Chapitre 9 : affrontement
Aomine faisait les cents pas, pour changer. Ils attendaient Tetsu, dans une des suites de l'hôtel Rakuzan. Akashi restait calme, mais il ne fallait pas s'y fier. C'était même un très mauvais signe. Ce soir ils devaient parler du plan d'attaque, ils étaient tous là, avec leurs généraux. Ce fut le plus patient d'entre eux, Midorima, qui proposa de commencer sans lui. Preuve de plus que tout allait de travers. Par réflexe, Daïki sortit son paquet de clopes en oubliant où il était. La seconde d'après, un shuriken le transperça et le cloua au mur le plus proche. Blasé, il lança un regard noir au lanceur.
"Oï fais gaffe Seij', j'ai failli perdre un doigt."
"Serais tu en train d'insinuer que je ne sais pas viser ? Je te l'ai déjà dit. Interdit de fumer chez moi."
"Ça va j'ai pigé !"
"Poses toi et cesse de tourner en rond, tu me donnes le tournis. Il est clair qu'il ne viendra pas. On règlera ça plus tard."
Dans un grognement agacé, Aomine prit sa place autour de la table. En temps normal il aurait protesté mais il sentait son frère à bout de patience et surtout ils n'étaient pas seuls. Entre eux ils avaient le droit de se contredire, en face de leurs subordonnés, jamais. Satsuki apporta les plans et il dû faire un effort considérable pour se concentrer et oublier Tetsu. Quelque chose clochait, il en était certain. Et cette attaque prévue à la dernière minute, il ne la sentait pas, pas du tout !
Il y a deux jours de ça, lui et ses frères (et sa sœur) avaient été convoqués par les chefs de clan. Une réunion au sommet avec Aomine et Akashi senior. Ce qui arrivait rarement. Soit quand ils avaient merdé, soit quand ils devaient se charger de quelque chose d'important. Là c'était la seconde option. Ils leur avaient demandé de récupérer le Golden casino. Il savait que c'était dans les plans à long terme de son père. Même si Nash leur était utile et plutôt malléable, il commençait à faire de plus en plus de vagues. Des petites erreurs qui le mettait en lumière auprès des autorités, et donc par association, les menaçaient. En plus, l'établissement était situé à un endroit stratégique des plus intéressant et offrait de nombreuses possibilités d'exploitation, sans compter, évidemment les recettes du chiffre d'affaires qui seraient bien utiles à leur organisation. Cependant, il avait pensé que la réquisition se ferait plus en douceur, plus subtilement. Que leurs pères n'iraient pas jusqu'à dégainer leurs meilleures armes: eux. Après tout Nash Gold junior n'était rien qu'un associé, et de plus en plus faible. Il avait fini par confondre richesse et pouvoir, alors qu'en gagnant l'un, il perdait l'autre. Ses sbires n'étaient loyaux qu'à leur salaire, rares étaient ceux qui le suivaient encore par respect ou conviction. Bref, un chef en carton. Plaqué or peut être, mais en carton quand même.
En fait, Aomine n'avait rien contre l'emploi de la force, au contraire. Mais il n'aimait pas l'utiliser à tout bout de champ. Pour lui, la vraie puissance était parfois dans la retenue. Il aurait bien voulu en discuter avec son père, mais il ne lui en avait pas laissé l'occasion. En effet, bien que son statut lui permettait de jouir d'une certaine autorité, et d'une grande liberté d'action, il n'en demeurait pas moins le futur chef. Et quand papa ordonnait… Il avait appris à se taire et obéir. Enfin… en théorie. Dans la pratique il remettait de plus en plus ses ordres en questions, mais n'avait jamais eu l'audace de le faire en public. Trop dangereux. Son père devait s'attendre à une nouvelle insubordination parce qu'il était parti subitement, sans lui accorder d'entretien privé. Seijuro avait d'ailleurs reçu le même traitement de la part de son paternel. Ils ne les avaient laissé qu'avec l'ordre d'intervenir à une date précise, avec le moins de bruit possible, et de tuer Nash.
Voilà pourquoi ils se retrouvaient ce soir: organiser l'attaque du casino, qui devait avoir lieu samedi prochain. Parce que ce soir-là, le casino fêtera ses vingt ans. Un gros événement avait été organisé, toutes les plus grosses fortunes du pays et d'ailleurs commençaient à remplir les hôtels de la ville. La sécurité serait débordée, et Nash qui ne résistera pas à faire son show, sera plus accessible. La date était effectivement un avantage stratégique, seulement ça ne leur laissait que quatre jours. Trop court selon Satsu pour parer à toutes éventualités, mais pas impossible. Et de toute façon il n'avait pas vraiment le choix…
Pas si loin que ça, autour d'une autre table:
Kagami était penché au-dessus des plans, ses doigts retraçant l'itinéraire le plus sûr. La pression montait mais avoir un objectif précis l'aidait à oublier son stress. Sa première décision en tant que boss avait dû être rapide, mais il n'y avait pas à réfléchir. L'occasion était bien trop belle et son clan était prêt. En fait, tout ne dépendait que de lui. Lorsqu'ils avaient évoqué la revanche d'Hikari lors de la réunion à Seirin, il avait pris connaissance de l'événement qui se préparait. Une date symbolique. En vérité, le casino ne fêtera pas ses vingt ans, enfin si, sous le nom du Golden… Mais depuis que Nash se l'était approprié et l'avait renommé, son clan agissait en secret pour le lui reprendre. Une initiative qui leur assurait de nombreux membres infiltrés dans la place. Attendant, espérant patiemment une occasion de le récupérer. Ce jour serait samedi. Il avait hâte de venger sa mère, et surtout, de faire ses preuves. Il voyait cet assaut comme un baptême du feu. Une occasion de montrer qu'il était sérieux dans ses intentions de devenir leur leader, et qu'il méritait leur confiance offerte aveuglément.
"Alex combien d'employés infiltrés ?"
" Hum une centaine, principalement à la sécurité."
"Ils sont prévenus ?"
"Il le seront dès demain monsieur, je suis leur représentant et serait votre porte-parole. Nous serons prêts." répondit l'un des agents présents.
"Bien parfait."
"Riko ? Les explosifs, c'est bon pour toi ?"
"Oui j'irai les installer vendredi si tu y tiens toujours."
"Pas vraiment, mais il nous faut une diversion."
"Kagami-kun, comme je te l'ai dit, on ne sera pas seul samedi. On a reçu l'ordre d'attaquer. Daiki et Seijuro n'auront pas le choix, ils vont devoir passer en force. Laisse les faire la diversion. Tu n'auras pas à saccager ton héritage."
"On ne peut se permettre aucune erreur." Souligna Himuro.
"Tatsu n'a pas tort… Riko, il y a moyen de les poser sans les armer tout de suite ?"
"Oui c'est possible, c'est un système un peu plus complexe mais d'ici samedi j'aurai le temps."
"D'accord alors on ne change rien, tu les poses vendredi. Si on a la diversion que Kuroko nous promet on ne les déclenche pas. Mais si on est seul…"
"Fukuda et Kawahara les armeront. Ils ont été engagés comme serveurs supplémentaires pour l'événement."
"Oï !" Acquiescèrent les concernés en chœur.
"Parfait. Satisfait ?" Il s'adressa à son frère qui hocha la tête.
"Izuki tout est ok du côté des caméras ?"
"Presque patron ! Les salles de jeux et les cuisines sont ok, les couloirs des étages OK, les locaux de la sécurité OK. Il ne reste plus qu'à envoyer le virus sur le serveur pour avoir les bureaux."
"Et tu auras ça quand tu penses ?"
"Hum… le plus tard possible serait le mieux, pour éviter qu'ils me virent du système."
"On sait si Nash sera dans son bureau samedi matin ?"
"Son assistante m'a confirmé que oui. Elle doit m'envoyer son planning dès qu'il sera à jour." Répondit Teppei.
"Un jour faudra que tu m'expliques comment t'as réussi à la convaincre ! Tu bosses même pas la bas. Avoue qu'elle te plait… t'as pas choisi cette mission par hasard !" Le charia Hyuga.
"Tsss peu importe comment j'l'ai eu non ?"
"Commencez pas tous les deux !" Les stoppa Aida d'une claque derrière le crâne.
Kagami ricana avant de reprendre avec Izuki: "Samedi matin, ce sera gérable ?"
"Nickel boss ! Juste… tu veux que je vous guide d'ici ? Ce serait mieux de là bas, rapport au réseaux tout ça tout ça…"
"T'inquiètes pas, j'allais pas te laisser là. Et puis si ça se gâte, je paris que tu voudras prendre part à la fête. Alex nous a réservé une chambre là-bas, ce sera plus simple."
"Merci patron !"
"Izuki… arrête ça tu veux !"
"Oui patron !"
Tout le monde ria à sa connerie et malgré qu'il leva les yeux au ciel en désaccord, il ne put retenir un petit sourire. Il ne pouvait en vouloir à son équipe d'être heureux de le retrouver. Mais ça lui mettait la pression, lui rappelant les attentes qu'on avait de lui. Ils discutèrent ensuite du service de sécurité, comment ils allaient introduire leurs armes sans se faire repérer. La complicité de leurs agents infiltrés serait un avantage, mais ils devaient prévoir un plan B. Vint ensuite les attributions des rôles, les équipes d'interventions et leurs différentes missions. Ils décidèrent que le timing serait fixé une fois que l'assistante de Nash aurait envoyé son planning, pour évaluer quand ce serait le plus opportun d'agir. Et puis ça laisserait aussi le temps à Kuroko d'en savoir plus sur les plans de Ezu et Teno.
Une fois la réunion terminée, chacun repartit dans ses appartements, et Kagami resta seul au dernier étage, qui avait été aménagé en immense loft slash QG à son intention. Enfin… seul avec son ombre.
"Je te sers un verre ?"
"S'il te plait. Tu t'améliores"
"Haha, j'ai tenté au pif. Je me doutais que tu voudrais parler."
"En fait je voulais seulement savoir comment tu allais… I peine une semaine tu étais en fuite à LA, et là tu planifies une attaque de casino. Ça doit faire beaucoup."
"M'en parle pas… Je ne suis pas encore certain de réaliser. Mais maintenant que je sais… J'ai la rage, l'idée que cet enculé de traître respire encore m'empêche de douter."
"Je comprends…"
Il vit Kuroko détourner le regard, l'air inquiet. Il comprit alors que pour lui aussi ça devait être difficile. Même s'il était loyal à son père, il trahissait l'autre parti de lui.
"S'ils sont vraiment tes frères, ils verront que tu n'es pas un traître."
"Tu ne les connais pas. Daïki m'a toujours défendu, je sais que c'est pour la bonne cause mais j'ai peur qu'il ne le voit pas comme ça."
"On te protègera."
Son ami lui sourit timidement. Il ne le contredit pas mais il savait ce qu'il pensait: qu'ils ne seront pas de taille contre la fureur des Yakuza. Et il n'était pas stupide, il en avait bien conscience. C'est pour ça qu'il voulait la paix, et non la guerre. Il préféra changer de sujet.
"En fait, je n'ai pas eu l'occasion avant mais je voulais te dire… Je suis vraiment désolé pour ton père."
"Hum ? Merci… Le plus dur c'est de le connaître vraiment qu'une fois qu'il n'est plus là. Je lui en ai tellement voulu de s'être rendu malade pour d'autres gens que maman et moi. Et maintenant que je sais, je le respecte plus que je ne l'ai jamais fait."
"À qui le dis-tu…"
"Je suis sincèrement désolé que mon père n'ait pas réussi à protéger ta mère."
"Ne le soit pas. S'il ne l'avait pas écouté et pris la fuite, tu ne serais pas là. Et moi non plus si j'ai bien compris."
"À nos parents alors ? Qu'ils puissent être fiers de ce qu'on va terminer pour eux."
"À eux."
Kagami cogna le verre que Kuroko avait levé du sien pour trinquer. Ils burent une gorgée et se sourirent, les yeux brillants d'émotions. Sans doute pensaient-ils aux mêmes souvenirs. Tetsu avait apporté le journal de son père à Alex, comme promis. Elle l'avait taché de larmes par endroit mais elle avait pris son ami dans ses bras et serré si fort qu'il avait failli s'effondrer. Grâce à lui, elle avait appris que son frère de cœur avait fait comme elle, obéit à l'ordre de sa reine, pour protéger leur futur, leurs enfants. Elle avait appris à quel point ça le déchirait de devoir se cacher, même de sa famille. Mais que c'était le seul moyen pour protéger Kuroko de potentielles représailles. Il avait rejoint Ezu, ravalant sa fierté et son envie de vengeance pour lui assurer une place parmi les siens, la génération des miracles. Puis un cancer des poumons l'avait frappé, séquelle de cette nuit où il avait inhalé trop de fumée. Comme Kuroko l'avait dit, il était mort lentement, mais sans jamais cesser de lutter. Peut être pas pour sa vie qu'il savait perdue, mais pour Hikari, qu'il voulait aider à renaître de ses cendres. Kagami avait seulement lu le passage concernant sa mère. Son cœur s'était brisé mais aussi gonflé de fierté, en découvrant qu'elle avait tenu tête à elle seule, à quatre hommes pour permettre aux siens de fuir. Suppliant son As de carreau de le sauver lui, et un peu plus tard, son As de trèfle de la laisser mourir seule. Ce qu'il avait refusé de faire jusqu'à ce que le père d'Himuro n'arrive et le jette dehors, le sauvant au passage. Il avait fermé le journal lorsqu'il lu que c'était le cri déchirant de sa mère, qui l'appelait lui, son fils qui donna à Mao Kuroko le courage de fuir sans se retourner, pour sauver le sien. Laissant à une mort certaine, Shinji et Ayata, cernés par les flammes.
Samedi après-midi, ils y sont. Aomine supervise les opérations d'une des suites réservée aux flambeurs. Sachant qu'ils s'étaient préparés au mieux en vue des circonstance, il n'était quand même pas tranquille. Un truc au fond de ses tripes lui disait que quelque chose n'allait pas. Était-ce le fait que Tetsu ne soit pas des leurs ? Possible… En repensant à lui, il ricana, toujours incrédule de son culot. À se pointer comme si de rien était en demandant ce qu'il avait loupé. Pour une fois il n'avait pas pu le défendre, ni même voulu. Quand Akashi l'avait viré de l'opération, il s'était rangé de son côté, puisque visiblement il avait mieux à faire en ce moment.
Satsuki et deux gardes à la porte de la suite étaient avec lui. Son équipe, dont Ryota était au commande sur le terrain, rejoignaient leurs postes. Seijuro était au local de la sécurité du casino, en tant que partenaires d'affaires ils avaient quelques privilèges. Takao et Mido quant à eux étaient dans l'immeuble d'en face, en support. Et Atsushi bloquait les issues de secours, au cas où Nash prendrait la fuite. Tous étaient en place. Akashi leur confirma par radio de se tenir prêt, c'était pour bientôt. Quand leur cible fut sur son podium, en plein discours, Aomine donna le feu vert à Kise. De là tout se passa très vite. Sur ses écrans il pu voir la foule s'agiter et crier, un premier coup de feu retentit, puis d'autres suivirent. En quelques secondes, il pu entendre des bruits de pas précipités et des cris à son étage. Normalement, tout aurait dû se faire dans le calme, au moins au début. Quelque chose avait dérapé, il ragea et pris sa radio.
"Seij c'est quoi ce bordel ?"
"J'aimerais le savoir !"
"Où est Nash ?"
"Assenceurs ouest."
"Kise t'as entendu ?"
"..."
"Ryota répond !"
"..."
"RYOTA réponds moi MERDE !"
"Ouai ouai j'suis là ! On n'est pas seul sur le coup !"
"Qui ?" Demanda Akashi.
"J'en sais rien ! On poursuivait Nash et on s'est fait canarder."
"Aaaargh c'est pas vrai !"
"Que se passe t'il Seij ?" demanda Aomine.
"JE SUIS BLOQUÉ ! Les portes ont été verrouillées."
"Putain mais c'est quoi ce délire !"
Personne ne lui répondit, il entendit Kise crier des ordres et d'autres coups de feu. Akashi semblait hors de lui et vociférait sur les incapables qui n'étaient pas foutu de débloquer les portes qui l'emprisonnaient. Les mouvements de foules l'empêchait de voir correctement ce qui se passait à l'extérieur de sa suite, sa sœur tentait de rétablir le contact tandis qu'il s'arrachait les cheveux, scrutant les écrans à la recherche de son équipe.
"Ao ? Ao tu me reçois ?"
"Shin vas y dis moi."
"J'ai vu Kise au 22 ème côté sud, il poursuivait…"
"Nash ?"
"Non… je suis pas sûr. Mais ça barde, je les ai perdu de vue."
Cette fois s'en était trop. Rester là sans rien faire allait le tuer. Peu importe où était Nash, pour ce qu'il en avait à foutre ! Là quelqu'un s'en prenait à son équipe, à son frère. Satsu, paniqué, tenta de le retenir mais il se défie d'elle et de ses gorilles d'un regard, il lui ordonna de ne pas bouger d'un ton sans appel. Il chargea son glock et pris son Katana avant de courir jusqu'à l'escalier de service. Tout en montant il pesta contre lui-même, il était pourtant persuadé qu'il n'avait pas repéré de sécurité supplémentaire. La voix de Takao cette fois s'éleva de son talki pour lui indiquer le dernier étage, aile ouest.
Dans le couloir il croisa quelques clients apeuré par les bruits de combat qui se rapprochaient. À contre courant, il se faufila entre eux pour rejoindre la source du vacarme. Silencieusement, il pénétra dans le bureau de celui qu'ils étaient venu éliminer et il se figea. Le temps sembla s'étirer au ralenti tandis que son cœur s'arrêta, loupant un battement. Là, devant lui, Ryota faisait face à Tetsu, protégeant Kagami de ses Sai qu'il savait mortelles entre ses mains. Le temps repris subitement son court et sa poitrine se déchira. Dans l'incompréhension la plus totale, il dégaina sa lame et approcha d'un pas. Kise risqua un coup d'œil vers lui et quand il le reconnut, il recula à ses côtés. Aomine pu le voir trembler de rage, des larmes de colère au coin des yeux quand il cracha:
"Ao ! Je voulais pas le croire mais Seij-chi avait raison ! Kuroko-chi n'est qu'un TRAÎTRE !"
"Tetsu… peux tu, s'il te plaît, m'expliquer ce qui se passe ici ?"
Sa voix calme et posée malgré la tension palpable de la pièce le surprit lui-même. Sans se défaire de sa position menaçante, ni de son regard déterminé, celui qu'il voyait jusqu'alors comme son frère répondit. La voix inhabituellement nouée.
"Je ne veux pas vous blesser. Mais je ne vous laisserai pas faire de mal à Kagami-kun. Il est aussi important pour moi que vous."
"Voyez-vous ça …" siffla le boss entre ses dents serrées.
Daïki avait très vite repris ses esprits, l'adrénaline et la rage aidant à oublier le trou béant qui envahissait sa poitrine. Il remarqua alors l'arme de Kagami, un Katana, plus courbé que le sien. Puis les autres personnes dans la pièce, des gens à lui et d'autres qu'il n'avait jamais vu, à part Himuro, dépourvu de blessures inquiétantes. Ce qui prouvait qu'ils avaient de quoi rivaliser avec les siens, et cette idée ne le rassura pas du tout. L'électricité dans l'air semblait prête à exploser à tout instant, le souffle de tout le monde était suspendu à ses lèvres, attendant sa réaction. Seulement il ne savait pas quoi faire, il ne savait même pas ce que tout ça voulait dire. Aomine voulait seulement hurler. Son regard lâcha celui de Tetsu pour se planter dans ceux de Kagami. Son cœur rata un nouveau battement. Deux volcans en éruption, emplis d'une fureur égale à la sienne en cet instant. Sans quitter l'homme des yeux, il prit sa radio pour faire le point.
"Shin ?"
"J'ai pas d'angle, mais je vous vois."
"Quoi d'autre ?"
"Nash est en fuite. Atsushi à été neutralisé, ils avaient infiltré les lieux les fumiers !"
"Seij ?"
"Pas de nouvelles."
"Ok. Reste en position."
À peine sa transmission terminée, il vit Kagami s'avancer, repoussant Kuroko qui faisait barrière de son corps avec le plat de sa lame qu'il pointa vers lui, menaçant.
"Non seulement tu gâches tout, mais en plus tu laisses filer Nash ? Tu me déçois !"
"Toujours aussi insolent … Qu'est ce que tu lui veux de toute façon ?"
"Tout. Je veux tout."
Sa réponse lui arracha un rire. Le mec qui l'obsédait depuis des semaines, sortit de nul part, le menaçait et le traitait d'incapable. Et pour une obscure raison il convoitait la même chose que lui. Alors oui, il trouvait ça drôle. Il avait beau avoir mis un joli costume, qui lui allait vraiment très bien en passant, ça ne ferait pas de lui quelqu'un à sa hauteur. Jamais. Bouillonnant de rage face à tant d'affront, il le provoqua, baissant sa lame toujours pointée sur lui d'un doigt arrogant.
"Tu sais te servir de ça au moins Kagami ? Fais attention, c'est coupant."
La réponse ne se fit pas attendre. D'un geste si rapide qu'il l'avait plus senti que vu, Kagami trancha sa chemise. Les boutons se rendirent sur le marbre dans des cliquetis tranchant le silence pesant, et un mince filet de sang apparut sur sa poitrine maintenant dénudée. Incrédule, il baissa le regard sur sa blessure puis replongea dans les braises ardentes. À son côté, il entendit Kise grogner et le sentit amorcer une attaque, il le bloqua d'un bras. La tension entre toutes les personnes présentes monta d'un cran. Ce Bakagami venait d'allumer la mèche de la bougie qui allait bientôt tout faire sauter. Il avait osé le menacer, l'attaquer, et pire, le blesser. Ce mec avait beau être superbe, il était aussi, il en était sûr maintenant, complètement taré. Son sourire en coin satisfait et arrogant le prouvait. Mais malgré sa surprise, il ne put s'empêcher de répondre d'un sourire mauvais, son cœur s'accéléra dans sa poitrine et avant même d'en formuler la pensée, son corps prit position.
Ce sourire diabolique et la tempête qui faisait rage dans les yeux océans lui arracha un frisson. Un frisson de peur et d'excitation mêlée. Il était peut-être allé trop loin, mais il n'avait pas pu s'en empêcher. Comme si toute raison s'envolait dès qu'il était en présence de cet homme. L'air crépitait autour d'eux, son champ de vision s'était réduit pour ne voir que son adversaire, tournant dans le même sens que lui, pour rester bien en face, scrutant la moindre réaction. Plus par réflexe qu'autre chose, il para le premier coup. Même s'il s'y était attendu, il vacilla légèrement sous la puissance de son vis à vis. Tetsuya l'avait prévenu, mais il jubila en constatant à quel point c'était vrai. Cet adversaire, il le sentait, serait sans commune mesure. Et ce combat, sans merci.
Au premier tintement de l'acier, le bruit assourdissant du combat reprit autour d'eux. Comme une étincelle fait exploser la bombe, Daïki en attaquant avait donné le signal. Du coin de l'œil, il vit son ami éviter un coup de lame à deux bout, lancé par un Kise rageux. Cette fraction de seconde d'inattention lui valut une coupure sur le torse. Légère heureusement, une vengeance il le savait. Son rictus le quitta, prenant vivement conscience qu'il se battait à présent pour sa vie. Peu importe ce qu'il y avait pu avoir entre eux, où ce qu'il y aurait pu avoir. Aujourd'hui, Aomine était l'ennemi. Pendant un temps qu'il ne voyait plus défiler, ils luttaient, parant, esquivant, répondant aux attaques incessantes de l'autre. Puis soudain, il bondit de côté et roula pour se retrouver derrière lui, griffant une jambe à sa portée. Il n'avait pu que l'effleurer, parce que Daïki n'était pas seulement puissant, il était aussi incroyablement rapide et agile. D'un mouvement de bassin il s'était replacé, évitant une entaille plus profonde.
Ce déhanché incroyable, il ne l'avait pas vu sur la piste de danse… Tout en laissant fuir ce souvenir il se redressa, ne lâchant pas le fauve des yeux. Provocant, il lui sourit de nouveau et dans les abysses, il pu lire l'instant précis où Daïki compris. En une seconde qui parurent en durer dix, il vit dans le regard qui l'hypnotisait tant, passer l'étincelle de la compréhension, puis la surprise, l'incrédulité, une certaine… admiration peut-être et enfin la rage. Son regard se fit plus noir encore et ses traits se durcirent. Il profita du moment où son adversaire reprenait ses esprits, recollant sûrement les morceaux du puzzle, pour porter main forte à Izuki en difficulté face à un petit nerveux aux sourcils imposants. Un cri attira son attention un peu plus loin derrière, Hyuga, était en plein duel avec ce qui semblait être un gamin. Il lui lança la première chose qui lui tomba sous la main pour qu'il s'en serve de bouclier.
Les grognements et tintements des armes blanches furent recouverts par un rugissement. Où bien tous avaient cessé de se battre un instant, tétanisé par ce hurlement, il n'était pas sûr.
"TOOOORAAAA !"
"Décidément j'arrive pas à m'y faire à cette version. D'habitude c'est Tiger que les gens m'appellent."
"C'est TOI !?"
"Heureusement que t'as une belle gueule, parce que t'es long à la détente Aho…"
"Au début, je trouvais ça drôle. Mais ton insolence commence à m'agacer sérieusement. Fais tes prières Baka. Aujourd'hui, tu meurs."
Et sans plus de cérémonie, Aomine se jeta sur lui, assénant un coup de sabre si violent qu'il le sentit se répercuter jusqu'en haut de son bras. La douleur lui arracha une grimace mais il le repoussa. Leur duel reprit. L'aura de l'homme face à lui n'était plus seulement impressionnante, elle était terrifiante. La bête était définitivement de sortie. Kagami inspira profondément pour se concentrer et faire appel à toutes ses ressources, laissant peu à peu le calme envahir son esprit, laissant place aux instincts plus qu'au reste. La vitesse et la cadence des coups de lame fut décuplée par la fureur d'Aomine. Il ne faisait que parer, éviter le tranchant de la lame assassine, se concentrant sur le rythme décousu et endiablé de son assaillant. À deux ou trois reprises, les membres de son clan étaient venus en support, distrayant Daïki. Malgré la dangerosité de la situation, et sa vie menacée par un tel adversaire qu'il avait eu la bonne idée de pousser à bout, il se surprit à être excité. Il gardait son calme mais son cœur palpitait d'allégresse. Il se sentait à sa place, en danger peut être, mais plus en phase avec lui-même que jamais, aux côtés de ses frères d'arme, de sa famille, chez lui.
Cette pensée fut interrompue par un rugissement de douleur, il pivota pour voir d'où il provenait et aperçut Kyoshi, un genoux à terre. Immédiatement protéger par les autres, repoussant leurs adversaires. Il frémit de colère, son sang bouillonnait de rage. Plus que pour sa propre vie, la peur qu'il leur arrive malheur si ce combat durait de trop lui donna enfin la force de riposter. Dans un grognement de rage il frappa Aomine au flan et ce dernier recula. Aveuglé par son impatience, Aomine attaquait sans relâche, se fatiguant et laissant des failles au passage. Taïga le remarqua et utilisa sa propre force contre lui et le déséquilibra.
Aomine mit quelque instants à réaliser qu'il était au sol. Cette nouveauté aberrante le sortis de sa transe et il recula, évitant la pointe aiguisée qui menaçait sa poitrine. Il leva le regard pour rencontrer deux orbes rubis presque noir. Les traits de Kagami tordus par la colère le toisait. Trop de choses se bousculaient en lui. La surprise d'être ainsi vaincue, la culpabilité de s'être laissé emporter, lui si maître de ses émotions d'ordinaire, la douleur de la trahison de Testu, l'incompréhension de la situation, la colère de ne pas avoir compris plus tôt que les deux hommes qui l'obsédaient depuis des semaines ne faisaient qu'un, et l'admiration grandissante pour l'homme qui avait littéralement sa vie entre ses mains. Malgré toute la haine qu'il ressentait en cet instant pour lui, il ne pouvait pas s'en empêcher. Jamais il n'avait eu à donner autant lors d'un combat singulier. Et il ne savait pas quoi en penser. Ce mec était déroutant, il avait fini par comprendre qu'il était un boss, mais il n'agissait pas du tout comme tel. Déjà, il se battait lui-même, accompagnant ses gens au combat, leur portant secours dès qu'ils étaient en difficulté au péril de sa sécurité. D'ailleurs en parlant d'eux… il risqua un rapide coup d'œil autour de lui et il réalisa avec effroi que plus d'entre eux étaient debout que les siens. Kagami était un adversaire redoutable et lui et son équipe à présent rassemblé autour de lui dégageaient une puissance, une détermination qu'il n'avait jamais vu. Rarement il avait été aussi impressionné. Pourtant il n'en laissa rien paraître, gardant son aplomb.
Les combats avaient cessé, tous les regards braqués sur Kagami, comme ils l'avaient été sur lui avant que tout ne commence. On entendait que le bruit des souffles saccadés, mais ce silence relatif fut interrompu par le hoquet de surprise de Satsuki. Les gorilles sur les talons elle entra dans la pièce et se figea, sous le choc. Aomine profita de l'instant de confusion pour saisir le pistolet à sa ceinture et le braqua sur Kagami. Au moment où le regard de braise se reposa sur lui, il tira.
