Titre : La pièce vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimer : l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas. L'idée initiale m'a été soufflée par Shirenai.
Mon petit blabla avant de commencer : Hello, tout le monde, j'espère que vous avez passé un bon mois de novembre malgré le contexte. Personnellement, j'ai tenté pour la première fois le NaNoWriMo, ce qui m'a permis d'écrire d'un coup 70k mots, soit dix chapitres de La Pièce Vide ! Vous avez donc l'assurance d'avoir au moins l'histoire jusqu'au chapitre 26 :) Un gros travail de relecture et de réécriture va s'imposer mais en attendant, voilà le chapitre 9 ! J'espère qu'il vous plaira et encore merci aux personnes qui ont pris la peine de me laisser des reviews. ça fait extrêmement plaisir ! Bonne lecture :)
Toujours derrière toi
Le tunnel était tout à faire ordinaire, voire rudimentaire. Un chemin creusé dans le sol, à travers la roche, sans aucun éclairage prévu et Panaya se réjouit d'avoir improvisé une torche. La seule chose remarquable était la longueur du tunnel. Un aller simple pour les montagnes de Briggs. Une partie d'elle-même se fit la réflexion que Mustang devrait garder ce chemin, ne serait-ce que pour des raisons pratiques. Elle imaginait bien des wagons sur les rails. Une manière de déplacer des personnes à grande vitesse et en toute discrétion. Néanmoins le tracé du tunnel en lui-même justifiait sa destruction.
Elle resserra son écharpe autour de son cou afin de se protéger du léger courant d'air qui chuchotait dans le souterrain. S'y introduire n'avait pas été d'une grande difficulté : l'église de Lior était ouverte à tous et personne ne faisait particulièrement attention aux badauds s'y aventuraient. Elle avait pu déambuler à sa guise - ou presque - jusqu'à trouver l'entrée de la cave et dégager le passage de fortune qui donnait accès au tunnel. Et jusqu'ici, Panaya n'avait identifié aucun signe d'effraction. Des outils soigneusement empilés sur à sa droite lui indiquèrent la direction du chantier. Pressentant qu'elle n'en tirerait pas grand-chose, la jeune femme décida de se diriger vers le Sud, armée de sa torche improvisée.
L'entrée de l'église se trouvait à cinq cents mètres au sud de la première entrée officielle du chantier. Quiconque s'introduisait dans le souterrain n'avait pas franchement intérêt à passer par ce point, trop fréquenté et trop surveillé en raison du matériel. En revanche, la seconde entrée, huit kilomètres plus loin, aurait pu laisser s'infiltrer les intrus. Dans tous les cas, Panaya était partie pour une longue nuit.
Sa progression dans le tunnel fut relativement rapide tant celui-ci était vide. Les seuls de signe de vie indiquaient seulement que des rongeurs avaient élu domicile dans le souterrain. En tendant l'oreille, la soldate pouvait entendre leurs petites pattes déraper sur la roche, derrière le bruit de ses pas qui résonnaient étrangement dans le souterrain. Malgré l'absence d'éclairage prévu, les parois étaient remarquablement régulières, à l'exception de quelques crevasses - sans doute des erreurs. Alors qu'elle examinait l'une d'entre elle, un son attira son attention. La jeune femme se redressa et tendit l'oreille. Ça avait cessé.
Elle reprit lentement son chemin et constata que le bruit reprenait, trop fort pour être causé par un rat, si gros soit-il, et ne pouvait signifier qu'une seule chose : elle n'était plus seule dans le souterrain. Au lieu de s'inquiéter, Panaya sentit l'adrénaline et l'excitation se répandre dans son corps : avec un peu de chance, il s'agissait peut-être de son coupable et elle bouclerait l'enquête suffisamment rapidement pour être de retour chez elle le lendemain soir.
Sans modifier son allure ou son comportement, la soldate continua à inspecter les alentours. Malheureusement, l'endroit n'offrait que peu de cachettes et sa torche indiquait avec précision son emplacement à elle. L'éteindre était exclu, bien sûr, sans quoi elle était bonne pour trébucher dans le noir. Elle continua à avancer jusqu'à trouver une irrégularité dans la roche, pile à la bonne hauteur. Même couché, son flambeau continuait à brûler de façon tout à fait respectable. Panaya s'éloigna un peu pour admirer son œuvre puis, satisfaite, partit se dissimuler dans l'une des crevasses, pour attendre patiemment son poursuivant.
Un homme, grand, blond. Habillé en noir et jeune, sans doute à peine sorti de l'adolescence. Aucun signe ne permettait de déduire son identité. Il s'était dirigé vers la torche et l'examinait maintenant d'un air perplexe.
"Vous voulez me dire ce que vous faites ici ?" demanda calmement Panaya en sortant de l'ombre, son arme pointée vers lui.
L'individu haussa un sourcil à la fois choqué et surpris : "Je pourrais vous retourner la question, madame. Vous vous trouvez sur un chantier de l'armée.
- Je sais, mais j'ai demandé en premier."
Son interlocuteur sembla retenir à grand peine un grognement face à l'immaturité de sa question.
"Je suis responsable du chantier. Sous-lieutenant James Reynes.
- Une preuve de votre identité ?"
L'homme tendit avec agacement son poignet afin de montrer ses plaques d'identification. Dommage, se dit Panaya, elle allait devoir rester à Lior un peu plus longtemps. Elle rabaissa son arme pour uniquement voir Reynes lever la sienne et la tenir en joue. Elle soupira.
"Est-ce que vous savez que menacer un officier de l'armée est un délit ? lui demanda-t-il à son tour.
- Sauf si on a le même employeur.
- Une preuve de votre identifié ?" demanda Reynes, faussement courtois.
Panaya secoua la tête.
"Aucune, si ce n'est le Wesson", répondit-elle en montrant son arme.
L'arme était répandue au sein des troupes et son usage exclusivement réservée à l'armée, même s'il n'était sûrement pas impossible de le trouver sur le marché noir.
"Et combien de personnes sont au courant de l'existence de ce passage ? même au sein de l'église de Lior ?
- Tout passage secret peut être découvert.
- Possible, répondit Panaya avec un haussement d'épaule. Mais croyez moi, j'ai autre chose à faire de mes nuits que de venir m'aventurer sur un chantier militaire.
- Alors que faites-vous ici ?
- Comprendre qui s'amuse à terrifier vos hommes, sous-lieutenant."
Celui-ci sembla débattre intérieurement de la démarche à suivre. La procédure aurait voulu qu'il la menotte et la ramène au quartier général mais Panaya connaissait l'entrée officieuse du tunnel, utilisait une arme de poing manifestement d'origine militaire et était manifestement au courant de l'affaire.
"Ce que je vous propose, sous-lieutenant, pour éviter qu'on en perde tous les deux notre temps : vous me gardez à l'œil avec votre arme - je consens même à marche à une certaine distance devant vous - et vous me laissez inspecter le tunnel ? Si je vous avais voulu du mal, j'en aurais profité lorsque je vous avais en joue."
Ce dernier argument sembla peser dans la balance mais pas suffisamment.
"Donnez-moi votre arme.
- Pas moyen, répondit-elle avec un petit rire."
L'officier fronça les sourcils : "J'ai une arme braquée sur vous.
- Et vous aurez l'air totalement stupide si vous tirez sur une de vos collègues, rétorqua-t-elle."
Panaya avait profité de la conversation et du débat intérieur de son interlocuteur pour se rapprocher discrètement de lui, jusqu'à être à une distance de touche confortable.
"Allez, on ne va pas y passer la nuit ! A moins que tu ne veuilles retourner pleurnicher dans les jupes de Mustang. Te faire consoler ? Peut-être avec une pipe ?"
Sa soudaine vulgarité le surprit et cette fraction de seconde fut nécessaire pour que Panaya passe sous sa garde, soulève son bras et lui fasse lâcher son arme d'une torsion du poignet.
"On ne vous apprend vraiment plus rien à l'école de guerre, maintenant, fit-elle remarquer d'un ton narquois."
Le visage de Reynes était devenu pourpre de colère - du moins de ce qu'elle pouvait voir à la lumière de la torche. Pour calmer un peu le jeu, Panaya le relâcha et lui tendit son arme.
"Est-ce qu'on peut y aller, maintenant ?"
Partagé entre la colère et l'humiliation, l'officier lui fit signe de marcher devant lui. Panaya reprit sa torche, sans autre commentaire.
"J'imagine que vous avez fouillé le tunnel de jour sans trouver qui que ce soit dedans ? demanda-t-elle avec autorité. Des indices ?
- Aucun, répondit Reynes avec réluctance.
- Alors vous avez décidé de mettre en place une surveillance de nuit."
Celle-ci n'était sûrement pas officielle, étant donné que le sous-lieutenant n'était pas en uniforme, mais Panaya s'abstint de tout commentaire et continua d'avancer. Ils progressèrent lentement et en silence pendant plusieurs heures, sans rien trouver de plus intéressant que des cadavres de rongeurs et un putois qui leur fit froncer les sourcils à tous les deux. Clairement, ils n'allaient pas terminer en une nuit. Ils prenaient leur temps, pour inspecter chaque recoin et ne pas manquer quoi que ce soit et seul le bruit de leurs pas résonnant dans le souterrain rompait le silence.
"Mustang vous a envoyée ici ? demanda soudain Reynes."
Panaya acquiesça distraitement, d'humeur peu bavarde.
"Parce qu'il pense que je ne suis pas capable de résoudre le problème ?
- Oh, je ne le prendrais pas comme ça, si j'étais vous. Voyez ça plutôt ça comme de l'aide pour inspecter ces trente kilomètres du tunnel.
- Je ne pense pas que...
- Chut, l'interrompit calmement Panaya."
Reynes fronça les sourcils mais elle l'ignora et brandit sa torche, décrivant un arc de cercle autour d'elle. Rien et pourtant.
"Vous entendez ? demanda-t-elle à son coéquipier improvisé.
- Entendre quoi ?
- Des chuchotements, je dirais ?
- Je n'entends rien.
- Mais il y a bien quelque chose.
- Il n'y a rien."
Encore une fois, Panaya fit mine de ne pas l'avoir entendu et s'avança sans l'attendre. Avec un instant de retard, il lui emboîta le pas pour ne pas se retrouver dans l'obscurité. La jeune femme se dirigea avec calme vers la paroi extérieure du tunnel puis revint un instant sur ses pas.
"ça vient de là.
- Je n'entends rien. Aucun chuchotement.
- Pas vraiment un chuchotement, corrigea Panaya, mais quelque chose comme... de la neige. Un bruit blanc peut-être ?"
Elle rapprocha la torche pour examiner la paroi mais celle-ci n'offrait aucune crevasse, aucune imperfection dans laquelle quelqu'un aurait pu laisser quoi que ce soit. Reynes leva un sourcil sceptique et consulta sa montre : "ça fait six heures qu'on marche. Peut-être que c'est la fatigue ?
- Je ne pense pas, répondit-elle d'une voix distraite en inspectant la paroi."
Le bruit, ténu mais bien présent, venait définitivement de cet endroit. Restait à comprendre ce qui le diffusait et comment le dispositif était dissimulé. Se mordillant la lèvre inférieure dans une mimique de concentration, elle entreprit d'examiner la paroi à lumière rase. Rien. Du bout des doigts, elle commença à effleurer les murs humides, maculant sa main de boue. Et soudain, elle sentit quelque chose bouger sous ses doigts. Là. D'un geste sec, elle tira vers elle la pierre qui tomba dans un bruit sourd devant elle : une radio sans fil, posée dans une crevasse suffisamment haute pour que personne ne la remarque et dont l'étroite entrée était dissimulée par un rocher. Panaya réprima un sourire victorieux et se tourna vers Reynes : "On peut dire que ce n'était pas juste de la fatigue ?"
Les rues étaient animées en ce début d'après-midi. Le soleil et l'agréable petite brise avaient fait sortir de chez eux de nombreux habitants et beaucoup s'étaient laissés tentés par les terrasses. En conséquence, les places sous les précieux parasols étaient rares. Breda avait réussi à trouver une petite table au milieu de la foule. Il fit un signe nonchalant à Arthur qui, après une fraction de seconde, le rejoignit à la table et se laissa tomber en face de lui, toujours un peu renfrogné.
"Bonjour Arthur."
L'indic répondit par un grognement.
"Tu prendras quelque chose ?
- Si tu paies"
Breda laissa échapper un petit rire avant de faire signe à une serveuse. Les deux hommes avaient l'air étrangement déplacés à la terrasse de ce petit restaurant. Parmi les couples et les familles qui profitaient du beau temps et du week-end, l'air maussade d'Arthur faisait tâche mais cela pourrait sans doute les aider.
"On va être là pour un moment. Tu voudras un verre."
Arthur lui lança un regard assassin tandis que la serveuse s'éloignait avec leur commande - bière pour lui, soda pour Breda.
"Ne crois pas que je vous ai pardonné ma petite péripétie.
- Vois le côté positif des choses : tu es toujours en vie, fit remarquer le soldat.
- Pas grâce à vous, grommela Arthur, un peu pour la forme.
- Détends-toi. Tu vas finir par faire fuir l'ensemble de la clientèle. Ou alors la serveuse va essayer de nous virer d'ici.
- Tu es sûr de ton coup ?
- Pas vraiment mais est-ce que tu as une meilleure idée ?"
Après son incident nocturne, Arthur avait préféré faire profil bas pour quelques jours afin de semer les personnes à sa poursuite. Malheureusement pour lui, son assaillant avait eu l'occasion de voir son visage et il n'était pas impossible qu'il le retrouve même parmi la foule dense de Centrale. Il s'était donc résolu à mettre Breda au courant - l'insultant copieusement au passage histoire de joindre l'utile à l'agréable - et le soldat lui avait proposé un plan plutôt osé. La veille, dans une ruelle sombre, l'idée lui avait parue bonne mais à la lumière du jour, Arthur n'était plus aussi certain.
"Tu as combien de personnes postées ? demanda-t-il en jouant avec le dessous-de-verre.
- Une.
- Seulement une ?
- On fait avec les moyens qu'on a, répondit Breda d'un ton laconique.
- Et qu'est-ce qu'on fait si plusieurs personnes arrivent ? et s'ils se mettent à plusieurs à nous suivre ? Ou s'ils ne viennent pas ?
- On improvisera".
Arthur répondit d'un grognement.
"Calme-toi, répéta Breda. On trouvera une solution.
- Facile à dire, répliqua l'indic. Ce n'est pas toi qui as été attaqué dans une ruelle sombre."
Breda comprenait l'indignation et l'inquiétude d'Arthur. Après tout, celui-ci n'était pas un combattant et en cas d'attaque à plusieurs, il ne ferait pas le poids. Mais le soldat se contenta de hocher la tête : "T'inquiète pas : je n'ai pas pris n'importe qui pour ce job."
Colt jeta un regard négligent par-dessus son livre. Elle avait trouvé l'emplacement parfait au balcon d'un restaurant un peu plus loin : sa position lui permettait de surveiller l'ensemble de la place, tout en faisant semblant de lire. Le seul inconvénient était qu'elle était beaucoup trop visible, dans sa tenue civile et avait dû éconduire fermement quelques hommes. Heureusement, pour l'instant, Breda et Arthur avaient décidé de rester bien sagement à leur place. Elle se pencha dans son livre et laissa ses cheveux blonds faire rideau autour de son visage pour mieux étudier les clients attablés sur la place. La plupart était des familles venues profiter du beau temps et Colt les ignora presque automatiquement. Elle se concentra plus particulièrement sur les couples et les personnes seules mais jusque-là, rien ne lui avait paru suspect.
"Vous désirez autre chose, mademoiselle ?"
Avec un sourire, elle se tourna vers le serveur et commanda à nouveau un jus de fruit. La moue de son interlocuteur la renseigna très vite sur l'agacement qu'il éprouvait face à une cliente qui en deux heures sur une place de choix au balcon n'avait consommé que deux jus de fruit et un verre d'eau. Colt lui adressa un vague sourire d'excuse - le budget de l'armée n'était pas extensible sans quoi elle se serait fait un peu plus plaisir. Mais lorsqu'elle reporta son attention sur la place, un homme attira son attention : manches longues malgré la chaleur et chemise couleur sable, il avançait d'un air détendu vers une table mais quelque chose dans son expression intrigua la soldate. Même de là où elle se trouvait, Colt pouvait distinguer son regard acéré. Et la façon dont son regard balayait mécaniquement la foule confirma son intuition. C'était leur homme. Et à en juger par son comportement, les attaques dans les ruelles désertes étaient clairement plus dans ses compétences que les filatures discrètes.
Elle attendit un instant et l'homme ne fut pas long à confirmer ses soupçons : il ignora une table à côté de la fontaine, qui lui aurait permis de se rafraîchir un peu dans la chaleur de l'été, et s'installa à une autre, plus excentrée mais qui disposait d'une meilleure vue sur la table de Breda et Arthur. Il leur lança quelques regards qui auraient pu être discrets si Colt ne l'avait pas déjà identifié. C'était son jour de chance : il n'avait pas fallu longtemps avant que l'indic n'attire le poisson.
Comme convenu, Colt se débarrassa de sa veste rose fuchsia et son supérieur mit quelques minutes à remarquer le signal. Quelques minutes plus tard, les deux hommes se levèrent de concert et leur suspect ne fut pas long à leur emboîter le pas. Colt attendit un instant mais n'identifia aucun complice. Elle quitta alors rapidement la terrasse, abandonnant sans scrupule sa veste, beaucoup trop visible pour une filature, et s'engouffra dans les ruelles, pour rattraper le suspect.
Breda et Arthur tournèrent un instant dans le quartier, donnant l'impression de flâner nonchalamment dans les quartiers commerçants. Tactique militaire de base. Ils continuèrent leur manège pendant une petite heure avant de se séparer. L'homme parut hésiter un instant mais comme prévu, il choisit de suivre le roux qui prit le chemin d'une vieille planque - rentrer chez lui avec un poursuivant sur les talons était relativement déconseillé.
Colt s'engouffra dans la boulangerie de la rue et vit à travers la vitrine Breda remonter d'un pas insouciant les marches de l'immeuble. Quelques instants plus tard, le suspect inspectait les boîtes aux lettres. Le nom indiqué - Paul Mauroy - ne lui serait d'aucune aide mais ça, il ne le savait pas encore.
"Vous souhaitez quelque chose ? demanda la boulangère.
- Je jetais juste un œil aux pâtisseries, expliqua Colt en relevant les yeux.
- Rien qui ne vous tente ?
- Pas cette fois, mais peut-être la prochaine ?"
Après un sourire d'excuse la soldate ressortit à temps pour voir son suspect tourner au coin de la rue. La vraie filature commençait maintenant.
Rassembler les généraux en dehors des réunions mensuelles n'était pas exceptionnel mais l'air semblait chargé d'électricité. En raison du contexte, Cochrane était le seul à ne pas être présent, avec l'accord de Mustang : s'éloigner de la région alors qu'une explosion venait de tuer une trentaine de personnes aurait envoyé un mauvais signal à la population. Leur point téléphonique quelques jours plus tôt avaient néanmoins permis à Mustang et Cochrane de se mettre d'accord concernant la réaction de l'armée.
"La majorité des troupes de l'Ouest sera mobilisée sur West City et la région du Vakaran, afin de renforcer la sécurité : des mesures exceptionnelles pour veiller à la sûreté des lieux publics seront mises en place. Renforcement des patrouilles en centre-ville, contrôle des regroupements de personnes et fouilles corporelles si besoin, à l'approche des lieux de pouvoir symbolique de l'armée : avant-postes, hôpital militaire, bibliothèques, casernes."
Les trois généraux acquiescèrent en silence à la lecture des mesures de sécurité. Cette procédure n'était pas nouvelle et avait déjà été mise en place dans plusieurs villes - Lior et Ishbal pour ne citer qu'elles. L'armée savait comment gérer les situations de violence. L'enjeu était de ne pas laisser cela dégénérer dans une nouvelle guerre civile.
"En compensation, les troupes du Nord et du Sud seront mobilisées pour aider à sécuriser les frontières Nord-Ouest et du Sud-Ouest de la région Ouest. Des troupes de Centrales seront également détachées dans le reste du territoire. L'ensemble de ces troupes seront mobilisées, tant que le protocole de sécurité sera activé.
- Personne ne remet en cause l'obligation de solidarité avec Cochrane, interrompit calmement Olivia Armstrong. Mais qu'en est-il des troupes de l'Ouest ? A-t-on trouvé les causes du dysfonctionnement dans la gestion de la crise précédente ? le détournement train ? Avant d'envoyer mes hommes en renfort, je voudrais savoir dans quelle situation ils mettront les pieds."
L'absence de Cochrane ne tombait pas plus mal. Qui sait comment le général de l'Ouest aurait pu réagir face à Armstrong ? Mustang conserva une expression aussi neutre que possible : "L'enquête est en cours et vous comprendrez, Général Armstrong, qu'en ces circonstances particulières, les enquêteurs peinent à avancer.
- Cela fait déjà un mois que le FLO a pris le contrôle de ce train. Soit vous ne fouettez pas suffisamment vos hommes, soit ceux-ci n'ont aucun intérêt à remonter la vérité.
- La patience est une vertu, rappela calmement Mustang en ignorant le regard meurtrier de son interlocutrice. Vous serez informés des résultats de l'enquête dès que possible. En attendant, nous avons d'autres détails à discuter. Remington ?
- Le Front de Libération de l'Ouest est connu depuis quelques années, enchaîna l'officier, mais son action s'était surtout concentrée autour de rassemblements pacifiques, de discours publics concernant l'autonomie et l'indépendance du Vakaran. Pour cette raison, aucune décision n'a été prise à leur encontre. Leur première action d'envergure correspond au détournement de train le mois dernier.
- Cette première action est atypique pour une organisation si peu expérimentée, fit remarquer Grumman. Un détournement demande une planification rigoureuse, la coordination de l'ensemble des hommes à bord du train. Et ils étaient suffisamment déterminés pour mourir à bord du train plutôt que d'être pris prisonniers.
- Et l'explosion dénote un changement de méthode, rajouta Ravier. Ils sont prêts à faire des victimes. Changement de comportement radicale pour une organisation qui, jusque-là se contentait de rassemblements publics."
Remington hocha la tête : "Nous pensons qu'ils n'agissent pas seuls. Une autre organisation, plus structurée et plus expérimentée les a incités à changer leur mode d'action. Drachma ou même Creta. Les armes retrouvées à bord du train venaient manifestement de Drachma mais les numéros d'identification avaient été retirés.
- N'importe qui aurait pu se procurer ces armes sur le marché noir, pointa Armstrong. Cela ne signifie pas pour autant que Drachma est impliqué.
- Mais ça commence à être un début de preuve.
- Possible, répondit Mustang. En tout cas, des incidents aux frontières sont à prévoir au Nord, à l'Ouest et partiellement au Sud. Toutes les frontières communes avec Drachma et Creta, en somme. Et l'explosion, à peine un mois à près, nous indique que le FLO ne s'arrêtera probablement pas là."
"Alors ils vous ont finalement inclus dans le cercle des initiés."
Remington commençait à avoir la sale habitude d'apparaître par surprise dans son dos et Audra n'appréciait pas tellement.
"Bonjour à vous également, colonel. Que me vaut ce... plaisir ?"
Remington ne sourcilla pas face au ton dégoulinant de sarcasme et lui tendit un dossier : "Je pensais vous remettre en mains propres les dernières nouvelles que nous avons de l'Ouest.
- C'est très gentil à vous, murmura la jeune femme, plus par politesse que réelle conviction.
- Et je voulais voir si Mustang et Hawkeye vous avaient mis dans la confidence. A en juger par l'absence de frustration dans votre comportement, je dirais que oui.
- Peut-être que j'ai su prendre mon mal en patience, en attendant que les conclusions de l'enquête ne soient officielles et mises à ma disposition ?
- A d'autres, commenta Remington avec un sourire en coin. Ne me faites pas croire, madame la journaliste, que la curiosité ne vous a pas rongée jusqu'à aller exiger des réponses de notre duo dirigeant. Des réponses auxquelles vous aviez droit, précisa-t-il."
Evans ne répondit pas et fit semblant de reporter son attention sur le dossier, dans l'espoir que le soldat la laisse tranquille mais celui-ci la suivit jusqu'à son bureau. Il était pire qu'une tique.
"Que voulez-vous au juste ?
- Simplement voir votre réaction. Est-ce qu'enfin vous comprenez que vous ne faites pas partie de ce gouvernement ? Que Mustang et Hawkeye vous tiendront toujours à l'écart ?"
Audra haussa un sourcil surpris : "Vous savez que votre comportement n'a réellement aucun sens : vous essayez de me faire quitter ce gouvernement et ensuite vous commencez à réellement collaborer avec moi ? Maintenant vous tenez encore de me faire passer le message que je n'ai pas ma place ici. D'autres personnes pourraient croire que vous n'avez soit aucune mémoire, soit un jumeau qui vous remplace de temps en temps. Ou peut-être est-ce une tactique militaire de rendre vos ennemis si confus qu'ils en jettent l'éponge ?"
Remington leva les yeux au ciel avant d'avouer avec réticence : "Je vous ai certainement mal jugée. Mais j'ai compris que nos objectifs n'étaient peut-être pas si incompatibles que cela.
- Merveilleux.
- Il conviendrait donc de davantage collaborer avec vous afin d'obtenir de meilleurs résultats. Pour l'armée, précisa-t-il.
- Alors pourquoi ce discours à l'instant ? demanda Audra."
Remington lui jeta un regard mi-méprisant mi-agacé et la jeune femme eut le sentiment de retrouver l'homme qu'elle connaissait.
"Parce que vous vouez une confiance aveugle en Mustang et Hawkeye - d'ailleurs plus à Hawkeye qu'à notre cher généralissime - et votre comportement est tout à fait stupide. Mais j'imagine que je ne suis pas le seul à vous l'avoir dit, vos amis journalistes ont bien dû vous le dire à un moment.
- Allez droit au fait, colonel, rétorqua Evans. Je n'ai pas le temps pour toute cette rhétorique.
- Ils vous cachent une partie des faits, vous tiennent volontairement à l'écart. Si je n'avais pas fait exprès de mentionner l'effraction dans le central téléphonique, combien de temps aurait-il fallu pour qu'ils vous mettent au courant ?"
Audra ne répondit pas car elle avait eu le temps de se poser elle-même la question, avant de forcer la main du colonel Hawkeye.
"Vous avez un objectif louable, continua Remington d'une voix plus calme, et je pense qu'il est dans notre intérêt à tous à ce que nous continuons à collaborer, si ce n'est davantage. Mais je veux que vous ouvriez les yeux et compreniez que tous ne seront pas aussi francs et directs que moi et que vous ne pouvez pas accorder votre confiance à n'importe qui".
Panaya s'accorda quelques heures de repos avant de rejoindre Reynes pour le deuxième round. La suite de leur inspection n'avait rien révélé d'autre et pour le moment, la radio constituait leur seule preuve que les phénomènes du tunnel étaient d'origine humaine. Ils avaient emporté avec eux le poste sans fil et la prochaine étape consisterait sans doute à guetter les allées et venues dans le souterrain pour identifier leur coupable. Encore d'autres longues nuits en perspective. Néanmoins, ce fut avec un enthousiasme tout intérieur que Panaya alla à la rencontre du jeune officier : le bon côté des choses, c'est qu'à priori, il ne s'agissait pas d'une bête surnaturelle.
"Aucun incident sur le chantier ? Comportement suspect ? demanda-t-elle en guise de bonjour."
Le jeune officier était presque affalé sur la table du café dans lequel ils s'étaient donné rendez-vous. Suite à leur nuit de fouille, il avait dû enchaîner avec sa journée de travail ordinaire. Pas étonnant qu'il soit prêt à s'endormir sur place. Reynes fit néanmoins l'effort de se redresser lorsqu'elle s'assit en face de lui :
"Rien que je n'ai remarqué, répondit-il avec réserve.
- J'ai prévenu les boss de notre découverte. Je propose de dédoubler la surveillance : vous pourrez assurer la surveillance de jour et moi la nuit. Qu'il s'agisse d'un ouvrier qui déplace et planque son matériel en plein jour, ou d'un petit malin qui s'infiltre la nuit, à nous deux, on devrait arriver à le coincer."
Le café était suffisamment bondé pour leur permettre de discuter sans avoir peur d'être écoutés. Reynes s'était arrangé pour obtenir une table dans le fond, contre un mur et leurs seuls voisins immédiats s'étaient lancés dans un concours d'anecdotes ridicules concernant un habitant apparemment très anxieux. Leurs rires et le niveau sonore général rendaient impossible toute écoute.
"ça fait plusieurs points d'entrée à surveiller toute seule, fit remarquer Reynes.
- Je ne compte pas surveiller les entrées mais la cachette"
Reynes haussa un sourcil surprit : "Vous comptez passer la nuit à attendre dans le souterrain ? dans le noir complet ?
- Pas dans le noir complet. Je me disais qu'une bougie et des allumettes seraient suffisamment discrètes ? Après tout, je vous ai entendu approcher bien avant de vous voir.
- ça fait beaucoup de temps passé dans le noir, quand même. Pas la configuration idéale pour une planque."
Panaya haussa les épaules : "C'est le seul plan qui me soit venu à l'esprit. Est-ce que vous avez d'autres idées ?"
La question était purement rhétorique car Reynes n'avait aucune ressource à affecter à cette surveillance et tous les deux le savaient.
"On fait comme ça alors. On reste en contact par radio ?" proposa-t-il en lui tendant un walkie qu'il lui tendit sous la table. Visiblement, lui aussi avait réfléchi au cours de la journée.
"Je vous préviendrai dès que j'aurai des nouvelles et assez rapidement, espérons-le."
Panaya fit un crochet ravitaillement avant de prendre la direction de la seconde entrée. Des locaux temporaires avaient était construits autour afin d'abriter l'entrée qui n'était rien d'autre qu'un trou creusé dans le sol et un large périmètre avait été délimité, principalement pour entreposer matériels et outils. De l'extérieur, on ne voyait qu'un chantier militaire comme un autre et aucun signe n'indiquait l'objet des travaux. La jeune femme fit deux fois le tour du site avant d'identifier un endroit où un arbre plus bas que les autres lui permit de se faufiler par-dessus la grille. Elle constata ensuite qu'aucun soldat n'était posté devant l'entrée du préfabriqué - ou alors il était parti en ronde - et se glisser dans le boyau fut aussi simple que de s'introduire dans l'église de Lior.
A sa plus grande surprise, l'attente ne fut pas si longue que cela. Elle s'était perdue dans la contemplation de la flamme hypnotique qui dansait devant ses yeux et aurait bien eu du mal à dire combien de temps s'était écoulé, lorsqu'un bruit l'arracha de sa torpeur. Un bruit sourd, comme quelqu'un qui s'était laissé glisser dans le souterrain. Puis un autre. Deux personnes, donc. D'un souffle, elle éteignit la bougie qu'elle abritait entre ses mains et pria pour que les deux individus aient pensé à amener une lampe, sans quoi ils étaient tous bons pour tous trébucher dans le noir. Panaya n'avait pas mesuré à quel point la cachette se trouvait loin de l'entrée et attendit ce qui lui sembla être une éternité avant de voir émerger des silhouettes de l'obscurité, éclairées à la lueur d'une lampe.
"Mais c'est une blague, murmura-t-elle pour elle-même."
Reynes accourut plus vite que Panaya n'aurait pu l'imaginer. A croire que ce type n'était pas réellement humain. Les coupables furent alignés dans le poste de sécurité du site et les parents ramenés sans autre forme de procès par quelques officiers.
"Je ne comprends pas...
- Pour résumer les choses, monsieur...
- Schultz.
- Monsieur Schultz, votre fille a été retrouvée sur un chantier de l'armée."
La fillette en question se ratatina sur place encore plus, si c'était possible.
"Mais Annie, que faisais-tu là-bas ?"
La concernée n'osa pas répondre et, parce qu'il avait pitié de la gamine mais aussi parce qu'il était pressé de clore l'incident, Reynes répondit à sa place : "Nous avons également retrouvé une radio sans fil, cachée sur le chantier. Il semblerait que vos enfants aient trouvé très drôle de jouer un tour aux hommes travaillant sur le chantier et leur faire peur."
Les trois parents présents regardaient d'un air effaré leur progéniture qui tentait de s'enfoncer dans le sol. Panaya avait surpris deux gamins d'à peine dix ans, convaincus d'avoir mis au point la meilleure blague de l'année, et leur avait fait une frayeur qui les suivrait sans doute encore un bon bout de temps. Rapidement, les cinq enfants - deux dans le tunnel et trois à la surface pour faire le guet - avaient confessé : ils avaient eu l'idée en jouant avec une radio sans fil que l'un des parents avait laissé de côté. La plaisanterie avait ensuite tellement bien pris que d'autres avaient repris l'idée ailleurs. Reynes se chargea de passer en règle un savon aux enfants, avant de les laisser repartir avec leurs parents.
"Comment est-ce que je vais dire ça au généralissime ? demanda Reynes d'une voix abattue.
- Le bon côté des choses, c'est qu'il ne s'agit rien de grave. Avec la frayeur que vous leur avait faite, vous n'avez même pas besoin d'essayer d'attraper les autres petites bandes. Ils vont sûrement arrêter d'eux-mêmes et vous n'aurez qu'à récupérer les radios sous les yeux de vos ouvriers. Et le chantier pourra reprendre.
- Je n'aurais plus aucune crédibilité auprès de Mustang..."
Panaya haussa les épaules : ça, elle n'y pouvait rien.
Breda ne resta qu'un quart d'heures à peine, dans la planque gentiment prêtée par Fuery - il faudrait penser à le remercier. A peine aperçut-il Colt quitter la rue pour suivre leur suspect, qu'il ressortit également, glissant la clé dans la planque convenue, entre les tuyaux d'eau du pallier. Un coup d'œil à sa montre lui indiqua qu'il n'avait que peu de temps avant de devoir relever Smith de sa garde. Depuis l'incident, Breda n'était pas tranquille à l'idée de laisser deux hommes uniquement à la surveillance des Bradley, et Smith encore moins. S'il avait pu, il aurait envoyé l'homme loin de Selim et loin de la veuve Bradley. Mais malheureusement pour lui, Smith était trop grand, trop charpenté pour passer inaperçu au sein d'une foule et Colt était davantage taillée pour les missions nécessitant discrétion - son petit gabarit l'aidant bien. Elle avait également pour elle le sens de l'observation et une intuition sans pareil. Avec Panaya dans l'Est, Breda avait donc dû se résoudre à maintenir Smith à la surveillance.
Néanmoins, depuis cette fameuse soirée, aucun incident n'avait été relevé, sinon une explosion d'un tas de compost chez les voisins. Leur inspection n'avait pas révélé grand-chose : le tas de compost, pour une raison qui leur échappait, avait soudainement décidé d'exploser. Aucune trace d'explosifs, rien qui ne puisse en indiquer l'origine. Un coup de frères Elric, à n'en pas douter. Entre ça et la perte de connaissance de Smith, Breda n'avait que peu de doutes. Avant de rejoindre la planque, il fit un crochet par l'hôtel que leur avaient indiqué les deux frères mais s'ils avaient bien pris une chambre dans cet établissement, l'employé au guichet leur indiqua qu'ils n'étaient pas présents. Pas de chance.
"Il s'est passé quelque chose ? demanda Breda en arrivant dans la planque.
- Deux choses, répondit Smith sans quitter des yeux la maison. De un : un de tes petits coursiers est venu glisser un mot. Probablement un télégramme de Panaya. Et deux... les frères Elric sont venus faire un tour dans le voisinage.
- Pardon ?"
Voilà donc l'explication de leur absence.
Smith haussa les épaules : "Ils sont arrivés par le haut de la rue, ont fait un petit tour sans trop s'approcher de la maison ou rentrer dedans et sont repartis via le petit bosquet. Je ne saurais même pas te dire s'ils sont réellement repartis ou non.
- Et ils ne sont pas rentrés dans la maison ?
- Absolument pas. Et Breguet m'a confirmé par radio qu'ils n'étaient pas rentrés."
Et qu'il était toujours bien conscient. Smith reporta son attention vers les jumelles, gêné d'avoir été pris à défaut deux fois dans sa garde mais Breda s'abstint de tout commentaire. En temps normal, Smith aurait reçu des remontrances, surtout pour avoir été incapacité par un ancien Alchimiste d'Etat, mais ils ne savaient toujours pas ce que la veuve Bradley avait bien pu lui faire et dans quelle mesure il avait été affecté. Par ailleurs, Edward Elric n'était pas à prendre à la légère, alchimie ou pas.
"Alors quelque chose se passe réellement chez les Bradley.
- J'en ai bien l'impression."
Breda commença à tapoter nerveusement sa cuisse. Cela ne voulait rien dire en soi mais il n'aimait pas cela. Que les frères Elric restent après leur dernière entrevue la veille, avec Mme Bradley pouvait être interprété de deux façons : Mme Bradley avait souhaité se débarrasser de l'armée et leur avait demandé de régler un problème dans le voisinage pour elle. Si oui, quoi et pour quelle raison les frères auraient-ils accepté ? Ou alors, les frères Elric avaient remarqué quelque chose d'anormal chez les Bradley et décidé de garder un œil sur la petite famille ? Dans les deux cas, Breda avait besoin de savoir ce qui se tramait. Si les frères Elric étaient contre ou avec eux.
"Je vais relever Breguet et lui partira vérifier si les deux sont toujours là-bas. Si oui, il doit leur tirer les vers du nez. Tout le monde reste en contact radio permanent.
- Tu penses qu'ils risquent de s'en prendre à lui ?
- Peut-être pas ouvertement comme ça, même si leur comportement est difficile à prédire. Mais ils ont plus ou moins coopéré la dernière fois. Ils ont juste refusé de parler."
Smith hocha la tête : "Et ce message de Panaya ?"
Breda l'en avait presque oublié. Il attrapa le pli et commença à lire, avant de soupirer. C'était toujours ça de moins.
"Ils ont trouvé une radio planquée sur place.
- Peut-être pas d'homonculus là-dedans alors ?
- Probablement pas. Une bonne surprise" Au moins une, commenta Breda pour lui-même. "Panaya reste sur place le temps de trouver le fin mot de l'histoire.
- J'ai quand même hâte qu'elle revienne. Qu'on puisse dormir un peu plus entre chaque garde.
- Tu ne me feras pas dire le contraire, marmonna Breda. Mustang nous doit des tas de congés."
Les filatures étaient toujours longues et fatigantes. C'était la raison pour laquelle elles étaient généralement effectuées par un binôme. Ça et le risque de perdre le suspect. Colt n'aurait pas dit non à une petite pause, ne serait-ce que pour attraper un morceau à manger ou aller aux toilettes. Mais elle était seule alors la filature continuait. Vivement le retour de Panaya. Le suspect ne semblait pas l'avoir découverte et après l'avoir baladée un peu, semblait être rentré chez lui. Un coup d'œil aux boîtes aux lettres ne lui révéla pas grand-chose. Seul le nom d'une société avait été renseigné : Baudry père et fils, serrurerie. Elle l'avait noté au cas où et depuis, elle faisait le pied de grue devant l'immeuble, en espérant que son suspect ne se ferait pas la malle par une sortie dérobée.
La chance devait être avec elle car en début de soirée, son homme ressortit par la grande porte. Toujours dans une tenue similaire : pantalon noir, chemise discrète. Une tenue qui criait presque "Je vais préparer quelque chose de louche". Colt lui laissa une longueur d'avance avant de lui emboîter le pas. Elle n'avait pas pu se changer, au risque de louper la sortie de son suspect, et s'était contentée d'enfiler un pull bleu clair par-dessus sa chemise et de relever ses longs cheveux blonds en une queue de cheval. Des fausses lunettes l'aidaient, elle l'espérait, à ressembler un peu moins à une étudiante et un peu plus à une jeune femme.
Encore une fois, son suspect prit soin d'emprunter quelques détours dans le centre-ville de Centrale et parmi la foule animée, Colt manqua de le perdre plusieurs fois. Les rues fourmillaient de salariés et d'étudiants qui terminaient leur journée de travail et rentraient chez eux, faisant un petit crochet pour profiter d'un verre avec leurs amis. L'homme prenait un plaisir sadique à se faufiler parmi les groupes - Colt aurait pu en jurer - et plusieurs fois, elle loupa un battement de cœur et dut accélérer le pas pour ne pas définitivement le perdre.
A son grand soulagement, il finit néanmoins par quitter le quartier commerçant pour se diriger vers des rues plus calmes. La soldate lui laissa prendre davantage d'avance pour ne pas être repérée - si suivre une cible au milieu d'une foule était un calvaire, celle-ci présentait au moins le mérite de dissimuler sa présence. Néanmoins, son suspect avait semblait-il fini de jouer. Avec surprise, elle se rendit compte qu'il se dirigeait vers une résidence militaire : passé le grade de caporal-chef, les soldats pouvaient sortir de la caserne et loger dans une des résidences mises à disposition par l'armée. Elles étaient généralement situées à proximité des sites militaires et exclusivement habités par les soldats ainsi que leurs familles.
Son homme allait donc la conduire directement à son sponsor ? Colt n'en revenait pas de sa chance. Elle le vit sonner à une porte puis distingua un officier blond lui ouvrir la porte et s'effacer. Le visage de l'habitant lui était familier mais elle n'arrivait pas à le replacer. Colt avait toujours eu une mauvaise mémoire, ce qui ne facilitait pas les filatures. Breguet aurait sans doute pu se souvenir de son nom en une fraction de seconde mais l'identité de l'officier blond trottait à l'arrière de son crâne, lui échappant sans cesse. Elle connaissait cet homme et avait vu son visage dernièrement.
Pour ne pas risquer d'être repérée, elle s'abrita dans une cage d'escalier, sur le trottoir d'en face. Il n'y avait aucune raison de se précipiter pour relever le nom sur la porte et risquer de se faire attraper par les deux hommes dans l'appartement. Colt n'avait plus qu'à attendre patiemment. Mais heureusement pour elle, la visite ne dura pas bien longtemps : à peine une demi-heure plus tard, la porte se rouvrit et Colt vit son suspect redescendre les marches du perron, un air toujours impassible sur le visage. Cette fois, elle le laissa partir.
Elle s'assit sur les marches, qui descendaient vers une cave quelconque, et profita du moment pour souffler un peu. Elle avait déjà rencontré l'officier, elle le savait mais impossible de retrouver son nom. Le soleil ne fut pas long à se coucher. Aussi calmement que possible, elle ressortit de sa cachette et se dirigea vers la porte du suspect numéro deux. Un nom avait été inscrit au marqueur au-dessus de la sonnette : Thomas Remington.
"Généralissime, colonel Hawkeye."
Malgré les grésillements, la fatigue et la tension étaient perceptibles dans la voix de Cochrane.
"Général, comment se déroulent les opérations ?
- Relativement bien, compte tenu des circonstances, monsieur. Nous avons pu dégager l'ensemble des victimes, d'après nos estimations. Et nous dénombrons un total de 37 morts et 217 blessés.
- Combien de soldats ?
- 23 morts et 186 blessés. De lourdes pertes, commenta Cochrane d'une voix amère.
- Le FLO a bien choisi son heure mais vous avez bien géré la situation, général."
Mustang aurait voulu pouvoir être en face de Cochrane. Cela aurait été pu simple. Il aurait pu voir son visage, ses expressions, sa posture. Le téléphone rendait les choses plus compliquées mais le général ne pouvait pas s'éloigner de son Quartier général, tout comme il n'avait pas de temps à perdre en transport entre West City et Centrale.
"Mes hommes ont su se mobiliser, rectifia Cochrane. Mais ça ne suffira pas.
- Les premiers renforts devraient arriver d'ici quelques jours. Les autres régions ont accepté d'envoyer leurs hommes également.
- Bien sûr qu'ils ont accepté. Mais je ne parle pas de cela. Ce sont leurs camarades, leurs amis, leurs proches qui ont été tués."
La fureur durcissait ses inflexions, hachaient ses phrases comme si Cochrane était essoufflé. Mustang le voyait sans peine s'empourprer au fur et à mesure qu'il parlait. Mais sa colère était ici toute légitime.
"Mes hommes sont furieux et ils ne s'arrêteront pas tant que les coupables n'auront pas été attrapés.
- Je comprends ce que vous ressentez, général...
- Et pourtant, vous ne comptez pas agir, coupa Cochrane.
- Je ne compte pas agir car ce n'est pas à moi d'agir mais à vous, répondit Mustang de son ton le plus calme.
- Alors vous allez nous laisser nous débrouiller ?
- Non, général. Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire. Les renforts vont arriver d'ici quelques jours depuis Centrale et je compte rester en contact régulier avec vous pour suivre personnellement l'évolution de cette affaire. Mais vous savez comme moi que la situation est délicate. Nous ne pouvons pas simplement retrouver les coupables et les exécuter, à moins de vouloir les ériger en martyrs. Leur mort ne fera qu'envenimer la situation. Nous devons nous montrer patients.
- Patients envers des personnes qui ont fait exploser une partie de mes troupes ?
- Patients envers vos hommes. Jusqu'à ce que nous mettions la main sur chacun des membres du FLO, général."
Méfiant, Cochrane resta silencieux et Mustang en profita pour enchaîner.
"Jusqu'à présent, nous nous sommes beaucoup laissés emporter et nous avons exécuté des suspects qui auraient pu nous servir. Cette fois, nous avons besoin de nous montrer subtils. Vous devez déjà sûrement avoir en tête des suspects qui seraient proches du FLO ou qui en feraient partie. Vous devez les mettre sous surveillance pour confirmer leur appartenance à ce groupe, les suivre et identifier leur réseau. Je veux que vous débusquiez toutes les personnes qui ont trempé dans cet attentat, général. Et vous allez avoir besoin de patience pour faire cela. Pour vos hommes.
- Et comment prévoyiez-vous que nous fassions cela, monsieur ? Sous l'œil de vos hommes, encore une fois ?"
Le ton était faussement défiant, davantage las que réellement agressif.
"Pas cette fois, général. Cette fois, ce sont vos hommes, ceux en qui vous avez toute confiance, et vous qui allez démanteler le FLO. En échange, je veux que toutes les personnes que vous identifiez passent devant le tribunal de Centrale. Que nous en fassions des exemples."
Ce n'était pas dans les habitudes de l'Ouest, pas dans les habitudes d'Amestris. Une partie des troupes n'hésitait pas à tirer à vue, et tant pis si les suspects décédaient avant d'atteindre les locaux de l'armée. Le niveau de remontrance dépendait ensuite du supérieur hiérarchique et Cochrane n'avait jamais reproché à ses hommes leur dureté. Mais au bout d'un moment qui sembla durer une éternité, Cochrane répondit : "Très bien."
La situation semblait s'être calmée chez les Bradley. Quoi que Mary Bradley ait eu en tête lorsqu'elle avait renvoyé les frères Elric, elle semblait à présent plus détendue et moins sur les nerfs. Depuis quelques jours - la deuxième visite des alchimistes en réalité - la différence était évidente et Breda aurait tout donné pour comprendre ce qui se passait car rien de cela ne lui semblait de bon augure.
Mère et fils vaquaient à leurs occupations habituelles lorsqu'il arriva : Mary lisait dans le séjour et supervisait un Selim très concentré sur ses lettres. Il releva un Breguet à moitié mort d'ennui de sa garde et se prépara aux longues douze prochaines heures.
Le temps passa tellement lentement que chaque seconde écoulée semblait plus douloureuse pour Breda que la précédente. Le silence était rompu de temps à autre par l'enfant, fier de ses lettres et prompt à montrer ses lignes à sa mère. Celle-ci l'encourageait, lui enseignait de nouvelles lettres à reproduire et se replongeait dans son livre. Le seul changement majeur intervint lorsqu'il fallut préparer le repas du soir. Mary reposa son livre, non sans avoir marqué son avancement en écornant un coin de page, et proposa à son fils de le suivre dans la cuisine mais celui-ci refusa : il n'était apparemment pas autorisé à emporter l'ensemble de ses pastels sur la table de la cuisine et préférait dessiner tout seul sur la table-basse.
Breda se décala un peu dans le couloir afin de conserver un œil sur les deux. Le changement était réellement flagrant chez la veuve Bradley qui préparait ses légumes, presque en chantonnant. Il n'avait pas besoin d'être Colt pour être saisi par le changement de comportement.
Un craquement à sa droite le fit sursauter et il se retourna brusquement. Selim était devant lui. Par réflexe, son corps se tendit, prêt à agir. Breda n'avait pas entendu l'enfant approcher, n'avait pas senti sa présence avant que le parquet ne craque, ce même parquet qui aurait permis à n'importe qui de suivre les déplacements de la famille Bradley, rien qu'au son. Il aurait du l'entendre bien avant. Sa méfiance s'accrut lorsqu'il lut l'expression de Selim. Fini l'innocence, les mimiques toutes enfantines. Un air de froide satisfaction s'étalait sur son visage et dans ses yeux luisait un air hautain. Cet enfant n'était pas normal. Breda était prêt à reculer, mettre de la distance entre lui et cette poupée maléfique lorsque Selim lui sourit.
"Suivez-moi."
Bien sûr et puis quoi encore ? Mais quelque chose dans sa voix força son corps à se décontracter. Que se passait-il ? Avec horreur, Breda sentit ses jambes obéir à l'enfant et il se vit lui emboîter le pas. Il ne pouvait pas s'arrêter, pas faire demi-tour. Il n'avait plus aucun contrôle sur son corps et devait lutter pour rester lucide et ne pas se laisser emporter pas une étrange torpeur. Selim referma la porte de sa chambre derrière eux et le fit s'asseoir sur un tabouret. Breda y lit la jubilation dans son regard lorsque l'enfant plongea ses yeux dans les siens :
"Nous allons avoir une petite conversation tous les deux, Breda. Et tu ne te souviendras de rien."
A suivre...
Que va-t-il se passer dans le chapitre suivant ? Qu'est-ce que Remington vient faire au milieu de tout cela ? Que mijote Selim ? J'espère que ce chapitre vous a plu ! N'hésitez pas à me laisser une review positive ou négative :)
