer près du blessé, d'elle et de Dean qui s'inquiétait pour son meilleur ami.
Aussitôt, il avait lancé un charme du bouclier qui, associé à celui d'Hermione, fit rebondir la pierre au-dessus de leurs têtes. Un étage plus haut, penché à la fenêtre, le Mangemort responsable de l'attaque grimaçait.
Les yeux de Ron avaient vu passer une étincelle de rouge, de rage et de sang, et il marmonna quelque chose à propos de Fred avant de s'enfuir pour les marchés du château.
- Ron ! Attends, Ron !
Hermione s'était élancée sur ses pas, oubliant Seamus et son bras droit détruit, Dean qui essayait de contrôler l'incontrôlable. Cependant, une fois à son tour dans Poudlard où plutôt les pieds dans la bataille la plus déchirante du monde sorcier, elle dut se rendre à l'évidence qu'elle avait perdu Ron.
Elle s'était alors simplement jetée dans la mêlée, mettant son talent au service de sa cause, des autres. Elle évita un maléfice mortel à Cho et prit à la place de Michae Corner un Doloris. Elle s'en releva mâchoire serrée et réussit à se débarrasser rapidement de son adversaire. Rien ne pouvait lui faire physiquement plus de mal que la torture atroce de Bellatrix, gravée à même sa peau.
Elle courait à droite et à gauche, essoufflée, fatiguée, mais en tension perpétuelle. Le moindre nerf d'elle-même était tendu, près à se défendre.
- Je te retrouve enfin, cingla soudain une voix dans son dos.
Elle ne l'avait pas beaucoup entendue dans sa vie - très peu à vrai dire - mais elle la reconnue immédiatement. C'était de cette même voix, un long après-midi d'automne en haut d'une colline abandonnée de la prairie anglaise, qu'elle avait arraché un hurlement de douleur pur. Yaxley.
Hermione serra un peu plus sa baguette et fit volte face. Elle n'avait pas peur. Yaxley en lui-même ne lui avait jamais fait ressentir ça. Simplement, quand elle regardait l'état de son œil, elle n'arrivait pas à s'empêcher d'avoir honte d'elle-même. Mutiler un être humain, ça la plaçait où sur l'échelle de l'humanité ? C'était la même chose si c'était pour protéger sa vie ?
Au fond, elle savait bien que non mais c'était comme ça. La culpabilité ne la lâchait pas. Ce poids sur la conscience demeurait, insensible au temps.
- C'est un peu plus que ta jambe que je vais détruire cette fois, siffla le Mangemort en s'approchant dangereusement.
Même dans sa pupille vide, la folie brillait. On ne pouvait pas vraiment avoir pitié d'un être pareil, né pour la chaos et la destruction. Pour la mort et le goût amer du sang.
- Je suis prête, répondit simplement Hermione, qui se tenait droite devant lui.
Elle sentait chacun de ses muscles se tendre. Cette fois-ci, un des deux ne s'échapperait pas.
- J'espère bien, cracha Yaxley.
Il chancela un dernier pas, puis, sans prévenir, hurla un sort qu'Hermione ne comprit pas mais esquiva d'un geste. C'était son ultime avantage sur lui, sa magie noire et son expérience ; elle était calme et calculait toujours tout dans sa tête. Yaxley ne réagissait qu'à l'instinct, sur son dernier coup de folie, sans penser au suivant. Ça le rendait plus dangereux, moins prévisible, mais aussi beaucoup moins minutieux.
Elle fit un pas en arrière et créa une bulle de protection d'un mouvement. Yaxley se jeta sur son côté droit, donnant un violent coup d'épaule à l'un des combattants et lança férocement trois sorts à la suite. Les deux premiers ricochèrent sur le bouclier, Hermione dû parer le troisième en annulant son sort de protection.
Ils en revinrent alors à se regarder en chien de faïence, Yaxley essoufflé qui respirait dans un bruit infâme.
- Allez, arrête de te battre, je vais gagner dans tous les cas, minauda-t-il d'une voix affreuse.
- Je ne me rendrais jamais, répondit-elle avec toute sa détermination. Personne ici ne se rendra, vous avez beau y mettre toute votre conviction, ça ne marchera pas.
Plus elle était calme, plus elle voyait les muscles du visage de son adversaire se tendre.
- C'est ce qu'on verra, rugit-il avant de se jeter sur elle.
Hermione fut obligée de reculer de deux pas pour parer à ses sorts et buta contre quelque chose à terre qui lui fit perdre son équilibre. Elle se força à ne pas regarder le sol alors qu'elle se stabilisait mais c'était trop tard. Elle s'était pris les pieds dans un corps qui gisait au sol. Un cadavre.
Retenant l'horreur que lui inspirait cette vision, elle hurla :
- Accio pierre !
Instantanément, les débris de Poudlard derrière Yaxley furent attirés à elle. Il évita la plus part mais l'une d'elle, dans sa course vers Hermione, lui fracassa le mollet dans un bruit sourd. Yaxley hurla de douleur avant de la regarder de nouveau. Plus que la folie, il y avait la vengeance et le goût du sang qui se battaient en lui.
- Ça, tu va me le payer. Sectusempra !
Au milieu des pierres attirées par le sort d'attraction, Hermione évita de justesse que le sort n'atteigne sa poitrine mais il écorcha son bras gauche. Elle sentit aussitôt le liquide poisseux du sang s'évader de son corps et glisser le long de son bras. Elle serra les dents, l'entaille était profonde et bouger le bras lui demandait un certain effort. Mais toujours moins que Yaxley avec sa jambe fracassée qui n'avait pas bougé depuis tout à l'heure.
- Reducto ! renchérit-elle en visant le sol sous les pieds de son adversaire.
Ils étaient au deuxième étage et dans un périmètre d'un mètre au tour de lui, le sol s'évanouit. Yaxley sauta juste à temps avant de glapir :
- Endoloris ! Endoloris !
Hermione para les deux sorts tout en avançant. Autour d'eux, les autres combats faisait rage mais elle ne voyait que de lointains éclairs verts et rouges qui s'écrasaient contre les murs. L'un ébranla violemment le plafond qui tint cependant.
Yaxley lança un sortilège d'attraction et Hermione renchérit avec un Expelliarmus. Il crut un instant qu'elle l'avait raté tant le sortilège était lancé bas mais il sut instantanément qu'elle avait réussi quand il sentit la brûlure sur sa jambe écrasée. Le sortilège de répulsion cette fois-ci refit craquer son os et Yaxley s'effondra sous la douleur.
- Incarcerem ! Silencio !
Il n'eut pas le temps de réagir qu'il sentait déjà les lien autour de ses poignets et que sa bouche refusait de s'ouvrir. Il la fusillait toujours du regard mais sa plus grand rage venait du fait qu'elle n'avait pas peur. Cette née-moldu de malheur n'avait pas peur de lui.
- Accio baguette.
Hermione n'eut plus qu'à tendre la main pour récupérer le dernier objet qui pouvait encore permettre à Yaxley de se sortir de là.
- Je ne peux pas me permettre de te laisser t'échapper, lança-t-elle alors qu'elle s'approchait de nouveau.
Elle avait presque un air menaçant. En vérité elle était dégoûtée de voir dans ce visage toute la haine contenue dans ce corps. Elle était révoltée contre ces Mangemorts qui négligeait la vie sous la plupart de ses formes.
- Evanesco, souffla-t-elle sans hésitation.
La peur eut à peine le temps de se refléter dans les iris de Yaxley qu'il disparaissait déjà. C'est au moment où elle ne le vit plus que le son parut revenir. Les cris, les sortilèges, le bruit sourd d'une chute, un hurlement de terreur, tous ces sons emmêlés les uns aux autres venaient à nouveau taper. Puis, une onde invisible se répandit sur son poignet, hérissant sa peau. C'était le signal, Dolohov était proche.
- Ferula, souffla Hermione en dirigeant sa baguette vers son bras blessé.
Elle sentit le bandage s'enrouler autour de sa peau et se tacher immédiatement de rouge. Elle allait devoir faire avec.
La plaie à peine couverte, elle se remit à courir sans s'occuper plus de son état physique, pleine de suie, de poussière, de sueur, peut-être de sang, ses blessures se rouvraient, mais plus rien n'importait. Les ondes sur son poignet - qui agitaient sa peau comme de la même manière qu'une goutte troublait l'eau - devaient être de plus en plus fréquentes si elle se rapprochait de sa cible.
Elle choisit soigneusement chaque croisement, sentant son cœur battre plus fort à chaque accélération de la cadence sur son poignet. Alors qu'elle allait se jeter dans la prochaine salle, baguette levée, elle aperçut du coin de l'œil Drago qui courait en sens inverse. La promesse qu'il lui avait faite lui revint brutalement en tête mais elle refusa de l'écouter.
Elle s'arrêta seulement un instant pour le regarder s'éloigner à grand pas, visiblement nerveux.
Il pouvait dire ce qu'il voulait, elle le mettait en danger en l'appelant. Pas par sa participation au combat avec Dolohov, il était déjà en danger où que ce soit dans toute l'Angleterre. Non, c'était par sa présence qu'elle le menaçait. Il voulait lui prouver qu'il était meilleur que ce qu'elle pensait, ce qu'elle savait déjà. Il voulait la protéger parce qu'il le respectait, peut-être parce qu'il tenait à elle et que Drago Malefoy aimait peu et était incroyablement possessif. Ce ne serait pas elle qui le pousserait dans ses derniers retranchements.
Elle le voulait à ses côtés autant qu'on peut désirer la présence de quelqu'un mais jamais, simplement pour se rassurer, elle ne sacrifierait sa sécurité. Résignée à le laisser s'en aller, elle ne sentait même plus la cadence sur son poignet.
C'est alors qu'une chose étrange se passa. Alors qu'ils allait disparaître au coin de l'angle, Drago se figea, puis se retourna, rencontrant instantanément des yeux. Il ne réfléchit pas plus et courut vers elle. Tandis qu'elle tentait toujours de comprendre ce qu'il venait de se passer.
- Je t'ai cherchée partout.
- Comment tu m'as trouvée ? Comment t'as su que j'étais là ?
- Je sais pas, répondit-il en agitant la tête dans tous les sens, un peu dépassé par la situation. Tu l'as trouvé ?
Elle hocha la tête et lui montra son poignet. Drago se reprit alors, eu l'air moins paniqué et passa une main dans ses cheveux désordonné. Elle-même se sentait plus calme.
- On y va ? finit-il par lancer.
- Oui.
Ils n'eurent qu'à tourner à deux intersections et arrivèrent dans une pièce qui autrefois avait des murs mais qui maintenant s'étendait sur plusieurs autres, comme si toute cloison entre les différentes pièces s'était envolé. Comme dans le reste du château, ça sentait le sang, les coups, le désespoir c'est la cruauté. Les clairs les frôlaient à toute vitesse.
Dolohov était au centre de la pièce et s'amusait beaucoup. Il faisait de grands gestes théâtrales et envoya valser encore une personne avant de tomber sur eux. Il ne mit pas très longtemps, en les voyant tous deux côte à côte, à comprendre qu'ils ne venaient que pour lui et ce qu'il avait sur lui. Son sourire carnassier s'agrandit magistralement.
- Malefoy... tu retournes encore une fois ta cape ? Que de loyauté...
- Tais-toi, grinça-t-il brusquement.
L'orgueil des Malefoy était peint sur son visage. Tous deux s'étaient arrêté au milieu de la salle, baguette levée, et Dolohov se rapprochait nonchalamment.
- Ah, oui. J'avais oublié que la politesse était une qualité première de ta famille. J'y penserais la prochaine fois.
- Il n'y aura pas de prochaine fois, cingla Drago de sa voix glaciale. Tu sais ce que l'ok eut et crois-moi, on va l'obtenir.
- Tu t'allies aux Sang-de-Bourbe, maintenant ? Vous êtes tombé bien bas, vous autres.
Il y avait beaucoup de rancoeur dans leurs voix à tous les deux et Hermione ne savait pas d'où elle venait. Elle se contenta d'épier le moindre mouvement de leur adversaire, toujours sur le qui vive, à côté de Drago.
- Ne t'en fais pas, je connais quelques sortilèges pour que tu te retrouve encore plus bas.
Dolohov éclata d'un rire terrible qui n'avait rien d'un rire. C'était le même son que deux blocs de glace frottés entre eux, un crissement très désagréable.
- Tu ne devrais pas rire, souffla Drago avec arrogance.
- Je ne ferais pas cette erreur. Je t'ai vu torturer Rowle, je sais ce dont tu es capable. Je ne te sous-estime pas, essaye de faire la même chose avec moi.
- J'y penserais. Confringo !cria Drago.
Dolohov partit surpris mais évita très bien l'attaque avant de renvoyer un éclair rouge. Drago poussa Hermione et tous deux l'évitèrent de justesse. La seconde qui suivait, elle lançait à son tour deux sortilèges informulés qui ne déstabilisèrent pourtant pas le Mangemort.
- Deprimo.
Dolohov prononçait ses maléfices d'un ton très posé et concentré qui donnait l'impression que c'était eux qui perdaient la situation. Hermione repoussa l'attaque et aussitôt, il se mit à courir sur eux sans raison. Mais à l'instant où Drago allait l'attaquer, sûr de ne plus pouvoir le rater, il disparut.
Hermione comprit instantanément et se retourna brutalement. Transplaner en bougeant était un exercice extrêmement difficile, elle réalisait enfin pourquoi Drago l'avait tant mise en garde. Elle n'eut cependant pas le temps d'éviter le maléfice de désarmement qui la heurta en plein ventre.
La lumière lui coupa le souffle comme si elle venait de recevoir un coup de poings. Elle vola plusieurs mètres en arrière, lâchant sa baguette qui atterrit derrière Dolohov. Hermione atterrit par terre sur son bras endolori, dans un cri. À peine dit-elle prit conscience de sa situation releva en chancelant. Son coude droit la faisait horriblement souffrir et elle sentait sa joue râpée hurler à l'air libre.
Drago et Dolohov avaient repris un combat acharné qui, cette fois, elle pouvait le sentir, n'était fait que de magie noire. Elle s'approchait en ignorant un mal de tête aussi soudain que fulgurant quand Drago fut touché et vola à son tour, retombant dans un bruit sourd quelques mètres devant elle.
A l'instant où l'éclair vert avait touché les jambes du Serpentard, elle avait comprit c'était un maléfice de Jambencoton. Elle avait compris aussi que Dolohov était dix fois plus dangereux et malin que Yaxley. Il allait utiliser tous les sorts qu'il connaissait et ne pas se limiter aux Impardonnables.
Se rapprochant à grands pas, le Mangemort leva sa baguette, prêt à en découdre avec le gamin au regard trop arrogant.
Aussitôt, Hermione s'élança et se dressa devant le corps de Drago, bras grands ouverts, essayant à tout prix de le protéger de son corps. Mais le maléfice de Dolohov ne l'atteignit jamais, à la place, il rebondit sur un dome élastique qui venait de se former devant elle. Elle se retourna brusquement et aperçut Drago, toujours à terre, qui s'était tourné face à elle, le bras tendu, maintenant son sortilège de protection.
- Je vais bientôt l'annuler, dit-il précipitamment, le visage concentré. Je vais à droite, toi à gauche.
Il n'attendit pas de réponse et annula son sortilège d'un coup de poignet. D'un bond, Hermione se déplaça à gauche tandis qu'il roula à gauche et que les maléfices lacés par Dolohov s'écrasaient à l'endroit où ils s'étaient tenus une seconde plus tôt. Le sol de pierre explosa dans un nuage de poussière sous les lumières vertes et Drago profita de la confusion pour sauter à nouveau sur ses pieds.
- Accio baguette Granger, souffla-t-il.
La poussière retombait difficilement quand la baguette fila à toute vitesse vers lui et qu'il l'attrapa au vol. Il tourna alors la tête pour trouver sa propriétaire, espérant que Dolohov se trouvait toujours quelque part face à lui.
Hermione jaillit presque à côté de lui et il lui fourra immédiatement sa baguette dans les mains avant de se redresser en position d' lumières vertes filèrent vers eux et Hermione les renvoya d'un coup de baguette. Le nuage était moins épais mais persistait. Il sentit le dos d'Hermione contre le sien, elle aussi aux aguets. D'où est-ce que Dolohov allait surgir et pourquoi diable cette poussière ne se dissipait-elle pas ?
- C'est un maléfice de Nebulus, réalisa soudain Hermione. Confringo !
Le sortilège d'explosion eut l'effet escompté et l'horizon s'éclaircit. Mais ils n'eurent pas le temps d'estimer où se trouvait Dolohov que déjà le Mangemort hurlait :
- Brachialigo !
- Emancipare ! renchérit Hermione pour contrer le maléfice. Stupéfix !
- Endoloris ! Endoloris !
Le sourire de Dolohov s'agrandissait de plus en plus. Il ne restait pas statique, leur tournant autour, comme un aigle attendant le bon moment pour fondre sur sa proie. Il lança un énième maléfice qui força Drago à pousser Hermione. Encore une fois, le sol explosa à sa place. Seulement, cette fois-ci, un lourd morceau d'une des pierres la frappa en plein ventre. Si fort qu'elle en eut le souffle coupé, pliée en deux.
Dolohov tenta de l'attaquer à cette instant mais Drago se mit à hurler tous les sortilèges qu'il ait jamais appris, forçant le Mangemort à se défendre sans lui laisser le moindre instant pour l'attaquer. Quand elle respira à nouveau assez correctement pour se redresser et marcher, Hermione lui prêta renfort. Dolohov se trouvait maintenant entre eux deux et il comprit rapidement que c'était là leur point faible.
Tous trois se trouvaient sur la même ligne, si bien que si Dolohov esquivait un sort de Drago, il se dirigeait droit vers Hermione et inversement. Chacun mesurant à présent l'ampleur de ses sortilèges ainsi que leur porté et la retenue dont ils faisaient preuve devenait un talon d'Achille dont Dolohov profitait avec un sourire grandissait, se contentant de figures pour esquiver les maléfices.
- Repulso, finit par murmurer Hermione pour mettre fin à ce manège.
Dolohov ne sut pas repousser le maléfice qu'elle avait parfaitement visé et il vola jusqu'à l'un des murs. Drago enjamba la distance entre Hermione et lui en un rien de temps et tous deux se concentrèrent sur la silhouette de leur ennemi qui allait bientôt réapparaître de derrière l'amoncellement de pierre qui avait résulté de sa chute.
- J'ai remarqué quelque chose, expliqua Hermione à toute vitesse, baguette levée, frôlant Drago. Il faut que tu prennes un de ses sorts et que tu tombe à terre parce qu'il ne fait presque plus attention à nous quand on est au sol.
- Typique d'eux, rétorqua-t-il.
Elle leva un regard interrogatif vers lui mais il ne la fixait résolument le mur sur lequel Dolohov s'était écrasé. Ses cheveux était dans un désordre parfait, foncés par la poussière des batailles, certaines mèches retombaient sur son front. Ses phalanges étaient ornées d'égratignures, abimées, sa main droite saignant même. Pourtant, il conservait son air aristocrate, dans chacun de ses gestes.
- Comment ça typique d'eux ?
- Les Mangemorts ont tendance à penser que ceux qui tombent sont faibles et ne sont donc plus une menace, seulement, ils n'ont pas souvent affaire à des adversaires tels que toi.
Plus que le compliment caché, ce qui lui mit du baume au coeur c'est qu'enfin, enfin , il se différenciait des Mangemorts. Hermione se redressa, se sentit un peu plus forte et se concentra un peu mieux.
Dolohov réapparut donc un tonnerre d'explosion. Sa cape était déchirée, sa jambe gauche ouverte où le sang coulait jusqu'à son pied. La fureur déformait ses traits. Il n'avait plus l'air de jouer au chat et à la souris avec un sourire moqueur. Il sentait la vengeance, la destruction, la haine.
- Donc, reprit Hermione, tu tombes à terre et au moment où je te fais signe, tu te relèves et tu l'attaques en même temps que moi. Compris ?
Drago ne répondit jamais parce que Dolohov était déjà sur eux, à renfort de grands mouvements de baguette, il tentait de les décimer. Aussitôt, ils ripostèrent.
En même temps qu'il sautait de tous les côtés et laçait tous les sorts lui passant par la tête, surtout les plus terribles, Drago se demanda si son idée était bonne. Prendre un sort de quelqu'un tel que Dolohov, c'était presque du suicide. Il n'avait ni le courage ni le recul nécessaire.
Mais elle ? Forcément, elle avait tout ça. Elle lui avait prouvé un million de fois qu'elle était brillante, intuitive et émérite.
Est-ce qu'il avait confiance en elle ?
Un jour, elle lui avait expliqué que plus que la voir, on pouvait sentir la magie. A la fois sa provenance et sa nature. S'il se concentrait, saurait-il si le prochain sort de Dolohov allait le réduire à l'était d'éclats ou seulement le mettre à terre ?
Il se posa encore une fois la question alors que les assauts de leur ennemi les forçaient de plus en plus à reculer vers une des seules fenêtres qui n'ait pas volé en morceaux. Un regard vers elle et puis, la gorge noué, la mâchoire serrée, il ferma les yeux et laissa le sort suivant l'atteindre.
Ça brûla. Plus exactement, la douleur fut égale à un milliers de mégots appuyés sur sa peau et il dut faire preuve d'une immense maîtrise de soi pour tomber dans un bruit sourd sans aucun hurlement. Il se mordit la lèvre quand son dos rebondit sur le sol froid.
Comme prévu, Dolohov se détourna de lui mais redoubla l'ardeur de ses attaques comme si Hermione en avait toujours été la véritable destinataire. Difficilement, Drago se tourna pour se retrouver sur le ventre et voir la scène.
Les cheveux au vent, le visage noir de poussière et colère, Hermione attaquait et se défendait avec brio. Elle lui jeta un premier regard et il s'efforça de paraitre en bon état. Le simple fait de lui faire un signe de tête lui donna envie de crier.
A présent, il avait l'impression que chaque cellule de son corps prenait feu. Mais étonnement, maintenant qu'il l'avait dans son champ de vision, ça devenait plus supportable.
La deuxième fois qu'elle le regarda, il sut. Drago sauta sur son pied et visa Dolohov en concentrant sa haine, sa colère, son appréhension, son incompréhension et son immense sentiment d'injustice sur lui.
Une seconde, une immonde seconde, il aurait voulu lancer un Doloris.
- Petrificus Totalus !
Hermione eut le temps de voir le visage défait de Dolohov avant que celui-ci ne s'écroule à ses pieds, le corps raide. Derrière s'éleva Drago, écumant, le visage rougi de minuscules plaies enflammées qui se poursuivaient dans son cou, sur ses bras, semblant rougir avec le temps. Mais ce n'était pas la douleur qui l'habitait, c'était quelque chose de beaucoup plus fort.
Sans un seul regard pour elle, il s'avança encore un peu plus, d'un pas ferme. Il fixai le corps de Dolohov avec ce mélange infâme de mépris et d'animosité qui lui avait si souvent était adressé, même si ça n'y ressemblait pas exactement. C'était comme s'il écumait tous ces choix qu'il avait eut à faire qui n'avait jamais été des choix, toute son enfance qu'on lui avait violemment arrachée. Toutes cette injustice de ne pas être né du bon côté.
- Malefoy, c'est bon, murmura-t-elle pour le calmer.
Il releva son regard d'aversion sur elle. Instantanément, ses pupilles paraissèrent s'adoucir. La raison revenait peu à peu, ses geste se faisait moins enragé, ses yeux moins vitreux.
Elle voulut dire quelque chose mais il y coupa court et détournant brusquement le regard pour revenir au corps immobile de Dolohov.
- Avada Kedavra.
Et Drago s'écroula.
Hermione se jeta à terre à côté de lui, tombant à genoux. Elle tira sur son corps pour l'allonger sur le dos, déposant sa tête sur ses genoux. Il n'était pas très difficile de comprendre pourquoi il s'était effondré. Les plaies rougeoyantes brûlaient peu à peu toute la surface son épiderme, des milliers de point de feu sur sa peau.
- Tu m'entends ? s'alarma Hermione en lui tapotant les joues.
Drago lui attrapa le poignet, le serrant étonnement fort pour sa condition. Il essaya de lui dire quelque chose mais les mots semblaient s'évanouir au bord de ses lèvres. Inquiète, Hermione se pencha, presque jusqu'à ce que son oreille touche sa bouche.
- La... la... potion, articula difficilement Drago.
Il lui lacérait toujours le poignet, essayant de lui faire comprendre qu'il fallait qu'elle agisse maintenant. Aussitôt, elle fit un mouvement de la main et le sortilège d'attraction amena la petite fiole de potion de Trace dans sa main. Elle la posa précipitamment par terre et pointe sa baguette dessus en récitant :
- Reducto.
Le verre se brisa immédiatement et la potion bleue se répandit sur les pierres du sol, s'écoulant entre elles, disparaissant petit à petit. Comme s'il n'avait attendu que ça, Drago lâcha son poignet, n'ayant plus de force. Elle recommença immédiatement à lui saisir la main.
- Drago ? Tu m'entends ?
Qu'est-ce que ça pouvait bien faire présent, que ce soit son nom de famille ou son prénom ?
Il émit un gémissement et remua légèrement la tête. Elle ne put s'empêcher de penser qu'il était dans le même état que lorsqu'Harry lorsqu'il lui avait jeté un Sectusempra. Elle refoula l'affolement qui se bousculait dans sa gorge et se pencha vers lui :
- Vulnera Sanentur, Vulnera Sanentur, Vulnera Sanentur, répéta-t-elle en imitant la litanie de Rogue un an plus tôt.
Petit à petit, la peau rougie redevint blanche et plus froide, comme si les mégots cessaient d'être appliqués avec force. La respiration de Drago était moins hachée, ses traits se détendaient. Enfin, il ouvrit les yeux. Soulagée, Hermione lui offrit un grand sourire, sans même y réfléchir. Rien ne lui paraissait plus normal que de l'avoir avec elle.
Comme si elle avait finalement essayé une drogue dont elle ne pouvait plus se passer. Se priver de Drago revenait à hurler un manque horrible qui tapait chaque paroi d'elle-même.
Mais le sortilège impardonnable qu'il venait de lancer lui revint brutalement à la mémoire et elle se renfrogna. Lui, ferma les yeux, s'attendant à la tempête.
- Pourquoi t'as fait ça ? T'avais pas à le tuer, il devait passer devant un tribunal pour répondre de ses crimes.
- J'en étais sûr, râla-t-il en rouvrant les yeux et se redressant. A ton avis, il se serait passé quoi si on l'avait laissé en vie ? Je vais te dire moi, ça aurait été moi contre lui. Qu'est-ce qu'il aurait dit à mes parents ? A mon camp ?
C'est à ce moment précis qu'Hermione prit conscience de l'ampleur du dilemme qui se jouait en lui à l'instant même. L'était intérieur de Drago ne devait ressembler à rien sinon à Poudlard en ce moment même : un champ de bataille.
Elle avait pensé qu'il se différenciait des Mangemorts, c'était faux. Il cherchait désespérément à se défaire de l'emprise cruelle et implacable de son camp sur lui tout en se demandant en permanence s'il ne faisait pas une erreur.
Il l'avait choisie elle mais il n'avait jamais choisi l'Ordre. Il n'avait rien choisi du tout, leur espèce d'amitié l'avait poussée à ne pas la laisser mourir, sa propre conscience avait fait un choix à sa place. Il restait le Garçon sans Choix qui se débattait contre lui -même. Peut-être que même à lui-même il ne pouvait pas faire confiance.
Drago n'appartenait à aucun camp, aucune idée, à rien ni personne si ce n'était sa propre sécurité et celles des personnes qu'il aimait. Il se fichait au fond de qui gagnait et qui perdait tant qu'il arrivait à maintenir en vie le peu qui comptait.
Cette perspective plutôt que de calmer Hermione l'agaça encore plus. On était obligé de se battre au bout d'un moment. Il n'échapperait pas toujours à toutes ses obligations. Elle se rendait compte d'à quel point la lâcheté lui était insupportable.
- Il y a d'autre moyens d'agir, vociféra-t-elle. On ne fait pas sa propre loi, on fait passer les gens devant des tribunaux. Tu ne peux pas lancer des sortilèges impardonnables comme ça !
- Et les autres ? Tu ne vas pas me dire qu'aucun membre de l'Ordre n'a jamais lancé ce sortilège ?
- C'est en dernier recours ! se défendit-elle. Là, il était sans défense, face contre terre.
- Tu crois qui si tu avais été dans le même état il aurait hésité ?
- Mais on ne vaut pas mieux qu'eux si on agit pareil !
Les yeux d'Hermione semblaient hésiter entre la cassure et la colère. Ceux de Drago se durcissaient au fil des mots comme s'il se heurtait à un mur.
- Pourquoi c'est toujours différent pour moi ? Tu ne dis rien à tous les membres de l'Ordre mais crois-moi quand cette bataille sera finie, il y aura eu des serviteurs des Ténèbres morts.
- Ça n'a rien à voir, c'est totalement différent. Les autres... enfin, les autres...
- Ils n'ont pas de marque, n'est-ce pas ? termina-t-il acerbe. Ils n'ont pas un jour juré allégeance aux ténèbres, ils n'ont pas tenté la magie noire. Parce que c'est ça, non ? Allez, dis-le Granger puisque tu le penses.
Hermione serra les poings mais ne répondit pas. Elle finit même par détourner le regard. Comment pouvait-elle le détromper alors que c'était précisément ce qu'elle pensait ?
Drago émit un petit rire ironique et se redressa.
- Viens, ordonna-t-il un peu durement. On va pas rester ici.
Elle ne répondit toujours pas et se redressa. Quand elle chercha ses yeux de cendre, elle s'aperçut qu'il l'évitait. Généralement, c'était quand elle le blessait suffisamment. Hermione se sentit immensément déçue et quelque chose en elle tomba, très bas, sans qu'elle sache exactement quoi.
- Tu veux faire quoi maintenant ? demanda-t-il.
- Me battre.
- Je ne sais même pas pourquoi je demande.
C'était ce genre de phrase qu'il alimentait généralement d'un sourire narquois. Là, il avait juste l'air lasse.
- Et toi quoi ? Tu vas t'enfuir ?
- Arrête.
Elle le fusilla du regard mais cependant se tut. Il s'apprêtait à son tour à dire quelque chose quand il parut voir quelque chose derrière elle et la saisit par le poignet, se mettant tout coup à courir en sens inverse.
- Cours, très vite.
Elle n'écoute que son cœur et le suivit instantanément. Drago ne la laissa pas se dégager cette fois-ci et elle dut avouer qu'il la tirait en parti. Ils couraient à perdre haleine et elle entendait distinctement un bruissement derrière elle, elle en conclut qu'on les poursuivait.
Il ne servait à rien qu'elle pose des questions, il ne l'entendrait pas et surtout ne répondrait pas. Pourtant, une seule lui brûlait la langue « Qui est-ce ? ». Elle ne se retourna pas non plus par peur de tomber mais sentit très clairement un souffle chaud dans sa nuque qui la fit redoubler d'allure. Enfin, alors qu'il l'entraînait dans les marches d'escalier, Drago s'arrête brusquement et se retourna, hurlant :
- Expulso ! Protego totalum !
Une bulle de magie se forma aussitôt autour d'eux. Elle eut le temps de voir une énorme serpent de feu. C'était comme si quelqu'un avait collé des millions de braises rougeoyantes de façon à créer ce géant qui menaçait de les dévorer. L'éclair de Drago l'atteignit en plein dans la gueule et il explosa en millions de petits flammes que le Charme du Bouclier leur évitèrent.
Le cœur tambourinait à se rompre contre sa poitrine, Hermione regarda les braises retomber comme un feu d'artifice.
- Pourquoi tu n'as pas fait ça avant ?
- Je viens de m'en rappeler, de justifia-t-il, à bout de souffle lui aussi.
- Pourquoi tu ne m'a pas dis ce que c'était ?
- Parce que, répliqua-t-il en se redressant alors qu'ils tentaient toujours tous deux de respirer correctement, j'ai vraiment cru qu'il allait t'avaler. Il s'est formé d'un cou et si je ne t'avais pas tiré, la gueule se serait refermée sur toi. Ça ça s'est passé en quelques secondes seulement.
Il avait au peur, aussi peur qu'elle quelques heures plus tôt dans la Salle sur Demande. Cette partie du château était plus silencieuse, à vrai-dire, ici, tout était presque intact et surtout désert. Ils prirent brutalement conscience du silence qui régnait, sans savoir si ventait plus effrayant ou non.
Elle voulut lui répondre mais il parut se rappeler de quelque chose et coupa brusquement à toute tentative :
- Viens.
Il sauta par dessus un corps en travers des marches et reprit sa course, Hermione sur les talons. Elle le regarda recommencer à courir sans comprendre pourquoi.
- Où est-ce que tu vas ?
- Il faut que je retrouve ma mère ! cria-t-il en continuant à dévaler les escaliers. N'importe où du moment que je la trouve.
Elle commençait à perdre du terrain sur lui. Chacun courait d'un côté de l'escalier, accroché à la rambarde, à l'opposé parfait de l'autre. Elle lui avait vu plusieurs fois ce regard déterminé et il n'abandonnerait pas. Mais elle ne pouvait pas sacrifier la vie de tant d'innocence à celle de Narcissa Black.
- Je remonte, lui cria-t-elle soudain en s'arrêtant net. Il faut que j'aille les aider.
Drago cessa sa course une envolée de marche plus bas, le regard levé sur elle. La lumière tapait son dos, la faisait paraître plus grande, plus forte. Il ouvrit la bouche, puis, la referma. Le temps lui était compté et elle ne céderait jamais. Il serra les poings. La situation lui échappait encore.
- Fais attention, souffla-t-il avant de recommencer à courir, la plantant là.
Hermione ne s'attarda pas une seconde de plus et remonta à toute vitesse les marches. Elle avait fait la bonne chose, même si une petite voix dans sa tête se demandait si ce n'était pas là sa dernière chance de le revoir vivant. Ils avaient trop évité la mort pour fuir à nouveau, n'est-ce pas ?
Elle vérifia que le corps étendu sur le premier palier où ils avaient été ne respirait plus. Ses deux doigts posés sur le cou de la victime lui apprirent qu'aucun souffle ne l'habitait. Ses deux yeux sur son visage reconnurent Lavande Brown.
Curieusement, Hermione ne ressentit aucune peine. Seulement un profond sentiment d'injustice, de la colère, de la haine et beaucoup de courage. Elle aurait voulu retourner le château à la recherche du moindre Mangemort et leur faire payer tout ce sang, tout ces vies. Elle se contenta de se relever et de repartir en courant.
Si la seule chose qu'elle pouvait faire c'était se battre, elle le ferait. Le temps des mots était fini, maintenant il fallait qu'elle se batte pour extirper le monde du joug de Voldemort.
Depuis trente-neuf minutes, elle avait l'impression qu'on l'arrachait bout par bout. Trente-neuf très longues minutes que Voldemort avait déclaré une trêve d'une heure, offrant à Harry de se rendre. Harry qu'elle n'avait pas revu depuis l'épisode du Saule Cogneur.
Après avoir soigné tous les blessées sur sa route, elle avait balbutiée jusqu'a la Grande Salle. Le point culminant de tout ce que la folie peut vous faire commettre.
Des enfants étaient étendus sur le sol, des parents qui hurlaient, des femmes, des maris, des enfants pour qui tout se déchirait, pour qui le monde entier perdait son sens. Là, elle avait retrouvé Ron et Ginny. Aussitôt qu'elle avait vu son amie, le visage tuméfié, marqué de coups et de la monstruosité de cette guerre, elle l'avait serrée contre elle.
La poigne de Ginny lui avait coupé le souffle mais ce n'avait été qu'une infime part e sa souffrance lorsqu'elle avait découvert le corps sans vie de Fred. Hermione était restée le plus longtemps possible, jusqu'à ce que sa douleur à elle lui semble tout aussi insupportable et que cette vision révulse toutes les cellules d'elle-même.
A l'aide de Fleur, elle était allée voir ceux qui avait besoin d'aide, puis toute seule quand Bill l'avait rappelée, comme s'il avait eu peur qu'en s'éloignant trop elle ne revienne jamais. Hermione quant à elle avait continué à aider jusqu'à ce que ses pieds sanguinolents lui crient de cesser. Elle continua, passant distraitement dans les rangs de corps de cette infâme bataille. Cinquante corps gisaient sur le sol.
Elle repensa à Tonks qui, plusieurs heures plus tôt, cherchait fébrilement Remus. L'avait-elle retrouvé ? Deux pas plus loin, Hermione trouvait la réponse à sa question gisant à ses pieds. Allongés solennellement, les corps de Remus et Nymphadora était recouverts à la va-vite d'une couverture laissant seulement apparaître leurs visages sans vie.
Hermione se figea et pria sa main à sa bouche pour étouffer le cri de stupeur qui lui échappa. Elle ferma les yeux, inspira, et les rouvrit brutalement. Il étaient toujours là, allongés sans aucune expression sur le sol froid. Tous les deux. Morts.
Elle n'eut même pas de larmes à virer. L'horreur était trop grande, trop étouffante. Elle détourna le regard et reprit sa marche lente, avec l'impression qu'on venait de l'amputer de quelque chose.
Les sanglots restaient bloqués dans sa gorge, ses yeux étaient toujours résolument secs. C'était comme si toute la misère du monde s'était donné rendez-vous dans la Grande Salle du château de Poudlard. Les cris rebondissaient sur sa peau, les pleurs résonnaient inlassablement contre le plafond. Elle avait toujours su que la guerre, c'était terrible. A ce point-là, peut-être pas.
Chacun avait l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds pour plonger dans le néant. Les murs étaient tachés de sang, certains corps n'avaient plus rien d'humain et gisaient simplement à terre dans l'attente d'une sépulture décente.
Poudlard n'était plus Poudlard. Poudlard était un cimetière terrifiant.
Alors qu'elle quittait la salle pour retrouver Ron et Harry, Hermione reconnut sur sa droite une plainte familière. En reconnaissant Ginny, accroupie par terre, elle s'arrêta. Petit à petit, elle réalisa que toute la famille Weasley se trouvait là. Elle ne revint pas.
Elle fit encore un pas et revit le corps de Fred dans la même position que les Lupin. Ce visage souriant, plein de vie et toujours animé était d'un stoïcisme glaçant. Elle recula finalement et avec l'impression d'avoir pris un coup de massue, recommença à franchir les dernières mètres la séparant de la sortie.
Les couloirs étaient pires. Une odeur de brûlure régnait en maître comme pour en cacher une autre, plus doucereuse ; celle de la mort. Les diverses plaintes résonnaient mieux encore contre les pierres froides des couloirs. Hermione ne fuyait pas mais ne tenait pas à rester non plus. Qu'aurait-elle pu faire ? Elle aussi voulait à présent retrouver ceux qu'elle aimait, les toucher, vérifier qu'ils étaient vivants.
Ron était aux côtés de Fred, Ginny aussi. Harry avait disparu depuis un moment. Lui qui avait toujours voulu tout faire tout seul, l'état du château et des êtres humains le peuplant avait dû l'écœurer. Peut-être que c'était à elle de lui expliquer que ce n'était plus pour lui qu'ils se battaient mais pour eux tout simplement.
Elle n'avait pas revu Neville, ni Seamus, ni Dean. Elle n'avait pas revu le professeur McGonagall, Kingsley, ou encore Hagrid. Et Drago.
La dernière image qu'elle avait celui, c'était de dos, dévalant des marches sans savoir à quoi s'attendre, mais inquiet pour sa mère. Avait-il réussi à la trouver ? Avait-il fuit ?
Elle aurait sûrement dû s'en vouloir pour cette dernière question, mais elle ne ressentit qu'un sentiment de vide. Comment avait-on pu lu enlever autant en si peu de temps ? Fred avait à peine vécu, Nymphadora et Remus commençaient à goûter au bonheur.
Mais qu'allait-il advenir à Teddy ? Comment allait-on un jour expliquer à cet enfant que ses parents étaient morts, qu'il ne les connaitrait jamais, n'en garderait aucun souvenir ? Qui allait l'aimer comme il aurait dû l'être ? Comment se construisait-on sans repère ?
Elle en savait quelque chose, à dix-huit ans, elle avait perdu ses parents. Le maléfice d'Oubliette état irréversible. Elle aussi était encore une enfant, elle aurait voulu avoir peur, avoir mal. Ça ne dura qu'une seule seconde.
Elle se reprit immédiatement et serra les poings. Elle se battrait tant qu'elle tiendrait encore debout. Comme sur le Chemin de Traverse, quand chacun ignorait que Drago l'avait emmenée de force dans le Lancashire. Elle n'en avait pas voulu aux habitants parce que s'il en fallait une seule pour se battre, alors ce serait elle.
Hermione releva la tête, inspira bruyamment. Peut-être que tout n'était pas perdu. L'espoir, elle avait longtemps vécu en ne se nourrissant que de ça, elle pouvait bien continuer. Hermione Granger n'abandonnait pas.
C'est alors qu'elle continuait à avancer d'un pas plus énergétique que l'atroce sentence qui plaçait au-dessus de leurs têtes tomba : " Harry Potter est mort. Il a été tué alors qu'il prenait la fuite, essayant de se sauver pendant que vous donniez vos vies pour lui. Nous vous apportons son cadavre comme preuve que votre héros n'est plus.
La bataille est gagnée. Vous avez perdu la moitié de vos combattants Mes Mangemorts sont plus nombreux que vous et le Survivant est fini à tout jamais. Il ne doit plus y avoir de guerre. Quiconque continuera à résister sera éliminé ainsi que tous les membres de sa famille. Vos parents, vos enfants, vos frères et sœurs vivront, ils se seront pardonnés, et vous vous joindrez à moi pour que nous reconstruisons ensemble un monde nouveau ».
Son coeur réapprit à battre et elle partit en courant en sens inverse, vers la Grande Porte. Lentement, comme s'ils allaient à l'abattoir - et peut-être au fond - tous se levaient et marchaient vers la sortie du château. Dans la foule, Hermione aperçut au loin Ron qui ne parut même pas la voir. Harry pouvait-il mourir ? Non, non, non, non.
Non ? Cette fois-ci, elle sent ses yeux se remplir de larmes. Aucune ne s'échappa. Elle avança avec les autres. La plupart se tenaient à présent dans l'arcade de l'immense porte d'entrée de Poudlard. Les vivants n'osaient plus vraiment avancer. En face d'eux, le pont, inébranlable, se balançait doucement au rythme du vent.
Le jour ne se levait pas encore et la nuit enfermait chacun des sons. L'univers entier se taisait. Hermione s'arrêta en bas des marches. A l'exact opposé, Ron, Ginny, Mrs Weasley et Mr Weasley se tenaient prêt à tout, le visage couvert de poussière. Neville s'était avancé un peu plus, les bras ballants, le choixpeau dans une main, abasourdi.
Elle sentit un souffle à ôté d'elle, quelques mètres plus loin, Mr Weasey entourait les épaules de sa fille d'un bras. Du côté de la forêt interdit, le vent se levait. La foule de Mangemorts progressait lentement, sûrement, se détachant petit à petit du noir. Hermione ne savait plus très bien si elle était désemparée ou remplie de haine.
Soudain, elle prit conscience que le souffle à côté d'elle appartenait à quelqu'un et releva la tête. Il ne la regardait pas mais accrochait furieusement l'horizon de ses pupilles. Lui, c'était la colère qui imprégnait ses traits immobiles. Imperceptiblement, il se rapprocha de sorte à coller son bras à son épaule.
- Tu es revenu, murmura-t-elle en se serrant un peu plus à son bras.
Elle était un mélange de force et de fragilité à cet instant même, ne sachant pas si elle devait se casser ou s'enflammer.
- Oui, répondit la voix grave de Drago. Je ne l'ai pas trouvée.
Hermione releva de nouveau ses yeux bruns sur lui et il baissa les siens. Les pas de Mangemorts retentissaient de plus en plus fort. Ils se rapprochaient.
Drago et Hermione ne se regardèrent qu'un instant avant de revenir à l'armée qui s'avançaient vers eux. Puis, Drago glissa sa main dans la sienne. Elle ne réfléchit pas un instant avant de la serrer.
Au loin, l'armée de Mangemort avançait inexorablement. Bientôt, ils furent assez près pour qu'elle distingue chaque visage. La première chose qu'elle vit la remplir d'horreur. Hagrid, hésitant à chaque pas, pleurait, le corps d'Harry dans ses bras, comme une poupée de chiffon.
Elle vit comme dans un rêve l'armée adverse s'arrêter et se déployer en une longue rangée funèbre. Elle cligna plusieurs fois des yeux mais n'arrivait pas à y croire. Son cœur semblait se comprimer de plus en plus et elle broyait la main de Drago dans la sienne.
Ginny avança de quelque pas avant de crier :
- Non !
La voix de Ron retentit la seconde d'après. Hermione voulut avancer à son tour, pour être sûre, mais elle en fut incapable. Drago se rapprocha encore un peu d'elle et à présent, c'est lui qui tenait sa main.
- Non ! hurla soudain une voix qui acheva de la fendre en deux.
Jamais elle n'avait entendu son professeur crier de la sorte. C'était comme si elle prenait soudain conscience qu'Harry était mort et sa lèvre inférieure se mit violemment à trembler, elle fut obligée de la mordre pour se contenir.
McGonagall s'effondra. Le monde entier s'effondra.
Ça ne pouvait pas se finir comme ça, Voldemort ne pouvait pas gagner. Surtout Harry ne pouvait pas mourir. Harry ne pouvait pas partir et les laisser seuls.
- Harry Potter est mort ! reprit la voix enragée de Voldemort qui éteignit toute contestation dans les rangs. Comprenez-vous maintenant vous qui vous êtes bercés d'illusions ? Il n'était rien, n'a jamais été, qu'un jeune garçon qui voulait voir les autres se sacrifier pour lui !
Hermione serra brutalement la mâchoire à ces mots mais ce fut Ron qui exprima toute sa révulsion :
- Il vous a battu !
Les protestations reprirent dans les rangs, des mots de désespoir, de haine auxquels elle n'arrivait pas à participer. Tout ce qu'elle connaissait et ceux à qui elle tenait s'effritait.
- Silence ! Il a été tué en prenant la fuite ! Il vous a lâchement abandonner en sauvant sa vie.
Les mots résonnèrent un instant dans Poudlard détruit et cette fois, chacun retint son souffle.
- À présent, ceux qui veulent rejoindre nos rangs le peuvent. Rejoignez-nous, collaborez, ou mourez.
Un silence pesant accueillit ses mots mais personne ne bougea. Hermione ne parvenait pas à décrocher ses yeux du corps d'Harry, comme si son cerveau refusait de comprendre. Jamais elle n'aurait émis le moindre geste. Pourtant, une voix traînante réussit à l'arracher à sa douleur :
- Drago, appela soudain une voix qu'il connaissait trop bien.
Sur le moment, il détesta cette intonation comme jamais il ne l'avait fait auparavant. Voldemort eut un sourire carnassier alors que Lucius répétait :
- Drago, viens. Allez, Drago.
Le dilemme se lisait sur son visage où une grimace acide se dessinait. Il haïssait tellement son père de le mettre au pied du mur. Ce n'était pas un choix, n'est-ce pas ? Tout à coup, Drago n'arrivait plus à déglutir correctement. Il fixait son père, la main tendue, son piège.
Mais le plus important, c'était sa mère à côté qui l'encouragea d'un signe de tête. Ça le déchira. Il aurait donné le monde pour elle. Peut-être qu'elle-même savait l'impact qu'elle aurait en faisant ça.
- Drago, n'y va pas, murmura Hermione. Tu vaux mieux que ça.
La phrase lui retourna le cœur, les entrailles, cette peau brûlait la sienne. Il aurait tout donné pour qu'elle ne le lâche plus jamais.
- Drago.
Sa voix devenait suppliante et il sut ce qu'il devait faire. Un regard de haine à ce camp qu'il détestait, ce camp qui était ancré sur sa peau.
Et il lâcha sa main, fit un pas en avant.
Le hoquet de surprise de la jeune femme lui claqua aux oreilles comme le glas de la fin.
Encore un pas, un autre. Un pas de plus vers les ténèbres, un pas de plus vers sa lâcheté. Une blessure de plus pour elle. Maintenant, tous chuchotaient autour de lui, et il sortit des rangs avec l'impression de les trahir, l'impression de la trahir. Elle qui s'était acharnée à chercher la lumière en lui.
Il marcha sans baisser la tête, presque fier dans sa défaite. Il n'avait pas besoin de se retourner pour sentir ses yeux brûlants sur lui. Il savait déjà qu'elle avait ce regard-là, de déception amère.
Mais elle ne pouvait pas comprendre, elle ne savait pas ce que c'était d'avoir ses parents dans le camp d'en face. Elle n'avait pas Narcissa, si fragile qu'on aurait dit qu'elle allait se briser en deux, qui le regardait en le suppliant de revenir. Elle n'avait pas son père qui se sacrifiait bout par bout, à on ne savait plus vraiment quelle cause.
Elle n'avait rien de cela. Elle n'avait pas sa tante folle qui le regardait sans qu'on sache ce qu'elle pensait, on devinait simplement les souffrances qu'elle promettait s'il restait de l'autre côté.
Et surtout, surtout, elle avait du courage. Pas lui. Drago était lâche, tout simplement. Cette conclusion lui fit l'effet d'une enclume sur son estomac et il se força à avancer sans écouter les nombreuses parts de lui qui voulaient faire demi-tour. Quoi qu'il fasse, elles étaient toujours inférieures à celles qui le poussaient à avancer.
Et quand il passa devant lui, le sourire de Voldemort s'agrandit un peu plus.
Sa mère lui passa un bras autour de ses épaules quand il arriva à son niveau et ce fut sa seule consolation. Elle était vivante et c'était à peu près tout ce qu'il demandait. Si elle et Hermione sortaient de cette guerre entières, il s'estimerait chanceux.
Son père bougea à peine, penchant seulement la tête comme pour vérifier que c'était bien son fils. Il était pathétique. Le silence pesant s'était reconstruit et Drago regardait droit devant lui sans pour autant regarder quelque chose.
Puis, soudain, il y eu un cri et Neville se jeta en courant vers Voldemort qui trônait au milieu de l'assistance. D'un coup de baguette, il fut expédié face contre terre, le visage sanglant.
- Qui est-ce que ? siffla Voldemort. Peut-on connaître le nom de celui qui se porte volontaire pour montrer à quel sort doivent s'attendre ceux qui poursuivent le combat ?
- Neville Londubat, maître, répondit Bellatrix visiblement très fière d'elle. Vous savez, le fils des Aurors.
- Ah oui, je me souviens.
Hermione s'était approché jusqu'à être à côté de Ron. Elle refusait de regarder Drago, comme si l'horreur avait tellement empli cette partie du monde qu'elle ne savait plus quoi dire ni faire. Ron passa un bras autour d'elle et elle se laissa faire sans essayer de se débattre avec ses sentiments.
Elle aurait voulu courir vers Harry et vérifier qu'il était mort, elle ne pouvait pas y croire. Elle aurait voulu courir vers Drago et le ramener avec elle. Elle aurait voulu prendre Ginny dans ses bras, que son père retenait difficilement, et la consoler.
Elle aurait voulu que ce ne soit pas la fin du monde.
- Tu es un Sang-Pur, n'est-ce pas ? demanda soudain Voldemort à Neville au s'était relevé, une côte cassée.
- Et alors ? répliqua celui-ci d'une voix claire.
- Tu pourrais devenir un Mangemort.
- Je ne me rallierai jamais à vous, déclara Neville, avec calme et prestance.
- Si tel est ton choix, répondit lentement Voldemort. Tu servira d'exemple pour ceux qui refusent de se soumettre.
Il leva sa baguette mais n'eut jamais le temps de finir son geste car plusieurs choses se produisirent en même temps. Des bruits de sabots faisaient trembler la terre, Graup, le demi-frère d'Hagrid, surgit en hurlant, des flèches transperçaient l'air et les survivants eurent l'air de se réveiller. Les Mangemorts durent recommencer à se battre contre l'armée de Centaures qui les prenait par surprise et Neville, en première ligne, sortit l'épée de Gryffondor du Choixpeau.
La première chose que vit Hermione fut Bellatrix qui se jetait sur lui, le visage déformé par la folie. Elle réagit au quart de tour et courut se planter devant elle. Ginny et Fleur la rejoignirent presque instantanément et elle se sentit plus puissante. Autour d'elles, le chaos renaissait. Abelforth tuait Rookwood, Ron se mesurait à Fenrir Greayback, Lee Jordan empêchait les MAngemorts de rentrer à l'intérieur du château, les elfes de maison s'étaient joints à la bataille... On ne voyait plus rien, n'entendait plus rien.
La seule chose sur laquelle elle se concentrait, c'était Bellatrix qui les égalait en force. Toutes trois lançaient tous les sortilèges possibles et imaginables mais la Mangemort était incroyablement douée et remue à cet exercice. Soudain, un sortilège de mort frôla Ginny, la tuant presque, et Mrs Weasley hurla :
- Pas ma fille, espèce de garce !
Elle se débarrassa de sa cape et Bellatrix dut pivoter pour lui faire face. Un sourire carnassier dévorait son beau visage, un sourire qui promettait bien des souffrances. Un combat s'engagea entre Molly et elle que les trois filles ne purent que regarder. Ginny était un mélange de crainte et d'acharnement. Enfin, Bellarix rit d'un rire qui n'ait plus rien d'humain et Mrs Weasley l'atteignit en plein coeur. Elle s'écroula enfin, les yeux révulsés.
Voldemort s'en rendit compte et envoya valser d'un coup de baguette ses adversaire pour viser Molly qui se redressait.
- Protego ! hurla une voix qu'elle reconnut immédiatement.
Harry se dressait à nouveau devant le mage noir, vivant. Les acclamations retentirent avant de brusquement s'arrêter. C'était là que l'avenir se jouait. Ginny glissa sa main dans celle d'Hermione. Mais Harry était vivant et ça, ça n'avait aucun prix.
Chacun des mots prononcés par Harry s'encrait en elle et à la fois lui échappait. A la seconde où le mot était prononcé, elle n'était concentrée que là-dessus et il s'imprimait dans son esprit. Mais dès qu'un nouveau arrivait, elle oubliait tout à fait le précédent. Comme une concentration à la fois absolue et inexistante. Cela dura tout le temps qu'Harry parla.
D'abord de Rogue qui avait toujours aimé Lily, qui avait passé sa vie à l'aimer et a essayer de combler sa perte. Alors, il avait toujours été loyal à Dumbledore. Il expliqua ensuite que c'était justement Dumbledore qui possédait la baguette de sureau, que Drago l'avait désarmé. Qu'à son tour au Manoir, il avait reprit sa baguette des mains de Drago et qu'il en était donc désormais le possesseur.
Voldemort nia, le méprisa profondément et enfin, leva sa baguette en même temps que lui.
- Avada Kedavra !
- Expelliarmus !
Il y eut une détonation comme un coup de canon qui retentit dans tout Poudlard, peut-être toute l'Ecosse. Puis, Voldemort, Tom Jedusor, les yeux révulsés, bascula en arrière, heurtant le sol froid dans un bruit sourd. Harry attrapa sa baguette au vol et regarda ce corps vide de tout qui reposait devant lui.
Un silence frémissant s'installa. Hermione eut du mal à y croire, à vraiment croire que c'était fini. Puis, elle comprit et courut vers Harry, Ginny et Ron sur ses talons. Elle le serra contre elle, respirant son odeur et les dernières douleurs disparurent. Jamais elle n'aurait pu le perdre, Harry c'était le frère qu'elle avait jamais eu, son meilleur ami.
Soudain, comme une vague d'allégresse, elle sentit d'autres bras par dessus les siens venir serrer Harry, d'autres exclamations que les leurs. Les combattants se rassemblèrent autour d'eux, dans des rugissements dont on ne savait plus vraiment s'ils appartenaient à la rage ou à la joie. Plus personne ne comprenait ce qui se disait ou ne se disait pas.
L'aube s'éclaircissait avec peine et quelque chose vibrait dans l'air. Une onde immense, ni néfaste, ni bienfaisante, une onde qui rasait la cruauté pour mieux faire renaître la vie.
La victoire.
Ce ne fut que lorsqu'ils furent tous dans la Grande Salle, buvant, riant, pleurant, bruyant mais surtout vivant, qu'elle quitta cet état de transe dans lequel elle s'était réfugiée.
Harry se tenait un peu plus loin, à côté de Ginny, Ron pleurait puis buvait, serrait sa soeur contre lui. Pas grand chose n'avait de sens mais il lui restait une chose à faire. Elle reposa brusquement le jus qu'elle buvait et dû s'essuyer le menton avant de se lever.
- Tu vas où ? demanda Seamus qui venait d'effacer son grand sourire.
- Prendre l'air, je reviens bientôt.
Il accepta le mensonge avec un bref signe de tête et Hermione détala. Ses pieds tapaient durement le sol, elle évitait habilement tout conversation inopportune et ne faisait pas vraiment attention à ce qui se passait autour d'elle. Elle était épuisée mais elle devait absolument le faire.
Un éclair blond passa devant elle, puis disparut au bout du couloir. Elle atteignait la porte de la Grande Salle quand elle sut que la réponse qu'elle voulait venait de lui échapper.
Elle se remit à courir, plus lucide, plus féroce et plus fragile à la fois. Ses cheveux fouettaient ses joues et elle devait avoir l'air d'avoir perdu la moitié de sa capacité à réfléchir. Elle passa la Grande porte le souffle court et fut obligée de s'arrêter, frappée par le vent inhospitalier qui ravageait la place. Son cœur battait à tout rompre, manquant de sortir de sa poitrine.
C'était le tout début de l'aube, le ciel venait de se casser.
Alors qu'elle balayait la cour du regard, une silhouette attira son attention. Le port de tête, la carrure. Elle sut immédiatement qu'elle l'avait trouvé.
- Drago !
Sa voix s'éteignit avant la fin de son prénom. Sa gorge était tellement sèche que chaque son lui plantait un poignard dans les cordes vocales.
- Drago ! s'obstina-t-elle en commençant à dévaler les marches devant la porte d'entrée.
Le jour s'éveillait à peine. La nuit se battait férocement pour rester, pour enfermer les horreurs qu'elle avait vu naître ces dernières heures. Le froid était mordant, déchirant, prenant. Il dévorait tout.
Mais Hermione n'écouta pas ses phalanges abimés ou ses joues glacées et s'élança simplement sur les pavés de la cour. Le bruit de ses pas cassait le silence macabre et la lamentation sourde qui sifflait laconiquement.
- Drago, attends !
Il s'avançait vers le pont, toujours le pas certain. Mais cette fois, elle savait qu'il s'effondrait tout seul. Le brouillard lui cachait tout ce qui se trouvait autour d'elle et au loin, sur le point, elle voyait deux silhouettes disparaître. Narcissa et Lucius. Drago, lui, suivait plus lentement et ne tarderait pas à se volatiliser lui aussi.
- Drago ! Drago !
Quand il reconnut sa voix, il n'hésita pas une seconde et se retourna, à quelques mètres seulement des premières planches de bois qui formaient le vieux pont.
Les cheveux éparpillés, les yeux brillants, Hermione acheva sa course à quelques pas de lui, reprenant lentement son souffle. Au milieu du monde dévasté, ils avaient de nouveau un semblant de vérité en face d'eux-mêmes.
- Tu es venue...
- J'ai cru que tu avais disparu.
Elle parlait à toute vitesse, comme si elle avait peur qu'il s'échappe. Tout se jouait là, n'est-ce pas ?
- J'ai cru que je n'allais jamais te revoir quand tu as... Mais pourquoi tu as lâché ma main ? s'énerva-t-elle.
Pour la première fois, elle le vit sincèrement gêné. Il ancra ses pieds dans le sol, passa une main dans ses cheveux et détourna le regard. Il inspira fortement et réussi de nouveau à arrimer ses yeux d'orage aux siens.
- Je ne suis pas courageux, Granger, mais incroyablement lâche. J'ai eu peur, c'est tout. Je suis incapable de rester à côté de toi, tu brilles trop, tu sais toujours faire les bons choix.
- Je te te tenais. Je te tenais et tu...
- Je sais, coupa-t-il manifestement aussi blessé qu'elle. Je te jure que j'aurais aimé rester simplement, j'en étais incapable. Comme si une force me poussait à partir. Je suis un Serpentard, tu sais.
Aucun ne rit. Ils avaient l'air aussi désespérés l'un que l'autre. Comme s'ils s'accrochaient désespérément à un bateau qui coulait. Aucun ne voulait noyer l'autre, chacun attachait la pierre au pied de l'autre.
Hermione avait sur la langue le goût amer de la défaite. Mais elle refusait d'abdiquer jusqu'au dernier moment, elle se battrait.
- Tu vas où maintenant ?
Drago haussa vaguement les épaules, détournant encore le regard.
Son cœur brûlait à nouveau. Pour être exact cette fois-ci, ce n'était pas exactement lui qui prenait feu. C'était plutôt comme si on appliquait rudement des fers incandescents pour en comprimer chaque battement.
Il comprit enfin pourquoi son cœur brûlait tant et si fort. C'était toujours quand il pensait trop fort à elle. Ce moment infime où elle prenait toute la place dans son esprit. Il n'aurait pas vraiment su comment l'expliquer mais à ce moment-là, pendant l'infime instant où elle seule existait, il oubliait tout. L'heure, le temps, son prénom, les couleurs, la texture de l'herbe, à quoi ressemblait un nuage... absolument tout.
Un cours laps de temps pendant lequel la seule chose qui existait un monde, c'était elle. C'était à ce moment-là que son cœur lui faisait mal et le terrassait.
- Je vais retourner chez moi, probablement. Que veux-tu que je fasse d'autre ?
- Il y a des gens ici qui ont besoin d'être réparés. Le monde entier même a besoin d'être réparé.
On aurait dit qu'une flamme embrasait son corps tout entier quand elle disait cela. Cette volonté, cette dévotion, ça aussi, il la lui enviait.
- Alors je vais commencer par les gens que j'aime, poursuivit-il avec un pauvre sourire.
« Dommage que je ne puisse pas t'emmener toi aussi » faillit-il ajouter. Mais il s'abstint.
Elle allait rester, il allait parti. Réalisait-elle seulement qu'il ne pouvait pas se tenir au milieu de la Grande Salle ? Là-bas, la rancoeur, l'envie de vengeance, la douleur de la perte se réveillaient.
Lui, il ne savait pas guérir les gens, seulement les détruire.
- C'est tout ? lança Hermione, presque avec défi. Tu vas abandonner comme ça ?
Il aurait aimé dire que non, que ce n'était pas aussi simple. Mais peut-être que ça l'était. Oui, il allait partir. Parce que parmi les gens qui avaient besoin d'être réparés, il y avait lui. Elle aussi sûrement.
- Je crois que oui.
Hermione ne savait plus quoi ressentir. Elle voulait qu'il reste, parce que c'était fini sinon. C'était maintenant qu'il choisissait. Ou peut-être que c'était à l'instant où il avait lâché sa main ? Elle ne savait plus.
Elle le voulait absolument. Qu'il reste, qu'il l'aide à se réparer aussi. Mais il était inaccessible. Il y avait un million de barrière entre, ils avaient dressées la plupart eux-mêmes. Elle ne pouvait pas tout oublier, les sortilèges Impardonnables, son égoïsme, sa lâcheté. Et il ne pouvait pas effacer toute son éducation pour elle, ses parents, d'où il venait. Même avec toute la volonté du monde, il n'arrivait pas à penser comme elle.
Pourtant, qu'est-ce qu'ils auraient aimé tous les deux réussir à tourner la page !
Il y avait cette vérité presque tangible dans l'air : chacun voulait ce que maintenant, ils n'auraient plus. Ils savaient tous les deux que c'était fini, ils se battaient dans le vide. C'était le dernière acte, la dernière scène avant que le rideau ne tombe.
- Pourquoi tu ne fais pas les bons choix ? Tu n'aurais pas dû lâcher ma main, tu aurais dû rester. J'aurais pu plaider ta cause, toi et moi on sait très bien que tu n'es pas aussi mauvais que tu le prétends. Mais vraiment, tu ne me facilites pas la tâche.
Ses yeux arrimés les siens et au fond, elle voyait briller cette étrange lueur, encore. Ce quelque chose qui faisait qu'elle retenait son souffle, qu'elle retenait son être entier.
Drago eut une petit moue, puis, il avança enfin et entoura doucement son visage de ses deux paumes, la forçant à relever son regard dans le sien. Du pouce, il caressa l'une de ses joues.
- Je suis désolé, murmura-t-il sincèrement. Je suis vraiment, vraiment désolé.
C'était la première fois qu'il le disait à voix haute. La première fois qu'il s'excusait pour qui il était.
Il lâcha ensuite le visage d'Hermione pour la prendre dans ses bras. Elle ne bougea pas, le laissant la serrer contre elle. Il y avait quelque chose de désespéré dans sa manière de l'étreindre, quelque chose de terrible. Hermione sentit son cœur se serrer malgré elle. Alors à son tour, elle entoura son torse.
Ils restèrent un petit moment sans bouger, Hermione les yeux grands ouverts, fixant le pont. Elle sentait chaque cellule d'elle-même se retenir d'exister pour qu'il ne s'en aille jamais. Ça lui semblait surréaliste, impossible. Puis, doucement, Drago se décolla. Il déposa un dernier baiser sur son front, qui dura quelque secondes au plus.
- À bientôt, souffla-t-il en se détachant.
Ces seuls deux mots donnèrent envie de pleurer à Hermione. C'était comme revenir plusieurs mois en arrière et réaliser tout ce qu'on a perdu.
Enfin, il s'éloigna, sans se retourner une seule fois.
Elle eut l'impression de voir disparaître un fantôme. Elle le regarda s'éloigner vers l'horizon, s'effacer peu à peu. Puis, la brume le happa. Il avait disparu.
Elle resta très longtemps sans bouger, fixant l'endroit où il s'était soustrait à son regard. La chaleur de son étreinte de dissipa peu à peu, puis disparue complètement. Elle resta tout de même debout, immobile.
Le froid commença à la dévorer, quelque chose en elle vacilla. Sous ses yeux, la brume continuait à manger le pont. Drago avait disparu. Elle se sentait incapable de bouger, même de penser. Elle avait l'impression que si elle respirait, elle s'effondrait.
Comment n'avait-elle pas pu remarquer avant combien elle tenait à lui ?
Elle devait maintenant faire face à cette douleur paralysante dans tout son être. On venait de lui arracher quelque chose, même si elle ne savait pas précisément quoi. La seule chose qui subsistait c'était ce poids sur ses poumons qui l'empêchait d'atteindre l'oxygène. La douleur bloquait tout en elle.
Elle ne bougeait même pas, se contentant de fixer le point à l'horizon où il s'était volatilisé.
Le froid dévorait maintenant sa gorge, ses joues, même son front où il avait déposé un baiser si léger. Elle devenait un bloc de givre, incapable de remuer. Elle n'avait même pas envie de bouger, juste de se réveiller de ce cauchemar terrible.
Ce n'est qu'au bout d'un très long moment qu'elle réalisa que ses joues étaient trempées. Depuis quand ? Elle ne savait pas. Mais ce constat redoubla ses sanglots.
Elle n'avait même pas senti les larmes couler. Elle était immensément déçue et puis peut-être qu'il y avait de la rancœur aussi. Oui, la rancœur aussi ça la connaissait bien.
Quand son souffle devint de la brume lui-même et que sa peau hurlait au contact du vent glacé, elle se décida enfin à bouger son corps ankylosé. Les premiers gestes tirèrent une grimace à son visage ravagé de larmes. Mais elle se dirigeait déjà vers les marches du château, bravant les milliers d'aiguilles qui semblaient transpercer son épiderme au moindre mouvement.
Bras nus, à quelques mètres d'elle, Ginny, assises sur les marches, essuyant rageusement ses joues. La rousse ne releva les yeux que lorsqu'Hermione se laissa tomber à côté d'elle.
- Hermione, qu'est-ce que tu...
Ginny coupa brusquement sa phrase en apercevant le visage de son amie. Les yeux rouges, les lèvres tremblantes, elle la regardait comme si le monde venait de s'effondreer devant ses yeux. Et c'était peut-être le cas.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle doucement.
Ginny ressemblait vraiment à une battante, bien plus qu'elle. Ses manches étaient retroussées, ses yeux verts étaient épuisés, mais elle gardait le visage neutre. Ses traits tendus se devinaient à peine et elle avait l'air plus fatiguée que détruite.
Mais on ne venait pas de lui arracher une part d'elle-même.
La seule réponse qu'Hermione fut capable de formuler, ce fut d'agiter la tête de gauche à droite. Aussitôt, elle se sentit submerger par les sanglots. De vraies larmes lourdes qui tombaient jusqu'à son cou, noyées de tremblements et de hoquets de détresse. Comme si tout ce qu'elle avait retenu en elle, tous ses sentiments éclataient ici.
Ginny se mordit la lèvre, tentant de ne pas pleurer à son tour, puis, l'attira vers elle.
Hermione se laissa faire docilement, s'accordant un moment pour arrêter d'être forte.
Ces derniers mois, elle avait bataillé férocement contre son meilleur ennemi, puis, elle avait regardé ce même ennemi prendre une place terrifiante dans sa vie. Elle avait accepté les regards de dégoûts de Sue, les piques de Théodore, les reproches de Drago. Elle avait menti à tous ses amis, perdu ses parents. Elle s'était senti responsable de la mort de Luna, elle avait détesté Drago jusqu'à ce qu'il ne lui reste plus d'énergie, puis avait voulu le sauver même s'il fallait en mourir. Elle avait sacrifié des nuits de sommeil à sa conscience, bataillé contre elle-même, connues d'étranges douleurs venues de nul part dont elle ne connaissait toujours pas la cause. Elle avait tué des gens, elle avait vécu une bataille sanglante et hurlante, vu ceux qu'elle aimait mourir. Elle avait perdu pied à l'intérieur d'elle-même.
Maintenant, il fallait qu'elle s'avoue que cette peur au fond de ses entrailles était encore là. Elle avait été morte de peur. Surtout au moment où Drago avait lâché sa main. Morte de tristesse aussi.
Elle ne pouvait plus garder tout ça en elle.
Le vent glacé de l'aube se heurtait aux ruines de Poudlard. Le château était dévasté, des pierres chancelaient encore et la cour n'était plus qu'un vaste champ de bataille.
Parfois, un cri résonnait. Mais c'était un silence pesant qui régnait en maître sur les restes de ce terrifiant affrontement entre la lumière et les ténèbres. Le vent hurlait en s'écrasant sur les façades et le jour peinait à se redresser. Des tâches de sang éclaboussaient le sol dur, des bouts de vêtements, des baguettes, gisaient à terre.
Des corps aussi.
On ne distinguait même plus certains visages trop ravagés par la magie. Des cadavres vides de tout reposaient sur le sol de l'illustre école de magie. Tout était mort, tout était sombre.
Devant cette fin du monde, Ginny était assise sur les marches froides, Hermione à côté d'elle s'était couchée, la tête sur les genoux de son amie. Et la rousse caressait lentement la tête de la brune en murmurant des mots pour la rassurer.
Lentement, très lentement, Hermione commença à se calmer ; les spasmes qui la secouait furent moins violents, les pleurs s'espacèrent, puis, s'arrêtèrent. Elle avait encore le dos qui tremblait, elle reniflait.
Tout à coup, une grande fatigue l'envahie. Elle était lasse de se battre, lasse de perdre surtout, elle avait déjà perdu son cœur, c'était suffisant.
Le soleil faisait une timide apparition dans le ciel, plus clair, se levant sur un jour nouveau, avec un peu plus d'espoir que le précédent.
Hermione se releva alors, posant sa tête sur l'épaule de Ginny. Cette dernière enroula un bras rassurant autour de ses épaules, ne comprenant ni cette peine, ni cette détresse.
- Regarde, dit soudainement la rousse, tout doucement pour ne pas la briser. C'est fini. La guerre, l'horreur, les morts...
À ces mots Ginny sentit à son tour la chaleur moite des larmes sur ses joues. Ils avaient gagné, oui, mais à quel prix ? Un vide immense venait de se faire en elle et autour d'elle. C'est la voix brisée qu'elle continua :
- Toute cette violence, on a tout détruit. Maintenant on recommence à nouveau sur de nouvelles bases, en espérant que ce sera mieux. Regarde Hermione, c'est fini.
Elle hocha lentement la tête tandis que de nouveau le chagrin débordait de ses yeux.
L'horizon se dégageait, les oiseaux chantaient, il faisait toujours froid, mais d'un froid enivrant. Le vert et le bleu se disputaient timidement l'endroit où le ciel se cassait, les nuages se détachaient les uns des autres.
Et là, au milieu de ce nouveau monde, les mots de Ginny sonnaient dangereusement justes.
Un monde sur de nouvelles bases où Drago Malefoy ne faisait plus parti de sa vie, un monde où elle réapprenait à le haïr.
Un monde où lumière et ténèbres ne vivaient pas ensemble.
C'était fini.
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE
La première partie se termine ici. Et pas l'histoire en entier, pas encore. J'ai vraiment hâte d'écrire la suite, parce que c'est une situation que je n'ai jamais lu nul part et que j'ai un million d'idées.
La bataille à été un peu oubliée mais tout le monde sait ce qui se passe et ce qui nous intéresse le plus c'est Hermione et Drago, hein. Je ne sais absolument pas faire des scènes de combats je crois que c'est une des première fois donc j'espère que ça a l'air plausible. J'ai dû réorganiser plusieurs passages pour que ça colle avec l'histoire et surtout, j'ai du supprimer Luna d'à peu près partout (vraiment partout en fait). Ça m'a l'air de tenir la route mais j'ai peut-être un peu trop le nez dedans. La seule chose qui m'embête, c'est que je n'ai pas développer l'histoire de la potion de Trace mais ce chapitre était déjà trop long. J'ai pensé un moment à le couper en deux et vraiment travailler ce point mais je n'en ai pas eu le courage.
En tous cas, j'espère que jusqu'ici vous aimez cette Dramione, que vous apprécierez encore plus la suite, que ce n'est pas trop long. N'oubliez pas de me dire ce que vous en pensez et à bientôt !
